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Croiser les doigts : définition et origine de l'expression

Savez-vous pourquoi nous croisons les doigts pour conjurer le mauvais sort ? Ce petit geste, hérité du signe de croix, cache une longue histoire de superstitions. Son sens moderne de porte-bonheur doit même beaucoup à l’anglais. D’où vient-il exactement, et que signifie-t-il ? Réponse dans cet article. Bonne lecture !

Définition de l’expression « croiser les doigts »

L’expression « croiser les doigts » signifie faire des vœux pour la réussite d’une affaire et conjurer le mauvais sort. On l’emploie quand l’issue d’une situation nous échappe. On souhaite alors, de toutes ses forces, que la chance tourne en notre faveur.

Le geste accompagne souvent la parole : on replie l’index et le majeur d’une même main l’un sur l’autre, de manière à former une petite croix. Ce mouvement discret sert d’appel à la bonne fortune. Il se pratique pour soi, mais aussi pour autrui, lorsqu’on veut soutenir quelqu’un dans une épreuve.

Attention toutefois à ne pas confondre l’expression avec « se croiser les doigts », qui prend un tout autre sens. Cette forme pronominale décrit au contraire l’inaction, le refus d’agir, à la manière de « se croiser les bras ».

Synonymes de « croiser les doigts »

  • Conjurer le mauvais sort
  • Faire des vœux pour la réussite de quelque chose
  • Toucher du bois
  • Baiser les pouces en croix
  • Tenir les pouces (Suisse)
  • Espérer que tout se passe bien

Origine de l’expression « croiser les doigts »

Pour comprendre cette expression, il faut remonter au symbolisme chrétien de la croix. Quel meilleur signe que la croix pour conjurer le mauvais sort, éloigner les esprits malfaisants et empêcher le malheur de s’abattre ? En croisant deux doigts d’une même main, le croyant superstitieux reproduit donc, en miniature, ce signe protecteur.

Cette croyance plonge ses racines dans une longue tradition. Le geste de se signer ou de dessiner une croix a longtemps servi de rempart contre le mauvais œil. La forme réduite, avec l’index et le majeur, en constitue une version discrète et portable. On peut l’exécuter à tout moment, sans que personne ne le remarque.

Un possible emprunt à l’anglais

Curieusement, l’expression française semble venir d’une traduction assez récente de l’anglais « to cross one’s fingers ». La formule aurait été introduite en France, la jugeant plus élégante que « toucher du bois ». Ce dernier présente en effet un inconvénient pratique : il faut avoir du bois à portée de main. Le geste des doigts, lui, reste disponible en toute circonstance.

La croix de l’amitié

Une seconde piste concerne le rôle de l’entourage. Jadis, un vœu formulé à voix haute pouvait recevoir le renfort d’un proche. Celui-ci glissait son index sous le doigt de la personne qui souhaitait. Ainsi réunis, les deux doigts dessinaient une croix. On y voyait le sceau d’une complicité et le refuge des forces bénéfiques. Le compagnon manifestait de la sorte son appui. Ce partage explique pourquoi l’on croise aujourd’hui les doigts pour les autres autant que pour soi.

Usage de l’expression

D’abord rare, l’expression se répand surtout à partir de la seconde moitié du XXe siècle, avec le sens de souhaiter la chance :

Fréquence d'usage de « Croiser les doigts » (Google Ngram)
Fréquence d’usage de « croiser les doigts » depuis 1800 dans les textes publiés. Source : Google Ngram

Exemples d’usage de « croiser les doigts »

Dans la littérature ancienne, le geste apparaît surtout dans son sens concret ou superstitieux. Le sens moderne de « souhaiter la chance » s’est répandu plus tardivement. Voici néanmoins plusieurs attestations littéraires, présentées par ordre chronologique.

Au dossier blasonné de sa chaise ducale, / Croisant les doigts, se tient Gemma, muette et pâle, / Immobile, debout, jeune et belle, en grand deuil.

Léon Dierx, Les Lèvres closes

Quand ils avaient déjeuné, ils demeuraient assis dans l’herbe, côte à côte, sans rien dire, les yeux au loin, les paupières lourdes, les doigts croisés comme à la messe.

Guy de Maupassant, Le Petit Soldat

Nous ployons un genou et nous croisons les doigts, / en nous regardant, et pareils comme nos ailes.

Francis Jammes, De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir

Nerveuse, Aurélie serrait en pelote les dentelles de son mouchoir. Maman Virginie, ayant croisé les doigts, murmurait une prière.

Paul Adam, L’Enfant d’Austerlitz

Au Jardin Zoologique de Berlin, un kangourou encore tout floconneux croise les doigts de ses mains, les lève ainsi noués vers nous, nous adjure…

Colette, Prisons et Paradis

Si cette plongée dans les gestes porte-bonheur vous a plu, découvrez aussi l’origine de l’expression « toucher du bois ». Vous y trouverez une autre façon d’appeler la chance et d’éloigner le mauvais sort.

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Nicolas Le Roux

Nicolas Le Roux

Nicolas est le fondateur du site. Diplômé de Sciences Po Paris en 2014, il est passionné par les langues et la littérature. Il a rédigé plusieurs centaines d'articles sur les difficultés de l'orthographe française depuis 2015. Il rédige également des guides de grammaire, des articles sur les expressions francophones ainsi que des critiques littéraires.

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