Avoir la chair de poule : définition et origine de l'expression
Sommaire
Curieux détail : le français dit « chair de poule » quand ses voisins préfèrent celle de l’oie. Goose bumps en anglais, Gänsehaut en allemand, pelle d’oca en italien : seule notre langue a choisi la poule. Pourquoi ce volatile, et depuis quand décrit-il ce frisson qui hérisse la peau ? Je vous propose de le découvrir dans cet article. Bonne lecture !
Définition de l’expression « chair de poule »
L’expression « avoir la chair de poule » désigne le hérissement des poils de la peau. Elle se couvre alors de petits granules. Le phénomène touche surtout les bras, les jambes et la nuque. Il survient sous l’effet du froid ou d’une émotion forte : la peur, mais aussi l’angoisse, l’admiration ou un profond plaisir.
On emploie souvent la locution avec le verbe « avoir » (avoir la chair de poule). On la rencontre aussi avec « donner » (donner la chair de poule). Dans le premier cas, une personne éprouve la sensation. Dans le second, un événement la provoque chez autrui.
Au sens figuré, la chair de poule traduit surtout un frisson de peur ou de dégoût. Toutefois, l’expression garde parfois une valeur positive. On l’emploie alors pour dire qu’une œuvre, une voix ou un souvenir nous bouleverse.
Synonymes de « chair de poule »
- Le frisson
- L’horripilation
- La piloérection
- La réaction ansérine (terme savant)
- Avoir les poils qui se dressent
Origine de l’expression « chair de poule »
Pour comprendre l’expression, il faut d’abord observer ce qui se passe sous la peau. Le froid ou une émotion vive contracte de minuscules muscles situés à la base de chaque poil, les muscles horripilateurs. En se contractant, ces muscles redressent le poil et forment autour de lui une petite bosse. La peau se couvre ainsi de granules réguliers.
Le Trésor de la langue française décrit précisément ce mécanisme :
Aspect hérissé que prend l’épiderme par érection des follicules pileux sous l’effet du froid, de la peur.
Trésor de la langue française
Or, cette peau granuleuse rappelle une image très concrète : celle de la peau d’une poule que l’on vient de plumer. Une fois les plumes arrachées, l’épiderme de la volaille reste couvert de petites protubérances, à l’emplacement de chaque follicule. La comparaison a donc donné son nom à la sensation.
La locution est ancienne. Le dictionnaire de l’Académie française l’enregistre dès 1762, comme le rappelle le Trésor de la langue française. Les écrivains s’en emparent ensuite tout au long du XIXe siècle. Balzac, par exemple, l’emploie en 1830 dans Gobseck.
Pourquoi une poule et non une oie ?
Curieusement, le français fait ici figure d’exception. La plupart des langues voisines convoquent non pas la poule, mais l’oie. L’allemand dit ainsi Gänsehaut (peau d’oie), l’anglais goose bumps ou gooseflesh (chair d’oie), et l’italien pelle d’oca. Le français lui-même garde d’ailleurs une trace de cette oie dans le terme médical « réaction ansérine ». Ce mot savant vient du latin anser, « l’oie ». En somme, la science parle d’oie là où la langue courante parle de poule.
Usage de l’expression
Déjà courante au XIXe siècle, l’expression n’a cessé de gagner du terrain et atteint aujourd’hui son maximum d’usage :

Exemples d’utilisation de « chair de poule »
C’était à donner la chair de poule à l’honnête Benoît, qui, après tout, faisait, si vous voulez, un petit trafic que quelques personnes réprouvent.
Eugène Sue, Atar-Gull
Il jeta sur Cocardasse un regard perçant. Frère Passepoil eut la chair de poule.
Paul Féval, Le Bossu
Et je cheminai… je cheminai ! Quelle battue ! j’ai la chair de poule, rien que d’y songer.
Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin
Il soutenait avec aplomb des théories à faire venir la chair de poule, dans toute la monstruosité de l’expression.
Villiers de l’Isle-Adam, Tribulat Bonhomet
J’vas crever, j’ai la chair de poule, / C’est fini… tirez les rideaux.
Aristide Bruant, Dans la rue
Si cette plongée dans les frissons de la langue vous a plu, découvrez aussi l’origine de ça sent le sapin.