Voyage : définition de voyage


Voyage : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

VOYAGE, subst. masc.

I. − [À propos d'un animé]
A. − Déplacement que l'on fait, généralement sur une longue distance, hors de son domicile habituel. Le premier [l'Espagnol] veut de grands voyages, le second [l'Anglais] des voyages importants, le troisième [l'Allemand] des voyages utiles, le quatrième [le Hollandais] des voyages lucratifs, et le cinquième [le Français] des voyages rapides (Joubert, Pensées, t. 1, 1824, p. 393).
1. Déplacement considéré en fonction de la nécessité que l'on a de se rendre dans un lieu déterminé. Synon. parcours, route, trajet.Quand il était secrétaire à Rome (...), il avait à Paris une maîtresse dont il était éperdu et il trouvait le moyen de faire le voyage deux fois par semaine pour la voir deux heures (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p. 563).Il souffrait d'un point douloureux entre les omoplates. Pourtant, ce long voyage en chemin de fer ne l'avait pas fatigué outre mesure; il avait pu s'allonger, une partie de la nuit (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 774).
SYNT. Voyage aller, retour, aller retour; voyage en autocar, en diligence, en voiture; voyage par avion, par mer, par terre; court, long voyage; voyage fatigant, harassant; pendant le voyage; fatigue du voyage; coût, frais, prix du voyage; voyage à Paris, dans la capitale; voyage Paris-Lyon; voyage de deux cents kilomètres; être à un jour de voyage de...; cheval, voiture de voyage.
Fam. Valoir le voyage. Valoir le déplacement, le détour. À côté du ksar, il y a un bordj ressemblant à un château-fort du Moyen-Âge qui borde une magnifique palmeraie (...): vous verrez, ça vaut le voyage! (B. Biehler, Véto sans frontières, Dijon, éd. des Grands Ducs, 1988, p. 548).
Spécialement
MAR. Voyage au long cours*. Voyage au cabotage. Parcours effectué sans s'écarter des côtes. (Dict. xixeet xxes.).
TRANSP. V. circulaire1.
2. Déplacement que l'on fait dans un but précis (généralement politique, économique, scientifique, religieux...).
a) Long périple effectué jadis par les grands voyageurs qui se déplaçaient par terre ou par mer pour aller à la découverte et à la conquête de contrées nouvelles. Synon. expédition, pérégrination.Les voyages de Cook, de Magellan; un grand, long, lointain voyage; voyage d'exploration, de découverte(s). En rédigeant un plan de navigation pour le voyage de découvertes dont la conduite est confiée à M. de La Pérouse, on a eu pour objet de lui faire suivre, dans les différentes mers, des routes qui n'ayent été suivies par aucun des navigateurs qui l'ont précédé (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 58).Christophe Colomb (...) découvrait l'Amérique en quatre voyages successifs. Il apportait ainsi aux hommes de science un vaste champ de recherches (Hist. sc., 1957, p. 1450).
Voyage de circumnavigation*.
b) Déplacement fait par des savants dans le cadre de leur spécialité (écrivains, géographes, ethnologues, etc.) dans un but d'études, d'observation et de recherche. Voyage scientifique; carnet, journal, littérature, notes, récit, relation de voyage. Les voyages d'Hérodote sont certains et racontés par lui-même. La tradition nous a transmis le souvenir de ceux de Platon, de Pythagore et de Démocrite (Berthelot, Orig. alchim., 1885, p. 147).
P. méton., vieilli. Relation d'un voyage important et intéressant le public. Je crois que j'écrirai un voyage. Je veux que ceux qui le liront parcourent avec moi tout le monde soumis à l'homme (Senancour, Obermann, t. 2, 1840, p. 170).Je lis le voyage d'un voltairien en Orient. C'est affreux. Oh, la vilaine chose que l'esprit dans un pays de soleil! (Goncourt, Journal, 1864, p. 41).
c) Vx. Déplacement à des fins religieuses. Synon. pèlerinage.Au Moyen âge (...) les foires, les réunions d'affaires (...) sont des fêtes religieuses (...); les voyages sont des pèlerinages; les guerres sont des croisades (Renan, Avenir sc., 1890, p. 471).
d) Déplacement effectué dans le cadre d'une activité institutionnelle, rémunérée ou non. Voyage d'études, d'inspection, d'information; frais de voyage. Ses absences se firent de plus en plus fréquentes au repas du soir (...), et sous prétexte de voyages d'affaires, Ricordi (...) était le plus souvent absent (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 126).
Voyage de stimulation. ,,Voyage offert par une entreprise commerciale ou tout autre organisme pour récompenser ou stimuler un salarié ou un distributeur. Synon. voyage-récompense`` (Tourisme Loisirs 1982).
En partic. Activité d'un voyageur de commerce. J'ai pour ami d'enfance Andoche Finot, le fils du chapelier de la rue du Coq, le vieux qui m'a lancé dans le voyage pour la chapellerie (Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 155).
e) Déplacement d'un personnage officiel dans l'exercice de ses fonctions. Voyage officiel? demanda l'ami de Clemenceau. Vous venez inaugurer une statue, créer une loge ou décorer un peintre mort?Pas du tout, je viens faire une démarche auprès d'un indigène qui ne se dérange pas (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 36).
f) Exploration de l'espace par des savants. Voyage dans l'espace; voyage orbital, spatial; voyage sur/vers la lune; voyage cosmique. L'homme ne s'est déplacé dans l'atmosphère qu'après avoir trouvé le moteur à explosion, et le moteur à réaction lui ouvre la possibilité de voyages interplanétaires (Ruyer, Cybern., 1954, p. 122).
3. Déplacement fait par des particuliers dans un but d'agrément, de loisirs, de dépaysement, de découverte. Synon. circuit, périple.
a) Parcours organisé par un/des particulier(s) et prévoyant des étapes de repos et de découverte (culturelle, géographique, etc.). Nous quittons la France, et peut-être même l'Europe (...); nous allons faire un voyage d'agrément! (Dumas père, Demois. St-Cyr, 1843, II, 10, p. 138).Il faisait en compagnie de son père un voyage en automobile à travers la France. Ses lettres, fort détaillées, me décrivaient les régions qu'il visitait (Lacretelle, Silbermann, 1922, p. 104).
SYNT. Voyage autogéré, individuel, en famille; voyage touristique, de tourisme; voyage pour se distraire; voyage en France, en Europe, en Italie; compagnon de voyage; préparatifs de voyage; faire voyage (vieilli); achever, ajourner, continuer, entreprendre, interrompre, poursuivre, remettre, retarder un/son voyage; souhaiter bon voyage (à qqn); faire un (bon) voyage; être du voyage; partir en voyage; raconter son voyage.
Voyage en mer (maritime), en bateau. Synon. croisière.Me voici à New-Haven, d'où, conformément à ma promesse, je vous envoie les détails de ce petit voyage maritime, ainsi que ceux du séjour que j'ai fait dans cette ville (Crèvecœur, Voyage, t. 2, 1801, p. 310).
Voyage de noces. Voyage qu'effectuent généralement les jeunes mariés juste après la célébration du mariage. Les fiançailles arrangeraient les choses, distrairaient le couple; ensuite, un voyage de noces balayerait cette gêne définitivement (Cocteau, Enfants,1929, p. 154).
b) P. méton. Ensemble de services et de prestations assurés par un organisme spécialisé qui permettent aux clients de voyager pour leur agrément et sans soucis, le plus souvent en groupe, sur un parcours établi à l'avance. La formule des voyages collectifs qui, à l'origine, avait surtout un but de pèlerinage, s'est largement étendue et a permis de toucher une clientèle de plus en plus vaste, surtout parmi les jeunes (M. Benoist, Pettier, Transp. mar., 1961, p. 32).
SYNT. Agence, bureau, club, marchand, organisateur de voyage(s); vendre des voyages ; voyage organisé, en (de) groupe(s), à forfait; voyage à thème.
c) ÉDUC. NAT. Voyage (scolaire, de fin d'année). Voyage proposé aux élèves de l'enseignement général pour clôturer une année d'étude. Le grand rêve des enfants, c'est de partir en voyage avec le professeur (MmeSéjournant, Cahiers pédag., 15 avr. 1955, p. 542 ds Foulq. 1971).
Voyage échange. Voyage effectué par une classe dans le but de rencontrer une autre classe généralement éloignée et qui permet des échanges entre les élèves et leurs correspondants (d'apr. Éduc. 1979).
d) Loc. adj. De voyage. Propre au voyage; nécessaire à la personne qui voyage. Argent, articles, carte, couverture, guide, habit, jeu, malle, manteau, montre, nécessaire, trousse, toilette de voyage. Je vis (...) un jeune homme blond, grand, pâle, vêtu d'un costume de voyage qu'il semblait ne pas avoir quitté depuis quelques jours (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 29).C'est Zéléda, dit-il. J'ai vu son sac de voyage dans le couloir du premier (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 106).
BANQUE. Chèque* de voyage. Synon. traveller's* chèque.
4. En voyage
a) Loc. adv. Pendant le voyage, lorsqu'on voyage. Il faut avoir (...) une lime, des pinces, une boussole et trois marteaux, passés dans une ceinture qui se dissimule sous la redingote et « vous préserve ainsi de cette apparence originale, que l'on doit éviter en voyage » (Flaub., Bouvard, t. 1, 1880, p. 88).En voyage, mon plaisir est de regarder et de ne rien voir (Renard, Journal, 1901, p. 680).
b) Loc. verb. Être, partir en voyage. Être absent de, quitter son domicile pour un certain temps. Elle partit pour Rouen (...), afin d'aller chez tous les banquiers dont elle connaissait le nom. Ils étaient à la campagne ou en voyage (Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 149).Se mettre en voyage (vieilli). Se mettre en route. Une soif d'existence brûlante, une curiosité de notre merveilleux enfer, avait pris et enfiévré, tout à coup, ce chasseur, là-bas!... Il s'était mis en voyage: et il était là, tout simplement (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 312).
c) Loc. adj. Une espèce de paysan à cheval (...), en costume complet de brigand de mélodrame ou de bourgeois corse en voyage (Mérimée, Colomba, 1840, p. 33).
5. En partic. Séjour hors de sa résidence habituelle. Cette tentative vint à la suite d'une gageure qu'avait faite à Fontainebleau, pendant un voyage de la cour, un gentilhomme anglais (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 202).
6. Au plur. ou au sing. coll. [Corresp. à supra 2 et 3] Agrément, amour, dépaysement, joie du/des voyage(s); avoir le goût, la passion du/des voyage(s); adorer, aimer les voyages. Les voyages donnent à la jeunesse et à l'âge mûr le sens de la tolérance, par la conscience de l'infinie variété de la terre et du comportement des êtres vivants (Fourastié, Gd espoir du XXes., 1969, p. 354):
... le tourisme (...) impose le déracinement du voyage. On a beaucoup écrit sur le voyage, car les voyageurs les plus conscients ont été de tout temps les écrivains. Il y a une philosophie du voyage. Mais on a peu écrit sur la philosophie du séjour, une fois celui-ci arrêté dans un certain lieu, après un temps de voyage qui peut être de quelques heures ou de quelques jours... Defert, Pol. tour. en Fr., 1960, p. 43.
Invitation au voyage. [Avec ou sans réf. à Baudelaire] Incitation à l'évasion par le voyage et au fig., par le rêve, l'imagination. Voix de la matinée, parole dite sous l'ombrage, invitation délicieuse au voyage entre les aulnes (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 186).Une très belle invitation au voyage [l'album « African Rhythms »] (L'Express, 16 nov. 1970, p. 53, col. 1).
Proverbe. Les voyages forment la jeunesse. V. former B 2 a.
B. − Déplacement de personnes sans domicile fixe ou migration d'animaux.
1. Les gens du voyage. Personnel d'un cirque ambulant; p. ext., forains, comédiens ambulants, saltimbanques, tziganes, nomades se déplaçant de ville en ville sans jamais se fixer. Cela aussi, ils [les banquistes] l'ont légué aux gens du voyage qui promènent leurs cirques sur les routes du monde entier (Hist. spect., 1965, p. 1522).
Enfant du voyage. Synon. enfant* de la balle.Dupont l'Anguille [le lutteur forain] était un enfant du « Voyage » (Méténier, Lutte pour amour, 1891, p. 8).
2. Migration de certaines espèces d'oiseaux à des époques bien définies. Il sortait chercher d'autres fagots quand il entendit le cri des oies, leur cri de voyage, si différent de leur cri en temps normal (Montherl., Célibataires, 1934, p. 902).[Les cailles] sont des migratrices en plein voyage vers le sud qui se laissent (...) moins facilement approcher (Vidron, Chasse, 1945, p. 8).
C. −
1. Déplacement, généralement répétitif, sur de courtes distances, qu'un particulier ou un spécialiste effectue pour transporter, livrer, voiturer quelque chose d'un endroit à un autre. Synon. va-et-vient, aller-retour (v. aller2), allée* et venue, navette.(Au) premier, second voyage; à chaque voyage. Cent voyages par jour, de la maison à l'étable et aux bâtiments ne parvenaient pas à tromper son ennui (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 271).
P. méton., vieilli ou région. (domaine fr.-prov.). Quantité de marchandise transportée en une seule fois. Un voyage de bois, de charbon. J'ai rapporté un voyage de pierres (TuaillonRégion.1978).
Vx. Faire voyage. [Le suj. désigne un messager, un coursier] Effectuer une course, une livraison. Aux autres [messagers] (...) était véritablement confiée la mission de « faire voyage à jours réglés aux villes, bourgs, bourgades et villages, avec pouvoir de porter et rapporter lettres, paquets, or et argent (...) » (P. Rousseau, Hist. transp., 1961, p. 76).
2. P. anal. Parcours effectué sur une courte distance mais assimilé à un déplacement au loin (avec ses difficultés, ses fatigues et ses risques). Aucun voisin n'ayant pu ou voulu faire pour elle cette course, elle avait entrepris, elle, ce voyage horrible, de sa mansarde au boulanger (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Mis. hum., 1886, p. 647).Ses voyages [de Marcel Proust] dans les bibliothèques auront été les seuls qu'ait faits ce sédentaire, qui courait la prétentaine avec les prosateurs, les poètes, les hommes de science (Blanche, Modèles, 1928, p. 139).
II. − [À propos d'un inanimé]
A. − [À propos d'un moyen de transport]
1. Chemin, distance parcourue. Voyage d'un bateau, d'un train. Je l'ai placé [l'or] dans un commerce qui doit rapporter cent mille pour un à chaque voyage du grand vaisseau sur lequel tu te proposais de t'embarquer hier (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 154).Les bateaux sont classés en cinq catégories par la marine marchande, en fonction des voyages qu'ils accomplissent: voyage lointain; voyage de moins de six cents milles et à moins de deux cents milles d'un lieu de refuge; voyage à moins de trente milles des côtes; voyage dans les estuaires... (Jeux et sports, 1967, p. 1554).
2. Allée et venue, va-et-vient. Quand les voyages de l'ambulance étaient terminés, on amenait les brancards en cortège (Camus, Peste, 1947, p. 1360).
B. − [À propos des produits transportés] Transport de denrées. Voyage des marchandises; affrètement au voyage. Des produits (...) élaborés, qui économiquement supportent mieux les voyages que les produits bruts (Industr. fr. engrais chim., 1956, p. 22).
En partic. Changement d'affectation, transfert. S'il s'agit de rentes au porteur ou d'actions, le mieux ou le plus sûr est de se rendre à Paris pour ne pas courir de chance fâcheuse (...) dans le voyage des fonds (Boyard, Bourse et spécul., 1853, p. 173).
C. − P. anal. [À propos d'un astre] Révolution, mouvement réel ou apparent dans l'espace. Les voyages du soleil. Tandis que la terre tourne librement sur elle-même pendant son voyage annuel autour du soleil, la lune nous reste attachée comme par un lien (Flammarion, Astron. pop., 1880, p. 120).[À propos d'un cours d'eau] On devinait (...) le cours d'une grande rivière, son lent voyage millénaire (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 290).
III. − Au fig. ou p. métaph. [À propos d'une pers. et, p. méton., de ses attributs ou de ses activités]
A. − [Par substitution du temps à l'espace]
1. Déplacement imaginaire ou rétrospectif dans le temps (par retour ou anticipation). Voyage dans le temps, dans la quatrième dimension. Ce sont vos généalogies (...) c'est le voyage que vous venez de faire dans les siècles passés, qui ont réveillé en moi le souvenir de ces quinze moines pendus aux branches du chêne (Sand, Consuelo, t. 1, 1842-43, p. 241).Voyage à travers le temps. Bien des choses ont déjà été dites sur l'espace à quatre dimensions, considéré en tant qu'espace dont nous ne connaîtrions qu'une petite partie: l'espace à trois dimensions où nous vivons (Gds cour. pensée math., 1948, p. 142).
2. [P. réf. au temps qui s'écoule] Avance dans le temps comparable à un long voyage jalonné d'étapes. Le dur voyage de la vie; voyage terrestre. Ce n'est que d'après les leçons de nos pères que nous pouvons naviguer dans ce voyage de la vie (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p. 284).C'est alors qu'approchant du point culminant de son voyage ici-bas, prêt à redescendre la pente obscure de la colline dont il a gravi jusque-là le côté lumineux, l'homme s'arrête, se retourne et contemple le passé (Monod, Sermons, 1911, p. 166).
La vie est un voyage. Le prêtre sait que notre vie n'est qu'un voyage, et que notre perfection ne se peut réaliser ici-bas (Proudhon, Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 124).
B. − [Expérience comparable à un voyage]
1. [Dans l'au-delà, l'imaginaire] Les voyages de la pensée. Après ses longues heures de rêverie, d'espérances, après les voyages de son imagination, la femme (...) le tuerait, tant le bonheur serait complet (Balzac, Lettres Étr., t. 1, 1833, p. 13).
Partir en voyage. [Le suj. désigne la pensée, l'imagination] Errer, vagabonder. Moi je restais dans mon coin (...) comprenant tout à demi et laissant à propos d'un rien ma pensée partir en voyage (Arène, J. des Figues, 1870, p. 19).
En partic. Le sommeil, le rêve. Voyage au pays des songes. Son sommeil (...) n'était plus ce voyage de dix heures au pays des rêves que les enfants accomplissent (A. Daudet, Rois en exil, 1879, p. 27).Le voyage hasardeux du sommeil (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 377).
Le (grand) voyage. La mort. Avant d'abandonner à tout jamais ce globe Pour aller voir là-haut ce que Dieu nous dérobe, Et de faire à mon tour au pays inconnu Ce voyage dont nul n'est encor revenu (Gautier, Poés., 1872, p. 256).Faire (partir pour) le grand, le dernier voyage, le voyage de l'autre monde. Mourir. − « Ah! ça va mieux! Mais j'ai manqué faire le grand voyage! »« Pas sans moi! » s'écria MmeDambreuse, notifiant par ce mot qu'elle n'aurait pu lui survivre (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 221).
OCCULT., PARAPSYCHOL., PSYCHOL. Expérience réelle ou imaginaire à valeur initiatique ou curative. Les anciens magnétiseurs observèrent fréquemment des phénomènes de voyance à grande distance que les sujets prétendaient attribuables à des « voyages » (Amadou, Parapsychol., 1954, p. 99).Puisque l'expérience psychotique ne représente pour les antipsychiatres qu'un « processus de guérison naturelle », la seule attitude psychothérapique conséquente sera d'aider les sujets à effectuer leur « voyage », voire même de les accompagner (La Nef, janv. 1971, p. 236).
Voyage (chamanique ou du chamane). ,,Ascension céleste ou descente infernale ou voyage spatial dans un but pratique (guérir en récupérant l'âme d'un malade, voir les ancêtres pour être initié, par ex.)`` (Riffard Ésotérisme 1983, s.v. extase). Le dieu montre logiquement qu'il est un dieu du fait qu'il doit descendre du ciel avant d'y remonter alors que la séquence inverse, monter puis descendre, comme dans le voyage du chamane, situe logiquement l'homme, le définit à sa place (Philos., Relig., 1957, p. 38-3).
État d'hallucination provoqué par l'usage de la drogue, notamment du L.S.D. Synon. trip.Voyage narcotique; voyage à l'acide. Les « voyages » auxquels la drogue nous invite risquent d'être de plus en plus pauvres et solitaires. Mais ce qui demeure, et qui est essentiel, c'est que ces « voyages » sont une manière de refuser une société invivable et de s'en évader (R. Garaudy, L'Altération, Paris, R. Laffont, 1972, p. 40).Faire/tenter le voyage. Se droguer. Localisé d'abord en Nouvelle-Angleterre, en Californie et au Mexique, le culte du LSD ne cesse de se répandre. Aux États-Unis, il touche maintenant les lycéens, qui tentent le « voyage »: ainsi désigne-t-on l'expérience délirante (L'Express, 25 avr. 1966, p. 89, col. 2).
FR.-MAÇONN. Suite d'épreuves initiatiques; passage à un degré supérieur. (Dict. xixeet xxes.).
2. [À travers une expérience vécue (pers., culturelle, soc., etc.)] Voyage intellectuel, intérieur, sentimental. Quel voyage est au fond tout travail créateur! (Du Bos, Journal, 1927, p. 250).Ce voyage au royaume des sciences a conduit parfois le lecteur près des frontières d'où se découvrent (...) les masses imprécises d'édifices que l'on devine néanmoins puissants et somptueux (Couffignal, Mach. penser, 1964, p. 132).
Accomplir (faire, s'embarquer pour) un voyage. Tenter une expérience dans un domaine précis. La jeune fille faisait aussi son premier voyage dans les pays enchantés de l'extase amoureuse (Balzac, Enf. maudit, 1836, p. 427).Je puis aussi à travers cette seule destinée d'Ève Lavallière, accomplir un voyage immense, de la plus grande misère au plus pur amour (Mauriac, Journal 2, 1937, p. 118).
Voyage en soi. Expérience introspective. Le voyage dans Gide m'était plus facile que ne lui eût été facile le voyage en moi (Cocteau, Poés. crit. I, 1959, p. 228).
C. − Propagation, diffusion d'un grand courant d'idées (littérature philosophique etc.). Tel a été le voyage du romantisme à travers le monde. Parti du nord-ouest de l'Europe où son foyer est éteint depuis longtemps, il était encore récemment en pleine combustion d'une part en Grèce, d'autre part en Amérique du Sud (Arts et litt., 1936, p. 40-7).
D. −
1. Expr. Y aller de son voyage. Fam. Faire une démarche inutile. Nous y avons été de notre voyage. Nous voyons aujourd'hui où cela nous a menés (J.-R. Bloch, Dest. du S., 1931, p. 53).Arg. Prendre du plaisir. [La fille: Mon amant] a bien vu que (...) quand vous m'avez sucé la pomme, j'y ai été de mon voyage (Richepin, Aimé, 1893, p. 182).
2. [Allus. littér.]
a) [P. réf. à Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932 (expr. en vogue dans les années 1960)] J'appelle expérience un voyage au bout du possible de l'homme (G. Bataille, Exp. int., 1943, p. 22).Ç'avait été un voyage dans la folie et la désespérance, mais aussi un voyage au bout de la bêtise (L'Express, 26 juin 1967, p. 108, col. 3).
b) [P. réf. à X. de Maistre, Voyage autour de ma chambre, 1794] L'expérience n'est pour la plupart des hommes, au soir d'une longue vie, que le terme d'un long voyage autour de leur propre néant (Bernanos, Soleil Satan, 1926, p. 197).Ce n'est plus à ce voyage autour de nous-même que nous sommes conviés (Mauriac, Mém. intér., 1959, p. 8).
REM.
Voyage-éclair, subst. masc.Séjour, visite de courte durée dans un endroit précis. En définitive, les voyages-éclairs des émissaires américains peuvent impressionner l'opinion américaine, mais beaucoup moins l'opinion asiatique (Le Monde, 2-3 janv. 1966, p. 1, col. 1).
Prononc. et Orth.: [vwaja:ʒ]. Littré: ,,vo-ia-j'; quelques-uns disent voi-ia-j'``; Barbeau-Rodhe 1930: [vwaja:ʒ], [vɔja:ʒ]. Même rem. pour les mots de la famille. V. aboyer. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 entrer en sun veiage « se mettre en chemin » (Roland, éd. J. Bédier, 660), en a. et m. fr., avec ou sans déterm., le mot s'emploie surtout pour désigner un pèlerinage, une croisade ou une expédition militaire (v. FEW t. 14, p. 381); b) 1400 loc. en voyage (Christine de Pisan, Mutacion de fortune, éd. S. Solente, 14176); c) 1518 bon voyage! (J. Parmentier, Œuvres poétiques, 17 ds Quem. DDL t. 19); 2. a) mil. xves. voyage sans retour « le trépas » (Jean Régnier, Fortunes et adversitez, éd. E. Droz, 3691); b) 1676 (Foigny, De la terre australe, p. 66: ce que doit faire un chrétien pour se préparer au grand voyage de l'éternité); 3. a) ca 1470 « vie » (Georges Chastellain, Chron., V, 143 ds Heilemann Chastellain, p. 11); b) 1671 voyage de la vie (Nicole, Essais, t. 2, p. 18); 4. 1445 « course que l'on fait pour transporter une charge d'un lieu dans un autre; contenu d'un chargement » (Lettre ds Du Cange, s.v. voiagium); 5. 1512 « récit de voyage » (J. Thénaud, Voyage et itinéraire de oultre mer... [titre]). Du lat. viaticum (neutre de viaticus « de voyage », dér. de via « route ») d'abord « provisions de voyage, argent pour le voyage » puis au fig. « ressources, provisions », et à basse époque « voyage », v. aussi viatique. Fréq. abs. littér.: 10 932. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 19 325, b) 19 195; xxes.: a) 12 771, b) 12 035.
DÉR.
Voyagiste, subst. masc.,tour. Professionnel (personne ou entreprise) qui organise et vend des voyages à forfait. Synon. tour-opérator, tour-opérateur.L'automne est, traditionnellement, la période où (...) les catalogues des voyagistes nous font découvrir ce que vont être les produits touristiques de l'hiver et du printemps (Le Figaro, 26 sept. 1987, p. 21, col. 1). [vwajaʒist]. 1reattest. 1982 (Arrêté du J.O., 17 mars ds Néol. off. 1989, no2285); de voyage, suff. -iste*.
BBG.Blochw.-Runk. 1971, p. 194, 201, 208, 460. − Gohin 1903, p. 271 (s.v. voyagiste). − Quem. DDL t. 19, 38.

Voyage : définition du Wiktionnaire

Nom commun

voyage \vwa.jaʒ\ masculin

  1. Action de se déplacer par un chemin plus ou moins long pour se rendre d’une ville dans une autre, d’un pays dans un autre, d’un lieu dans un autre.
    • Ce voyage si lent et si pénible nous a laissé un bon souvenir ; la rapidité excessive des moyens de transport ôte tout charme à la route : vous êtes emporté comme dans un tourbillon, sans avoir le temps de rien voir. Si l’on arrive tout de suite, autant vaut rester chez soi. Pour moi, le plaisir du voyage est d’aller et non d’arriver. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, Charpentier, 1859)
    • La tête en l’air, qui suit à Oxford quelques cours de botanique, se prépare à devenir pasteur quand une chance imprévue s’offre à elle : on lui propose de partir, au titre d’homme de compagnie du capitaine Robert Fitz-Roy, âgé de vingt-six ans et au caractère difficile, pour un très long voyage d’étude. — (Jean d’Ormesson, C’est une chose étrange à la fin que le monde, 2010, ISBN 978-2-221-12336-2)
    • Elle tenait par la main Pépé, et Jean la suivait, tous les trois brisés du voyage, effarés et perdus au milieu du vaste Paris, (...).— (Émile Zola, Au Bonheur des Dames, 1883 - Éditions Gallimard, 1980, page 29 ISBN 2070409309)
  2. Ellipse de récit de voyage, relation des événements et de ce qu’on a vu, découvert ou appris en voyageant.
    • Un recueil de voyages.
  3. Toute allée et venue d’un lieu à un autre.
    • Ses affaires l’obligent à faire de sa maison de campagne à paris des voyages presque quotidiens.
    • Il m’a fait faire plusieurs voyages inutilement.
    • Ce voiturier prend tel prix par voyage.
  4. Trip, défonce.
    • Un soir, au Club, Piet me demande si j’ai déjà fait un voyage. « Bien sûr, mon vieux » je lui réponds. J’ai entendu parler du LSD, de ce qu’ils appellent un « voyage ». Piet sourit. Je vois bien qu’il ne me croit pas. — (Kai Hermann et Horst Rieck, Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…, 1978. Traduit de l’allemand par Léa Marcou. 1981. page 61)

Forme de verbe

voyage \vwa.jaʒ\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de voyager.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de voyager.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de voyager.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de voyager.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de voyager.
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Voyage : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

VOYAGE. n. m.
Action de se déplacer par un chemin plus ou moins long pour se rendre d'une ville dans une autre, d'un pays dans un autre. Faire un voyage en Italie, en Perse, aux Indes. Entreprendre un voyage. Revenir de voyage. Être en voyage. Les fatigues du voyage. Voyage d'agrément, d'affaires. Voyage par mer, par terre, par la voie des airs. Voyage d'outremer. Voyage autour du monde. Le but, le terme d'un voyage. Les voyages forment la jeunesse. Je vous souhaite bon voyage. Adieu, bon voyage. Voyage au long cours. Voyez COURS. Fig. et fam., Faire le voyage de l'autre monde, partir pour le grand voyage, Mourir. Fig., La vie est un voyage, Nous ne faisons que passer sur la terre. Relation de voyage ou simplement Voyage, Relation des événements d'un voyage et de ce qu'on a vu, découvert ou appris en voyageant. Un recueil de voyages.

VOYAGE se dit aussi de Toute allée et venue d'un lieu à un autre. Ses affaires l'obligent à faire de sa maison de campagne à Paris des voyages presque quotidiens. Il m'a fait faire plusieurs voyages inutilement. Ce voiturier prend tel prix par voyage.

Voyage : définition du Littré (1872-1877)

VOYAGE (vo-ia-j' ; quelques-uns disent voi-iaj' ; au XVIIe siècle, plusieurs prononçaient veage, ce qui est condamné par Vaugelas et par Chifflet, Gramm. p. 201) s. m.
  • 1Chemin qu'on fait pour aller d'un lieu à un autre lieu qui est éloigné. Le vrai secret pour avoir de la santé et de la gaieté est que le corps soit agité et que l'esprit se repose ; les voyages donnent cela, Voiture, Lett. 44. Vous me semblez tous deux fatigués du voyage, La Fontaine, Phil. et Bauc. Hé bien, Agnès, je suis de retour du voyage : En êtes-vous bien aise ? Molière, Éc. des f. I, 4. Les voyages usent le corps, comme les équipages, Sévigné, 355. Ô voyage bien différent de celui qu'elle avait fait sur la même mer ! Bossuet, Reine d'Anglet. Ne pensez pas que je veuille, en interprète téméraire des secrets d'État, discourir sur le voyage d'Angleterre, Bossuet, Duch. d'Orl. Un voyage tranquille [de Louis XIV] devient tout à coup une expédition redoutable à ses ennemis, Bossuet, Mar.-Thér. Il fallait lui souhaiter un bon voyage, Hamilton, Gram. 9. Le sage Mentor m'aima jusqu'à me suivre dans un voyage téméraire que j'entreprenais contre ses conseils, Fénelon, Tél. I. Vous m'avez parlé d'un voyage que vous fîtes dans la Bétique, depuis que nous fûmes partis d'Égypte, Fénelon, ib. VIII. C'est mal raisonner que de conclure que les voyages sont inutiles, de ce que nous voyageons mal, Rousseau, Ém. v. C'est une belle chose, mon ami, que les voyages ; mais il faut avoir perdu son père, sa mère, ses enfants, ses amis, ou n'en avoir jamais eu, pour errer, par état, sur la surface du globe, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 387, dans POUGENS. Un homme qui passerait sa vie en voyage ressemblerait à celui qui s'occuperait du matin au soir à descendre du grenier à la cave et à remonter de la cave au grenier, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 14 oct. 1760. Ô quel bonheur de se retrouver dans sa patrie après deux ans d'absence ! voilà le plus grand plaisir que les voyages puissent procurer, Genlis, Ad. et Th. t. III, p. 99, dans POUGENS. Le chevalier Chardin, après avoir fait trois fois le voyage de Tchehelminar, et après y avoir conduit deux fois un peintre persan …, Mongez, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. III, p. 252. Bazar du voyage ; nécessaires de voyage ; pharmacies de voyage, Almanach Didot-Bottin, p. 1390, 1re col.

    Cheval de voyage, cheval propre à transporter un cavalier d'un endroit à un autre, assez rapidement, et pendant plusieurs jours de suite.

    Fig. et familièrement. Faire le voyage de l'autre monde, le grand voyage, mourir. Le mari fait seul le voyage, La Fontaine, Fabl. VI, 21. Elle ne songe plus qu'à son grand voyage, Sévigné, 144. Il est bien pressé de faire le voyage de l'autre monde, Dancourt, la Parisienne, sc. 2.

    Fig. La vie est un voyage, nous ne faisons que passer sur cette terre. Mon beau voyage encore est si loin de sa fin ! Chénier, la Jeune captive. En avançant dans notre obscur voyage, Du doux passé l'horizon est plus beau ; En deux moitiés notre âme se partage, Et la meilleure appartient au tombeau, Lamartine, Harm. II, 1.

  • 2 Terme de marine. Campagne, navigation plus ou moins longue. Le Mercure galant écrit quelquefois nos voyages si bizarrement, sur quelques relations de vaisseaux, que je croirais, monsieur, qu'il n'en devrait rien dire que suivant vos ordres, D'Estrées, à Seignelay, 26 août 1680, dans JAL. Neuf voyages sur mer entrepris par une princesse malgré les tempêtes, Bossuet, Reine d'Anglet. Les voyages des divers navigateurs anglais, en étendant nos connaissances, avaient mérité la juste admiration du monde entier, La Pérouse, Voy. t. II, p. 5, dans POUGENS. Les voyages de mer ne peuvent s'entreprendre sans une méthode pour trouver à chaque instant le lieu du vaisseau, et pour diriger sa marche dans ces grandes plaines de l'Océan, où les routes ne sont point tracées, Bailly, Hist. astr. mod. t. II, p. 634.

    Voyage de long cours, les longs voyages sur mer. Il n'y a guère que quatre sortes d'hommes qui fassent des voyages de long cours, les marins, les marchands, les soldats et les missionnaires, Rousseau, Inég. note I.

    Voyages d'outre-mer, les voyages que les chrétiens entreprenaient autrefois pour conquérir la terre sainte, pour faire la guerre aux musulmans.

  • 3Relation des événements d'un voyage (on met une majuscule). Ces Voyages sont fort intéressants à lire. Recueil de Voyages.

    Voyage pittoresque, relation d'un voyage accompagnée de vues, de gravures.

  • 4Allée et venue d'un lieu à un autre. J'ai fait deux voyages à Versailles. J'ai fait vingt voyages chez lui sans le trouver. Depuis que j'ai écrit ce commencement de lettre, j'ai fait un fort joli voyage ; je partis hier assez matin de Paris, j'allai dîner à Pompone…, Sévigné, 48.
  • 5Course, commission d'un homme de peine. Il faut payer les voyages de ce conducteur, de ce charretier.

    Ce que transporte un homme ainsi employé. Un voyage de bois, de charbon.

  • 6Séjour dans un lieu où l'on ne fait pas sa demeure habituelle. Mon voyage à ma terre sera de six semaines. Le voyage de la cour à Compiègne.
  • 7Anciennement, frais qu'on allouait à une partie ou à des témoins. Taxer les voyages.

HISTORIQUE

XIe s. Pois [puis] est montet [à cheval], entret en sun veiage, Ch. de Rol. LI.

XIIIe s. S'il avenoit par aventure que nous ne peussions mie aler en veage de la croix, Du Cange, viagium. Et s'eles des dames] font, par mal conseil, folage, à lasches gens et mauvais le feront ; Car tuit li bon iront en cest voiage [croisade], Quesnes, Romanc. p. 94. Il sait bien que vos avés mis el voiage Dieu, et que vos estes povres, Villehardouin, LI.

XIVe s. Par les desers s'en va son voiage akoeillir, Mais deux jours chemina, je vous di sans falir, Ains qu'il trovast ostel, Baud. de Seb. x, 1145.

XVe s. En ce temps fut proposé et conseillé en Angleterre de faire un voyage de guerre en Irlande, Froissart, IV, p. 188, dans LACURNE. De terme en terme durant les viages [le temps de vie] desdits et le dernier vivant tout tenant, Du Cange, viagium. Sur chacun voiage de sel passant par la riviere du Rosne, Du Cange, voiagium.

XVIe s. Si celuy qui s'appreste à faire un long voyage, Doit croire cestuy là qui a jà voyagé, Du Bellay, J. VI, 10, verso. Ce qui faisoit s'esbahir davantage de ce larcin, estoit que, pour tout emporter, il lui avoit convenu faire six ou sept voyages, Despériers, Contes, CXI. Ceux qui diront ou feront injure aux mayeur et eschevins leur devoir faisant, ou pour chose en dependante, en seront corrigez par prison, voyage [pèlerinage imposé par justice]…, Nouv. coust. gén. t. II, p. 277.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

VOYAGE. Ajoutez :
8 Autrefois, dans certains couvents, un voyage à Jérusalem, la prison perpétuelle à laquelle les religieux condamnaient un de leurs confrères, ainsi dit parce que, si on venait le demander, ils répondaient qu'il était allé faire un voyage à Jérusalem, Biblioth. critique, Amsterdam, 1710, t. IV, p. 294.
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Voyage : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

VOYAGE, s. m. (Gram.) transport de sa personne d’un lieu où l’on est dans un autre assez éloigné. On fait le voyage d’Italie. On fait un voyage à Paris. Il faut tous faire une fois le grand voyage. Allez avant le tems de votre départ déposer dans votre tombeau la provision de votre voyage.

Voyage, (Commerce.) les allées & les venues d’un mercenaire qui transporte des meubles, du blé, & autres choses. On dit qu’il a fait dix voyages, vingt voyages.

Voyage, (Education.) les grands hommes de l’antiquité ont jugé qu’il n’y avoit de meilleure école de la vie que celle des voyages ; école où l’on apprend la diversité de tant d’autres vies, où l’on trouve sans cesse quelque nouvelle leçon dans ce grand livre du monde ; & où le changement d’air avec l’exercice sont profitables au corps & à l’esprit.

Les beaux génies de la Grece & de Rome en firent leur étude, & y employoient plusieurs années. Diodore de Sicile met à la tête de sa liste des voyageurs illustres, Homere, Lycurgue, Solon, Pythagore, Démocrite, Eudoxe & Platon. Strabon nous apprend qu’on montra long-tems en Egypte le logis où ces deux derniers demeurerent ensemble pour profiter de la conversation des prêtres de cette contrée, qui possédoient seuls les sciences contemplatives.

Aristote voyagea, avec son disciple Alexandre ; dans toute la Perse, & dans une partie de l’Asie jusques chez les Bracmanes. Cicéron met Xénocrates, Crantor, Arcesilas, Carnéade, Panétius, Clitomaque, Philon, Possidonius, &c. au rang des hommes célebres qui illustrerent leur patrie par les lumieres qu’ils avoient acquises en visitant les pays étrangers.

Aujourd’hui les voyages dans les états policés de l’Europe (car il ne s’agit point ici des voyages de long cours), sont au jugement des personnes éclairées, une partie des plus importantes de l’éducation dans la jeunesse, & une partie de l’expérience dans les vieillards. Choses égales, toute nation où regne la bonté du gouvernement, & dont la noblesse & les gens aisés voyagent, a des grands avantages sur celle où cette branche de l’éducation n’a pas lieu. Les voyages étendent l’esprit, l’élevent, l’enrichissent de connoissances, & le guérissent des préjugés nationaux. C’est un genre d’étude auquel on ne supplée point par les livres, & par le rapport d’autrui ; il faut soi-même juger des hommes, des lieux, & des objets.

Ainsi le principal but qu’on doit se proposer dans ses voyages, est sans contredit d’examiner les mœurs, les coutumes, le génie des autres nations, leur goût dominant, leurs arts, leurs sciences, leurs manufactures & leur commerce.

Ces sortes d’observations faites avec intelligence, & exactement recueillies de pere en fils, fournissent les plus grandes lumieres sur le fort & le foible des peuples, les changemens en bien ou en mal qui sont arrivés dans le même pays au bout d’une génération, par le commerce, par les lois, par la guerre, par la paix, par les richesses, par la pauvreté, ou par de nouveaux gouverneurs.

Il est en particulier un pays au-delà des Alpes, qui mérite la curiosité de tous ceux dont l’éducation a été cultivée par les lettres. A peine est-on aux confins de la Gaule sur le chemin de Rimini à Cesene, qu’on trouve gravé sur le marbre, ce célebre sénatus-consulte qui dévouoit aux dieux infernaux, & déclaroit sacrilege & parricide quiconque avec une armée, avec une légion, avec une cohorte passeroit le Rubicon, aujourd’hui nommé Pisatello. C’est au bord de ce fleuve ou de ce ruisseau, que César s’arrêta quelque tems, & là la liberté prête à expirer sous l’effort de ses armes, lui couta encore quelques remords. Si je differe à passer le Rubicon, dit-il à ses principaux officiers, je suis perdu, & si je le passe, que je vais faire de malheureux ! Ensuite après y avoir réflechi quelques momens, il se jette dans la petite riviere, & la traverse en s’écriant (comme il arrive dans les entreprises hazardeuses) : n’y songeons plus, le sort est jetté. Il arrive à Rimini, s’empare de l’Umbrie, de l’Etrurie, de Rome, monte sur le trône, & y périt bientôt après par une mort tragique.

Je sais que l’Italie moderne n’offre aux curieux que les débris de cette Italie si fameuse autrefois ; mais ces débris sont toujours dignes de nos regards. Les antiquités en tout genre, les chefs-d’œuvres des beaux arts s’y trouvent encore rassemblés en foule, & c’est une nation savante & spirituelle qui les possede ; en un mot, on ne se lasse jamais de voir & de considerer les merveilles que Rome renferme dans son sein.

Cependant le principal n’est pas, comme dit Montagne, « de mesurer combien de piés a la santa Rotonda, & combien le visage de Néron de quelques vieilles ruines, est plus grand que celui de quelques médailles ; mais l’important est de frotter, & limer votre cervelle contre celle d’autrui. » C’est ici sur-tout que vous avez lieu de comparer les tems anciens avec les modernes, « & de fixer votre esprit sur ces grands changemens qui ont rendu les âges si différens des âges, & les villes de ce beau pays autrefois si peuplées, maintenant désertes, & qui semblent ne subsister, que pour marquer les lieux où étoient ces cités puissantes, dont l’histoire a tant parlé. » (Le chevalier de Jaucourt.)

Voyages de long cours. (Marine.) On appelle ainsi les grands voyages de mer, que quelques marins fixent à 1000 lieues.

Voyage, (Jurisprud.) est un droit que l’on alloue dans la taxe des dépens à celui qui a plaidé hors du lieu de son domicile, & qui a obtenu gain de cause avec dépens, pour les voyages qu’il a été obligé de faire, soit pour charger un procureur, soit pour produire ses pieces, soit pour faire juger l’affaire.

On joint quelquefois les termes de voyages & séjours, quoiqu’ils aient chacun leur objet différent. Ces voyages sont ce qui est alloué pour aller & venir ; les séjours sont ce qui s’est alloue pour le séjour que la partie a été obligée de faire.

Ces voyages ne doivent être alloués qu’autant qu’ils ont été véritablement faits, & que l’on en fait appercevoir par un acte d’affirmation fait au greffe.

La femme peut venir pour son mari, & le mari pour sa femme ; les enfans âgés de 20 ans pour leurs pere & mere, & le gendre pour son beau-pere, en affirmant par eux leur voyage au greffe.

Voyez le réglement de 1665 pour la taxe des dépens, & celui du 10 Avril 1691 sur les voyages & séjours. (A)

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Étymologie de « voyage »

Étymologie de voyage - Littré

Berry, voyâge ; wallon, voyeg ; bourg. viaige ; mâconnais, vioge ; norm. viâge ; provenç. viatge ; espagn. viage ; portug. viagem ; ital. viaggio, du lat. viaticum, qui signifie provisions de voyage, mais qui est déjà pris au sens de voyage dans Venantius Fortunatus ; de via (voy. VOIE).

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Étymologie de voyage - Wiktionnaire

(Siècle à préciser) De l’ancien français, lui-même du latin viaticum (« argent pour les voyages »), de viaticus (« relatif au voyage ») de via (« voie »).
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Phonétique du mot « voyage »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
voyage vwajaʒ play_arrow

Citations contenant le mot « voyage »

  • Les agences de voyage traditionnelle avaient déjà du mal avant la crise, la fermeture des frontières aura eu raison des dernières agences Air Journal, Tourisme : TUI va fermer 166 agences de voyages au Royaume-Uni et en Irlande | Air Journal
  • Quarantaine et dépistage sont obligatoires pour les voyageurs qui reviennent en Belgique en provenance de ces zones, dont la Mayenne en France. Le Monde.fr, Coronavirus : la Belgique interdit les voyages vers plusieurs régions en Espagne, Suisse et France
  • L'UE a retiré jeudi 30 juillet l'Algérie de sa liste de pays exemptés de restrictions de voyage, en raison de la pandémie de coronavirus, a annoncé le Conseil de l'UE dans un communiqué. Cette liste est désormais réduite à douze pays, ainsi qu'à la Chine, sous conditions. C'est la deuxième fois qu'elle est actualisée depuis sa création il y a un mois. Elle comptait alors quatorze pays. Elle est basée "en particulier" sur des critères épidémiologiques et est soumise à une révision tous les 15 jours. Elle précise les pays pour lesquels les restrictions aux frontières extérieures de l'UE "devraient graduellement être levées". Capital.fr, L’Algérie de nouveau soumise aux restrictions de voyage - Capital.fr
  • Kim Kardashian et Kanye West se sont retrouvés dimanche pour un voyage en famille. L'ultime recours et dernier espoir du couple, qui tente de sauver son mariage. , Kim Kardashian et Kanye West, le voyage de la dernière chance
  • Non, je suis même très content de faire ça parce que j’adore raconter des histoires. Les rencontres que l’on peut faire en parcourant le monde constituent un vivier infini pour justement raconter des histoires. Le vrai pari de cette émission de radio, c’est de faire rêver et travailler l’imaginaire. Nous consacrons la première partie aux régions de France en rencontrant des gens amoureux de leur région et la seconde au monde. La radio est un outil formidable pour stimuler l’imagination. Je pense donc qu’on peut voyager sans avoir l’image. Les yeux fermés. Cela tombe d’autant mieux que nous intervenons après une période où beaucoup de gens ont été enfermés chez eux. Tout le monde a besoin de rêver ! ladepeche.fr, Philippe Gougler : "Le secret d’un voyage réussi, c’est le temps" - ladepeche.fr
  • C’est un retour en arrière au siècle précédent. Le tramway touristique de la vallée de la Deûle plonge ses voyageurs dans l’ambiance du début du XXe siècle. Cuirs, boiseries, contrôleur… rien ne manque. Un voyage dans le temps sur les berges de la Deûle, de Marquette à Wambrechies, proposé par les membres l’Association du musée international des transports métropolitains (AMITRAM). Ce dimanche, les amateurs étaient encore au rendez-vous, tout comme notre photographe Thierry Thorel. , Voyage dans le temps à bord de l’Amitram | La Voix du Nord
  • Le Conseil de l’UE a annoncé, jeudi, le retrait de l’Algérie de la liste des pays exemptés de restrictions aux voyages. Cette liste, basée notamment sur des critères épidémiologiques et soumise à une révision tous les quinze jours, précise les pays pour lesquels les restrictions aux frontières extérieures de l’UE « devraient graduellement être levées ». La recommandation européenne n’est pas contraignante : chaque Etat membre reste responsable des voyageurs qu’il laisse entrer sur son territoire. L’UE tente toutefois de se coordonner pour maintenir la liberté de circulation au sein de l’espace Schengen. Le Monde.fr, Coronavirus : l’Algérie se dit « surprise » par les restrictions de voyage préconisées par l’UE
  • Le voyage, c’est la part du rêve. De Xavier Roy
  • Le plus beau voyage est de se prouver sa liberté. De Anonyme
  • Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. De Joachim Du Bellay / Les Regrets
  • Le voyage est un retour vers l'essentiel. De Proverbe tibétain
  • On ne voyage pas pour voyager mais pour avoir voyagé. De Alphonse Karr
  • La vie est un voyage en parachute. De Vicente Huidobro / Altazor
  • Si tu n’as pas étudié, voyage. De Proverbe foulfouldé
  • Femme qui voyage laisse voyager son coeur. De Antoine de Rivarol
  • Un thriller est un voyage. De Jean-Christophe Grangé / Evene.fr - Avril 2007
  • Le voyage est ma maison. De Muriel Rukeyser / One life
  • Le voyage apprend la tolérance. De Benjamin Disraeli
  • Il voyage plus vite celui qui voyage seul. De Rudyard Kipling / Les Vainqueurs
  • Dans un voyage, le plus long est d'arriver à la porte. Varron en latin Marcus Terentius Varro, Économie rurale, I, 2, 2
  • Le voyageur est encore ce qui importe le plus dans un voyage. Isaac Félix, dit André Suarès, Le Voyage du condottiere, Émile-Paul
  • Le vain travail de voir divers pays. Maurice Scève, Microcosme Valery Larbaud a fait de ce vers le titre d'un de ses essais, repris dans son recueil Jaune, bleu, blanc
  • Le voyage est une suite de disparitions irréparables. Paul Nizan, Aden-Arabie, Maspero
  • Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, III, 9
  • […] frotter et limer notre cervelle contre celle d'autrui*. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 26
  • Un voyage s'inscrit simultanément dans l'espace, dans le temps, et dans la hiérarchie sociale. Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, Plon
  • Ce que d'abord vous nous montrez, voyages, c'est notre ordure lancée au visage de l'humanité. Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, Plon
  • L'enfance est un voyage oublié. Jean Mallard de La Varende, Le Centaure de Dieu, Grasset
  • Le voyage est un maître aux préceptes amers […]. Théophile Gautier, España
  • Lorsqu'on emploie trop de temps à voyager on devient enfin étranger en son pays. René Descartes, Discours de la méthode
  • C'est quasi le même de converser avec ceux des autres siècles que de voyager. René Descartes, Discours de la méthode
  • Le voyage n'est nécessaire qu'aux imaginations courtes. Sidonie Gabrielle Colette, Belles Saisons, Galerie Charpentier
  • Amer savoir, celui qu'on tire du voyage ! Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, le Voyage

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Traductions du mot « voyage »

Langue Traduction
Corse viaghju
Basque bidaia
Japonais 旅行
Russe поездка
Portugais viagem
Arabe رحلة قصيرة
Chinois 旅行
Allemand ausflug
Italien viaggio
Espagnol viaje
Anglais trip
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Synonymes de « voyage »

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