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Vigne

Définitions de « vigne »

Trésor de la Langue Française informatisé

VIGNE1, subst. fém.

A. −
1. BOT. Plante grimpante sarmenteuse représentant le seul genre important (Vitis) de la famille des Ampélidées, genre qui comporte deux sous-genres regroupant quelques dizaines d'espèces. On trouve des espèces du genre Vitis dans les formations sédimentaires du début de l'ère tertiaire (...). Il est évident que ces vignes des temps géologiques éloignés ne ressemblent en rien aux espèces que nous cultivons (M. Lachiver, Vins, vignes et vignerons, 1988, p. 20).
Vigne vraie. Représentant du sous-genre (Euvitis) qui comporte les espèces les plus utilisées pour la production de raisins. Les espèces de vignes vraies (...) ne sont séparées que par des barrières géographiques, écologiques ou phénologiques (Levadoux, Vigne, 1961, p. 22).
Vigne américaine. Espèce appartenant à un groupe d'une vingtaine d'espèces de vignes vraies originaires d'Amérique du Nord. Malheureusement ces vignes [américaines] ne purent remplacer qualitativement nos cépages français et celles qui auraient donné un résultat acceptable n'étaient pas suffisamment résistantes; on tourna alors la difficulté en greffant sur ces vignes américaines nos variétés françaises qui donnèrent à nouveau nos vins d'autrefois (P. Michard, Plantation et cult. de la vigne, 1944, p. 74).
Vigne européenne. Espèce de vigne vraie (Vitis vinifera), comportant de très nombreuses variétés, originaire d'Europe et d'Asie occidentale, qui possède de grandes qualités pour la production de raisins de table ou de cuve. Ce cépage (...) n'était d'ailleurs pas une vigne européenne comme l'avaient d'abord pensé ses premiers découvreurs mais le résultat d'un croisement spontané entre une vigne indigène le V. Labrusca L. et les vignes introduites inlassablement d'Europe depuis près de deux siècles (Levadoux, Vigne, 1961, p. 31).Vigne française. Même sens. La vigne française, comme disent nos vignerons, la vigne européenne, comme on dit à l'étranger (Levadoux, Vigne, 1961, p. 29).
Vigne asiatique. Espèce de vigne vraie appartenant à un groupe d'une vingtaine d'espèces originaires d'Asie orientale. Un troisième groupe, celui des Vignes asiatiques, comprend 19 espèces, dont aucune n'a donné de bons résultats en France (P. Michard, Plantation et cult. de la vigne, 1944, p. 73).
2. Courant
a) Cette plante du genre des vignes vraies et du groupe européen essentiellement (et partiellement du groupe américain), améliorée et cultivée pour ses fruits destinés à la consommation et, surtout, à la production de vin. Vigne greffée; pied de vigne; pays de vignes; cultiver la vigne. Autour de moi, des vignes chargées de raisins noirs, des paysans qui y travaillaient gaiement pour surveiller les promeneurs (Michelet, Journal, 1820, p. 113):
La loi catalane chasse les vignerons fermiers lorsque les vignes deviennent incultes: lors du phylloxera, toutes les vignes atteintes avaient été considérées comme incultes, et les vignerons chassés des vignes qu'ils avaient plantées, qu'ils cultivaient depuis vingt ou cinquante ans. Ceux qui les remplaçaient, n'ayant plus aucun droit sur la vigne, étaient payés moins cher. Malraux, Espoir, 1937, p. 446.
SYNT. Vigne phylloxérée, vigoureuse; vigne en fleurs; vigne palissée, en foule, en hautains, en ligne; cep, pied, plant, sarment, souche, vrille de vigne; larmes, pleurs de la vigne; berceau, champ, culture, plantation de vigne(s); maladie, parasite de la vigne; arracher, sulfater, tailler une vigne.
Vigne de cuve/vigne de table. Vigne dont les fruits sont destinés à la production de vin/à la consommation. La proles pontica, à grappes moyennes, plus compactes, (...) comprenant des vignes de cuve, des vignes de table, beaucoup de variétés à deux fins comme (...) la Clairette du Midi de la France (Levadoux, Vigne, 1961, p. 30).
Vigne folle. Vigne qui n'est pas entretenue, pas taillée par l'homme et se développe sans limitation, comme à l'état sauvage. V. fourrure A 2 b ex. de Duhamel.P. métaph. [Ma fille] est malade de fièvre pour avoir poussé trop vite en hauteur; voyez quelle grande vigne folle, pour une enfant d'onze ans et demi! (Sand, Maîtres sonneurs, 1853, p. 18).
Feuille de vigne
Feuille de la plante utilisée en cuisine. Petites boulettes de riz et de viandes hachées, rôties dans une feuille de vigne (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 424).Des feuilles de vigne farcies (Farrère, Homme qui assass., 1907, p. 199).
[Dans des œuvres d'art] V. feuille I B 3 a.P. métaph. [Symbolise la pudeur] Moi qui ne suis pas prude, et qui n'ai pas de gaze Ni de feuille de vigne à coller à ma phrase, Je ne passerai rien (Gautier, Albertus, 1833, p. 171).Selon un mot célèbre elle joue de sa feuille de vigne comme d'un éventail, mais en honneste dame, non en diva des bouffes (Péladan, Vice supr., 1884, p. 89).
Jus de la vigne. V. jus A 1.Sang de la vigne (littér.). Vin. C'est nous qui fauchons les moissons, qui pressons le sang de la vigne! (Giraudoux, Guerre Troie, 1935, ii, 4, p. 105).
Noir de vigne. Pigment noir obtenu par calcination de sarments de vigne en vase clos. On emploie aussi [comme couleurs fines] le noir de pêche et le noir de vigne, [qui ont] (...) la même valeur que le noir d'ivoire (Robinot, Vérif., métré et prat. trav. bât., t. 6, 1930, p. 46).
Pêche de vigne. V. pêche1A 1.[P. réf. à la couleur rose très foncé de la chair de ce fruit] Un décor pompeux d'arabesques et de fruits, travaillé dans cette pierre du pays, qui a la couleur de la pêche de vigne (T'Serstevens, Itinér. esp., 1933, p. 42).
b) P. méton.
α) Littér. Raisin (destiné à la production de vin). La vigne foulée aux pressoirs de Cîteaux (Chénier, Élégies, 1794, p. 76).
β) Vignoble. Façonner, labourer, vendanger sa vigne. Le bail à ferme d'un pré, d'une vigne, et de tout autre fonds dont les fruits se recueillent en entier dans le cours de l'année, est censé fait pour un an (Code civil, 1804, art. 1774, p. 322).Un ours un singe un chien menés par des tziganes Suivaient une roulotte traînée par un âne Tandis que s'éloignait dans les vignes rhénanes Sur un fifre lointain un air de régiment (Apoll., Alcools, 1913, p. 112).
Maison de vigne. Liées au vignoble encore, les maisons de vigne, ces cabanes qu'on trouve un peu partout en France et qui servent à ranger les outils, à se mettre à l'abri, à manger et même, quelquefois, à dormir (M. Lachiver, Vins, vignes et vignerons, 1988, p. 236).
Vigne du Seigneur. [Symb. biblique de l'Église terrestre] Julien sera un ouvrier remarquable dans la vigne du Seigneur (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 171).Il mettait Jésus-Christ à la portée des gens éclairés, et le paradis à la portée des gens riches. « Chacun a son lot dans la vigne du Seigneur, » disait-il souvent (Goncourt, R. Mauperin, 1864, p. 67).
Travailler à la vigne du Seigneur, faire provigner la vigne du Seigneur (vx). S'employer à convertir et à sauver les âmes. Pour travailler dignement à la vigne du Seigneur, et n'être pas tout à fait indigne de tant de savants collaborateurs, il fallait l'instruction (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 138).
Mettre les pieds dans la vigne du Seigneur (vx). S'enivrer. (Ds Littré, Rey-Chantr. Expr. 1979). Être, se promener dans les vignes (du Seigneur). Être ivre. Il apprit de lui plusieurs couplets, et s'enivra trois ou quatre fois, pour la gaieté de la tante Caroline, qui riait fort, qui répétait: − Je crois que mon jeune neveu se promène dans les vignes du Seigneur! (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 230).V. loquacement rem. s.v. loquace ex.
B. − P. anal. [Avec déterm.]
1. [Désigne une plante de la même famille] Vigne-(-)vierge. Plante grimpante appartenant à un des autres genres (Parthenocissus) de la famille des Ampélidées, dont l'aspect rappelle celui de la vigne, mais qui n'est utilisable que comme plante décorative. Des melons d'eau (...) et des pommes de mai étoient posées sur des feuilles de vigne-vierge au milieu du cercle (Chateaubr., Natchez, 1826, p. 108).L'espace resserré dans ce rectangle de façades tapissées de rosiers et de vigne vierge n'est que végétation architecturale (T'Serstevens, Itinér. esp., 1963, p. 111).
2. [Désigne des plantes grimpantes d'autres familles]
a) [Avec déterm. évoquant gén. une couleur]
Vigne blanche ou fausse vigne. Clématite, bryone. V. clématite ex. 1.Vigne noire. Taminier commun. V. Secrets et vertus des plantes médicinales, Paris, Sélection du Reader's Digest, 1977, p. 287.
b) [Avec déterm. évoquant une région] Vigne de Judée. Douce-amère. Un autre berceau plus petit au fond du jardin, tressé en vignes grimpantes de Judée sous deux cerisiers (Lamart., Confid., 1849, p. 67).Vigne du Nord. Houblon. V. Secrets et vertus des plantes médicinales, op. cit., p. 168.
REM. 1.
Vignette, subst. fém.,rare. [Corresp. à supra A 2 b β] Petite vigne. Une autre fois, mais j'étais alors déjà grandet, mon père m'amena encore à notre vignette des Oulettes (Arène, Veine argile, 1896, p. 258).
2.
Vinifera, subst. masc. inv.,viniféra, subst. masc.,ampélographie, vitic. Vigne européenne. Tous les vinifera français servirent de greffons (Pesquidoux, Livre raison, 1925, p. 77).Beaucoup de Viniféras (...) sont en effet susceptibles de fournir des produits solides, francs de goût et de bonne garde (Levadoux, Vigne, 1961, p. 41).
Prononc. et Orth.: [viɳ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1remoit. xiies. « arbrisseau grimpant de la famille des Ampélidées cultivé pour son fruit et la production de vin » (Psautier Oxford, éd. F. Michel, CVI, 37); 1551 vigne arbustive (Cottereau, Colum., IV, I ds Gdf. Compl.); 1600 vigne basse, haute (O. de Serres, Théâtre d'agric., l. 3, chap. 4, p. 159); 1845-46 vignes en cordon, vignes de labour, vignes pleines (Besch.); 2. a) 1remoit. xiies. « terrain planté de vignes » (Psautier Oxford, LXXVII, 52); b) 1538 vigne blanche (Est.); 1611 vigne noire (Cotgr.); 1690 vigne vierge (Fur.); c) 1835 pêche de vigne (Ac.); 3. a) 1553 fig. travailler la vigne du Seigneur « convertir les âmes » (Bible Gérard, Is 5, 7 ds FEW t. 14, p. 472a); 1764 faire provigner la vigne « faire réussir une doctrine » (Voltaire, Lettre d'Argence, 10 oct. ds Littré); b) 1690 mettre le pied dans la vigne du Seigneur « être ivre » (Fur.); 1718 être dans les vignes « id. » (Ac.); 1808 être dans les vignes du seigneur « id. » (Hautel). Du lat. vinea « vigne »; dér. de vinum « vin ». Fréq. abs. littér.: 2 308. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3 553, b) 3 008; xxes.: a) 3 958, b) 2 790. Bbg. Bonnaud-Lamotte (D.). Vin, vigne et vigneron ds le T.L.F. C.U.M.F.I.D. 1983, no14, pp. 119-135.

VIGNE2, subst. fém.

Vieilli. Maison de plaisance dans les environs de Rome ou d'une autre ville d'Italie. On dressa le couvert dans la vigne que possédait le pape près de Saint-Pierre-ès-Liens, charmante habitation que les cardinaux connaissaient bien de réputation (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 225).Quand j'ai voulu aller passer un dimanche à la vigne de Francesco Mondavio, le sauf-conduit pour sortir de Rome m'a été refusé (Montherl., Malatesta, 1946, III, 3, p. 490).
Prononc.: [viɳ]. Étymol. et Hist. 1651 « en Italie, nom donné à une maison de campagne entourée de jardins, de vignes » (Scarron, Roman comique, 1re part., chap. XIII, éd. H. Bénac, t. 1, p. 161). Empr. à l'ital.vigna « vigne », lui-même du lat. vinea.

Wiktionnaire

Nom commun - français

vigne \viɲ\ féminin

  1. (Botanique) Plante à tige ligneuse et ordinairement tortue, qui produit le raisin dont on fait le vin.
    • Quoiqu’elle ne trouve pas dans ce département les conditions climatériques nécessaires à sa croissance, la vigne est cependant cultivée, mais sur une faible étendue, dans les arrondissements de Vouziers et de Rethel. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 133)
    • Simple et rustique, elle est située, ma chaumière, […] à l’orée d’un joli bois de hêtres […] Une vigne l’encadre joyeusement ; des jasmins, parmi lesquels se mêlent quelques roses grimpantes, tapissent sa façade de briques sombres. — (Octave Mirbeau, Ma chaumière, dans Lettres de ma chaumière, 1885)
    • Tous les ans, M. Millardet féconde des vignes américaines par du pollen des vignes françaises. — (M. A. Bouchard, Une Mission viticole, Imprimerie Lachèse & Dolbeau, Angers, 1891, page 78)
    • Presque partout dans le département, l’abandon des campagnes a causé un recul de l’olivier et parfois même de la vigne, submergés par la croissance spontanée des pins. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
  2. Terrain planté de vignes.
    • Une partie du territoire de Vauclerc était encore inculte, il y a moins d’un siècle. On parvint à convertir en vignes des lieux qui jadis n’offraient que des roches stériles. Ces défrichemens, qu’on doit aux moines de Foigny, donnèrent naissance au village de la Vallée-Foulon. — (J.-B.-L. Brayer, Statistique du département de l’Aisne, Imprimerie Melleville, Laon, 1825, page 107)
    • On trouve aussi des vignes dans les communes de Suzanne, Tourteron, Guincourt , Neuville-et-Day. Ces quatre communes en contiennent environ 140 hectares produisant, année moyenne, 12,400 hectolitres de vin de médiocre qualité. — (Jean-Baptiste Hubert, Géographie historique du département des Ardennes, Charleville : chez Lhuyer, Paris : chez Delloye & Rheims : chez Portier, 2e éd., 1838, p. 333)
    • Les formes de dégradation du phylum du Chêne-vert sont très nombreuses et constituent l’essentiel du paysage méditerranéen français là où l’homme n’a pas placé ses vignes, ses olivettes, ses vergers d’Amandiers, ses jardins ou ses cultures labourées. — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, p. 174)
    • Un rude hiver s’est abattu sur la campagne bourguignonne : les quelques arpents de vigne qui font vivre la famille ont gelé. — (Rosa Moussaoui, Zéphyrin Camélinat (1840-1932) Un long chemin, de la commune au communisme, dans L’Humanité, 7 septembre 2011)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

VIGNE. n. f.
Plante à tige ligneuse et ordinairement tortue, qui produit le raisin. Cep de vigne. Sarment de vigne. Feuilles de vigne. Pampre de vigne. Bourgeon de vigne. Les pleurs de la vigne. Vigne sauvage. Une treille de vigne. Planter de la vigne. Il y a diverses sortes de plants de vigne. La vigne est fort sujette à geler. Les pluies froides font couler la vigne. La vigne est en fleur. Tailler la vigne. Vigne vierge. Voyez VIERGE.

VIGNE désigne, par extension, un Terrain planté de vignes. Un clos de vigne. Un hectare de vigne. Une vigne de deux hectares. Une vigne bien venue, bien entretenue. Jeune vigne. Vieille vigne. Planter, labourer, fumer, arracher, vendanger une vigne. Travailler aux vignes. On donne ordinairement trois façons aux vignes. Raisin de vigne, Raisin propre à faire du vin; par opposition à Raisin de treille ou Chasselas, Raisin qu'on sert à table. Pêche de vigne, Fruit du pêcher venu en plein vent, par opposition à Pêche d'espalier. Fig., Travailler à la vigne du Seigneur, S'employer à l'instruction et à la conversion des âmes. Fig. et pop., Être dans les vignes, dans les vignes du Seigneur, Être ivre.

Littré (1872-1877)

VIGNE (vi-gn') s. f.
  • 1 Terme de botanique. Genre de la famille des ampélidées.
  • 2Particulièrement, la plante à tige ligneuse et tortue qui porte le raisin, vitis vinifera, L. Le produit de sept arpents de vignes par an est de 6300 sesterces, c'est-à-dire de 787 livres 10 sous, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. x, p. 452. Domitien, prince timide, fit arracher les vignes dans la Gaule, de crainte sans doute que cette liqueur [le vin] n'y attirât les barbares, comme elle les avait autrefois attirés en Italie, Montesquieu, Esp. XXI, 15. Une vigne nouvellement fumée est plus sujette à être endommagée de la gelée qu'une autre, Buffon, Expér. sur les végét. 4e mém. II. Il existe en Bourgogne plusieurs vignes dont la plantation date de plus de quatre cents ans, Genlis, Maison rust. t. III, p. 285, dans POUGENS. L'Italie eut des vignes énormes ; elles étaient si hautes en Campanie, qu'on avait établi comme règle que le propriétaire du domaine ferait enterrer ou brûler à ses frais l'ouvrier qui, en les taillant, tomberait et mourrait de sa chute, Pastoret, Instit. Mém. inscr. et belles-lettres, t. v, p. 92. Si la vigne peut passer fleur et ne point couler, on ne saura où mettre tout le vin cette année, Courier, Gaz. du village. Brennus disait aux bons Gaulois : Célébrez un triomphe insigne ; Les champs de Rome ont payé mes exploits, Et j'en rapporte un cep de vigne, Béranger, Brennus.

    Feuille de vigne, voy. FEUILLE, n° 1.

  • 3Étendue de terre plantée de ceps de vigne. Une vigne d'un hectare. Je vais faire un tour dans les vignes, et je me rends ici dans un moment, Dancourt, Impromptu de Suresnes, sc. 1. La vigne célèbre dont le vin est appelé Lacryma Christi, se trouve dans cet endroit, et tout à côté des terres dévastées par la lave, Staël, Corinne, XI, 4.

    Vignes pleines ou en plein, celles qui sont plantées en quinconce.

    Vignes en tailles, vignes développées en surface, sans profondeur.

    Raisin de vigne, raisin propre à faire du vin, par opposition à raisin de treille ou chasselas, raisin qu'on sert sur les tables.

    Pêche de vigne, fruit du pêcher venu en plein vent dans les vignes.

  • 4La vigne du Seigneur, vigne qui fait le sujet d'une parabole, Évang. St Matthieu XX.

    Fig. Travailler à la vigne du Seigneur, s'employer à l'instruction et à la conversion des âmes.

    Fig. Faire provigner la vigne du Seigneur, ou, simplement, faire provigner la vigne, faire réussir une doctrine, une opinion. Il est venu des adeptes immédiatement après votre départ ; ils cultiveront la vigne du Seigneur d'un côté, tandis que vous la provignerez de l'autre, Voltaire, Lett. d'Argence, 10 oct. 1764. Adieu, monsieur ; faites provigner la vigne tant que vous pourrez ; il me semble qu'on nous fait manger à présent des raisins un peu amers, Voltaire, Lett. Condorcet, 1er sept. 1772.

    Fig. Être dans les vignes du Seigneur, ou, elliptiquement, être dans les vignes, être ivre. Le roi : Où suis-je ? - Zaconin : Par ma foi, vous êtes dans les vignes. - Le roi : D'où peut venir cela ? - Zaconin : C'est que vous avez bu, Legrand, Roi de Cocagne, II, 15.

    Mettre le pied dans la vigne du Seigneur, s'enivrer.

  • 5 Fig. La vigne de l'abbé, la vigne de l'évêque, une vie de délices. …Ce couple si charmant, Toujours d'accord, de plus en plus s'aimant… Se promettait la vigne de l'abbé, La Fontaine, Aveux indiscrets.
  • 6 Anciennement. Maisons de plaisance aux environs de Rome et de certaines villes d'Italie ; aujourd'hui on dit villa. La vigne Borghèse. La vigne Aldobrandine.
  • 7Vigne blanche, un des noms vulgaires de la bryone.

    Vigne vierge, nom vulgaire du cissus quinquefolia, Desf. cultivé en berceaux.

    Vigne de Judée, vigne sauvage, douce-amère.

    Vigne noire ou taminier, deux noms vulgaires du taminier commun, asparagées, dit aussi couleuvrée noire et sceau de Notre-Dame.

    Vigne du Nord, houblon.

    Poire de vigne, nom d'une poire d'automne.

  • 8 Terme d'alchimie. Vigne des sages, la pierre du premier ordre réduite en eau rectifiée.
  • 9Ancienne machine de guerre, consistant en cabanes faites en claies et portées sur des roues, pour établir des communications abritées entre les ouvrages de l'assiégeant.

PROVERBES

Un mariage de Jean des vignes, voy. JEAN, n° 9.

Quand nous serons morts, fera les vignes qui pourra, nous ne nous embarrassons point de ce qui se fera après notre mort.

Il ne se soucie pas qui fera les vignes après sa mort, se dit d'un homme sans souci.

La vigne à mon oncle, voy. ONCLE, n° 1.

Vigne double, si elle est close.

HISTORIQUE

XIIe s. Naboth de Jezrael out une vigne veisine e mult près del paleis lu rei Achab, Rois, 329.

XIIIe s. Et mirent tout le pays en feu et en flame, et prendoient proies, et gastoient blés et vingnes et gardins, Chr. de Rains, p. 74. Les demandes reeles sont quant on demande heritage, terres, bois, prés, vingnes, yaues, justiches…, Beaumanoir, VI, 32. Je sai de reisins a plenté [il y a abondance de raisins] En une vine près de ci, Ren. 23155.

XVe s. Et sailloient de vigne en vigne et de fossé en fossé pour eux sauver, Froissart, II, III, 100. En la vigne jusqu'au peschier Estes bouté, mon filz très chier, Dont, par ma foy, suis très joyeulx, Quant de rimes vous voy songneux, Orléans, Rondel 72.

XVIe s. Les machines desquelles les anciens usoient pour forcer les villes, comme sont beliers, chevaux, vignes, tortues, balistes, etc. Paré, IX, Préf. Se mettre dedans la vigne jusques au pescher, Cotgrave Et y a moins de mal souvent à perdre sa vigne qu'à la plaider, Montaigne, III, 48.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

VIGNE, s. f. vitis, (Hist. nat. Botan.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond ; le pistil sort du milieu de cette fleur ; il est entouré d’étamines, qui font tomber ordinairement les pétales, & il devient dans la suite une baie molle, charnue & pleine de suc ; elle renferme le plus souvent quatre semences, dont la forme approche de celle d’une poire. Tournefort, inst. rei herb. Voyez Plante.

Tournefort distingue vingt une especes de ce gente de plante, entre lesquelles nous décrirons la vigne commune cultivée, parce que sa description se rapporte à toutes les autres especes.

Cette plante, nommée vitis vinifera par C. B. P. 299. J. B. 2. 67. Raii, hist. 1613. a la racine longue, peu profonde, ligneuse, vivace. Elle pousse un arbrisseau qui s’éleve quelquefois à la hauteur d’un arbre, & dont la tige est mal faite, tortue, d’une écorce brune, rougeâtre, crevassée, portant plusieurs sarmens longs, munis de mains ou vrilles qui s’attachent aux arbres voisins, aux charniers ou aux échalas. Ses feuilles sont grandes, belles, larges, presque rondes, incisées, vertes, luisantes, un peu rudes au toucher, d’un goût astringent. Ses fleurs naissent dans les aisselles des feuilles, petites, composées chacune de cinq pétales, disposées en rond, réunies par leur pointe, de couleur jaunâtre, odorantes, avec autant d’étamines droites à sommets simples.

Lorsque les fleurs sont tombées, il leur succede des baies rondes ou ovales, ramassées & pressées les unes contre les autres, en grosses grappes, vertes & aigres dans le commencement, mais qui en mûrissant prennent une couleur blanche, rouge ou noire, & deviennent charnues, pleines d’un suc doux & agréable ; chaque baie renferme ordinairement dans une seule loge cinq semences ou pepins osseux en cœur, plus pointus par un bout que par l’autre.

Cette plante se cultive dans les pays chauds & tempérés ; elle s’éleve en peu de tems à une grande hauteur, si l’on n’a soin de l’arrêter en la taillant, elle croît même jusqu’à surmonter les plus grands ormes, elle fleurit en été, & ses fruits ou raisins mûrissent en automne. Il n’y a guere de plante qui soit plus durable ; l’étendue qu’elle occupe est étonnante, car on a vu des maisons couvertes des branches d’une seule souche.

Nous préférons la vigne, disoit autrefois Columelle à tous les autres arbres & arbrisseaux du monde, non-seulement pour la douceur de son fruit, mais aussi pour la facilité avec laquelle elle s’éleve ; elle répond à la culture & aux soins des hommes presque en tout pays, à-moins qu’il ne soit ou trop froid ou trop brûlant, en plaines, en coteaux, en terre forte ou légere & meuble, grasse ou maigre, humide ou seche. Selon Pline, les terreins ne different pas plus entr’eux que les especes de vignes ou de raisins ; mais il seroit impossible de reconnoître aujourd’hui dans les noms modernes ceux de l’antiquité qui y répondent, parce que les anciens n’ont point caractérisé les diverses especes de vignes dont ils parloient, ni les fruits qu’elles portoient. (D. J.)

Vigne, (Agriculture.) la terre qui convient mieux aux vignes pour avoir de bon vin, est une terre pierreuse ou à petit cailloutage, située sur un coteau exposé au midi ou au levant. Il est vrai que la vigne n’y dure pas si long-tems que dans une terre un peu forte, & qui a plus de corps. Les terres grasses & humides ne sont point propres pour la vigne, le vin qui y croît n’est pas excellent, quelles que soient les années chaudes & hâtives qui puissent survenir.

Pour les terres situées sur des coteaux exposés au couchant, il n’en faut guere faire de crus pour y élever des vignes ; quoique ces vignes soient bien cultivées & fumées, leur fruit mûrit d’ordinaire imparfaitement. Quant aux coteaux exposés au nord, il n’y faut jamais planter de la vigne, parce qu’on n’y recueilleroit que du verjus.

La vigne se multiplie de crossettes & de marcottes. Pour avoir de bonnes crossettes, il faut en taillant la vigne les prendre sur les jets de la derniere année, & que ces crossettes aient à l’extrémité d’en-bas du bois de deux ans. On ne prend pas les crossettes sur la souche de la vigne, parce qu’elles ont en cet endroit des yeux plats & éloignés les uns des autres. On connoît la bonté des crossettes & du plant enraciné quand le dedans du bois est d’un verd-clair ; s’ils sont d’un verd-brun, il faut les rejetter.

On plante la vigne de plusieurs manieres. Les uns prennent une pioche ou une bèche, avec laquelle, le long d’un cordeau qu’ils ont tendu de la piece de terre qu’ils veulent mettre en vigne, ils font une raie de terre d’un bout à l’autre, & ensuite un autre en continuant jusqu’à ce que la terre soit toute tracée. Il suffit dans une terre seche & sablonneuse de donner à ces raies deux piés six pouces de distance ; mais dans une terre plus substancielle, ces raies doivent avoir entre elles plus de trois piés.

Ces raies étant faites, ils creusent un rayon d’un pié & demi en quarré, & autant en profondeur, & dont le côté droit a pour bornes à droite ligne la moitié de la raie, le long de laquelle on creuse le rayon. Cela fait, ils prennent deux crossettes ou deux marcotes, ils les posent en biaisant, l’une à un des coins du rayon, & l’autre à l’autre ; puis couvrant aussi-tôt ces crossettes, ils abattent dans le rayon la superficie de la terre voisine ; ce rayon n’est pas plutôt rempli qu’ils en commencent un autre, & continuent ainsi jusqu’à la fin. Cette maniere de planter s’appelle planter à l’angelot.

Pour avoir de bon plant enraciné, il suffit qu’il paroisse à chacun trois ou quatre racines. Si l’on veut que ce plant reprenne heureusement, il faut le planter avec tous les soins possibles ; mais on se sert plutôt de crossettes pour faire un grand plan de vigne que de marcottes. Il est des pays où ces crossettes sont appellés chapons, quand il y a du bois de l’année précédente, & poules quand il n’y a que du bois de l’année.

On a une autre maniere de planter la vigne, qu’on appelle planter au-bas ; voici comment elle se pratique. Après que le vigneron a trouvé son alignement, qui est ce qui le dirige & ce qu’il ne doit point perdre de vue, il creuse grossierement un trou de seize ou dix-sept pouces, qui se termine en se retrécissant dans le fond, & dont l’entaille du côté & le long de la raie est taillée avec art. Ce trou étant fait, on prend une crossette, on l’y met en biaisant ; puis mettant le pié dessus, on abat la terre dedans ce trou qu’on remplit grossierement, après cela on porte devant le pié qu’on avoit derriere ; puis creusant un autre trou, on y plante encore une autre crossette de même qu’on vient de le dire, ainsi du reste jusqu’à la fin de l’alignement, & jusqu’à ce que toute la piece de terre soit plantée.

On peut commencer à planter dès le mois de Novembre, principalement dans les terres légeres & sablonneuses. Pour les terres fortes, on ne commencera, si l’on veut, qu’à la fin de Février, & lorsque l’eau de ces terres sera un peu retirée.

Rien n’est plus aisé que de marcotter la vigne. Pour y réussir, il faut choisir une branche de vigne qui sorte directement de la souche avant que la vigne commence à pousser. On fait en terre un trou profond de treize à quatorze pouces, dans lequel on couche doucement cette branche sans l’éclater, de maniere que la plus grande partie étant enterrée, l’extremité d’en-haut en sorte de la longueur de quatre ou cinq pouces seulement. La partie qui est enterrée est celle qui prend racine ; lorsqu’on est assûré que la marcotte est enracinée, on la sépare de la souche, ce qui se fait au mois de Mars de l’année suivante. On se sert de marcottes pour planter ailleurs & garnir quelques places vuides, & on marcotte ordinairement les muscats, les chasselas & autres raisins curieux.

Il y a encore un autre moyen de multiplier la vigne qui se fait par les provins, c’est-à-dire en couchant le sep entier dans une fosse qu’on fait au pié ; puis on en choisit les sarmens les plus beaux qu’on épluche bien. On les place tout de suite le long du bord de la fosse qui s’aligne aux autres seps. Cela fait, & tous ces sarmens étant bien couchés, on les couvre de terre, & on laisse passer l’extrémité environ à six ou huit pouces de haut. C’est par les bourgeons qui y sont qu’on voit le bon ou mauvais succès de son travail. On peut provigner la vigne depuis la S. Martin jusqu’au mois de Mai.

Soit que la vigne soit plantée de crossettes ou autrement, on ne lui laisse point manquer de façons ordinaires. On commence d’abord par la tailler. Rien n’est plus nécessaire & utile à la vigne que la taille ; sans elle le fruit que cette plante produiroit n’auroit pas la grosseur ni la qualité de celui dont la taille auroit été faite comme il faut. Voici ce qu’on peut observer sur la taille de la vigne.

Il faut d’abord en examiner le plus ou moins de force, afin de la tailler plus ou moins court. On doit charger les seps qui ont beaucoup de gros bois, c’est-à-dire, leur laisser deux corsons ou recours, ou vietes, comme on dit en certains pays. Il faut que cette charge ne cause point de confusion, & comme il faut que les seps vigoureux soient taillés de cette maniere, aussi doit-on laisser moins de coursons aux seps qui ont moins de force.

Quand on taille la vigne, il ne faut asseoir sa taille que sur les beaux sarmens qu’elle a poussés ; le tems de faire ce travail est le mois de Février, ou plutôt même si le tems le permet. La vigne doit être taillée quinze jours avant qu’elle commence à pousser.

Sous le mot de vigne, on entend ici celle qu’on cultive dans les jardins, ainsi que celles qu’on plante dans la campagne. Les premieres principalement, quand elles sont exposées au midi, veulent être taillées au plutôt. Il y a des vignerons qui commencent à tailler leurs vignes avant la fin de l’hiver. Ils laissent pour cela tout de leur longueur les sarmens sur lesquels ils veulent asseoir leur taille, sauf après l’hiver à les couper convenablement ; cette méthode avance leur travail.

Il faut quand on taille la vigne, laisser environ deux doigts de bois au-dessus du dernier bourgeon, & faire ensorte que l’entaille soit du côté opposé à ce bourgeon, de crainte que les larmes qui sortent par cette plaie ne la noient. On doit retrancher toutes les menues branches qui croisent sur un sep, elles n’y font qu’apporter de la confusion.

On doit en taillant la vigne ôter du pié les seps de bois qui lui sont inutiles, & que la paresse du vigneron y auroit laissé l’année précédente, dans le tems de l’ébourgeonnement. Lorsque le tronc d’une vigne est bien nettoyé, il est plus aisé à tailler que quand il ne l’est pas. Dans la plus grande partie de la Bourgogne on met en perches les vignes quand elles ont quatre ans, qui est ordinairement le tems qu’elles commencent à donner du fruit en abondance.

Lorsque la vigne ne fait que commencer à pousser, & qu’elle vient à geler en bourre, on peut espérer qu’elle pourra produire huit ou dix jours après (si l’air s’échauffe), quelques arrieres bourgeons, dans chacun desquels il y aura un ou deux raisins ; c’est pourquoi on se donnera bien de garde de couper d’abord le bois de cette vigne gelée, ni d’y donner aucun labour. Il n’y faudra toucher que lorsque le tems sera adouci.

Mais quand la vigne a été tout-à-fait gelée, & qu’il n’y a plus d’espérance qu’elle donne d’arrieres-bourgeons, il faut couper tout le bois ancien & nouveau, & ne laisser seulement que les souches. Cette opération renouvelle entierement une vigne ; si cependant la gelée vient fort tard, c’est-à-dire, depuis la fin de Mai jusqu’au 15 de Juin, on ne coupera aucun bois, parce que la saison étant pour lors avancée, la vigne ne manque pas de repousser quantité de nouveaux bourgeons, qui cependant ne donnent que du bois pour cette année.

La vigne étant taillée & échaladée, on songe à lui donner les labours qui lui conviennent, plus dans les terres fortes que dans les terres légeres, & selon l’usage du pays. Le premier labour dans les terres fortes se donne depuis la mi-Mars, jusqu’à la mi-Avril, lorsque la terre permet de le faire ; & dans les terres pierreuses & légeres, on donne ce premier labour 15 jours plus tard.

Le second labour, qu’on appelle biner, doit se donner par un beau tems, s’il est possible, & avant que la vigne soit en fleur, ou on attendra qu’elle soit tout-à-fait dehors. Le troisieme labour qu’on appelle rebiner ou tiercer, ne se doit donner que lorsque le verjus est tout formé, & des plus gros. Dans les vignes auxquelles on donne quatre labours, il faut commencer plutôt qu’on a dit à donner le premier, & suivre après, selon que la terre l’exigera, & que les mauvaises herbes pousseront.

Il y a des pays où l’on n’échalade les vignes qu’après le premier labour ; d’autres où cela se fait incontinent après la taille ; puis on baisse le sarment, c’est-à-dire, on attache le sarment à l’échalas en le courbant.

Il ne suffit pas de donner à la vigne tout le travail dont on vient de parler, il faut encore l’ébourgeonner, l’accoler, l’amender, & la rueller. Quand on fera l’ébourgeonnement, il faut abattre en pié tous les nouveaux bois qu’on juge pouvoir être préjudiciables au sep. Si le sep est jeune, & qu’il ait poussé fort peu sur la tête, on a lieu d’espérer que l’année suivante il y aura de gros bois ; c’est pourquoi il faut abattre toute la nouvelle production. Si le sep est vieux, il faut ôter tous les jets qui y sont, à la réserve de la plus belle branche qu’on laissera.

En Bourgogne, où les vignes sont en perches, on les ébourgeonne jusqu’au coude du sep, c’est-à-dire, jusqu’à l’endroit où nait le bois qui produit le fruit. Il ne faut pas manquer à la fin de Juin d’accoler les sarmens que la vigne a poussés ; si on ne les accoloit pas, le moindre vent qui dans la suite viendroit à souffler, les feroit presque tous casser, outre que cela causeroit de la confusion dans la vigne, & empêcheroit de la labourer.

Quand la vigne est accolée, on en coupe l’extrémité des sarmens à la hauteur de l’échalas. Ce travail est très-utile, puisqu’il empêche que la seve ne se consomme en pure perte.

Outre tous les travaux dont on vient de parler, & qu’on doit donner à la vigne, il est bon encore de l’amender, pour la faire pousser avec vigueur ; on l’amende avec du fumier. Un autre expédient qui n’est pas moins utile, est de terrer la vigne. Voyez Terrer.

C’est ordinairement depuis le mois de Novembre jusqu’en Février que ce travail se fait, tant que le tems permet qu’on puisse entrer dans les vignes. La nouvelle terre mise au pié des seps les fait pousser avec vigueur, à cause que le génie de la vigne étant toujours de prendre racine du côté de la superficie de la terre, il arrive qu’à mesure qu’elle en prend, la terre devient rare dessus, & s’épuise des sels qui doivent former son suc nourricier. On connoît qu’une vigne a besoin d’être terrée & fumée quand elle commence à jaunir, & qu’elle ne donne que de chetives productions.

Ce n’est pas tout, il faut avoir soin de provigner la vigne, c’est-à-dire, de la renouveller de tems en tems par de nouveaux provins, quand on y voit des places vuides. On sait qu’on nomme provins une branche de vigne qu’on couche & qu’on couvre de terre, afin qu’elle prenne racine, & donne des nouvelles souches.

Pour réussir à provigner la vigne, deux choses sont essentielles : premierement la bonne espece de raisin & le beau bois, sans quoi il vaut autant laisser les places vuides, que se servir pour les remplir d’un sep qui n’auroit pas ces deux avantages, ou qui manqueroit de l’une ou de l’autre.

Après le choix d’un sep tel qu’il est à souhaiter, on l’épluche de toutes les branches chifones qui ont pu y croître, & des vrilles qui y viennent ordinairement ; puis faisant une fosse en quarré, à commencer tout près le sep qu’on veut provigner, plus ou moins longue, selon que le permettent les branches de la vigne, ou selon qu’on veut que cette fosse s’étende, eu égard toujours à la longueur des branches & à la largeur du vuide qui est à remplir. Cette fosse étant creusée d’un pié & demi environ dans terre, on ébranle tout doucement le sep en le mettant du côté de la fosse, où il faut qu’il soit couché avec ses branches : cela se fait après plusieurs légeres secousses sans endommager les racines, non pas cependant sans quelque torture de la part du sep, qu’on courbe malgré lui.

Quand cette branche est couchée où on veut qu’elle soit, si c’est une vigne moyenne, on range dans cette fosse tellement les branches de ce sep, qu’elles regardent toujours à droite ligne les seps qui sont au-dessous & au-dessus d’elles : puis étant placées ainsi, soit en les ayant courbées pour les forcer de venir où on les desire, soit en les ayant mises comme d’elles-mêmes, on remplit le trou où elles sont de la superficie de la terre. Cela fait, on taille l’extrémité des branches à deux yeux au-dessus de la terre, puis on les laisse là jusqu’à ce qu’ils poussent. Tel ouvrage n’est pas celui d’un apprentif vigneron, puisque même les plus habiles tombent quelquefois dans l’inconvénient de perdre entierement leur sep, quelque précaution dont ils aient usé en faisant cette opération.

Dans les terres fortes, terres légeres ou pierreuses, les provins s’y peuvent faire depuis le mois de Novembre jusqu’au mois d’Avril. Dans les terres humides ils réussissent mieux, lorsqu’on ne les fait qu’au commencement du printems jusqu’à la fin d’Avril.

Si c’est dans un jardin qu’on plante la vigne, on n’y met guere que des raisins choisis & rares, comme les muscats, les chasselas, & autres ; quand on peut en avoir de beaux, bons & hâtifs, il faut planter au midi quelques marcottes contre le mur, entre quelques arbres fruitiers en maniere d’espalier, les tailler & cultiver.

Il convient d’observer pour avoir de bons muscats, qu’il ne faut pas les fumer, vu que l’engrais donne trop de vigueur à la vigne, & qu’elle produiroit le raisin plus verd & moins hâtif. On observe aussi de mettre plutôt en mur exposé au levant qu’au couchant les vignes qui viennent des pays étrangers, & dont les fruits ont peine à mûrir en France, parce qu’ils sont meilleurs, & qu’ils mûrissent plutôt que lorsqu’ils sont au midi ; pour la taille de ces vignes, on la fait après la saint Martin aussi-tôt que le fruit est cueilli.

Si on est curieux des raisins qui soient rares, on peut greffer la vigne en fente, ce qui se fait comme aux arbres, excepté qu’il faut mettre la greffe dans la terre, chercher le bel endroit du pié de la vigne, & le couper trois ou quatre pouces au-dessous de la superficie de la terre, afin que se collant à son pié, elle prenne en même tems racine du collet ; enfin pour avoir d’excellens raisins, il faut les greffer sur muscats, dont la seve est plus douce & plus relevée. Le bon tems de greffer la vigne, est lorsqu’elle est en seve. Si le pié de la vigne est gros, on peut y mettre deux greffes bord-à bord, & quand le pié est jeune, moëlleux, & un peu plus gros que la greffe, on la met dans le milieu de la vigne.

Ces généralités peuvent suffire : on trouvera les détails dans un traité de la culture de la vigne, publié dernierement à Paris en deux volumes in-12 ; mais il faut remarquer que cette culture n’est pas la même dans les diverses provinces de ce royaume ; & comme elle est abandonnée à des vignerons ignorans, qui suivent de pere en fils une routine aveugle, on juge aisément qu’elle est susceptible de beaucoup d’amélioration. (D. J.)

Vigne, (Mat. mèd. & Diete.) cette plante que l’on appellera, si l’on veut arbre ou arbrisseau, fournit à la pharmacie sa seve, ses jeunes pousses, ses bourgeons, ses feuilles & la cendre de ses sarmens ; son fruit que tout le monde connoît sous le nom de raisin, a des usages pharmaceutiques & diététiques trop étendus, pour ne pas en traiter dans un article distinct. Voyez Raisin.

Les pleurs ou la seve de la vigne que l’on ramasse au printems, est regardée comme apéritive, diurétique & propre contre la gravelle étant prise intérieurement par verrées. Cette liqueur est regardée aussi comme très-utile dans les ophtalmies, les petits ulceres des paupieres & la foiblesse de la vue, si on en bassine fréquemment les yeux ; l’une & l’autre de ces propriétés paroît avoir été accordée à cette liqueur assez gratuitement.

Les anciens medécins & quelques modernes ont ordonné le suc des feuilles ou celui des jeunes pousses de vigne, qui est d’une saveur aigrelette assez agréable dans les devoiemens ; ce remede ne vaut pas mieux, peut-être moins que les autres sucs acidules végétaux, tels que ceux de citron, d’épine-vinette, de groseille, &c. qui sont quelquefois indiqués dans cette maladie.

C’est un remede populaire & fort usité que la lessive de cendre de sarment ou branches de vigne contre l’œdème, la leucophlegmatie, l’hydropisie ; mais les principes medicamenteux dont cette lessive est chargée, sont des êtres très-communs, & point-du-tout propres à la vigne.

C’est ici un sel lixiviel purgatif & diurétique, comme ils le sont tous. Voyez Sel lixiviel. (b)

Vigne blanche, (Mat. méd.) voyez Bryone.

Vigne de Judée, (Botan.) ou dozce-amere ; ce sont deux nonis vulgaires de l’espece de morelle, appellée par Tournefort, solanum scandens. Voyez Morelle. (D. J.)

Vigne sauvage, (Botan.) vitis sylvestris, seu labrusca, C. B. P. espece de vigne qui croît sans culture au bord des chemins, & pioche des haies ; son fruit est un fort petit raisin qui, quand il mûrit, devient noir, mais il ne mûrit guere que dans les pays chauds. (D. J.)

Vigne sauvage, (Botan. exot.) voyez Pareira-brava.

Vigne-vierge, (Jardinage.) bryonia ; ce nom lui vient de Virginie en Amérique : cette plante est vivace, & se multiplie de plants enracinés. Elle approche de la coulevrée, & a comme elle des tenons pour s’attacher par-tout, & sert à couvrir des murs & de berceaux de treillage. Sa feuille & sa fleur sont à-peu-près les mêmes, & rougissent sur la fin de l’automne ; on remarque qu’elle ne porte point de fruit.

Vigne, fruit de la, (Critiq. sacr.) dans S. Matt. xxvj. 29. γένημα τοῦ ἀμπέλου. Il est aussi appellé le sang de la vigne, Eccl. xxxjx. 32. Deutéron. xxxij. 14. Pindare le nomme ἀμπέλου δρόσος, la rosée de la vigne, & Philon, ἀμπέλου καρπὸς, le fruit de la vigne. « Jesus-Christ, c’est Clément d’Alexandrie qui parle, Pad. lib. II. p. 158. montre que ce fut du vin qu’il bénit, lorsqu’il dit à ses disciples, je ne boirai plus de ce fruit de vigne, c’étoit donc du vin que le Seigneur bûvoit ; soyez persuadé que Jesus-Christ a béni le vin quand il dit : prenez, bûvez ; ceci est mon sang, le sang du vin. L’Ecriture, dit plus haut ce pere de l’Eglise, p. 156. nomme le vin, le symbole mystique du sang sacré ». Rem. de M. de Beausobre. (D. J.)

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Étymologie de « vigne »

Picard, vaine ; Berry, veigne, veingne ; bourguig. veigne ; wallon, veign ; provenç. vinha, vinna ; catal. vinya ; espagn. viña ; portug vinha ; ital. vigna ; du latin vinea, qui vient de vinum, vin. À côté de vigne, l'ancienne langue avait vit, de vitis : XIIIe siècle. Comme viz habundans es costez de ta meson, Psautier, f° 160.

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(1120) Du latin vīnĕa (« vignoble », « cep de vigne », « pied de vigne »). Vigne se dit en latin vītis, ce qui explique l’étymologie des mots savants viticulture, viticole, etc.
Mais il n'est pas exclu que « vigne » dérive du vieil arabe وَيْنٌ, wayn [1][2][3][4].[5], qui signifie (« cep de vigne à raisin noir »).
(c. 1100) vine, vinne.
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Phonétique du mot « vigne »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
vigne viɲ

Citations contenant le mot « vigne »

  • « En raison du contexte sanitaire, la fête de la vigne 2020 ne pourra pas se tenir dans son format habituel. Info Chalon, Chalon-sur-Saône | La fête de la vigne givrotine devrait avoir lieu début septembre, mais sous une forme différente Info Chalon l'actualité de Info Chalon
  • Le miracle est, avec la vigne, l'une des principales cultures de la France. Pierre Daninos, Les Carnets du major W. Marmaduke Thompson, Hachette
  • L'avaricieux a plus mauvais compte de sa passion que n'a le pauvre, et le jaloux que le cocu. Et il y a moins de mal souvent à perdre sa vigne qu'à la plaider. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, II, 17
  • Je ne connais de sérieux ici-bas que la culture de la vigne. De Voltaire
  • La vigne a servi à la nourriture des hommes et même à leur habillement. De Jean-Charles
  • Les puritains devraient avoir des feuilles de vigne sur les yeux. De Stanislaw Jerzy Lec
  • Le jus de la vigne clarifie l'esprit et l'entendement. De François Rabelais
  • Greffez des plants de rosiers sur des plants de vigne, ça fera du vin rosé naturel. De Pierre Dac
  • Si l'on me demandait quel est le bien le plus précieux de la Terre, je répondrais c'est la vigne. De Caton l’Ancien
  • Ah ! les femmes, ça n'a qu'un moment, c'est comme la vigne en fleur ! De George Sand / François le Champi
  • L’inaction est la mère de tous les maux. Si Eve avait eu à recoudre les feuilles de vigne de son conjoint, elle n'aurait pas eu le temps d'écouter le serpent. De Anonyme
  • Dieu n'a pas voulu Que le noble vin se perde ; C'est pourquoi il ne nous donne pas que la vigne, Mais également la noble soif. De Winzerspruch de Dorlisheim
  • On ne fait pas de processions pour tailler les vignes. De Proverbe français
  • L'alcoolique est un être errant qui recherche dans les vignes du Seigneur son paradis perdu. De André Pronovost / Les Marins d'eau douce
  • Une bouteille de nos vignes, Et, avec elle, une aimable fille, Y-a-t-il de meilleurs briseurs de soucis Que l'amour et le vin d'Alsace ? De Joseph Graff
  • "Une complémentarité retrouvée entre la vigne, les animaux, les arbres, les couverts végétaux..." Cette vidéo favorable &a... Wikiagri.fr, Ultime préparation de la vigne avant les vendanges
  • L’imposant drone noir qui vole au-dessus des vignes attire les curieux sur les hauteurs d’Avirey-Lingey, dans le sud-ouest du Barséquanais. Il faut dire que la scène n’est pas banale. Depuis le mois de juin, Michel Jacob, viticulteur, réalise des essais d’épandage par drone sur une parcelle de 3 hectares du domaine Champagne Serge Mathieu. C’est Arnaud Verzeletti, gérant de la société Cym Drones, basée à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne), qui pilote l’engin. Journal L'Est Éclair abonné, L’épandage par drone testé dans les vignes à Avirey-Lingey
  • NDVIL’indice de végétation par différence normalisé (NDVI) est un indicateur sensible à la vigueur et à la quantité de la végétation. Les valeurs mesurées pour la vigne sont comprises entre 0 et 1. Les valeurs les plus élevées correspondent aux couverts les plus denses. mon-ViTi, Des cartes de vigueur pour détecter les pieds de vigne dépérissants  | mon-ViTi
  • Tranquillement posé au bord de l’Agly, voici Rivesaltes et ses vieux remparts, ses allées bordées de platanes et son musée dédié au Maréchal Joffre. Si Rivesaltes est une petite ville qui fleure bon les couleurs locales, c’est aussi un vin doux naturel d’appellation d’origine contrôlée, l’AOP Rivesaltes. Qu’il soit ambré, grenat, rosé, tuilé, hors d’âge ou rancio, il dévoile sa palette de saveurs, de vignes en caves. À la Maison Cazes, on est viticulteur depuis 1895. Quatre générations de talents millésimés qui ont donné naissance à des cuvées d’exception. Réputé pour ses vins du Roussillon et son restaurant La Table d’Aimée, le domaine l’est aussi pour sa conversion en culture biologique et en biodynamie dès 1997. ladepeche.fr, Rivesaltes : sa vigne d’Or chante les couleurs du Roussillon - ladepeche.fr
  • Toujours plus de bulles bio en Champagne. Les surfaces de vignes certifiées ou en conversion ont progressé de plus de 200 hectares l’année dernière. Et ça continue. Journal L'Est Éclair abonné, 1 146 hectares de vignes bio en Champagne

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Traductions du mot « vigne »

Langue Traduction
Anglais vine
Espagnol viña
Italien vite
Allemand ranke
Chinois 藤蔓
Arabe كرمة
Portugais videira
Russe виноградная лоза
Japonais ぶどうの木
Basque mahats
Corse vigna
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Synonymes de « vigne »

Source : synonymes de vigne sur lebonsynonyme.fr

Vigne

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