Vertige : définition de vertige


Vertige : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

VERTIGE, subst. masc.

A. −
1. Sensation donnant à une personne l'illusion que son corps ou que les objets environnants sont animés d'un mouvement de rotation ou d'oscillation. Synon. éblouissement, étourdissement, tournis (pop., fam.).Léger, petit vertige; vertige de la valse, de la vitesse. Elle s'en alla, dans un vertige qui faisait tourner les meubles autour d'elle; tandis que ces mots prononcés par Mmede Guiraud retentissaient à ses oreilles sonnantes (Zola, Page amour, 1878, p. 1007).
Littér., poét. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges (Rimbaud, Saison enfer, 1878, p. 228).Ah! cesse de pencher Vers mon front tes cheveux où l'azur étranger D'un ciel de rêve a répandu son bleu vertige (Gide, Corresp.[avec Valéry], 1891, p. 60).
2. Sensation angoissante de perte d'équilibre et de chute éprouvée au-dessus du vide qui semble exercer une attraction irrésistible. Vertige des abîmes, du vide; impression, moment, sensation de vertige; peur du vertige; le vertige prend, saisit, cesse, se dissipe; être pris de vertige; être en proie au vertige. Toi, quand nous sommes montés sur le pont transbordeur, tu n'osais pas regarder en bas, tu avais le vertige, il te semblait que tu allais tomber (Pagnol, Marius, 1931, II, 6, p. 147).Lewis se mit à rire: « Je ne vous ai jamais dit que j'ai un vertige terrible dès que je suis à deux mètres du sol? Je suis monté sans m'en apercevoir, mais je ne pourrai jamais descendre (...) » (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 428).
Donner le vertige. Donner le tournis (par sa hauteur, sa profondeur, son mouvement). Un vieil ours pelé (...) revenait et refaisait trois petits pas et ainsi de suite, indéfiniment, à donner le vertige (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1906, p. 8).
P. métaph. L'amour, où glissent les âmes, Est un précipice; on a Le vertige au bord des femmes Comme au penchant de l'Etna (Hugo, Chans. rues et bois, 1865, p. 158).
3. Spécialement
a) PATHOL., usuel. Sensation accompagnée de troubles divers (nausée, vomissement, perte d'équilibre, surdité) due à certaines affections du système nerveux central ou à des troubles de l'oreille interne. Vertige auriculaire, laryngé, stomacal; vertige de position; avoir des vertiges au lever. Mon état de santé alla empirant (...), des vertiges m'obligeaient à demeurer longuement étendue dans le jardin (Daniel-Rops, Mort, 1934, p. 241).
b) PATHOL. ANIM. Vertige essentiel. Encéphalite chez le cheval. (Ds Littré-Robin 1855). Synon. vertigo.Vertige abdominal symptomatique. ,,Maladie intestinale du cheval`` (St-Riquier-Delp. 1975).
B. − État d'égarement ou d'étourdissement passager d'une personne dominée par une émotion intense ou placée dans une situation difficile. Vertige amoureux; vertige des sens; être pris de vertige. « Et pour les séductions du doute... Car c'est un reste de romantisme: on tire un peu vanité de son vertige, on se flatte de subir un tourment supérieur... »« Ça, pas du tout, Monsieur l'abbé », s'écria Antoine. « Je ne connais ni ce vertige, ni ce tourment, ni tous ces fumeux états d'âme, dont vous parlez (...) » (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1382).Elle éteignit la lampe, et il était couché dans ces ténèbres comme au fond d'une mer dont il eût senti sur lui le poids énorme. Il cédait à un vertige de solitude et d'angoisse (Mauriac, Myst. Frontenac, 1933, p. 193).
Littér. Vertige de.Ivresse, tentation, aspiration à quelque chose. Vertige de la gloire, de la liberté, de l'orgueil. Tout le charme de l'existence la grisait, lui montait à la tête et l'étourdissait. Elle subissait le vertige du luxe, des toilettes, des bijoux et des réceptions, du théâtre et des soirées (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 471).
Expr. et loc. fig.
Vieilli, littér. Esprit de vertige. [D'abord dans la lang. biblique et relig.] Esprit de folie passagère, d'erreur ou d'aveuglement. Quand Dieu prépare (...) une de ces grandes calamités que sa colère envoie sur les peuples, un esprit de vertige les précède, et le sens humain est comme renversé (Lamennais, Religion, 1826, p. 249).Que se passe-t-il donc? quel esprit de vertige s'est emparé de ma paisible ville? Est-ce que nous allons devenir fous? (Morand, New-York, 1930, p. 279).
Donner le vertige. Impressionner fortement, exalter, étourdir. Cette pensée lui donne un peu le vertige. Il a besoin de s'arrêter encore (Romains, Hommes bonne vol.,1932, p. 116).C'était le beau temps des conférences (...), des premières communions sensationnelles, des mariages qui donnaient le vertige à des faubourgs entiers (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 86).Loc. adj. À donner le vertige. Très impressionnant. J'ai devant moi une vie toute neuve, qui me paraît immense, à donner le vertige (Martin du G., J. Barois, 1913, p. 341).C'est à donner le vertige. C'est fou, c'est terrible. Vu l'exposition des Primitifs français. Quelques pièces d'une beauté extraordinaire, mais en quel petit nombre! C'est à donner le vertige de penser qu'il en reste si peu (Bloy, Journal, 1904, p. 235).
Prononc. et Orth.: [vε ʀti:ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1611 « étourdissement passager où l'on croit voir les objets tourner autour de soi » (Cotgr.); 2. a) 1681 esprit de vertige « folie passagère d'inspiration divine » (Bossuet, Hist., III, 7 ds Littré); b) 1688 « trouble passager de l'esprit, égarement » (Miege); 3. 1782 « impression de chute qu'éprouvent certaines personnes au-dessus du vide » (Rousseau, Confessions, 1repart., livre 4 ds Œuvres compl., éd. B. Gagnebin et M. Raymond, t. 1, 1959, p. 173). Empr. au lat.vertigo « mouvement de rotation, tournoiement », « vertige, étourdissement, éblouissement » de vertere « tourner », « retourner, renverser », « changer, convertir, transformer ». Fréq. abs. littér.: 1 404. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 061, b) 2 024; xxes.: a) 2 212, b) 2 650.

Vertige : définition du Wiktionnaire

Nom commun

vertige \vɛʁ.tiʒ\ masculin

  1. Tournoiement de tête, indisposition dans laquelle il semble que tout tourne.
    • Un beau jour, cependant, des symptômes caractéristiques d’un état nouveau, vomissements, vertiges et autres signes précurseurs d’un héritier prochain et d’un scandale qui ne l’était pas moins l’avaient contraint à se décider. — (Louis Pergaud, La Vengeance du père Jourgeot, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Le vertige c’est autre chose que la peur de tomber. C’est la voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute dont nous nous défendons ensuite avec effroi. — (Milan Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être, 1984)
    • Une fois même, il bondit si haut et avec une telle rapidité qu’il fut, avec tout l’équipage, pris du mal des montagnes et contraint de redescendre. Bert n’échappa ni au vertige ni à la nausée. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 231 de l’éd. de 1921)
    • Elle ne veut pas regarder par la fenêtre, car elle dit que ça lui donne le vertige.
  2. (Par extension) Propension à ce malaise.
    • Il a le vertige.
  3. (Au sens moral) Égarement, trouble d’esprit.
    • On ne passe point tout à coup d’une condition si humble à un rang si élevé sans éprouver quelque vertige.
    • Une sorte de vertige s’empara de tous les esprits.

Forme de verbe

vertige \vɛʁ.tiʒ\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de vertiger.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de vertiger.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de vertiger.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de vertiger.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif présent de vertiger.
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Vertige : définition du Littré (1872-1877)

VERTIGE (vèr-ti-j') s. m.
  • 1État dans lequel il semble que tous les objets tournent et que l'on tourne soi-même. Elle ne voyait plus sa route ; un vertige la lui cachait, et lui faisait apparaître mille lumières, plus vives encore que celle même du jour, Staël, Corinne, XV, 1.

    Fig. Ce vertige de la nature [les tremblements de terre], Raynal, Hist. phil. VII, 26. Un vertige soudain saisit les éléments, Delavigne, Paria, IV, 7.

    Vertige ténébreux, vertige, dit aussi scotomie, dans lequel au tournoiement des objets se joint un obscurcissement tel de la vue que le malade a peine à conserver l'équilibre.

    Vertige rhumatismal, nom donné à des accidents vertigineux qui surviennent chez les individus sujets aux douleurs rhumatismales articulaires ou musculaires.

    Vertige des maladies de l'oreille, vertige qui survient dans quelques maladies de l'oreille, et qui paraît tenir à une lésion des canaux demi-circulaires.

    En vétérinaire, vertige essentiel, encéphalite chez le cheval. Vertige abdominal, symptomatique, maladie due généralement à une irritation du tube intestinal.

  • 2 Fig. Égarement des sens, folie momentanée. L'assassinat commis par Jean Châtel [sur Henri IV] est celui de tous qui démontre le plus quel esprit de vertige régnait alors, Voltaire, Mœurs, 174. Bientôt, hélas ! trop agrandi, Le vainqueur sur son trône même Chancelle, le front étourdi Des vertiges du diadème, P. Lebrun, Mort de Nap. IV.

    Terme de l'Écriture. Esprit de vertige, esprit d'erreur, de folie, d'égarement. Le Seigneur a répandu l'esprit de vertige dans ses conseils, Bossuet, Hist. III, 7.

    Esprit de vertige a passé dans le langage général. Il semble que, dans cette affaire, les jésuites et leurs amis aient été frappés d'un esprit de vertige, et qu'ils aient fait eux-mêmes tout ce qu'il fallait pour précipiter leur ruine, D'Alembert, Œuv. t. v, p. 127.

HISTORIQUE

XVIe s. … qu'il eust esblouissement des yeux ou vertigine, c'est à dire, qu'il luy semblast que tout tournast dessus dessous, Paré, VIII, 2.

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Vertige : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

VERTIGE, s. m. (Médecine.) maladie qui tire son nom & son caractere du mouvement en cercle, & de l’agitation diverse qui paroît à ceux qui en sont affectés, transporter les objets environnans, & même leur propre corps ; ce nom est emprunté du latin vertigo, qui est dérivé de vertere, tourner. Le nom de δῖνος que les Grecs ont donné à cette maladie a la même signification étymologique, il vient de δινεῖν, qui signifie aussi tourner, mouvoir en rond, gyrare. Mais non-seulement les yeux sont trompés par la fausse apparence de cette prétendue rotation, souvent ils sont en outre privés de leur action, il semble qu’un voile épais les enveloppe, la vue s’obscurcit, & le malade risque dans ces momens de tomber s’il n’est soutenu. Lorsque la vue ne se perd pas tout-à-fait, des petits corpuscules, des piés de mouches paroissent voler autour des yeux ; les Grecs ont appellé ce vertige σκοτόδινοι, vertige ténébreux.

On peut distinguer deux principales especes de vertige, relativement à l’action des causes qui le produisent, aux symptômes particuliers qui les caractérisent, & aux différens remedes qui leur conviennent. Il y a des causes qui portent toute leur action sur le cerveau, partie immédiatement affectée dans cette maladie. Le vertige qui leur donne naissance, est appellé idiopathique, il est précédé par des douleurs de tête, & entraîne à sa suite différentes lésions dans les organes des sens intérieurs ou extérieurs ; il a sur-tout pour symptome familier les bourdonnemens & tintemens d’oreille ; il est d’ailleurs plus constant, plus opiniâtre, moins intermittent, & les paroxismes sont longs & fréquens ; la moindre cause, la plus légere contention d’esprit les renouvelle. D’autres causes agissant loin du cerveau sur différentes parties, & principalement sur l’estomac, n’occasionnent le vertige que par le rapport ou la sympathie que les diverses communications des nerfs établissent entre les parties affectées & le cerveau. C’est alors le vertige sympathique qui est accompagné de quelques symptomes propres à la partie qui peche, des envies de vomir, vomissement, dégoût, langueur d’estomac lorsque ce viscere est en défaut, & qui est outre cela plus ordinairement périodique, & a des intervalles très-longs qui ne cessent que par quelque indigestion ; ou par quelqu’autre dérangement d’estomac.

Les causes qui produisent le vertige sont entiérement multipliées dans les différens auteurs qui ont traité de cette maladie ; le détail qu’ils en ont donné peut être exact, mais il n’est nullement méthodique. Il y a une distinction importante qui leur a échappé, & qui peut seule répandre de l’ordre & de la clarté sur ce grand nombre de causes qu’ils ont confusément exposés ; ils auroient dû appercevoir que les unes excitoient avec plus ou moins de promptitude le dérangement du cerveau qui donne naissance au vertige ; que d’autres mettoient cette disposition en jeu, & qu’il y en avoit enfin qui n’excitoient qu’un vertige momentané nullement maladif.

Dans la premiere classe, on pouvoit compter les passions d’ames trop vives ou trop languissantes, long-tems soutenues, des études forcées, sur-tout immédiatement après le repas ; de grandes contentions d’esprit, des débauches vénériennes excessives, l’usage immodéré du vin & des liqueurs fortes & spiritueuses, des hémorragies abondantes, des superpurgations, des douleurs de tête opiniâtres, a suppression des excrétions, sur-tout sanguines, enfin un vice héréditaire du cerveau ; ces causes donnent lieu au vertige idiopathique : elles sont secondées suivant l’observation d’Hippocrate, par la mauvaise température d’une saison pluvieuse, continuellement infectée par des vens du sud, ou d’un hyver rigoureux : l’âge avancé y contribue beaucoup. Aphor. 17, 23 & 31. lib. III. On peut ajouter à ces causes les blessures à la tête, les fractures ou les contusions des os, & sur-tout du pariétal, les épanchemens de sang ou de pus dans le cerveau, &c. Le vertige sympathique dépend plus communément d’un vice de l’estomac qui peut être produit & entretenu par toutes les causes qui donnent des indigestions, voyez ce mot ; par des mauvais sucs croupissans dans ce viscere & les intestins, & sur-tout par un amas de matieres bilieuses. L’usage imprudent de l’ivraye, de la ciguë, & quelques plantes narcotiques, comme le stramonium, &c. sont des causes assez efficaces du vertige sympathique ; les légumes, les corps farineux, vappides, produisent aussi quelquefois le même effet. Plus rarement les affections du poumon, du foie, de la rate, des intestins & de la matrice donnent lieu au vertige : on a aussi observé que la cause pouvoit se trouver dans quelque membre, & monter comme chez quelques épileptiques, ou plutôt paroître monter en excitant la sensation d’un vent léger un peu froid qui de ces parties parviendroit à la tête.

Lorsque la disposition au vertige est formée, que la maladie est décidée, souvent les symptomes sont excités sans qu’il soit besoin d’aucune autre nouvelle cause pour les déterminer ; d’autres fois cette disposition lente exige pour se manifester d’être mise en jeu ; c’est à quoi se réduit l’effet des causes que nous renfermons dans la seconde classe. De ce nombre sont les moindres contentions d’esprit, les passions d’ame subites, un bruit violent, des cris aigus, &c. pour le vertige idiopathique, & pour celui qui est sympathique, un excès dans le boire ou le manger, l’usage de quelques mets indigestes, une abstinence trop longue, en un mot quelque dérangement d’estomac. En général des odeurs fortes, une lumiere éclatante, le passage subit d’un endroit obscur dans un lieu trop éclairé, la vue trop long-tems appliquée sur un même objet, ou dirigée sur des corps mûs avec rapidité ou en cercle, une toux opiniâtre, un mouvement trop prompt tel que celui qu’on fait lorsqu’étant assis, on se leve vite ; le bain, le mouvement d’une voiture, d’un bateau, &c. Toutes ces actions indifférentes pour des sujets sains, excitent le vertige idiopathique ou sympathique dans ceux qui sont mal disposés.

Le troisieme ordre des causes comprend celles qui donnent le vertige momentané aux personnes qui n’y ont aucune disposition, & qui à plus forte raison renouvelle le paroxisme dans les autres ; telles sont l’agitation de son propre corps en cercle, sur-tout lorsqu’on a les yeux ouverts. Personne n’ignore que lorsqu’on a les yeux fermés, à moins qu’on ne tourne avec rapidité sur soi-même, & qu’on ne décrive un très-petit cercle, on ne risque pas d’avoir le vertige, & c’est cette observation qui a introduit la coutume de boucher les yeux des animaux qu’on occupe à faire aller les moulins, les puits à roue, à battre le blé dans certains pays, & enfin aux divers travaux qui exigent qu’ils décrivent toujours un cercle ; mais on a l’attention nécessaire de ne pas faire le cercle trop petit, soit pour donner au levier plus de longueur & par conséquent plus de force, soit aussi sans doute pour empêcher que ces animaux bien-tôt attaqués du vertige ne tombent engourdis ; & c’est dans ce cas que les aveugles peuvent être sujets au vertige, même momentané : ils ne sont point exempts de celui qui est réellement maladif, produit par des vices internes, & il n’est pas nécessaire d’y voir pour l’éprouver, puisqu’il n’est pas rare que les malades en ressentent des atteintes étant couchés, & même endormis ; ils s’imaginent tourner avec leur lit, & transportés tantôt en haut, tantôt en bas, & sans-dessus-dessous comme on dit. Les autres causes de cette classe, sont la situation de la tête penchée vers la terre pendant trop long-tems, les regards portés de dessus une hauteur considérable sur un précipice effrayant, sur une multitude innombrable de personnes mûes en divers sens, & sur-tout en rond, sur un fleuve rapide ou sur une mer agitée, &c. Il n’est personne qui ne soit à ces aspects saisis du vertige, & qui ne courre le danger de tomber s’il ne se retire promptement, ou s’il ne ferme les yeux à l’instant.

Telles sont les diverses causes apparentes que l’observation nous apprend, produire, déterminer & exciter ordinairement le vertige. Soumises au témoignage des sens, elles sont certainement connues, mais leur maniere d’agir cachée dans l’intérieur de la machine, est un mystere pour nous. Réduits pour le percer à la foible & incertaine lueur du raisonnement plus propre à nous égarer qu’à nous conduire, nous n’avons que l’alternative de garder le silence, ou de courir le risque trop certain de débiter inutilement des erreurs & des absurdités ; tel est le sort des auteurs qui ont voulu hasarder des explications ; toujours différens les uns des autres, se combattant, & se vainquant mutuellement, ils n’ont fait que prouver la difficulté de l’entreprise, & marquer par leur naufrage les écueils multipliés sans même les épuiser. Après toutes leurs dissertations frivoles, il n’en a pas moins été obscur comment agissent les causes éloignées du vertige, quel est leur méchanisme, quel effet il en résulte, de quelle nature est le dérangement intérieur qui doit être la cause prochaine du vertige, où est son siege, s’il est dans les humeurs des yeux, dans les membranes, dans les vaisseaux, dans les nerfs ou dans le cerveau. Je n’entreprends point de répondre à ces questions, d’essayer de dissiper cette obscurité, je laisse ces recherches frivoles à ceux qui sont plus oisifs & plus curieux d’inutilité ; je remarquerai seulement que le vertige étant une dépravation dans l’exercice de la vision, il faut nécessairement que les nerfs qui servent à cette fonction soient affectés par des causes intérieures de la même façon qu’ils le seroient par le mouvement circulaire des objets extérieurs, & que cette affection doit avoir différentes causes dans le vertige idiopathique, dans le vertige sympathique, & dans le vertige momentané ; que dans le premier, le dérangement est sûrement dans le cerveau, & dans le dernier il n’est que dans la rétine.

Les observations cadavériques confirment ce que nous venons de dire au sujet du vertige idiopathique, & découvrent quelques causes cachées dans la cavité du crâne ; Bauhin & Plater rapportent, qu’un homme après avoir eu pendant plusieurs années un vertige presque continuel, & si fort qu’il le retenoit toujours au lit, tomba dans une affection soporeuse qui, s’augmentant peu-à-peu, devint le sommeil de la mort. A l’ouverture de la tête, on trouva tous les ventricules & les anfractuosités du cerveau remplis d’une grande quantité d’eau, les arteres presqu’entierement endurcies & obstruées. Scultetus fait mention d’un homme qui ayant reçû un coup sur le devant de la tête, qui avoit laissé une contusion peu considérable que quelques remedes dissiperent, fut pendant plus d’un an tourmenté de vertige, & malgré tous les remedes mourut, après ce tems, apoplectique ; en examinant le cerveau, il vit une espece de follicule de la grosseur d’un œuf de poule, rempli d’eau & de petits vers qui étoit placé sur le troisieme ventricule qu’il comprimoit. Il observa la même cause de vertige & de mort dans deux brebis. J. Scultet, chirurg. armamentor. observ. 10 & 11. la même observation s’est présentée plusieurs fois sur ces animaux fort sujets au vertige, & une seule fois sur l’homme à Rolfinkius, Dissert. anat. lib. I. cap. xiij. Wepser dit aussi avoir trouvé dans une genisse attaquée de vertige, une vessie plus grosse qu’un œuf de poule qui occupoit le ventricule gauche, & l’avoit extrèmement distendu ; le même auteur rapporte que dans un quartier de la Suisse, les bœufs sont très-sujets à cette maladie, & pour les en délivrer, les bouviers leur donnent un coup de marteau sur la tête entre les cornes, & si par le son que rend le crâne, ils croient s’appercevoir que cette partie est vuide, ils y font un trou avec une espece de trépan & y introduisent une plume ; si en suçant ils tirent de l’eau de ces vésicules, l’opération sera heureuse ; si au contraire, les vésicules trop profondes ne laissent pas venir de l’eau par la suction ; ils jugent que la santé ne peut revenir, & en conséquence ils font assommer le bœuf par le boucher qu’ils ont toujours présent à cette opération. On rencontre souvent, selon le même auteur, dans les chevaux, les bœufs attaqués de vertige, des hydatides plus ou moins étendues. Wepfer, de apoplex. pag. 69. Bartholin observa dans un bœuf toute la substance du cerveau noire comme de l’encre & dans une entiere dissolution. Ce vice étoit porté à un plus haut degré dans la partie gauche, côté vers lequel le bœuf fléchissoit plus communément la tête. Actor. medic. ann. 1671. obs. 33.

Tous ces dérangemens sensibles observés dans le cerveau, ne nous instruisent pas de la nature du vice particulier, qui dérobé à nos sens, excite plus prochainement le vertige ; mais ils nous font connoître qu’il y a réellement des vertiges idiopatiques, & que par conséquent, ceux qui ont prétendu qu’ils dépendoient tous de l’affection de l’estomac se sont trompés en généralisant trop leurs prétentions ; nous pouvons encore juger de ces observations, que le vertige n’est pas une maladie aussi legere & aussi peu dangereuse, qu’on le croit communément & que l’assure Willis. Vertigo, dit-il inconsidérément, & se satis est tutus morbus. (de morb. ad anim. corpor.) Lorsqu’il a son siege dans le cerveau, outre qu’il est extrèmement difficile à guérir, il risque aussi d’occasionner la mort, & il dégénere souvent en affection soporeuse dont il est un des signes avant-coureurs les plus assurés : « Attendez vous, dit Hippocrate, à voir survenir l’apoplexie, l’épilepsie, ou la léthargie à ceux qui sont attaqués de vertige, & qui en même tems ont des douleurs de tête, tintement d’oreille, sans fievre, la voix lente & embarrassée, & les mains engourdies ; coac. prænot. cap. iv. n°. 2. Les vertiges occasionnés par des hémorroïdes peu apparentes, ajoute dans un autre endroit ces excellent observateur, annoncent une paralysie légere & longue à se former, la saignée peut la dissiper, cependant ces accidens sont toujours très-fâcheux, coac. prænot. cap. xij. n°. 21. Les fievres vertigineuses, dit le même auteur, sont toujours de très-mauvais caractere, soit qu’elles soient accompagnées de la passion iliaque, soit aussi qu’elles n’aient pas à leur suite ce symptôme dangereux » ; ibid. cap. iij. n°. 1. Le vertige dégénere souvent en mal de tête opiniâtre, & réciproquement il lui succéde quelquefois lorsque le vertige est récent ; quoiqu’il soit idiopathique, on peut en espérer la guérison, sur-tout s’il doit sa naissance à quelque cause évidente qu’on puisse aisément combattre, la nature le dissipe quelquefois elle-même, suivant l’observation d’Hippocrate, en excitant une hémorragie du nez. Vertigines ab initio sanguinis è naribus fluxio solvit. (coac. prænot. cap. xiij. n°. 16.) Le vertige sympathique est beaucoup moins grave & moins dangereux que l’autre, les dérangemens d’estomac sont bien plus faciles à guérir que ceux de la tête ; lorsqu’il se rencontre avec un défaut d’appétit, l’amertume de la bouche & la cardialgie, il est une indication pressante de l’émétique, Hippocr. aphor. 18. lib. IV. Enfin le vertige momentané ne peut pas passer pour maladie, il n’a d’autre danger que d’occasionner une chûte qui peut être funeste, danger qui lui est commun avec les autres especes. Le vertige ténébreux paroît indiquer que la maladie est plus forte & plus enracinée.

La même obscurité qui enveloppe l’aitiologie de cette maladie, se trouve répandue sur le traitement qui lui convient ; en conséquence. chacun a imaginé des méthodes curatives conformes à ses idées théoriques, & comme il arrive dans les choses où l’on n’entend rien, le charlatanisme a gagné, & chaque auteur est devenu proclamateur de quelque spécifique qu’il a donné, comme très-approprié dans tous les cas ; Mayerne faisoit un secret du calamus aromaticus, infusé dans du vin blanc ou de la bierre ; un médecin allemand débitoit des pilules qui paroissoient au goût, contenir du sucre de saturne & de la térébenthine ; Théodor. de Mayerne, prax. medic. lib. I.

Hartmann vantoit l’efficacité du cinabre naturel, auquel d’autres préféroient le cinabre d’antimoine ; la poudre de paon a été célébrée par Craton Borellus, Schroder & Willis, qui lui attribuoit le succès d’une poudre, composée avec la racine & les fleurs de pivoine mâle, dans laquelle il la faisoit entrer & qu’il délayoit dans du casse, ou dans un verre de décoction de sauge ou de romarin ; il y en a qui ont regardé & vendu comme un remede assuré & prompt, le cerveau de moineaux, d’autres l’essence de cicogne ; un danseur de corde dont parle Joannes Michaël, débitoit aux malades crédules de la poudre d’écureuil, comme un remede merveilleux ; quelques-uns ont proposé comme très-efficace l’huile de buis, recommandant d’en frotter les pouls (les carpes), les tempes, le palais, le col & la plante des piés ; ces applications extérieures ont été variées à l’infini, & il n’y a pas jusqu’à la poudre de vers-à-soie qu’on n’ait conseillé de répandre sur le sommet de la tête ; enfin, l’on n’a pas oublié les amuletes, application bien digne de ceux qui l’ordonnent & de ceux qui ont la bêtise de s’en servir.

Sans m’arrêter à faire la critique de tous ces arcanes prétendus spécifiques, & à prouver que la plûpart sont des remedes indifférens, inefficaces, fatua, uniquement propres à duper le vulgaire sottement crédule, ou même quelquefois dangereux, & que les autres pour avoir réussi dans certains cas, ne doivent pas être regardés comme des remedes généraux ; je remarquerai qu’on doit varier le traitement des vertiges suivant ses différentes especes ; les causes qui l’ont produit, le tempérament & la constitution propre du malade ; en conséquence dans le vertige idiopathique, il est quelquefois à-propos de faire saigner le malade ; sur-tout lorsqu’il est sanguin, & qu’on craint une attaque d’apoplexie ; il faut le purger souvent, le dévoiement est la crise la plus avantageuse dans les maladies de la tête, l’art doit ici suppléer au défaut de la nature ; s’il y a eu quelque excrétion supprimée, il ne faut attendre la guérison que de son rétablissement ; si le vertige est un effet d’épuisement survenu à des débauches, à des hémorragies, superpurgations, &c. les secours moraux & diététiques, les remedes légerement cordiaux, restaurans, toniques, sont les plus appropriés, lorsqu’il est occasionné par trop d’application, de travail, &c. Le principal remede consiste à retrancher une grande partie de l’étude, & à dissiper beaucoup le malade, &c. du reste, dans toutes ces especes de vertige, on peut insister sur tous ces remedes céphaliques, aromatiques, sur les décoctions, les poudres, les conserves, les extraits de romarin, de menthe, de calamus aromaticus, de coriandre, de pivoine, de fleurs de tilleul, de sauge, &c. on peut aussi avoir recours, si ces remedes sont insuffisans, aux vésicatoires, au seton, au cautere que Mayerne conseille d’appliquer sur l’os pariétal ; dans le vertige sympathique dépendant de l’affection de l’estomac, il faut suivant le précepte d’Hippocrate, avoir recours à l’émétique, le réitérer, de même que les purgatifs cathartiques, faire souvent couler la bile par des pilules cholagogues, & fortifier enfin ce viscere par les stomachiques, amers, aloëtiques, &c. de son côté, le malade doit par un régime convenable se procurer de bonnes digestions, & soigneusement éviter toute sorte d’excès. (m)

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Étymologie de « vertige »

Étymologie de vertige - Wiktionnaire

(1611) Du latin vertigo.
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Étymologie de vertige - Littré

Provenç. vertige, vertitge, vertige, et aussi vis ; ital. vertigine ; du lat. vertiginem, de vertere, tourner, et le suffixe igin, qui vient de agere, agir, faire.

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Phonétique du mot « vertige »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
vertige vɛrtiʒ play_arrow

Citations contenant le mot « vertige »

  • Une fois de retour sur le sol, tous ont assuré être « prêts à recommencer pour cette épreuve » audacieuse dont certains ont dû vaincre la peur du vertige sur ce monument historique situé à Jumilhac-le-Grand. SudOuest.fr, Dordogne : scènes de vertige 
en haut du château de Jumilhac
  • Du lit du torrent montent des cris qui ricochent entre les interminables murs calcaires. Dévalant de cuvettes en baignoires, les amateurs de canyoning se régalent en bas. Et sur fond vert d’eau cristalline, les casques bleus ou rouges dessinent comme un petit collier de perle roulant entre deux cascades. Ce que l’on voit en se penchant sur les gorges de Galamus et… en se cramponnant au parapet quand on a le vertige. Car ici, la route taillée dans la roche serpente en balcon tutoyant le vide. ladepeche.fr, Cubières-sur-Cinoble. Les gorges de Galamus, voies du vertige et de la sérénité… - ladepeche.fr
  • Le vertige se caractérise par la sensation que l’environnement autour de nous se déplace, ou que notre propre corps se balance dans l’espace. Certains vertiges peuvent provoquer des nausées, des vomissements et une incapacité à rester debout. Les vertiges ne doivent pas être confondus avec un malaise. Les causes des vertiges peuvent être multiples : signe de fatigue, mais aussi de pathologies plus lourdes. RFI, Vertiges : quelles en sont les causes ? - Le conseil santé
  • L'oreille est un organe qui intervient dans l'équilibre de notre corps, mais parfois les cristaux de l'oreille interne se déplacent et entraînent des vertiges. Comment poser un diagnostic et soigner ces vertiges ? Futura, Comment traiter les vertiges dus aux cristaux dans l'oreille interne
  • La science a ses mauvais rêveurs qui prennent leur ombre pour la lumière et leur vertige pour de l'amour. De Alain Foix / Vénus et Adam
  • Le suicide n'est pas un acte. On est saisi par le suicide comme par un vertige, on subit le suicide. De Jean-Guy Rens / La mort du coyote
  • Il y a du vertige dans le péché et chacun de nous, tiré du néant ressent parfois la nostalgie du néant. De Julien Green / Jeunesse immortelle
  • L’amour comme un vertige, comme un sacrifice, et comme le dernier mot de tout. De Alain-Fournier / Lettre à Jacques Rivière
  • Acceptez les ans, la spirale des saisons, le vertige des plantes qui se désespèrent, reprennent espoir et vont au feu. De Alain Borne / Le Sens de l'humain
  • Confrontés au fameux vertige de la page blanche, certains auteurs sont manifestement tombés dans le vide ! De Bruno Masure / Le petit livre de Bruno Masure
  • C'est le vertige d'amour qui fait tournoyer les sphères. De Shafique Keshavjee / Le roi, le sage et le bouffon
  • Très petits les enfants aiment perdre la tête, les années passent on recherche le vertige. De Oxmo Puccino
  • La spéléologie, c’est l’alpinisme de ceux qui ont le vertige. De Philippe Geluck / Le Chat
  • Le nombre infini de positions que peut prendre un corps de femme me donne le vertige. De Georges Wolinski
  • Chaque homme est un abîme, on a le vertige quand on se penche dessus. De Georg Büchner / Woyzeck
  • Quand une oeuvre d'art vous donne le vertige, souvenez-vous que ce qui donne le mieux le vertige, c'est le vide. De Sacha Guitry
  • L'amour donne le vertige, mais son vertige, si intolérable qu'il soit, est un délice infini. De Hubert Aquin / Neige noire
  • Le culte du vertige, mais n'oublions pas que le vertige se prend sur les hauteurs. De Max Jacob / Art poétique
  • L’angoisse est le vertige de la liberté. De Sören Kierkegaard / Le concept d’angoisse
  • J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges. Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, Délires II
  • L'honneur de l'homme est d'atteindre à ce centre où la certitude se fait vertige et le vertige certitude. Pierre Emmanuel pseudonyme littéraire devenu le patronyme légal de Noël Mathieu, Versant de l'âge, Le Seuil
  • Qui ne sent pas la bombe cuite et le vertige comprimé n'est pas digne d'être vivant. Antonin Artaud, Van Gogh, le suicidé de la société, Gallimard
  • Je n'ai jamais rien demandé à ce que je lis que le vertige. Louis Aragon, J'abats mon jeu, Éditeurs français réunis
  • L'amour comme un vertige, comme un sacrifice, et comme le dernier mot de tout. Henri Alban Fournier, dit Alain-Fournier, Correspondance avec Jacques Rivière, Gallimard

Images d'illustration du mot « vertige »

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Traductions du mot « vertige »

Langue Traduction
Corse timore di altezza
Basque altueraren beldurra
Japonais 高所恐怖症
Russe боязнь высоты
Portugais medo de alturas
Arabe الخوف من ال مرتفعات
Chinois 恐高症
Allemand höhenangst
Italien vertigini
Espagnol miedo a las alturas
Anglais fear of heights
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Synonymes de « vertige »

Source : synonymes de vertige sur lebonsynonyme.fr


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