La langue française

Universel

Définitions du mot « universel »

Trésor de la Langue Française informatisé

UNIVERSEL, -ELLE, adj. et subst. masc.

I. − Adjectif
A. −
1. Qui s'étend à l'univers entier, qui embrasse la totalité des êtres et des choses. Ordre, déterminisme universel; détermination, harmonie, nécessité universelle; lois universelles de la méthode scientifique; le principe de causalité est universel. L'universel entrelacement des phénomènes fait que sur chacun d'eux porte le poids de tous les autres (Bourget, Disciple, 1889, p. 63).Je crois qu'il est impossible de ne pas éprouver une espèce de vertige, à ces premiers contacts avec la science, lorsqu'on commence à distinguer, pour la première fois, quelques-unes de ces grandes lois qui ordonnent la complexité universelle! (Martin du G., J. Barois, 1913, p. 228).
Âme* universelle. Cause* universelle. Principe d'intelligibilité* universelle.
L'Être universel. Dieu. La vraie pensée de Platon est que « le degré de divinité est proportionnel au degré d'être; l'être le plus divin est donc l'être le plus être; or, l'être le plus être, c'est l'Être universel ou le Tout de l'être ». Comment, après cela, ne pas comprendre que (...) chez Platon, c'est l'être universel, c'est-à-dire Dieu (Gilson, Espr. philos. médiév., 1931, p. 51).
2. Qui est relatif, propre au cosmos. Fuite universelle des galaxies; loi de la gravitation universelle. Immense et majestueuse harmonie des mondes! Un mouvement universel emporte les astres, atomes de l'infini (Flammarion, Astron. pop., 1880, p. 284).Avant la formation définitive de la nouvelle chimie, l'attention a été tentée par l'idée du cosmos unique, par la recherche d'une force unique, retenant l'univers. Cette force était cherchée dans l'attraction universelle newtonienne (Vernadsky, Géochim., 1924, p. 45).
B. − Le plus souvent p. hyperb.
1. Qui s'étend à la terre entière. Synon. mondial, planétaire.Triomphe universel; domination, monarchie, célébrité, gloire, notoriété, renommée universelle; catastrophe, guerre, paix, famine, peste universelle. Cette femme dont la réputation de beauté, d'inconduite et d'élégance était universelle (Proust, Swann, 1913, p. 421).V. national-socialiste ex. de Camus:
1. Du retard causé au ravitaillement de la France, des Pays-Bas, de l'Italie par le prolongement de la guerre, de la misère qui étreindrait les populations germaniques, tchèques, balkaniques, n'allait-il pas sortir des secousses sociales qui jetteraient, peut-être, tout l'Occident dans la révolution? Le chaos universel serait, alors, la dernière chance ou, tout au moins, la vengeance d'Hitler. De Gaulle, Mém. guerre, 1959, p. 158.
Conflagration* universelle. Déluge* universel.
2.
a) Qui s'étend à tout ou à tous; qui se rapporte, s'applique à l'ensemble des hommes, à la totalité des choses. Savoir universel. Les gens du monde appartiennent à une race particulière, remarquable surtout par une ignorance universelle et par une admirable facilité à parler de tout avec un air d'esprit (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Comment on cause, 1887, p. 1083).V. astrologie ex. 3 et musculature ex. de Sartre.
[En parlant d'un état d'esprit, d'un sentiment, d'une manière d'être] Dédain, dégoût universel; bienveillance, indifférence universelle. Combien il y avait là d'esprits, dont la richesse, la liberté, la curiosité universelle eût attiré Christophe, s'il avait pu les connaître! (Rolland, J.-Chr., Foire, 1908, p. 700).Son universelle tendresse voilait les heures d'abandon. Comme ceux qui aiment tout ce qui vit, tout ce qui meurt, tout ce qui est, il semblait indifférent aux drames intimes du cœur (Faure, Hist. art, 1921, p. 24).
Rem. On relève chez Proust le plur. universaux: Un de ces sourires collectifs, universaux, que, quand ils en ont besoincomme on se sert du chemin de fer et des voitures de déménagementempruntent les individus (Proust, Sodome, 1922 p. 1003).
En partic. Qui vaut pour tout, pour tous. Explication universelle; valeur, vérité universelle. Regardez ce que les pontifes de la IIIeRépublique ont fait de leur fameuse morale universelle, laïque ou kantienne. Un code d'excellents alibis pour combinaisons malpropres et brigandages coloniaux (Abellio, Pacifiques, 1946, p. 144).La validité d'un jugement n'est jamais universelle, car elle se rattache à un cadre de référence précis (...). Si la vérité et les jugements étaient toujours universels, on ne pourrait établir de distinctions ni entre les sciences particulières, ni entre les genres de connaissances (Traité sociol., 1968, p. 121).
Spécialement
Exposition universelle. Exposition où tous les pays sont invités et la plupart représentés. Je suis sûr que le petit nombre d'anciens élèves restés en France se rappellent aujourd'hui avec reconnaissance notre vieux collège, plus cosmopolite qu'une exposition universelle (Larbaud, F. Marquez, 1911, p. 12).P. métaph. L'Europe de 1914 était peut-être arrivée à la limite de ce modernisme. Chaque cerveau d'un certain rang était un carrefour pour toutes les races de l'opinion; tout penseur, une exposition universelle de pensées (Valéry, Variété[I], 1924, p. 19).
MÉD. Donneur universel. ,,Tout sujet qui appartient au groupe sanguin O, parce que ses globules rouges n'étant agglutinés par le sérum d'aucun groupe, son sang est en principe toléré par n'importe quel type de receveurs`` (Méd. Biol. t. 1 1970). On n'a pas toujours, en cas d'accident, le loisir ni le moyen de rechercher par les épreuves d'usage à quel groupe appartient le blessé. On emploie alors du sang de donneur universel (Cuénot, J. Rostand, Introd. génét., 1936, p. 91).Panacée* universelle.
RELIG. Jugement universel. Synon. de jugement* dernier.Dès cette époque se précisa (...) la croyance (...) à une survie consciente après la mort physique et à un retour des défunts à la vie, lors d'un jugement universel qui décidera du destin éternel de chacun (Philos., Relig., 1957, p. 48-9).
b) [En parlant d'une pers.] Qui a des aptitudes pour tout; qui a des connaissances dans tous les domaines. Esprit universel. Léonard de Vinci a beaucoup écrit, et ses livres, qui traitent d'une infinité de sujets, ont contribué à lui faire la réputation d'un homme universel (R. Ménard, Hist. Beaux-Arts, 1882, p. 51).Quel artiste! Vous êtes le fils des êtres universels de la Renaissance (Blanche, Modèles, 1928, p. 65).V. génie ex. 10.
Au compar. Aucun artiste n'est plus universel que lui (Hugo ds Lar. Lang. fr.).
3.
a) Qui est commun à tous les hommes. Besoin, préjugé universel; conviction, conscience, croyance, opinion universelle. Si l'amour est un sentiment universel, commun à tous les êtres, les façons de le satisfaire sont soumises à des exigences d'une complication infinie (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p. 177).Freud croit à l'existence universelle du complexe d'Œdipe, ce qui paraît difficilement conciliable avec le pluralisme culturel (Hist. sc., 1957, p. 1526).
Au superl. La tendance des hommes vers le bonheur est la plus universelle et la plus active de toutes (Staël, Allemagne, t. 4, 1810, p. 285).La musique est la voix la plus universelle et la plus vague, celle dont usent toujours pour se rejoindre les hommes les plus dispersés (Faure, Hist. art, 1921, p. 124).V. amour ex. 49.
Langue, langage universel(le). Langage universel des mathématiques. La musique, quoi qu'on dise, n'est pas une langue universelle (Rolland, J.-Chr., Amies, 1910, p. 1176).Peut-être le seul langage authentique et universel est-il précisément celui du rêve (Choisy, Psychanal., 1950, p. 168).V. latin I A 1 ex. de Goncourt.
LING. Langue artificielle auxiliaire. L'espéranto, langue universelle. Une langue universelle est aussi impossible que le mouvement perpétuel. Je vois même une raison péremptoire de cette impossibilité; c'est que, quand tous les hommes de la terre s'accorderaient aujourd'hui pour parler la même langue, bientôt, par le seul fait de l'usage, elle s'altérerait et se modifierait de mille manières différentes dans les divers pays (Destutt de Tr., Idéol. 2, 1803, p. 395).
En partic. Reconnu de tous. Cela seul est rationnel qui est universel. Ce qui déroute l'entendement, c'est le particulier et le concret. Nous ne pensons bien que le général (Durkheim, Divis. trav., 1893, p. 275).Je ne cherche pas ce qui est universel, mais ce qui est vrai. Les deux peuvent ne pas coïncider (Camus, Sisyphe, 1942, p. 185).
b) Relatif, propre à tous les hommes, à l'ensemble des sociétés humaines. Histoire universelle; déclaration universelle des droits de l'homme. La cause de la révolution est universelle. Elle n'est pas la cause d'un seul pays. C'est une fièvre d'honneur et de dignité commune à tous les peuples (Guéhenno, Journal « Révol. », 1937, p. 52).Il n'existe peut-être pas, dans la littérature universelle, une découverte plus surprenante que la triste douceur de ce jeune Brutus, assassin de son père, de son maître, de son ami... car César était tout cela pour lui (Mauriac, Journal 2, 1937, p. 200).
c) Qui provient de tous, qui est le fait de tous; que tout le monde partage. Assentiment, blâme universel; admiration, compassion, consentement, joie, solidarité universelle; exécration, réprobation universelle; avoir, obtenir l'approbation, l'adhésion, la confiance universelle; jouir de l'estime, de la sympathie universelle; inspirer une aversion universelle. Êtes-vous responsable des infamies d'une presse dont le mépris universel a depuis longtemps fait justice (Courteline, Client sér., 1897, 1, p. 15).L'homme courageux [Zola] qui, dans l'universelle lâcheté où nous nous décomposons, osait l'acte hardi pour la justice et pour la vérité (Clemenceau, Iniquité, 1899, p. 129).
C. −
1. Qui s'étend à l'ensemble de ce que l'on considère. Chérouvier s'est coupé la barbe. C'est un scandale universel dans tout le Vearrondissement (Duhamel, Suzanne, 1941, p. 41).
[En parlant d'ouvrages didact. ou sc.] La Géographie universelle, conçue et mise sur pied par Vidal de La Blache, et dont la publication s'achève (Civilis. écr., 1939, p. 26-11).Le Dictionnaire universel de médecine, de chirurgie, de chimie, de botanique de Robert James (Guéhenno, Jean-Jacques, 1948, p. 169).
MÉD., vieilli. Qui affecte tout l'organisme. Bouffissure, hydropisie universelle. Lorsque le scorbut commence, on sent une lassitude universelle, difficulté de se mouvoir, pesanteur dans les jambes (Geoffroy, Méd. prat., 1800, p. 457).Les malades succombent, en réalité, avec tous les symptômes de l'empoisonnement diphtérique: refroidissement général, (...) pâleur universelle de la peau (Trousseau, Hôtel-Dieu, 1895, p. 165).
2. En partic.
a) Qui s'étend à la totalité d'une collectivité humaine donnée. Si la nature vous a donné des talents, vous pouvez les développer, et ils ne seront perdus ni pour vous, ni pour la patrie. Ainsi, l'instruction doit être universelle, c'est-à-dire, s'étendre à tous les citoyens (Condorcet, Organ. instr. publ., 1792, p. 453).Tout service militaire et universel obligatoire sera aboli en Allemagne (Traité de Versailles, 1919ds Doc. hist. contemp., p. 293).
[En parlant d'un sentiment] Cette tendresse universelle pour les femmes l'alanguissait (Giraudoux, Bella, 1926, p. 233).
Enseignement universel. ,,Enseignement qui peut être reçu par la totalité des individus satisfaisant à des conditions données, ou qui comporte des disciplines, des connaissances pouvant servir à de multiples usages, à atteindre des fins, des objectifs nombreux et divers`` (Leif 1974).
Suffrage* universel.
En partic. Qui provient, qui est le fait d'un groupe donné, considéré dans sa totalité. Agitation, clameur, vocifération universelle. L'opinion universelle des anthropologistes est que la plus forte quotité de variations chez les Africains parleurs de langues Bantou (...) est due à des influences raciales venues du dehors et non pas à l'action du milieu (Haddon, Races hum., trad. par A. Van Gennep, 1930, p. 269).
b) Qui est partout, répandu dans tous les lieux. L'eau a tout pris; elle s'est répandue partout, et la prédiction des hommes de la nuit s'est réalisée: il n'y a plus de tranchées, ces canaux ce sont les tranchées ensevelies. L'inondation est universelle (Barbusse, Feu, 1916, p. 351):
2. La dissémination par hameaux ou par cases ne prévaut que dans le Bas-Bengale, où de toutes parts, les groupes s'éparpillent entre des haies de bambous, et sur la lisière étroite de Malabar et de Travancore, régions où l'abondance des pluies et la présence universelle des eaux permettent et favorisent l'éparpillement. Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p. 193.
D. Spécialement
1. LING. Grammaire universelle. ,,Étude des mécanismes nécessaires et communs à toutes les langues`` (Ling. 1972). Le projet de grammaire universelle (dite parfois « grammaire générale ») s'inscrit dans une perspective de recherche systématique des universaux de langage (D. D. L.1976).
2. LOG., LOG. FORMELLE
a) Qui convient à tous les individus d'une classe pris un à un. Attribut, prédicat universel. Un terme est universel lorsqu'il est pris dans toute son extension (Foulq.-St-Jean1969).
b) Proposition universelle. ,,Proposition qui énonce une relation vraie de chacun des individus qui composent l'extension du sujet`` (Lal. 1968). Subst. fém., p. ell. Une universelle. Une proposition universelle. (Dict. xixeet xxes.).
c) Quantificateur universel. Symbole noté ∀ (qui s'énonce pour tout), exprimant qu'une certaine propriété appartient à tous les éléments d'un ensemble. (Dict. xxes.).
3. DR. CIVIL
a) Communauté universelle, à titre universel. Régime matrimonial conventionnel en vertu duquel tous les biens présents et à venir de chacun des époux tombent dans la communauté. De la communauté à titre universel. Les époux peuvent établir par leur contrat de mariage une communauté universelle de leurs biens tant meubles qu'immeubles, présens et à venir, ou de tous leurs biens présens seulement, ou de tous leurs biens à venir seulement (Code civil, 1804, art. 1526, p. 282).
b) Héritier universel. Synon. de légataire* universel.Mademoiselle de Meilhan est-elle héritière de M. Clavier? En est-elle l'héritière universelle? (Gozlan, Notaire, 1836, p. 243).
c) Legs universel. Le legs universel est la disposition testamentaire par laquelle le testateur donne à une ou plusieurs personnes l'universalité des biens qu'il laissera à son décès (Code civil, 1804, art. 1003, p. 182).
4. RELIG. L'Église universelle. L'Église catholique. On employa toutes les pieuses fraudes pour prouver que Saint Samson avait été métropolitain; mais les cadres de l'Église universelle étaient déjà trop arrêtés pour qu'une telle intrusion pût réussir (Renan, Souv. enf., 1883, p. 3).Catholique, membre de cette Église universelle, je n'attends du bouddhisme et du taoïsme aucun message sauveur (Maritain, Primauté spirit., 1927, p. 144).
5. MÉTROL. Temps* universel.
E. − TECHNOLOGIE
1.
a) Qui sert à de multiples usages. Couvercle universel; clef universelle. Le bras est un instrument universel, un assemblage puissant et souple de leviers, de poulies et de ligaments (Claudel, Poète regarde Croix, 1938, p. 111).À partir du tour universel se sont créés peu à peu des tours spécialisés: le tour à fileter, né en 1800, est un premier pas dans l'automatisation du travail (Traité sociol., 1967, p. 445).
Pince* universelle.
Mandrin universel. ,,Mandrin permettant de serrer rapidement toutes les mèches cylindriques à l'aide d'une clef`` (Peyroux Techn. Métiers 1985).
Serrure universelle. ,,Serrure qui s'emploie indifféremment en tirant ou en poussant, à droite ou à gauche`` (Peyroux Techn. Métiers 1985).
b) [En parlant d'une machine-outil] Qui peut exécuter les diverses opérations successives d'usinage d'une pièce, sans qu'il soit nécessaire de changer son montage. Une fraiseuse universelle est une fraiseuse pourvue d'une tête orientable dans tous les sens, qui permet à la fraise d'occuper une position quelconque dans l'espace et de travailler sous tous les angles (Lar. encyclop.).
2. ÉLECTROTECHN. Qui peut être alimenté indifféremment en courant continu ou en courant alternatif. Lampe ophtalmologique universelle du Dr Cantonnet, à fort éclairage (1 000 bougies) (Catal. instrum. chir.(Collin),1935, p. 115).
Moteur* universel.
3. INFORMAT. Ordinateur universel, calculateur électronique universel. Machine électronique programmée pour assurer la résolution de problèmes différents, et pour prendre des décisions logiques au fur et à mesure du déroulement des calculs (d'apr. Lhoste-Pèpe 1964).
4. RADIOTECHN. Récepteur universel. ,,Récepteur radioélectrique dont l'accord peut être réglé sur une gamme de fréquences très étendue, et qui peut être adapté à différentes classes d'émission, notamment la radiotélégraphie et la radiotéléphonie en modulation d'amplitude ou de fréquence`` (GDEL).
II. − Subst. masc.
A. − Ce qui est universel. S'élever du particulier à l'universel. On a mal posé, depuis toujours, la question de la conscience créatrice. Grâce à un point de départ faux, on a confondu ou voulu confondre avec la recherche des effets dits « littéraires » par tant de mauvais peintres, ce sens de l'universel que toute œuvre traduit (Faure, Espr. formes, 1927, p. 137).Je combattrai pour la primauté de l'homme sur l'individucomme de l'universel sur le particulier. Je crois que le culte de l'universel exalte et noue les richesses particulièreset fonde le seul ordre véritable, lequel est celui de la vie (Saint-Exup., Pilote guerre, 1942, p. 383).
B. − PHILOS., LOG.
1. ,,Ce qui est exprimé par un terme général, c'est-à-dire tel qu'il puisse être prédicat de différents sujets`` (Lal. 1968).
[Pour les nominalistes] Ce terme général lui-même. [Selon saint Thomas] l'universel n'a pas seulement une existence post rem dans notre intellect, une existence in re dans les choses particulières; il a une existence ante rem dans l'esprit divin (Janet, Séailles,Hist. de la philos.,p. 511, ds Lal. 1968).
Rem. En ce sens, universel fait universaux au plur.
2. Universel concret
a) [Chez Hegel] ,,Unité des éléments logiques antérieurs dont le concept est la synthèse, à la fois universelle, puisqu'il est susceptible d'un nombre indéfini d'application, et concrète, en tant qu'il est une totalité unique et indivisible`` (Lal. 1968).
b) Universel concret, universel abstrait. ,,On peut distinguer l'universel concret de l'universel abstrait, en disant que le premier est le type idéal dont les choses tirent leur existence, tandis que le second est formé par une opération de l'esprit qui dégage les éléments communs à diverses choses et les exprime par un concept`` (Lal. 1968).
Prononc. et Orth.: [ynivε ʀsεl]. Buben 1935, p. 129: Contrairement à d'autres langues, ,,le français conserve s sourd après r``. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Adj. 1. a) ca 1200 universal « qui s'étend à la terre entière » (Dialoge Gregoire le Pape, éd. W. Foerster, p. 97: les religious hommes de la glise universale [lat.: catholicae ecclesiae religiosos viros]); b) 1890 heure universelle, temps universel (Lar. 19eSuppl., s.v. heure); 2. ca 1265 log. proposition universele (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, II, 39, p. 206); 1370 subst. universele « proposition universelle » (Oresme, Ethiques, éd. A. D. Menut, p. 347); 1370 jugement universel (Id., ibid., p. 312); 1377 nom universel (Id., Le livre du ciel et du monde, éd. A. D. Menut, p. 154); 1662 terme universel (A. Arnauld et P. Nicole, La Logique ou l'art de penser, p. 125); 1690 principe universel (G. Daniel, Voiage du monde de Descartes, p. 383); 1968 quantificateur universel (Lar. encyclop. Suppl.); 3. a) ca 1265 « qui s'étend, s'applique à la totalité des objets que l'on considère » (Brunet Latin, op. cit., II, 49, p. 223: les particuleres et les universaus choses; II, 38, p. 205: universel regle); b) 1909 technol. clef universelle (Lar. pour tous, s.v. clef); 1932 pince universelle (Lar. 20e, s.v. pince); 1932 machine universelle (Catal. instrum. lab. [Prolabo], p. 182); 1949 moteur universel (Nouv. Lar. univ.); 1960 récepteur universel (Électron.); c) 1975 math. « dans un ensemble ordonné, se dit de l'élément unique, s'il existe, plus grand que tous les autres » (Lar. encyclop. Suppl.); 4. a) 1412 « qui concerne la totalité des hommes, le monde, ou la totalité d'un groupe » (N. de Baye, Journal, éd. A. Tuetey, t. 2, p. 42: pour le bien universal de ce royaume); b) 1580 consentement universel (Montaigne, Essais, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, I, 51, p. 307); c) 1602 histoire universelle (Cl. Fauchet, Declin de la maison de Charlemagne, p. 83); d) 1765 et 1828 suffrage universel, v. suffrage; e) 1851 exposition universelle (A. Blanqui, Lettres sur l'Exposition universelle de Londres, Paris ds Catal. gén. des l. imprimés de la B.N.); f) 1922 méd. donneur universel (Policard, Histol. physiol., p. 262: le groupe des donneurs dits universels); 5. a) 1442 dr. universel heritier (Antoine de La Sale, Salade, éd. F. Desonay, p. 198); 1529 (Charte de Ponthieu, Grenier 300, no324, Richel. ds Gdf., s.v. legateur: Anne le Normand, legatteresse particuliere et universelle de deffunct maistre Jehan); 1607 légataire universel, v. légataire; 1804 légataire à titre universel (Code civil, art. 1011, p. 184); b) 1690 legs universel (Fur., s.v. legs); 1804 legs à titre universel (Code civil, art. 1010, p. 184); 6. 1567 homme universel « homme qui a des connaissances dans tous les domaines » (J. Amyot, Vies des hommes illustres, Demosthenes et Cicéron, éd. J. Normand, p. 122: Ciceron estoit homme universel meslé de plusieurs sciences); 1576 esprit universel (Noël Du Fail, A Messire Loys de Rohan ds Œuvres, éd. J. Assézat, t. 2, p. 370: vostre esprit tant vif et universel); 7. 1751 gravitation universelle (D'Alembert, Discours préliminaire ds Encyclop. t. 1, p. XXVIII). II. Subst. ca 1300 (Jean de Meun, trad. Boece, Consolation, éd. V. L. Dedeck-Héry, V P 5 ds Mediaeval Studies t. 14, p. 269: est vaine et fausse la concepcion de raison qui regarde et comprent ce qui est sensible et singulier aussi comme un universel); 1370 (Oresme, Ethiques, p. 227: en universel et en singulier); 1621 log. (P. du Moulin, Éléments de logique, p. 3: l'Universel est un assemblage de plusieurs singuliers sous une nature commune à tous, comme cheval, homme, arbre). Empr. au lat. d'époque impérialeuniversalis « universel, général », dér. au moyen du suff. -alis (-al*) de universus (univers*). Fréq. abs. littér.: 5 325. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 8 566, b) 6 184; xxes.: a) 8 665, b) 6 811. Bbg. Fr. et gramm. universelle. Par H. G. Obenauer, J.-Y. Pollock. Lang. fr. 1983, no58 (Phénomènes propres au fr. et gramm. universelle), 129 p. − Richard Kirchenterminologie 1959, p. 61. − Vom homme universel zum contestataire. Frz. Gesellschaftsideale von der Renaissance bis zur Moderne. Frankfurt-Berlin-München, 1973, 38 p.

Wiktionnaire

Adjectif

universel \y.ni.vɛʁ.sɛl\

  1. Dont la portée est générale, qui s’étend à tout, à tous ou partout.
    • Un bien universel.
    • La gravitation universelle.
    • Avoir, obtenir l’approbation universelle, le suffrage universel.
    • Jouir de l’estime universelle.
    • Remède universel : Qui s’applique à tous les maux.
    • Méthode universelle : Qui s’applique à tous les cas de même espèce.
    • La langue écrite se rapproche peu à peu de l’idéal d’une écriture universelle ; elle n’est plus une simple transcription du langage parlé. Les chiffres, les signes algébriques et mathématiques, les symboles chimiques, la notation musicale, l’écriture phonétique (de Brücke), tous ces symboles, d’une nature déjà très abstraite et d’un usage presqu’entièrement international, doivent en somme être considérés comme des parties actuellement existantes de cette écriture universelle. — (Ernst Mach, trad. Emile Bertrand, La Mécanique, Librairie scientifique A. Hermann, Paris, 1904, page 449)
  2. Qui est considéré comme commun à tous les hommes.
    • La preuve de l’existence de Dieu par le consentement universel.
    • Ainsi observe-t-on chez les enfants une tendance très forte à commencer leurs énoncés par une consonne et à les achever par une voyelle. Les langues du monde tendent également à conforter le type syllabique CV [consonne-voyelle], seul considéré comme universel. — (Sophie Kern, De l’universalité et des spécificités du développement langagier précoce, in « Aux origines des langues et du langage », Éditions Fayard, 2005)
  1. Qui embrasse, qui renferme, qui comprend la totalité des êtres ou des choses.
    • Science universelle.
    • Esprit universel.

Nom commun

universel \y.ni.vɛʁ.sɛl\ masculin singulier

  1. (Logique) (Au singulier) Ce qu’il y a de commun dans les individus d’un même genre, d’une même espèce.
    • Toujours on commence par une vue de l'ensemble, puis on va de l'universel au particulier; puis enfin, après avoir étudié en détail chaque partie du tout, on reconstruit ce tout qu'on avait décomposé, et ainsi, on finit comme on avait commencé, par des encyclopédies. — (Jean-Jacques Ampère, La Chine et les travaux d'Abel Rémusat, Revue des Deux Mondes, 1832, tome 8)
    • L’universel a parte rei. - L’universel a parte mentis.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

UNIVERSEL, ELLE. adj.
Qui s'étend à tout, qui s'étend partout. Un bien universel. La gravitation universelle. Avoir, obtenir l'approbation universelle, le suffrage universel. Jouir de l'estime universelle. Remède universel, Qui s'applique à tous les maux. Méthode universelle, Qui s'applique à tous les cas de même espèce. Il signifie aussi Qui est considéré comme commun à tous les hommes. La preuve de l'existence de Dieu par le consentement universel. Histoire universelle, Celle qui concerne tous les peuples. Langue universelle se dit des Langues artificielles dont chacune prétend devenir commune à tous les hommes. En termes de Politique, Suffrage universel, Droit de vote attribué à tous les citoyens.

UNIVERSEL signifie aussi Qui embrasse, qui renferme, qui comprend la totalité des êtres ou des choses. Science universelle. Esprit universel. Fam. et par exagération, Cet homme est universel, Il a une grande étendue de connaissances. Légataire universel, Celui à qui quelqu'un lègue la totalité de ses biens. En termes de Logique, Proposition universelle, Celle dont l'attribut convient à la totalité du sujet.

UNIVERSEL s'emploie aussi comme nom masculin en termes de Logique et se dit de Ce qu'il y a de commun dans les individus d'un même genre, d'une même espèce. L'universel a parte rei, l'universel a parte mentis.

Littré (1872-1877)

UNIVERSEL (u-ni-vèr-sèl, sè-l') adj.
  • 1Qui s'étend à tout, qui s'étend partout. Tout se trouvait en eux, hormis ce que les hommes Font marcher avant tout dans le siècle où nous sommes : Ce sont les biens, c'est l'or, mérite universel, La Fontaine, Filles de Minée. Les seules règles universelles sont les lois du pays aux choses ordinaires, et la pluralité aux autres ; d'où vient cela ? de la force qui y est, Pascal, Pens. VI, 7, édit. HAVET. Il faut qu'on ne puisse dire, ni il est mathématicien, ni prédicateur, ni éloquent ; mais, il est honnête homme ; cette qualité universelle me plaît seule, Pascal, ib. VI, 15 ter. Si ses sujets, si ses alliés, si l'Église universelle a profité de ses grandeurs, elle-même a su profiter de ses malheurs, Bossuet, Reine d'Anglet. Peut-être que moi qui existe n'existe ainsi que par la force d'une nature universelle qui a toujours été telle que nous la voyons, en remontant jusqu'à l'infinité des temps ; mais cette nature, ou elle est seulement esprit, et c'est Dieu ; ou elle est matière, et ne peut par conséquent avoir créé mon esprit, La Bruyère, XVI. [Louis XIV, mille fois accusé par ses ennemis] d'avoir formé et conduit le projet de la monarchie universelle ; s'il y avait réussi, rien n'aurait été plus fatal à l'Europe, à ses anciens sujets, à lui, à sa famille, Montesquieu, Esp. IX, 7. Un préjugé universel permet rarement l'examen, Voltaire, Dict. phil. Figure. Mais le mal moral, les crimes, Néron, Alexandre VI !… cela empêche-t-il qu'il y ait une cause universelle ? Voltaire, Philos. Comm. Malebranche, Résultat. La foule innombrable des animaux jouit de ses sens par des lois universelles ; ces lois sont communes à eux et à nous, Voltaire, ib. Mécan. des sens. Cette date où la mer était universelle et couvrait toute la surface du globe, à l'exception des lieux élevés, Buffon, 4e ép. nat. Œuv. t. XII, p. 205. On ne saurait imaginer quel respect, quel amour les Chinois ont pour leur empereur, ou, comme ils le disent, pour le père commun, pour le père universel, Raynal, Hist. phil. I, 20. Me voilà seul, portant la haine universelle ! Legouvé, Épichar. et Nér. v, 4. Un fluide universel extrêmement subtil, agité par les mouvements rapides des particules des corps lumineux, Fresnel, Inst. Mém. scienc. 1821 et 1822, t. v, p. 340. Jusqu'à ce qu'étendue enfin sur la terre et les mers, L'universelle nuit pèse sur l'univers, Lamartine, Harm. II, 12. Les dispositions testamentaires sont ou universelles, ou à titre universel, ou à titre particulier, Code civ. art. 1002. Le legs universel est la disposition testamentaire par laquelle le testateur donne à une ou plusieurs personnes l'universalité des biens qu'il laissera à son décès, ib. art. 1003.

    Suffrage universel, droit de voter dans les élections accordé à tout citoyen d'un certain âge.

    Concile universel, se dit quelquefois pour concile oecuménique.

    Évêque universel, nom qui a été donné quelquefois au pape.

    Jubilé universel, celui qui est accordé à toute l'Église.

    Terme de théologie. Grâce universelle, se dit, parmi les réformés, de la grâce répandue sur tous les hommes par le sacrifice de Jésus-Christ.

  • 2Qui a de la capacité pour toute chose. Les gens universels ne sont appelés ni poëtes, ni géomètres, mais ils sont tout cela, et jugent de tous ceux-là, Pascal, Pens. VI, 15. Arias a tout vu, a tout lu, il veut le persuader ainsi : c'est un homme universel, et il se donne pour tel, La Bruyère, V. Le fameux Leibnitz naquit à Leipzick ; il mourut en sage à Hanovre, adorant un Dieu, comme Newton, sans consulter les hommes ; c'était peut-être le savant le plus universel de l'Europe, Voltaire, Louis XIV, 34. Il n'arrive jamais que le même homme puisse exercer également sa mémoire, son imagination et sa réflexion sur toutes sortes de matières… cela nous apprend pourquoi ceux qui aspirent à être universels, courent risque d'échouer dans bien des genres, Condillac, Connais. hum. I, II, 5. Il a un esprit universel, non par les lumières, mais par la faculté d'en acquérir, Rousseau, Ém. III.

    Cet homme est universel, il a une grande étendue de connaissances. Vous êtes universel, monsieur, vous vous connaissez à tout, Lesage, Turcar. III, 4.

    On dit de même : science universelle.

    Fig. et par plaisanterie. Je sers un jeune homme nommé Damis ; c'est un aimable garçon : il aime le jeu, le vin, les femmes ; c'est un homme universel, Lesage, Crispin rival, 3.

  • 3 Terme de logique. Qui comprend toute chose, qui a le caractère de généralité abstraite. Notre âme étant de telle nature, que ses idées intellectuelles sont universelles, abstraites, séparées de toute matière particulière, Bossuet, Conn. IV, 1. Toute vérité certaine en matière universelle est éternelle, Bossuet, ib. I, 13. Toute proposition universelle est une voie abrégée de l'esprit, qui ne peut ni voir ni embrasser ensemble tous les particuliers, et les envelopper tous ensemble dans une seule idée, Fontenelle, Frag. Rais. hum.
  • 4 S. m. L'universel, ce qu'il y a de commun dans les individus d'un même genre, d'une même espèce. L'universel a parte rei, l'universel a parte mentis.

    Voy. UNIVERSAUX.

REMARQUE

Il ne faut pas en général donner de comparaison à universel ; cependant de bons écrivains l'ont fait. Une erreur si stupide et si brutale n'était pas seulement la plus universelle, mais…, Bossuet, Hist. II, 3. Rédemption la plus universelle dans son étendue : tous les hommes y sont compris ; tous en général, chacun en particulier, Bourdaloue, Pensées, t. III, p. 193. L'aveuglement est, de toutes les peines du péché, la plus universelle, Massillon, Carême, Confession.

HISTORIQUE

XIIIe s. Savoir les universels choses n'est pas seure chose sanz l'esperience, Latini, Trésor, p. 333.

XIVe s. Environ aucunes choses universeilz, et environ aucunes choses particulieres, H. de Mondeville, f° 36, verso. Afin que… tentée la fortune de ceulz petiz debaz, il peust comander aus siens concevoir esperance de la victoire universal, Bercheure, f° 84, verso.

XVe s. C'est luy [Dieu] par qui l'universel est fait, les Triomphes de la noble dame, f° 123, dans LACURNE.

XVIe s. L'edit de pacification fait devant Orleans avoit donné quasi à l'universel de la France beaucoup de contentement, Lanoue, 605. Leur premier et principal acte fut l'universelle prise des armes par toute la France en un mesme jour, Lanoue, 613. Ce qui est particulier est plus sanable que ce qui est universel, Paré, t. III, p. 688. Les plus beaux et plus grands esprits sont les plus universels, Charron, Sagesse, II, 2. Demeurer universel et ouvert à tout, Charron, ib. Se nommer evesque universel, ou evesque de l'Eglise catholique, comme font maintenant les papes, le Bureau du concile de Trente, p. 3.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

UNIVERSEL, adj. (Logique.) l’universel en Logique, est une chose qui a rapport à plusieurs, unum versus multa, seu unum respiciens multa. On en distingue principalement de deux sortes ; savoir l’universel in essendo, & l’universel in prædicando.

L’universel in essendo est incréé ou créé. L’incréé est une nature propre à se trouver dans plusieurs, dans un sens univoque, & d’une maniere indivisible. Telle est la nature qui se multiplie dans le Pere, le Fils & le S. Esprit. sans se diviser, ni se partager.

L’universel in essendo créé, est une nature propre à se trouver dans plusieurs, dans un sens univoque & d’une maniere divisible. Telle est la nature humaine qui, à mesure qu’elle se multiplie dans tous les hommes, se divise.

L’universel in prædicando est pareillement de deux sortes, ou incréé, ou créé. L’incréé est un attribut propre à être dit dans un sens univoque de plusieurs, & cela sans se diviser ; tels sont tous les attributs de Dieu. Le créé est un attribut qui se divise, à mesure qu’il se dit de plusieurs, & cela dans un sens univoque ; tels sont ces mots homme, cercle, triangle.

Ce qui distingue l’universel in essendo d’avec l’universel in prædicando, c’est que le premier s’exprime par un nom abstrait, & le second par un nom concret.

Ce double universel se divise en cinq autres universaux, qui sont le genre, l’espece, la différence, le propre & l’accident.

Le genre se définit une chose propre à se trouver dans plusieurs, ou à être dit de plusieurs comme la partie la plus commune de l’essence.

Il se divise d’abord en genre éloigné, & en genre prochain. Le genre éloigné est celui qui est séparé de l’espece par un autre genre, qui est interposé entre eux deux. Telle seroit, par exemple, la substance par rapport à Dieu, laquelle ne se dit de cet être suprème, que moyennant l’esprit qui en est le genre prochain.

On en distingue encore de trois sortes ; savoir le genre suprème, le genre subalterne & le genre infime. Le genre suprème, qu’on appelle aussi transcendental, ne reconnoît aucun genre au-dessus de lui ; tel est l’être. Le genre subalterne se trouve placé entre des genres dont les uns sont au-dessus de lui & les autres au-dessous ; & le genre infime, est celui qui n’en a point sous lui : il est le même que le genre prochain.

Ce qui est genre par rapport à un autre genre moins universel, n’est plus qu’une espece par rapport à celui qui est plus étendu que lui Ainsi la substance qui est genre par rapport à l’esprit & au corps, n’est qu’une espece de l’être en général.

Tout ce qui se trouve dans le genre, à son universalité près, se trouve aussi dans tous ses inférieurs ; mais cela n’est pas réciproque de la part des inférieurs par rapport à leur genre. On peut bien dire de l’esprit qu’il est substance ; mais on ne dira pas de la substance en général, qu’elle est esprit.

La différence se définit dans les écoles, une chose propre à se trouver dans plusieurs, ou à être dite de plusieurs comme la partie la plus stricte ; je veux dire la plus propre, la moins étendue de l’essence. Voici les trois fonctions qu’on lui donne ; 1°. de diviser le genre, c’est-à-dire de le multiplier ; 2°. de constituer l’espece ; 3°. de la distinguer de toute autre : essentielle à l’espece qu’elle constitue, elle est contingente au genre qu’elle multiplie.

On en distingue de plusieurs sortes ; savoir la différence générique, la différence spécifique, & la différence numérique.

La différence générique est un attribut ; par exemple, qui étant commun à des êtres même de différente espece, sert néanmoins à les distinguer d’autres êtres dont l’espece est plus éloignée. Ainsi l’intelligence convenant à Dieu, aux anges & aux hommes, qui sont tous de différente espece, sert à les distinguer des corps qui n’en sont pas susceptibles.

La différence spécifique est le degré qui constitue l’espece infime, & qui la distingue de toutes les autres especes. Cette différence renferme deux propriétés ; la premiere est de distinguer une chose d’avec toutes celles qui ne sont pas de la même espece ; & la seconde d’être la source & l’origine de toutes les propriétés qui constituent un être.

La différence numérique consiste en ce qu’un individu n’est pas un autre individu. Ceux qui voient par-tout dans les genres, dans les especes, dans les essences & dans les différences, autant d’êtres qui vont se placer dans chaque substance, pour la déterminer à être ce qu’elle est, verront aussi dans la différence numérique je ne sais quel degré, enté, pour ainsi dire, sur l’espece infime, & qui la détermine à être tel individu. Ce degré d’individuation sera, par exemple, dans Pierre la pétréité, dans Lentulus la lentuléité, &c.

L’espece se définit dans les écoles, une chose propre à se trouver dans plusieurs, ou à être dite de plusieurs comme toute l’essence commune. Ainsi l’espece résulte du genre & de la différence.

Il y a deux sortes d’especes, l’une subalterne & l’autre infime ; la subalterne est genre par rapport aux especes inférieures, & espece par rapport à ce qui est plus étendu & plus universel qu’elle ; l’espece infime ne reconnoît sous elle que des individus.

Le propre se définit dans les écoles, une chose propre à se trouver dans plusieurs, ou à être dite de plusieurs comme une propriété qui découle de leur nature ; ce qui le distingue de l’accident, qui ne se trouve dans plusieurs & n’est dit de plusieurs, qu’à titre de contingence.

Les Philosophes ont quelquefois étendu plus loin ce nom de propre, & en ont fait quatre especes. La premiere est celle-ci, quod convenit omni, soli & semper ; ainsi c’est le propre de tout cercle, & du seul cercle, & cela dans tous les tems, que les lignes tirées du centre à la circonférence soient égales. La seconde, quod convenit omni, sed non soli ; comme on dit qu’il est propre à l’étendue d’être divisible, parce que toute étendue peut être divisée, quoique la durée, le nombre & la force le puissent être aussi. La troisieme est, quod convenit soli, sed non omni ; comme il ne convient qu’à l’homme d’être médecin ou philosophe, quoique tous les hommes ne le soient pas. La quatrieme, quod convenit omni & soli, sed non semper ; comme, par exemple, d’avoir de la raison.

Il y a des contestations fort vives & fort animées entre les Thomistes & les Scotistes, pour savoir si l’universel existe à parte rei, ou seulement dans l’esprit ; les Scotistes soutiennnent le premier, & les Thomistes le second. Ce qui cause tous les débats où il sont les uns avec les autres, c’est la difficulté de concilier l’unité avec la multiplicité, deux choses qui ne doivent point être séparées quand il est question des universaux.

Les Thomistes disent des Scotistes qu’ils donnent trop à la multiplicité, & pas assez à l’unité ; & les Scotistes à leur tour leur reprochent de sacrifier la multiplicité à l’unité. Mais pour bien entendre le sujet de leur dispute, il faut observer qu’il y a deux sortes d’unités : l’une d’indistinction, autrement numerique, & une unité d’indiversité ou de ressemblance. Les Thomistes soutiennent que l’unité de similitude ou de ressemblance n’est pas une vraie unité, & qu’elle ne peut par conséquent constituer l’universel. Voici comment ils conçoivent la chose. Tous les hommes ont une nature parfaitement ressemblante ; or ce fond de ressemblance qui se trouve dans tous les hommes, fournit à l’esprit une raison légitime pour se représenter, d’une maniere abstraite, dans tous les hommes une nature qui soit la même d’une unité numérique, laquelle unité, selon eux, peut s’allier avec l’universel. Or la chose étant ainsi exposée, il est évident que l’universel n’existe pas à parte rei, mais seulement dans l’esprit, puisque la même nature numérique ne se trouve pas dans deux hommes. Les Scotistes au contraire prétendent que l’unité de similitude ou de ressemblance est une vraie unité, & qu’elle est la seule qui puisse s’associer avec la multiplicité. Dans la persuasion où ils sont que tous les êtres sont du-moins possibles de la maniere dont ils les conçoivent, ils tournent en ridicule les Thomistes pour admettre dans l’unité numérique une multiplicité qui y est formellement opposée. Les Thomistes à leur tour leur rendent bien la pareille, en se moquant de toutes ces idées réalisées de genres, d’especes, de différences, qui vont comme autant d’êtres se placer dans les substances pour les déterminer à être ce qu’elles sont. Qui croiroit, par exemple, que la nature humaine en Pierre fût distinguée positivement de lui ? Or c’est cependant ce que reconnoissent, & ce que doivent reconnoitre dans leurs principes les Scotistes. La nature de Pierre, qui d’elle-même est universelle, se trouve contractée & déterminée à être telle qu’elle est, par je ne sais quel degré d’être qui lui survient, & qu’ils appellent pétréité. Oh ! pour cela ce sont d’admirables gens que ces Scotistes. Il se dévoile à leurs yeux une infinité d’êtres qui sont cachés au reste des hommes ; ils voient encore où les autres ne voient plus.

Par la maniere dont je viens d’exposer cette fameuse dispute, qui fait tant de bruit dans les écoles, il est aisé de juger combien toute cette question des universaux est frivole & ridicule. Cependant quelque mépris qu’on en fasse dans le monde, elle se maintient toujours fierement dans les écoles. Voici le jugement qu’en porte la logique de Port-Royal. « Personne, Dieu merci, ne prend intérêt à l’universel à parte rei, à l’être de raison, ni aux secondes intentions ; ainsi on n’a pas lieu d’appréhender que quelqu’un se choque de ce qu’on n’en parle point, outre que ces matieres sont si peu propres à être mises en françois, qu’elles auroient été plus capables de décrier la philosophie que de la faire estimer ». Dagoumer a beau se récrier contre cette décision, logique pour logique, nous en croirons plutôt celle de Port-Royal que la sienne, parce que les vaines subtilités de l’une ne peuvent balancer dans notre esprit le choix judicieux des questions qu’on y traite avec toute la force & la solidité du raisonnement. Ce n’est pourtant pas qu’il ne s’y trouve certaines questions dignes des écoles ; mais il faut bien donner quelque chose au préjugé & au torrent de la coutume.

Universel, (Theolog.) les catholiques romains ne conviennent pas entr’eux sur le titre d’évêque universel, que les papes se sont arrogés ; quoique quelques-uns d’eux n’aient pas voulu l’accepter. Baronius soutient que ce titre appartient au pape de droit divin ; & néanmoins S. Grégoire, à l’occasion de cette même qualité donnée par un concile en 586, à Jean, patriarche de Constantinople, assuroit expressément qu’elle n’appartenoit à aucun évêque, & que les évêques de Rome ne pouvoient ni ne devoient le prendre ; c’est pourquoi S. Léon refusa d’accepter ce titre, lorsqu’il lui fut offert par le concile de Chalcédoine, de peur qu’en donnant quelque qualité particuliere à un évêque, on ne diminuât celle de tous les autres, puisque l’on ne pourroit pas admettre d’évêque universel sans diminuer l’autorité de tous les autres. Voyez Evêque, Œcuménique, Pape, &c.

Nous avons expliqué sous le mot Œcuménique, les divers sens dans lesquels on peut prendre ce terme qui est synonyme à universel, quel est celui dans lequel on doit dire que le pape est pasteur universel, & quel est le sens abusif dans lequel ce titre ne lui convient pas, selon la doctrine de l’église gallicane. Voyez Œcuménique.

Universel, adj. (Physiq.) ce qui est commun à plusieurs choses, ce qui appartient à plusieurs choses, ou même à toutes choses en général. Voyez Général.

Il y a des instrumens universels pour mesurer toutes sortes de distances, de hauteurs, de longueurs, &c. que l’on appelle pantometres & holometres ; mais pour l’ordinaire ces instrumens, à force d’être universels, ne sont d’usage dans aucun cas particulier. Chambers.

Universel, adj. (Gnomon.) cadran solaire universel est celui par lequel on peut trouver l’heure en quelque endroit de la terre que ce soit, ou sous quelque élévation de pole que ce puisse être. Voyez Cadran.

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Étymologie de « universel »

Du latin universalis.
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Provenç. et espagn. universal ; ital. universale ; du lat. universalis, dérivé de universus (voy. UNIVERS).

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Phonétique du mot « universel »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
universel ynivɛrsɛl

Citations contenant le mot « universel »

  • L’universel n’existe pas, il n’existe que du particulier. De Michel Onfray / Evene.fr - Novembre 2006
  • Plus tu es proche de tes racines, plus tu peux être universel. De Jean-Michel Jarre / Keyboards en 1993
  • L’universel ne s’inscrit dans le monde qu’à travers la multitude des cultures. De Armand Abécassis / Evene.fr - Mars 2008
  • Il faut mettre du sucre partout, arrêtez la sucrette, vive le sucrage universel. De Alexandre Breffort
  • C'est par le malentendu universel que tout le monde s'accorde. De Charles Baudelaire / Mon Coeur mis à nu
  • Dieu n'est pas compatible avec les machines, la médecine scientifique et le bonheur universel. De Aldous Huxley / Le Meilleur des mondes
  • La vérité que cherche l'œuvre d'art, c'est la vérité universelle de ce qui est singulier. Michel Deguy, Fragment du cadastre, Gallimard
  • Il n'y a d'universel que ce qui est suffisamment grossier pour l'être. Paul Valéry, Mauvaises Pensées et autres, Gallimard
  • L'univers de chacun est universel. De Eugène Ionesco / Journal en miettes
  • Consensus universel : l'accord des "on". De Raymond Queneau
  • Plus c'est local plus c'est universel. De Fernando Tavora
  • Le peintre doit s’efforcer d’être universel. De Léonard de Vinci
  • Le public, c'est le suffrage universel en art. De Jules Renard
  • La misère a un caractère universel qui transcende les cultures. De Jim Fergus / Mille femmes blanches
  • La nature est un professeur universel et sûr pour celui qui l'observe. De Carlo Goldoni
  • La nature ne vise pas un but particulier mais un but universel. De Ralph Waldo Emerson
  • Le suffrage universel est le gouvernement d'une maison par sa nursery. De Otto von Bismarck
  • Ce présent amendement au document d'enregistrement universel a été déposé le 30 juillet 2020 auprès de l'Autorité des marchés financiers (l'« AMF »), en sa qualité d'autorité compétente au titre du règlement (UE) 2017/1129, sans approbation préalable conformément à l'article 9 dudit règlement. , Arkema : Amendement au Document d'enregistrement universel 2019 | Zone bourse
  • Le document d'enregistrement universel a été approuvé par l'AMF, en sa qualité d'autorité compétente au titre du règlement (UE) 2017/1129. , Avenir Telecom : Document d'Enregistrement Universel 2020 | Zone bourse
  • Dans l’ancien monde (de la Corse), avec ses minuscules 3,74% au premier tour, le candidat socialiste Benoit Hamon, coiffé au poteau par Jean Lassalle, n’imaginait pas que la grosse idée de sa campagne présidentielle allait y germer, croître et trouver une belle vigueur. Ces prochains mois, l’île pourrait être un territoire pilote pour tester le revenu universel, à en croire le vote de l’Assemblée de Corse du 30 avril qui a « approuvé le principe » de la « positionner comme territoire d’expérimentation », de l’aveu de son président de l’exécutif, l’autonomiste Gilles Simeoni. Marianne, Avec la crise sanitaire, la Corse de plus en plus tentée par le revenu universel
  • Cependant, le rapport de l'Assemblée de Corse reconnaît que cette somme sera encore « insuffisante pour assurer une vie décente et faire face à l'exclusion sociale ». À terme, l'objectif est d'atteindre un niveau de revenu proche du seuil de pauvreté, soit environ 1 000 euros par mois. Pour cela, les travaux de cette commission préconisent de « faire évoluer le mécanisme du prélèvement à la source institué début 2019 pour le remplacer par le calcul mensuel, par l'administration fiscale, d'une redistribution universelle combinant un transfert, de l'ordre de 500 euros, et un prélèvement sur tous les revenus, à un taux à ajuster de 30 à 35 % ». Le Point, Vers un revenu universel en Corse ? - Le Point
  • “Nous devons penser avec imagination à la solidarité entre la côte et l’intérieur.Le revenu universel répond notamment à ces défis” , Faisons du Pays Basque un territoire pionnier du revenu universel ! | MEDIABASK | MEDIABASK
  • Alexandre Grondeau J’établis cette comparaison afin de montrer comment ces deux personnages partis trop tôt (36 ans pour le Jamaïcain, 39 pour l’Argentin) sont devenus des héros universels appartenant au patrimoine historique de l’humanité et à la culture populaire internationale. Partout, vos interlocuteurs savent tout de suite de qui vous parlez quand vous prononcez le surnom « Che » ou juste le prénom « Bob ». Par leurs actes, leurs discours et leurs œuvres, les deux hommes sont devenus des figures symboliques des mouvements de lutte et de libération des révolutionnaires de la planète entière. L'Humanité, Bob Marley, l’insoumis universel | L'Humanité
  • La sauge, remède universel pour le corps et l'esprit The Good Life, La sauge, remède universel pour le corps et l'esprit
  • Deuxième chance. Porté en 2017 par Benoît Hamon lors de la présidentielle, le revenu universel a pâti en France de la déroute électorale du candidat du PS. Une expérimentation finlandaise peu concluante l’année dernière avait achevé de démoder ce vieux rêve, avant que les semaines de confinement et les premiers ravages de la crise lui offrent une seconde jeunesse, la glaciation soudaine de l’activité ayant mis en lumière la fragilité des conditions de vie de nombreux Français. Le Figaro.fr, Le coronavirus a remis le revenu universel au goût du jour
  • Le premier président taïwanais élu au suffrage universel en 1996 est mort jeudi 30 juillet à Taïpei à l’âge de 97 ans. En pleine tension avec la Chine, les hommages rendus à son héritage démocratique à Taïwan provoquent la colère de Pékin qui le qualifie de « traître à la nation chinoise ». La Croix, Mort de Lee Teng Hui, « père de la démocratie » taïwanaise
  • Des aventures au caractère universel qui ont nourri des imaginaires aussi divers que variés, du plus grandiloquent au plus intimiste, ouvrant un incroyable champ des possibles faits de dieux mythiques, de géants impitoyables et de nains teigneux. Le Monde.fr, La puissance universelle des légendes nordiques

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Traductions du mot « universel »

Langue Traduction
Anglais universal
Espagnol universal
Italien universale
Allemand universal-
Chinois 普遍
Arabe عالمي
Portugais universal
Russe универсальный
Japonais 普遍的
Basque unibertsala
Corse universale
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Synonymes de « universel »

Source : synonymes de universel sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « universel »

Universel

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