La langue française

Un

Sommaire

  • Définitions du mot un
  • Étymologie de « un »
  • Phonétique de « un »
  • Citations contenant le mot « un »
  • Images d'illustration du mot « un »
  • Traductions du mot « un »
  • Synonymes de « un »
  • Antonymes de « un »

Définitions du mot un

Trésor de la Langue Française informatisé

UN1, UNE, adj. numéral cardinal

I. − [Numéral cardinal indiquant l'unité]
A. − Empl. adj.
1. [Signifie que l'élém. de l'ensemble que désigne le subst. est unique] Ramasser un caillou (et non pas deux ou trois); une table et deux chaises; frapper une ou deux fois. Un joueur qui se croit la possibilité de se retirer quand il voudra, met une carte encore, puis encore une, et ne se lève que ruiné (Constant, Journaux, 1804, p. 124).
[Il peut être précisé que le nombre n'est pas atteint (on n'a pas trouvé un (seul) champignon), qu'il se limite bien à une unité (il n'y avait qu'un (seul) candidat), que l'unité n'est qu'un minimum (il avait au moins un complice; il a plus d'un tour dans son sac)] Les rênes filèrent entre les doigts, puis claquèrent d'un seul coup sec (Bernanos, Nuit, 1928, p. 17).
Fam. [P. ell. de liard, de sou dans être sans un liard, sans un sou] Être sans un. N'avoir pas d'argent. Et puis il y a l'une, y a l'autre qui rappliquent, qui disent qu'elles sont sans un (Colette, La Vagabonde, 1949 [1910], p. 60 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Pas un N [Suj. ou en tournure ell.; pour l'empl. pron., v. un3IV D] Pas un homme n'oserait se mêler à cette troupe (Mérimée, Carmen, 1845, p. 18).Pas un document, pas un témoignage, pas une seule petite pièce à conviction liant l'accusé-condamné à Treblinka (Le Monde, 10 juin 1992, p. 6, col. 3).
[En corrélation avec le pron. en] Combien en veux-tu?J'en veux un, une. Un empereur artiste, cela n'est pas concevable. Nous en avons eu un ou deux, bien entendu. Il y a des brebis galeuses partout (Camus, Caligula, 1944, I, 2 , p. 12).
2. [Le subst. déterminé par un désigne lui-même une quantité] Il fait vingt et un degrés; cela contient un litre; cela dure une heure.
[Le nombre peut être modulé par un adv. d'intensité] Cela a duré moins/plus d'une heure; cela a duré une heure au moins; cela prendra une heure ou plus. [Les exploitants] voient le redémarrage de l'installation [Superphénix] repoussée à plusieurs mois, sinon à un an ou plus (Le Monde, 1erjuill. 1992, p. 11, col. 5).
[Le nombre peut être fractionné ou suivi d'un nombre fractionnaire] Un demi-litre, un litre et demi. J'ai accepté mes lacunes, que pendant une heure et demie j'ai mesurées, ah! (Montherl., Olymp., 1924, p. 296).Grâce à son puissant battement de pieds, Evgueni Sadovyi semblait nager en souplesse à une demi-longueur pour mieux observer ses adversaires (Le Monde, 31 juill. 1992, p. 9, col. 3).
3. En partic. [Le numéral indique l'heure qu'il est] Il est une heure. Le premier acte se passe entre une heure et trois de l'après-midi (Martin du G., Taciturne, 1932, I, p. 1246).
[Une fraction d'heure peut être ajoutée ou soustraite] Il est une heure moins le quart, moins vingt-cinq; il est une heure et quart, une heure et demie; il est une heure une (minute). Viens donc vers cinq heures un quart un de ces jours (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1901, p. 380).
C'était/il était moins une! [Expr. fam. par laquelle on souligne qu'un événement a été évité de justesse] Rassurez-vous, nous sommes arrivés à temps (...).Mais c'était moins une, articula Simon d'une voix pâteuse (Y. Ellena, Prêcheur en eau trouble, 1988, p. 234 ds Bernet-Rézeau 1989).C'est moins une que. [Marque l'imminence] C'est moins une qu'on se la paye en beauté! (B. Blier, Les Valseuses, Paris, J'ai lu, 1989 [1972], p. 404).
B. − Empl. nom. Une unité. Parier à dix contre un; plus un; moins un; examiner les problèmes un par un. Leur troupeau [des soldats] fatigué fut partagé en petits groupesun par compagnie (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 6).Mais l'on donne maints exemples de l'impéritie et de l'absence de mordant de l'armée américaine, tournant le dos à la moindre menace et se refusant à la lutte aussi longtemps qu'ils ne se sauront pas vingt contre un (Gide, Journal, 1943, p. 163).
[En comptant, pour permettre de commencer une action de manière coordonnée] Le fils Mercier disait « un, deux » puis il embouchait son piston (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 171).Nous attaquons, Monsieur Lebonze, nous attaquons! Vous y êtes? Une, deux, trois (Anouilh, Sauv., 1938, I, p. 138).
Ne faire ni une ni deux. V. deux I A 1.
II. − [Empl. comme numéral ordinal, pour numéroter et non pour quantifier] Acte un, chapitre un, page un; l'An un de la République.
Numéro un, loc. adj. et subst. V. numéro A 3.
P. ell. [Pour désigner un acte, une formation militaire, etc., par son numéro] J'ai assez fait des pièces à féerie. J' connais les remue-ménage: en scène pour le un! (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 13).Qu'est-ce que c'est comme division ici? (...) - La soixante et une, dit un type de mauvaise grâce (Sartre, Mort ds âme, 1949, p. 146).
[Dans une argumentation, annonce ou souligne le premier argument, le premier point] Je n'en peux plus... Et tenez, d'abord, une : si c'est pour pas toucher à mon haricot, inutile que je vous le monte au cinquième, avec les varices que j'ai (Bernanos, Imposture, 1927, p. 484).Maintenant, autre chose. Un garçon de ton âge doit commencer à se défier des dames de la rue. Et d'un ! Écoute la suite. Défie-toi aussi des jeunes filles, oui, des très jeunes filles (Duhamel, Jard. bêtes sauv., 1934, p. 45).
Empl. subst. masc., JEUX DE HASARD, COURSES. Le numéro un. Synon. as.Miser sur le un; c'est le un qui sort.
Empl. subst. fém., JOURN. La première page d'un journal où sont mises en valeur certaines informations. Les titres de la une. De quoi faire crever de jalousie les petites nanas sophistiquées à la une des journaux (C. Paysan, Les Feux de la Chandeleur, Paris, Denoël, 1966, p. 133).V. page2ex. 4.
III. − [N. du nombre 1]
A. − [Empl. seul] Le portier de la maison (...) l'arrêta soudain.Hé, monsieur Schaunard, s'écria-t-il en barrant le passage à l'artiste, est-ce que vous n'y pensez pas? c'est aujourd'hui le 8. Huit et huit font seize, J'pose six et retiens un, fredonna Schaunard; je ne pense qu'à çà! (Murger, Scène vie boh., 1851, p. 20).Je suppose que l'on ait défini le nombre un et l'opération x + 1 qui consiste à ajouter l'unité à un nombre donné x (...). Je définis ensuite les nombres 2, 3 et 4 par les égalités (1) 1 + 1 = 2, (2) 2 + 1 = 3; (3) 3 + 1 = 4 (H. Poincaré, La Sc. et l'hyp., Paris, Flammarion, 1968 [1902], p. 33).
Un à zéro, un partout, deux-un, etc. [Annonce d'un point réalisé par l'un des deux partenaires d'une ou des deux équipes, dans une partie, dans un match] Au fig. Un à zéro. [Formule par laquelle on souligne que l'un des protagonistes d'une discussion ou d'une compétition prend l'avantage (d'apr. Bernet-Rézeau 1989)] MlleAmélie Leda entra dans le bureau du commissaire Lorenzetti avec la chemise du courrier. D'une volte habile, elle esquiva la tentative du commissaire de lui claquer les fesses et sortit en roulant des hanches. En franchissant le seuil elle annonça: « Un à zéro! » C'est qu'on était lundi. Tous les matins la même scène se reproduisait. On comptabilisait le score en fin de semaine (J. A. Lion, Histoires de femmes, 1991, p. 11 ds P. Rézeau, Pt dict. des chiffres en toutes lettres, Paris, éd. du Seuil, 1993, p. 40).
B. − [Entrant dans la formation d'autres noms de nombre]
[par l'adjonction de et un au nom des dizaines allant de 20 à 60 (vingt et un, trente et un, quarante et un, cinquante et un, soixante et un) et pour la dizaine 80, adjonction de un à quatre-vingts avec effacement de s et trait d'union (quatre-vingt-un)] Être sur son trente(-)et(-) un*.
[par l'adjonction de un aux centaines, milliers, dizaines de milliers et centaines de milliers (cent un, deux cent un..., mille un, neuf cent mille un), avec les combinaisons internes possibles p. ex. deux cent un mille deux cent vingt et un (201 221)] Les Mille et une nuits. J'entends d'ici les mille et une questions qu'ils adressent mentalement à l'auteur (About, Nez notaire, 1862, p. 11).Les plus grands princes, auxquels on tire cent un coups de canon pour leur ouvrir les idées en venant au monde, n'ont entendu que de la pauvre musique auprès de lui (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 235).
Prononc. et Orth.: [œ ̃], [yn]. Souvent [ε ̃]. Liaison avec ce qui suit: vingt et un hommes [œ ̃nɔm]; sans liaison, de un à dix [-œ ̃a-]. Sans liaison avec ce qui précède, cent un, livre un, un un, le un [sɑ ̃ œ ̃], [livʀ ə œ ̃], [œ ̃ œ ̃], [lə œ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Adj. numéral cardinal. 1. a) fin xes. expr. de l'unicité « qui est unique; un seul » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 273: En huna fet, huna vertet Tuit soi fidel devent ester; 303); ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 448: Set a mei sole vels une feiz parlasses; 531: Ad une voiz crient la gent menude); ca 1100 un sul mot (Roland, éd. J. Bédier, 22); b) id. expr. de l'unité (ibid., 972: Jusqu'a un an avrum France saisie; 2751: d'oi cest jur en un meis); c) ca 1165 expr. de l'identité (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. B. Constans, 5109: il furent andui [des personnes] d'un grant e d'une groisse e d'un semblant); ca 1170 (Rois, III, III, 18, éd. E. R. Curtius, p. 117: jo e ceste meschine avum mes en une maison); fin xiies. estre d'un eage (Floire et Blancheflor, éd. J.-L. Leclanche, 1299); 2. empl. pronom. a) α) ca 1100 par uns e uns « un par un » (Roland, 2190); 1160-74 e uns e uns (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 6404); xiiies. un a un (Benoît de Ste-Maure, Troie, 26251, var. M1); β) 1559 pas un « aucun » (Amyot, trad. Plutarque, Hommes illustres, Périclès, 12, éd. G. Walter, t. 1, 1959, p. 340); b) α) ca 1165 venir a un « se réunir, former un tout » en parlant de choses (Benoît de Ste-Maure, Troie, 16728); β) 1176 fig. se tenir a un en parlant de pers. « ne faire qu'un, être uni » (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 2793); 1180-90 estre a un de (aucune rien) « être d'accord pour » (Thomas, Tristan, fragm. Sneyd1, éd. B. Wind, 367); γ) 1532 ce m'est tout ung « cela m'est indifférent, peu m'importe » (Rabelais, Pantagruel, éd. V.-L. Saulnier, XIV, 24, p. 116); c) 1176-81 en doner une « donner un coup » (Chrétien de Troyes, Chevalier au lion, éd. M. Roques, 4210); 3. empl. nom. xves. « le chiffre qui note l'unité » ne pooir dire ung ne deux « perdre la parole par l'émotion » (Myst. St Clément, 137 b ds T.-L., s.v. deus); 1718 un un (Ac.). B. Empl. ordinal 1. 1222, janv. St-Omer (Charte, éd. M. Gysseling ds Scriptorium t. 3, 1949, p. 199: lan del incarnation [...] mil et deus cens et vinte un); 2. 1659 (Scarron, Virgile travesti, VIII, Lyon, Cl. La Rivière, 1664, p. 629: Enfin les nefs si bien voguèrent, Q'entr' une et deux, après midy); 3. a) 1811 lang. des comédiens le un « premier acte d'une œuvre » (d'apr. Esn.); b) 1890 journ. La une (ibid.); 4. 1812 « qui porte le numéro 1 » (Mozin-Biber). Du lat. unus, adj. numéral « un », d'ordinaire au sing., au plur. avec des subst. qui n'ont pas de sing. (una castra; in unis aedibus, Térence, Eun., 367) [empl. auquel corresp. l'a. fr. un2A 4]; fréq. relevé en rel. avec alter « autre, second » (una ex parte ... altera ex parte) et constr. avec un génitif partitif ou de, ex accompagnés de l'ablatif (unus e/de civibus; pastorum unus); empl. subst. masc.: « une personne » (ad unum « sans exception, jusqu'au dernier ») − ou neutre (in unum cogere « en un point, en un lieu »); signifie spéc. « un seul » masc. (unus adhuc fuit, cui ... Cicéron, Verr., 3, 81) − ou neutre (nihil dico praeter unum, Id., Sest., 8) [de là, un3]; de là, dans la lang. fam. un empl. proche d'un indéf. (Térence, Andr., 118: unam aspicio adulescentulam; Cicéron, De Or., I, 132: sicut unus paterfamilias loquor) qui devient plus fréq. à basse époque: Ecce princeps unus accessit (Matth. IX, 18); accessit ad eum una ancilla (ibid. XXVI, 69) [de là un2]. Unus exprime également, dans la lang. class., l'identité « même, le même » (uno tempore; una atque eadem causa) [de là, spéc. un1A 1 c], et p. ext., à basse époque « un, uni, en harmonie » (quoniam unus panis, unum corpus multi sumus, I Cor. X, 17), « unique (spéc. en parlant de Dieu) » (Ephes. IV, 6) [de là, spéc. un41-3], v. Vään., § 263. En a. fr., un art. indéf. réfère la notion du subst. à un obj. jusqu'alors non évoqué, sa valeur la plus cour. étant « un certain », tandis que l'absence d'art. montre le subst. dans son indétermination. Jusque vers le mil. du xiies., un manque gén. dans les cont. indéterminés, notamment dans les phrases nég., hyp., interrogatives. Bbg. Wilmet (M.). La Détermination nom. Paris, 1986, pp. 74-78.

UN2, UNE, art. indéf.

[Un(e) s'emploie devant un subst., dont il prend la marque en genre; il n'a pas de plur. morphol. L'art. un présuppose un ensemble d'élém. qui ne peut être vide. Cet ensemble ne peut pas non plus se réduire à un seul élém.: d'où l'impossibilité de faire commuter un avec le dans des phrases comme celles-ci: La lune se montra; la raison le commande; le président lève la séance; le plus étonnant est que...; le plus beau des quatre est...; il a l'impression que... Le fait que un présuppose un ensemble d'élém. a pour conséquence que le contenu du syntagme nom. n'est pas suffisant pour l'identification de l'obj.; le locuteur présume que l'interlocuteur n'est pas en mesure, en s'appuyant sur ce seul contenu, de dire de quel obj. précis il s'agit]
I. − [Un N désigne un « individu » (au sens logique), un élément; il est l'objet d'une opération d'extraction: un élément x est extrait de l'ensemble X des x]
A. − [Le suj. désigne une réalité nombrable]
1. [Empl. spécifique. J'ai acheté un livre pour enfants. Ce qui est dit est vrai d'un seul livre, pris sur l'ensemble des livres pour enfants. Certes, p. oppos. à le livre, ce livre n'appartient pas encore au thème de l'énoncé; il est indéterminé, mais il s'agit d'un livre précis] En arrivant dans la vigne, j'aperçus quelqu'un, un homme je crois, qui s'éloigna rapidement (Bosco, Mas Théot., 1945, p. 78).Le problème, lui a en substance rétorqué un juge [de la Cour Suprême d'Israël siégeant le 8 juin 1992], est que si cette fois vous avez un document, vous n'avez pas un seul témoignage sur ce que l'accusé pouvait bien faire dans ce camp (Le Monde, 10 juin 1992, p. 6, col. 3).
[Dans la constr. d'un univers de fiction] Au bord d'un chemin, sur un tas de hardes, un tout petit enfant, assis les jambes ouvertes, jouait avec une pomme de terre qu'il laissait parfois tomber dans sa robe, tandis que cinq femmes, courbées et la croupe en l'air, piquaient des brins de colza dans la plaine voisine (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Père Amable, 1886, p. 212):
1. Il y a des petits ponts épatants Il y a mon cœur qui bat pour toi Il y a une femme triste sur la route Il y a un beau petit cottage dans un jardin Il y a six soldats qui s'amusent comme des fous. Apoll., Œuvres poét., Poèmes à Lou, Paris, Gallimard, 1962 [1915], p. 423.
[Par procédé styl., un au lieu d'un déterm. déf. normalement attendu, provoque une distanciation et manifeste la présence du narrateur] [Jean Péloueyre] s'adressa à lui-même de pitoyables paroles: « Sors, promène-toi, pauvre Jean Péloueyre! » et il caressait de la main une mâchoire mal rasée (Mauriac, Baiser Lépreux, 1922, p. 147).
Rem. Un groupe nom. de la forme le N de un N est indéterminé. La fille d'un voisin. Au coin du sentier qui tourne en remontant à la maison que j'habite, il y a un cabaret établi dans le creux d'un arbre énorme (Nerval, Voy. Orient, Paris, Flammarion, t. 2, 1980 [1851], p. 10). À la fin d'une brûlante journée de juin 1914, j'étais assis au bord de l'Oronte dans un café de l'antique Hamah, en Syrie (Barrès, Jard. Oronte, 1922, p. 1).
2. [Empl. « potentiel »: Pierre veut épouser une Suédoise (sans en connaître une en particulier, mais parce qu'il adore les grandes blondes); l'« individu » en cause a un caractère virtuel, potentiel] Elle s'enfermait ainsi, de crainte qu'une dame de ses amies, aussi pauvre qu'elle mais aussi fière, vînt la surprendre (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 5).
3. [Empl. générique: Les illustrations sont importantes dans un livre pour enfants. Le prédicat est valable pour un élém. quelconque de l'ensemble des livres pour enfants. Il s'agit d'une opération distributive, elle s'applique à tous les élém. pris un à un. Un signifie « un quel qu'il soit »] Quant aux « précautions » annoncées par le ministre, les Verts demeurent sceptiques, persuadés qu'une « autoroute écologique exemplaire, ça n'existe pas »! (Le Monde, 18 juill. 1992, p. 24, col. 6).
En partic.
a) [Type définitoire ou dénom.] Une baleine est un mammifère. Qu'est-ce qu'un pithécanthrope? Avant de regagner Frapesle, je regardai Clochegourde et vis au bas une barque, nommée en Touraine une toue, attachée à un frêne, et que l'eau balançait (Balzac, Lys, 1836, p. 54).
b) [Type une femme est une femme; le tour sélectionne parmi les prédications universelles possibles, un trait typique du comportement féminin: volonté de plaire, versatilité, capacité de dévouement, etc.] Chose étonnante, lui qui se montrait si profondément choqué par les chamailles des Wasselin, il ne pouvait admettre qu'une colère est une colère, un cri un cri (Duhamel, Notaire Havre, 1933, p. 124).
B. − [Par recatégorisation comptable d'un subst. massif]
[Le subst. désigne un obj.: du verre → un verre]
[Le subst. désigne une quantité mesurable: de la bière → une bière] Commander un café, une eau minérale; acheter un fromage. Il nous invitait à boire un verre dans quelque arrière-boutique de boulanger, et commandait d'autorité: « Trois thés ». « Non, je prendrai une limonade » disait Poupette (Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p. 328).
C. − [Le subst. est un subst. d'action]
1.
a) [Le subst. désigne un acte, un procès envisagé spécifiquement ou génériquement] Une contraction, une infiltration, un paiement, une parade, un parcours difficile, un parjure, un passage, une passe, un parrainage, un partage, une peinture moderniste, une récompense, une remontrance, un retour à la scène, une rétribution, un séjour, une sélection, une sensibilisation de l'opinion, une séparation, un service, un versement. Cette sympathie, qui permet sinon la restitution, du moins une restitution de ce qui est disparu, est de l'ordre de l'affectif, ou de l'idéologique, ou des deux ensemble (F. Furet, L'Atelier de l'histoire, 1982, p. 24).
b) [Le subst., constr. par un verbe-support, a la valeur d'un subst. d'action] Faire une bêtise, un cauchemar, un faux pas, un marché de dupe, un pas de clerc, une promenade, une sortie, un tour en bateau, une tournée, un sermon, un voyage; accomplir un exploit; commettre un crime, une imprudence; conclure un marché; exercer une pression sur qqn, suivre une cure, un régime. Vous m'étonnez, la chance doit être contre moi. Je vais me faire une réussite... une réussite express (Achard, Voulez-vous jouer, 1924, i, 3, p. 37).Nous décidâmes qu'un petit tour en bateau, avant le déjeuner, ça nous distrairait (Céline, Voyage, 1932, p. 490).
2. [P. méton., le subst. désigne une chose concr.] Un pansement, un passage, un patronage, une peinture. Rien à faire, c'est barré. Une séparation sans beaucoup d'épaisseur peut-être, mais plus résistante qu'un mur (Ramuz, A. Pache, 1911, p. 197).
II. − [Un N désigne une classe ou une sous-classe de N]
A. − [En tournure attributive]
1.
a) [Un élém. déterminé est mis dans un rapport d'identité ou d'inclusion avec un N]
[Choses] Ce monastère va devenir une papeterie (Claudel, Pain dur, 1918, p. 412).L'auto, un fort cabriolet huit cylindres, couleur havane, laminait sous ses larges pneus les flaques de boue, en jaillissements sales (Van der Meersch, Empreinte dieu, 1936, p. 7).
[Pers.] Paul est un cavalier accompli, un enseignant, un fraudeur, un héros, un imposteur, un ivrogne, un plaisantin, un sage, un salaud, un vrai saint, un serpent; cet insatisfait n'est pas un révolté. Elle restait une Marie-Antoinette au nez autrichien, au regard délicieux, conservée, embaumée grâce à mille fards adorablement unis qui lui faisaient une figure lilas (Proust, Temps retr., 1922, p. 979).Ensuite, j'ai vu le directeur: il m'a reçu dans son bureau. C'était un petit vieux, avec la Légion d'honneur (Camus, Étranger, 1942, p. 1126).
b) [Le suj. a une valeur générique, un N désigne une classe taxinomique] La baleine est un mammifère; le rhume est une maladie. Hier, je l'entendais discourir en géographie, puis poser des questions:Qu'est-ce qu'une mer? Un chœur unanime et chantant répondait:Une mer est une grande étendue d'eau salée (Frapié, Maternelle, 1904, p. 47).
2. [Comme procédé descriptif] Vous souvenez-vous qu'un soir, en revenant de Saint-Germain, je vous ai décrit Gandumas. C'est un pays beau et triste (Maurois, Climats, 1928, p. 14).
[Avec reprise du subst.] La façade principale, sur la rue de l'hospice, était une façade à perron double, noircie, à grandes fenêtres et sans grâces (Colette, Mais. Cl., 1922, p. 8).La porte du coin était une magnifique porte à deux battants (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p. 7).
[Avec réf. à la situation] Pour des riens, il vous étrangle... C'est pas une vie (Céline, Voyage, 1932, p. 12).Ce serait un joli matin pour partir pour la chasse, déclara Gastaldi (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 7).
Fam. Tu parles, vous parlez d'une, d'une... V. parler1II A 1 a.
3. [Avec un subst. qui désigne une réalité massive] Le cantal est un fromage. Le sang est un tissu, comme tous les autres tissus. Il se compose d'environ 30 000 milliards de globules rouges, et de 50 milliards de globules blancs (Carrel, L'Homme, 1935, p. 89).
B. − [Avec un compl. déterminatif ou un adj. épith.]
Rem. Le subst. peut désigner une réalité comptable: Peugeot fabrique un moteur à injection qui... (non pas un objet individuel, mais un modèle, un type). Mais cet effet de sens se réalise surtout avec des subst. qui désignent une réalité massive (une huile digeste « une sorte d'huile qui est digeste »), une réalité abstr. (un courage exemplaire « une sorte de courage qui est exemplaire »), ou encore qui entre dans des loc. verb. (il fait froid → il fait un froid terrible).
1. [Le subst. désigne une réalité massive (concr.)] Une huile végétale, une eau minérale fluorée.
En partic. [Le subst. désigne un élém. naturel ou un phénomène atmosphérique] Une eau glacée, boueuse; un air pollué; un soleil blafard, un soleil d'hiver; un vent violent. À droite, la nuit commence à cacher les collines, à gauche, descend un soleil jaune soufre (Morand, New-York, 1930, p. 5).La lumière vive, intense, aveuglante, pénètre à flots dans la chambre (...). Une lumière vive, aveuglante, une immense nappe scintillante déferle dans la chambre, bute sur les cloisons nues (Cl. Ollier, Le Maintien de l'ordre, Paris, Flammarion, 1988 [1961], p. 200).
2. [Le subst. désigne une réalité abstr. ou entre dans des loc. verb.]
a) [Le subst. désigne une propriété physique et les sensations qu'elle procure] Il fait froid/un froid de canard; il fait chaud/une chaleur à crever. L'air de la nuit circulait librement par les hautes et larges fenêtres et répandait une délicieuse fraîcheur en agitant une gerbe d'eau, jaillie d'un bassin de marbre au centre de la pièce (Barrès, Jard. Oronte, 1922, p. 18).
b) [Le suj. désigne un état physique, psychol. ou mor.] Avoir de l'appétit/un appétit d'ogre, avoir de la chance/une chance de tous les diables, avoir du charme/un charme fou, avoir confiance/une confiance absolue, avoir du courage/un courage à toute épreuve, avoir du goût/un goût sûr, avoir de la patience/une patience d'ange, avoir faim/une faim de loup, avoir peur/une peur bleue; éprouver de la tristesse/une tristesse profonde; prendre du repos/un repos mérité. Son regard exprimait une véritable détresse, l'anxiété d'une douleur physique, comme si le malheureux eût vainement cherché à suer sa haine (Bernanos, Imposture, 1927, p. 311):
2. Un jour de 1922 qu'il était en Chine (...), Albert Londres fut pris d'un doute existentiel. Que faisait-il là, dans ce pays en folie, ouvrant la fenêtre de sa chambre pour découvrir que «dehors tout était dégoûtant»? Le Monde, 19 juin 1992, p. 23, col. 1.
[En tournure exclam., un adj. qualificatif étant exclu] J'ai vu notre ami, hier, il était d'une gaieté, d'une jeunesse!... Un gamin! Oui, un vrai gosse (Blanche, Modèles, 1928, p. 4).
c) En partic. [Le subst. désigne une maladie; l'empl. de un n'est pas contraint par la détermination qualificative] Avoir un cancer, un rhume.
III. − Un(e) certain(e). V. certain1.
Prononc. et Orth.: [œ ̃], [yn], souvent [ε ̃]. Martinet-Walter 1973 [ε ̃] (10/17). Liaison en [œ ̃n-], un homme, un immense intérêt, un autre (Mart. Comment prononce 1913, p. 153, Fouché Prononc. 1959, p. 471). Dénasalisation: 1. [œn-] (Rouss.-Lacl. 1927, p. 179). Mart. Comment prononce 1913, p. 390, Grammont Prononc. 1938, p. 134, Fouché Prononc. 1959, p. 436, ne notent que [œ ̃n-]. 2. anciennement [yn-], un homme [ynɔm] (Fér. Crit. t. 3 1788, Littré). Mart., p. 390: ,,Si l'on ne dit pas u-nami, ce n'est pas une raison pour dire eu-nami``. Homon. (de une), hune. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Devant un nom commun 1. 881 désigne un être, une chose nettement individualisés par rapport à ceux appartenant à une même catégorie fém. régime (Ste Eulalie, 22 ds Henry Chrestomathie, p. 3: Ad une spede li roveret tolir lo chief); 937-52 masc. régime (Jonas, éd. G. de Poerck, 145: et preparavit Dominus un edre sore sen cheve; 155); 2emoit. xes. masc. suj. (St Léger, éd. J. Linskill, 227); fin xes. fém. suj. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 100); ca 1050 précède un poss. tonique (St Alexis, éd. Chr. Storey, 15: d'un son filz voil parler); ca 1100 précédé de l'art. déf. l'une meitiet (Roland, éd. J. Bédier, 1264); id. dans une phrase de tour nég., exprime une compar. péj., une estimation à une valeur dérisoire (ibid., 1666: Enprès sun colp ne quid qu'un dener l'escut vaillet; 3189; Trestuz les altres ne pris jo un guant), v. Moignet, p. 277; 2. 2emoit. xes. présente dans un récit un être particulier qui n'a pas encore paru dans un énoncé (St Léger, 55: Un compte i oth [...]; Ciel eps num auret Evrui); ca 1050 (St Alexis, 292: A la sameine qued il s'en dut aler, Vint une voiz treis feiz en la citet, Hors del sacrarie); 1130-40 (Wace, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 763: Une columbe de ciel vint Sor la verge que Josep tint); 3. ca 1100 désigne un représentant quelconque, indifférent, de l'espèce à laquelle il appartient (Roland, 1827: Si l'encaeinent [Guenelun] altresi cum un urs; 3153); 4. ca 1170 au plur., associé à des subst. impliquant un tout divisible en parties, une paire un esperons; gesir sor uns degrez (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 102; 374), encore relevé au xvies., v. Hug.; 5. 1534 devant un subst. qualifié par un adj. au superl. rel. une jument la plus enorme ... que feut oncques veue (Rabelais, Gargantua, XV, 8, éd. R. Calder et M. A. Screech, p. 103); 6. 1636 avec valeur d'adj. poss. (Corneille, Cid, I, 6: Il faut venger un père et perdre une maîtresse); 7. 1668 avec valeur emphatique devant un subst. qualifié par un adj. (Molière, Avare, III, 5: Voilà une belle merveille de faire bonne chère avec bien de l'argent!). B. Devant un nom propre 1. 1534 présente la pers. comme inconnue « un certain, un nommé » (Rabelais, op. cit., XVIII, 69, p. 122: allegant l'autorité d'ung Taponnus - je faulx: c'estoyt Pontanus [J. J. Pontan, humaniste ital. xves.]); 2. 1559 met en relief avec emphase ou mépris (Amyot, trad. Plutarque, Hommes illustres, Compar. d'Alcibiade avec Coriolan, 7, éd. G. Walter, t. 1, p. 522); 3. 1674 rattache une personne célèbre à une catégorie supposée de personnages comparables (Boileau, Art poétique, III, ds Œuvres, éd. Fr. Escal, 1966, p. 171: N'allez pas d'un Cynous nous faire un Artamène), v. aussi Don Juan, Harpagon, Jocrisse... V. un1. Bbg. Blanchon (J. A.). L'Art. indéf. sing. Centre Interdisciplinaire d'Ét. et de Rech. sur l'Expr. contemp. Trav. 22. Explorations ling. et styl. St-Étienne, 1978, pp. 49-56. − Carlier (A.). Généricité du syntagme nom. suj. et modalités. Trav. Ling. Gand. 1989, no19, pp. 33-56. − Corblin (F.). Indéfini, défini et démonstratif... 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UN3, UNE, UNS, UNES, pron.

I. − [Un(e) + déterm. partitif plur. ou groupe pronom. introd. par de (ou parfois d'entre)]
A. − [(L')un(e) + déterm. partitif plur.]
1. (L')un(e) des.[L'art. l' est présent dans une proportion d'environ un tiers des occurr.; sa présence semble manifester, dans certains cas, que l'un(e) des est considéré comme un déterm. déf.; dans d'autres, il s'agit d'une var. styl. littér.]
a) Un(e) des.Mourir est une des clauses du contrat de la vie (Jouy, Hermite, t. 5, 1814, p. 204).Elle s'était plantée devant une des glaces, l'air désemparé (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 11).
b) L'un(e) des.On courut à l'une des fenêtres de la grand'salle pour regarder (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 125).La France, toujours selon l'INSEE, est l'un des champions européens de la possession d'automobiles: en 1989, 75 % des ménages français étaient propriétaires d'un véhicule (Le Monde, 24 juill. 1992, p. 21, col. 5).
2. (L')un(e) de + déterm. poss.[La présence de l' est beaucoup plus rare: dans une proportion de un à dix environ]
a) Un(e) de + poss.« (...) que j'aurai de plaisir à la lire! » répondit Sara, en pressant une de mes mains dans les siennes (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p. 14).J'ai eu le malheur, pour faire passer tout le chiroubles, de boire un de leurs sacrés cafés (Chr. de Rivoyre, Les Sultans, Paris, Grasset, 1964, p. 131).
b) L'un(e) de + poss.Elle s'arrêta, posa l'une de ses mains sur son front (Balzac, Lys, 1836, p. 81).Mais oui, fit Célia, c'est seulement l'un de vos rôles, celui d'aventurier alerte (P. Moinot, Le Sable vif, Paris, Gallimard, 1963, p. 36).
3. (L')un(e) de ces.[L'art. l' n'est présent que dans une proportion de un à dix environ]
a) [Le dém. est anaphorique]
Un(e) de ces.À vingt pieds d'élévation au-dessus de la base d'une de ces tours, régnait un parapet en granit (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 52).
L'un(e) de ces.Un escalier, serpentant dans l'une de ces tours, établissait des relations entre la salle des gardes et l'étage supérieur (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 64).Et soudain, relaxe ou évasion, le miracle biblique qui fit d'eux des rescapés, de vivants fantômes. L'un de ces fantômes, bien des années plus tard, se résolut à aller voir Nuit et brouillard (Le Monde, 12 juin 1992, p. 27, col. 5).
b) [Le dém. introd. une prop. déterminée par une rel. ou par d'autres procédés, notamment des tours compar.]
Un(e) de ces.En ce moment, nous passions devant une de ces ruelles étroites comme il y en a tant à Séville (Mérimée, Carmen, 1845, p. 36).On dirait encore une de ces robes étranges de danseuses (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 107).
L'un(e) de ces.Elle me jeta l'un de ces regards incisifs qui ressemblent au cri d'un malade touché dans sa plaie (Balzac, Lys, 1836, p. 116).C'était l'un de ces rares endroits à Paris où il pouvait arriver, certains jours d'automne, après la pluie, que montât du sol une odeur, presque puissante, de forêt, d'humus, de feuilles pourrissantes (G. Perec, Les Choses, 1965, p. 18).
c) [Tour hyperb. fam. du type j'ai une de ces faims! Il fait un de ces temps! « La suspension des caractérisants simule une impuissance (...) du locuteur (...) [à trouver] l'épithète adéquate et traduit par contrecoup une qualité superlative » (M. Wilmet, La Détermination nom., 1986, p. 175). On tend à combler l'incomplétude de la phrase par des énoncés du genre « ... comme je n'en ai jamais vu ou connu ». Cf. aussi les tours: Il fait une chaleur! Il y a de ces hasards! La mémoire vous joue de ces tours!] La moutarde me monte au nez, et je lui allonge une raclée, mais une de ces raclées! (Moselly, Terres lorr., 1907, p. 102).Il repique dans une de ces rages!... Il me balance un de ces coups de coude! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 669).
Fam. [Type à un de ces jours; annonce un événement probable et proche, mais sans précision] Moi qui pensais toper les oiseaux là-bas un de ces jours! (Pourrat, Gaspard, 1925, p. 211).
Rem. 1. Dans ce tour, les subst. masc. variant à l'oral restent au sing.: J'ai un de ces mal de tête! J'ai un de ces travail! J'ai eu un de ces mal à terminer! 2. On a parfois le tour indéf. quelqu'un(e) de : J'ignore si quelqu'une des trois statues d'Isis du musée de Naples aura été retrouvée dans ce lieu même [Pompéi], mais je les avais admirées la veille (Nerval, Filles feu, Isis, 1854, p. 655). Il m'arrivait (...) de faire trébucher de son piédestal, d'un trait méchant, quelqu'une de ses idoles aristocratiques (Gracq, Syrtes, 1951, p. 40). Louise risquait à tout moment d'accrocher quelqu'une des toiles dont l'atelier était encombré (Camus, Exil et roy., 1957, p. 1634).
B. − (L')un(e) de + pron., l'un(e) d'entre + pron.
1. (L')un d'eux, (l')une d'elles; (l')un de ceux, (l')une de celles
a) [Avec l', cas le plus fréq.] Pour voir le jeune homme, toutes les beautés s'étaient rapprochées, comme des biches si l'on apporte à l'une d'elles un gâteau (Barrès, Jard. Oronte, 1922, p. 50).Il était pourtant l'un de ceux qui avaient lutté contre elle le plus lucidement et avec le plus d'acharnement (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 206).
b) [Sans l'] Un de ceux qui assistaient à la scène dit quelque chose comme « Espèce de salaud » (Cl. Simon, La Route des Flandres, Paris, éd. de Minuit, 1960, p. 217).Thomas Pezner cherche un beau mensonge, un de ceux qu'on croit toujours (R. Sabatier, Le Chinois d'Afrique, Paris, Albin Michel, 1966, p. 199).
2. [Gén. avec l'] L'un d'entre eux, l'une d'entre elles. Joseph ne remarqua que l'un d'entre eux qui se tenait un peu en avant, le poing sur la hanche et les jambes écartées (Green, Moïra, 1950, p. 16).
II. − En... un(e). [Le pron. en est le représentant d'un antécédent; un(e) a les mêmes valeurs que l'art. indéf. un(e)]
A. − [L'ensemble auquel se réfère en désigne deux ou plus de deux élém.; un(e) indique qu'un élém. a été sélectionné] S'il y a des sorcières, cette fille-là en était une ! (Mérimée, Carmen, 1845, p. 38).Je les connais et je ne me fais pas d'illusion, je vous jure. Mais je croyais tout de même qu'il s'en trouverait un pour me tendre la main (Sartre, Mort ds âme, 1949, p. 35).
[Comme pour le cardinal, le nombre un peut être relativisé] On n'en a pas retrouvé un d'intact; je n'en ai eu qu'un, qu'un seul; il en faudrait plus d'un, au moins un, etc. C'était là que logeaient les prisonniers de Nohfelden, une trentaine d'hommes employés sur la voie ferrée, qui malgré nos appels ne semblaient pas se soucier de notre existence. Il n'y en eut qu'un pour nous jeter à la hâte par la porte entr'ouverte (...) quelques rogatons de pain et de fromage (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 83).
[La sélection peut être réitérée] J'ai des plans pour la vie de quarante empereurs, j'en fais un tous les matins et un tous les soirs (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 164).
[Chaque élém. peut être opposé à un autre] Je te dirai que, des deux dames, il en est une qui me plaît beaucoup, et l'autre beaucoup aussi (Nerval, Pandora, 1855, p. 741).
[La sélection peut concerner un nombre non précisé, par le recours à un certain nombre, un petit/grand nombre] Après avoir compté les cigares du paquet que j'avais mis entre ses mains, il en choisit un certain nombre (Mérimée, Carmen, 1845, p. 27).
B. − [L'antécédent désigne un élém. unique]
1. [L'antécédent est un subst.]
a) [L'antécédent est déterminé par l'art. indéf. un; le groupe pronom. en reprend la valeur] Tu veux une pomme?J'en veux bien une.Tu as un stylo?Oui, j'en ai un. Les entrailles de la terre, notre seconde mère, nous enfanteront à l'éternité dont nous n'avons pas aujourd'hui la plus légère notion: nous y trouverons un soleil comme nous en trouvâmes un quand nous quittâmes le sein de notre première mère (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 623).Dans la chambre voisine il y avait une radio... mais il y en avait aussi une en bas, au café (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 113).
[Le groupe princ. oppose un élém. à celui que désigne l'antécédent] Quand un navire était las, il en montait un autre comme un cavalier impitoyable (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 182).
b) [L'antécédent est déterminé par un art. déf.; le groupe pronom. désigne un autre élém. de même sorte] Si la nature m'avait laissé le choix du moment où je devais lui payer ma dette, aurais-je pu en saisir un meilleur? (Jouy, Hermite, t. 5, 1814, p. 205).Le couteau en argent n'appartenait donc pas au domaine du cauchemar. Il en existait bel et bien un dans la maison, le même, sans doute, qui hantait le rêve de Lili (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p. 120).
c) [L'antécédent est déterminé par un poss.] Mon bonheur n'en sera-t-il pas un pour vous, comme le vôtre pour moi, si je vous vois jamais jouir d'un bonheur réel et durable, et non savourer des illusions trompeuses? (Karr, Sous tilleuls, 1832, p. 143).
2. [En réfère non pas à un antécédent mais à une pers. en gén.] Le soir, quand Charles rentrait, elle sortait de dessous ses draps ses longs bras maigres (...) et, l'ayant fait asseoir au bord du lit, se mettait à lui parler de ses chagrins: il l'oubliait, il en aimait une autre! (Flaub., MmeBovary, t. 1, 1857, p. 11).
En voici, en voilà un(e) qui. En voilà encore une, continua Marguerite en ôtant sa robe et en passant un peignoir blanc, en voilà encore une qui sait bien me trouver quand elle a besoin de moi (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 119).
3. [Dans des loc. figées ou fam. en a un antécédent implicite] V. en2II A 2.
En partic. En prendre/en tenir une... [Le pron. en représente cuite, biture, muflée ou tout autre nom fém. désignant un état d'ébriété] ,,S'enivrer/être complètement ivre`` (Bernet-Rézeau 1989, s.v. un). Il écouta les roulades d'un merle, regarda les hautes branches et la forêt se mit à tourner comme un manège. Le vin, le soleil... Victor à moitié endormi, scanda: « Mon neveu en tient une, mon neveu... » (R. Sabatier, Les Noisettes sauvages, Paris, Albin Michel, 1974, p. 167).
III. − L'un(e)/les un(e)s.[En oppos. avec autre(s)]
A. − L'un(e)... l'autre, les un(e)s... les autres.[L' dans chacun des groupes est le représentant, un et autre ont une fonction contrastive]
1. L'un(e)... l'autre.[Avec un antécédent désignant une paire d'élém.]
a) [Dans des tournures compar.] Ils se turent, aussi gênés l'un que l'autre par cette confession (Green, Moïra, 1950, p. 209).
b) L'un(e) et l'autre
[Le groupe est coréférent au suj. ou assure directement le rôle de suj.] Ils avaient, l'un et l'autre, des choses à se faire pardonner. L'un et l'autre triturons le souvenir d'une même tranche de temps (R.-V. Pilhes, La Rhubarbe, 1965, p. 106).Dans sa grande majorité, celui-ci [le monde enseignant] reposait sur deux ambitions: le socialisme et la laïcité. L'une et l'autre sont sévèrement déçues (Le Monde, 23 juill. 1992, p. 9, col. 4).
[Le groupe réfère au compl. d'obj. dir.] Comme si cette main d'homme les avait saisis l'un et l'autre, gel et flamme, et les avait unis dans une même étreinte (J.-M.-G. Le Clézio, Le Déluge, 1966, p. 280).
[À l'intérieur du syntagme nom.] Gérante des cachets astronomiques de l'une et l'autre étoiles, Marie (...) autorisait quelques folies et libéralités (H. Bazin, Bur. des mariages, 1951, p. 156).
c) L'un ou l'autre.De temps en temps, l'une ou l'autre murmurait à l'oreille de sa mère respective: « Quand est-ce qu'on s'en va? » (B. et Fl. Groult, Il était deux fois, 1968, p. 240).
[À l'intérieur du syntagme nom.] Une fois sur deux, car le curé chargé d'une autre paroisse, chantait alternativement sa grand'messe dans l'une ou l'autre commune (H. Bazin, Bur. des mariages, 1951, p. 212).
[Le groupe est suivi d'un syntagme nom. partitif] Entretenir des relations intimes avec l'un ou l'autre des conjoints (Sagan, Bonjour tristesse, 1954, p. 152).
d) [Dans certaines oppos., la présence de l' devant un n'est pas nécessaire] Il y a en moi deux personnes, dont une, observatrice de l'autre, et sachant bien que ses mouvements convulsifs doivent passer (Constant, Journaux, 1804, p. 76).On nous lâcha d'abord dans un bain japonais, sorte de vaste évier à deux bacs, un pour le lavage et l'autre pour le rinçage (B. et Fl. Groult, Il était deux fois, 1968, p. 200).
[Tour du type d'une main... de l'autre; avec des subst. désignant une paire d'éléments ou une réalité double] D'un côté, de l'autre; aller d'un extrême à l'autre. Sur une moitié des champs le coucher s'éteignait; au-dessus de l'autre était déjà allumée la lune qui bientôt les baignait tout entiers (Proust, Temps retr., 1922, p. 691).Joseph vit un gros homme jovial et de manières simples, assis dans un fauteuil à pivot qu'il faisait tourner dans un sens et dans l'autre avec une rapidité subite (Green, Moïra, 1950, p. 14).
2. L'un... l'autre.[Avec un antécédent désignant une pluralité d'élém.] Il va de l'un à l'autre, serrant les mains.
L'un ou l'autre. [Mohamed Boudiaf] disparu, il ne reste plus, formellement, aux commandes de l'État, que trois civils dont on voit mal qu'ils puissent, l'un ou l'autre, disposer de l'autorité nécessaire pour engager l'Algérie sur la voie du « changement radical » (Le Monde, 2 juill. 1992, p. 1, col. 4).
L'un ou l'autre des, de ces... Vous pouviez vous confier à l'un ou l'autre de vos nombreux amis (R.-V. Pilhes, La Rhubarbe, 1965, p. 134).
L'un ou l'autre d'entre eux. Il arrivait parfois que l'un ou l'autre d'entre eux, à la suite d'incidents plus ou moins fortuits, de provocations larvées, de mésententes à demi-mot, semât la discorde au sein du groupe (G. Perec, Les Choses, 1965, p. 44).
[Dans les tours du type aller d'une ville à l'autre] Les bergers de Patagonie vont, sans se presser, d'un troupeau à l'autre: il allait d'une ville à l'autre, il était le berger des petites villes (Saint-Exup., Vol Nuit, 1931, p. 81).
3. Les uns... les autres (ou d'autres, d'aucuns, la plupart, etc.)
a) [L'antécédent désigne ou implique une pluralité indéf. d'élém.]
[Avec un antécédent explicite] Et les arbres, selon qu'ils étaient plus ou moins exposés aux rayons, parurent les uns noirs, les autres verts, ou roses ou dorés (Karr, Sous tilleuls, 1832, p. 51):
1. ... nous étions désormais autorisés à recevoir les journaux de zone occupée. Les uns s'intéressaient aux sports, les autres aux nouvelles de leur province, d'aucuns à la vie parisienne et au mouvement intellectuel mais tous étaient sollicités par ce qui se passait en France, et les abonnements affluèrent. Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 138.
[Sans antécédent explicite] Les uns dépensaient, les autres gagnaient, les uns et les autres également joyeux (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 72).Mais là où les uns voyaient l'abstraction, d'autres voyaient la vérité (Camus, Peste, 1947, p. 1292).
b) [Chacun des groupes pronom. réfère à des antécédents distincts] Nous étions en guerre; je fis trois campagnes; je passai deux hivers en bonne garnison; et, grâce aux fatigues des unes et aux plaisirs des autres, je revins au manoir paternel, si maigre et si changé, que mes parens eurent peine à me reconnaître (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 177).Sire, dit alors maître Ogier, permettez que je déduise de ceci une affabulation. Ces passereaux sont vos nobles, cette vigne est le peuple. Les uns banquètent aux dépens de l'autre (Bertrand, Gaspard, 1841, p. 144).
B. − L'un(e) l'autre, l'un(e) + prép. + l'autre; les un(e)s les autres, les un(e)s + prép. + les autres.[Outre la partition, existe un rapport de distributivité]
1. L'un(e) l'autre, l'un(e) + prép. + l'autre
a) [L'un(e) et l'autre ont chacun pour antécédent une entité]
[Type Paul et Marie courent l'un vers l'autre; le groupe pronom. réciproque réfère au suj.; en constr. trans., Paul court vers Marie et Marie court vers Paul] Ils avancent l'un vers l'autre avec une extrême circonspection (Achard, Voulez-vous jouer, 1924, i, 3, p. 64).
[Type Paul et Marie se regardent l'un l'autre; le groupe réfère au suj. d'un verbe pronom. réciproque; en constr. trans., Paul regarde Marie et Marie regarde Paul] Par un hasard heureux, le vicomte Cléna et mademoiselle Clarence se trouvèrent l'un contre l'autre, un peu serrés, peut-être (A. France, Île ping., 1908, p. 336).Valdès avait entraîné Claude vers les rochers sur lesquels ils prirent pied et se hissèrent en s'aidant l'un l'autre (P. Moinot, Le Sable vif, Paris, Gallimard, 1963, p. 112).
[Type on ne les voit jamais l'un sans l'autre; le groupe réfère au compl. d'obj. dir.; en constr. trans., on ne la voit jamais sans lui, on ne le voit jamais sans elle] Il roulait doucement l'une dans l'autre ses mains grassouillettes, comme s'il les eût savonnées (Martin du G., Thib., Pénitenc., 1922, p. 689).
[Type l'amour de l'un pour l'autre; c'est la nominalisation de ils s'aiment] Un amour qui (...), par une parfaite confiance de l'un dans l'autre, n'a fait que grandir (Maurois, Ariel, 1923, p. 293).
b) [L'antécédent désigne plus de deux élém.]
[Le groupe des pron. est lié au suj.] À l'endroit où le chat croque les petits, plusieurs mioches se sont vite serrés l'un contre l'autre (Frapié, Maternelle, 1904, p. 138).Des images toutes pareilles, une infinité d'images à la superposition exacte s'effeuillaient, glissaient indéfiniment l'une sur l'autre à toute vitesse sous mes yeux comme les pages d'un livre (Gracq, Syrtes, 1951, p. 202).
[Le groupe des pron. est lié au compl. d'obj. dir.] L'une après l'autre, j'ai jeté dans la bataille mes troupes les plus secrètes. Mes souvenirs véritables forcés dans leur réduit, vont se rendre et paraître au jour (Maurois, Climats, 1928, p. 14).
c) Loc. L'un dans l'autre. Au total, une chose compensant l'autre, ou d'autres. Quel bouge! Mais l'un dans l'autre c'était une bonne soirée, dit Henri (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 129).
2. Les un(e)s les autres, les un(e)s + prép. + les autres
[Type aimez-vous les uns les autres; le groupe réfère au suj.] Se haussant, tendant le cou, ils regardaient, les uns par dessus les autres (Pourrat, Gaspard, 1931, p. 269).Nous sommes une famille où l'on se tient les uns les autres (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 122).
[Type on les oppose les uns aux autres; le groupe réfère au compl. d'obj.] Il m'a fallu dix ans pour distinguer les unes des autres toutes ces figures blondes disant des choses parfaitement convenables (Stendhal, Souv. égotisme, 1832, p. 52).Et il jetait, dans sa bouche ouverte, les morceaux les uns après les autres (Zola, Assommoir, 1877, p. 735).
IV. − [Sans terme corrél.]
A. − [En liaison stricte avec un antécédent]
1. [Après dont]
a) Dont l'un(e)...Avec ses faubourgs populeux dont l'un, celui de Saint-Nicolas, étalait ses douze rues au soleil (Bertrand, Gaspard, 1841, p. 51).
[L'antécédent désigne une paire d'élém.] Il y avait deux livres, dont l'un, encore ouvert, montrait le dessin d'une branche d'armoise (Bosco, Mas Théot., 1945, p. 51).J'avais accepté ce jour-là de déjeuner chez deux garçons dont j'avais connu l'un chez un ami commun (M. Leyris, Fourbis, 1955, p. 161).
b) Dont un(e)...Des patriciens, dont un très âgé, sont groupés dans une salle du palais (Camus, Caligula, 1944, i, 1, p. 7).
2. [Dans des tournures à valeur oppos.] Il connaissait une maison tranquille (...), où des dames très complaisantes parlent toutes les langues, et une en particulier le français (Gide, Caves, 1914, p. 781).Les autres, c'est pour se faire baiser par les officiers, ou pour trouver un mari, même un avec une patte en moins (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 127).
B. −
1. Un(e) qui.Bélier, viens ici. Souffle sur ce petit homme pour qu'il soit, comme toi, un qui mène, un qui va devant, non pas un qui suit (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 266):
2. Ce n'était pas une qui éclatait de rire dans l'obscurité ni une qui montrait son genou sous la table ni une qu'on pouvait voir à la rivière; ce n'est pas elle qui au bal aurait dansé plus de trois fois, ou encore avec un autre que son frère pour cavalier! Jouve, Scène capit., 1935, p. 10.
[En fonction de compl. déterminatif] Dans l'ombre, Julia imite la longue et lente respiration d'une qui dort, paisible (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 222).Frédéric a la gueule d'un qui veut faire le salut de son âme (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 15).
2. Un(e) qui... c'est/c'était...Une qui était enragée contre Angélique, c'était la petite MmeMigeon (Aragon,Beaux quart.,1936,p. 128).Une dont je me souvenais bien, en particulier, à qui je gardais un joli chien de ma chienne, tiens, c'était « Mamie » (Bayon,Le Lycéen,1987,p. 232).
3. Encore un(e) qui...Et la même vieille voisine derrière sa fenêtre. « Encore une qui n'est pas claquée! » (Montherl., Lépreuses, 1939, p. 1490).
C. − L'un/l'une.Le maréchal de Broglie (...) eut deux filles. On lui proposait (...) de faire entrer l'une dans un chapitre (Chamfort, Caract. et anecd., 1794, p. 121).Oh! Moi, princesse, jamais un seul amour! Toujours deux ou trois au moins. C'est le seul moyen d'être tranquille, de ne pas trembler sur la perte de l'un (Goncourt,Journal, t.2,1878,p. 146).
[Suj. d'un verbe déclaratif] Ils s'arrêtèrent.T'es fait! cria l'un. Allons, suis-nous (Van der Meersch, Empreinte dieu, 1936, p. 65).Tarrou avait assisté à l'entretien de deux receveurs de tramways:Tu as bien connu Camps, disait l'un. − Camps? Un grand avec une moustache noire? (Camus, Peste, 1947, p. 1234).
De deux choses l'une. [Loc. annonçant une alternative] Et de deux choses l'une, ou bien nous aurons fait des déclarations exactes pour l'impôt sur le revenu, ou bien nous aurons dissimulé (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 206).
[Sans l'] Sur leur figure, pâlie et creusée de misère (...), on lisait je ne sais quoi de mauvais, de rétracté, ce passé de la bohème qui fait amer. Un, surtout, avait une vilaine tête taillée à la serpe, grossière et rude, de carrier (Goncourt,Journal, t.2,1878,p. 141).
D. − Pas un(e)
1. Pas un(e) de..., d'entre... Aucun, personne. Pas un de nous ne se refusait à l'aventure, mais j'ai vu des enfants pâlir avant de la tenter (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 52).Pas un d'entre nous ne serait capable d'une chose pareille, fit Thomas, les dents serrées, la voix rauque (Queffélec, Recteur, 1944, p. 48).
[Sans compl. en de] Pas un n'a levé les yeux sur mes fenêtres (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 281).Et maintenant il était enfermé dans ce bureau. Il regarda les autres: pas un qui ait seulement envie d'ouvrir la fenêtre (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 145).
2. Comme pas un(e) (fam.). Comme personne ne le fait ou ne l'est; p. ext., plus que n'importe qui, plus que tout autre. Et avec ça soiffeur comme pas un (Aragon,Beaux quart.,1936,p. 33).Il est pourtant pétochart comme pas un ; mais il se domine (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 10).
E. − Plus d'un(e). Plusieurs. Vous me direz que c'est dommage pour plus d'un, et j'en ai eu de la peine aussi, mais la chose se comprend bien (Aymé, Jument, 1933, p. 225).C'étaient des parasites éminemment conservateurs. Plus d'un, au demeurant, avant d'être un dilettante, avait été un homme utile (Romains, Hommes bonne vol., 1939, p. 27).
F. − Un chacun, tout un chacun. V. chacun II B.
Prononc. et Orth.: [œ ̃], [yn]. L'un et l'autre [lœ ̃ne-]. Souvent [ε ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Non précédé de l'art. déf. a) fin xes. empl. seul; sing.; phrase nég. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 216: Ad un respondre non denat); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 3955: Se uns escapet, morz ies e cunfunduz); ca 1200 plur.; évoque une collectivité; oppos. à autre (Renaud de Beaujeu, Bel inconnu, éd. G. Perrie Williams, 6000: Un perdent et autre gaaignent); b) fin xes. suivi de de partitif uns dels ladruns (Passion, 287, 317); c) ca 1050 en corrél. avec en partitif (St Alexis, éd. Chr. Storey, 228; Un en i out ki sempres vint avant); ca 1100 (Roland, 3951: Ja mar en vivrat uns!); ca 1100 suivi de a qui; oppos. à li altre (ibid., 3782: Un en i ad a qui li altre entendent); d) 1230-35 rappelle un subst. précédemment énoncé (Mort le roi Artu, éd. J. Frappier, 25, 36: quex armes avoit li chevaliers qui veinqui le tornoiement? − Damoisele [...] unes toutes vermeilles); e) fin xves. empl. nom. « un homme; quelqu'un » ung qui (Commynes, Mém., I, 2, éd. J. Calmette, t. 1, p. 11); 2. précédé de l'art. déf. a) en rel. avec li altres α) ca 1050 expr. de l'oppos. (St Alexis, 307: Li uns Acharies, li altre Anories out nun); ca 1100 (Roland, 1398, 3284); β) expr. de la réciprocité ca 1100 (ibid., 3886: Li uns requiert l'altre [cf. ca 1274, Adenet le Roi, Berte, éd. A. Henry, 162: S'aidoient li un l'autre]); ca 1100 (ibid., 369: parolet li uns a l'altre); 1130-40 [suivi de de partitif] (Wace, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 1218: L'un dels a l'altre comanda); ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 2132: Li uns contre l'autre s'adresce); γ) ca 1100 unis par un élément de coord. (Roland, 3477: Asez i moerent e des uns e des altres); 1559 l'un et l'autre; ni l'un ni l'autre, verbe au sing. (Aymot, trad. Plutarque, Hommes illustres, Theseus, 2, éd. G. Walter, t. 1, p. 2); 1629 l'un et l'autre, verbe au plur. (Corneille, Mélite, III, 3); cf. Vaug., p. 141: L'un et l'autre. On les met et avec le singulier et avec le pluriel [...] et il est également bien dit, l'un et l'autre vous a obligé et l'un et l'autre vous ont obligé; b) ca 1100 empl. seul (Roland, 3588: Josque li uns sun tort i reconuisset). V. un1.
STAT.Fréq. abs. littér. Un: 936 912. Une: 711 338. Uns: 9 789. Unes: 3 667. Fréq. rel. littér. Un: xixes.: a) 1 202 256, b) 1 409 461; xxes.: a) 1 412 451, b) 1 354 043. Une: xixes.: a) 888 299, b) 1 027 364; xxes.: a) 1 085 591, b) 1 063 914. Uns: xixes.: a) 17 043, b) 13 805; xxes.: a) 14 065, b) 11 231. Unes: xixes.: a) 7 240, b) 4 945; xxes.: a) 4 869, b) 3 837.
BBG.Gondret (P.). Les Pron. et déterminatifs indéf. ds les phrases nég. en fr. du 12es. au 16es. Thèse, Paris, 1980, pp. 22-25, 261-266. − Milner (J.-Cl.). Synt. et sém. du constituant réciproque l'un ... l'autre. Rech. sur l'anaphore. Groupe « Gramm. sc. du fr. ». Paris, 1984, pp. 35-67. − Quem. DDL t. 38. − Tamba-Mecz (I.). Un de ces ... Inform. gramm. 1981, no11, pp. 3-6.

Trésor de la Langue Française informatisé

UN1, UNE, adj. numéral cardinal

I. − [Numéral cardinal indiquant l'unité]
A. − Empl. adj.
1. [Signifie que l'élém. de l'ensemble que désigne le subst. est unique] Ramasser un caillou (et non pas deux ou trois); une table et deux chaises; frapper une ou deux fois. Un joueur qui se croit la possibilité de se retirer quand il voudra, met une carte encore, puis encore une, et ne se lève que ruiné (Constant, Journaux, 1804, p. 124).
[Il peut être précisé que le nombre n'est pas atteint (on n'a pas trouvé un (seul) champignon), qu'il se limite bien à une unité (il n'y avait qu'un (seul) candidat), que l'unité n'est qu'un minimum (il avait au moins un complice; il a plus d'un tour dans son sac)] Les rênes filèrent entre les doigts, puis claquèrent d'un seul coup sec (Bernanos, Nuit, 1928, p. 17).
Fam. [P. ell. de liard, de sou dans être sans un liard, sans un sou] Être sans un. N'avoir pas d'argent. Et puis il y a l'une, y a l'autre qui rappliquent, qui disent qu'elles sont sans un (Colette, La Vagabonde, 1949 [1910], p. 60 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
Pas un N [Suj. ou en tournure ell.; pour l'empl. pron., v. un3IV D] Pas un homme n'oserait se mêler à cette troupe (Mérimée, Carmen, 1845, p. 18).Pas un document, pas un témoignage, pas une seule petite pièce à conviction liant l'accusé-condamné à Treblinka (Le Monde, 10 juin 1992, p. 6, col. 3).
[En corrélation avec le pron. en] Combien en veux-tu?J'en veux un, une. Un empereur artiste, cela n'est pas concevable. Nous en avons eu un ou deux, bien entendu. Il y a des brebis galeuses partout (Camus, Caligula, 1944, I, 2 , p. 12).
2. [Le subst. déterminé par un désigne lui-même une quantité] Il fait vingt et un degrés; cela contient un litre; cela dure une heure.
[Le nombre peut être modulé par un adv. d'intensité] Cela a duré moins/plus d'une heure; cela a duré une heure au moins; cela prendra une heure ou plus. [Les exploitants] voient le redémarrage de l'installation [Superphénix] repoussée à plusieurs mois, sinon à un an ou plus (Le Monde, 1erjuill. 1992, p. 11, col. 5).
[Le nombre peut être fractionné ou suivi d'un nombre fractionnaire] Un demi-litre, un litre et demi. J'ai accepté mes lacunes, que pendant une heure et demie j'ai mesurées, ah! (Montherl., Olymp., 1924, p. 296).Grâce à son puissant battement de pieds, Evgueni Sadovyi semblait nager en souplesse à une demi-longueur pour mieux observer ses adversaires (Le Monde, 31 juill. 1992, p. 9, col. 3).
3. En partic. [Le numéral indique l'heure qu'il est] Il est une heure. Le premier acte se passe entre une heure et trois de l'après-midi (Martin du G., Taciturne, 1932, I, p. 1246).
[Une fraction d'heure peut être ajoutée ou soustraite] Il est une heure moins le quart, moins vingt-cinq; il est une heure et quart, une heure et demie; il est une heure une (minute). Viens donc vers cinq heures un quart un de ces jours (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1901, p. 380).
C'était/il était moins une! [Expr. fam. par laquelle on souligne qu'un événement a été évité de justesse] Rassurez-vous, nous sommes arrivés à temps (...).Mais c'était moins une, articula Simon d'une voix pâteuse (Y. Ellena, Prêcheur en eau trouble, 1988, p. 234 ds Bernet-Rézeau 1989).C'est moins une que. [Marque l'imminence] C'est moins une qu'on se la paye en beauté! (B. Blier, Les Valseuses, Paris, J'ai lu, 1989 [1972], p. 404).
B. − Empl. nom. Une unité. Parier à dix contre un; plus un; moins un; examiner les problèmes un par un. Leur troupeau [des soldats] fatigué fut partagé en petits groupesun par compagnie (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p. 6).Mais l'on donne maints exemples de l'impéritie et de l'absence de mordant de l'armée américaine, tournant le dos à la moindre menace et se refusant à la lutte aussi longtemps qu'ils ne se sauront pas vingt contre un (Gide, Journal, 1943, p. 163).
[En comptant, pour permettre de commencer une action de manière coordonnée] Le fils Mercier disait « un, deux » puis il embouchait son piston (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 171).Nous attaquons, Monsieur Lebonze, nous attaquons! Vous y êtes? Une, deux, trois (Anouilh, Sauv., 1938, I, p. 138).
Ne faire ni une ni deux. V. deux I A 1.
II. − [Empl. comme numéral ordinal, pour numéroter et non pour quantifier] Acte un, chapitre un, page un; l'An un de la République.
Numéro un, loc. adj. et subst. V. numéro A 3.
P. ell. [Pour désigner un acte, une formation militaire, etc., par son numéro] J'ai assez fait des pièces à féerie. J' connais les remue-ménage: en scène pour le un! (Benjamin, Gaspard, 1915, p. 13).Qu'est-ce que c'est comme division ici? (...) - La soixante et une, dit un type de mauvaise grâce (Sartre, Mort ds âme, 1949, p. 146).
[Dans une argumentation, annonce ou souligne le premier argument, le premier point] Je n'en peux plus... Et tenez, d'abord, une : si c'est pour pas toucher à mon haricot, inutile que je vous le monte au cinquième, avec les varices que j'ai (Bernanos, Imposture, 1927, p. 484).Maintenant, autre chose. Un garçon de ton âge doit commencer à se défier des dames de la rue. Et d'un ! Écoute la suite. Défie-toi aussi des jeunes filles, oui, des très jeunes filles (Duhamel, Jard. bêtes sauv., 1934, p. 45).
Empl. subst. masc., JEUX DE HASARD, COURSES. Le numéro un. Synon. as.Miser sur le un; c'est le un qui sort.
Empl. subst. fém., JOURN. La première page d'un journal où sont mises en valeur certaines informations. Les titres de la une. De quoi faire crever de jalousie les petites nanas sophistiquées à la une des journaux (C. Paysan, Les Feux de la Chandeleur, Paris, Denoël, 1966, p. 133).V. page2ex. 4.
III. − [N. du nombre 1]
A. − [Empl. seul] Le portier de la maison (...) l'arrêta soudain.Hé, monsieur Schaunard, s'écria-t-il en barrant le passage à l'artiste, est-ce que vous n'y pensez pas? c'est aujourd'hui le 8. Huit et huit font seize, J'pose six et retiens un, fredonna Schaunard; je ne pense qu'à çà! (Murger, Scène vie boh., 1851, p. 20).Je suppose que l'on ait défini le nombre un et l'opération x + 1 qui consiste à ajouter l'unité à un nombre donné x (...). Je définis ensuite les nombres 2, 3 et 4 par les égalités (1) 1 + 1 = 2, (2) 2 + 1 = 3; (3) 3 + 1 = 4 (H. Poincaré, La Sc. et l'hyp., Paris, Flammarion, 1968 [1902], p. 33).
Un à zéro, un partout, deux-un, etc. [Annonce d'un point réalisé par l'un des deux partenaires d'une ou des deux équipes, dans une partie, dans un match] Au fig. Un à zéro. [Formule par laquelle on souligne que l'un des protagonistes d'une discussion ou d'une compétition prend l'avantage (d'apr. Bernet-Rézeau 1989)] MlleAmélie Leda entra dans le bureau du commissaire Lorenzetti avec la chemise du courrier. D'une volte habile, elle esquiva la tentative du commissaire de lui claquer les fesses et sortit en roulant des hanches. En franchissant le seuil elle annonça: « Un à zéro! » C'est qu'on était lundi. Tous les matins la même scène se reproduisait. On comptabilisait le score en fin de semaine (J. A. Lion, Histoires de femmes, 1991, p. 11 ds P. Rézeau, Pt dict. des chiffres en toutes lettres, Paris, éd. du Seuil, 1993, p. 40).
B. − [Entrant dans la formation d'autres noms de nombre]
[par l'adjonction de et un au nom des dizaines allant de 20 à 60 (vingt et un, trente et un, quarante et un, cinquante et un, soixante et un) et pour la dizaine 80, adjonction de un à quatre-vingts avec effacement de s et trait d'union (quatre-vingt-un)] Être sur son trente(-)et(-) un*.
[par l'adjonction de un aux centaines, milliers, dizaines de milliers et centaines de milliers (cent un, deux cent un..., mille un, neuf cent mille un), avec les combinaisons internes possibles p. ex. deux cent un mille deux cent vingt et un (201 221)] Les Mille et une nuits. J'entends d'ici les mille et une questions qu'ils adressent mentalement à l'auteur (About, Nez notaire, 1862, p. 11).Les plus grands princes, auxquels on tire cent un coups de canon pour leur ouvrir les idées en venant au monde, n'ont entendu que de la pauvre musique auprès de lui (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 235).
Prononc. et Orth.: [œ ̃], [yn]. Souvent [ε ̃]. Liaison avec ce qui suit: vingt et un hommes [œ ̃nɔm]; sans liaison, de un à dix [-œ ̃a-]. Sans liaison avec ce qui précède, cent un, livre un, un un, le un [sɑ ̃ œ ̃], [livʀ ə œ ̃], [œ ̃ œ ̃], [lə œ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Adj. numéral cardinal. 1. a) fin xes. expr. de l'unicité « qui est unique; un seul » (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 273: En huna fet, huna vertet Tuit soi fidel devent ester; 303); ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 448: Set a mei sole vels une feiz parlasses; 531: Ad une voiz crient la gent menude); ca 1100 un sul mot (Roland, éd. J. Bédier, 22); b) id. expr. de l'unité (ibid., 972: Jusqu'a un an avrum France saisie; 2751: d'oi cest jur en un meis); c) ca 1165 expr. de l'identité (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. B. Constans, 5109: il furent andui [des personnes] d'un grant e d'une groisse e d'un semblant); ca 1170 (Rois, III, III, 18, éd. E. R. Curtius, p. 117: jo e ceste meschine avum mes en une maison); fin xiies. estre d'un eage (Floire et Blancheflor, éd. J.-L. Leclanche, 1299); 2. empl. pronom. a) α) ca 1100 par uns e uns « un par un » (Roland, 2190); 1160-74 e uns e uns (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 6404); xiiies. un a un (Benoît de Ste-Maure, Troie, 26251, var. M1); β) 1559 pas un « aucun » (Amyot, trad. Plutarque, Hommes illustres, Périclès, 12, éd. G. Walter, t. 1, 1959, p. 340); b) α) ca 1165 venir a un « se réunir, former un tout » en parlant de choses (Benoît de Ste-Maure, Troie, 16728); β) 1176 fig. se tenir a un en parlant de pers. « ne faire qu'un, être uni » (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 2793); 1180-90 estre a un de (aucune rien) « être d'accord pour » (Thomas, Tristan, fragm. Sneyd1, éd. B. Wind, 367); γ) 1532 ce m'est tout ung « cela m'est indifférent, peu m'importe » (Rabelais, Pantagruel, éd. V.-L. Saulnier, XIV, 24, p. 116); c) 1176-81 en doner une « donner un coup » (Chrétien de Troyes, Chevalier au lion, éd. M. Roques, 4210); 3. empl. nom. xves. « le chiffre qui note l'unité » ne pooir dire ung ne deux « perdre la parole par l'émotion » (Myst. St Clément, 137 b ds T.-L., s.v. deus); 1718 un un (Ac.). B. Empl. ordinal 1. 1222, janv. St-Omer (Charte, éd. M. Gysseling ds Scriptorium t. 3, 1949, p. 199: lan del incarnation [...] mil et deus cens et vinte un); 2. 1659 (Scarron, Virgile travesti, VIII, Lyon, Cl. La Rivière, 1664, p. 629: Enfin les nefs si bien voguèrent, Q'entr' une et deux, après midy); 3. a) 1811 lang. des comédiens le un « premier acte d'une œuvre » (d'apr. Esn.); b) 1890 journ. La une (ibid.); 4. 1812 « qui porte le numéro 1 » (Mozin-Biber). Du lat. unus, adj. numéral « un », d'ordinaire au sing., au plur. avec des subst. qui n'ont pas de sing. (una castra; in unis aedibus, Térence, Eun., 367) [empl. auquel corresp. l'a. fr. un2A 4]; fréq. relevé en rel. avec alter « autre, second » (una ex parte ... altera ex parte) et constr. avec un génitif partitif ou de, ex accompagnés de l'ablatif (unus e/de civibus; pastorum unus); empl. subst. masc.: « une personne » (ad unum « sans exception, jusqu'au dernier ») − ou neutre (in unum cogere « en un point, en un lieu »); signifie spéc. « un seul » masc. (unus adhuc fuit, cui ... Cicéron, Verr., 3, 81) − ou neutre (nihil dico praeter unum, Id., Sest., 8) [de là, un3]; de là, dans la lang. fam. un empl. proche d'un indéf. (Térence, Andr., 118: unam aspicio adulescentulam; Cicéron, De Or., I, 132: sicut unus paterfamilias loquor) qui devient plus fréq. à basse époque: Ecce princeps unus accessit (Matth. IX, 18); accessit ad eum una ancilla (ibid. XXVI, 69) [de là un2]. Unus exprime également, dans la lang. class., l'identité « même, le même » (uno tempore; una atque eadem causa) [de là, spéc. un1A 1 c], et p. ext., à basse époque « un, uni, en harmonie » (quoniam unus panis, unum corpus multi sumus, I Cor. X, 17), « unique (spéc. en parlant de Dieu) » (Ephes. IV, 6) [de là, spéc. un41-3], v. Vään., § 263. En a. fr., un art. indéf. réfère la notion du subst. à un obj. jusqu'alors non évoqué, sa valeur la plus cour. étant « un certain », tandis que l'absence d'art. montre le subst. dans son indétermination. Jusque vers le mil. du xiies., un manque gén. dans les cont. indéterminés, notamment dans les phrases nég., hyp., interrogatives. Bbg. Wilmet (M.). La Détermination nom. Paris, 1986, pp. 74-78.

UN2, UNE, art. indéf.

[Un(e) s'emploie devant un subst., dont il prend la marque en genre; il n'a pas de plur. morphol. L'art. un présuppose un ensemble d'élém. qui ne peut être vide. Cet ensemble ne peut pas non plus se réduire à un seul élém.: d'où l'impossibilité de faire commuter un avec le dans des phrases comme celles-ci: La lune se montra; la raison le commande; le président lève la séance; le plus étonnant est que...; le plus beau des quatre est...; il a l'impression que... Le fait que un présuppose un ensemble d'élém. a pour conséquence que le contenu du syntagme nom. n'est pas suffisant pour l'identification de l'obj.; le locuteur présume que l'interlocuteur n'est pas en mesure, en s'appuyant sur ce seul contenu, de dire de quel obj. précis il s'agit]
I. − [Un N désigne un « individu » (au sens logique), un élément; il est l'objet d'une opération d'extraction: un élément x est extrait de l'ensemble X des x]
A. − [Le suj. désigne une réalité nombrable]
1. [Empl. spécifique. J'ai acheté un livre pour enfants. Ce qui est dit est vrai d'un seul livre, pris sur l'ensemble des livres pour enfants. Certes, p. oppos. à le livre, ce livre n'appartient pas encore au thème de l'énoncé; il est indéterminé, mais il s'agit d'un livre précis] En arrivant dans la vigne, j'aperçus quelqu'un, un homme je crois, qui s'éloigna rapidement (Bosco, Mas Théot., 1945, p. 78).Le problème, lui a en substance rétorqué un juge [de la Cour Suprême d'Israël siégeant le 8 juin 1992], est que si cette fois vous avez un document, vous n'avez pas un seul témoignage sur ce que l'accusé pouvait bien faire dans ce camp (Le Monde, 10 juin 1992, p. 6, col. 3).
[Dans la constr. d'un univers de fiction] Au bord d'un chemin, sur un tas de hardes, un tout petit enfant, assis les jambes ouvertes, jouait avec une pomme de terre qu'il laissait parfois tomber dans sa robe, tandis que cinq femmes, courbées et la croupe en l'air, piquaient des brins de colza dans la plaine voisine (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Père Amable, 1886, p. 212):
1. Il y a des petits ponts épatants Il y a mon cœur qui bat pour toi Il y a une femme triste sur la route Il y a un beau petit cottage dans un jardin Il y a six soldats qui s'amusent comme des fous. Apoll., Œuvres poét., Poèmes à Lou, Paris, Gallimard, 1962 [1915], p. 423.
[Par procédé styl., un au lieu d'un déterm. déf. normalement attendu, provoque une distanciation et manifeste la présence du narrateur] [Jean Péloueyre] s'adressa à lui-même de pitoyables paroles: « Sors, promène-toi, pauvre Jean Péloueyre! » et il caressait de la main une mâchoire mal rasée (Mauriac, Baiser Lépreux, 1922, p. 147).
Rem. Un groupe nom. de la forme le N de un N est indéterminé. La fille d'un voisin. Au coin du sentier qui tourne en remontant à la maison que j'habite, il y a un cabaret établi dans le creux d'un arbre énorme (Nerval, Voy. Orient, Paris, Flammarion, t. 2, 1980 [1851], p. 10). À la fin d'une brûlante journée de juin 1914, j'étais assis au bord de l'Oronte dans un café de l'antique Hamah, en Syrie (Barrès, Jard. Oronte, 1922, p. 1).
2. [Empl. « potentiel »: Pierre veut épouser une Suédoise (sans en connaître une en particulier, mais parce qu'il adore les grandes blondes); l'« individu » en cause a un caractère virtuel, potentiel] Elle s'enfermait ainsi, de crainte qu'une dame de ses amies, aussi pauvre qu'elle mais aussi fière, vînt la surprendre (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p. 5).
3. [Empl. générique: Les illustrations sont importantes dans un livre pour enfants. Le prédicat est valable pour un élém. quelconque de l'ensemble des livres pour enfants. Il s'agit d'une opération distributive, elle s'applique à tous les élém. pris un à un. Un signifie « un quel qu'il soit »] Quant aux « précautions » annoncées par le ministre, les Verts demeurent sceptiques, persuadés qu'une « autoroute écologique exemplaire, ça n'existe pas »! (Le Monde, 18 juill. 1992, p. 24, col. 6).
En partic.
a) [Type définitoire ou dénom.] Une baleine est un mammifère. Qu'est-ce qu'un pithécanthrope? Avant de regagner Frapesle, je regardai Clochegourde et vis au bas une barque, nommée en Touraine une toue, attachée à un frêne, et que l'eau balançait (Balzac, Lys, 1836, p. 54).
b) [Type une femme est une femme; le tour sélectionne parmi les prédications universelles possibles, un trait typique du comportement féminin: volonté de plaire, versatilité, capacité de dévouement, etc.] Chose étonnante, lui qui se montrait si profondément choqué par les chamailles des Wasselin, il ne pouvait admettre qu'une colère est une colère, un cri un cri (Duhamel, Notaire Havre, 1933, p. 124).
B. − [Par recatégorisation comptable d'un subst. massif]
[Le subst. désigne un obj.: du verre → un verre]
[Le subst. désigne une quantité mesurable: de la bière → une bière] Commander un café, une eau minérale; acheter un fromage. Il nous invitait à boire un verre dans quelque arrière-boutique de boulanger, et commandait d'autorité: « Trois thés ». « Non, je prendrai une limonade » disait Poupette (Beauvoir, Mém. j. fille, 1958, p. 328).
C. − [Le subst. est un subst. d'action]
1.
a) [Le subst. désigne un acte, un procès envisagé spécifiquement ou génériquement] Une contraction, une infiltration, un paiement, une parade, un parcours difficile, un parjure, un passage, une passe, un parrainage, un partage, une peinture moderniste, une récompense, une remontrance, un retour à la scène, une rétribution, un séjour, une sélection, une sensibilisation de l'opinion, une séparation, un service, un versement. Cette sympathie, qui permet sinon la restitution, du moins une restitution de ce qui est disparu, est de l'ordre de l'affectif, ou de l'idéologique, ou des deux ensemble (F. Furet, L'Atelier de l'histoire, 1982, p. 24).
b) [Le subst., constr. par un verbe-support, a la valeur d'un subst. d'action] Faire une bêtise, un cauchemar, un faux pas, un marché de dupe, un pas de clerc, une promenade, une sortie, un tour en bateau, une tournée, un sermon, un voyage; accomplir un exploit; commettre un crime, une imprudence; conclure un marché; exercer une pression sur qqn, suivre une cure, un régime. Vous m'étonnez, la chance doit être contre moi. Je vais me faire une réussite... une réussite express (Achard, Voulez-vous jouer, 1924, i, 3, p. 37).Nous décidâmes qu'un petit tour en bateau, avant le déjeuner, ça nous distrairait (Céline, Voyage, 1932, p. 490).
2. [P. méton., le subst. désigne une chose concr.] Un pansement, un passage, un patronage, une peinture. Rien à faire, c'est barré. Une séparation sans beaucoup d'épaisseur peut-être, mais plus résistante qu'un mur (Ramuz, A. Pache, 1911, p. 197).
II. − [Un N désigne une classe ou une sous-classe de N]
A. − [En tournure attributive]
1.
a) [Un élém. déterminé est mis dans un rapport d'identité ou d'inclusion avec un N]
[Choses] Ce monastère va devenir une papeterie (Claudel, Pain dur, 1918, p. 412).L'auto, un fort cabriolet huit cylindres, couleur havane, laminait sous ses larges pneus les flaques de boue, en jaillissements sales (Van der Meersch, Empreinte dieu, 1936, p. 7).
[Pers.] Paul est un cavalier accompli, un enseignant, un fraudeur, un héros, un imposteur, un ivrogne, un plaisantin, un sage, un salaud, un vrai saint, un serpent; cet insatisfait n'est pas un révolté. Elle restait une Marie-Antoinette au nez autrichien, au regard délicieux, conservée, embaumée grâce à mille fards adorablement unis qui lui faisaient une figure lilas (Proust, Temps retr., 1922, p. 979).Ensuite, j'ai vu le directeur: il m'a reçu dans son bureau. C'était un petit vieux, avec la Légion d'honneur (Camus, Étranger, 1942, p. 1126).
b) [Le suj. a une valeur générique, un N désigne une classe taxinomique] La baleine est un mammifère; le rhume est une maladie. Hier, je l'entendais discourir en géographie, puis poser des questions:Qu'est-ce qu'une mer? Un chœur unanime et chantant répondait:Une mer est une grande étendue d'eau salée (Frapié, Maternelle, 1904, p. 47).
2. [Comme procédé descriptif] Vous souvenez-vous qu'un soir, en revenant de Saint-Germain, je vous ai décrit Gandumas. C'est un pays beau et triste (Maurois, Climats, 1928, p. 14).
[Avec reprise du subst.] La façade principale, sur la rue de l'hospice, était une façade à perron double, noircie, à grandes fenêtres et sans grâces (Colette, Mais. Cl., 1922, p. 8).La porte du coin était une magnifique porte à deux battants (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p. 7).
[Avec réf. à la situation] Pour des riens, il vous étrangle... C'est pas une vie (Céline, Voyage, 1932, p. 12).Ce serait un joli matin pour partir pour la chasse, déclara Gastaldi (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 7).
Fam. Tu parles, vous parlez d'une, d'une... V. parler1II A 1 a.
3. [Avec un subst. qui désigne une réalité massive] Le cantal est un fromage. Le sang est un tissu, comme tous les autres tissus. Il se compose d'environ 30 000 milliards de globules rouges, et de 50 milliards de globules blancs (Carrel, L'Homme, 1935, p. 89).
B. − [Avec un compl. déterminatif ou un adj. épith.]
Rem. Le subst. peut désigner une réalité comptable: Peugeot fabrique un moteur à injection qui... (non pas un objet individuel, mais un modèle, un type). Mais cet effet de sens se réalise surtout avec des subst. qui désignent une réalité massive (une huile digeste « une sorte d'huile qui est digeste »), une réalité abstr. (un courage exemplaire « une sorte de courage qui est exemplaire »), ou encore qui entre dans des loc. verb. (il fait froid → il fait un froid terrible).
1. [Le subst. désigne une réalité massive (concr.)] Une huile végétale, une eau minérale fluorée.
En partic. [Le subst. désigne un élém. naturel ou un phénomène atmosphérique] Une eau glacée, boueuse; un air pollué; un soleil blafard, un soleil d'hiver; un vent violent. À droite, la nuit commence à cacher les collines, à gauche, descend un soleil jaune soufre (Morand, New-York, 1930, p. 5).La lumière vive, intense, aveuglante, pénètre à flots dans la chambre (...). Une lumière vive, aveuglante, une immense nappe scintillante déferle dans la chambre, bute sur les cloisons nues (Cl. Ollier, Le Maintien de l'ordre, Paris, Flammarion, 1988 [1961], p. 200).
2. [Le subst. désigne une réalité abstr. ou entre dans des loc. verb.]
a) [Le subst. désigne une propriété physique et les sensations qu'elle procure] Il fait froid/un froid de canard; il fait chaud/une chaleur à crever. L'air de la nuit circulait librement par les hautes et larges fenêtres et répandait une délicieuse fraîcheur en agitant une gerbe d'eau, jaillie d'un bassin de marbre au centre de la pièce (Barrès, Jard. Oronte, 1922, p. 18).
b) [Le suj. désigne un état physique, psychol. ou mor.] Avoir de l'appétit/un appétit d'ogre, avoir de la chance/une chance de tous les diables, avoir du charme/un charme fou, avoir confiance/une confiance absolue, avoir du courage/un courage à toute épreuve, avoir du goût/un goût sûr, avoir de la patience/une patience d'ange, avoir faim/une faim de loup, avoir peur/une peur bleue; éprouver de la tristesse/une tristesse profonde; prendre du repos/un repos mérité. Son regard exprimait une véritable détresse, l'anxiété d'une douleur physique, comme si le malheureux eût vainement cherché à suer sa haine (Bernanos, Imposture, 1927, p. 311):
2. Un jour de 1922 qu'il était en Chine (...), Albert Londres fut pris d'un doute existentiel. Que faisait-il là, dans ce pays en folie, ouvrant la fenêtre de sa chambre pour découvrir que «dehors tout était dégoûtant»? Le Monde, 19 juin 1992, p. 23, col. 1.
[En tournure exclam., un adj. qualificatif étant exclu] J'ai vu notre ami, hier, il était d'une gaieté, d'une jeunesse!... Un gamin! Oui, un vrai gosse (Blanche, Modèles, 1928, p. 4).
c) En partic. [Le subst. désigne une maladie; l'empl. de un n'est pas contraint par la détermination qualificative] Avoir un cancer, un rhume.
III. − Un(e) certain(e). V. certain1.
Prononc. et Orth.: [œ ̃], [yn], souvent [ε ̃]. Martinet-Walter 1973 [ε ̃] (10/17). Liaison en [œ ̃n-], un homme, un immense intérêt, un autre (Mart. Comment prononce 1913, p. 153, Fouché Prononc. 1959, p. 471). Dénasalisation: 1. [œn-] (Rouss.-Lacl. 1927, p. 179). Mart. Comment prononce 1913, p. 390, Grammont Prononc. 1938, p. 134, Fouché Prononc. 1959, p. 436, ne notent que [œ ̃n-]. 2. anciennement [yn-], un homme [ynɔm] (Fér. Crit. t. 3 1788, Littré). Mart., p. 390: ,,Si l'on ne dit pas u-nami, ce n'est pas une raison pour dire eu-nami``. Homon. (de une), hune. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Devant un nom commun 1. 881 désigne un être, une chose nettement individualisés par rapport à ceux appartenant à une même catégorie fém. régime (Ste Eulalie, 22 ds Henry Chrestomathie, p. 3: Ad une spede li roveret tolir lo chief); 937-52 masc. régime (Jonas, éd. G. de Poerck, 145: et preparavit Dominus un edre sore sen cheve; 155); 2emoit. xes. masc. suj. (St Léger, éd. J. Linskill, 227); fin xes. fém. suj. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 100); ca 1050 précède un poss. tonique (St Alexis, éd. Chr. Storey, 15: d'un son filz voil parler); ca 1100 précédé de l'art. déf. l'une meitiet (Roland, éd. J. Bédier, 1264); id. dans une phrase de tour nég., exprime une compar. péj., une estimation à une valeur dérisoire (ibid., 1666: Enprès sun colp ne quid qu'un dener l'escut vaillet; 3189; Trestuz les altres ne pris jo un guant), v. Moignet, p. 277; 2. 2emoit. xes. présente dans un récit un être particulier qui n'a pas encore paru dans un énoncé (St Léger, 55: Un compte i oth [...]; Ciel eps num auret Evrui); ca 1050 (St Alexis, 292: A la sameine qued il s'en dut aler, Vint une voiz treis feiz en la citet, Hors del sacrarie); 1130-40 (Wace, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 763: Une columbe de ciel vint Sor la verge que Josep tint); 3. ca 1100 désigne un représentant quelconque, indifférent, de l'espèce à laquelle il appartient (Roland, 1827: Si l'encaeinent [Guenelun] altresi cum un urs; 3153); 4. ca 1170 au plur., associé à des subst. impliquant un tout divisible en parties, une paire un esperons; gesir sor uns degrez (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 102; 374), encore relevé au xvies., v. Hug.; 5. 1534 devant un subst. qualifié par un adj. au superl. rel. une jument la plus enorme ... que feut oncques veue (Rabelais, Gargantua, XV, 8, éd. R. Calder et M. A. Screech, p. 103); 6. 1636 avec valeur d'adj. poss. (Corneille, Cid, I, 6: Il faut venger un père et perdre une maîtresse); 7. 1668 avec valeur emphatique devant un subst. qualifié par un adj. (Molière, Avare, III, 5: Voilà une belle merveille de faire bonne chère avec bien de l'argent!). B. Devant un nom propre 1. 1534 présente la pers. comme inconnue « un certain, un nommé » (Rabelais, op. cit., XVIII, 69, p. 122: allegant l'autorité d'ung Taponnus - je faulx: c'estoyt Pontanus [J. J. Pontan, humaniste ital. xves.]); 2. 1559 met en relief avec emphase ou mépris (Amyot, trad. Plutarque, Hommes illustres, Compar. d'Alcibiade avec Coriolan, 7, éd. G. Walter, t. 1, p. 522); 3. 1674 rattache une personne célèbre à une catégorie supposée de personnages comparables (Boileau, Art poétique, III, ds Œuvres, éd. Fr. Escal, 1966, p. 171: N'allez pas d'un Cynous nous faire un Artamène), v. aussi Don Juan, Harpagon, Jocrisse... V. un1. Bbg. Blanchon (J. A.). L'Art. indéf. sing. Centre Interdisciplinaire d'Ét. et de Rech. sur l'Expr. contemp. Trav. 22. Explorations ling. et styl. St-Étienne, 1978, pp. 49-56. − Carlier (A.). Généricité du syntagme nom. suj. et modalités. Trav. Ling. Gand. 1989, no19, pp. 33-56. − Corblin (F.). Indéfini, défini et démonstratif... 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UN3, UNE, UNS, UNES, pron.

I. − [Un(e) + déterm. partitif plur. ou groupe pronom. introd. par de (ou parfois d'entre)]
A. − [(L')un(e) + déterm. partitif plur.]
1. (L')un(e) des.[L'art. l' est présent dans une proportion d'environ un tiers des occurr.; sa présence semble manifester, dans certains cas, que l'un(e) des est considéré comme un déterm. déf.; dans d'autres, il s'agit d'une var. styl. littér.]
a) Un(e) des.Mourir est une des clauses du contrat de la vie (Jouy, Hermite, t. 5, 1814, p. 204).Elle s'était plantée devant une des glaces, l'air désemparé (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 11).
b) L'un(e) des.On courut à l'une des fenêtres de la grand'salle pour regarder (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 125).La France, toujours selon l'INSEE, est l'un des champions européens de la possession d'automobiles: en 1989, 75 % des ménages français étaient propriétaires d'un véhicule (Le Monde, 24 juill. 1992, p. 21, col. 5).
2. (L')un(e) de + déterm. poss.[La présence de l' est beaucoup plus rare: dans une proportion de un à dix environ]
a) Un(e) de + poss.« (...) que j'aurai de plaisir à la lire! » répondit Sara, en pressant une de mes mains dans les siennes (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p. 14).J'ai eu le malheur, pour faire passer tout le chiroubles, de boire un de leurs sacrés cafés (Chr. de Rivoyre, Les Sultans, Paris, Grasset, 1964, p. 131).
b) L'un(e) de + poss.Elle s'arrêta, posa l'une de ses mains sur son front (Balzac, Lys, 1836, p. 81).Mais oui, fit Célia, c'est seulement l'un de vos rôles, celui d'aventurier alerte (P. Moinot, Le Sable vif, Paris, Gallimard, 1963, p. 36).
3. (L')un(e) de ces.[L'art. l' n'est présent que dans une proportion de un à dix environ]
a) [Le dém. est anaphorique]
Un(e) de ces.À vingt pieds d'élévation au-dessus de la base d'une de ces tours, régnait un parapet en granit (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 52).
L'un(e) de ces.Un escalier, serpentant dans l'une de ces tours, établissait des relations entre la salle des gardes et l'étage supérieur (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 64).Et soudain, relaxe ou évasion, le miracle biblique qui fit d'eux des rescapés, de vivants fantômes. L'un de ces fantômes, bien des années plus tard, se résolut à aller voir Nuit et brouillard (Le Monde, 12 juin 1992, p. 27, col. 5).
b) [Le dém. introd. une prop. déterminée par une rel. ou par d'autres procédés, notamment des tours compar.]
Un(e) de ces.En ce moment, nous passions devant une de ces ruelles étroites comme il y en a tant à Séville (Mérimée, Carmen, 1845, p. 36).On dirait encore une de ces robes étranges de danseuses (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 107).
L'un(e) de ces.Elle me jeta l'un de ces regards incisifs qui ressemblent au cri d'un malade touché dans sa plaie (Balzac, Lys, 1836, p. 116).C'était l'un de ces rares endroits à Paris où il pouvait arriver, certains jours d'automne, après la pluie, que montât du sol une odeur, presque puissante, de forêt, d'humus, de feuilles pourrissantes (G. Perec, Les Choses, 1965, p. 18).
c) [Tour hyperb. fam. du type j'ai une de ces faims! Il fait un de ces temps! « La suspension des caractérisants simule une impuissance (...) du locuteur (...) [à trouver] l'épithète adéquate et traduit par contrecoup une qualité superlative » (M. Wilmet, La Détermination nom., 1986, p. 175). On tend à combler l'incomplétude de la phrase par des énoncés du genre « ... comme je n'en ai jamais vu ou connu ». Cf. aussi les tours: Il fait une chaleur! Il y a de ces hasards! La mémoire vous joue de ces tours!] La moutarde me monte au nez, et je lui allonge une raclée, mais une de ces raclées! (Moselly, Terres lorr., 1907, p. 102).Il repique dans une de ces rages!... Il me balance un de ces coups de coude! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 669).
Fam. [Type à un de ces jours; annonce un événement probable et proche, mais sans précision] Moi qui pensais toper les oiseaux là-bas un de ces jours! (Pourrat, Gaspard, 1925, p. 211).
Rem. 1. Dans ce tour, les subst. masc. variant à l'oral restent au sing.: J'ai un de ces mal de tête! J'ai un de ces travail! J'ai eu un de ces mal à terminer! 2. On a parfois le tour indéf. quelqu'un(e) de : J'ignore si quelqu'une des trois statues d'Isis du musée de Naples aura été retrouvée dans ce lieu même [Pompéi], mais je les avais admirées la veille (Nerval, Filles feu, Isis, 1854, p. 655). Il m'arrivait (...) de faire trébucher de son piédestal, d'un trait méchant, quelqu'une de ses idoles aristocratiques (Gracq, Syrtes, 1951, p. 40). Louise risquait à tout moment d'accrocher quelqu'une des toiles dont l'atelier était encombré (Camus, Exil et roy., 1957, p. 1634).
B. − (L')un(e) de + pron., l'un(e) d'entre + pron.
1. (L')un d'eux, (l')une d'elles; (l')un de ceux, (l')une de celles
a) [Avec l', cas le plus fréq.] Pour voir le jeune homme, toutes les beautés s'étaient rapprochées, comme des biches si l'on apporte à l'une d'elles un gâteau (Barrès, Jard. Oronte, 1922, p. 50).Il était pourtant l'un de ceux qui avaient lutté contre elle le plus lucidement et avec le plus d'acharnement (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 206).
b) [Sans l'] Un de ceux qui assistaient à la scène dit quelque chose comme « Espèce de salaud » (Cl. Simon, La Route des Flandres, Paris, éd. de Minuit, 1960, p. 217).Thomas Pezner cherche un beau mensonge, un de ceux qu'on croit toujours (R. Sabatier, Le Chinois d'Afrique, Paris, Albin Michel, 1966, p. 199).
2. [Gén. avec l'] L'un d'entre eux, l'une d'entre elles. Joseph ne remarqua que l'un d'entre eux qui se tenait un peu en avant, le poing sur la hanche et les jambes écartées (Green, Moïra, 1950, p. 16).
II. − En... un(e). [Le pron. en est le représentant d'un antécédent; un(e) a les mêmes valeurs que l'art. indéf. un(e)]
A. − [L'ensemble auquel se réfère en désigne deux ou plus de deux élém.; un(e) indique qu'un élém. a été sélectionné] S'il y a des sorcières, cette fille-là en était une ! (Mérimée, Carmen, 1845, p. 38).Je les connais et je ne me fais pas d'illusion, je vous jure. Mais je croyais tout de même qu'il s'en trouverait un pour me tendre la main (Sartre, Mort ds âme, 1949, p. 35).
[Comme pour le cardinal, le nombre un peut être relativisé] On n'en a pas retrouvé un d'intact; je n'en ai eu qu'un, qu'un seul; il en faudrait plus d'un, au moins un, etc. C'était là que logeaient les prisonniers de Nohfelden, une trentaine d'hommes employés sur la voie ferrée, qui malgré nos appels ne semblaient pas se soucier de notre existence. Il n'y en eut qu'un pour nous jeter à la hâte par la porte entr'ouverte (...) quelques rogatons de pain et de fromage (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 83).
[La sélection peut être réitérée] J'ai des plans pour la vie de quarante empereurs, j'en fais un tous les matins et un tous les soirs (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 164).
[Chaque élém. peut être opposé à un autre] Je te dirai que, des deux dames, il en est une qui me plaît beaucoup, et l'autre beaucoup aussi (Nerval, Pandora, 1855, p. 741).
[La sélection peut concerner un nombre non précisé, par le recours à un certain nombre, un petit/grand nombre] Après avoir compté les cigares du paquet que j'avais mis entre ses mains, il en choisit un certain nombre (Mérimée, Carmen, 1845, p. 27).
B. − [L'antécédent désigne un élém. unique]
1. [L'antécédent est un subst.]
a) [L'antécédent est déterminé par l'art. indéf. un; le groupe pronom. en reprend la valeur] Tu veux une pomme?J'en veux bien une.Tu as un stylo?Oui, j'en ai un. Les entrailles de la terre, notre seconde mère, nous enfanteront à l'éternité dont nous n'avons pas aujourd'hui la plus légère notion: nous y trouverons un soleil comme nous en trouvâmes un quand nous quittâmes le sein de notre première mère (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 623).Dans la chambre voisine il y avait une radio... mais il y en avait aussi une en bas, au café (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 113).
[Le groupe princ. oppose un élém. à celui que désigne l'antécédent] Quand un navire était las, il en montait un autre comme un cavalier impitoyable (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p. 182).
b) [L'antécédent est déterminé par un art. déf.; le groupe pronom. désigne un autre élém. de même sorte] Si la nature m'avait laissé le choix du moment où je devais lui payer ma dette, aurais-je pu en saisir un meilleur? (Jouy, Hermite, t. 5, 1814, p. 205).Le couteau en argent n'appartenait donc pas au domaine du cauchemar. Il en existait bel et bien un dans la maison, le même, sans doute, qui hantait le rêve de Lili (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p. 120).
c) [L'antécédent est déterminé par un poss.] Mon bonheur n'en sera-t-il pas un pour vous, comme le vôtre pour moi, si je vous vois jamais jouir d'un bonheur réel et durable, et non savourer des illusions trompeuses? (Karr, Sous tilleuls, 1832, p. 143).
2. [En réfère non pas à un antécédent mais à une pers. en gén.] Le soir, quand Charles rentrait, elle sortait de dessous ses draps ses longs bras maigres (...) et, l'ayant fait asseoir au bord du lit, se mettait à lui parler de ses chagrins: il l'oubliait, il en aimait une autre! (Flaub., MmeBovary, t. 1, 1857, p. 11).
En voici, en voilà un(e) qui. En voilà encore une, continua Marguerite en ôtant sa robe et en passant un peignoir blanc, en voilà encore une qui sait bien me trouver quand elle a besoin de moi (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 119).
3. [Dans des loc. figées ou fam. en a un antécédent implicite] V. en2II A 2.
En partic. En prendre/en tenir une... [Le pron. en représente cuite, biture, muflée ou tout autre nom fém. désignant un état d'ébriété] ,,S'enivrer/être complètement ivre`` (Bernet-Rézeau 1989, s.v. un). Il écouta les roulades d'un merle, regarda les hautes branches et la forêt se mit à tourner comme un manège. Le vin, le soleil... Victor à moitié endormi, scanda: « Mon neveu en tient une, mon neveu... » (R. Sabatier, Les Noisettes sauvages, Paris, Albin Michel, 1974, p. 167).
III. − L'un(e)/les un(e)s.[En oppos. avec autre(s)]
A. − L'un(e)... l'autre, les un(e)s... les autres.[L' dans chacun des groupes est le représentant, un et autre ont une fonction contrastive]
1. L'un(e)... l'autre.[Avec un antécédent désignant une paire d'élém.]
a) [Dans des tournures compar.] Ils se turent, aussi gênés l'un que l'autre par cette confession (Green, Moïra, 1950, p. 209).
b) L'un(e) et l'autre
[Le groupe est coréférent au suj. ou assure directement le rôle de suj.] Ils avaient, l'un et l'autre, des choses à se faire pardonner. L'un et l'autre triturons le souvenir d'une même tranche de temps (R.-V. Pilhes, La Rhubarbe, 1965, p. 106).Dans sa grande majorité, celui-ci [le monde enseignant] reposait sur deux ambitions: le socialisme et la laïcité. L'une et l'autre sont sévèrement déçues (Le Monde, 23 juill. 1992, p. 9, col. 4).
[Le groupe réfère au compl. d'obj. dir.] Comme si cette main d'homme les avait saisis l'un et l'autre, gel et flamme, et les avait unis dans une même étreinte (J.-M.-G. Le Clézio, Le Déluge, 1966, p. 280).
[À l'intérieur du syntagme nom.] Gérante des cachets astronomiques de l'une et l'autre étoiles, Marie (...) autorisait quelques folies et libéralités (H. Bazin, Bur. des mariages, 1951, p. 156).
c) L'un ou l'autre.De temps en temps, l'une ou l'autre murmurait à l'oreille de sa mère respective: « Quand est-ce qu'on s'en va? » (B. et Fl. Groult, Il était deux fois, 1968, p. 240).
[À l'intérieur du syntagme nom.] Une fois sur deux, car le curé chargé d'une autre paroisse, chantait alternativement sa grand'messe dans l'une ou l'autre commune (H. Bazin, Bur. des mariages, 1951, p. 212).
[Le groupe est suivi d'un syntagme nom. partitif] Entretenir des relations intimes avec l'un ou l'autre des conjoints (Sagan, Bonjour tristesse, 1954, p. 152).
d) [Dans certaines oppos., la présence de l' devant un n'est pas nécessaire] Il y a en moi deux personnes, dont une, observatrice de l'autre, et sachant bien que ses mouvements convulsifs doivent passer (Constant, Journaux, 1804, p. 76).On nous lâcha d'abord dans un bain japonais, sorte de vaste évier à deux bacs, un pour le lavage et l'autre pour le rinçage (B. et Fl. Groult, Il était deux fois, 1968, p. 200).
[Tour du type d'une main... de l'autre; avec des subst. désignant une paire d'éléments ou une réalité double] D'un côté, de l'autre; aller d'un extrême à l'autre. Sur une moitié des champs le coucher s'éteignait; au-dessus de l'autre était déjà allumée la lune qui bientôt les baignait tout entiers (Proust, Temps retr., 1922, p. 691).Joseph vit un gros homme jovial et de manières simples, assis dans un fauteuil à pivot qu'il faisait tourner dans un sens et dans l'autre avec une rapidité subite (Green, Moïra, 1950, p. 14).
2. L'un... l'autre.[Avec un antécédent désignant une pluralité d'élém.] Il va de l'un à l'autre, serrant les mains.
L'un ou l'autre. [Mohamed Boudiaf] disparu, il ne reste plus, formellement, aux commandes de l'État, que trois civils dont on voit mal qu'ils puissent, l'un ou l'autre, disposer de l'autorité nécessaire pour engager l'Algérie sur la voie du « changement radical » (Le Monde, 2 juill. 1992, p. 1, col. 4).
L'un ou l'autre des, de ces... Vous pouviez vous confier à l'un ou l'autre de vos nombreux amis (R.-V. Pilhes, La Rhubarbe, 1965, p. 134).
L'un ou l'autre d'entre eux. Il arrivait parfois que l'un ou l'autre d'entre eux, à la suite d'incidents plus ou moins fortuits, de provocations larvées, de mésententes à demi-mot, semât la discorde au sein du groupe (G. Perec, Les Choses, 1965, p. 44).
[Dans les tours du type aller d'une ville à l'autre] Les bergers de Patagonie vont, sans se presser, d'un troupeau à l'autre: il allait d'une ville à l'autre, il était le berger des petites villes (Saint-Exup., Vol Nuit, 1931, p. 81).
3. Les uns... les autres (ou d'autres, d'aucuns, la plupart, etc.)
a) [L'antécédent désigne ou implique une pluralité indéf. d'élém.]
[Avec un antécédent explicite] Et les arbres, selon qu'ils étaient plus ou moins exposés aux rayons, parurent les uns noirs, les autres verts, ou roses ou dorés (Karr, Sous tilleuls, 1832, p. 51):
1. ... nous étions désormais autorisés à recevoir les journaux de zone occupée. Les uns s'intéressaient aux sports, les autres aux nouvelles de leur province, d'aucuns à la vie parisienne et au mouvement intellectuel mais tous étaient sollicités par ce qui se passait en France, et les abonnements affluèrent. Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 138.
[Sans antécédent explicite] Les uns dépensaient, les autres gagnaient, les uns et les autres également joyeux (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 72).Mais là où les uns voyaient l'abstraction, d'autres voyaient la vérité (Camus, Peste, 1947, p. 1292).
b) [Chacun des groupes pronom. réfère à des antécédents distincts] Nous étions en guerre; je fis trois campagnes; je passai deux hivers en bonne garnison; et, grâce aux fatigues des unes et aux plaisirs des autres, je revins au manoir paternel, si maigre et si changé, que mes parens eurent peine à me reconnaître (Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 177).Sire, dit alors maître Ogier, permettez que je déduise de ceci une affabulation. Ces passereaux sont vos nobles, cette vigne est le peuple. Les uns banquètent aux dépens de l'autre (Bertrand, Gaspard, 1841, p. 144).
B. − L'un(e) l'autre, l'un(e) + prép. + l'autre; les un(e)s les autres, les un(e)s + prép. + les autres.[Outre la partition, existe un rapport de distributivité]
1. L'un(e) l'autre, l'un(e) + prép. + l'autre
a) [L'un(e) et l'autre ont chacun pour antécédent une entité]
[Type Paul et Marie courent l'un vers l'autre; le groupe pronom. réciproque réfère au suj.; en constr. trans., Paul court vers Marie et Marie court vers Paul] Ils avancent l'un vers l'autre avec une extrême circonspection (Achard, Voulez-vous jouer, 1924, i, 3, p. 64).
[Type Paul et Marie se regardent l'un l'autre; le groupe réfère au suj. d'un verbe pronom. réciproque; en constr. trans., Paul regarde Marie et Marie regarde Paul] Par un hasard heureux, le vicomte Cléna et mademoiselle Clarence se trouvèrent l'un contre l'autre, un peu serrés, peut-être (A. France, Île ping., 1908, p. 336).Valdès avait entraîné Claude vers les rochers sur lesquels ils prirent pied et se hissèrent en s'aidant l'un l'autre (P. Moinot, Le Sable vif, Paris, Gallimard, 1963, p. 112).
[Type on ne les voit jamais l'un sans l'autre; le groupe réfère au compl. d'obj. dir.; en constr. trans., on ne la voit jamais sans lui, on ne le voit jamais sans elle] Il roulait doucement l'une dans l'autre ses mains grassouillettes, comme s'il les eût savonnées (Martin du G., Thib., Pénitenc., 1922, p. 689).
[Type l'amour de l'un pour l'autre; c'est la nominalisation de ils s'aiment] Un amour qui (...), par une parfaite confiance de l'un dans l'autre, n'a fait que grandir (Maurois, Ariel, 1923, p. 293).
b) [L'antécédent désigne plus de deux élém.]
[Le groupe des pron. est lié au suj.] À l'endroit où le chat croque les petits, plusieurs mioches se sont vite serrés l'un contre l'autre (Frapié, Maternelle, 1904, p. 138).Des images toutes pareilles, une infinité d'images à la superposition exacte s'effeuillaient, glissaient indéfiniment l'une sur l'autre à toute vitesse sous mes yeux comme les pages d'un livre (Gracq, Syrtes, 1951, p. 202).
[Le groupe des pron. est lié au compl. d'obj. dir.] L'une après l'autre, j'ai jeté dans la bataille mes troupes les plus secrètes. Mes souvenirs véritables forcés dans leur réduit, vont se rendre et paraître au jour (Maurois, Climats, 1928, p. 14).
c) Loc. L'un dans l'autre. Au total, une chose compensant l'autre, ou d'autres. Quel bouge! Mais l'un dans l'autre c'était une bonne soirée, dit Henri (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 129).
2. Les un(e)s les autres, les un(e)s + prép. + les autres
[Type aimez-vous les uns les autres; le groupe réfère au suj.] Se haussant, tendant le cou, ils regardaient, les uns par dessus les autres (Pourrat, Gaspard, 1931, p. 269).Nous sommes une famille où l'on se tient les uns les autres (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 122).
[Type on les oppose les uns aux autres; le groupe réfère au compl. d'obj.] Il m'a fallu dix ans pour distinguer les unes des autres toutes ces figures blondes disant des choses parfaitement convenables (Stendhal, Souv. égotisme, 1832, p. 52).Et il jetait, dans sa bouche ouverte, les morceaux les uns après les autres (Zola, Assommoir, 1877, p. 735).
IV. − [Sans terme corrél.]
A. − [En liaison stricte avec un antécédent]
1. [Après dont]
a) Dont l'un(e)...Avec ses faubourgs populeux dont l'un, celui de Saint-Nicolas, étalait ses douze rues au soleil (Bertrand, Gaspard, 1841, p. 51).
[L'antécédent désigne une paire d'élém.] Il y avait deux livres, dont l'un, encore ouvert, montrait le dessin d'une branche d'armoise (Bosco, Mas Théot., 1945, p. 51).J'avais accepté ce jour-là de déjeuner chez deux garçons dont j'avais connu l'un chez un ami commun (M. Leyris, Fourbis, 1955, p. 161).
b) Dont un(e)...Des patriciens, dont un très âgé, sont groupés dans une salle du palais (Camus, Caligula, 1944, i, 1, p. 7).
2. [Dans des tournures à valeur oppos.] Il connaissait une maison tranquille (...), où des dames très complaisantes parlent toutes les langues, et une en particulier le français (Gide, Caves, 1914, p. 781).Les autres, c'est pour se faire baiser par les officiers, ou pour trouver un mari, même un avec une patte en moins (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 127).
B. −
1. Un(e) qui.Bélier, viens ici. Souffle sur ce petit homme pour qu'il soit, comme toi, un qui mène, un qui va devant, non pas un qui suit (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 266):
2. Ce n'était pas une qui éclatait de rire dans l'obscurité ni une qui montrait son genou sous la table ni une qu'on pouvait voir à la rivière; ce n'est pas elle qui au bal aurait dansé plus de trois fois, ou encore avec un autre que son frère pour cavalier! Jouve, Scène capit., 1935, p. 10.
[En fonction de compl. déterminatif] Dans l'ombre, Julia imite la longue et lente respiration d'une qui dort, paisible (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 222).Frédéric a la gueule d'un qui veut faire le salut de son âme (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 15).
2. Un(e) qui... c'est/c'était...Une qui était enragée contre Angélique, c'était la petite MmeMigeon (Aragon,Beaux quart.,1936,p. 128).Une dont je me souvenais bien, en particulier, à qui je gardais un joli chien de ma chienne, tiens, c'était « Mamie » (Bayon,Le Lycéen,1987,p. 232).
3. Encore un(e) qui...Et la même vieille voisine derrière sa fenêtre. « Encore une qui n'est pas claquée! » (Montherl., Lépreuses, 1939, p. 1490).
C. − L'un/l'une.Le maréchal de Broglie (...) eut deux filles. On lui proposait (...) de faire entrer l'une dans un chapitre (Chamfort, Caract. et anecd., 1794, p. 121).Oh! Moi, princesse, jamais un seul amour! Toujours deux ou trois au moins. C'est le seul moyen d'être tranquille, de ne pas trembler sur la perte de l'un (Goncourt,Journal, t.2,1878,p. 146).
[Suj. d'un verbe déclaratif] Ils s'arrêtèrent.T'es fait! cria l'un. Allons, suis-nous (Van der Meersch, Empreinte dieu, 1936, p. 65).Tarrou avait assisté à l'entretien de deux receveurs de tramways:Tu as bien connu Camps, disait l'un. − Camps? Un grand avec une moustache noire? (Camus, Peste, 1947, p. 1234).
De deux choses l'une. [Loc. annonçant une alternative] Et de deux choses l'une, ou bien nous aurons fait des déclarations exactes pour l'impôt sur le revenu, ou bien nous aurons dissimulé (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 206).
[Sans l'] Sur leur figure, pâlie et creusée de misère (...), on lisait je ne sais quoi de mauvais, de rétracté, ce passé de la bohème qui fait amer. Un, surtout, avait une vilaine tête taillée à la serpe, grossière et rude, de carrier (Goncourt,Journal, t.2,1878,p. 141).
D. − Pas un(e)
1. Pas un(e) de..., d'entre... Aucun, personne. Pas un de nous ne se refusait à l'aventure, mais j'ai vu des enfants pâlir avant de la tenter (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 52).Pas un d'entre nous ne serait capable d'une chose pareille, fit Thomas, les dents serrées, la voix rauque (Queffélec, Recteur, 1944, p. 48).
[Sans compl. en de] Pas un n'a levé les yeux sur mes fenêtres (Dumas fils, Dame Cam., 1848, p. 281).Et maintenant il était enfermé dans ce bureau. Il regarda les autres: pas un qui ait seulement envie d'ouvrir la fenêtre (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 145).
2. Comme pas un(e) (fam.). Comme personne ne le fait ou ne l'est; p. ext., plus que n'importe qui, plus que tout autre. Et avec ça soiffeur comme pas un (Aragon,Beaux quart.,1936,p. 33).Il est pourtant pétochart comme pas un ; mais il se domine (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 10).
E. − Plus d'un(e). Plusieurs. Vous me direz que c'est dommage pour plus d'un, et j'en ai eu de la peine aussi, mais la chose se comprend bien (Aymé, Jument, 1933, p. 225).C'étaient des parasites éminemment conservateurs. Plus d'un, au demeurant, avant d'être un dilettante, avait été un homme utile (Romains, Hommes bonne vol., 1939, p. 27).
F. − Un chacun, tout un chacun. V. chacun II B.
Prononc. et Orth.: [œ ̃], [yn]. L'un et l'autre [lœ ̃ne-]. Souvent [ε ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Non précédé de l'art. déf. a) fin xes. empl. seul; sing.; phrase nég. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 216: Ad un respondre non denat); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 3955: Se uns escapet, morz ies e cunfunduz); ca 1200 plur.; évoque une collectivité; oppos. à autre (Renaud de Beaujeu, Bel inconnu, éd. G. Perrie Williams, 6000: Un perdent et autre gaaignent); b) fin xes. suivi de de partitif uns dels ladruns (Passion, 287, 317); c) ca 1050 en corrél. avec en partitif (St Alexis, éd. Chr. Storey, 228; Un en i out ki sempres vint avant); ca 1100 (Roland, 3951: Ja mar en vivrat uns!); ca 1100 suivi de a qui; oppos. à li altre (ibid., 3782: Un en i ad a qui li altre entendent); d) 1230-35 rappelle un subst. précédemment énoncé (Mort le roi Artu, éd. J. Frappier, 25, 36: quex armes avoit li chevaliers qui veinqui le tornoiement? − Damoisele [...] unes toutes vermeilles); e) fin xves. empl. nom. « un homme; quelqu'un » ung qui (Commynes, Mém., I, 2, éd. J. Calmette, t. 1, p. 11); 2. précédé de l'art. déf. a) en rel. avec li altres α) ca 1050 expr. de l'oppos. (St Alexis, 307: Li uns Acharies, li altre Anories out nun); ca 1100 (Roland, 1398, 3284); β) expr. de la réciprocité ca 1100 (ibid., 3886: Li uns requiert l'altre [cf. ca 1274, Adenet le Roi, Berte, éd. A. Henry, 162: S'aidoient li un l'autre]); ca 1100 (ibid., 369: parolet li uns a l'altre); 1130-40 [suivi de de partitif] (Wace, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 1218: L'un dels a l'altre comanda); ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 2132: Li uns contre l'autre s'adresce); γ) ca 1100 unis par un élément de coord. (Roland, 3477: Asez i moerent e des uns e des altres); 1559 l'un et l'autre; ni l'un ni l'autre, verbe au sing. (Aymot, trad. Plutarque, Hommes illustres, Theseus, 2, éd. G. Walter, t. 1, p. 2); 1629 l'un et l'autre, verbe au plur. (Corneille, Mélite, III, 3); cf. Vaug., p. 141: L'un et l'autre. On les met et avec le singulier et avec le pluriel [...] et il est également bien dit, l'un et l'autre vous a obligé et l'un et l'autre vous ont obligé; b) ca 1100 empl. seul (Roland, 3588: Josque li uns sun tort i reconuisset). V. un1.
STAT.Fréq. abs. littér. Un: 936 912. Une: 711 338. Uns: 9 789. Unes: 3 667. Fréq. rel. littér. Un: xixes.: a) 1 202 256, b) 1 409 461; xxes.: a) 1 412 451, b) 1 354 043. Une: xixes.: a) 888 299, b) 1 027 364; xxes.: a) 1 085 591, b) 1 063 914. Uns: xixes.: a) 17 043, b) 13 805; xxes.: a) 14 065, b) 11 231. Unes: xixes.: a) 7 240, b) 4 945; xxes.: a) 4 869, b) 3 837.
BBG.Gondret (P.). Les Pron. et déterminatifs indéf. ds les phrases nég. en fr. du 12es. au 16es. Thèse, Paris, 1980, pp. 22-25, 261-266. − Milner (J.-Cl.). Synt. et sém. du constituant réciproque l'un ... l'autre. Rech. sur l'anaphore. Groupe « Gramm. sc. du fr. ». Paris, 1984, pp. 35-67. − Quem. DDL t. 38. − Tamba-Mecz (I.). Un de ces ... Inform. gramm. 1981, no11, pp. 3-6.

Wiktionnaire

Adjectif numéral

un \œ̃\ cardinal

  1. (Antéposé) Marque l’unité, le fait qu’une personne ou une chose est seule, unique en son espèce.
    • Quatre femmes et un homme.
    • Un mètre.
    • Une tonne.
    • Un entre mille.
    • N’être qu’un, ne faire qu’un : Se dit pour exprimer une étroite, une intime union entre deux ou même plusieurs personnes.
    • Il est une heure.
  2. (Familier) S’emploie familièrement pour indiquer un très petit nombre indéterminé.
    • J’ai un mot à vous dire.
    • J’en ai pour une minute.
  3. (Postposé) Ordinal pour premier.
    • Chapitre un.
    • Page une.
    • Le numéro un marque pour moi un absolu. Quelque chose à quoi rien n’est supérieur. Peu importe où. J’ai l’illusion que c’est hors comparaison. Il n’est pas possible que ce que j’ai fait vienne après ce qu’a fait quelqu’un d’autre. — (Nathalie Sarraute, Enfance, Gallimard, 1983, collection Folio, page 217)

Adjectif

un \œ̃\ cardinal

  1. Qui est seul, unique, qui n’admet point de pluralité.
    • Dieu est un.
    • Le moi est un.
    • La vérité est toujours une, elle n’est jamais contraire à elle-même.
    • Et ainsi il voyait la fin de la soirée devant lui, une et pourtant alternative, précédée soit par la rencontre d’Odette qui abolirait son angoisse, soit par le renoncement forcé à la trouver ce soir, par l’acceptation de rentrer chez lui sans l’avoir vue. — (Marcel Proust, Un amour de Swann, 1913, réédition Le Livre de Poche, page 58)
    • (Familier) C’est tout un, Il n’importe, c’est la même chose, cela est égal : qu’il vienne ou qu’il ne vienne pas, c’est tout un.
  2. Où règne l’unité, dont les parties sont liées entre elles de manière à former un tout.
    • L’église est une.
    • Il faut que dans une pièce l’action soit une.
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Littré (1872-1877)

UN (un, u-n' ; un conserve le son nasal lorsqu'il est suivi d'un autre mot commençant par une consonne ou par une h aspirée : un pour cent, un hameau ; il conserve le même son, bien que suivi d'une voyelle, s'il ne joue pas le rôle d'article indéfini : un et un font deux ; donnez-moi l'un ou l'autre ; un à un ; il se prononce u-n, si devant une voyelle ou une h muette il joue le rôle d'article indéfini : u-n ami, u-n homme ; quelques-uns veulent qu'on prononce eu-n, cette prononciation est vicieuse ; d'autres demandent qu'on prononce un-n homme (en gardant le son nasal) pour distinguer le masculin du féminin ; cette raison n'est pas suffisante contre l'analogie de ces sortes de liaisons. Un garde le son nasal devant oui, huit, huitième, onzième : un oui ou un non, un huit de pique, un huitième accès, un onzième. Il est un cas où un prend une demi-aspiration, c'est-à-dire qu'on n'élide pas l'e dans le : dans 21 le premier chiffre est 2, le second est 1 ; mettez le un avant le deux, et vous aurez 12 ; remarquez qu'ici on ne peut dire : mettez un avant le deux, car cela donnerait 121 ; on ne peut dire non plus : mettez l'un ; car, comme il y a deux chiffres, on croirait que c'est l'un des deux à volonté ; on prononce donc : mettez le un).
  • 1 Adj. numéral. Le premier de tous les nombres. Un, deux, trois. Une, deux, trois. Un et un font deux. Un entre mille. Une entre mille. Il n'en est resté qu'un. Mais, en faisant refus de répondre à nos vœux, Au lieu d'une [nymphe], Myrtil, vous en outragez deux, Molière, Mélic. I, 5. On peut parier 15162 contre 2378 ou 6 8/23 contre 1, qu'un enfant d'un an vivra un an de plus, Buffon, Probab. de la vie, Œuv. t. x, p. 247.

    De un à…, depuis le nombre un jusqu'à… Des enfants de un à douze ans.

    Substantivement, au masculin. Le chiffre qui marque un. Trois un de suite (111) font cent onze. Ajoutez un un.

  • 2Simple, qui n'admet point de pluralité. La religion est une. La foi est une. Chaque particulier n'est pas assez de n'être qu'un, s'il n'essaye de se multiplier en quelque sorte par le secours de plusieurs, Guez de Balzac, De la cour, 1er disc. Notre Dieu est un, infini, parfait, seul digne de venger les crimes et de couronner la vertu, Bossuet, Hist. II, 1. La devise un pour tous, tous pour un, Journ. offic. 23 avr. 1872, p. 2699, 1re col.

    La vérité est toujours une, elle n'est jamais contraire à elle-même.

    Terme de philosophie. L'un ou un, l'unité absolue, infinie. Au sommet dernier de l'échelle de l'être où, sans matière, sans forme… réside l'innommable unité ; l'un n'est pas beau ; l'un est au-dessus du beau, parce qu'il n'a ni forme ni matière, Ch. Lévêque, Science du beau, t. II, p. 446. Ce moi de Schelling c'est l'identique absolu, qui est infini en tous sens, le un et le tout, ID. ib. t. II, p. 531.

  • 3Où règne l'unité. La France est une. Au théâtre, l'action la plus une a plusieurs parties qui se passent dans des lieux différents, Lamotte, Réponse à M. de Voltaire. La nature est une, et se présente toujours la même à ceux qui la savent observer, Buffon, Hist. min. introd. Œuv. t. VII, p. 307. Tout sujet est un, et, quelque vaste qu'il soit, il peut être renfermé dans un seul discours, Buffon, Disc. de réception. Renfermer dans un système qui soit un, les branches infiniment variées de la science humaine, D'Alembert, Œuv. t. I, p. 185. Une idée, rendue par plusieurs mots, en est mieux développée ; mais elle ne cesse pas d'être une, Condillac, Gram. I, 12. Une bataille est une, quoique cent mille hommes d'un côté et cent mille hommes de l'autre en balancent l'événement et se disputent la victoire : voilà l'image de l'action, Marmontel, Œuv. t. x, p. 374.

    Substantivement. En un, dans l'unité. Vous [Dieu] êtes de la même sorte dans tout l'univers [que l'âme dans le corps]… faisant concourir en un toutes ses parties, Bossuet, Élévat. sur myst. IV, 9.

  • 4N'être qu'un, ne faire qu'un, se dit de plusieurs personnes ou choses qui ne sont plus considérées que comme uniques. Il n'y a plus maintenant ni de Juif, ni de gentil, ni d'esclave, ni de libre, ni d'homme, ni de femme ; mais vous n'êtes tous qu'un en Jésus-Christ, Sacy, Bible, St Paul, Épît. aux Galat. III, 28. Père saint, dit-il à son Père, gardez ceux que vous m'avez donnés… gardez-les, dit-il, afin qu'ils soient un, Bossuet, Sermons, Myst. de la Trinité, 1. Vous ne faites qu'un cœur et qu'une âme avec nous, Racine, Bérén. III, 1. On prenait plaisir à voir les deux camps confondus par une amitié si inespérée, et les deux armées qui n'en faisaient plus qu'une, Fénelon, Tél. XX. Notre orgueil et nous ce n'est qu'un, au lieu que nous et notre vertu c'est deux, Marivaux, Marianne, 2e part. Vos parcs sont séparés, et vos cœurs ne sont qu'un, Delille, Jard. I.

    En termes de pratique, on disait : Les époux seront uns et communs en bien, pour exprimer qu'il y aurait communauté entre eux.

  • 5C'est un, ce n'est qu'un, il n'y a point de différence, d'intervalle entre… et entre… Loin de mon front soient ces palmes communes, Où tout le monde peut aspirer ; Loin les vulgaires fortunes, Où ce n'est qu'un, jouir et désirer ! Malherbe, V, 27. La fortune a, dit-on, des temples à Surate ; Allons là ; ce fut un de dire et s'embarquer, La Fontaine, Fabl. VII, 12.

    C'est tout un, il n'y a aucune différence. Elle grimpa chez l'aigle, et lui dit : notre mort (Au moins de nos enfants, car c'est tout un aux mères) Ne tardera possible guères, La Fontaine, Fabl. III, 6. [L'oiseau] Va tout droit imprimer sa griffe Sur le nez de sa majesté. - Quoi ! sur le nez du roi ! - Du roi même en personne. - Il n'avait donc alors ni sceptre ni couronne ? - Quand il en aurait eu, ç'aurait été tout un, La Fontaine, Fabl. XII, 12. Bon ! son épée et rien, madame, c'est tout un, Montfleury, Fille cap. v, 3. Sauriez-vous un pays où il n'y eût ni gendarmes, ni rats de cave, ni maire, ni procureur du roi, ni zèle, ni appointements (je voulais dire dévouement ; n'importe, c'est tout un), Courier, Ire lett. particul.

    C'est tout un, il n'importe, cela est égal. Qu'il m'approuve ou me blâme, ce m'est tout un.

    PROVERBE

    C'est bien tout un, mais ce n'est pas de même.
  • 6Un de, une de…, l'un de, l'une de…, quelqu'un, quelqu'une parmi. Voilà l'un des péchés où mon âme est encline, Régnier, Sat. XI. J'ai vu les lettres que vous débitez contre celles que j'ai écrites à un de mes amis sur le sujet de votre morale, où l'un des principaux points de votre défense est que…, Pascal, Prov. X. Une des choses qu'on imprimait le plus fortement dans l'esprit des Égyptiens était l'estime et l'amour de leur patrie, Bossuet, Hist. III, 3. Une des plus belles parties de la milice romaine était qu'on n'y louait point la fausse valeur, Bossuet, ib. III, 6. Comme ce dessein [de Mithridate, marcher sur Rome] m'a fourni une des scènes qui ont le plus réussi dans ma tragédie, Racine, Mithr. Préface. L'un d'eux, en blasphémant, vient de nous faire entendre Qu'Abner est dans les fers…, Racine, Athal. IV, 5. Les prospérités humaines ont toujours été un des piéges les plus dangereux, dont le démon s'est servi pour perdre les hommes, Massillon, Petit carême, Vices et vertus. Je sens seulement qu'il [d'Alembert] est un des plus grands géomètres, un des plus beaux esprits et une des plus belles âmes de l'Europe, Voltaire, Mél. litt. honnêt. litt. 12. Geber, un des pères de la chimie, Diderot, Opin. des anc. philos. (Sarrasins).

    L'un de ces jours, un jour très prochain. Je m'offre à vous mener l'un de ces jours à la comédie, si vous voulez, Molière, Préc. 10.

  • 7Un, une, quelqu'un, quelqu'une. Un qui doit présuppose un qui a prêté, Malherbe, le Traité des bienf. de Sénèque, v, 8. J'allais doublant le pas comme un qui fend le vent, Régnier, Sat x. Vous rappelez en moi la souvenance D'un qui s'est vu mon unique souci, La Fontaine, Orais. Une avait pris un peintre en mariage, La Fontaine, Rémois. Ma fantaisie me fait haïr un qui souffle en mangeant, Pascal, Pensées div. 189, édit. FAUGÈRE. Est-il homme… qui soit plus aisé à mener bien loin qu'un qui espère, parce qu'il aide lui-même à se tromper ? Bossuet, Sermons, Impénit. finale, 2.
  • 8De deux l'un, de trois l'un, etc. un sur deux, un sur trois. Soyons bien buvants, bien mangeants, Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans, La Fontaine, Fabl. VI, 19. Comme il était défendu par la loi d'élire le même homme capitaine général plusieurs années de suite, au moins on l'élisait de deux années l'une, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 509, dans POUGENS.

    De deux jours l'un, se dit d'une chose que l'on ne fait qu'une fois en deux jours. N'allant plus au café que de deux jours l'un, et au spectacle que deux fois la semaine, Rousseau, Conf. VII.

    De deux choses l'une, il n'y a pas de milieu.

  • 9Un, une s'emploie pour représenter une personne, une chose dont il vient d'être parlé. On manquait de porteurs ; il s'en présenta un. Vos invincibles mains Ont de monstres sans nombre affranchi les humains ; Mais tout n'est pas détruit, et vous en laissez vivre Un… votre fils, seigneur, me défend de poursuivre, Racine, Phèdre, v, 3. Sans la Phèdre de M. Racine, on ignorerait aujourd'hui que Pradon en a composé une, Voltaire, Marianne, préface.

    Vingt pour un, se dit pour exprimer quelque chose qui arrive fréquemment. Sans la sage police qui règne dans Londres, tu te serais déjà fait vingt affaires pour une, Boissy, Français à Lond. 1.

    Familièrement et elliptiquement. Et d'un, et d'une, première personne, première circonstance, premier fait. Et d'une ! cela commence bien. Et d'un dans nos filets, Bret, Double extravag. II, 5. Il faut vivre avant de mourir, premièrement et d'un, Carmontelle, Prov. la Diète, sc. 2. Retournez vers elle, répliqua le maître au valet, et ne lui répliquez de ma part que ce mot : et d'une ! Comte de Caylus, Acad. de ces dames et de ces mess. t. XII, p. 297.

    Ne faire ni une ni deux, voy. DEUX, n° 1.

    Il peut bien la compter pour une, la prochaine fois je ne lui pardonnerai pas. Fig. et familièrement. Il m'en a donné d'une, il m'a attrapé, il m'a dit un mensonge, il m'a fait une fourberie. … ce bon apôtre Qui veut m'en donner d'une et m'en jouer d'une autre, Molière, l'Ét. IV, 7.

  • 10Familièrement et abusivement. Sur les une heure, à une heure environ (on prononce sur l'ê une heure).

    Entre une et deux, entre une heure et deux heures. Enfin les nefs si bien voguèrent, Qu'entre une et deux, après midi…, Scarron, Virg. VIII.

  • 11Un, une s'emploient très souvent, non pas pour désigner spécialement le nombre, mais pour signifier un objet dont il n'a pas encore été question, et dont on ne nous fait rien connaître, sinon qu'on n'en suppose pas plusieurs ; la plupart des grammairiens le nomment en cet emploi article indéfini. Un paon muait, un geai prit son plumage, La Fontaine, Fabl. IV, 9. Un songe, un rien, tout lui fait peur, Quand il s'agit de ce qu'il aime, La Fontaine, ib. VIII, 11. Sa maison va être le Louvre des états ; c'est un jeu, une chère, une liberté jour et nuit, qui attirent tout le monde, Sévigné, 73. Le devoir du nouvelliste est de dire : il y a un tel livre qui court, et qui est imprimé chez Cramoisy, La Bruyère, I. La grammaire générale de Port-Royal dit que un est article indéfini ; ce mot ne me paraît pas plus article indéfini que tout, article universel, ou ce, cette, ces, articles définis, Dumarsais, Œuv. t. IV, p. 187. Un marquis de Toscane, Adelbert, célèbre par sa femme Théodora, est despotique dans Rome, Voltaire, Ann. Emp. Arnould, 901.

    Quand un, une a plus d'un adjectif entre lui et le substantif, on ne le répète pas. Un bon et illustre personnage. C'est un pitoyable et insupportable raisonnement, Bossuet, Ét. d'orais. IX, 2. Pourrez-vous soutenir un si triste et si honteux ministère ? Massillon, Conférences, zèle contre les scandales.

    Cependant on trouve quelques exemples où un est répété. J'aime toujours le P. Rapin ; c'est un bon et un honnête homme, Sévigné, 28 oct. 1685.

    Un, une se met quelquefois sous une forme exclamative pour exprimer grandeur, excès. Il fait un chaud là dedans ! Genlis, Théât. d'éd. Bal d'enfants, II, 1.

  • 12Un, une… suivi d'un superlatif relatif. Voilà une belle merveille de faire bonne chère avec bien de l'argent ! c'est une chose la plus aisée du monde, Molière, l'Av. III, 5. Je suis un pauvre pâtre ; et ce m'est trop de gloire Que deux nymphes d'un rang le plus haut du pays Disputent à se faire un époux de mon fils, Molière, Mélic. I, 4. Une si illustre princesse ne paraîtra dans ce discours que comme un exemple le plus grand qu'on se puisse proposer, Bossuet, Duch. d'Orl.
  • 13Un, une se met quelquefois devant un nom propre, pour ôter à ce nom propre son sens particulier et en faire une sorte de nom général. Un Pamphile est plein de lui-même, ne se perd pas de vue, ne sort point de l'idée de la grandeur de ses alliances, de sa charge, de sa dignité, La Bruyère, IX. Je sors de Zaïre ; des comédiens de province m'ont fait fondre en larmes ; nous avions un Lusignan qui est fort au-dessus de Brizard [acteur des Français], et un Orosmane qui a égalé Lekain en quelques endroits, Voltaire, Lett. d'Argental, 8 juill. 1772. Il faut être l'ami d'un Tacite : c'est par un Tacite qu'il faut être loué, Diderot, Claude et Nér. I, 50.

    Il se met aussi devant un nom propre pour exprimer une assimilation avec le personnage qu'on nomme. C'est une Lucrèce, elle est aussi chaste que Lucrèce. C'est un Cicéron, il est aussi éloquent que Cicéron.

    S'emploie aussi dans un sens simplement emphatique, pour relever le nom du personnage. Ces saints docteurs, un saint Justin, un saint Irénée, un saint Clément… qui passaient les jours et les nuits à méditer l'Écriture sainte, Bossuet, 1er avert. 16. Si quelqu'un eût pu donner de tels mémoires [sur Pierre le Grand], c'eût été un prince Menzicoff, un général Sheremetoff, qui l'ont vu si longtemps dans son intérieur, Voltaire, Russie, préface.

    Il se dit enfin avec une nuance de mépris. Il faut un état, une famille, un nom, un rang, de la consistance enfin, pour faire sensation dans le monde en calomniant ; mais un Basile ! il médirait qu'on ne le croirait pas, Beaumarchais, Barb. de Sév. II, 9.

  • 14Un se met quelquefois pour tout et pour quiconque. Un chrétien doit faire cela, tout chrétien, quiconque est chrétien doit faire cela. Un homme peut-il s'exprimer de la sorte ? Quiconque est homme peut-il ?…
  • 15L'un et l'autre, l'un ou l'autre, expression pronominale indiquant la pluralité, la division. Je vois, sans me troubler, l'une et l'autre fortune, Régnier, Sat. X. À demeurer chez soi l'une et l'autre s'obstine, La Fontaine, Fabl. III, 6. Le moyen de choisir de deux grandes beautés Égales en naissance et rares qualités ! Rejeter l'une ou l'autre est un crime effroyable, Molière, Mélic. I, 5. Voilà deux bonnes veuves, Mme de Senneterre et Mme de Leuville : l'une est plus riche que l'autre ; mais l'autre est plus jolie que l'une, Sévigné, 15 nov. 1671. Par le rapport des deux Testaments on prouve que l'un et l'autre est divin, Bossuet, Hist. II, 13. L'un et l'autre, à mon sens, ont le cerveau troublé, Boileau, Sat. IV. L'un et l'autre rival, s'arrêtant au passage, Se mesure des yeux, s'observe, s'envisage, Boileau, Lutr. v. Étudiez la cour et connaissez la ville ; L'une et l'autre est toujours en modèles fertile, Boileau, Art p. III. Déjà par une porte au public moins connue L'un et l'autre consul vous avaient prévenue, Racine, Brit. I, 2. L'un et l'autre à la reine ont-ils osé prétendre ? Racine, Mithr. II, 3. L'un [Corneille] élève, étonne, maîtrise, instruit ; l'autre [Racine] plaît, remue, touche, pénètre, La Bruyère, I. Ainsi périt à l'âge de trente-six ans et demi, Charles XII, roi de Suède, après avoir éprouvé ce que la prospérité a de plus grand, et ce que l'adversité a de plus cruel, sans avoir été amolli par l'une, ni ébranlé un moment par l'autre, Voltaire, Charles XII, 8.

    Être l'un et l'autre, être les deux personnages, les deux choses dont on vient de parler. Est-ce à votre cocher, monsieur, ou bien à votre cuisinier que vous voulez parler ? car je suis l'un et l'autre, Molière, l'Av. III, 5.

    Il y a une faute dans cette phrase de Voltaire : On va juger l'affaire [du jésuite Janssens, qui niait un dépôt] ; il faut ou le pendre ou le canoniser ; et peut-être sera-t-il l'un et l'autre ; adieu, mon ami, ne soyons ni l'un ni l'autre, Lett. d'Argens, 15 juill. 1739. L'un et l'autre ne peut se rapporter à deux infinitifs. La phrase deviendrait correcte, si l'on mettait : Il devra être pendu ou canonisé.

    Dire d'un, puis d'un autre, varier dans son langage. Dire d'un, puis d'un autre ; est-ce ainsi que l'on traite Les gens faits comme moi ? La Fontaine, Fabl. IV, 16.

  • 16 Familièrement. Les uns et les autres, tout le monde sans distinction. Il dit aux uns et aux autres toutes ses affaires.
  • 17Ni l'un, ni l'autre. Ni l'un ni l'autre ne viendra, ni l'un ni l'autre ne viendront, Dict. de l'Acad. La postérité jugera qui vaut le mieux des deux [Corneille et Racine] ; car je suis persuadé que les écrits de l'un et de l'autre passeront aux siècles suivants ; mais jusque-là ni l'un ni l'autre ne doit être mis en parallèle avec Euripide et avec Sophocle, puisque leurs ouvrages n'ont point encore le sceau qu'ont les ouvrages d'Euripide et de Sophocle, je veux dire l'approbation de plusieurs siècles, Boileau, Réfl. crit. sur Longin, réfl. VII.

    On met toujours le pluriel, si ni l'un ni l'autre est placé après le verbe. Ils ne sont venus ni l'un ni l'autre.

    On dit aussi : L'un ni l'autre. Les funestes désespoirs de Marcelle et de Flavie, bien que l'une ni l'autre ne fasse pitié…, Corneille, Théod. Examen. Mais, si l'un parle mal, l'autre va bien agir, Et l'un ni l'autre enfin ne vous fera rougir, Corneille, Hér. III, 1. Vous n'aurez l'un ni l'autre aucun lieu de vous plaindre, Molière, Mélic. II, 6. Mais, aussitôt que l'ouvrage eut paru, Plus n'ont voulu l'avoir fait l'un ni l'autre, Racine, Épigr. Iphig. Leclerc.

  • 18L'un l'autre, l'une l'autre, les uns les autres, les unes les autres, expressions pronominales qui indiquent réciprocité. En ce monde il se faut l'un l'autre secourir, La Fontaine, Fabl. VI, 16. Entre nous autres auteurs, nous devons parler des ouvrages les uns des autres avec beaucoup de circonspection, Molière, Critique, 7. Auparavant l'on mettait la force et la sûreté de l'empire uniquement dans les troupes, qu'on disposait de manière qu'elles se prêtaient la main les unes les autres, Bossuet, Hist. III, 6. Puisse le ciel verser sur toutes vos années Mille prospérités l'une à l'autre enchaînées ! Racine, Bérén. v, 7. Ils [les Romains] y courent [en Asie] en foule ; et, jaloux l'un de l'autre, Désertent leur pays pour inonder le nôtre, Racine, Mithr. III, 1. Tous ses projets semblaient l'un l'autre se détruire, Racine, Athal. III, 3. Un ennemi intérieur et bien plus formidable les pressait vivement ; c'était la faim qui fut telle, qu'ils en vinrent à se manger les uns les autres, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 357, dans POUGENS. Exerçant l'un sur l'autre un mutuel empire, Par les mêmes liens l'un et l'autre s'attire, Racine L. Relig. v.

    L'un portant l'autre, l'une portant l'autre, en compensant ce qui est moindre dans l'un avec ce qui est plus considérable dans l'autre. Ces volumes m'ont coûté deux francs, l'un portant l'autre.

    L'un dans l'autre, l'une dans l'autre, même sens. La livre était vendue l'une dans l'autre six livres dix sous.

  • 19Pas un… pas une…, soit avec ne avant ou après, soit avec sans, aucun, aucune. Et qu'en faveur du sexe ou de la qualité On ne fasse à pas une aucune indignité, Mairet, Sophon. III, 1. Tous regardent l'empire ainsi qu'un bien commun, Que chacun veut pour soi, tant qu'il n'est à pas un, Corneille, Pulch. IV, 2. Heureux de ne devoir à pas un domestique Le plaisir ou le gré des soins qu'ils se rendaient, La Fontaine, Phil. et Bauc. Pas un seul ne fut épargné, La Fontaine, Fabl. II, 8. Il se trouva que, sur tous essayée, à pas un d'eux elle [la couronne] ne convenait, La Fontaine, ib. VI, 6. Ceux des Pays-Bas ne se sont tenus à pas une des confessions de foi qu'on avait faites devant eux, Bossuet, Variat. préf. Pas un se dit avec la même signification sans ne. Pas un seul petit morceau De mouche ou de vermisseau, La Fontaine, Fabl. I, 1. Je vous supplie de me croire autant dans vos intérêts que pas une de vos parentes et de vos amis, Mme de Grignan à Bussy, dans SÉV. t. VII, p. 180, éd. RÉGNIER. Il faut absolument qu'on m'ait ensorcelé ; Si j'en connais pas un, je veux être étranglé, Racine, Plaid. II, 5. Sous Louis XI, pas un grand homme, Voltaire, dans GIRAULT-DUVIVIER.

    PROVERBE

    Qui sert en commun ne sert à pas un, chaque particulier ne prend guère d'intérêt au bien public.
  • 20Plus d'un, terme collectif partitif, qui signifie proprement : une plus grande quantité que un (plus d'un est pour plus qu'un, voy. DE, n° 24). Plus d'un guéret s'engraissa Du sang de plus d'une bande, La Fontaine, Fabl. IV, 6. Aux temps les plus féconds en Phrynés, en Laïs, Plus d'une Pénélope honora son pays, Boileau, Sat. x. Je me suis vu, madame, enseigner ce chemin, Et par plus d'un héros, et par plus d'un Romain, Racine, Bérén. v, 6. Nous avons plus d'une ancienne pièce, qui, étant corrigée, pourrait passer à la postérité, Voltaire, Épît. Dédic. de Sophon. Plus d'un Mathieu Garo s'érige en novateur ; Lucas est usurier, Colas agioteur, Delille, Pitié, ch. I. Tu fus moins scrupuleux dans plus d'une entreprise, Delavigne, les Enfants d'Édouard, I, 6.

    Comme on voit, plus d'un régit le verbe qui le suit au singulier. Il faut excepter le cas où le verbe serait réciproque. À Paris on voit plus d'un fripon qui se dupent l'un l'autre, Marmontel, Incas, XLV.

    On exceptera aussi le cas où plus d'un est répété. Plus d'un fils désolé, plus d'une jeune fille en deuil viendront…

    On trouve dans Voltaire un exemple de plus d'un avec le pluriel ; mais cela est contraire à l'usage et aussi à la règle, car plus ne représente pas un pluriel. V. M. sait que plus d'un homme considérable pensent qu'il faut une balance, et que la politique contraire est une politique détestable, Lett. au roi de P. 13 nov. 1757.

    En savoir plus d'un, savoir plus d'un tour, être adroit, rusé. Nous en savons plus d'un, dit-il en les gobant, C'est tour de vieille guerre, La Fontaine, Fabl. III, 18.

    En avoir vu plus d'une, avoir de l'expérience. Je ne suis pas de ces gens à qui on en fait accroire ; nous en avons vu plus d'une à Moulins, Picard, Voy. interr. III, 2.

  • 21Un peu, voy. PEU, n° 2.

    Un petit, voy. PETIT, n° 18.

  • 22Un à un, l'un après l'autre, et un seul à la fois. Vous, enfants d'Israël, vous serez rassemblés un à un, Sacy, Bible, Isaïe, XXVII, 12. Impostures dont la liste vous effraierait, si je les comptais une à une, Voltaire, Phil. Ép. aux Rom. III. Elle [Mme Necker] vient de former dans le faubourg Saint-Germain un hospice où les malades couchés un à un, soignés comme ils le seraient chez une mère tendre…, Raynal, Hist. phil. XII, 11.

REMARQUE

1. Votre ami est un des hommes qui manquèrent périr. Votre ami est un des hommes qui doit le moins compter sur moi. Dans la première phrase on veut dire votre ami est parmi ceux qui manquèrent périr ; dans la seconde, on veut le mettre à part. En d'autres termes, quand on peut tourner par : est parmi les hommes un qui…, on met le verbe au singulier ; quand on ne le peut pas, on met le verbe au pluriel. C'est une des plus belles actions qu'il ait faites, et non faite. Cette phrase-ci de Ménage est correcte : Je suis un des premiers qui ai imité, Ménage, dans son édition de Malherbe, p. 560. Je qui ai imité suis un parmi les premiers. De même pour Mme de Sévigné : Vous êtes un des hommes qui me convient le plus, Sévigné, à Guitaut, 24 oct. 1679. C'est une des personnes du monde qui a le plus de bonnes qualités, Sévigné, 25 mai 1689. Celle-ci de Montesquieu l'est aussi : Un grand seigneur qui est un des hommes du royaume qui représente le mieux, Montesquieu, Lett. pers. 74. : est, parmi les hommes du royaume, un qui représente le mieux. Mais ces phrases de Voiture, de Retz, de Sévigné et de Boileau sont incorrectes ; il y faut le pluriel : Une des causes qui poussa l'un des Gracques à…, Voiture, Lett. 125. Ce point d'histoire est un de ceux qui m'a obligé…, Retz, t. III, liv. IV, p. 500, dans POUGENS. Rien n'est si vrai, et c'est une des raisons qui fait murmurer contre l'impossibilité, Sévigné, 27 nov. 1689. Je viens d'apprendre en ce moment que M. de Soubise, dont je ne parle point, est un de ceux qui s'y est le plus signalé, Boileau, Ép. IV, Avertiss. À la vérité, dans les exemples de Voiture et de Sévigné, on peut, à la rigueur, défendre le singulier, en disant : parmi les causes une, parmi les raisons une ; mais, comme, de cette façon, causes et raisons ne se trouveraient pas déterminées, le pluriel doit être préféré ; au lieu que, dans la remarque 2, on conçoit qu'on peut dire parmi les hommes, parmi les sciences, au sens absolu.

2. Quant à l'exemple cité ci-dessus : Votre ami est un des hommes qui doit le moins compter sur moi, on remarquera qu'on pourrait aussi mettre le pluriel, ayant dans l'idée : Votre ami est un parmi les hommes qui doivent le moins compter sur moi L'astronomie est une des sciences qui fait le plus ou qui font le plus d'honneur à l'esprit humain, Dict. de l'Acad. qui ajoute : Le dernier est le plus usité. On dira de même suivant l'idée : C'est une des pièces de Molière qui a eu ou qui ont eu le plus de succès. La nuance de l'idée entre le pluriel et le singulier est par exemple dans la phrase de Mme de Sévigné : Vous êtes un des hommes qui me convient le plus : avec le singulier cela signifie que, parmi les hommes, il y en a un qui me convient le plus, et c'est vous ; avec le pluriel cela signifie que vous êtes parmi les hommes qui me conviennent le plus. Le superlatif est, si l'on peut ainsi parler, plus superlatif avec le singulier.

3. On remarquera que, si, au lieu d'être construit avec l'article, le substantif l'était avec le pronom démonstratif, la liberté du choix entre le singulier et le pluriel serait ôtée ; le pluriel seul serait admis par la syntaxe ; et l'on dira, par exemple, en parlant de l'intendant Courtin : C'est un de ces hommes qui ne dorment que quand leur conscience est satisfaite.

4. C'est un de mes enfants qui a eu le prix, c'est un de nos généraux qui a remporté la victoire ; il faut le singulier. Ici on ne peut pas tourner par : un de ceux.

5° à propos de l'expression un de, des grammairiens conseillent de la remplacer par l'un de : 1° au commencement d'une proposition incidente : Ce prince, l'un des plus sages, a pensé ainsi ; 2° quand le substantif destiné à le suivre est sous-entendu : Il charge ses chameaux et monte sur l'un des plus légers ; 3° lorsque le mot qui suit un de est un pronom : L'un de vous me suivra ; 4° si l'on exprimait le sujet et le verbe, un de vaudrait mieux : Cet homme qui était un des héros du parti. Cependant il faut bien dire que ces nuances sont loin d'être toujours observées : Henri IV fut l'un ou un des plus grands rois de France. À ce propos, on remarquera que, l'un appelant facilement l'autre, on dira plutôt l'un que un, quand il n'y a que deux : l'un des consuls.

6. Pour la construction de l'un et l'autre avec le verbe qui y appartient, les grammairiens ont donné la règle suivante : l'un et l'autre est venu signifie qu'ils ont tous les deux fait l'acte de venir ; l'un et l'autre sont venus, qu'ils sont venus en même temps ; l'un et l'autre a fait son devoir, chacun a accompli un devoir particulier ; l'un et l'autre ont fait leur devoir, ils ont accompli le même devoir. Dans le premier cas il y a deux propositions ; dans le second il n'y en a qu'une. Cette distinction est subtile : si l'on prend les exemples, on voit que l'un et l'autre est tantôt considéré comme un sujet simple, tantôt comme deux, suivant l'idée qui prévaut dans l'esprit et suivant l'euphonie. Il est également bien dit : l'un et l'autre vous a obligé, et l'un et l'autre vous ont obligé, Vaugelas, Rem. t. I, p. 226, dans POUGENS.

7. Comme l'un et l'autre, ni l'un ni l'autre veut indifféremment le verbe au singulier ou au pluriel. La Fontaine fut oublié [de Louis XIV], ainsi que Corneille ; ni l'un ni l'autre n'était courtisan, La Harpe, Cours de litt. t. VII, p. 281. On dirait également : Ni l'un ni l'autre n'étaient courtisans.

8. Des grammairiens disent qu'avec l'un et l'autre suivi d'un substantif, il faut répéter la préposition, et qu'on doit dire non pas : Cet acteur plaît dans l'une et l'autre pièce ; mais dans l'une et dans l'autre pièce. Cependant de bons auteurs n'ont pas répété la préposition. De pareilles frayeurs mon âme est alarmée ; Comme elle [Camille], je perdrai dans l'une et l'autre armée, Corneille, Hor. I, 3. Et qui parle le mieux de l'un et l'autre ouvrage, Molière, Mélic. I, 2. S'étant ensuite informé plus en détail de ce qui s'était passé dans l'une et l'autre armée, Voltaire, Babouc.

9. L'un… l'autre peuvent se dire de noms de différents genres. L'apathie des victimes et l'indifférence des bourreaux étalent également remarquables ; la vie humaine ne semblait avoir de valeur ni pour les unes ni pour les autres, Lindau, Rev. des Deux-Mondes, 15 avr. 1872, . 935.

10° Il ne faut pas confondre l'un l'autre avec l'un et l'autre. L'un l'autre indique réciprocité, l'un et l'autre indique seulement une circonstance, c'est-à-dire qu'on est deux. Nous parlons l'un et l'autre ; c'est-à-dire nous parlons tous les deux. Nous nous parlons l'un l'autre, c'est-à-dire il me parle et je lui parle. Ils se secoururent l'un l'autre, et non ils se secoururent l'un et l'autre.

11. On a dit que, quand il est question de plus de deux personnes ou de deux choses, l'un l'autre doit se mettre au pluriel. Racine ne s'est pas conformé à cette règle qui, au plus, est valable en prose. Ainsi il a dit : Tous ses projets semblaient l'un l'autre se détruire, Ath. III, 3. Puisse le ciel verser sur toutes vos années Mille prospérités l'une à l'autre enchaînées ! Bérén. v. 7.

12. Quand l'un et l'autre est construit avec un substantif, ce substantif se met toujours au singulier : l'une et l'autre armée, l'un et l'autre rival.

13. Un après un nombre (vingt et un, trente et un, etc.) veut le pluriel : vingt et un chevaux. Autre était la décision de l'Académie au XVIIe siècle : On dit ce mois a trente et un jour, et non pas trente et un jours ; si on y joint un adjectif, il faut dire au pluriel : il y a trente et un jour passés qu'on a reçu de ses lettres, Observ. sur Vaugelas, p. 166, dans POUGENS.

14. On lit dans Mme de Sévigné : C'est avec les deux mille écus de dame de la reine… vingt-une mille livres de rente qu'elle aura tous les ans, 25 déc. 1676, éd. RÉGNIER. D'autres éditions portent : vingt-un mille. Dans ces cas et cas semblables, c'est un qu'il faut. Un porte non pas sur le nom féminin, mais sur mille.

15. On dit un au pluriel : les uns. Cela paraît contradictoire avec le sens du mot. Voici la filiation de cet emploi : le latin mettait unus au pluriel, quand, malgré ce pluriel, il ne s'agissait que d'une seule chose : satis una superque Vidimus excidia, Virg. Aen. II. L'ancien français, qui avait du latin l'emploi de unus au pluriel, a étendu cet emploi, et fait de uns, unes, un article indéfini pluriel ; voy. ci-dessous dans Joinville : Unes très grans roches. Cet article indéfini pluriel est devenu sans peine les uns.

HISTORIQUE

Xe s. Ad une spede [épée] li roveret tolir lo chief, Eulalie. Un edre [un lierre], Fragm. de Valenc. p. 468. Dunc si rogavit Deus ad un verme, que il percussit cel edre, ib.

XIe s. L'un fut Basan et li altres Basile, Ch. de Rol. XI. Fierent li un, li altre se defendent, ib. CVII. Par uns et uns [les chevaliers morts] les a pris li barun, ib. CLX. À l'une main [d'une main] il a sun piz batut, ib. CLXXII. Paien recleiment un lur deu Tervagant, ib. CLXXVI. Li empereres en est l'uns [des deux], ço m'est vis, ib. CCLV.

XIIe s. Et de lor gent plus de l'une moitié, Ronc. p. 70. Dix mile sunt, tuit d'une compagnie, ib. p. 89. Uns escuiers vint pognant la ferrée [la route ferrée, pavée], ib. p. 146. Des vingt mil homes n'en tourna uns en France, ib. p. 165. Quant l'uns à l'autre atalente, Pourquoi nous as despartis ? Dame de Faiele, dans Couci. Voirs est [il est vrai] c'amours est grans douçours, Quant doi cuer [deux cœurs] sont un sans partir, Chrestien de Troyes, dans HOLLAND, p. 233. Et la guerre dura tante mainte saison ; Li uns rois après l'autre la reprist en son nom, Sax. III. E partid son peuple en treis, et livrad l'une partie à Joab, et l'altre à Abisaï, et la tierce à Ethaï, Rois, p. 185.

XIIIe s. Li messaige furent esleu, Mahius de Monmorenci en fu li uns, et Joffrois li mareschaus en fu li autres, Villehardouin, LXXXVI. S'aidoient li uns l'autre contre les Arabis, Berte, v. Et dist li uns à l'autre : par le cors saint Clement…, ib. IX. Un jour estoit rois Flores à un sien grant manoir, ib. LXV. Le cerf tant [il] parsuivi, Que trestoutes ses gens un et autres [il] perdi, ib. CVIII. Li roys et la royne l'uns l'autre resgarda, ib. CXXII. Car je sui un de ceux qui es bois la menerent, ib. CXXXIX. Uns miens amis me vint dès ersoir acointer, ib. X. Celle berrie [plaine] commensoit à unes tres grans roches merveilleuses qui sont en la fin du monde devers Orient, Joinville, 262. Jà n'i sera [au jugement dernier] ne quens [comte] ne rois Par sa hauteche mis avant, Tout seront un, petit et grant, Gui de Cambrai, Barl. et Jos. p. 50. Si leur a dit et un et el [choses et autres], Ph. Mouskes, ms. p. 258, dans LACURNE.

XIVe s. Un et un [un à un] monte les degrez, Ovide de arte, ms. de St-Germ. f° 95, dans LACURNE.

XVe s. On dit, et voir est, que tout edifice est ouvré et maçonné l'une pierre après l'autre, Froissart, Prol. Le pays d'Angleterre n'est pas bien à un [uni, en concorde], Froissart, liv. III, p. 347, dans LACURNE. Si vouloient ils [les Gantois] estre tout un au besoin pour garder et deffendre les franchises et bourgeoisies de Gand, Froissart, liv. II, p. 78. Mais tel dit un, qui autre chose a faicte, Deschamps, Poésies mss. f° 186. Et feirent faire robbes pareilles, et par aucun temps feurent tousjours vestus tout un, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1413. Le duc de Bourgogne, fortement courrouchié, vint à eux, et leur remonstra tant d'unes et d'autres que les chiefs luy promirent…, J. Lefevre de St-Remy, Hist. de Charles VI, p. 124, dans LACURNE. Et suis d'oppinion que ce temps luy dura ung seize ans ou environ, Commines, VI, 13. Lequel avoit pour premier chambellan ung qui depuis s'est appelé monseigneur de Chimay, Commines, I, 2.

XVIe s. À contempler villes, chasteaulx, citez, Unes montans en grant preeminence, Aultres tumbans en basse decadence, Marot, J. V, 59. Malheur n'est pas tousjours à une porte, Marot, J. V, 236. À peine s'en trouve il de cent l'un qui en soit vray spectateur, Calvin, Instit. 19. En Jeremie, où il est denoncé qu'il veut estre cogneu de nous, il ne met pas une description si plaine, neantmoins elle revient toute à un [au même], Calvin, ib. 50. Le Fils est un avec le Pere, Calvin, ib. 97. Aucuns accusent Dieu d'inegalité de justice, pour ce qu'en sa predestination il ne fait pas tout un à tous hommes, Calvin, ib. 766. Une messe, unes matines, unes vespres ien sonnées sont à demy dictes, Rabelais, Garg. I, 40. Et puis de nous ne reste qu'une fable, Un moins que vent, ombre, fumée et songe, Saint-Gelais, 192. Sa femme commença à devenir l'une des plus belles femmes qui fust en France, Marguerite de Navarre, Nouv. 15. Nos anciens ont escript ung avec g en la fin, de peur qu'en escrivant un ne semblast estre le nombre VII ; toutes fois cela ne plaist à plusieurs, R. Estienne, Gramm. franç. p. 7. dans LACURNE. Faisoit paroistre à chacun Que des biens luy estoit tout un [que les biens lui étaient indifférents], Des Accords, Bigarrures, p. 178, dans LACURNE. La mort est toujours une [la même], Montaigne, I, 90. Attendant une et une autre commodité, Montaigne, I, 97. S'estant parfaictement commis l'un à l'aultre, ils tenoient parfaictement les renes de l'inclination l'un de l'autre, Montaigne, I, 214. Une relation infaillible des unes choses aux aultres, Montaigne, II, 4. Après plusieurs propos tombans de l'un en l'autre, il leur demanda pourquoy ils refusoient tant l'amitié du roy, La Boétie, 38. L'un et l'autre disoient…, La Boétie, 39. Qu'un sans plus soit le maistre, et qu'un seul soit le roy, ce dit Ulysse en Homere, La Boétie, Servitude volontaire, ou le contre un. Tout lui estoit un [égal, indifférent], Despériers, Contes, XLVI. Les Grecs, qui ont soutenu, lors qu'ils ont esté d'un accord ensemble, la puissance des rois de Perse, Lanoue, 48. Comme entre les François il s'en trouve de bons et de mauvais, aussi parmi eux [étrangers] il y en a d'uns et d'autres, Lanoue, 85. N'est-ce pas comme rebailler une saignée à un qui a quasi tout perdu son sang ? Lanoue, 193. L'un et l'autre ravit des femmes ; et ny l'un ny l'autre ne peut eviter le malheur d'avoir querelle avecques les siens, Amyot, Thés. 2. Ses fils estoient aussi en bon nombre ; Pitheus en fut l'un, lequel…, Amyot, ib. 3. Hannibal, cognoissant la faulte que ses guides avoient faitte en prenant l'un pour l'autre [une chose pour une autre], les feit pendre, Amyot, Fab. 15. Un Metellus, un Aristides et un Epaminondas avoient bien cette maniere de faire, de ne vouloir point flatter la commune, Amyot, Alc. et Cor. comp. 7. Ilz estoient tous deux quasi d'un aage, Amyot, Démétr. 5. Il en feit mourir de dix l'un sur lequel tumba le sort, Amyot, Anton. 49. Mais le prince de Condé n'estant pas à un [étant mal d'accord] avec son cousin, les effets de cette paix trainerent, D'Aubigné, Hist. II, 367. Je ne me coucheray point que je ne vous aye mis à ung [reconciliés], Carloix, II, 7. Fort grands et puissants hommes, presque d'une taille, et tous blonds, Carloix, III, 29. Nos ennemis dient d'ung et font d'autre, Bibl. des chartes, 3e série, t. I, p. 505. Ces fievres ont des exacerbations, ou tous les jours, ou de deux l'un, ou de trois l'un, Paré, XX, 15. Sa marque imite de la lune Les feux courbés, quand l'une et l'une De ses deux cornes se refont, Ronsard, 547. Ils sont reputez uns et communs en biens meubles et conquests, s'il n'appert du contraire, Coust. gén. t. I, p. 419.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

UN. - REM. Ajoutez : 16° Lamartine a dit l'une après l'une au lieu de l'une après l'autre : Deux vagues que blanchit le rayon de la lune, D'un mouvement moins doux viennent l'une après l'une, Nouv. Médit. XXIV. Barthélemy, dans sa Lettre à Lamartine (Némésis, 1831), n'a pas passé ce néologisme au poëte, quand il a dit : Suivant de l'œil, baigné par les flux de la lune, Les vagues à ses pieds mourant l'une après l'une, Et les aigles dans les cieux gris (note de M. Ch. Berthoud).

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

UN, s. m. (Arithmétique.) unité de nombre ; un multiplié par lui-même ne produit jamais qu’un ; une fois un est un, un joint à un autre un, fait deux ; un & un font deux. Un en chiffre arabe s’écrit ainsi (1), en chiffre romain (I) & en chiffre françois, de compte ou finance, ainsi (j). (D. J.)

Un, deux, trois, (Marine.) ces mots sont prononcés par celui qui fait haler la bouline, & au dernier les travailleurs agissent en même tems.

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Étymologie de « un »

Du latin ūnus, adjectif numéral « un ».
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Génev. quel jour sommes-nous ? nous sommes le un ; Berry, ieun, ieune ; picard, ein ; bourg. ein, eun, et, devant une voyelle, ène ; wallon, on, et onk quand aucun mot ne suit ; provenç. uns, us, un, u, una ; espagn. un, uno ; port. um ; ital. uno ; du lat. unus ; anc. lat. oinus ; ombrien, enom ; allem. ein ; goth. ains ; angl. one ; sanscr, enas.

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Phonétique du mot « un »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
un œ̃

Citations contenant le mot « un »

  • Un thriller est un voyage. De Jean-Christophe Grangé / Evene.fr - Avril 2007
  • Un livre est un monde, un monde fait, un monde avec un commencement et une fin. De Réjean Ducharme / L'avalée des avalés
  • Dès la découverte du premier résultat positif au coronavirus, le centre de loisirs a été fermé. Dans un premier temps, l’ensemble de l’équipe d’animation a été testée, ainsi que les enfants susceptibles d’être rentrés en contact avec le premier animateur qui présentait des symptômes. Toutes les familles ont été informées. Les six personnes qui se sont révélées porteuses du virus « vont bien », dit encore l’ARS. SudOuest.fr, Coronavirus : un cluster détecté à La Rochelle, dans un centre de loisirs
  • Antoni van Leeuwenhoeck a vu onduler des spermatozoïdes dans un microscope rudimentaire il y a plus de 300 ans. Depuis personne n'a remis en cause cela, et pourtant ! Le scientifique a été victime d'une illusion d'optique. Une nouvelle étude révèle que la nage des spermatozoïdes est bien plus complexe.  Futura, On sait enfin comment nage un spermatozoïde
  • C'est un morceau d'histoire qui vient d'être endommagé, à proximité d'Iznik, dans la province de Bursa, au nord-ouest de la Turquie. Un bas-relief représentant le personnage mythique d'Hercule a été victime de vandales et son visage est désormais abîmé, explique le Hurriyet Daily News dans un article repéré par Le Figaro. Il aurait été gravé dans la roche il y a environ 2 000 afin de protéger les travailleurs de la carrière de pierre située à proximité. Le Point, Turquie : un bas-relief vieux de 2 000 ans dégradé - Le Point
  • La Polynésie française a jusqu’ici été peu touchée par l’épidémie. On y dénombre 62 cas et ne déplore aucun décès. Et surtout, aucun nouveau cas n’y avait été détecté depuis plusieurs semaines. Mais le 15 juillet, cette collectivité d’outre-mer a rouvert ses vols en provenance de l’Europe et des États-Unis, pour permettre au tourisme de redémarrer. Le HuffPost, Covid-19: un cas détecté sur le Paul Gauguin, un paquebot de croisière avec 340 personnes à bord | Le HuffPost
  • L'ARS Bretagne annonce ce lundi 3 août qu'en fin de semaine dernière, un nouveau cluster avait été découvert à Saint-Malo, dans un gîte. Dans un groupe de jeunes en vacances, une vingtaine de cas positifs ont été recensés. France Bleu, Saint-Malo : une vingtaine de vacanciers positifs au coronavirus dans un gîte
  • Il s’agit d’une copropriété de valeurs mobilières, alors que le second produit prend la forme d’une société (SA ou SAS). Le Revenu, Qu’est-ce qu’un FCP ? | Le Revenu
  • C'est une tradition instaurée par Jacques Chirac. Chaque veille de 14 Juillet, les militaires qui vont défiler sur les Champs-Elysées, mais aussi les industriels de l'armement, les attachés de défense des ambassades, etc., sont conviés à la garden party de l'Hôtel de Brienne, siège du ministère des Armées, rue Saint-Dominique dans le VIIe arrondissement de Paris. leparisien.fr, Un quinquennat de crises : le jour où Macron a désavoué le général de Villiers - Le Parisien
  • Après un mois de juillet globalement défavorable aux actions (soit un repli mensuel de 3,09% s'agissant du CAC 40), la Bourse de Paris profite de l'embellie des indices PMI pour repartir de l'avant lundi. En cette première séance d'août, l'indice phare s'adjuge 0,85% à 4.824,28 points vers 11h25, dans un volume de 940 millions d'euros, plutôt fourni pour cette période de l'année. BFM Bourse, Cac 40 : Le rebond des indices industriels en Europe entraîne un net rebond du CAC 40 - BFM Bourse
  • Le Philips 275E1S est l'un des modèles IPS 27 pouces Quad HD les plus abordables du marché. Il nous tenait donc à cœur de savoir si ce moniteur tient toutes les promesses qu'il profère. , Test Philips 275E1S : un moniteur 27 pouces IPS Quad HD abordable - Les Numériques
  • Un homme, âgé d’une trentaine d’années, est mort dimanche après avoir été percuté délibérément par une camionnette dont le conducteur a pris la fuite à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). , Faits-divers - Justice | Un conducteur percute délibérément un piéton et le tue

Images d'illustration du mot « un »

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Traductions du mot « un »

Langue Traduction
Anglais a
Espagnol una
Italien un'
Allemand ein
Chinois 一个
Arabe أ
Portugais uma
Japonais a
Basque a
Corse à
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Synonymes de « un »

Source : synonymes de un sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « un »

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