La langue française

Trouble

Définitions du mot « trouble »

Trésor de la Langue Française informatisé

TROUBLE1, adj.

A. − [En parlant d'un milieu physique]
1. [En parlant d'un liquide] Qui n'est pas limpide, transparent, qui contient en suspension des particules, des impuretés. Boisson, bouillon trouble; eau trouble des fossés. Extrait aqueux de quinquina. Il a une couleur chocolat claire et une consistance un peu molle (...) sa solution est trouble et rouge-brune, assez semblable à une décoction (Kapeler, Caventou, Manuel pharm. et drog., t. 2, 1821, p. 605).[Le Mississipi] y reçoit ses principaux affluents, d'abord les eaux formidables du Missouri (...) dont les eaux sont si pures que dix-lieues après leur jonction on les distingue encore des eaux vaseuses, troubles, terreuses, jaunies du Mississipi (Cendrars, Or, 1925, p. 39).
En partic. [En parlant du vin, de la bière] Qui présente un état de non-limpidité provoqué par une erreur dans la fabrication (mauvaises conditions de température, d'aération, de fermentation, le plus souvent). En même temps que l'aloyau, on servit du bourgogne. Il était trouble. Bouvard, attribuant cet accident au rinçage de la bouteille, en fit goûter trois autres sans plus de succès (Flaub., Bouvard, t. 1, 1880, p. 48).
Loc. fig. En eau trouble. Dans une/des situation(s) à caractère douteux. Lille manquait de tout. On exploitait effrontément. À ces « réguliers » se mêlaient une lie (...) de spéculateurs (...) tous ceux, toutes celles qui s'enrichissent en eau trouble, et que leur hardiesse, leur habitude de vivre en marge des lois, rendaient particulièrement aptes aux « affaires » de ces temps perturbés (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 83).
Nager* en eau trouble. Pêcher en eau trouble. V. pêcher2.
2. [En parlant d'un corps transparent] Qui n'est plus transparent parce que sali. La cantinière dormait (...) devant sa petite table chargée de bouteilles vides et de verres troubles (A. Daudet, Contes lundi, 1873, p. 174).Berthe, assise auprès d'Hortense [dans l'omnibus], regardait à travers la vitre trouble passer des rues presque oubliées (Chardonne, Épithal., 1929, p. 37).
3. [En parlant de l'œil] Dont la couleur n'est pas bien définie, qui manque de netteté. Le roi (...) n'avait pas l'air bien triste (...) de jolis yeux un peu troubles et dans le regard quelque chose d'irrésolu (A. Daudet, Rois en exil, 1879, p. 93).
P. méton.
[En parlant du regard] Qui est vague, peu expressif et, au fig., qui manque de franchise, cache des intentions équivoques. Le blessé (...) ouvrit (...) les yeux, jeta devant lui des regards troubles, hagards (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Hautot, 1889, p. 259).Sa figure est presque jolie, sous des cheveux blonds coupés en frange, mais son trouble regard mauve, errant, sournois, lit la neurasthénie aiguë, presque la démence (Colette, Vagab., 1910, p. 255).
[En parlant de la vue] Qui n'est pas net, qui ne permet pas de voir distinctement. Synon. brouillé.Ce matin, ma vue est tellement trouble, si brouillardeuse, que j'ai toutes les peines du monde à écrire ce mot (Goncourt, Journal, 1889, p. 991).Empl. adv. Voir trouble. Avoir la vue brouillée, ne pas voir distinctement. J'ai commencé par voir tout bleu, puis j'ai vu trouble; au bout de cinq minutes, je ne voyais plus du tout (Fromentin, Été Sahara, 1857, p. 194).
4. [En parlant d'un élément naturel, climatique] Qui a perdu sa clarté, sa luminosité; qui est gris et nuageux. Temps trouble (vieilli). 2 octobre. Le temps fuit. Le ciel trouble s'emplit déjà d'hiver (Gide, Journal, 1905, p. 178).Il n'y avait pas de houle. Le ciel était bas, l'atmosphère trouble, nébuleuse, les nuées de plomb chargées d'éclairs de chaleur, l'eau d'étain (Cendrars, Lotiss. ciel, 1949, p. 246).
5. [En parlant d'une source lumineuse] Qui manque d'éclat, de luminosité. La petite lampe du plafond versait une lueur trouble (Carco, Équipe, 1919, p. 68).
6. [En parlant d'une couleur] Qui manque de netteté. Elles sont tantôt grises et tantôt mauves, tes prunelles. Une couleur trouble, pas franche (Martin du G., Thib., Belle sais., 1923, p. 971).
B. − Au fig.
1. [En parlant d'une situation, d'une affaire] Qui comporte des éléments cachés, suspects. Synon. louche1.Je l'ai beaucoup intéressé [Gourmont], en lui racontant le mécanisme des affaires (...) la sorte d'affaires risquées, troubles, qu'il y aurait à faire avec certains dossiers Langlois (Léautaud, Journal littér., 1, 1906, p. 270).J'ai voulu l'aimer comme un père et j'en ai été amoureux. Nos bonnes actions sont souvent plus troubles que nos péchés (Aymé, Vogue, 1944, p. 86).
2. [En parlant d'une pers., de son caractère] Qui est difficile à cerner, à définir, et qui apparaît comme louche. De son côté, son beau-frère Coleridge, esprit désordonné, bizarre et trouble, s'abîmait dans le gouffre de la métaphysique allemande (Bourget, Ét. angl., 1888, p. 163).Des individus troubles et patibulaires, prêts à toutes besognes, dont on ne sait jamais s'ils émargent à la police ou au crime (Arnoux, Juif Errant, 1931, p. 26).
3. [En parlant d'un sentiment] Qui manque de pureté; qui est ambigu, qui contient des éléments plus ou moins avouables. Synon. équivoque.Joie, désir, pensée trouble. De ce jour, nos promenades par les bois et les rochers devinrent des promenades à trois. Je goûtai le plaisir un peu trouble de suivre chez Lucie le progrès de son désir pour Lando (Abellio, Pacifiques, 1946, p. 205).
Prononc. et Orth.: [tʀubl̥]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) Déb. xiies. truble « se dit d'un liquide qui n'est pas limpide » (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 646); b) 1580 cristal trouble (B. Palissy, Disc. admir., p. 363); 2. a) 1376 le tans est trouble « brumeux, nuageux » (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, 70, 17); b) ca 1450-65 id. fig. (Charles d'Orléans, Rondel de Jehan Caillau, éd. P. Champion, t. 2, p. 306); c) 1539 voir trouble « ne pas voir distinctement » (Calvin, Institution chrétienne, éd. J. D. Benoît, L. II, chap. VIII, 4, p. 136); d) 1665 avoir la vue trouble « confuse, indistincte » (Molière, Dom Juan, II, 1). B. 1. 1150-70 « troublé, confus, inquiet (de l'esprit) » (Jeu Adam, éd. W. Noomen, 842); 2. 1283 « qui n'est pas clair, que l'esprit ne peut appréhender avec netteté ou certitude » (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, 1675, p. 358, var. ms. E, G, H, J, K: (paroles) troubles); 3. 1579 lieu trouble (Larivey, Jaloux, éd. Viollet-le-Duc, II, 6). Mot issu apr. métathèse du -r du lat. pop. *turbulus (cf. le lat. turbulare > fr. troubler*, le roum. turbure et des formes dial. ital.), réfection du lat. turbidus « troublé, agité, bouleversé, désemparé », d'apr. turbulentus « agité, en désordre », « turbulent, remuant, facétieux ». Fréq. abs. littér.: 924. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 375, b) 1 111; xxes.: a) 1 413, b) 1 306.

TROUBLE2, subst. masc.

I. − [À propos d'un milieu physique]
A. − [À propos d'un liquide]
1. État de non-limpidité, de non-transparence d'un liquide, dû à la présence de particules ou d'impuretés en suspension. Dans des tubes de verre, on introduit 1 cm3d'aniline et 0,1 puis 0,2, etc. cm3d'essence (...). On laisse descendre la température et on note celle correspondant à l'apparition d'un trouble intense dans chaque tube (Chartrou, Pétroles natur. et artif., 1931, p. 109).
En partic. État de non-limpidité d'une boisson (vin, bière) provoqué par une erreur dans la fabrication (mauvaises conditions de température, d'aération, de fermentation, le plus souvent). Le trouble d'empois peut (...) se manifester dans la bière (...) à la suite de lavages des drêches à l'eau trop chaude qui gélatinisent l'amidon restant dans les bouts durs [d'orge] (Boullanger, Malt., brass., 1934, p. 553).
HYDROL., au plur. Ensemble des matériaux fins (limons, argiles, sables) transportés en suspension dans les eaux (d'apr. Géomorphol. 1979). Notre Rhône (...) avançant son barrage alluvionnaire, enlisant les épaves glaciaires, ou marécageuses, bondissant ou déposant ses troubles (Arnoux, Rhône, 1944, p. 19).
PÉTROL. Point de trouble. ,,Température d'une huile de pétrole refroidie dans des conditions normalisées, à laquelle les cires, paraffines ou autres matières commencent à se solidifier ou à se séparer de la solution`` (GDEL).
2. État d'agitation d'une masse d'eau dont l'équilibre est perturbé par des causes physiques. Mais les mers au fond desquelles elle s'est déposée [la craie blanche] devaient être exemptes de trouble (Lapparent, Abr. géol., 1886, p. 310).
B. − [À propos d'un corps transparent] État de non-transparence provoqué par des salissures. Au café, sur la terrasse du casino (...). Contre le vitrage, à travers la crasse et le trouble des vitres, des femmes en noir et des bourgeois, qui font des ombres chinoises ridicules (Goncourt, Journal, 1866, p. 272).
C. − Rare. État de l'atmosphère qui a perdu sa clarté, sa luminosité, et qui présente un aspect gris et nuageux. La cabane landaise est faite en lauriers verts Et en feuillages secs. On s'y met à couvert. C'est de là qu'on attire, émigrant vers l'Afrique, Les palombes qui fuient le trouble atmosphérique (Jammes, Géorgiques, Chants 2, 1911,p. 46).
MÉTÉOR. Trouble opalescent. ,,Voile bleuâtre qui estompe les objets éloignés quand la visibilité dépasse 20 km`` (GDEL).
II. − [À propos d'un milieu ou d'un état social]
A. − État d'agitation, altération de l'ordre, de l'équilibre qui sévit dans un groupe organisé. Synon. désordre, tumulte.Pays en état de trouble; le trouble s'accentue, règne; il en résulte un grand trouble; apporter, jeter, semer le trouble (dans une assemblée). Une partie du pavé de l'église enfonça avec un grand bruit; les religieuses de Sainte-Marthe crurent que le couvent allait s'abîmer. Le trouble fut extrême, tout le monde criait au tremblement de terre (Stendhal, Abbesse Castro, 1839, p. 234).À présent, les Belges prennent à la guerre une part peu dispendieuse. (...) le trouble national n'atteint pas de grandes profondeurs (De Gaulle, Mém. guerre, 1959, p. 120).
En partic. Altération des rapports entre personnes d'une même famille. Jeter, mettre le trouble (dans une famille); être un élément, un sujet de trouble. Vous avez vu mon mari: il est sorti pour ne pas rester auprès de vous devant moi. Ah! ne dites rien. Je sais bien qu'il pense à vous, qu'il pense à vous plus qu'à moi. Que venez-vous faire ici? Apporter le trouble dans notre ménage? Allez-vous en! (Daniel-Rops, Mort, 1934, p. 137).
B. − Au plur. Ensemble des faits et des actes violents ou séditieux qui, dans une société, expriment une vive opposition sociale, politique, religieuse. Synon. agitation, désordre, émeute, manifestation, révolte.Troubles sociaux, politiques, religieux; troubles sanglants; réprimer des troubles; période, temps de troubles. La bourgeoisie et le peuple firent la Révolution française, et, après dix ans de troubles, établirent un régime démocratique et égalitaire (Taine, Philos. art, t. 1, 1865, p. 94).La Résidence générale (...) a justifié par les troubles de ces jours derniers les mesures administratives ainsi prises à l'égard de M. Bourguiba (Le Monde, 19 janv. 1952, p. 1, col. 4-5).Fauteur* de troubles.
III. − [À propos d'une pers.]
A. − PATHOL., souvent au plur. Dérèglement d'ordre physiologique ou psychique qui entraîne des perturbations dans le fonctionnement normal du corps humain. Troubles aphasiques, cardiaques, circulatoires, intestinaux, moteurs, nerveux, organiques, psychiques, pulmonaires, respiratoires, trophiques, urinaires, viscéraux, visuels; troubles de la mémoire, de la grossesse, de la personnalité, de la parole, de l'équilibre, de la vue, de la voix, du caractère, du comportement, du langage. Les troubles digestifs, surtout la constipation, provoquent souvent des recrudescences non douteuses (Codet, Psychiatrie, 1926, p. 128).Le diabète insipide peut d'ailleurs tenir à un trouble fonctionnel de l'appareil rénal lui-même (Bariéty, Coury, Hist. méd., 1963, p. 768).
B. − État d'égarement, de confusion, d'angoisse qui altère le fonctionnement normal des facultés mentales. J'ai peur (...) des spasmes de mon esprit qui s'affole (...). J'ai peur des murs, des meubles, des objets familiers (...). J'ai peur surtout du trouble horrible de ma pensée, de ma raison qui m'échappe brouillée, dispersée par une mystérieuse et invisible angoisse (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Lui? 1883, p. 853).Quelles que soient les causes de l'impuissance mentale, certainement l'idée que l'on s'en fait devient aussitôt le principal de la maladie. Toute maladie est guettée par le malade. (...) rien n'est aussi terrible que le trouble de l'esprit, car il répond toujours à l'attente (Alain, Propos, 1921, p. 242).
C. −
1. État émotif qui altère, perturbe le calme intérieur d'une personne. Trouble confus, durable, extraordinaire, extrême, intense, inexprimable, moral, poignant, singulier; jeter qqn dans le trouble; porter, mettre le trouble dans le cœur, l'âme de qqn; éprouver, ressentir un grand trouble; apaiser, cacher, calmer, chasser, dissiper, dominer, surmonter son trouble. En approchant de la maison, un trouble bizarre me saisit. Je m'arrêtai. On n'entendait rien. Il n'y avait pas dans les feuilles un souffle d'air. « Qu'est-ce que j'ai donc? » pensai-je. Depuis dix ans je rentrais ainsi sans que jamais la moindre inquiétude m'eût effleuré (Maupass., Contes et nouv., Qui sait? 1890, p. 1189).Ce désir frivole le poursuivit et ne lui laissa plus de repos. Dans ses études, dans ses méditations, dans ses prières (...) il en était obsédé. Après quelques jours consumés dans un trouble affreux, il exposa ce cas extraordinaire au général de l'ordre (A. France, Dieux ont soif, 1912, p. 183).
En partic. Émotion diffuse provoquée par un sentiment d'amour ou un désir charnel. Trouble du cœur, de l'amour, des sens; trouble charnel, physique, sensuel. La seule pensée de la revoir m'agitait d'un trouble exquis et profond; le contact de sa main dans ma main était pour moi un tel délice que je n'en avais point imaginé de semblable auparavant, son sourire me versait dans les yeux une allégresse folle (Maupass., Contes et nouv., Tombe, 1884, p. 966).Le trouble sexuel qui faisait pénétrer dans tous ses muscles la vue de l'admirable corps penché vers lui, peu à peu, lui interdisait de raisonner (Daniel-Rops, Mort, 1934, p. 218).
2. État émotif violent qui perturbe une personne et lui fait perdre son assurance, ses moyens. Synon. désarroi.Se remettre de son trouble; profiter du trouble de qqn. Pierre (...) était devenu très rouge. Il avait bien compris, tout de suite. Son étonnement cachait surtout une confusion, un trouble inexprimable, l'angoisse d'un animal traqué qui cherche une issue pour s'enfuir (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 261).
P. méton. Réaction physique qui révèle cet état (rougeur, pâleur, regard affolé). Trouble de la parole, de la physionomie. Madeleine avait les yeux baissés sur sa broderie, qu'elle piquait un peu au hasard de son aiguille. Elle avait complètement changé de visage, d'allure (...). « Comprenez-moi bien, reprit-elle avec un léger trouble dans la voix. Il y a pour tout le monde (...) un moment difficile pendant lequel on doute de soi, quand ce n'est pas des autres (...) » (Fromentin, Dominique, 1863, p. 192).
D. − DR. CIVIL. Atteinte portée par un tiers à l'exercice d'un droit sur une chose (d'apr. Cap. 1936). Troubles de la possession, de la jouissance. Le trouble est dit de droit, lorsque le tiers se présente lui-même comme titulaire d'un droit sur la chose (ex.: réclamation d'un droit de servitude contre l'acquéreur); il est dit de fait dans les autres cas (ex.: usurpation de l'immeuble par un tiers) (Cap.1936).
Troubles (du voisinage). ,,Trouble de jouissance apporté par une industrie ou un particulier`` (Barr. 1974). Si les bruits, les odeurs, les lumières... sont anormaux et entraînent une gêne importante pour les voisins, ceux-ci peuvent les faire constater et demander des dommages et intérêts à l'auteur de ce trouble (Barr.1974).
Prononc. et Orth.: [tʀubl̥]. Att. ds Ac. dep. 1718. Étymol. et Hist. A. 1. 1262 « confusion, désordre » (Jean le Marchand, Miracles N.D. Chartres, éd. P. Kunstmann, p. 185); 1360-70 tourble du tampz « mauvais temps » (Baudoin de Sebourc, X, 566 ds T.-L.); 1468 plur. « soulèvements, désordres civils » (Lettres de Louis XI, III, 198, 199 ds Bartzsch, p. 151); 2. 1283 dr. tourble dessaisine « atteinte à l'exercice d'un droit sur une chose » (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, chap. VI,206, p. 103); 3. 1832 « état d'un milieu dont la limpidité est altérée » (Raymond); 1845-46 subst. masc. plur. « ensemble de matériaux fins transportés en suspension dans les eaux et qui en altèrent la transparence » (Besch.); 1959 point de trouble (Duval). B. 1. Fin xiies. torbes « inquiétude, agitation de l'esprit » (Trad. des serm. de S. Bern., éd. W. Foerster, 87, 5 ds Gdf. Compl.); ca 1450-65 « altération des facultés intellectuelles, de la raison » (Villon, Le Lais Villon, éd. J. Rychner et A. Henry, XXXVII, 293); 1567 « état d'agitation, d'égarement » (Amyot, Nicias, 39 ds Littré); 2. 1678 « état, attitude de celui qui manifeste son émotion » (Mmede Lafayette, Princesse de Clèves, éd. Cazes, p. 23); 1761 « émotion tendre, désir amoureux » (Rousseau, La Nouvelle Héloïse, t 2, p. 753). C. 1842 méd. « modification pathologique des activités de l'organisme » (Balzac, A. Savarus, p. 36); 1877 trouble psychique (Dr Dally, De l'état et du délire malicieux, in Annales médico-psychol., II, p. 356 ds Quem. DDL t. 29); 1880 troubles nerveux, trouble trophique (Cadet de Gassicourt, Mal. enf., p. 74 et 84); 1901 trouble mental (Dr Nicoulau, c.r., in Annales médico-psychol., II, p. 324 ds Quem. DDL t. 29). Déverbal de troubler*. Fréq. abs. littér.: 3 974. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5 865, b) 4 882; xxes.: a) 6 078, b) 5 628.

TRUBLE, TROUBLE3, subst. fém.

A. − PÊCHE. Petit filet de pêche en forme de poche, monté sur un cerceau, muni parfois d'un manche, et qu'utilisent aussi les pisciculteurs pour retirer les poissons des viviers. Truble à crevettes; truble de pisciculteur; pêcher à la truble. À l'île de Ré, les femmes et les filles pêchent, entre les roches et dans les herbiers, de grosses chevrettes avec une espèce de truble qu'elles nomment treille ou trulot (Baudr.Pêches1827).On y voyait aussi, contre la porte de la grange, une grande trouble à pêcher (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 45).
B. − Vieilli. Filet à papillons. C'était un de ces beaux phalènes qui, le soir, au dernier crépuscule, s'élancent de fleur en fleur et qu'enfant avec ma « trouble » à papillons je n'arrivais pas à saisir (Barrès, Cahiers, t. 7, 1908, p. 64).
REM.
Troubleau, subst. masc.Petit truble. [L'outillage] de mon fils est plus considérable; c'est d'abord un troubleau, sorte de sac en forte toile, monté sur un cercle de fer et armé d'un manche très-résistant, car cet instrument fait un rude travail (Sand, Impress. et souv., 1873, p. 350).
Prononc. et Orth.: [tʀybl̥], [tʀubl̥]. Ac. 1718: trouble; 1762, 1798: truble; dep. 1835: trouble ou truble (id. ds Littré (truble est ,,meilleur``)), Lar. Lang. fr., Rob. 1985. Selon Littré et Rob. 1985: ,,Ce mot est parfois employé à tort au masculin``. Étymol. et Hist. 1. 1160-74 plur. trubles « sorte de pelle » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, II, 3540), répandu dans les dial. norm. comme subst. masc. (FEW t. 13, 2, p. 342b); 2. « filet à poissons [sorte d'épuisette emmanchée à une perche] » a) 1260 plur. trubles (Etienne Boileau, Métiers, éd. G. B. Depping, p. 262); b) xiiie-xives. masc. sing. pescheir au truble fig. « ne rien faire d'utile » [cette pêche ne rapportant que peu, v. G. Tilander, Lex. Renart, 1924, s.v. loche] (Renart, éd. E. Martin, XIV, 450, leçon ms. C, t. 3, p. 520); c) 1269-78 fém. sing. prendre a la trible (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 13974); 1298, sept. pescier a la truvle (Chartes de Joinville, éd. N. de Wailly ds Bibl. Éc. Chartes, 6esérie, t. 3, 1867, p. 597); 1704 trouble (Trév.). Truble, de genre masc. ou fém., est prob. issu du gr. de Marseille τ ρ υ ́ β λ ι ο ν subst. neutre, et τ ρ υ ́ β λ η fém. « bol, écuelle, assiette ». Le lat. trublium « id. » (empr. au gr.) ne peut en effet expliquer le vocalisme du fr.; en revanche, le caractère du mot fr. (techn. du pressoir, de la pêche) est tout à fait compatible avec l'hyp. d'un empr. dir. au gr. Du point de vue phonét., le traitement du gr. μ υ ́ ρ τ ο ν « myrte » passé dans l'a. prov. murta (FEW t. 6, 2, p. 316b) postulant un , permet de déduire que le gr. [υ], long ou bref, passant dans le domaine gallo-rom., a connu la même évol. que le lat. . La forme a. fr. trible peut s'expliquer à partir de truble p. dissim. entre ü et la cons. labiale suiv. La forme trouble (cf. trubleau, troubleau), peut-être p. infl. de troubler*; FEW t. 13, 2, p. 343a et b.

Trésor de la Langue Française informatisé

TROUBLE1, adj.

A. − [En parlant d'un milieu physique]
1. [En parlant d'un liquide] Qui n'est pas limpide, transparent, qui contient en suspension des particules, des impuretés. Boisson, bouillon trouble; eau trouble des fossés. Extrait aqueux de quinquina. Il a une couleur chocolat claire et une consistance un peu molle (...) sa solution est trouble et rouge-brune, assez semblable à une décoction (Kapeler, Caventou, Manuel pharm. et drog., t. 2, 1821, p. 605).[Le Mississipi] y reçoit ses principaux affluents, d'abord les eaux formidables du Missouri (...) dont les eaux sont si pures que dix-lieues après leur jonction on les distingue encore des eaux vaseuses, troubles, terreuses, jaunies du Mississipi (Cendrars, Or, 1925, p. 39).
En partic. [En parlant du vin, de la bière] Qui présente un état de non-limpidité provoqué par une erreur dans la fabrication (mauvaises conditions de température, d'aération, de fermentation, le plus souvent). En même temps que l'aloyau, on servit du bourgogne. Il était trouble. Bouvard, attribuant cet accident au rinçage de la bouteille, en fit goûter trois autres sans plus de succès (Flaub., Bouvard, t. 1, 1880, p. 48).
Loc. fig. En eau trouble. Dans une/des situation(s) à caractère douteux. Lille manquait de tout. On exploitait effrontément. À ces « réguliers » se mêlaient une lie (...) de spéculateurs (...) tous ceux, toutes celles qui s'enrichissent en eau trouble, et que leur hardiesse, leur habitude de vivre en marge des lois, rendaient particulièrement aptes aux « affaires » de ces temps perturbés (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 83).
Nager* en eau trouble. Pêcher en eau trouble. V. pêcher2.
2. [En parlant d'un corps transparent] Qui n'est plus transparent parce que sali. La cantinière dormait (...) devant sa petite table chargée de bouteilles vides et de verres troubles (A. Daudet, Contes lundi, 1873, p. 174).Berthe, assise auprès d'Hortense [dans l'omnibus], regardait à travers la vitre trouble passer des rues presque oubliées (Chardonne, Épithal., 1929, p. 37).
3. [En parlant de l'œil] Dont la couleur n'est pas bien définie, qui manque de netteté. Le roi (...) n'avait pas l'air bien triste (...) de jolis yeux un peu troubles et dans le regard quelque chose d'irrésolu (A. Daudet, Rois en exil, 1879, p. 93).
P. méton.
[En parlant du regard] Qui est vague, peu expressif et, au fig., qui manque de franchise, cache des intentions équivoques. Le blessé (...) ouvrit (...) les yeux, jeta devant lui des regards troubles, hagards (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Hautot, 1889, p. 259).Sa figure est presque jolie, sous des cheveux blonds coupés en frange, mais son trouble regard mauve, errant, sournois, lit la neurasthénie aiguë, presque la démence (Colette, Vagab., 1910, p. 255).
[En parlant de la vue] Qui n'est pas net, qui ne permet pas de voir distinctement. Synon. brouillé.Ce matin, ma vue est tellement trouble, si brouillardeuse, que j'ai toutes les peines du monde à écrire ce mot (Goncourt, Journal, 1889, p. 991).Empl. adv. Voir trouble. Avoir la vue brouillée, ne pas voir distinctement. J'ai commencé par voir tout bleu, puis j'ai vu trouble; au bout de cinq minutes, je ne voyais plus du tout (Fromentin, Été Sahara, 1857, p. 194).
4. [En parlant d'un élément naturel, climatique] Qui a perdu sa clarté, sa luminosité; qui est gris et nuageux. Temps trouble (vieilli). 2 octobre. Le temps fuit. Le ciel trouble s'emplit déjà d'hiver (Gide, Journal, 1905, p. 178).Il n'y avait pas de houle. Le ciel était bas, l'atmosphère trouble, nébuleuse, les nuées de plomb chargées d'éclairs de chaleur, l'eau d'étain (Cendrars, Lotiss. ciel, 1949, p. 246).
5. [En parlant d'une source lumineuse] Qui manque d'éclat, de luminosité. La petite lampe du plafond versait une lueur trouble (Carco, Équipe, 1919, p. 68).
6. [En parlant d'une couleur] Qui manque de netteté. Elles sont tantôt grises et tantôt mauves, tes prunelles. Une couleur trouble, pas franche (Martin du G., Thib., Belle sais., 1923, p. 971).
B. − Au fig.
1. [En parlant d'une situation, d'une affaire] Qui comporte des éléments cachés, suspects. Synon. louche1.Je l'ai beaucoup intéressé [Gourmont], en lui racontant le mécanisme des affaires (...) la sorte d'affaires risquées, troubles, qu'il y aurait à faire avec certains dossiers Langlois (Léautaud, Journal littér., 1, 1906, p. 270).J'ai voulu l'aimer comme un père et j'en ai été amoureux. Nos bonnes actions sont souvent plus troubles que nos péchés (Aymé, Vogue, 1944, p. 86).
2. [En parlant d'une pers., de son caractère] Qui est difficile à cerner, à définir, et qui apparaît comme louche. De son côté, son beau-frère Coleridge, esprit désordonné, bizarre et trouble, s'abîmait dans le gouffre de la métaphysique allemande (Bourget, Ét. angl., 1888, p. 163).Des individus troubles et patibulaires, prêts à toutes besognes, dont on ne sait jamais s'ils émargent à la police ou au crime (Arnoux, Juif Errant, 1931, p. 26).
3. [En parlant d'un sentiment] Qui manque de pureté; qui est ambigu, qui contient des éléments plus ou moins avouables. Synon. équivoque.Joie, désir, pensée trouble. De ce jour, nos promenades par les bois et les rochers devinrent des promenades à trois. Je goûtai le plaisir un peu trouble de suivre chez Lucie le progrès de son désir pour Lando (Abellio, Pacifiques, 1946, p. 205).
Prononc. et Orth.: [tʀubl̥]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. a) Déb. xiies. truble « se dit d'un liquide qui n'est pas limpide » (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 646); b) 1580 cristal trouble (B. Palissy, Disc. admir., p. 363); 2. a) 1376 le tans est trouble « brumeux, nuageux » (Modus et Ratio, éd. G. Tilander, 70, 17); b) ca 1450-65 id. fig. (Charles d'Orléans, Rondel de Jehan Caillau, éd. P. Champion, t. 2, p. 306); c) 1539 voir trouble « ne pas voir distinctement » (Calvin, Institution chrétienne, éd. J. D. Benoît, L. II, chap. VIII, 4, p. 136); d) 1665 avoir la vue trouble « confuse, indistincte » (Molière, Dom Juan, II, 1). B. 1. 1150-70 « troublé, confus, inquiet (de l'esprit) » (Jeu Adam, éd. W. Noomen, 842); 2. 1283 « qui n'est pas clair, que l'esprit ne peut appréhender avec netteté ou certitude » (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, 1675, p. 358, var. ms. E, G, H, J, K: (paroles) troubles); 3. 1579 lieu trouble (Larivey, Jaloux, éd. Viollet-le-Duc, II, 6). Mot issu apr. métathèse du -r du lat. pop. *turbulus (cf. le lat. turbulare > fr. troubler*, le roum. turbure et des formes dial. ital.), réfection du lat. turbidus « troublé, agité, bouleversé, désemparé », d'apr. turbulentus « agité, en désordre », « turbulent, remuant, facétieux ». Fréq. abs. littér.: 924. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 375, b) 1 111; xxes.: a) 1 413, b) 1 306.

TROUBLE2, subst. masc.

I. − [À propos d'un milieu physique]
A. − [À propos d'un liquide]
1. État de non-limpidité, de non-transparence d'un liquide, dû à la présence de particules ou d'impuretés en suspension. Dans des tubes de verre, on introduit 1 cm3d'aniline et 0,1 puis 0,2, etc. cm3d'essence (...). On laisse descendre la température et on note celle correspondant à l'apparition d'un trouble intense dans chaque tube (Chartrou, Pétroles natur. et artif., 1931, p. 109).
En partic. État de non-limpidité d'une boisson (vin, bière) provoqué par une erreur dans la fabrication (mauvaises conditions de température, d'aération, de fermentation, le plus souvent). Le trouble d'empois peut (...) se manifester dans la bière (...) à la suite de lavages des drêches à l'eau trop chaude qui gélatinisent l'amidon restant dans les bouts durs [d'orge] (Boullanger, Malt., brass., 1934, p. 553).
HYDROL., au plur. Ensemble des matériaux fins (limons, argiles, sables) transportés en suspension dans les eaux (d'apr. Géomorphol. 1979). Notre Rhône (...) avançant son barrage alluvionnaire, enlisant les épaves glaciaires, ou marécageuses, bondissant ou déposant ses troubles (Arnoux, Rhône, 1944, p. 19).
PÉTROL. Point de trouble. ,,Température d'une huile de pétrole refroidie dans des conditions normalisées, à laquelle les cires, paraffines ou autres matières commencent à se solidifier ou à se séparer de la solution`` (GDEL).
2. État d'agitation d'une masse d'eau dont l'équilibre est perturbé par des causes physiques. Mais les mers au fond desquelles elle s'est déposée [la craie blanche] devaient être exemptes de trouble (Lapparent, Abr. géol., 1886, p. 310).
B. − [À propos d'un corps transparent] État de non-transparence provoqué par des salissures. Au café, sur la terrasse du casino (...). Contre le vitrage, à travers la crasse et le trouble des vitres, des femmes en noir et des bourgeois, qui font des ombres chinoises ridicules (Goncourt, Journal, 1866, p. 272).
C. − Rare. État de l'atmosphère qui a perdu sa clarté, sa luminosité, et qui présente un aspect gris et nuageux. La cabane landaise est faite en lauriers verts Et en feuillages secs. On s'y met à couvert. C'est de là qu'on attire, émigrant vers l'Afrique, Les palombes qui fuient le trouble atmosphérique (Jammes, Géorgiques, Chants 2, 1911,p. 46).
MÉTÉOR. Trouble opalescent. ,,Voile bleuâtre qui estompe les objets éloignés quand la visibilité dépasse 20 km`` (GDEL).
II. − [À propos d'un milieu ou d'un état social]
A. − État d'agitation, altération de l'ordre, de l'équilibre qui sévit dans un groupe organisé. Synon. désordre, tumulte.Pays en état de trouble; le trouble s'accentue, règne; il en résulte un grand trouble; apporter, jeter, semer le trouble (dans une assemblée). Une partie du pavé de l'église enfonça avec un grand bruit; les religieuses de Sainte-Marthe crurent que le couvent allait s'abîmer. Le trouble fut extrême, tout le monde criait au tremblement de terre (Stendhal, Abbesse Castro, 1839, p. 234).À présent, les Belges prennent à la guerre une part peu dispendieuse. (...) le trouble national n'atteint pas de grandes profondeurs (De Gaulle, Mém. guerre, 1959, p. 120).
En partic. Altération des rapports entre personnes d'une même famille. Jeter, mettre le trouble (dans une famille); être un élément, un sujet de trouble. Vous avez vu mon mari: il est sorti pour ne pas rester auprès de vous devant moi. Ah! ne dites rien. Je sais bien qu'il pense à vous, qu'il pense à vous plus qu'à moi. Que venez-vous faire ici? Apporter le trouble dans notre ménage? Allez-vous en! (Daniel-Rops, Mort, 1934, p. 137).
B. − Au plur. Ensemble des faits et des actes violents ou séditieux qui, dans une société, expriment une vive opposition sociale, politique, religieuse. Synon. agitation, désordre, émeute, manifestation, révolte.Troubles sociaux, politiques, religieux; troubles sanglants; réprimer des troubles; période, temps de troubles. La bourgeoisie et le peuple firent la Révolution française, et, après dix ans de troubles, établirent un régime démocratique et égalitaire (Taine, Philos. art, t. 1, 1865, p. 94).La Résidence générale (...) a justifié par les troubles de ces jours derniers les mesures administratives ainsi prises à l'égard de M. Bourguiba (Le Monde, 19 janv. 1952, p. 1, col. 4-5).Fauteur* de troubles.
III. − [À propos d'une pers.]
A. − PATHOL., souvent au plur. Dérèglement d'ordre physiologique ou psychique qui entraîne des perturbations dans le fonctionnement normal du corps humain. Troubles aphasiques, cardiaques, circulatoires, intestinaux, moteurs, nerveux, organiques, psychiques, pulmonaires, respiratoires, trophiques, urinaires, viscéraux, visuels; troubles de la mémoire, de la grossesse, de la personnalité, de la parole, de l'équilibre, de la vue, de la voix, du caractère, du comportement, du langage. Les troubles digestifs, surtout la constipation, provoquent souvent des recrudescences non douteuses (Codet, Psychiatrie, 1926, p. 128).Le diabète insipide peut d'ailleurs tenir à un trouble fonctionnel de l'appareil rénal lui-même (Bariéty, Coury, Hist. méd., 1963, p. 768).
B. − État d'égarement, de confusion, d'angoisse qui altère le fonctionnement normal des facultés mentales. J'ai peur (...) des spasmes de mon esprit qui s'affole (...). J'ai peur des murs, des meubles, des objets familiers (...). J'ai peur surtout du trouble horrible de ma pensée, de ma raison qui m'échappe brouillée, dispersée par une mystérieuse et invisible angoisse (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Lui? 1883, p. 853).Quelles que soient les causes de l'impuissance mentale, certainement l'idée que l'on s'en fait devient aussitôt le principal de la maladie. Toute maladie est guettée par le malade. (...) rien n'est aussi terrible que le trouble de l'esprit, car il répond toujours à l'attente (Alain, Propos, 1921, p. 242).
C. −
1. État émotif qui altère, perturbe le calme intérieur d'une personne. Trouble confus, durable, extraordinaire, extrême, intense, inexprimable, moral, poignant, singulier; jeter qqn dans le trouble; porter, mettre le trouble dans le cœur, l'âme de qqn; éprouver, ressentir un grand trouble; apaiser, cacher, calmer, chasser, dissiper, dominer, surmonter son trouble. En approchant de la maison, un trouble bizarre me saisit. Je m'arrêtai. On n'entendait rien. Il n'y avait pas dans les feuilles un souffle d'air. « Qu'est-ce que j'ai donc? » pensai-je. Depuis dix ans je rentrais ainsi sans que jamais la moindre inquiétude m'eût effleuré (Maupass., Contes et nouv., Qui sait? 1890, p. 1189).Ce désir frivole le poursuivit et ne lui laissa plus de repos. Dans ses études, dans ses méditations, dans ses prières (...) il en était obsédé. Après quelques jours consumés dans un trouble affreux, il exposa ce cas extraordinaire au général de l'ordre (A. France, Dieux ont soif, 1912, p. 183).
En partic. Émotion diffuse provoquée par un sentiment d'amour ou un désir charnel. Trouble du cœur, de l'amour, des sens; trouble charnel, physique, sensuel. La seule pensée de la revoir m'agitait d'un trouble exquis et profond; le contact de sa main dans ma main était pour moi un tel délice que je n'en avais point imaginé de semblable auparavant, son sourire me versait dans les yeux une allégresse folle (Maupass., Contes et nouv., Tombe, 1884, p. 966).Le trouble sexuel qui faisait pénétrer dans tous ses muscles la vue de l'admirable corps penché vers lui, peu à peu, lui interdisait de raisonner (Daniel-Rops, Mort, 1934, p. 218).
2. État émotif violent qui perturbe une personne et lui fait perdre son assurance, ses moyens. Synon. désarroi.Se remettre de son trouble; profiter du trouble de qqn. Pierre (...) était devenu très rouge. Il avait bien compris, tout de suite. Son étonnement cachait surtout une confusion, un trouble inexprimable, l'angoisse d'un animal traqué qui cherche une issue pour s'enfuir (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 261).
P. méton. Réaction physique qui révèle cet état (rougeur, pâleur, regard affolé). Trouble de la parole, de la physionomie. Madeleine avait les yeux baissés sur sa broderie, qu'elle piquait un peu au hasard de son aiguille. Elle avait complètement changé de visage, d'allure (...). « Comprenez-moi bien, reprit-elle avec un léger trouble dans la voix. Il y a pour tout le monde (...) un moment difficile pendant lequel on doute de soi, quand ce n'est pas des autres (...) » (Fromentin, Dominique, 1863, p. 192).
D. − DR. CIVIL. Atteinte portée par un tiers à l'exercice d'un droit sur une chose (d'apr. Cap. 1936). Troubles de la possession, de la jouissance. Le trouble est dit de droit, lorsque le tiers se présente lui-même comme titulaire d'un droit sur la chose (ex.: réclamation d'un droit de servitude contre l'acquéreur); il est dit de fait dans les autres cas (ex.: usurpation de l'immeuble par un tiers) (Cap.1936).
Troubles (du voisinage). ,,Trouble de jouissance apporté par une industrie ou un particulier`` (Barr. 1974). Si les bruits, les odeurs, les lumières... sont anormaux et entraînent une gêne importante pour les voisins, ceux-ci peuvent les faire constater et demander des dommages et intérêts à l'auteur de ce trouble (Barr.1974).
Prononc. et Orth.: [tʀubl̥]. Att. ds Ac. dep. 1718. Étymol. et Hist. A. 1. 1262 « confusion, désordre » (Jean le Marchand, Miracles N.D. Chartres, éd. P. Kunstmann, p. 185); 1360-70 tourble du tampz « mauvais temps » (Baudoin de Sebourc, X, 566 ds T.-L.); 1468 plur. « soulèvements, désordres civils » (Lettres de Louis XI, III, 198, 199 ds Bartzsch, p. 151); 2. 1283 dr. tourble dessaisine « atteinte à l'exercice d'un droit sur une chose » (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, chap. VI,206, p. 103); 3. 1832 « état d'un milieu dont la limpidité est altérée » (Raymond); 1845-46 subst. masc. plur. « ensemble de matériaux fins transportés en suspension dans les eaux et qui en altèrent la transparence » (Besch.); 1959 point de trouble (Duval). B. 1. Fin xiies. torbes « inquiétude, agitation de l'esprit » (Trad. des serm. de S. Bern., éd. W. Foerster, 87, 5 ds Gdf. Compl.); ca 1450-65 « altération des facultés intellectuelles, de la raison » (Villon, Le Lais Villon, éd. J. Rychner et A. Henry, XXXVII, 293); 1567 « état d'agitation, d'égarement » (Amyot, Nicias, 39 ds Littré); 2. 1678 « état, attitude de celui qui manifeste son émotion » (Mmede Lafayette, Princesse de Clèves, éd. Cazes, p. 23); 1761 « émotion tendre, désir amoureux » (Rousseau, La Nouvelle Héloïse, t 2, p. 753). C. 1842 méd. « modification pathologique des activités de l'organisme » (Balzac, A. Savarus, p. 36); 1877 trouble psychique (Dr Dally, De l'état et du délire malicieux, in Annales médico-psychol., II, p. 356 ds Quem. DDL t. 29); 1880 troubles nerveux, trouble trophique (Cadet de Gassicourt, Mal. enf., p. 74 et 84); 1901 trouble mental (Dr Nicoulau, c.r., in Annales médico-psychol., II, p. 324 ds Quem. DDL t. 29). Déverbal de troubler*. Fréq. abs. littér.: 3 974. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5 865, b) 4 882; xxes.: a) 6 078, b) 5 628.

TRUBLE, TROUBLE3, subst. fém.

A. − PÊCHE. Petit filet de pêche en forme de poche, monté sur un cerceau, muni parfois d'un manche, et qu'utilisent aussi les pisciculteurs pour retirer les poissons des viviers. Truble à crevettes; truble de pisciculteur; pêcher à la truble. À l'île de Ré, les femmes et les filles pêchent, entre les roches et dans les herbiers, de grosses chevrettes avec une espèce de truble qu'elles nomment treille ou trulot (Baudr.Pêches1827).On y voyait aussi, contre la porte de la grange, une grande trouble à pêcher (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p. 45).
B. − Vieilli. Filet à papillons. C'était un de ces beaux phalènes qui, le soir, au dernier crépuscule, s'élancent de fleur en fleur et qu'enfant avec ma « trouble » à papillons je n'arrivais pas à saisir (Barrès, Cahiers, t. 7, 1908, p. 64).
REM.
Troubleau, subst. masc.Petit truble. [L'outillage] de mon fils est plus considérable; c'est d'abord un troubleau, sorte de sac en forte toile, monté sur un cercle de fer et armé d'un manche très-résistant, car cet instrument fait un rude travail (Sand, Impress. et souv., 1873, p. 350).
Prononc. et Orth.: [tʀybl̥], [tʀubl̥]. Ac. 1718: trouble; 1762, 1798: truble; dep. 1835: trouble ou truble (id. ds Littré (truble est ,,meilleur``)), Lar. Lang. fr., Rob. 1985. Selon Littré et Rob. 1985: ,,Ce mot est parfois employé à tort au masculin``. Étymol. et Hist. 1. 1160-74 plur. trubles « sorte de pelle » (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, II, 3540), répandu dans les dial. norm. comme subst. masc. (FEW t. 13, 2, p. 342b); 2. « filet à poissons [sorte d'épuisette emmanchée à une perche] » a) 1260 plur. trubles (Etienne Boileau, Métiers, éd. G. B. Depping, p. 262); b) xiiie-xives. masc. sing. pescheir au truble fig. « ne rien faire d'utile » [cette pêche ne rapportant que peu, v. G. Tilander, Lex. Renart, 1924, s.v. loche] (Renart, éd. E. Martin, XIV, 450, leçon ms. C, t. 3, p. 520); c) 1269-78 fém. sing. prendre a la trible (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 13974); 1298, sept. pescier a la truvle (Chartes de Joinville, éd. N. de Wailly ds Bibl. Éc. Chartes, 6esérie, t. 3, 1867, p. 597); 1704 trouble (Trév.). Truble, de genre masc. ou fém., est prob. issu du gr. de Marseille τ ρ υ ́ β λ ι ο ν subst. neutre, et τ ρ υ ́ β λ η fém. « bol, écuelle, assiette ». Le lat. trublium « id. » (empr. au gr.) ne peut en effet expliquer le vocalisme du fr.; en revanche, le caractère du mot fr. (techn. du pressoir, de la pêche) est tout à fait compatible avec l'hyp. d'un empr. dir. au gr. Du point de vue phonét., le traitement du gr. μ υ ́ ρ τ ο ν « myrte » passé dans l'a. prov. murta (FEW t. 6, 2, p. 316b) postulant un , permet de déduire que le gr. [υ], long ou bref, passant dans le domaine gallo-rom., a connu la même évol. que le lat. . La forme a. fr. trible peut s'expliquer à partir de truble p. dissim. entre ü et la cons. labiale suiv. La forme trouble (cf. trubleau, troubleau), peut-être p. infl. de troubler*; FEW t. 13, 2, p. 343a et b.

Wiktionnaire

Adjectif

trouble \tʁubl\

  1. Qui est opaque, impur.
    • De l’eau, un liquide trouble.
  2. Qui est flou.
    • Un regard trouble.
    • Voir trouble.
  3. Qui ne s’explique pas nettement, qui peut être suspect.
    • Une situation trouble.
  4. (Spécialement) Qui manifeste les prémices émues de l'amour.
    • Pourtant, à la première parole trouble, je n'aurais reçu d'autre réponse qu'une moquerie. Je sentais bien qu'elle aurait repoussé avec dégoût le plus timide geste. — (François Mauriac, Le noeud de vipères, 1932, VIII)

Nom commun 1

trouble \tʁubl\ masculin

  1. Confusion ; désordre.
    • On sait combien, par les tems de trouble, la malignité est tout-à-la-fois active et puissante, combien l'imagination électrisée par les frottemens de l’esprit de parti, prête de corps aux suggestions les plus absurdes, aux contes les plus ridicules. — (Mirabeau, Collection complette des travaux de M. Mirabeau l'ainé, à l'Assemblée, Tome II, 1791 [séance du 16 septembre 1789])
    • À quatre cents mètres environ, une sorte de bouillonnement, qui agite la surface de la mer, indique un trouble profond des eaux. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. III, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • Plus rarement, il existe des troubles cardiaques très marqués : petitesse et fréquence extrême du pouls, lipothymies et syncopes. — (Charles-Albert Vibert, Précis de toxicologie clinique et médico-légale, Paris, Baillière, 1907, page 224)
    • On causait de mouches ! Vous savez pas ce que c'est que de mourir de soif, mon général. Mais j'ai étudié ça, c'est assez bichant. Votre langue va d’abord gonfler. La déglutition deviendra de plus en plus pénible. Puis viendront les troubles auditifs, les troubles visuels, ensuite. C'est l’évolution classique. Les spasmes viendront plus tard précédant de peu l’agonie. C'est à ce moment là que les mouches attaqueront. — (Michel Audiard, Un taxi pour Tobrouk, 1961)
    • Les Bénédictines de Saint-Julien d’Auxerre, réfugiées à Charentenay depuis les troubles de la Ligue, s'étaient fermement opposées à François de Donnadieu qui n'avait pu faire sa visite, pourtant annoncée dans les formes. — (Bernard Barbiche & al., Pouvoirs, contestations et comportements dans l'Europe moderne, Presses Paris Sorbonne, 2005, page 37)
  2. Brouillerie ; mésintelligence.
    • Un autre problème, le droit de parcours, va lui aussi provoquer des troubles assez violents mais localisés seulement à quelques villages, comme Courgenay ou Précy-sur-Vrin, dans les étés 1790 et 1791. — (Léo Hamon, La Révolution à travers un département: Yonne, Paris : Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 1990, page 279)
  3. (Au pluriel) Soulèvements, émotions populaires.
    • Les troubles tout récents de Russie ont contribué à populariser l’idée de grève générale dans les milieux des professionnels de la politique. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.V, La grève générale politique, 1908, page 215)
  4. Agitation de l’âme ou de l’esprit.
    • À New-York, les banquiers étaient réunis. « Grand était leur trouble et longues les cendres de leurs cigares, » écrit "Time", revue jeune, impertinente, brillante. — (André Maurois, Chantiers américains, 1933)
    • C'est cet état général d’incertitude intellectuelle qui permet chez beaucoup la persistance d’attitudes doctrinales périmées, irréalistes, sans que l'on puisse faire de leurs égarements des symptômes psycho-pathologiques. […]. Mais on ne doit pas oublier que l’indéfinition des structures sociales crée chez beaucoup un état de trouble psychique. — (Emmanuel Todd, Le Fou et le Prolétaire, 1979, réédition revue et augmentée, Paris : Le Livre de Poche, 1980, page 39)
  5. (Droit) Action par laquelle on inquiète quelqu’un dans la jouissance de sa propriété.
  6. État d'un liquide dont la limpidité est altérée.
    • Un trouble est apparu dans cette solution.
  7. (Québec) Difficulté ; problème ; ennui. Note : Cette expression est souvent considérée comme un anglicisme; cependant, selon la linguiste Irène de Buisseret, l'expression vient en fait de Normandie[1].
    • Je suis dans le trouble.
    • Ne fais pas ça comme cela, tu te donnes du trouble pour rien.
  8. (Astronomie) Déviation d'un astre en dehors de son parcours normal.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  9. (Médecine) Tout désordre fonctionnel.
    • Trouble respiratoire.

Nom commun 2

trouble \tʁubl\ féminin

  1. (Pêche) Filet en forme de poche, monté sur un cercle ou un ovale, auquel est ordinairement ajusté un manche.
    • On prend avec la trouble du poisson dans les réservoirs.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TROUBLE. adj. des deux genres
. Qui est brouillé, qui n'est pas clair, qui n'est pas limpide. Vin trouble. Eau trouble. La rivière est trouble. Ces lunettes sont troubles. Ce verre est trouble. Fig. et fam., Pêcher en eau trouble, Tirer du profit, de l'avantage, des désordres publics ou particuliers. Le temps est trouble, Il y a beaucoup de nuages, de brouillard, le temps n'est pas serein. Avoir la vue trouble et, adverbialement, Voir trouble, Ne pas voir nettement, distinctement, par quelque vice dans l'organe de la vue. Fig., Une vue trouble des choses, Une conception des choses qui n'est pas nette, qui n'est pas distincte.

Littré (1872-1877)

TROUBLE (trou-bl') s. m.
  • 1Confusion, désordre. S'il arrivait qu'il y eût du trouble dans la petite république…, Pascal, Prov. IX. Les Pays-Bas sont en trouble sur toutes ces choses, Bossuet, Lett. quiét. 80. Que le trouble, toujours croissant de scène en scène, à son comble arrivé, se débrouille sans peine, Boileau, Art p. III. De ligues, de complots pernicieux auteur, Qui dans le trouble seul as mis tes espérances, Racine, Ath. v, 5. Baléazar partit aussitôt, et arriva aux portes de Tyr dans le temps que toute la ville était en trouble pour savoir qui succéderait à Pygmalion, Fénelon, Tél. VIII.
  • 2Brouillerie, mésintelligence. Le trouble se mit dans cette famille. Tout le trouble poétique à Paris s'en va cesser ; Perrault l'antipindarique Et Despréaux l'homérique Consentent de s'embrasser, Boileau, Épigr. XXIX.
  • 3 Au plur. Soulèvements, émotions populaires. La magnanime et intrépide régente était obligée de montrer le roi enfant aux provinces, pour dissiper les troubles qu'on y excitait de toutes parts, Bossuet, le Tellier. À peine commençait-elle [l'Église] à respirer par la paix que lui donna Constantin, et voilà qu'Arius, ce malheureux prêtre, lui suscite de plus grands troubles qu'elle n'en avait jamais soufferts, Bossuet, Hist. II, 7. Partout où il y a des troubles, il y a des crimes ; l'histoire n'est que le tableau des troubles du monde, Voltaire, Ann. Emp. à la duch. de Saxe-Gotha. Votre Majesté aura sans doute appris les troubles qu'il y a eu en différents endroits du royaume au sujet de la cherté du pain ; troubles dont cette cherté n'a été que le prétexte, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 27 mai 1775.
  • 4Agitation de l'âme, de l'esprit. Point de plaisir sans trouble, et jamais de repos, Corneille, Cinna, II, 1. Oh ! que j'ai souffert durant cet entretien ! Jamais trouble d'esprit ne fut égal au mien, Molière, Éc. des fem. I, 7. Saint Paul a dit que ceux qui entreront dans la bonne voie trouveront des troubles et des inquiétudes en grand nombre, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 6. Vous sentez donc l'amour maternelle ; j'en suis fort aise …moquez-vous présentement des craintes, des inquiétudes… des tendresses qui mettent le cœur en presse, du trouble que cela jette sur toute la vie ! Sévigné, à Mme de Grignan, 23 déc 1671. Cette paix qui met le repos dans un cœur, qui en fait cesser les troubles, qui en apaise les remords, Bourdaloue, Sévérité de la pénit. 1er avent, p. 218. Je me suis réveillé plein de trouble et d'horreur, Boileau, Lutr. IV. Vous saurez quelque jour, Madame, pour un fils jusqu'où va notre amour : Mais vous ne saurez point, du moins je le souhaite, En quel trouble mortel son intérêt nous jette, Lorsque, de tant de biens qui pouvaient nous flatter, C'est le seul qui nous reste, et qu'on veut nous l'ôter, Racine, Andr. III, 4. Dieux ! éclairez mon trouble, et daignez à mes yeux Montrer la vérité que je cherche en ces lieux ! Racine, Phèdre, v, 2. Dans le trouble d'espérance et de joie où je me trouvais, je fis un effort pour répondre, Fontenelle, Dial. VI, Morts anc. Ce trouble intéressant, ce désordre ingénu, Favart, Soliman II, I, 4. Les violents chagrins portent le trouble jusque dans la conscience, Staël, Corinne, I, 1.

    Le trouble des sens, le trouble de la voix, l'altération causée dans les sens, dans la voix, par l'agitation de l'esprit.

    En trouble, avec trouble. Je ne reçois qu'en trouble un si confus espoir, Corneille, Œd. III, 3.

  • 5 Terme de jurisprudence. Action par laquelle on inquiète quelqu'un dans la jouissance de sa propriété.

    Trouble de droit, action qui, sans faire obstacle à la propriété ou à la possession de fait, empêche néanmoins qu'elle ne soit utile pour la prescription.

    Trouble de fait, voie de fait, acte qui se commet de manière à nuire à la possession.

HISTORIQUE

XIIIe s. La demande qui est fete por tourble de saizine, Beaumanoir, VI, 11.

XIVe s. Et Gaufrois et li sien furent en grant tourment, Pour le tourble du tampz, qui dura longement, Baud. de Seb. x, 566.

XVe s. Dit en soi mesme Jean Lyon : je mettrai un tel trouble entre celle ville et le comte, qu'il coustera cent mille vies, Froissart, II, II, 52.

XVIe s. En ces troubles où nous sommes de la religion, Montaigne, I, 204. La lumiere estant venue, et le feu n'ayant plus de vogue, il fallut pescher en eau trouble, et cela se fit durant les troubles, D'Aubigné, Confess. I, 9. Trouble [de possession] s'entend, non-seulement par voie de fait, mais aussi par denegation judiciaire, Loysel, 751. De quoi tout le reste de leur armée se trouva en grand trouble, et entra en grand effroy, Amyot, Nicias, 39.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

TROUBLE, s. m. (Gram.) état contraire à celui de paix, de tranquillité, de repos. On dit le trouble de l’air, le trouble des eaux, le trouble des provinces, les troubles d’une maison, le trouble des passions, de la conscience, du cœur, de l’esprit. Il y avoit dans toutes ses actions ce trouble que cause toujours l’amour vrai dans l’innocence de la premiere jeunesse : les discours de celui qui aime, sont accompagnés d’un trouble plus séducteur que tout ce qu’il dit.

Trouble, (Jurisprud.) est l’interruption qui est faite à quelqu’un dans sa possession.

Pour acquérir la prescription il faut entr’autres choses avoir joui sans trouble pendant le tems fixé par la loi.

Le trouble est de fait ou de droit.

On entend par trouble de fait celui qui se commet par quelque action qui nuit au possesseur, comme quand un autre vient prendre possession du même héritage, qu’il le fait labourer ou ensemencer, qu’il en fait recolter les fruits, ou lorsqu’il empêche le premier possesseur de le faire.

Le trouble de droit est celui qui sans faire obstacle à la possession de fait, empêche néanmoins qu’elle ne soit utile pour la prescription, comme quand on fait signifier quelque acte au possesseur pour interrompre sa possession.

Celui qui prétend avoir la possession d’an & jour, & qui intente complainte, déclare qu’il prend pour trouble en sa possession d’an & jour l’acte qui lui a été signifié, ou l’entreprise faite par son adversaire, il demande d’être maintenu dans sa possession ; & pour réparation du trouble, des dommages & intérêts. Voyez Complainte, Possession, Prescription. (A)

Trouble, (Pêcherie.) filet de pêcheurs dont on ne se sert guere qu’en hiver, pour aller pêcher le long des rivages en l’enfonçant sous les bordages, ce qui ne pouvant s’exécuter sans troubler l’eau, a donné le nom au filet. Il est fait en demi-rond, que forme un morceau d’orme autour duquel le filet de la trouble est attaché ; une fourchette de bois à deux ou trois fourchons soutient le morceau d’orme & sert de manche : on ne s’en sert que de dessus le bateau. Ce filet a ordinairement huit à neuf piés de hauteur. Savary. (D. J.)

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Étymologie de « trouble »

(Adjectif) Du latin turbidus.
(Nom commun 1) Du latin turbula (« petite foule »), de turba (« foule, tourbe »), avec changement de genre.
(Nom commun 2) Du latin trublium (« écuelle ») ; voir trublion.
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Lat. turbula, petite foule, de turba, tourbe (voy. TOURBE), avec changement de genre.

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Phonétique du mot « trouble »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
trouble trubl

Citations contenant le mot « trouble »

  • La paix nourrit, le trouble consume. De Proverbe islandais
  • Eau trouble ne fait pas de miroir. De Proverbe occitan
  • L’eau trouble est le gain du pêcheur De Proverbe français
  • La rivière ne grossit pas sans être trouble. De Proverbe français
  • Le désir est une source de trouble et de souffrance... De Alexandra David-Néel
  • Lorsque la source est trouble, ce qui en sort l’est aussi. De Proverbe chinois
  • Rien de plus pur que les rivières de diamants, rien de plus trouble que leur source. De Hervé Bazin
  • La dysthymie est un trouble de l'humeur caractérisé par une humeur dépressive présente depuis au moins 2 ans. Le point avec un psychiatre. Femme Actuelle, Dysthymie : ce qu’il faut savoir sur ce trouble chronique de l’humeur : Femme Actuelle Le MAG
  • Il est indigne des grands coeurs de répandre le trouble qu'ils ressentent. De Clotilde de Vaux / Lucie
  • Les mauvaises affaires sont les bonnes. Plus l’eau est trouble, meilleure est la pêche. De Aurélien Scholl
  • Quand le cheval a soif, il ne dédaigne pas l’eau trouble. De Proverbe serbo-croate
  • Toute attention prêtée à une chose extérieure, trouble ou altère l'intérieur. De Jean Grenier / L'Esprit du Tao
  • Rien ne trouble plus puissamment quelqu'un que la réalisation subite de son ardent désir. De Stefan Zweig / La confusion des sentiments
  • Il y a trois sortes d'hommes politiques : ceux qui troublent l'eau ; ceux qui pêchent en eau trouble ; et ceux, plus doués, qui troublent l'eau pour pêcher en eau trouble. De Arthur Schnitzler / Relations et solitudes
  • On peut considérer notre vie comme un épisode qui trouble inutilement la béatitude et le repos du néant. De Anonyme
  • Gérald Darmanin pourra difficilement rester à son poste de ministre de l’Intérieur. Il n’a rien à se reprocher ? Qu’il se retire momentanément du jeu politique le temps que la justice fasse toute la lumière sur les actions lancées contre lui. Et s’il est déclaré non coupable, il pourra revenir la tête haute. Le problème, aujourd’hui, c’est le trouble instillé par ces affaires. Un trouble qui perturbe la bonne marche non seulement du ministère de l’Intérieur - ministère clé représentant (les forces de) l’ordre -, mais le gouvernement tout entier. Il ne se passe plus un jour sans que l’un(e) ou l’autre de ses membres ne soit sommé(e) de se prononcer sur le cas Darmanin, et chaque sortie publique du ministre, ou presque, donne lieu à des manifestations de réprobation. Les mois qui viennent vont être suffisamment difficiles aux plans sanitaire, économique, social, et donc politique, pour que le gouvernement ne puisse se permettre d’être plombé par une histoire qui ne mérite franchement pas d’entraver la conduite du pays. Pour moins que ça (des homards), François de Rugy a choisi l’an dernier de démissionner de son poste de président de l’Assemblée nationale. Et jeudi, alors même qu’aucune plainte n’est portée contre lui, Christophe Girard a renoncé à son poste d’adjoint de la maire de Paris afin de ne pas gêner le travail d’Anne Hidalgo. Les responsables politiques, qu’ils soient élus ou nommés, ont un devoir d’exemplarité. A cet égard, Emmanuel Macron a une responsabilité majeure. Promouvoir Darmanin à pareil poste en toute connaissance de cause est une faute politique. Le chef de l’Etat, c’est notoire, aime la provoc (son «on s’en est parlé d’homme à homme» avec Darmanin était dévastateur), mais on sait ce qui arrive quand on joue avec le feu. On peut se brûler. Libération.fr, Trouble - Libération
  • C’est ce qu’il appelait «getting in good trouble». Parions que nos voisins du Sud, particulièrement les représentants de la communauté noire, se souviendront de cet appel à l’action. Le slogan figurait déjà sur les masques de plusieurs invités à la cérémonie d’hier. Le Journal de Québec, «Good trouble» | Le Journal de Québec

Images d'illustration du mot « trouble »

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Traductions du mot « trouble »

Langue Traduction
Anglais trouble
Espagnol problema
Italien guaio
Allemand ärger
Chinois 麻烦
Arabe مشكلة
Portugais problema
Russe беда
Japonais トラブル
Basque arazoak
Corse prublemi
Source : Google Translate API

Synonymes de « trouble »

Source : synonymes de trouble sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « trouble »

Trouble

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