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Suisse

Sommaire

  • Définitions du mot suisse
  • Étymologie de « suisse »
  • Phonétique de « suisse »
  • Citations contenant le mot « suisse »
  • Images d'illustration du mot « suisse »
  • Traductions du mot « suisse »
  • Synonymes de « suisse »

Définitions du mot « suisse »

Trésor de la Langue Française informatisé

SUISSE, adj. et subst.

I. − Adj. et subst. De Suisse.
A. − (Celui, celle) qui est originaire de Suisse, qui y habite. Synon. helvète (vieilli), helvétique.Citoyen suisse. On ne conçoit pas comment les femmes suisses, souvent douées de tant de charmes, s'avisent d'apprendre la musique, avant d'avoir épuré les sons discordants de leur langage (Bonstetten, Homme Midi, 1824, p. 95).Le plus original des écrivains suisses d'aujourd'hui, Ramuz, fait difficilement accepter aux Français d'outre-Jura sa langue pleine de substance vaudoise (Arts et litt., 1936, p. 38-4).
En empl. coll., subst. masc. sing. C'est une belle chose pour le Suisse de pouvoir, d'un regard, contempler son canton, embrasser du haut de son Alpe le pays bien-aimé, d'en emporter l'image (Michelet, Peuple, 1846, p. 352).
B. − [En parlant d'un animal, d'une plante] Qui provient de Suisse, qui y vit ou y pousse. Végétation suisse. Les vaches de race hollandaise et flamande sont plus sensibles que les vaches suisses aux effets de l'inoculation (Nocard, Leclainche, Mal. microb. animaux, 1896, p. 270).
C. − [En parlant d'une chose] Qui est propre à la Suisse, à ses habitants.
1. [En parlant d'un inanimé concr.] Banque, franc suisse; Alpes, montagnes suisses. Que ne pouvait-elle s'accouder sur le balcon des chalets suisses ou enfermer sa tristesse dans un cottage écossais (...)! (Flaub., MmeBovary, t. 1, 1857, p. 45).On a découvert dans les lacs suisses d'assez nombreux vestiges des cités lacustres (R. Lalanne, Alim. hum., 1942, p. 20).
En partic. [En parlant d'un produit originaire de Suisse ou fabriqué en Suisse] Chocolat, fromage, montre suisse. Je dors deux heures à Brieg, bois pour la première fois du lait suisse (Michelet, Journal, 1830, p. 74).V. couteau A 1 c ex. de Maurois.
♦ Domaine des instit. pol.Canton suisse. V. canton A.
♦ Domaine ling.Quant au roi de Portugal (...) Il parle le français avec un léger accent suisse (Mérimée, Lettres ctessede Montijo, t. 2, 1855, p. 40).La collection de Frédéric Staub, de Zurich, particulièrement riche en ouvrages écrits dans le dialecte suisse allemand, a été acquise en 1898 (Civilis. écr., 1939, p. 48-4).
2. [Avec une valeur caractérisante] Qui présente certaines caractéristiques propres à la Suisse, à ses habitants. Neutralité suisse. Le moralisme et l'idéalisme suisses ont répugné absolument au roman naturaliste (Arts et litt., 1936, p. 38-4).
3. Loc. adj. À la suisse. À la manière des Suisses (évoquant le sérieux, la solidité, l'efficacité, le confort). Clubhôtel vous offre des stations de grande classe, la certitude d'un confort « à la suisse » (Le Point, 13 juin 1977, p. 141, col. 3).
Rem. Pour l'empl. des synon. helvète et helvétique, v. rem. sous ces mots.
D. −
1. HIST. DE FRANCE
Garde suisse, subst. fém. Corps de troupe formé de soldats suisses, organisé en régiment par Louis XIII et faisant partie de la Maison du roi jusqu'à la fin du règne de Louis XVI. Garde suisse ou, absol., suisse, subst. masc. Soldat de cette garde. La Révolution de Juillet avait laissé sur le pavé de Paris une foule de Suisses, de gardes du corps (...) qui mouraient de faim et que de bonnes têtes monarchiques, folles et jeunes sous leurs cheveux gris, imaginèrent d'enrôler pour un coup de main (Chateaubr., Mém., t. 4, 1848, p. 46).Son chapeau a la forme de celui des gardes suisses de Louis XVI (Villard, Hist. cost., 1956, p. 87).
Cent-Suisses, subst. masc. plur. Compagnie de soldats suisses créée par Charles VIII, qui fut intégrée aux gardes suisses à la Révolution et trouva une mort héroïque aux Tuileries en défendant la famille royale le 10 août 1792; p. méton., au sing. ou au plur., soldat appartenant à ce corps. On ne résiste pas toujours si longtemps à la soif; et en 1787, on vit mourir un des cent-suisses de la garde de Louis XVI, pour être resté seulement vingt-quatre heures sans boire (Brillat-Sav., Physiol. goût, 1825, p. 129).
Loc. proverbiale. Point d'argent, point de Suisse. V. argent II B.
2. Garde suisse, subst. fém. Corps de troupe formé de soldats suisses défendant jadis les États pontificaux et affecté aujourd'hui à la garde du Vatican; p. méton., groupe de soldats de ce corps. Le général monte aux appartements; arrivé dans la salle des sanctifications, il y trouve la garde suisse, forte de quarante hommes; elle ne fit aucune résistance, ayant reçu l'ordre de s'abstenir; le pape ne voulait avoir devant lui que Dieu (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 395).Garde suisse ou, absol., suisse, subst. masc. Soldat de cette garde. Les Suisses ont conservé leur uniforme historique qu'ils arborent ici dans toute sa splendeur (J. Neuvecelle, Vatican, portes ouvertes, 1980, p. 40).
II. − Subst. masc.
A. −
1. [Du xviieau xixes.] Concierge, portier d'un hôtel particulier, d'une grande maison, au costume chamarré rappelant celui des gardes suisses. Un suisse rouge et doré fit grogner sur ses gonds la porte de l'hôtel (Balzac, Goriot, 1835, p. 78).
2. Laïc chargé dans une église du bon ordre des processions, des cérémonies, vêtu d'un uniforme chamarré avec baudrier, bicorne, canne et hallebarde. La grille du chœur (...) devant laquelle se tient debout un magnifique personnage splendidement harnaché; c'est le suisse (Hugo, Rhin, 1842, p. 103).V. hallebarde ex. de Musset et de Hugo.
3. Loc. verb.
a) Vx. Boire comme un Suisse. Boire beaucoup. Les trois jeunes gens mangeaient comme des lions, buvaient comme des Suisses (Balzac, C. Birotteau, 1837, p. 183).
b) Fam. Faire suisse (vieilli); boire, manger en/comme un suisse. Boire ou manger seul, sans inviter personne, en cachette. Je profitai de l'ombre et du repos des deux nuits passées dans ces fers et sur cette paille pour manger (...) le bienheureux pâté de perdreaux, en cachette, en suisse (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Prisons, 1893, p. 376):
vanderague: Hé! là-bas, la coterie! V'là un client qui fait suisse. joberlin: Où ça donc? vanderague (montrant Ledru): C'est çui-là! joberlin: C'est pourtant vrai! Y boit tout seul. tout le monde : Y fait suisse! Y fait suisse! Courteline, Gaîtés esc., 1905, 6etabl., p. 78.
4. Région. (Canada), ZOOL. Petit rongeur de la famille des Écureuils, au pelage rayé sur toute la longueur, vivant en Amérique du Nord. Mes débuts cynégétiques à moi, consistèrent à chasser à coup de bâton (...) les suisses que leur mauvais sort amenait sur les arbres de notre parterre (Ringuet, Confidences, 1965, p. 133 ds Richesses Québec 1982, p. 2219).
B. − COMM. Fromage frais, de lait de vache, à pâte molle et non salée, de forme cylindrique, pesant environ 60 grammes et comportant 60 % de matières grasses. À Gournay (...) on fabrique journellement des milliers de fromages double crème, dits suisses (Pouriau, Laiterie, 1895, p. 108).Le langage commercial actuel distingue le petit suisse, fromage frais d'environ 25 g, du suisse qui est deux fois plus volumineux (Dupré1972).
En compos. Petit-suisse*.
REM.
Suissesse, subst. fém.Femme suisse. Les filles n'y portent plus [dans l'Ain] le corset lacé par devant, le tablier de soie et le cotillon court qui les faisaient ressembler à des Suissesses (A. France, Vie littér., 1891, p. 156).Le féminin de Suisse est Suissesse, lorsque le mot est nom propre: un Suisse, une Suissesse (...) ce féminin tend à être remplacé par une Suisse (Dupré1972).
Prononc. et Orth.: [sɥis]. Att. ds Ac. dep. 1762. Fém. parfois Suissesse [-sεs]. A. Majuscule ou minuscule. 1. Un Suisse (nom) mais un produit suisse (adj.). 2. Dans des loc., avec majuscule ou minuscule selon les dict.: Point d'argent, point de suisse ds Ac. 1935, mais point d'argent, point de Suisse ds Littré, Lar. Lang. fr., Rob. 1985; boire en suisse, faire suisse ds Lar. Lang. fr., mais boire en Suisse, faire Suisse ds Rob. 1985. 3. Dans les sens dér. (domestique, garde d'église, soldat pontifical, fromage, écureuil) gén. avec minuscule. Seul Ac. dep. 1762 écrit avec majuscule: Suisses du Vatican. B. Trait d'union et plur. Les cent-suisses ds Rob. 1985; Littré consacre une entrée à cent-suisses où il donne aussi le sing.: un cent-suisse, mais s.v. suisse il écrit cent suisses sans trait d'union. Prop. Catach-Golf. Orth. Lexicogr. Mots comp. 1981, pp. 321-322: cent-suisse ou centsuisse, plur. des cent-suisses ou centsuisses. Petit suisse ds Lar. Lang. fr., mais petit-suisse ds Rob. 1985, plur. des petits-suisses. Étymol. et Hist. 1. a) 1461-66 subst. « habitant de la Suisse » (Jean de Bueil, Le Jouvencel, éd. L. Lecestre, t. 2, p. 228); 1627 adj. « de Suisse » (Sorel, Le Berger extravagant, p. 19); b) 1782 « employé d'église en uniforme chargé de l'ordonnance des cérémonies » (Mercier, Tableau de Paris, t. 2, p. 88); c) 1935 « soldat de la garde suisse, au Vatican » (Ac.); 2. a) 1619 « concierge, portier d'une grande maison » (Cl. d'Esternod, L'Espadon satyrique, éd. F. Fleuret et L. Perceau, p. 113); b) 1828-29 (boire) avec son suisse (Vidocq, Mém., t. 3, p. 179: la petite chopine de vin qu'elle [la cabaretière] avale souvent avec son suisse); 1841 faire Suisse « boire seul » (d'apr. Esn.); 1893 manger, boire en Suisse « manger, boire seul » (Verlaine, loc. cit.); 3. a) 1632 au Canada « écureuil à pelage rayé dans le sens de la longueur » (Sagard, Le Grand voyage du pays des Hurons, pp. 305-306 ds Dict. du fr. québécois, vol. de présentation, 1985); b) 1872 « fromage blanc » (Littré); 1902 petit-suisse, v. ce mot. Nom des habitants de la Suisse. Au sens 1 a, cf. en 1455 Suissois (Archives du Nord, B 3537, no125789 ds IGLF). 3 a est prob. issu de l'anal. entre le pelage rayé de l'animal et l'uniforme des mercenaires suisses qui servaient en France, v. Dict. du fr. québécois, loc. cit. Fréq. abs. littér.: 928. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 764, b) 1 952; xxes.: a) 749, b) 944. Bbg. Arveiller (R.). R. Ling. rom. 1983, t. 47, p. 203. − Gall. 1955, p. 106. − Quem. DDL t. 9, 21, 38.

Wiktionnaire

Adjectif

suisse \sɥis\ masculin et féminin identiques

  1. (Géographie) Relatif à la Suisse ou à ses habitants.
    • Le chocolat suisse est en général au lait.

Nom commun

suisse \sɥis\ masculin

  1. (Vieilli) Domestique à qui était confiée la garde de la porte d’une maison ; concierge.
    • Par politesse envers la foule incroyable et insolite qui remplissait la rue, le suisse du palais Crescenzi avait placé une douzaine de torches dans ces mains de fer que l’on voit sortir des murs de face des palais bâtis au Moyen Âge. — (Stendhal, La Chartreuse de Parme, 1839)
    • Quand le juge vit la porte cochère s’ouvrant devant le cabriolet de son neveu, il examina par un rapide coup d’œil la loge, le suisse, la cour, les écuries. — (Honoré de Balzac, L’Interdiction, 1839)
    • Un énorme suisse, habillé comme à l’église, frappait les dalles de sa canne au passage de chaque arrivant. — (Marcel Proust, Un amour de Swann, 1913, réédition Le Livre de Poche, page 178)
    • […] ; je ris en songeant aux policiers sévères, aux suisses galonnés, à toute cette mise en scène de respectabilité étalée à cinquante mètres de là. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
  2. (Religion) Celui qui est chargé de la police d’une église, qui précède le clergé dans les processions, etc.
    • […], Bédouin, vêtu d’un pantalon de gendarme, d’un habit rouge, coiffé d’un bicorne et nanti de sa hallebarde de suisse, vint le prendre à son banc, et, de force, le contraignit à se mettre à genoux au milieu de la nef. — (Louis Pergaud, Une revanche, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Après la messe, vers huit heures, la procession se mit en route. Il y avait en tête le suisse, le bedeau et un premier groupe de solides enfants de chœur qui devaient se relayer pour porter la croix dorée ornée de pierreries. — (Jean L’Hôte, La Communale, Seuil, 1957, réédition J’ai Lu, page 75)
    • Il fit semblant de ne pas remarquer le keffieh bleu qui encapuchonnait la tête de Jeannot façon Yasser Arafat, et les invita à le suivre dans un recoin de la salle de restaurant, en se déplaçant comme un suisse de cathédrale. — (Tito Topin, 14 ème nocturne, Série noire, Gallimard, 1983, page 25)
  3. Garde de certains institutions, dans certains pays.
    • « Qui est-ce là ? » cria le suisse de garde au guichet de la poterne du Louvre. — (Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842)
    • La garnison se composait de trente-deux Suisses et de quatre-vingt-deux invalides. La Bastille n’était-elle pas imprenable? — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
  4. (Zoologie) (Québec) Tamia, genre d’écureuil au pelage rayé (genre scientifique Tamias).
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SUISSE. n. m.
Il se disait du Domestique à qui était confiée la garde de la porte d'une maison, parce qu'autrefois ce domestique était pris ordinairement parmi les Suisses. Le suisse d'un hôtel. On dit maintenant Concierge. Prov., Point d'argent, point de suisse. Voyez ARGENT.

SUISSE se dit aujourd'hui de Celui qui est chargé de la police d'une église, qui précède le clergé dans les processions, etc. La hallebarde, la canne du suisse. Les Suisses du Vatican, Les soldats de la garde suisse.

Littré (1872-1877)

SUISSE (sui-s') s. m.
  • 1Homme du pays de Suisse. Un Suisse (avec une majuscule).

    Les cent suisses, sorte de troupe qui était de la garde du roi. Vardes à la tête des cent suisses, Maintenon, Lett. à Mme de Villarceaux, 27 août 1660.

    Adj. Les produits suisses. L'ouvrier suisse.

    Régiments suisses, régiments qui, en vertu de capitulations, servaient en France du temps de l'ancienne monarchie.

    PROVERBE

    Point d'argent, point de Suisse, sans argent on ne peut rien avoir, locution prise du temps où les Suisses se louaient comme soldats mercenaires. On n'entrait point chez nous sans graisser le marteau : Point d'argent, point de Suisse, et ma porte était close, Racine, Plaid. I, 1.

    Penser à la Suisse, s'est dit pour laisser aller son esprit à de simples idées qui se présentent à l'imagination, sans prendre la peine d'examiner l'une par rapport à l'autre, Le P. Buffier, Principes du rais. § 167.

  • 2Domestique chargé de garder la porte d'un hôtel, ainsi appelé parce qu'autrefois ce domestique était pris ordinairement parmi les Suisses (on dit présentement plutôt portier ou concierge ; on met une s minuscule). C'est Notre-Dame de la Garde, Gouvernement commode et beau, à qui suffit pour toute garde Un suisse avec sa hallebarde, Peint sur la porte du château, Voyage de Chapelle et Bachaumont. Sachons perdre dans l'occasion ; la recette est infaillible, et je consens de l'éprouver ; j'évite par là d'apprivoiser un suisse ou de fléchir un commis, La Bruyère, IX. Il m'avait fait venir d'Amiens pour être suisse, Racine, Plaid. I, 1. Elle n'est plus ici, nous répondit un suisse ou un portier, je ne sais plus lequel des deux, Marivaux, Marianne, 11e part. Ce large suisse à cheveux blancs, Qui ment sans cesse à votre porte, Voltaire, Ép. 28. Je trouve mon portier bien impertinent d'entendre ainsi les raisons de tout le monde ; oh ! je vois bien qu'il faut que je prenne un suisse, Legrand, Usurier gentilhomme, sc. 10.

    Fig. Ce fameux détroit de Sicile Est gardé par Charybde et Scylle, Et ces deux suisses de détroit Sont l'un à gauche et l'autre à droit, Scarron, Virg. III.

  • 3Le suisse d'une église, celui qui est chargé de la garde d'une église et qui précède le clergé dans les processions. La hallebarde d'un suisse.
  • 4Le suisse, dit aussi écureuil de terre, nom d'un petit rongeur de l'Amérique.
  • 5Un des noms vulgaires de la salamandre tachetée, batraciens, appelée absolument la salamandre et qui est la salamandre terrestre de certains auteurs.
  • 6Nom d'un poisson, le leucisque commun, cyprinus leuciscus, L.
  • 7Un suisse, petit fromage blanc, semblable au Neufchâtel.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SUISSE, on donne ce nom en Bourgogne à la salamandre terrestre. Voyez Salamandre.

Suisse, la, (Géog. mod.) pays d’Europe, séparé de ses voisins par de hautes montagnes. Ses bornes ne sont pas aujourd’hui les mêmes que dans le tems que ce pays étoit connu sous le nom d’Helvétie ; la Suisse moderne est beaucoup plus grande.

L’étendue du pays occupé présentement par les Suisses, par les Grisons & par leurs autres alliés, est proprement entre les terres de l’Empire, de la France & de l’Italie. Il confine vers l’orient avec le Tirol ; vers l’occident, avec la Franche-comté ; vers le nord, avec le Sungtgaw, avec la Forêt-noire & avec une partie de la Suabe ; & vers le midi, avec le duché de Savoie, la vallée d’Aoste, le duché de Milan, & les provinces de Bergame & de Bresce. Ce pays, en le prenant dans sa plus grande largeur, s’étend environ l’espace de deux degrés de latitude, savoir depuis le 45d. 45. jusqu’au-delà du 47. & demi, & il comprend environ quatre degrés de longitude, c’est-à-dire depuis le 24. jusqu’au 28. Sa longueur est conséquemment d’environ 90 lieues de France, & sa largeur de plus de 33.

De cette façon, aujourd’hui comme autrefois, la Suisse est bornée au midi par le lac de Geneve, par le Rhône & par les Alpes, qui la séparent des Vallaisans & du pays des Grisons ; mais à l’occident, elle ne se trouve bornée qu’en partie par le mont Jura, qui s’étend du sud-ouest au nord-est, depuis Geneve jusqu’au Botzberg, en latin Vocetius, comprenant au-delà du Jura le canton de Bâle, avec deux petits pays, qui autrefois étoient hors de la Suisse, & dont les habitans portoient le nom de Rauræci. A l’orient & au nord, elle est encore bornée aujourd’hui par le Rhin, à la réserve de la ville & du canton de Schaffouse, qui sont au-delà de ce fleuve & dans la Suabe.

La Suisse n’est pas seulement séparée de ses voisins, mais quelques cantons le sont l’un de l’autre par des suites de montagnes, qui leur servent également de limites & de fortifications naturelles. Elle est séparée particulierement de l’Italie par une si longue chaîne des Alpes, que l’on ne peut pas aller d’un pays à l’autre sans en traverser quelqu’une. Il n’y a que quatre de ces montagnes par lesquelles on puisse passer de la Suisse en Italie, ou du-moins n’y en a-t-il pas davantage où il y ait des chemins pratiqués communément par les voyageurs. L’une est le mont Cenis, par lequel on passe par la Savoie dans le Piémont ; la seconde est le S. Bernard, entre le pays nommé le bas-Valais & la vallée d’Aoste ; la troisieme est le Sampion, située entre le haut-Valais & la vallée d’Ossola, dans le Milanez ; & la quatrieme est le S. Godard, qui conduit du canton d’Ury à Bellinzona, & aux autres bailliages suisses en Italie, qui faisoient autrefois partie de l’état de Milan. C’est dans cette étendue de pays montagneux, dit le comte d’Hamilton,

Que le plus riant des vallons,
Au-lieu de fournir des melons,
Est un honnête précipice,
Fertile en ronces & chardons ;
L’on y respire entre des monts,
Au sommet desquels la genisse,
Le bœuf, la chevre, & les moutons,
Ne grimpent que par exercice,
Si fatigués, qu’ils ne sont bons
Ni pour l’usage des maisons,
Ni pour offrir en sacrifice.

Il ne faut pourtant pas s’imaginer que ces montagnes soient des rocs nuds, comme celles de Gènes. Elles portent la plûpart de bons pâturages tout l’été, pour des vastes troupeaux de bétail ; & l’on trouve dans certains intervalles des plaines fertiles, & d’une assez grande étendue.

La subtilité de l’air qu’on respire dans la Suisse & les diverses rivieres qui y prennent leur source prouvent que ce pays est extrèmement élevé. L’Adde, le Tésin, la Lintz, l’Aar, la Russ, l’Inn, le Rhône & le Rhin en tirent leur origine. On y peut ajouter le Danube, car quoiqu’à la rigueur il prenne naissance hors des limites de la Suisse, néanmoins c’est dans le voisinage de Schaffouse. La source de l’Ille est près de Bâle, & celle de l’Adige, quoique dans le comté de Tirol, est pourtant sur les confins des Grisons.

Entre le nombre de lacs de la Suisse, ceux de Constance, de Geneve, de Neufchâtel, de Zurich & de Lucerne sont très-considérables ; les deux premiers ont près de 18 lieues de longueur, & quelquefois 2, 3 ou 4 de largeur ; ils sont également beaux & poissonneux.

Jules César est le premier qui ait fait mention du peuple helvétique comme d’une nation. Il rapporte au commencement de ses commentaires la guerre qu’il eut avec les Helvétiens. Pendant son gouvernement des Gaules, ils firent une irruption en Bourgogne, avec le dessein de se transplanter dans un pays plus agréable & plus capable que le leur, de contenir le nombre infini de monde dont ils fourmilloient. Pour exécuter d’autant mieux ce projet, ils brûlerent douze villes qui leur appartenoient, & quatre cens villages, afin de s’ôter toute espérance de retour. Après cela, ils se mirent en marche avec leurs femmes & leurs enfans, faisant en tout plus de trois cens soixante mille ames, dont près de cent mille étoient en état de porter les armes. Ils voulurent se jetter dans le gouvernement de César par la Savoie ; mais ne pouvant passer le Rhône à la vue de son armée qui étoit campée de l’autre côté de ce fleuve, ils changerent de route, & pénétrerent par la Franche-comté. César les poursuivit, & leur livra plusieurs combats avec différens succès, jusqu’à ce qu’à la fin il les vainquit dans une bataille rangée, les obligea de revenir chez eux, & réduisit leur pays à l’obéissance des Romains, le joignant à la partie de son gouvernement, appellé la Gaule celtique.

Ils vécurent sous la domination romaine jusqu’à ce que cet empire même fut déchiré par les inondations des nations septentrionales, & qu’il s’éleva de nouveaux royaumes de ses ruines. L’un de ces royaumes fut celui de Bourgogne, dont la Suisse fit partie jusque vers la fin du xij. siecle. Il arriva pour-lors que ce royaume fut divisé en plusieurs petites souverainetés, sous les comtes de Bourgogne, de Maurienne, de Savoie, de Provence, ainsi que sous les dauphins du Viennois & sous les ducs de Zéringen.

Par ce démembrement, la Suisse ne se trouva plus réunie sous un même chef. Quelques-unes de ses villes furent faites villes impériales. L’empereur Frédéric Barberousse en donna d’autres avec leur territoire (pour les posséder en fief de l’empire), aux comtes de Habspourg, desquels la maison d’Autriche est descendue. D’autres villes suisses, du moins leur gouvernement héréditaire, fut accordé au duc de Zéringen. La race de ces ducs s’éteignit dans le xiij. siecle : ce qui fournit l’occasion aux comtes de Habspourg d’aggrandir leur pouvoir dans tout le pays. Mais ce qui mit la liberté de la Suisse le plus en danger, ce fut le schisme qui partagea si fort l’empire dans le même siecle, lorsqu’Othon IV. & Frédéric II. étoient empereurs à la fois, & alternativement excommuniés par deux papes qui se succéderent. Dans ce désordre tout le gouvernement fut bouleversé, & les villes de la Suisse en particulier sentirent les tristes effets de cette anarchie ; car comme ce pays étoit rempli de nobles & d’ecclésiastiques puissans, chacun y exerça son empire, & tâcha de s’emparer tantôt d’une ville, tantôt d’une autre, sous quelque prétexte que ce fût.

Cette oppression engagea plusieurs villes de la Suisse & de l’Allemagne d’entrer ensemble en confédération pour leur défense mutuelle ; c’est par ce motif que Zurich, Ury & Schwitz conclurent une alliance étroite en 1251. Cependant cette union de villes ne se trouvant pas une barriere suffisante contre la violence de plusieurs seigneurs, la plûpart des villes libres de la Suisse, & entr’autres les trois cantons que je viens de nommer, se mirent sous la protection de Rodolphe de Habspourg, en se réservant leurs droits & leurs franchises.

Rodolphe étant devenu empereur, la noblesse accusa juridiquement les cantons de Schwitz, d’Ury & d’Underwald de s’être soustraits à leur domination féodale, & d’avoir démoli leurs châteaux. Rodolphe qui avoit autrefois combattu avec danger ces petits tyrans, jugea en faveur des citoyens.

Albert d’Autriche, au lieu de suivre les traces de son pere, se conduisit, dès qu’il fut sur le trône, d’une maniere entierement opposée. Il tâcha d’étendre sa puissance sur des pays qui ne lui appartenoient pas, & perdit par sa conduite violente, ce que son prédécesseur avoit acquis par la modération. Ce prince ayant une famille nombreuse, forma le projet de soumettre toute la Suisse à la maison d’Autriche, afin de l’ériger en principauté pour un de ses fils. Dans ce dessein, il nomma un certain Grisler bailli ou gouverneur d’Ury, & un nommé Landerberg, gouverneur de Schwitz & d’Underwald ; c’étoient deux hommes dévoués à ses volontés. Il leur prescrivit de lui soumettre ces trois cantons, ou par la corruption, ou par la force.

Ces deux gouverneurs n’ayant rien pu gagner par leurs artifices, employerent toutes sortes de violences, & exercerent tant d’horreurs & de traitemens barbares, que le peuple irrité n’obtenant aucune justice de l’empereur, & ne trouvant plus de salut que dans son courage, concerta les mesures propres à se délivrer de l’affreux esclavage sous lequel il gémissoit.

Il y avoit trois hommes de ces trois cantons dont chacun étoit le plus accrédité dans le sien, & qui pour cette raison furent les objets principaux de la persécution des gouverneurs ; ils s’appelloient Arnold Melchtal, du canton d’Underwald ; Werner Stauffacher, du canton de Schwitz ; & Walter Furst, de celui d’Ury. C’étoient de bons & d’honnêtes paysans ; mais la difficulté de prononcer des noms si respectables, a nui peut-être à leur célébrité.

Ces trois hommes naturellement courageux, également maltraités des gouverneurs, & unis tous trois par une longue amitié que leurs malheurs communs avoient affermie, tinrent des assemblées secretes, pour délibérer sur les moyens d’affranchir leur patrie, & pour attirer chacun dans leur parti, tous ceux de son canton, auxquels il pourroit se fier, & qu’il sauroit avoir assez de cœur pour contribuer à exécuter les résolutions qu’ils prendroient. Conformément à cette convention, ils engagerent chacun trois amis sûrs dans leur complot, & ces douze chefs devinrent les conducteurs de l’entreprise. Ils confirmerent leur alliance par serment, & résolurent de faire, le jour qu’ils fixerent, un soulevement général dans les trois cantons, de démolir les châteaux fortifiés, & de chasser du pays les deux gouverneurs avec leurs créatures.

Tous les historiens nous apprennent que cette conspiration acquit une force irrésistible par un évenement imprévu. Grisler, gouverneur d’Ury, s’avisa d’exercer un genre de barbarie également horrible & ridicule. Il fit planter sur le marché d’Altorff, capitale du canton d’Ury, une perche avec son chapeau, ordonnant sous peine de la vie, de saluer ce chapeau en se découvrant, & de plier le genou avec le même respect que si lui gouverneur eût été là en personne.

Un des conjurés, nommé Guillaume Tell, homme intrépide & incapable de bassesse, ne salua point le chapeau. Grisler le condamna à être pendu, & par un rafinement de tyrannie, il ne lui donna sa grace, qu’à condition que ce pere, qui passoit pour archer très-adroit, abattroit d’un coup de fleche, une pomme placée sur la tête de son fils. Le pere tira, & fut assez heureux ou assez adroit pour abattre la pomme, sans toucher la tête de son fils. Tout le peuple éclata de joie, & battit des mains d’une acclamation générale. Grisler appercevant une seconde fleche sous l’habit de Tell, lui en demanda la raison, & lui promit de lui pardonner, quelque dessein qu’il eût pu avoir. « Elle t’étoit destinée, lui répondit Tell, si j’avois blessé mon fils. » Cependant effrayé du danger qu’il avoit couru de tuer ce cher fils, il attendit le gouverneur dans un endroit où il devoit passer quelques jours après, & l’ayant apperçu, il le visa, lui perça le cœur de cette même fleche, & le laissa mort sur la place. Il informa sur le champ ses amis de son exploit, & se tint caché jusqu’au jour de l’exécution de leur projet.

Ce jour fixé au premier Janvier 1308, les mesures des confédérés se trouverent si bien prises, que dans le même tems les garnisons des trois châteaux furent arrêtées & chassées sans effusion de sang, les forteresses rasées, & par une modération incroyable dans un peuple irrité, les gouverneurs furent conduits simplement sur les frontieres & relâchés, après en avoir pris le serment qu’ils ne retourneroient jamais dans le pays. Ainsi quatre hommes privés des biens de la fortune & des avantages que donne la naissance, mais épris de l’amour de leur patrie, & animés d’une juste haine contre leurs tyrans, furent les immortels fondateurs de la liberté helvétique ! Les noms de ces grands hommes devroient être gravés sur une même médaille, avec ceux de Mons, des Doria & des Nassau.

L’empereur Albert informé de son désastre, résolut d’en tirer vengeance ; mais ses projets s’évanouirent par sa mort prématurée ; il fut tué à Konigsfeld par son neveu Jean, auquel il détenoit, contre toute justice, le duché de Souabe.

Sept ans après cette avanture qui donna le tems aux habitans de Schwitz, d’Ury & d’Underwald de pourvoir à leur sûreté, l’archiduc Léopold, héritier des états & des sentimens de son pere Albert, assembla une armée de vingt mille hommes, dans le dessein de saccager ces trois cantons rebelles, & de les mettre à feu & à sang. Leurs citoyens se conduisirent comme les Lacédémoniens aux Thermopyles. Ils attendirent, au nombre de cinq cens hommes, la plus grande partie de l’armée autrichienne au pas de Morgarten. Plus heureux que les Lacédémoniens, ils porterent le désordre dans la cavalerie de l’archiduc, en faisant tomber sur elle une grêle affreuse de pierres, & profitant de la confusion, ils se jetterent avec tant de bravoure sur leurs ennemis épouvantés, que leur défaite fut entiere.

Cette victoire signalée ayant été gagnée dans le canton de Schwitz, les deux autres cantons donnerent ce nom à leur alliance, laquelle devenant plus générale, fait encore souvenir par ce seul nom, des succès brillans qui leur acquirent la liberté.

En vain la maison d’Autriche tenta pendant trois siecles de subjuguer ces trois cantons ; tous ses efforts eurent si peu de réussite, qu’au lieu de ramener les trois cantons à son obéissance, ceux-ci détacherent au contraire d’autres pays & d’autres villes du joug de la maison d’Autriche. Lucerne entra la premiere dans la confédération en 1332. Zurich, Glaris & Zug suivirent l’exemple de Lucerne vingt ans après ; Berne qui est en Suisse ce qu’Amsterdam est en Hollande, renforça l’alliance. En 1481 Fribourg & Soleure ; en 1501 Basle & Schaffhouse accrurent le nombre des cantons. En voilà douze. Le petit pays d’Appenzell, qui y fut aggrégé en 1513, fit le treizieme. Enfin les princes de la maison d’Autriche se virent forcés par le traité de Munster de déclarer les Suisses un peuple indépendant. C’est une indépendance qu’ils ont acquise par plus de soixante combats, & que selon toute apparence, ils conserveront long-tems.

Les personnes un peu instruites conviennent que le corps helvétique doit plutôt être appellé la confédération que la république des Suisses, parce que les treize cantons forment autant de républiques indépendantes. Ils se gouvernent par des principes tout differens. Chacun d’eux conserve tous les attributs de la souveraineté, & traite à son gré avec les étrangers ; leur diete générale n’est point en droit de faire des réglemens, ni d’imposer des lois.

Il est vrai qu’il y a tant de liaison entre les treize cantons, que si l’un étoit attaqué, les douze autres seroient obligés de marcher à son secours ; mais ce seroit par la relation que deux cantons peuvent avoir avec un troisieme, & non par une alliance directe, que chacun des treize cantons a avec tous les autres.

Les Suisses ne voulant pas sacrifier leur liberté à l’envie de s’agrandir, ne se mêlent jamais des contestations qui s’élevent entre les puissances étrangeres. Ils observent une exacte neutralité, ne se rendent jamais garans d’aucun engagement, & ne tirent d’autre avantage des guerres qui desolent si souvent l’Europe, que de fournir indifféremment des hommes à leurs alliés, & aux princes qui recourent à eux. Ils croyent être assez puissans, s’ils conservent leurs lois. Ils habitent un pays qui ne peut exciter l’ambition de leurs voisins ; & si j’ose le dire, ils sont assez forts pour se défendre contre la ligue de tous ces mêmes voisins. Invincibles quand ils seront unis, & qu’il ne s’agira que de leur fermer l’entrée de leur patrie, la nature de leur gouvernement républicain ne leur permet pas de faire des progrès au-dehors. C’est un gouvernement pacifique, tandis que tout le peuple est guerrier. L’égalité, le partage naturel des hommes y subsiste autant qu’il est possible. Les lois y sont douces ; un tel pays doit rester libre !

Il ne faut pas croire cependant que la forme du gouvernement républicain soit la même dans tous les cantons. Il y en a sept dont la république est aristocratique, avec quelque mélange de démocratie ; & six sont purement démocratiques. Les sept aristocratiques sont Zurich, Berne, Lucerne, Basle, Fribourg, Soleure, Schafthouse ; les six démocratiques sont Ury, Schwitz, Underwald, Zug, Glaris & Appenzell. Cette différence dans leur gouvernement semble être l’effet de l’état dans lequel chacune de ces républiques se trouva, avant qu’elles fussent érigées en cantons. Car comme les sept premieres ne consisterent chacune que dans une ville, avec peu ou point de territoire, tout le gouvernement résida naturellement dans le bourgeois, & ayant été une fois restraint à leur corps, il y continue toujours, nonobstant les grandes acquisitions de territoires qu’elles ont faites depuis. Au contraire, les six cantons démocratiques n’ayant point de villes ni de villages qui pussent prétendre à quelque prééminence par dessus les autres, le pays fut divisé en communautés, & chaque communauté ayant un droit égal à la souveraineté, on ne put pas éviter de les y admettre également, & d’établir la pure démocratie.

On sait que la Suisse prise pour tout le corps helvétique, comprend la Suisse propre, les alliés des Suisses, & les sujets des Suisses. La Suisse propre est partagée en seize souverainetés, savoir treize cantons, deux petits états souverains, qui sont le comté de Neuf-Châtel & l’abbaye de S. Gall, une république qui est la ville de S. Gall. Les alliés des Suisses sont les Grisons, les Vallaisans & Genève. Les sujets des Suisses sont ceux qui sont hors de la Suisse, ou ceux qui obéissent à plusieurs cantons qui les possedent par indivis.

Il y a des cantons qui sont catholiques, & d’autres protestans. Dans ceux de Glaris & d’Appenzell, les deux religions y regnent également sans causer le moindre trouble.

Je me suis étendu sur la Suisse, & je n’ai dit que deux mots des plus grands royaumes d’Asie, d’Afrique & d’Amérique ; c’est que tous ces royaumes ne mettent au monde que des esclaves, & que la Suisse produit des hommes libres. Je sais que la nature si libérale ailleurs, n’a rien fait pour cette contrée, mais les habitans y vivent heureux ; les solides richesses qui consistent dans la culture de la terre, y sont recueillies par des mains sages & laborieuses. Les douceurs de la société, & la saine philosophie, sans laquelle la société n’a point de charmes durables, ont pénétré dans les parties de la Suisse où le climat est le plus tempéré, & où regne l’abondance. Les sectes de la religion y sont tolérantes. Les arts & les sciences y ont fait des progrès admirables. Enfin dans ces pays autrefois agrestes, on est parvenu en plusieurs endroits à joindre la politesse d’Athènes à la simplicité de Lacédémone. Que ces pays se gardent bien aujourd’hui d’adopter le luxe étranger, & de laisser dormir les lois somptuaires qui le prohibent !

Les curieux de l’histoire des révolutions de la Suisse consulteront les mémoires de M. Bochat, qui forment trois volumes in-4°. Gesner, Scheuchzer & Wagner ont donné l’histoire naturelle de l’Helvétie. (Le Chevalier de Jaucourt.)

Suisses, privileges des Suisses en France pour leur commerce ; ils peuvent introduire dans le royaume les toiles du cru & de la fabrique de leur pays sans payer aucuns droits. Ce privilege est fondé sur les traités que nous avons faits avec eux depuis le xv. siecle, ainsi que sur plusieurs arrêts & lettres-patentes qui ont encore expliqué & confirmé ce privilege. Le détail de tous ces titres paroît être ici superflu, il suffira d’en donner les dates. Voyez les traités de 1463, 1475, 1512, 1663 & 1715. Voyez les lettres-patentes & les arrêts de 1551, 1571, 1594, 1602, 1658, 1693, 1692 & 1698.

Sous le nom de Suisses, il faut entendre ici non seulement les peuples des Treize Cantons, mais encore les habitans des ville & abbaye de Saint-Gal, du Valais, de la ville de Mulhausen, & enfin ceux des trois ligues grises & de la comté de Neuchatel. Ils composent tous le louable corps helvétique, & jouissent tous en France des mêmes privileges sans aucune distinction.

L’entrée des toiles étrangeres n’est permise dans le royaume que par les villes de Rouen & de Lyon, en prenant pour cette derniere des acquits à caution aux bureaux de Gax ou de Coulonge, suivant un arrêt du 22 Mars 1692. Mais, en faveur des Suisses seulement, le bureau de Saint-Jean-de Losne est ouvert comme les deux autres, par un arrêt de 1698.

La position du territoire des Suisses & de celui de leurs alliés, ne leur permet pas de faire entrer leurs toiles par Rouen ; ainsi ce n’est qu’à Lyon qu’ils exercent leurs droits, après avoir rempli néanmoins certaines formalités.

Ils sont obligés de faire inscrire leurs noms & enregistrer leurs marques au bureau de la douane. Chaque particulier n’y est admis qu’après avoir constaté son origine devant le président en la jurisdiction de la douane, par des certificats authentiques des magistrats des lieux de sa naissance. La vérité de ces certificats doit être attestée avec serment par deux négocians suisses déja inscrits. Ensuite le procureur du roi & le directeur de la douane sont entendus ; & enfin lorsque rien ne s’y oppose, on expédie des lettres d’inscription, dans lesquelles il est défendu au nouvel inscrit de prêter son nom & sa marque, à peine d’être déchu de son privilege.

Il n’y a que ceux des marchands suisses qui ont rempli ces formalités, qui puissent faire entrer leurs toiles à Lyon sans payer des droits. On exige même que les balles de toiles portent l’empreinte de la marque inscrite (qui par conséquent a été envoyée à un correspondant), & qu’elles soient accompagnées des certificats des lieux d’où elles viennent, portant que ces toiles sont du cru & de la fabrique du pays des Suisses, conformément aux arrêts de 1692 & 1698.

Il semble que de la teneur de ces deux arrêts, les Suisses pourroient inférer que leurs basins doivent être exempts de droits d’entrée comme leurs toiles. Mais il est constant que leurs basins payent les droits ordinaires ; peut-être est-ce parce que tout privilege est de droit étroit, & que les basins ne sont point nommés dans ces privileges, ou bien parce que le coton dont ces basins sont en partie composés, empêche que l’on ne puisse les regarder comme marchandises du cru du pays des Suisses.

Par une concession de François I. en l’année 1515, qui est motivée pour services rendus, & entr’autres prêt d’argent, les marchands des villes impériales avoient obtenu quinze jours de délai, au-delà des quinze jours suivant immédiatement chaque foire, pendant lesquels, conformément aux édits de Charles VII. & de Louis XI. les marchandises ne payent à la sortie de Lyon aucun des droits dûs dans les autres tems. Les Suisses qui n’avoient que dix jours de grace, en demanderent quinze comme les Allemands, ce qui leur fut accordé par Henri II. le 8 Mars 1551. Pour jouir de cette faveur, ils doivent se faire inscrire à l’hôtel-de-ville comme ils le sont à la douane pour l’affranchissement des droits d’entrée. La raison en est que ces droits de sortie, qui sont domaniaux, ont été aliénés à la ville de Lyon en 1630.

Voyez sur tout cet objet les différentes histoires des Suisses, ou au moins le recueil de leurs privileges, imprimé chez Saugrain en 1715 ; le mémoire de M. d’Herbigny, intendant de Lyon ; dans l’état de la France, par le comte de Boulainvilliers ; & le recueil des tarifs, imprimé à Rouen en 1758.

Il peut être important d’ajouter ici que les toiles de Suisse, que l’on envoie de France aux îles & colonies françoises, sont assujetties, par l’article 14. du réglement du mois d’Avril 1717, concernant le commerce de nos colonies, aux différens droits dûs à la sortie & dans l’intérieur du royaume d’une province à l’autre. Voyez Provinces réputées étrangeres.

L’article 3. du même réglement, a exempté de tous ces droits, dans le cas de l’envoi aux colonies, les marchandises & les denrées du cru & de la fabrique de France. Mais comme les toiles de Suisse une fois sorties de leurs ballots, n’ont plus rien qui les caractérise, il paroît qu’il seroit aisé de les envoyer à-travers tout le royaume de Lyon à la Rochelle, pour passer à nos colonies comme toiles françoises.

Afin de prévenir tout abus à cet égard, on pourroit exiger que les toiles de Suisse reçussent dans leur pays, ou lors de l’ouverture des balles en France, une marque particuliere & distinctive. Cette idée s’est présentée si naturellement, que j’ai cru devoir l’ajouter à cet article avant de le terminer. Article de M. Brisson, inspecteur des manufactures, & académicien de Ville-Franche en Beaujollois.

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Étymologie de « suisse »

Allem. Schweizer, suisse.

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(Adjectif) Composé de Suisse.
(Nom) (écureuil) Par référence au costume rayé des gardes suisses.
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Phonétique du mot « suisse »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
suisse sµis

Citations contenant le mot « suisse »

  • Il m'avait fait venir d'Amiens pour être Suisse. Jean Racine, Les Plaideurs, I, 1, Petit Jean
  • Point d'argent, point de Suisse, et ma porte était close. Jean Racine, Les Plaideurs, I, 1, Petit Jean
  • Sans argent, dit le proverbe, pas de suisse ! Pas de suissesse, non plus. De Anatole France
  • Un dictateur qui meurt, c'est une banque suisse qui ferme. De Anonyme / Changement de direction - France Inter - 4 Novembre 1996
  • Si Dieu avait été suisse, il serait toujours en train d'attendre le moment favorable pour créer le monde. De Hugo Loebcher
  • Si seulement Dieu pouvait me faire un signe ! Comme faire un gros dépôt à mon nom dans une banque suisse. De Woody Allen / New Yorker - Novembre 1973
  • L'enfer est un endroit où le cuisinier serait anglais ; le policier, allemand ; le garagiste, arabe et l'amant, suisse. De Anonyme
  • Le Glacier Express est l'un de ces trajets exceptionnels : c'est un train mythique qui relie les deux stations de sport d’hiver les plus chics de Suisse, Zermatt et St Moritz, au cœur des Alpes suisses. C'est l'un des plus beaux itinéraires d’Europe avec des tronçons vraiment spectaculaires. Trois chiffres : 290 km en 8 heures, avec 191 tunnels à parcourir ! Les wagons sont panoramiques, y compris sur le toit : la vue est incomparable sur les montagnes, les parois, les lacs, les ravins. Petit conseil pour avoir la plus belle vue : réservez un siège côté Sud. En revanche, pour les photographes, les fenêtres ne s’ouvrent pas. Dans ce cas, prenez un express régional sur le même parcours. Europe 1, Chocolat, eau turquoise et tags : nos bons plans pour découvrir une Suisse étonnante
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Traductions du mot « suisse »

Langue Traduction
Anglais swiss
Espagnol suizo
Italien svizzero
Allemand schweizerisch
Chinois 瑞士人
Arabe سويسري
Portugais suíço
Russe швейцарцы
Japonais スイス人
Basque suitzako
Corse svizzeru
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Synonymes de « suisse »

Source : synonymes de suisse sur lebonsynonyme.fr
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