La langue française

Sillon

Sommaire

  • Définitions du mot sillon
  • Étymologie de « sillon »
  • Phonétique de « sillon »
  • Citations contenant le mot « sillon »
  • Images d'illustration du mot « sillon »
  • Traductions du mot « sillon »
  • Synonymes de « sillon »

Définitions du mot sillon

Trésor de la Langue Française informatisé

SILLON, subst. masc.

A. − AGRICULTURE
1. Longue tranchée ouverte dans la terre par le soc de la charrue. Creuser, ouvrir, tracer un sillon; ensemencer un sillon; sillon droit, rectiligne; ados, billon du sillon; au creux, sur le bord des sillons. Il y avait de grands labours dans les plaines. Les sillons fumaient dans le soir; et les chevaux lassés prenaient une allure plus lente (Gide, Nourr. terr., 1897, p. 209).V. ados, ex. 3, billon3ex. 2, bœuf ex. 4, laboureur ex.:
Puis, il baissa la tête, il s'absorba une minute dans la vue du sillon ouvert, de la terre éventrée à ses pieds: elle était jaune et forte au fond, la motte retournée avait apporté à la lumière comme une chair rajeunie, tandis que, dessous, le fumier s'enterrait en un lit de fécondation grasse... Zola, Terre, 1887, p. 437.
Loc. fig. Creuser, faire, tracer son sillon. Accomplir avec courage et persévérance la tâche entreprise. Ainsi nous creusons péniblement notre sillon dans cet océan de misère qui se referme après nous (Duras, Édouard, 1825, p. 100).J'étais né pour tracer mon sillon en plein air, sous un ciel libre et borné seulement par quelques arbres à l'horizon (Lamennais, Lettres Cottu, 1834, p. 257).
P. méton., région. (Ouest notamment). Synon. de billon3.Il se dressa sur le sillon tout frais qui creva sous son poids (J. Yole, Les Démarqués, 1914ds Réz. Ouest 1984).
P. anal. Vague ouverte par l'étrave du bateau. Synon. sillage.Comme une fleur marine éclose en son vallon, Une voile a blanchi là-bas sur son sillon (Quinet, Napoléon, 1836, p. 294).
2. ,,Petite rigole ouverte à la binette pour semer en ligne`` (Forest. 1946).
3. Littér., au plur. Champs labourés; campagne. Le beau soleil de mai, levé sur nos climats, Féconde les sillons, rajeunit les bocages, Et de l'hiver oisif affranchit ses rivages (Michaud, Printemps proscrit, 1803, p. 44).L'épi sur les sillons mollement agité, Jaunit, et prend l'éclat des beaux jours de l'été (Michaud, Printemps proscrit, 1803, p. 92).
[P. allus. au refrain de La Marseillaise] En avant les hommes! Qu'un sang impur inonde les sillons! (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 298).
B. − P. anal.
1. Empreinte de longueur et de profondeur variable creusée en forme de ligne, de rayure. Tous nos pas dans cette vie ressemblent à la marche du reptile sur le sable et font un sillon! (Dumas père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 108).Les tristes fenêtres où la pluie a tracé des sillons dans la poussière (Baudel., Poèmes prose, 1867, p. 28).
2. Pli ou ride creusé(e) sur la peau. Deux sillons creux et serpentant jusqu'à sa bouche attestaient que la force de l'homme s'était brisée en lui (Lamart., Confid., Graziella, 1849, p. 178).Deux tresses naissaient à la hauteur des tempes, deux autres au-dessus de la nuque, de part et d'autre d'un sillon de peau bleutée (Colette, Mais. Cl., 1922, p. 117).
3. Littér. Trace longitudinale. Sillon lumineux; sillon des roues. La lune échancrée, mais singulièrement belle et brillante, étale un large sillon d'or dans le fleuve (Fromentin, Voy. Égypte, 1869, p. 70).Une plaine basse et monotone où, par endroits, un rang de peupliers, un canal, tracent une draperie rectiligne, un sillon miroitant (Lacretelle, Hts ponts, t. 4, 1935, p. 198).
C. − Spécialement
1. ANATOMIE
a) ,,Enfoncement étroit et allongé, sinueux ou linéaire, à la surface d'une structure anatomique`` (Man.-Man. Méd. 1980). Sillon central, circulaire, cruciforme, diagonal, marginal, médian; sillon du cœur, du foie, de l'estomac, des intestins, des nerfs, des veines; sillon calcanéen, choroïdien, labial, lacrymal, lombaire, occipital. [Le nerf cubital] est reçu dans un sillon particulier de l'épitrochlée de l'humérus (Cuvier, Anat. comp., t. 2, 1805, p. 260).Les cordons antérieurs droit et gauche sont réunis l'un à l'autre, dans le fond du sillon antérieur, par une commissure blanche (Camefort, Gama, Sc. nat., 1960, p. 203).
b) ,,Anfractuosité linéaire du cortex cérébral qui sépare deux circonvolutions d'un même lobe`` (Méd. Biol. t. 3 1972). Les faces latérales du cerveau moyen sont parcourues par un sillon oblique en avant et en dehors, appelé sillon latéral (Quillet Méd.1965, p. 320).
2. EMBRYOL. Sillon primitif. Sillon placé dans l'axe longitudinal de l'embryon. La ligne primitive (...) vers le milieu de laquelle court en gouttière le sillon primitif (E. Perrier, Zool., t. 4, 1928, p. 2898).
3. PATHOL. Sillon de la gale. ,,Lésion cutanée caractéristique de la gale, consistant en un trajet linéaire qui pénètre obliquement dans la couche épidermique, et se termine par une petite saillie`` (Garnier-Del. 1972). Les (...) sillons de gale (...) favorisent le développement du chancre simple (Demanche dsNouv. Traité Méd.fasc. 5, 11924, p. 2).
4. ZOOL. Raie, strie sur le corps de certains insectes, sur la coquille de certains mollusques. Sillon oculaire. C'est cette petite coquille à sillons profonds et rayonnants dont les valves rebondies, (...) ornent si souvent le camail grossier du pèlerin (Nodier, Fée Miettes, 1831, p. 79).
5. GÉOMORPHOLOGIE
a) Dépression étroite et allongée. Sillon rhodanien; sillon de ligne de fracture ou de faille. Elle (...) me montrait la pyramide égyptienne noyée dans le sable, comme un jour le sillon armoricain caché sous la bruyère (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 130).Il s'engagea plus avant dans cette dépression du Ouadi El-Araba qui, au sud de la mer Morte, creuse son sillon longitudinal jusqu'au golfe d'Aqaba, sur la mer Rouge (Grousset, Croisades, 1939, p. 99).
b) Sillon (prélittoral). ,,Dépression étroite et longue (fissure) sur la surface du plateau continental et en général perpendiculaire à la côte`` (Gruss 1978).
6. AUDIO-VISUEL. ,,Rainure en forme de spirale tracée sur un disque`` (Radio 1972). Profil du sillon; sillon de départ. Un courant électrique servit désormais d'intermédiaire entre le son et le sillon de disque sur lequel était figée la modulation (Matras, Radiodiff. et télév., 1958, p. 42).
Sillon fermé. Sur un disque, sillon formé de deux spires consécutives communiquant de sorte que le lecteur ne peut plus en sortir et répète indéfiniment le segment correspondant. J'étais le prisonnier de mes sillons fermés. Une célèbre chanson d'Édith Piaf illustre le sillon fermé (Schaeffer, Rech. mus. concr., 1952, p. 39).
D. − Au fig., littér.
1. Empreinte, influence profonde et durable laissée par quelqu'un ou quelque chose. Ce chef-d'œuvre [la Pietà de Delacroix] laisse dans l'esprit un sillon profond de mélancolie (Baudel., Salon, 1846, p. 122).Le petit sillon que la vue d'une aubépine ou d'une église a creusé en nous, nous trouvons trop difficile de tâcher de l'apercevoir (Proust, Temps retr., 1922, p. 891).
2. Manière exemplaire de penser ou d'agir. La psychologie qui a pris après Stendhal la suite et le sillon des analyses du XVIIIesiècle l'a fort bien étudiée (Thibaudet, Réflex. litt., 1936, p. 64).
3. Fam., vieilli. Routine, habitude de penser ou d'agir toujours de la même manière. Que voulez-vous? ma pauvre femme était une romanesque. La vie plate, dans le sillon, l'épouvantait (A. Daudet, Pte paroisse, 1895, p. 84).Roemerspacher laisse cette question (...) inopinément soulevée, et se maintient dans son sillon (Barrès, Déracinés, 1897, p. 335).
REM. 1.
Sillée, subst. fém.,vitic. ,,Profond sillon où l'on plante les jeunes plants de vignes`` (Fén. 1970).
2.
Sillonneux, -euse, adj.Qui est creusé de sillons. Ses haras de basalte aux terrains sillonneux pour l'élève des étalons de guerre (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 376).
Prononc. et Orth.: [sijɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1200 seillon de terre « mesure de terre (cinquième d'arpent) » (Renart, éd. M. Roques, 9321) [att. indirectement par seillonet « petit sillon » dès ca 1175 (Chronique Ducs Normandie, éd. C. Fahlin, 9991)]; 1462 sillon de terre « id. » (Villon, Testament, éd. J. Rychner et A. Henry, 1888); 2. a) 1306 seillon « tranchée qu'ouvre dans la terre le soc de la charrue » (Guillaume Guiart, Royaux Lignages, éd. Delisle et Wailly, 19637); 1558 [éd.] sillon « id. » (Du Bellay, Jeux rustiques, Chant de l'Amour et du Printemps ds Œuvres, éd. Marty-Laveaux, t. 2, p. 314); b) av. 1778 tracer son sillon « poursuivre lentement et patiemment son œuvre » (Voltaire, Lett. en vers et en prose, 123 ds Littré); 1835 faire son sillon (Ac.); 1875 creuser son sillon (Lar. 19e); 3. a) 1571-84 sillon « pli de la peau humaine, amené par l'âge » (D'Aubigné, Le Printemps ds Œuvres, éd. E. Réaume et De Caussade, t. 3, p. 184); b) 1765 anat. (Encyclop.); c) 1872 sillon des roues « traces que laissent les roues d'une voiture » (Littré); d) 1888 « trace produite à la surface du disque par l'enregistrement phonographique » (L'Année sc. et industr., 1889, p. 98); 4. 1611 poét. « trait de lumière » (Cotgr.). Dér. de l'anc. verbe silier (siller*); suff. -on*. La forme seillon est encore très répandue surtout au sens de « bande de terrain, planche de labour dans les parlers région. (v. FEW t. 11, p. 417; v. aussi R. Ling. rom. t. 46, pp. 232-251 et t. 47, pp. 121-128). Fréq. abs. littér.: 1 304. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 2 975, b) 1 508; xxes.: a) 1 420, b) 1 344. Bbg. Baulig (H.). La « Perche » et le « sillon ». Mots et choses. Mél. Hoepffner (E.). Paris, 1949, pp. 139-149. − Fournier (P.-F.). Notes lexicol. Fr. mod. 1952, t. 20, pp. 119-120. − Jud (J.). Frz. sillon. Donum Natalicium C. Jaberg. Zürich. Leipzig, 1937, pp. 131-192. − Quem. DDL t. 18 (s.v. sillée), 27, 36. − Straka (G.). Sur les désignations rom. du sillon. R. Ling. rom. 1982, t. 46, pp. 231-251.

Wiktionnaire

Nom commun

sillon \si.jɔ̃\ masculin

  1. Tranchée que le soc, le coutre de la charrue ouvre dans la terre qu’on laboure.
    • Ce soc est fort petit, et le coutre qui ne fait qu’écorcher la terre , pour ainsi dire ; à mesure que les sillons sont tirés, les laboureurs rompent les mottes avec de grosses maillottes de bois. — (Jean Chardin, Voyages du chevalier Chardin en Perse et autres lieux de l’Orient, 1686, édition conférée par Louis Mathieu Langlès, Paris, Le Normant, 1811, page 101)
    • Faire son sillon, tracer son sillon, faire l’ouvrage qu’on est tenu de faire, qu’on s’est imposé l’obligation de faire chaque jour.
    • (Poétique) Trop de sang a inondé, abreuvé nos sillons, nos champs, nos campagnes.
  2. (Littéraire) Propriété foncière.
    • Les marquis, les comtes, les barons de maintenant, n’ayant ni privilèges ni sillons, les trois quarts mourant de faim, se dénigrant les uns les autres,... — (François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1841, Première partie/Livre premier).
  3. (Par analogie) Trace laissée en passant.
    • Le navire laissait derrière lui un large sillon.
    • L'hiver était rude. Sur les routes que le court dégel de midi amollissait vaguement, la boue se ridait, se hérissait en lilliputiennes murailles et les sillons durcis qui bordaient les ornières ne s'affaissaient point. — (Louis Pergaud, Le retour, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Un sillon de lumière.
    • Suivre le sillon de quelqu’un, entrer, marcher dans le sillon de quelqu’un, suivre la trace, la voie qu’il a ouverte.
  4. (Chemin de fer) Sillon horaire.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  5. Ride.
    • Les sillons que le temps et le malheur avaient creusés sur son front.
  6. (Zoologie) Raie, strie.
    • Les valves de cette coquille ont des sillons.
  7. (Anatomie) Fente, rainure.
    • Sillon longitudinal.
    • Sillon transversal.
    • Sillon interfessier.
    • Les sillons du foie.
  8. (Géologie) (Géomorphologie) Longue et étroite dépression.
    • Nous quittons maintenant notre itinéraire de Casablanca à Sokhrat Ed-Djeja et nous dirigeons vers le Nord-Ouest en descendant insensiblement dans un sillon de la terrasse supérieure des Châouïa. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 121)
  9. (Figuré) Chemin ; carrière.
    • Junior, lui, trace son sillon avec constance. En 2018, la campagne des élections de mi-mandat lui offre une nouvelle tribune. — (Stéphanie Le Bars, Donald Trump Jr, de fils délaissé à ardent défenseur du « trumpisme », Le Monde. Mis en ligne le 11 décembre 2019)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SILLON. (ILLON se prononce IYON.) n. m.
Tranchée que le soc, le coutre de la charrue ouvre dans la terre qu'on laboure. Ces sillons ne sont pas assez profonds. Des sillons bien droits, bien espacés. Faire un sillon. Tracer un sillon. Fig., Faire son sillon, tracer son sillon, Faire l'ouvrage qu'on est tenu de faire, qu'on s'est imposé l'obligation de faire chaque jour. Poétiquement, Les sillons, Les champs cultivés, les campagnes. Trop de sang a inondé, abreuvé nos sillons.

SILLON se dit aussi, par analogie, des Traces que certaines choses laissent en passant. Le sillon des roues. Le navire laissait derrière lui un large sillon. Un sillon de lumière. Fig., Suivre le sillon de quelqu'un, entrer, marcher dans le sillon de quelqu'un, Suivre l'exemple de quelqu'un, entrer dans la voie qu'il a ouverte.

SILLON se dit encore des Rides. Les sillons que le temps et le malheur avaient creusés sur son front. Il se dit, en termes d'Histoire naturelle, de Raies ou stries profondes. Les valves de cette coquille ont des sillons. Il se dit également, en termes d'Anatomie, de Certaines fentes ou rainures que présente la surface d'un os, d'un organe. Sillon longitudinal. Sillon transversal. Les sillons du foie. Il se dit aussi des Rides qui se trouvent au palais des grands quadrupèdes, et particulièrement des chevaux.

Littré (1872-1877)

SILLON (si-llon, ll mouillées, et non si-yon) s. m.
  • 1Tranchée ouverte dans la terre par la charrue. Tracer un sillon. Des sillons bien espacés. Enivrez d'eau ses sillons [de la terre] ; multipliez ses productions, et elle semblera se réjouir de l'abondance de ses rosées par les fruits qu'elle produira, Sacy, Bible, Psaum. LXIV, 11. Aucun champ où la main du diligent laboureur ne fût imprimée ; partout la charrue avait laissé de creux sillons, Fénelon, Tél. V. Les anciens avaient borné à une longueur de cent vingt pas la plus grande étendue du sillon que le bœuf devait tracer par une continuité non interrompue d'efforts et de mouvements, Buffon, Quadrup. t. I, p. 188. Vois-tu ce laboureur, constant dans ses travaux, Traverser ses sillons par des sillons nouveaux ? Delille, Géorg. I. Ainsi, sur les moissons quand l'orage a soufflé, Reposent, confondus dans le sillon comblé, Le convolve amoureux, la renoncule agreste, Et l'ivraie ennemie et les épis de blé, Masson, Helvétiens, VII. Quand trois mille ans auront passé sur notre cendre… Quand nos fosses auront fait place à des sillons, Hugo, Voix intér. VIII.

    Fig. Faire son sillon, faire l'ouvrage qu'on est tenu de faire chaque jour. Il [le contrôleur des finances Silhouette] n'est pas comme la plupart de ses prédécesseurs, gens estimables, mais sans génie, qui traçaient leur sillon comme ils pouvaient avec la vieille charrue, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 123.

    C'est un bœuf qui fait bien son sillon, se dit d'un homme médiocre et laborieux.

    Écrire par sillons, se dit d'une antique écriture des Grecs (voy. BOUSTROPHÉDON). Ensuite ils s'avisèrent d'écrire par sillons, c'est-à-dire en retournant de la gauche à la droite, puis de la droite à la gauche alternativement, Rousseau, Essai sur l'orig. des langues, 5.

  • 2Dans la Saintonge, sillon signifie la longue arête que forme la terre en retombant de chaque côté du soc, et il faut deux règes pour faire un sillon.
  • 3 Terme de jardinage. Petite rigole profonde de 0m, 05 à 0m, 10, faite avec une binette, pour semer certaines graines, ou planter certaines racines bulbeuses en ligne.
  • 4 Au plur. Absolument et poétiquement. La campagne, les champs. Assez dans ses sillons [de l'Attique] votre sang englouti A fait fumer le champ dont il était sorti, Racine, Phèdre, II, 2. Et l'homme cependant, cet insecte invisible, Rampant dans les sillons d'un globe imperceptible, Mesure de ces feux [les astres] les grandeurs et les poids, Lamartine, Harm. II, 4.
  • 5 Fig. Traces que certaines choses laissent en passant. Le sillon des roues. La déesse guerrière De son pied trace en l'air un sillon de lumière, Boileau, Lutr. III. Le char d'Amphitrite, traîné par des chevaux marins, plus blancs que la neige, et qui, fendant l'eau salée, laissaient loin derrière eux un vaste sillon dans la mer, Fénelon, Tél. IV. La foudre à longs sillons éclatant dans les nues, Ducis, Hamlet, I, 1.
  • 6Rides. Le temps sur son visage A tracé ses sillons, a gravé son outrage, Ducis, Roméo, II, 1.
  • 7 Terme de botanique. Cannelures parallèles et profondes occupant la surface d'une tige, etc.

    Terme de zoologie. Raies ou stries profondes. Les valves de cette coquille ont des sillons.

    Terme d'anatomie. Rainure que présente la surface de certains os ou de certains organes parenchymateux, et qui, pour la plupart, sont destinés à loger des vaisseaux.

    Terme de pathologie. Galerie sous-épidermique creusée par les sarcoptes dans la gale.

  • 8Rides qui se trouvent au palais des grands quadrupèdes, surtout des chevaux. On peut aussi connaître, quoique moins précisément [que par les dents], l'âge d'un cheval par les sillons du palais, qui s'effacent à mesure que le cheval vieillit, Buffon, Quadrup. t. I, p. 53.
  • 9Élévations que forme le fil sur la bobine du rouet.

HISTORIQUE

XIIIe s. Que trop me fetes demorer à arer un seillon de terre, Ren. 15377.

XIVe s. Le suppliant dist à icellui Belosat, que il lui voulust rendre et restituer sept seillons de terre, que il detenoit par force, Du Cange, selio. Jehan Guyart le jeune pour deux seillons de vigne, contenant environ quarante perches, Du Cange, ib. Lequel Saultdubreuil soya trois seiglons de seigle ou environ, Du Cange, ib.

XVe s. Onques de terre n'eut sillon, Villon, Épitaphe.

XVIe s. Jà les vers sillons ployans Par les campaignes ondoient, Du Bellay, J. VII, 15, recto.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SILLON, s. m. (Agriculture.) c’est une longue raie qu’on fait sur la terre, quand on la laboure avec la charrue. La figure que le laboureur donne à son champ en le façonnant, doit être réglée suivant ce qui est plus avantageux pour la terre, & pour les bêtes qui labourent.

On ne doit jamais faire de sillons trop longs, parce que les bêtes ont trop à tirer tout d’une traite ; les raies n’en sont pas si étroites, & la terre n’en est pas si bien mêlée, ni figurée agréablement ; c’est pourquoi les curieux veulent qu’on sépare leurs terres par quartiers, chacun de quarante perches de long tout au plus.

Quand on laboure sur une colline, pour soulager les bêtes, & faire sa besogne plus aisément, il faut travailler en travers horisontalement à la colline, & non pas de haut-en-bas.

On laboure à plat uniment & également les terres, qui comme dans l’île de France, ont besoin de l’arrosement des pluies. Au contraire on laboure en talus & en dos d’âne à sillons hauts & élevés, les terres argilleuses, les terres humides, & généralement toutes celles qui n’ont pas besoin d’eau, ou qui sont difficiles à se dessécher. Ainsi dans la Brie & dans la petite Beausse, on laboure par planches, & on laisse d’espace en espace, un large sillon en talus pour recevoir les eaux, & les porter dans des fossés qui sont pour cet effet aux deux côtés des terres.

Au surplus, on fait les sillons plus ou moins larges, plus ou moins élevés, & les raies plus ou moins serrées dans certains pays que dans d’autres. On les fait pourtant en général beaucoup plus élevés, moins larges, & moins unis dans les terres humides & grasses, que dans les terroirs secs ; & cela pour faciliter l’écoulement des eaux qui pénetrent difficilement dans ces terres, & pour empêcher qu’elles n’y croupissent.

Il y a des laboureurs qui ne font leurs sillons que de quatorze à quinze pouces de largeur, sur treize ou quatorze de hauteur ; quand on fait de ces sillons étroits, il est bon de labourer du midi au nord, pour qu’ils ayent le soleil de deux côtés, & que les grains y mûrissent également ; sinon ceux du côté du midi mûriroient huit à dix jours avant les autres. Il n’est pas nécessaire d’avoir cette attention quand les sillons sont plats, larges, spacieux de huit, dix à douze piés, parce qu’ils ont le soleil de tous leurs côtés. Les terres fortes, qui boivent l’eau assez aisément, peuvent être labourées en planches, larges de huit à dix piés, dont le milieu sera pourtant un peu plus élevé que les deux extrémités, afin de faciliter l’écoulement des eaux les plus abondantes, parce que les blés, principalement le seigle, les craignent beaucoup ; elles battent la terre, & la font durcir, surtout quand elles sont suivies de sécheresse ; mais quand elles tombent doucement, elles fertilisent beaucoup le terrein.

Il y en aune espece de terre si seche, que l’eau s’y imbibe aussi-tôt qu’elle tombe : il lui faut de l’eau presque tous les huit jours en été, pour qu’elle fasse de belles productions. Quand on laboure de ces sortes de terres, on n’y fait ni sillons ni planches ; mais on met ces terres à uni à tous les remuemens qu’on y fait, & même après que le grain y est semé. Ce que les Laboureurs appellent labourer à uni, c’est relever avec l’oreille de la charrue toutes les raies de la terre d’un même côté ; de maniere que lorsqu’on a achevé de labourer le champ, il ne paroît aucun sillon, ni aucune enrue qui est un sillon fort large, & composé de plusieurs raies élevées par la charrue ; on se sert d’une charrue à tourne-oreille pour cette maniere de labourer, & on laboure ainsi principalement les terres pierreuses, où on ne met souvent que de menus grains.

Il est assez d’usage de donner le troisieme labour aux terres, différemment des deux précédens, c’est-à-dire, en traversant les premieres façons ; & ce labour est le meilleur qu’on puisse donner, parce qu’il ne laisse aucune ordure, & que toute la terre est également remuée. Cependant, il n’est bon que pour les pays secs, où l’eau s’imbibe promptement, & il ne vaut rien pour les terres qui sont trop humides, ou qui retiennent long-tems de l’eau, à-moins que l’année ne soit extremement seche ; autrement les eaux qui surviendroient, & qui n’auroient aucun écoulement de dessus cette terre ainsi traversée, l’humecteroient si fort, qu’on n’en pourroit tirer aucun bon parti dans la suite. Liger. (D. J.)

Sillon, (Conchyl.) les Conchyliologistes appellent sillon une cavité formée par l’élévation de deux stries, ou de deux côtés.

Sillon, en Anatomie, petite trace sur les os formée par le battement des arteres lorsqu’ils sont encore mols ; on observe plusieurs de ces sillons dans la face interne des os pariétaux. Voyez Pariétal.

Sillon, en Fortification, est une espece de petit terreplein qu’on forme dans le milieu d’un fossé extrèmement large, pour en diminuer la largeur ; il est couvert d’un parapet & comme la tenaille. Voyez Fossé.

Sillon, (Géog. mod.) lac d’Irlande, dans l’Ultonie ; il sépare la frontiere méridionale du comté de Cavan, de celle du comté de West-Méath.

Le sillon se nomme plus ordinairement enveloppe. Voyez Enveloppe. (Q)

Sillons, (Filage.) ce sont les diverses élévations que forme le fil sur la bobine du rouet en passant par les différentes distances de l’épinglier. Les sillons des fileuses ne doivent point être trop élevés, de peur que le fil ne s’éboule. Savary. (D. J.)

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Étymologie de « sillon »

Berry, seillon ; du scandinave sila, sillonner, inciser. Le sens ancien est une mesure de terre, aussi de sila, couper, diviser. (voy. SILLER 1).

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En ancien français seillon, apparenté à siller (« tracer »), sillage.
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Phonétique du mot « sillon »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
sillon sijɔ̃

Citations contenant le mot « sillon »

  • Le paysan et ses rides, la terre et ses sillons ont une seule et même signification. De Alex Le Gall
  • Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes. De Georges Perec / Espèce d’espaces
  • Rides : des sillons où, la plupart du temps, il n'a rien poussé. De Pierre Véron / Le carnaval du dictionnaire
  • Qui laboure la nuit perd un pain à chaque sillon. De Proverbe suédois
  • Un sillon linguistique trop fortement labouré se transforme vite en ornière grammaticale. De Georges Kleiber
  • Engraisser le sillon du laboureur anonyme, tel est le véritable avenir du véritable soldat. De Louis-Ferdinand Céline / Voyage au bout de la nuit
  • Fais de ta volonté un soc d’acier qui mord la terre et trace un droit sillon ! De Anonyme / La Franche Cordée
  • C'est à force de répandre le bon grain qu'une semence finit par tomber dans un sillon fertile. De Jules Verne / Les Naufragés du “Jonathan”
  • Personne ne peut voir au soleil la fumée d'un sillon labouré sans avoir la chaude fièvre d'en être le seigneur. De George Sand / François le Champi
  • L'homme est le travailleur du printemps, de la vie, De la graine semée et du sillon creusé, Et non le créancier livide du passé. De Victor Hugo / Les Quatre vents de l'esprit
  • On avait souhaité qu’un sang impur abreuve nos sillons sans savoir qu’un jour un déluge de sons impurs abreuverait nos microsillons. De Jacques Sternberg / Pensées
  • Rien n'arrive sans une cause. Et les desseins les plus inattendus naissent de profonds sillons de l'âme... De Roger Racette / Le Songe d'Attis
  • Extérieurement nous allons paisiblement côte à côte, mais pendant ce temps-là l'air qui nous sépare est sillonné d'éclairs comme si quelqu'un le fendait continuellement à coup de sabre. De Franz Kafka / Lettre à Felice

Images d'illustration du mot « sillon »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « sillon »

Langue Traduction
Anglais furrow
Espagnol surco
Italien solco
Allemand furche
Chinois
Arabe ثلم
Portugais sulco
Russe борозда
Japonais
Basque furrow
Corse solcu
Source : Google Translate API

Synonymes de « sillon »

Source : synonymes de sillon sur lebonsynonyme.fr
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