Ruine : définition de ruine

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Ruine : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

RUINE, subst. fém.

I.
A. −
1. Effondrement partiel ou total d'une construction ou d'un ensemble d'édifices à la suite d'une dégradation naturelle, d'une destruction volontaire ou accidentelle. Synon. destruction.Ruine d'un château, d'une maison, d'une tour, d'une ville; achever, causer, entraîner, provoquer la ruine d'un édifice. Après la ruine du premier [temple de Balbek] par un tremblement de terre, on construisit le second sur le même modèle (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 171).Où il y avait ruine, on releva les débris; où il y avait ébranlement, on consolida l'assise (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p. 235).
Loc. Battre en ruine (vx). V. battre I A 1 c.Menacer ruine. V. menacer II D.
2. P. ext. Destruction partielle ou totale d'une chose. Jeter, semer la ruine. On ne saurait s'empêcher de présager, sur ce théâtre si fécond en ruines [le cirque de Barège], de nouvelles et subites catastrophes (Dusaulx, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 195).La mort est inscrite dans les hommes, la ruine est inscrite dans les choses (Sartre, Sursis, 1945, p. 22).
En partic. Dévastation d'un lieu, de ses richesses par l'homme ou par une force naturelle. Ruine d'une contrée; ruine de la végétation, d'une récolte. [Mouret] ne reconnaissait plus le jardin. Les buis avaient disparu (...). Quelle faux avait passé là, rasant tout (...)? Un sourd grondement montait en lui, en face de cette ruine (Zola, Conquête Plassans, 1874, p. 1192).Sans doute la pression des populations n'a pas été telle en France que le déboisement ait entraîné la ruine d'importantes régions (Forêt fr., 1955, p. 4).
3. P. anal.
a) Vieilli. Mort d'une personne. Synon. destruction (voir ce mot A 3 b).Bossuet (...) penchait vers sa ruine qu'il avait annoncée avec une simplicité si magnifique (Chateaubr., Rancé, 1844, p. 278).
b) Dégradation physique accentuée d'une personne, de son état de santé ou d'une partie de son corps. Synon. déchéance, décrépitude, délabrement, destruction (voir ce mot A 2).Ruine de la santé; ruine du corps. J'assiste à la dissolution d'un ami qui s'en va d'une syphilis mal connue et la ruine de cet individu (...) est assez glaçante (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1893, p. 188).Toussaint (...) ne paraissait avoir ses cinquante ans que lorsqu'on s'arrêtait à la ruine de sa face ronde et cuite, crevassée, mangée par le travail (Zola, Paris, t. 1, 1897, p. 185).
B. − Au fig.
1. Altération profonde, désagrégation (d'une chose abstraite) aboutissant à sa disparition; p. ext., destruction soudaine et complète de quelque chose. Synon. anéantissement, décadence, écroulement, effondrement.
a) [Le compl. désigne une structure, un système] Ruine de la famille, de la société; ruine d'un état, d'un gouvernement, d'un système; ruine d'une doctrine, d'une institution, d'une théorie. Les invasions barbares, la ruine de la civilisation antique (P. Lavedan, Urban.1926, p. 124).
b) [Le compl. désigne une idée, un sentiment, une valeur] Ruine d'une croyance, d'une espérance, d'une illusion, d'une passion, d'une réputation. Cette ruine totale et de mes efforts et de mon bonheur m'abattit enfin sous la sensation sans pareille d'un néant complet (Fromentin, Dominique, 1863, p. 145).[Les philosophes] détournent leurs regards de vierges du monde où se consomme réellement la ruine de la liberté (Nizan, Chiens garde, 1932, p. 114).
2.
a) Ruine (morale) de qqn. Déchéance morale de quelqu'un. Synon. destruction (v. ce mot B 3), perte (voir ce mot I B).La lutte éternelle du bien contre le mal, la ruine des méchants, l'apothéose des justes (Viollet-Le-Duc, Archit., 1872, p. 230).Alors le coq chanta. L'homma baissa la tête et (...) s'assit sur une marche en face du spectre blanc de sa ruine (Cocteau, Appogiatures, 1953, p. 16).
Courir à sa ruine. V. courir I B a.
b) Perte des biens, de la fortune; effondrement financier d'une ou de plusieurs personnes physiques ou morales. Synon. naufrage.Ruine d'un industriel, d'une société; travailler à sa ruine; être au bord de la ruine; être menacé d'une ruine totale. Pour ce vénérable émigré, ni l'exil, ni la ruine, ni la destruction de ses proches (...) ne l'avertissaient de la révolution (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, p. 497).Un fléau terrible, la grêle, accéléra leur ruine (Pesquidoux, Livre raison, 1928, p. 178).
II. − P. méton.
A. −
1. Au sing. ou au plur.
a)
α) Construction ou ensemble d'édifices partiellement ou totalement écroulés. Une immense et admirable ruine profilant sur le ciel des tours, des murs écroulés, toute une bizarre architecture de citadelle morte (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Chats, 1886, p. 1062).Des maisons écroulées ou (...) en démolition, de ces ruines (...), montrant dans une coupe verticale les papiers peints et les vestiges d'une vie privée (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 176).
SYNT. Ruine mélancolique, pittoresque, romantique, sinistre; ruines abandonnées; ruines antiques, féodales, gothiques, romaines; belles, vieilles ruines; ruines de guerre; champ, océan de ruines; découvrir une ruine; être enseveli sous les ruines; relever des ruines, visiter des ruines.
Locutions
Vieilli. Pierre de ruines. Pierre ruiniforme (v. ce mot B). (Dict. xixes.).
HIST., LITT. Sentiment des ruines. Mélancolie que les ruines ou leur représentation inspiraient aux romantiques. (Ds Lar. Lang. fr.).
Loc. adj. En ruine(s). (À demi) effondré. Mur en ruine. Sur les barricades en ruine, il restait des omnibus, des tuyaux de gaz, des roues de charrettes (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 169).Le récit est conduit vers les restes d'Herculanum (...), vers des édifices en ruines (Durry, Nerval, 1956, p. 71).
Loc. verb. Tomber en ruine(s). Se trouver dans un état de complet délabrement, s'écrouler. La chapelle n'existait plus; les tourelles s'étaient éboulées; la façade tombait en ruine (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p. 34).Dans la pratique la commune se désintéressera de l'église, l'édifice tombera en ruines (Barrès, Cahiers, t. 5, 1906, p. 49).P. anal., vieilli. [Le suj. désigne un vêtement] Tomber en loques. Pas d'argent, et, par conséquent, pas de quoi renouveler ses vêtements qui tombaient en ruines (Kock, Ficheclaque, 1867, p. 205).
P. exagér. Maison vétuste et délabrée. Retaper une ruine. Elle habitait (...) une ruine au sommet d'un mont absolument désert sur la côte de Corse (Maupass., Contes et nouv., Ermite, 1886, p. 1052).Nos amis ont acheté une ruine en Provence; ils l'ont fait réparer et c'est maintenant une charmante maison de campagne (Dub.).
P. méton., BEAUX-ARTS
DÉCOR. Ruine (factice, postiche). Construction en forme d'édifice effondré destinée à orner un parc ou un jardin à l'anglaise. Ç'a été, il y a quelques années, la mode d'orner les jardins anglais de ruines postiches (Besch.1845-46).Il a orné son jardin de ruines fort pittoresques (Ac.1835-1935).
GRAV., PEINT. Représentation d'édifices en ruines ou de paysages comportant de tels édifices. Peintre de ruines. Les ruines de ce peintre sont fort estimées (Ac.1835, 1878).L'artiste [Hubert Robert] qui a inventé la ruine spirituelle, le crayonneur agréable (E. de Goncourt, Mais. artiste, t. 1, 1881, p. 142).
β) P. ext., surtout au plur. Important dégât matériel résultant d'une cause violente (catastrophe naturelle, guerre etc.). Synon. destruction, dévastation, ravage.Ruines d'un cataclysme, d'un tremblement de terre; constater l'ampleur des ruines; mesurer l'étendue des ruines. C'était la destruction, tout ce que la guerre peut faire d'abominables ruines, quand elle passe, dévastatrice, en furieux ouragan (Zola, Débâcle, 1892, p. 415):
Quand la masse [d'une avalanche] emportée sur les pentes, suivie et précédée des ruines qu'elle entraîne, vient à fondre dans les vallons, c'en est fait: vous y chercheriez en vain les moindres vestiges des habitans et de leurs troupeaux. Dusaulx, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 107.
Au fig. [Le suj. désigne une ville, un pays] Renaître, se relever de ses ruines. Revivre après un cataclysme, un désastre. Synon. renaître* de ses cendres.Sion se relevoit de ses ruines (Cottin, Mathilde, t. 2, 1805, p. 342).Une France qui renaît de ses ruines (L. Febvre, Conq. du Midi par la lang. fr., [1924] ds Combats, 1953, p. 179).
γ) Au fig., surtout au plur. Destruction d'ordre moral ou social. Synon. destruction, ravage.C'était dans notre foyer que les ruines causées par Silbermann étaient le plus sensibles. Là, tous mes dieux étaient renversés. Les idées en honneur, (...) notre conception du beau, tout avait perdu son prestige (Lacretelle, Silbermann, 1922, p. 170).
b) Ruine (humaine). Personne physiquement et parfois intellectuellement dégradée par l'âge ou la maladie. Synon. débris (voir ce mot B 1 c), décrépit, délabré (voir ce mot II B 1).Pauvre, vieille ruine; devenir une véritable ruine; ce n'est plus qu'une ruine. J'ai vu Raymond hier. (...) Quelle ruine! Maigre, voûté, il a les mains recouvertes d'écorce, les dents noires, les yeux éteints. Il est vieux (Renard, Journal, 1896, p. 336).Je songe à Renoir, ruine humaine, ossifié, déjeté par le rhumatisme, ne pouvant ni se lever ni se coucher et faisant naître (...) les roses, les anémones, de son pinceau attaché au poignet (Faure, Espr. formes, 1927, p. 128).
2. Au plur. Ruines de qqc.Vestiges d'une chose en partie détruite. Synon. restes.
a) [Le compl. désigne une construction ou un ensemble d'édifices] Ruines d'une forteresse, d'un temple, d'un village; ruines de Thèbes, de Troie; ruines du Colisée. Ces ruines de villes englouties que l'on voit, dit-on, à peu de profondeur sous les vagues (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 24).C'est un monstre, dit Anne. Il travaillerait au milieu des ruines d'Hiroshima (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 222).
b) P. ext. [Le compl. désigne une chose concr.] Les Arabes ne touchent pas à ces ruines de bâtiments naufragés (Lamart., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 57).
c) Au fig. [Le compl. désigne une chose abstr.] Sur les ruines de l'institution impériale et des partis d'empire, il [le parti socialiste] se dressera avec sa force pleine d'élan (Jaurès, Ét. soc., 1901, p. 55).
B. − Au sing.
1. Cause de l'effondrement de quelque chose, de la perte de quelqu'un. Sa famille, dont plusieurs membres (...) me regardent comme la ruine de leurs prétentions ou l'obstacle à leur rapacité (Fiévée, Dot Suzette, 1798, p. 192).Cet homme [Rubens], d'où sortiront pendant deux siècles tous les peintres, est cependant la ruine des théories et des écoles (Faure, Hist. art, 1921, p. 25).
2. Cause de ruine (v. supra I B 2 b); p. ext., source de dépenses excessives ou source de pertes. Les premiers métiers furent brisés par les ouvriers lyonnais sous prétexte que la substitution du travail mécanique au travail à la main serait une ruine pour les habitants de la contrée (D'Allemagne, Hist. jouets, 1902, p. 226).La maladie d'Alexis avait été une véritable ruine (...). Il y avait la clinique, la salle d'opération, les pansements, les médicaments (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 208).
REM. 1.
Ruine(-)de(-)Rome,(Ruine de Rome, Ruine-de-Rome) subst. fém.,bot. Synon. usuel de cymbalaire.Entre autres espèces vivaces qui prospèrent facilement dans les rocailles, il y a (...) Linaria cymbalaria balaria (« Ruine-de-Rome ») (La Gde encyclop., Paris, Larousse, t. 44, 1975, p. 9298).
2.
Ruiniste, subst.,beaux-arts. Peintre, dessinateur de ruines. [Corresp. à supra II A 1 a α] Rome et les ruines antiques d'Italie sont le thème dominant [des gravures de Piranèse] (...) thème qui pouvait sembler épuisé par deux siècles de topographes et de « ruinistes » (J. Laran,Les Estampes, Paris, P.U.F.,1948,pp. 72-73).
Prononc. et Orth.: [ʀ ɥin]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. 1155 « dévastation, destruction, ravage commis sur une chose » (Wace, Brut, 13631 ds T.-L.); 2. a) ca 1213 « restes d'un édifice écroulé » (Faits des Romains, éd. L. F. Flutre et K. Sneyders de Vogel, p. 614, 19: Erbe, arbre et buisson qui estoient levé es ruines et es fontures dou mur); 1765 (Encyclop. t. 14, p. 433b note ,,ruine ne se dit que des palais, des tombeaux somptueux..., en parlant d'une maison particulière... on diroit bâtimens ruinés``); id. peint. « représentation d'édifices ruinés; tableau représentant ces ruines » (ibid.); b) en parlant d'une personne α) 1833 femme en ruine (Hugo, Borgia, III, 1, p. 143); β) id. une sorte de ruine (Balzac, Méd. camp., p. 95); 3. 1262 « écroulement, chute (d'un objet matériel) » (Jean le Marchand, Miracles N.-D. de Chartres, 20 ds T.-L.: Tretout torna a descepline Ou par arson ou par rüine); 2emoit. xiiies. (St Brendan en prose, 79, 10, ibid.); ca 1350 rüynes d'edefisses (Gilles li Muisis, Poésies, II, 4, ibid.); 1549 tomber en ruine (Est.). B. 1. Fig. Ca 1175 « chute, déchéance, perte » (Benoît de Ste-Maure, Chron. ducs de Normandie, 25880 ds T.-L.: la grant rüine Des angres qui des ceus chäirent); ca 1245 metre a rüine e a perdicïum (St Auban, 338, ibid.); 2. 1671, 1ernov. « ce qui cause une dépense excessive » (Sévigné, Lettres, éd. E. Gérard-Gailly, t. 1, p. 412: Ce régiment est une distinction agréable; mais n'est-ce point aussi une ruine?); 3. 1680 « perte des biens, de la fortune » (Rich.); 4. 1690 « ce qui est cause de dépérissement de destruction » (Fur.: La rupture entre les Couronnes est la ruine du commerce). Empr. au lat.ruina « chute, écroulement; effondrement de bâtiment, ruine; (fig.) écroulement, effondrement; catastrophe, désastre, destruction ». Fréq. abs. littér.: 4 725. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 10 171, b) 6 922; xxes.: a) 5 873, b) 4 173. Bbg. Dub. Dér. 1962, p. 46 (s.v. ruiniste). − Quem. DDL t. 20 (s.v. tomber en ruine).

Ruine : définition du Wiktionnaire

Nom commun

ruine \ʁɥin\ féminin

  1. Dépérissement, destruction d’un bâtiment.
    • Un bâtiment qui est en ruine, qui tombe en ruine, qui s’en va en ruine, qui menace ruine.
    • Réparer les ruines.
  2. (Figuré) Destruction ; perte.
    • Une longue période d’admiration pour l’art médiéval et de mépris pour les temps voltairiens sembla menacer de ruine l’idéologie nouvelle. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence Chap.III, Les préjugés contre la violence, 1908)
    • Les Sarrazins qui s’étaient assurés de la maîtrise de la Méditerranée, avaient provoqué la ruine du commerce français et il faudra attendre jusqu’aux Croisades pour voir la marine française reconquérir la libre circulation sur la mer. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • La Conspiration des Poudres consomma pour longtemps la ruine du catholicisme en Angleterre. Le papisme devint lié, dans les esprits, à de sombres images de complot contre la sûreté de l’État. — (André Maurois, Histoire d'Angleterre, Fayard, 1937, p.392)
    • La ruine d’un état, Sa chute, son entière décadence.
    • Cet empire est bien près de sa ruine.
    • Il est sur le penchant de sa ruine.
  3. (En particulier) Perte des biens, de la fortune.
    • Cette affaire a causé sa ruine, a consommé sa ruine, la ruine de sa maison.
    • De mauvais placements causèrent la ruine de cet industriel.
    • Il travaille lui-même à sa ruine.
    • Il court à sa ruine.
    • Il est menacé d’une ruine totale.
  4. (En particulier) Ce qui est cause de la ruine de quelque chose, ce qui entraîne une grande dépense.
    • Hélène a été la ruine de Troie.
    • Les excès et les débauches sont la ruine de la santé.
    • C’est une ruine que les procès, que le jeu.
    • C’est une ruine qu’une femme aussi dépensière.
  5. (Le plus souvent au pluriel) Débris d’un édifice abattu ; restes d’un édifice détruit.
    • Vendresse, Troyon, Verneuil sont en proie à la même misère. Corbeny n'est plus qu'un monceau de ruines où il ne reste aucune ressource pour la subsistance même des habitants. — (Édouard Fleury, Le département de l'Aisne en 1814, 2e éd., Laon : Imprimerie d'Édouard Fleury, 1858, p. 556)
    • Cette partie des fortifications de la cité carcassonnaise est certainement la plus intéressante ; malheureusement, elle ne présente plus que l’aspect d’une ruine. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
    • Friesach mérite mieux qu'un coup d’œil en passant.[…]. La petite ville carinthienne possède un beau site, des souvenirs et des ruines. — (Maurice Grandjean, À travers les Alpes autrichiennes, page 147, A. Mame, 1893)
    • Quant à la ville […], elle garde encore les traces du terrible assaut de Skobeleff en 1880, murailles démantelées, bastions en ruines. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. VIII, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • Tout compte fait, quand je vois que nos Nîmois, pleins d’esprit et fier à juste titre des ruines majestueuses qui ennoblissent leur ville, se donnent des gants d’être presque des Romains, je ne puis m’empêcher de sourire à mon tour. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
  6. (Figuré) Chose qui était belle ou une personne qui a beaucoup perdu de ses qualités physiques, de ses facultés en vieillissant.
    • Ce n’est plus qu’une ruine.
  7. (Art) Représentation des édifices ruinés.
    • De belles ruines forment le fond de ce tableau.
    • Il a orné son jardin de ruines fort pittoresques.
  8. (Au pluriel) (Figuré) État lamentable d'une réalité après un quasi-anéantissement.
    • Bâtir, élever sa fortune sur les ruines d’autrui.
    • S’ensevelir sous les ruines de sa patrie.
    • [...] répondre aux demandes légitimes du tout jeune État d'Israël qui venait de naître sur les ruines du judaïsme européen anéanti. — (Simone Veil, discours au Bundestag, Berlin, 27 janvier 2004, dans Simone Veil, Mes combats, Bayard, 2016, p. 182)

Forme de verbe

ruine \ʁɥin\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de ruiner.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de ruiner.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de ruiner.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de ruiner.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de ruiner.
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Ruine : définition du Littré (1872-1877)

RUINE (ru-i-n') s. f.
  • 1Destruction d'un bâtiment qui tombe de lui-même ou qu'on fait tomber. Cette prédiction de la ruine du temple réprouvé, qui figure la ruine de l'homme réprouvé qui est en chacun de nous, Pascal, Lettr. à Mlle de Roannez, 9. Toutes les ruines sont réparées [en Judée], les villes et les bourgades sont magnifiquement rebâties, Bossuet, Hist. II, 5. Ces barbares [les Germains], dont l'art et le génie n'étaient guère d'attaquer les villes, et encore moins de les défendre, en laissèrent tomber les murailles en ruine, Montesquieu, Rom. 20. Le palais de votre capitale [Paris] menace ruine ; la façade en est cachée par des masures, Voltaire, Pol. et lég. Ce qu'on ne fait pas. Chaque jour, je trouvais sur ma route des champs abandonnés, des villages désertés, des villes en ruines, Volney, les Ruines, I.

    Fig. Il [l'homme] est tombé en ruine par sa volonté dépravée, le comble s'est abattu sur les murailles, et les murailles sur le fondement, Bossuet, la Vallière.

    Battre une place en ruine, la battre avec la grosse artillerie, la bombarder.

    Fig. Battre en ruine quelqu'un, chercher à détruire son crédit, sa position, sa puissance. Il tient que la France est battue en ruine par la plume de cet écrivain [dans la Gazette de Hollande], Molière, Comtesse, I.

    Fig. Tomber de ruine en ruine, tomber d'un état grave dans un état pire. C'est en cette sorte que les esprits une fois émus, tombant de ruines en ruines, se sont divisés en tant de sectes, Bossuet, Reine d'Angleterre.

    Fig. Les ruines du visage, état d'un visage dévasté par la vieillesse. Assurez-vous que, quand vous n'aurez plus que de l'éloquence, personne ne la viendra chercher dans les ruines de votre visage, Guez de Balzac, liv. III, lett. 20. Les ruines d'une maison Se peuvent réparer : que n'est cet avantage Pour les ruines du visage ! La Fontaine, Fabl. VII, 5.

  • 2Il se dit aussi de toute espèce de destruction. …Le Scythe alors lui demanda [au jardinier qui taillait ses arbres] : Pourquoi cette ruine : était-il d'homme sage De mutiler ainsi ces pauvres habitants ? La Fontaine, Fabl. XII, 20. On peut suivre la ruine des continents terrestres et leur abaissement sous les eaux, en parcourant les îles de la mer du Sud, Buffon, Min. t. IX, p. 18.
  • 3Les débris, les restes d'un édifice, d'une ville. Voilà une belle ruine. Cyrus… Nous rendit et nos lois et nos fêtes divines ; Et le temple déjà sortait de ses ruines, Racine, Esth. III, 4. Si quelque reste des arts asiatiques mérite un peu notre curiosité, ce sont les ruines de Persépolis, décrites dans plusieurs livres et copiées dans plusieurs estampes, Voltaire, Mœurs, 5. Deux choses nous annoncent notre sort et nous font rêver : les ruines anciennes et la courte durée de ceux qui ont commencé de vivre en même temps que nous, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 14 août 1759. Les ruines doivent être solennelles, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 284, dans POUGENS. Près du Liban était Héliopolis, nommée depuis Baalbeck, fameuse encore par ses ruines subsistantes, Bailly, Atlantide, p. 123. Au sortir de cette vallée, j'aperçus dans la plaine la scène de ruines la plus étonnante, Volney, les Ruines, I. Les ruines répandent un singulier charme sur la campagne d'Italie, Staël, Corinne, VIII, 4.

    Fig. Infortuné le peuple… Qui voit… périr son nom et son orgueil, Sans qu'un beau souvenir reste sur sa ruine, Hugo, Odes, IV, 4.

    Fig. Ce n'est plus qu'une ruine, se dit d'une personne qui a perdu, en vieillissant, sa beauté ou son talent.

    Pierres de ruines, pierres figurées, sur lesquelles on voit des représentations de vieilles ruines, aussi naturelles que si elles étaient l'ouvrage du pinceau.

  • 4 Terme de peinture et d'architecture. Représentation des édifices ruinés. Une belle ruine. Les ruines de ce peintre sont estimées. Orner un jardin de ruines pittoresques. On n'y voit point ces tombeaux vides et ces ruines toutes neuves qui ne retracent aucun souvenir, Genlis, Mères riv. t. I, p. 3.
  • 5 Fig. Il se dit des États, de la puissance, des institutions, des grandeurs, des croyances que la destruction atteint. Ainsi, par la vertu de la croix, la religion païenne, confondue par elle même, tombait en ruine, Bossuet, Hist. II, 12. On appela [lors des guerres de religion] les étrangers de toutes parts au sein de la France, comme à un pays de conquête ; et on mit ce florissant royaume, l'honneur de la chrétienté, sur le bord de sa ruine, Bossuet, 5e avert. 5. Tout est perdu, c'est fait de l'État, il est du moins sur le penchant de sa ruine, La Bruyère, X. Vous ne trouvez plus ici maintenant que les tristes restes d'une grandeur qui menace ruine, Fénelon, Tél. III. Ithaque ne se relèvera jamais de sa ruine ! Fénelon, ib. XVIII. Les malheurs et la ruine entière de Jérusalem, Massillon, Petit car. Obstacl. Si jamais les jésuites sont détruits en France, Tellier [jésuite confesseur de Louis XIV] aura été le principal auteur de leur ruine, Duclos, Œuv. t. V, p. 118.

    On dit dans un sens analogue : la ruine des affaires.

    Il se dit souvent au pluriel dans ce sens. S'ensevelir sous les ruines de sa patrie. Élever le déisme sur les ruines du christianisme, Pascal, Prov. XVI. Des ruines de cet empire [de Sardanapale] on voit sortir trois grands royaumes, Bossuet, Hist. I, 7. Ô mère, ô femme, ô reine admirable… vous avez soutenu l'État, qui est attaqué par une force invincible et divine ; il ne reste plus désormais, sinon que vous teniez ferme parmi les ruines, Bossuet, Reine d'Anglet. Fêtes sacrées, mariage fortuné, voile nuptial, bénédiction, sacrifice, puis-je mêler vos cérémonies et vos pompes avec les pompes funèbres, et le comble des grandeurs avec leurs ruines ? Bossuet, Mar.-Thér. Ce roi, fils de David, où le chercherons-nous ? Le ciel même peut-il réparer les ruines De cet arbre séché jusque dans ses racines ? Racine, Ath. I, 1. Il craignait d'augmenter sa misère [de Protésilas] en lui montrant la prospérité d'un ennemi qu'on allait élever sur ses ruines, Fénelon, Tél. XI.

  • 6Perte de l'honneur, du crédit, du pouvoir, de la vie, etc. Quel chemin Exupère a pris pour sa ruine ! Corneille, Héracl. V, 7. Ils [les anges rebelles] n'ont plus voulu reconnaître Dieu ; et, quittant cette première bonté, qui n'était pas moins l'appui nécessaire de leur bonheur que le seul fondement de leur être, tout est allé en ruine, Bossuet, 1er sermon, Démons, I. Les pertes et les ruines entrent par trop d'endroits dans la fortune des hommes pour pouvoir être arrêtées de toutes parts, Bossuet, Sermons, Ambition, 2. Cet emploi me tiendra lieu d'un établissement selon le monde ; mais il serait en même temps ma ruine selon Dieu, Bourdaloue, 14e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 406. Il faut que sa ruine [de Britannicus] Me délivre à jamais des fureurs d'Agrippine, Racine, Brit. IV, 3. Corinne, il fut des anges révoltés… Doux, mais fragile, un seul dans leur ruine Contre ses maux garde un puissant secours : Il reste armé de sa lyre divine, Béranger, Ange exilé.
  • 7 Particulièrement. Perte de la fortune, des biens. Si jamais je me brouille, ce ne sera qu'après la ruine totale de M. Turcaret, Lesage, Turcaret, I, 11. Les ruines amenées subitement ou par le jeu, ou par la dissipation, ou par des entreprises mal calculées, Raynal, Hist. phil. V, 19.
  • 8Ce qui cause la ruine, la destruction. Les excès sont la ruine de la santé. Hélène fut la ruine de Troie.
  • 9Ce qui cause une très grande dépense. Le jeu est une ruine. On me mande que ce régiment est une distinction agréable ; mais n'est-ce point aussi une ruine ? Sévigné, 1er nov. 1671.

HISTORIQUE

XIVe s. Les ruines et embrasemens de la cité prise, Bercheure, f° 112, verso.

XVIe s. Tu as defait mes ennemis, Le meschant en ruine mis, Marot, IV, 241. Et falloit qu'ilz marchassent par dessus les ruines ardentes, Amyot, Dion, 57. Ceste sale me semble, dit-il, petite, pourrie et preste à aller en ruine, Amyot, Anton. 26. Pyrrhus tourna Pantauchus en fuitte, en laquelle il occit grand nombre de gens et prit cinq mille prisonniers : ce qui fut la principale ruine de Demetrius, Amyot, Démétr. 56. Dieu, qui a preservé nos ancestres de tant de ruines, veuille nous garantir des maux qui nous menacent ! Lanoue, 40. … Qui sont des erreurs qui souvent font trebuscher en de manifestes ruines ceux qui les suyvent, Lanoue, 328. Un pan de ruine qui tomba en accabla plusieurs, D'Aubigné, Hist. II, 55. Tirer sans bracquer ny myrer, mais seulement à coups perdus et en ruyne, Carloix, V, 25.

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Ruine : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

RUINE, s. f. (Gram.) décadence, chûte destruction ; les ruines sont belles à peindre. Sans le crime il n’y auroit point de poëmes épiques, point de tragédie ; sans le ridicule & le vice, point de comédie. La ruine de cet homme ; la ruine de ma fortune.

Ruines, s. f. pl. (Archit.) ce sont des matériaux confus de bâtimens considérables dépéris par succession de tems. Telles sont les ruines de la tour de Babel, ou tombeau de Belus, à deux journées de Bagdat en Syrie, sur les bords de l’Euphrate, qui ne sont plus qu’un monceau de briques cuites & crues maçonnées avec du bitume, & dont on ne reconnoît que le plan, qui étoit quarré. Il y a aussi près de Schiras en Perse, les ruines d’un fameux temple ou palais, que les antiquaires disent avoir été bâti par Assuerus, & que les Persans nomment aujourd’hui Tchelminar, c’est-à-dire les quarante colomnes, parce qu’il en reste quelques-unes en pié, avec les vestiges des autres, & quantité de bas-reliefs & caracteres inconnus, qui décelent la grandeur & la magnificence de l’architecture antique. Voyez les voyages de Pietro della Valle.

On compte encore au nombre des ruines considérables, celles de Palmire, ancienne république de la Syrie palmiréenne, bâtie par Salomon, embellie par Seleucus, successeur d’Alexandre, restituée par l’empereur Adrien, saccagée sous l’empereur Aurelien, l’an 270, & enfin ruinée depuis par les Arabes. M. le Brun, dans son voyage au Levant, & Fischer, dans son essai d’architecture historique, nous ont donné quelques idées de ces ruines ; mais il en a paru en Angleterre une très-ample description, mise au jour par les soins de M. Robert Wood, avec des planches magnifiquement gravées, & fort détaillées. Voyez Palmire, Géog. (D. J.)

Ruine, se dit en Peinture de la représentation d’édifices presque entierement ruinés. De belles ruines. On donne le nom de ruine au tableau même qui représente ces ruines. Ruine ne se dit que des palais, des tombeaux somptueux ou des monumens publics.

On ne diroit point ruine en parlant d’une maison particuliere de paysans ou bourgeois ; on diroit alors bâtimens ruinés.

Ruines, pierre de, (Hist. nat. Litholog.) lapis ruderum, nom donné par quelques naturalistes à des pierres sur lesquelles le hasard a fait paroître des figures semblables à des ruines ; tel est sur-tout le marbre de Florence. Voyez Pierre de Florence.

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Phonétique du mot « ruine »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ruine rµin play_arrow

Citations contenant le mot « ruine »

  • Mathieu Lours, historien de l'architecture religieuse, retrace l'histoire des églises en ruine, symboles de la mémoire collective. , "La ruine est une fêlure romantique et spirituelle", selon Mathieu Lours
  • L’étude somptueuse de l’historien Alain Schnapp montre comment chaque civilisation s’est construite dans un dialogue avec les ruines. La Croix, « Une histoire universelle des ruines », ce qu’Alain Schnapp nous dit des vestiges
  • « Il n’existe pas plus d’hommes sans mémoire que de sociétés sans ruines »... « Une histoire universelle des ruines » s’avère sans conteste le livre de l’année, un hapax dans l’édition, notamment archéologique, un ouvrage d’érudition… consacré aux ruines. France Culture, Une histoire universelle des ruines
  • Sous les clochers, la ruine LEFIGARO, Sous les clochers, la ruine
  • Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. De François Rabelais / Pantagruel
  • On se ruine souvent pour soutenir qu'on est riche. De Gustave Le Bon
  • Science sans fiction n'est que ruine de l'âme. De Daniel de Roulet
  • On ne se ruine jamais mieux , que lorsqu'on a beaucoup de fortune. De Antoine de Rivarol

Traductions du mot « ruine »

Langue Traduction
Corse ruvinatu
Basque hondatuta
Japonais 台無しに
Russe разрушенный
Portugais arruinado
Arabe دمر
Chinois 毁了
Allemand ruiniert
Italien rovinato
Espagnol arruinado
Anglais ruined
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Synonymes de « ruine »

Source : synonymes de ruine sur lebonsynonyme.fr


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