La langue française

Ras

Définitions du mot « ras »

Trésor de la Langue Française informatisé

RAS1, subst. masc.

MAR. Radeau utilisé pour les travaux sur la coque d'un bateau près de la flottaison. Ras de carénage. Il proposa donc de construire un radeau, ou, en langue maritime, un « ras » assez solide pour porter les passagers et une quantité suffisante de vivres à la côte zélandaise (Verne, Enf. cap. Grant, t. 3, 1868, p. 57).
Prononc. et Orth.: [ʀ ɑ]. Homon. ras3, raz. Att. ds Ac. 1835, 1878; Littré: ras ou rat. Étymol. et Hist. Mil. xviies. rat (Bassomp., III, p. 228 ds La Curne); 1678 (Guillet). Du lat. ratis « radeau, pont volant »; cf. judéo-fr. red « radeau » (fin xies., Raschi, Gl., éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, p. 121) et a. prov. rat (xiiies. ds Levy Prov.), v. aussi radeau.

RAS2, subst. masc.

Chef éthiopien. Le ras éthiopien qui charrie des princes vaincus et qui leur impose son esclavage, ce n'est pas dans un amour désespéré du sang qu'il le fait (Artaud, Théâtre et son double, 1938, p. 121).
Prononc.: [ʀ ɑ:s]. Barbeau-Rodhe 1930 [ʀ ɑ:s]; Lar. Lang. fr. [ʀas]; Rob. 1985 [ʀ ɑ:s], [ʀ ɑ]. Étymol. et Hist. 1556 Arrazes, Arraz (J. Temporal, Historiale description de l'Afrique, Lyon, p. 37-38 ds Arv., p. 428: plusieurs autres signeurs [...] appellés Arrazes [...] un qui s'appelloit Arraz Aderao); 1614 Eras (P. Du Jarric, Hist. des choses plus memorables..., Bordeaux, t. 3, p. 279, ibid.: Eras Athanathéus); 1672 Raz (Hist. de la Haute Ethiopie ecrite par le R. P. Manoel d'Almeïda, extr. et trad. de la copie port. du R. P. Balthazar Tellez, p. 10 ds M. Thévenot, Relations, IV, ibid.: le Raz, ou chef); 1683 Ras (Adapt. anonyme d'un ouvrage lat. de Ludolf, Nouv. Hist. d'Abissinie, pp. 129-130, ibid.: Ras-Athanasa). Empr. à l'amhariqueras « tête, chef », mot répandu dep. le voyage du Ras Makonnen en Europe vers 1889 (Bl.-W.1t. 2, p. 404; cf. aussi NED Suppl.2, s.v. ras). L'amharique ras et l'ar. ra' ι ̄s (raïs*) remontent à une racine sémitique commune.

RAS3, RASE, adj.

A. − Qui est coupé près de la peau.
1. [En parlant d'un système pileux (barbe, cheveux)] Il avait des cheveux noirs, ras et droits (Maupass., Mt-Oriol, 1887, p. 25).La brosse rase des cheveux descendait en pointe d'écusson (Courteline, Ronds-de-cuir, 1893, 5etabl., i, p. 163):
1. En me rhabillant, je me regardais dans la glace, et mon triste visage, un peu plus jaune chaque jour, avec ce long nez, la double ride profonde qui descend jusqu'aux commissures des lèvres, la barbe rase mais dure dont un mauvais rasoir ne peut venir à bout, m'a soudain paru hideux. Bernanos, Journal curé camp., 1936, p. 1092.
P. anal. [En parlant du pelage d'un animal] Qui est naturellement court. Des chameaux à poils ras, couverts de plumes d'autruche (Flaub., Salammbô, t. 2, 1863, p. 149).J'avais jadis un caniche à poil ras (Courteline, Ronds-de-cuir, 3etabl., 1893, iii, p. 120).
2. [P. méton., en parlant d'une surface pileuse (le visage, la tête)] [Les musiciens de Draveil] s'en allaient en pleine campagne, soufflant dans les cuivres, des trompettes avec leurs bonnes joues villageoises, rases et noiraudes (A. Daudet, Pte paroisse, 1895, p. 314).Ces garçonnets, de qui la tête rase porte par-devant un petit bourrelet de cheveux (Montherl., Pte Inf. Castille, 1929, p. 600).
3. Empl. adv. Très court. Cheveux, ongles coupés ras. Tu seras tondu ras, avec une casaque rouge et des sabots (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 121).En signe de deuil, elle fit couper tout ras ses admirables cheveux noirs (Loti, Mariage, 1882, p. 287).
B. − P. anal.
1. Qui est parfaitement uni, sans saillie ni proéminence.
a) [En parlant d'une surface] Petite île d'environ trois lieues de tour, mais si rase, qu'elle est en partie submergée à la haute mer (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 104).Et, seul, le berger restait debout, au milieu de la plaine rase, noyée de nuit (Zola, Terre, 1887, p. 301).
Rase campagne. V. campagne I A 1 c.
Faire table* rase.
b) Spécialement
BOT. [En parlant d'une plante, d'une végétation] Qui ne s'élève pas très haut au-dessus du sol. Gazon, pâturage ras; herbe rase; lande rase. L'ardoise mauve du toit se pare de petits lichens ras et blonds (Colette, Cl. ménage, 1902, p. 274).Les chaussures d'Augustin craquaient sur ce sable semé de silex, brindilles de bois mort et mousses rases, parure des allées de châteaux très bien tenues, où peu de voitures passent (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 125).
MAR. [En parlant d'un bateau] Qui est peu élevé au-dessus de l'eau ou qui a perdu sa mâture dans une tempête ou un combat. Le châssis est porté sur des bateaux ras, n'ayant que des bouts de leurs bas-mâts, avec leurs gouvernails (Maizière, Nouv. archit. nav., 1853, p. 5):
2. La mer terrible, enflant ses houles couleur d'encre, Défonça les sabords, rompit les mâts et l'ancre, Et fit la triste nef plus rase qu'un radeau. Heredia, Trophées, 1893, p. 178.
TEXT. [En parlant d'une étoffe] Dont le poil est court. Fourrure, velours à poils ras. Aubiac allait à la potence en baisant un manchon de velours ras bleu qui lui restait des bienfaits de Marguerite de Valois (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 31).Le dos des doigts pointus touche la peluche rase du tapis (Péladan, Vice supr., 1884, p. 2).
P. méton., subst. fém. Étoffe croisée et unie à poils ras. À la mode des gens de Limagne, il était habillé de rase blanche (Pourrat, Gaspard, 1922, p. 136).
2. [En parlant d'un récipient] Dont le contenu arrive exactement au niveau du bord. Une mesure rase de graines. Le coke est un combustible léger. Celui de gaz pèse de 35 à 40 kilos l'hectolitre ras (Ser, Phys. industr., 1888, p. 76).
Fam. En avoir ras(-)le(-)bol. En avoir assez, être excédé. Synon. pop. en avoir marre.Je chanterai. J'en ai marre des accidents, des maladies, des hôpitaux. J'en ai ma claque, ras-le-bol! Je chanterai ou je n'ai plus qu'à crever! (S. Berteaut, Piaf, 1965, p. 418 ds Cellard-Rey 1980).Empl. subst. Ce que Mai 68 a laissé entrevoir, le ras l'bol ouvrier, nous le retrouvons en Italie d'une manière beaucoup plus explicite (D. Cohn-Bendit, Le Grand Bazar, 1975, p. 108).
3. [Dans des loc.]
À ras, loc. adv. De très près. Il m'ordonnait, juste avant une matinée dansante, de couper à ras mes ongles (Giraudoux, Judith, 1931, i, 4, p. 36).
À, au ras de, loc. prép. Au niveau de. Enfin des lumières à ras des flots ont paru; c'était Beyrouth (Flaub., Corresp., 1850, p. 222).Mais Philippe, à plat ventre, ne cessait d'épier le petit visage résolu, peu à peu cerné par l'aube, au ras de l'herbe (Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1381).
À, au ras de terre, du sol. La vapeur siffla au ras du sol, en un jet assourdissant (Zola, Bête hum., 1890, p. 6).Les faux se mirent à sonner dans l'étendue de la prairie. On les entendait siffler au ras de terre, coupant les herbes lourdes de rosée (Moselly, Terres lorr., 1907, p. 145).TEXT. [En parlant d'un vêtement] Ras de/du cou. Sans col et dont l'encolure s'arrête à la base du cou. Le chandail qu'elle avait fini de tricoter (...) était trop joli! Bleu-marine, montant au ras du cou (Triolet, Prem. accroc, 1945, p. 46).En appos. Le pull ras de cou Jersey Courtelle 75 % acrylique, 25 % laine (Catal. La Redoute, 1979-80, p. 92).
Au fig. À, au ras de terre, du sol; à, au ras des pâquerettes (fam.). Sans s'élever, sans prendre de hauteur. Il avait mis de bonne foi son espoir (...) dans l'apaisant arrangement d'une existence au ras du sol (Colette, Chatte, 1933, p. 106).Vous qui traînez au ras de terre, dans le noir, comme des fumerolles, et qui n'avez plus rien à vous que votre grand dépit (Sartre, Mouches, 1943, ii, 1ertabl., 2, p. 46).À cette coopération « au ras des pâquerettes », une Fédération nationale des coopératives et groupements d'artisans (...) tente depuis trois ans de donner un certain souffle (Le Monde dimanche, 31 janv. 1982, p. iv).
P. anal. Sans s'écarter. Tout le monde avait compris que celui qui comprend le mieux le Cid, c'est celui qui prend le Cid au ras du texte (Péguy, Argent, 1913, p. 1177).
(À) ras bord(s). Jusqu'au niveau du bord, jusqu'en haut. Il emplit son verre ras bords, et, soulevant le chapeau: « Mesdames, messieurs, la compagnie, le coup du docteur! » (Pourrat, Gaspard, 1925, p. 29).Il était comme une coupe pleine à ras bords, qui continuellement déborderait, à la façon des vasques marocaines (Montherl., J. filles, 1936, p. 966).
Prononc. et Orth.: [ʀ ɑ], fém. [ʀ ɑ:z]. Homon. raz, ras1. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1190 « entièrement plein » (Gui de Cambrai, Vengement Alixandre, 1118 ds Elliott Monographs t. 23, p. 61), rare jusqu'au xvies., v. rez; 2. a) 1534 chapeau raz « chapeau dont le poil est court » (Rabelais, Gargantua, XII, éd. R. Calder et M. A. Screech, p. 92); b) 1547 barbe rase (Noël Du Fail, Propos rustiques, éd. J. Assézat, t. 1, p. 71); c) 1573 nom donné à diverses étoffes (Larivey, trad. Straporole, VII, 3 ds Hug.); 3. a) 1536 ras terre (Rabelais, Lettre, éd. Marty-Laveaux, t. 3, p. 355); av. 1755 au ras de terre (St Simon, 97, 25 ds Littré); b) 1606 couper tout ras (Nicot, s.v. raser); c) 1836 à ras de (Gozlan, Notaire, p. 41); 4. 1559 campagne rase (Amyot, P. Aem., 27 ds Littré); 1636 rase campagne (Monet). Réfection de l'a. fr. rés (v. rez) d'apr. raser*. Fréq. abs. littér.: 1 196. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 363, b) 1 333; xxes.: a) 2 685, b) 2 441. Bbg. Wartburg (W. von). Glanures étymol. R. Ling. rom. 1960, t. 24, p. 287.

RAZ, RAS4, subst. masc.

A. −
1. Courant marin très violent qui se manifeste dans un passage resserré. Malgré le calme, nous sommes terriblement secoués par le raz, et la mer par gros temps doit être affreuse ici (Charcot, Voy. îles Féroë, 1934, p. 41).
2. P. méton. Passage étroit où ces courants se font sentir. Raz de Sein, de Barfleur. Des lits de marée plus forts que ceux du four ou du raz de Brest (Voy. La Pérouse, t. 3, 1797, p. 91).Les îliens, pendant les nuits de tempête, se figurent que les âmes des noyés pleurent dans le raz, qu'elles voltigent au-dessus de la mer, qu'elles montent sur le rivage et heurtent aux fenêtres (Queffélec, Recteur, 1944, p. 10).
B. − Raz de marée
1. Énorme vague isolée, généralement d'origine sismique, qui déferle violemment sur la côte. C'était à croire qu'un raz de marée, provoqué par quelque commotion sous-marine, soulevait ces lames monstrueuses et les précipitait sur la muraille de Granite-House (Verne, Île myst., 1874, p. 319).Des villes entières sont détruites; la mer se soulève en vagues énormes, ou ras de marée, qui balaient les rivages sur de grandes étendues (Boule, Conf. géol., 1907, p. 18).
2. Au fig. Phénomène soudain et massif qui bouleverse une situation politique, sociale. Un raz de marée électoral. Les Américains, redoutant que la fin de la bataille d'Afrique y provoquât un raz de marée « gaulliste », firent un grand effort pour nous amener à composition (De Gaulle, Mém. guerre, 1956, p. 88).
Prononc. et Orth.: [ʀ ɑ]. Rob.: ,,On prononce [ʀ ɑ:z] dans l'expr. géogr. Pointe du Raz``. Homon. ras1, 3. Ac. 1835: ras de marée; dep. 1878: raz, ras (id. ds Littré, Rob. 1985, mais Lar. Lang. fr.: raz). Prop. Catach-Golf. Orth. Lexicogr. 1971, p. 212: ras. Ac., Littré, Lar. Lang. fr.: raz de marée; Rob. 1985: raz de marée ou raz-de-marée. Étymol. et Hist. 1. Fin du xives. « courant marin violent, qui se fait sentir dans un passage étroit » (Froissart, Chroniques, éd. L. et A. Mirot, t. 13, p. 137: les ras Saint Mahieu en Bretaigne); 2. 1484 [éd. 1531] « passage resserré où se produisent ces courants » (Garcie, Grant routier, Rouen ds Fr. mod. t. 26, 1958, p. 56); 3. a) 1678 rats de marée (Guillet, III); b) 1946 fig. (Ambrière, Gdes vac., p. 273). Empr. à l'a. nord.rás « courant (d'eau); course, chute » (FEW t. 16, p. 668; De Vries Anord.). Le bret. raz est empr. au fr. (FEW t. 16, p. 668b; P. Quentel ds R. intern. Onom. t. 21, 1969, pp. 71-73). Fréq. abs. littér.: 41. Bbg. Baist (G.). Germanische Seemannsworte in der frz. Sprache. Z. für deutsche Wortforschung. 1903, t. 4, pp. 257-276. − Quentel (P.). La Pointe du Raz... R. intern. Onom. 1969, t. 21, n o1, pp. 71-73.

Wiktionnaire

Adjectif

ras \ʁɑ\ masculin

  1. Qui a le poil très court, coupé tout près de la peau, en parlant d’un être vivant.
    • Il a la tête rase.
    • Il a la barbe rase.
    • Ce chien est un teckel à poil ras.
  2. (Par analogie) Dont le poil est très court, en parlant de textiles, peaux, etc.
    • Du velours ras.
    • Une fourrure à poil ras.
  3. Parfaitement uni, sans creux ni bosse.
  4. (En particulier) Qualifie une campagne plate, unie, qui n’est coupée ni d’éminences, ni de vallées, ni de bois, ni de rivières.
    • Les deux armées se battirent en rase campagne.
    • Dès qu’on sort de ce parc, on se retrouve en rase campagne.
  5. Qui est près du sol.
    • Herbe rase, gazon ras, pâturage ras.
  6. (Marine) Qualifie un bâtiment qui est peu élevé au-dessus de l’eau ou dont on a supprimé les mâts.
    • Ce bâtiment est ras comme un ponton.
  7. (Familier) Qualifie une mesure remplie de manière que le grain, la farine, etc., n’excède pas les bords.
    • Vendre à boisseau ras, à mesure rase.

Adverbe

ras \ʁɑ\

  1. Très court, de très près.
    • Avoir les cheveux coupés ras.

Nom commun 1

ras \ʁɑ\ masculin

  1. Espace situé très près d’une surface.
    • Puisqu’au ras de l’eau il n’y avait pas de passage libre, nous avons pensé en trouver en altitude. — (Dieudonné Costes & Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930)
    • A 11 heures, nous devons descendre au ras de la mer ; une masse nuageuse nous barre la route ; elle est beaucoup trop élevée pour être survolée. — (Jean Mermoz, Mes Vols, p.85, Flammarion, 1937)
    • Un grondement de tonnerre derrière eux. Le camion-citerne venait de passer au ras du pare-chocs de la Suzuki qui se mit à redescendre la pente trop forte pour elle. — (Gérard de Villiers, SAS, n° 83 : Coup d’État au Yémen, Librairie Plon, 1985)

Nom commun 2

ras \ʁɑ\ masculin

  1. Radeau qu’on utilise pour effectuer des travaux sur un bateau près de la surface de l’eau.
    • Il proposa donc de construire un radeau, ou, en langue maritime, un « ras » assez solide pour porter les passagers et une quantité suffisante de vivres à la côte zélandaise. — (Jules Verne, Les Enfants du capitaine Grant, 1868)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RAS, ASE. adj.
Qui a le poil coupé tout près de la peau; qui a le poil fort court. Il a la tête rase. Il a la barbe rase. Cette espèce de chien a le poil ras. Un chien à poil ras, Du velours ras. C'est une sorte de serge fort rase. Par extension, Rase campagne, Campagne plate, unie, et qui n'est coupée ni d'éminences, ni de vallées, ni de bois, ni de rivières. Les deux armées se battirent en rase campagne. Au sortir de ce parc on trouve la rase campagne. Par extension, Table rase, Lame, plaque de cuivre ou d'autre métal, pierre unie, planche, etc., sur laquelle il n'y a encore rien de gravé. Il se dit figurément en parlant d'un Enfant, d'une personne qui, n'ayant pas encore de notions sur la matière dont il s'agit de l'instruire, peut aisément recevoir les impressions, les idées qu'on veut lui donner. Son esprit est une table rase où l'on gravera tout ce que l'on voudra. Fig., Faire table rase se dit de Quelqu'un qui, regardant les opinions qu'il a comme incertaines, les rejette provisoirement jusqu'à un nouvel examen. Il se dit aussi, d'une manière plus générale, d'une Abolition totale de ce qui est, pour permettre un complet renouvellement. Ces prescriptions sont mauvaises, il faut en faire table rase. L'esprit révolutionnaire fait table rase du passé. Mesure rase, Mesure remplie de manière que le grain, la farine, etc., n'excède pas les bords; par opposition à Mesure comble. Vendre à boisseau ras, à mesure rase. Verser du vin à ras bord, Verser plein le verre, jusqu'aux bords. Substantivement, Verser, boire un ras bord. En termes de Marine, Bâtiment ras, Bâtiment qui est peu élevé au-dessus de l'eau ou dont on a supprimé les mâts. Ce bâtiment est ras comme un ponton.

RAS est aussi nom masculin et désigne la Surface que l'on rase, que l'on ne dépasse pas. Voler au ras de terre, à ras de terre. Cette embarcation est au ras de l'eau, à ras l'eau. Il s'emploie aussi adverbialement et signifie Très court, de très près. Avoir les cheveux coupés ras.

Littré (1872-1877)

RAS (râ, râ-z') adj.
  • 1Tondu de près, coupé jusqu'à la peau. Une barbe rase. Ils sont tellement accoutumés en Italie à la cabale des moines, qu'à peine peuvent-ils rien faire ou entreprendre sans le ministère de quelque tête rase, Patin, Lett. t. II, p. 200. Il y a près d'elle [dans un tableau] une vieille femme ou peut-être un eunuque, la tête rase, Diderot, Lett. Falconet, mai 1766.

    Adverbialement. Tondre ras. Couper ras. Tondre ras une chienne.

  • 2Qui a le poil fort court. Les chevaux des pays chauds ont le poil plus ras que les autres. Elle [la nature] est encore venue au secours des animaux en les couvrant de robes à poil ras, Bernardin de Saint-Pierre, Étude V.
  • 3Il se dit de la peau, du cuir qui est sans poil. Il [l'éléphant] n'est pas revêtu de poil comme les autres quadrupèdes, la peau est tout à fait rase, Buffon, Quadrup. t. IV, p. 275.
  • 4 Par extension, rase campagne, campagne fort unie, où il n'y a ni éminences, ni vallées, ni bois, ni rivières. Les Assyriens s'étaient campés en rase campagne, et, selon leur coutume, que les Romains imitèrent depuis, ils avaient environné et fortifié leur camp d'un large fossé, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. II, p. 173, dans POUGENS. Urbain II tint vers Plaisance un concile en rase campagne, où se trouvèrent plus de trente mille séculiers, outre les ecclésiastiques, Voltaire, Mœurs, 54.
  • 5Table rase, voy. TABLE.
  • 6Mesure rase, mesure remplie de manière que le contenu n'excède pas les bords. Des douze futailles, six sont mesurées comble, et les six autres rases, Genlis, Maison rust. t. I, p. 31, dans POUGENS.

    Verser du vin à ras de bord, emplir le verre jusqu'au bord.

  • 7 Terme de marine. Bâtiment ras, bâtiment qui est moins élevé au-dessus de l'eau que ceux de son espèce.

    Bâtiment ras comme un ponton, bâtiment qui a perdu tous ses mâts.

  • 8Au ras, à ras, loc. adv. Au niveau de. Au ras de l'eau. Au ras l'eau. Madame d'Heudicourt était auprès du roi sur un petit siége tout bas et presque au ras de terre, Saint-Simon, 97, 25.

    Être mis au ras, se dit chez le bœuf, quand le bord des incisives caduques se nivelle.

  • 9 S. m. Ras, étoffe croisée et unie, dont le poil ne paraît pas. Sa seule robe en pierrerie Valait plus d'une métairie ; Elle était de ras de Châlons, Scarron, Virg. IV. Ras ou rases. ras drapés, rases dites de seigneur, doubles croisées, blanches et mêlées, Tabl. annexé aux lett. patent. du 18 sept. 1780, Auch.
  • 10Ras, filière par laquelle on fait passer le lingot qui sort de l'argue. Le tireur d'or les fait passer par trois différentes filières, dont la première s'appelle ras, la 2e précaton ou prégaton, et la dernière fer à tirer… l'opération du ras se nomme le dégrossi du trait…, Dict. des arts et mét. Tireur d'or.
  • 11Ras de métal, extrémité de la tulipe d'une bouche à feu.

HISTORIQUE

XVIe s. On ha desmoly et abbattu plus de deuz cens maisons, et troys ou quatre ecclises raz terre, Rabelais, Ép. 8. Du demourant, avoyent la barbe rase et piedz ferratz, Rabelais, Pant. V, 27. Des chappeaulx, les ungz sont raz, les autres à poils, Rabelais, I, 13. Poiter la teste et la barbe rase, Montaigne, III, 92. Une campagne rase et unie, Amyot, P. Aem. 27. Les gregues et provensalles ne sont venues en usaige que depuis que les bas de soye, raz de Millan et d'estame ont eu le cours et la vogue en ce royaume, Carloix, IV, 27. Vouloir prendre un homme ras par les cheveux, Cotgrave

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

RAS, adj. (Gram.) qui est uni, plein, de niveau : rase campagne, mesure rase. Qui n’a point de poil, ou qui l’a très-court ; les chiens de Barbarie sont ras ; les moines ont la tête rase. Qui n’a point de duvet ; un velours ras, un ras de S. Maur, de Sicile, &c.

Ras, (Marine.) épithete qu’on donne à un bâtiment qui n’est point ponté. Le brigantin, la barque longue & la chaloupe sont des bâtimens ras.

Ras a l’eau, (Marine.) on appelle ainsi un bâtiment qui, étant ponté, est bas de bordage, & qui a sa ligne d’eau proche du plat-bord, ou du moins proche du feuillet des sabords de la batterie basse.

Ras de courant, (Marine.) Voyez Rat.

Ras, (Mesure de longueur.) le ras de Piémont, est semblable à la brasse de Luques, qui contient un pié, neuf pouces, dix lignes, ce qui fait une demi-aune de Paris ; ensorte que deux ras de Piémont, font une aune de Paris, & une aune de Paris fait deux ras de Piémont. Diction. de commerce. (D. J.)

Ras, (Manufact. en soie.) ce sont des especes de serges unies. Il y en a qu’on appelle de S. Maur, d’autres de S. Cyr & de Sicile.

Les ras de S. Maur & de S. Cyr ont quatre lisses, & sont armés comme on voit ci-dessous ; avec cette différence, que le ras de S. Maur est tramé de pure & fine soie, & le ras de S. Cyr seulement de fleuret.

Armure d’un ras de saint Maur & de saint Cyr, ou d’une serge à quatre lisses.
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On appelle ras de S. Maur simple, ceux qui n’ont que 60 portées simples en demi-aune de long ; & ras de S. Maur double, ceux qui ont 120 portées sur la même largeur.

Les chaînes dont on fabrique aujourd’hui les ras de S. Cyr sont fines, & la quantité de fil est si modique, que cette étoffe ne peut soutenir la trame de fleuret, qui coupe la chaîne trop foible pour elle.

Le ras de Sicile n’est autre chose qu’un gros-de-Tours ordinaire, garni d’un poil, afin d’avoir une figure au fond, en conformité du dessein : il est composé de 40 portées doubles, comme les taffetats en gros-de-Tours façonnés, & de 20 portées de poil, de maniere qu’à chaque deux fils doubles de chaîne, il s’en trouve un de poil.

Il est monté sur un 20 de peigne à l’ordinaire, & qui donne huit fils juste par dent. Il a quatre lisses pour lever la chaîne, & quatre pour la rabattre, & deux lisses pour lever le poil, parce qu’il n’a que 20 pouces & deux lisses pour le rabattre. Le tout fait 12 lisses sur quatre marches. Il n’y a qu’un lac, qui doit ordinairement marquer beaucoup. Il se tire au second coup de navette ; & sur ce coup on ne fait agir que le poil ; alors on passe une navette de la couleur du poil, & au coup de fond, on passe une navette de la couleur de la chaîne. On observe aussi au coup de fond de faire lever les mêmes lisses de poil qui levent au coup de façonné, c’est-à-dire, au deuxieme coup.

Armure du ras de Sicile.
Encyclopedie-13-p813-ras-de-sicile.png

Ras, (Mon. d’or.) filiere par les trous de laquelle on fait passer le lingot d’or ou d’argent qu’on veut tirer en fil, après l’avoir fait passer par la filiere de l’argue, & avant que de le faire passer par celle qu’on nomme prégaton. Le ras réduit l’or à la grosseur d’un ferret de lacet, & c’est ce qui s’appelle dégrossir. Boizard. (D. J.)

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Étymologie de « ras »

Prov. ras ; ital. raso, du lat. rasus, de radere, raser.

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(Adjectif, adverbe, nom 1) Fait res, rez en ancien français, du latin rasus, participe passé de radere (« toucher en passant, raser, effleurer »).
(Nom 2) Du latin ratis (« le radeau »).
(Nom 3) Du vieux norrois rás (« courant d’eau, course, chute »).
(Nom 4) De l'arabe رأس, ras (« tête, cap »)[1][2].
(Nom 5) De l’amharique ራስ, ras (« la tête, le chef »)
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Phonétique du mot « ras »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ras ra

Citations contenant le mot « ras »

  • Barbe. Poils qui sont habituellement coupés par ceux qui estiment à juste titre que la coutume chinoise de se raser la tête est absurde. De Ambrose Bierce / Le dictionnaire du Diable
  • La vraie voie passe sur une corde tendue non dans l'espace, mais à ras du sol. Elle semble plutôt destinée à faire trébucher qu'à être parcourue. De Franz Kafka
  • Un barbier rase l’autre. De Proverbe français
  • La société se compose de deux groupes : les raseurs et les rasés. De George Gordon, Lord Byron
  • Celui qui demande qu'on lui rase la barbe ne doit pas se fâcher si on l'égratigne. De Boleslaw Prus / La poupée
  • Quand on est encore trop jeune pour se raser, l'optimisme est une réaction tout à fait légitime à l'échec. De Stephen King
  • La lumière de l’été est plus rasante qu’un discours électoral. De Frédéric Dard / Réflexions jubilatoires sur l’existence
  • Ce matin en me rasant j’ai pensé à toi et je me suis coupé. Les femmes sont dangereuses. De Elie Semoun / Plaisantristes
  • La télévision c'est le monde à temps plein, à ras bord de souffrance, impossible à voir dans ces conditions, impossible à entendre. De Christian Bobin / L’inespérée
  • La clarté disparut au ras de ces collines enchevêtrées entre le ciel et le monde. Et ce fut à nouveau la grande nuit d’avant, sans étoiles. De Yves Bonnefoy / Les Planches courbes
  • Je ne me vois pas en first lady. Cela me rase. Je ne suis pas politiquement correcte : je me balade en jean, en treillis ou en santiags. Je ne rentre pas dans le moule. De Cécilia Sarkozy
  • Vous n'êtes pas rasés de près, messieurs. Vous n'auriez pas besoin d'un bon figaro? De Roger Moore / James Bond / L'Homme au pistolet d'or
  • L'homme naît avec des sens et des facultés ; mais il n'apporte avec lui en naissant aucune idée : son cerveau est une table rase qui n'a reçu aucune impression, mais qui est préparée pour en recevoir. De Antoine-Laurent de Lavoisier / Réflexions sur l'instruction publique
  • Femme. C’est pire que paysan - semis, arrosage, arrachage... Jambes à épiler, aisselles à raser, ongles à limer... Un programme si rigoureusement exigeant qu’il suffit de se laisser aller quelques jours pour se retrouver en jachère. De Helen Fielding / Le Journal de Bridget Jones
  • L'homme se distingue de l'animal par plusieurs traits remarquables. Il paie des impôts, écoute du rock'n'roll, rase les poils de son visage et fait cuire une bonne partie de ses aliments. De Philippe Meyer / Les progrès du progrès

Images d'illustration du mot « ras »

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Traductions du mot « ras »

Langue Traduction
Anglais ras
Espagnol ras
Italien ras
Allemand ras
Chinois 拉斯
Arabe رأس
Portugais ras
Russe ран
Japonais ラス
Basque ras
Corse ras
Source : Google Translate API

Synonymes de « ras »

Source : synonymes de ras sur lebonsynonyme.fr

Ras

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