La langue française

Pourrir

Sommaire

  • Définitions du mot pourrir
  • Étymologie de « pourrir »
  • Phonétique de « pourrir »
  • Citations contenant le mot « pourrir »
  • Images d'illustration du mot « pourrir »
  • Traductions du mot « pourrir »
  • Synonymes de « pourrir »
  • Antonymes de « pourrir »

Définitions du mot « pourrir »

Trésor de la Langue Française informatisé

POURRIR, verbe

I.− Empl. intrans. ou pronom.
A.−
1. [Le suj. désigne une matière organique] Se décomposer, être en train de s'altérer dans une atmosphère humide, sous l'effet de bactéries, de champignons. Synon. se putréfier.On avait presque délaissé le canot, qui achevait de se pourrir contre la berge (Zola, L'Œuvre,1886, p. 167).C'est un piège à panthères. Dans l'intérieur, un cuissot de chèvre, en train de pourrir, dégage une attirante puanteur (Gide, Journal,1938, p. 1302):
1. Avare ou naïve, la Franchic du Poul-Dû apporta un morceau de lieu qui avait pourri, mais, comme le disait ensuite Corentin à une autre vieille, cette ordure servirait pour appâter. Queffélec, Recteur,1944, p. 36.
SYNT. Bois, fruit, œuf, viande, barrière, fenêtre, planche, plancher, poutre qui pourrit; branches, graines, feuilles qui pourrissent; récolte qui pourrit; semailles qui pourrissent; fumier qui pourrit (v. fermenter); lin qui pourrit (v. rouir).
Pourrir + compl. prép. indiquant un facteur de la décomposition.Son escalier de bois (...) se pourrit à la pluie (Flaub., Champs et grèves,1848, p. 199).Les échelles se pourrissaient d'humidité (Zola, Germinal,1885, p. 1367).Les arbres (...) pourrissent de vieillesse (Pourrat, Gaspard,1930, p. 28).
En partic. [Le suj. désigne un cadavre] Pourrir dans la fosse commune, au cimetière. Il vaut mieux jouer des jambes à New-York que de pourrir dans une redingote de sapin en France (Balzac, Rabouill.,1842, p. 531).Je pensais, en une minute (...) qu'un moment viendra (...) où je quitterai tout cela, tout cela, pour jamais, enfermé à me pourrir entre quatre planches, en terre (Léautaud, Journal littér.,1, 1906, p. 340).Quelques trous d'obus où pourrissent des chevaux gonflés et distendus (Barbusse, Feu,1916, p. 167).
2. P. anal.
a) [Le suj. désigne un organe, une pers.] Être rongé par une maladie qui détruit les tissus. On est blessé en Crimée, on est pansé à Constantinople (...), les mutilés (...) pourrissent avant d'être morts dans les entre-ponts pestilentiels (Hugo, Actes et par.,2, 1875, p. 55).Elle a une maladie dans le ventre. Elle pourrit doucement sous ses jupes avec un sourire mélancolique (Sartre, Nausée,1938, p. 78):
2. ... Murger est mourant, d'une maladie où l'on pourrit tout vivant, gangrène sénile compliquée de charbon, quelque chose d'horrible où l'on tombe en morceaux. En voulant lui couper les moustaches, l'autre jour, la lèvre est venue avec les poils. Goncourt, Journal,1861, p. 876.
P. exagér. Être rongé de crasse. Ils étaient sales comme des pourceaux, (...) pourrissant philosophiquement depuis des mois dans le même pantalon et dans la même blouse (Courteline, Gaîtés esc.,Coupe nouv., 1885, p. 219).
b) [Le suj. désigne une matière non organique, un objet] Se détériorer, se dégrader, en particulier sous l'effet de l'humidité. Bâtiment, monument qui pourrit. Ni mon père ni moi n'avons jamais pu mettre un sou de côté, avec ce damné moulin dont les meules se pourrissent plus qu'elles n'écrasent de farine (Zola, Fécondité,1899, p. 464).Sa casquette à bande rouge, où pourrissent trois étoiles de fer blanc (Fallet, Banl. sud-est,1947, p. 14).La pluie, la pauvreté avaient rongé les villas bâties dans un dur style castillan; les statues pourrissaient derrière les grilles rouillées des jardins (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 424).
P. exagér. Être à l'abandon. Depuis que sa tante était étendue en haut dans son fauteuil, elle laissait le magasin se pourrir, elle abandonnait les marchandises à la poussière et à l'humidité. Des odeurs de moisi traînaient, des araignées descendaient du plafond, le parquet n'était presque jamais balayé (Zola, Th. Raquin,1867, p. 210).
c) TECHNOL. Subir le pourrissage. On prépare un mortier de sable siliceux et d'argile qui pourrit pendant plusieurs jours (Barnerias, Aciéries,1934, p. 225).
B.− Au fig.
1. Perdre ses qualités, sa valeur, sa force, son intégrité.
a) [Le suj. désigne une pers. ou ce qui a trait à la pers.] Mûrir! mûrir! − on durcit à de certaines places, on pourrit à d'autres; on ne mûrit pas (Sainte-Beuve, Portr. contemp.,t. 3, 1846, p. 519).L'amitié et l'ardeur, la conscience et la joie se pourrissaient (Arnoux, Rhône,1944, p. 264).Il semblerait donc que la censure fût principe de constance; mais il n'en est rien, car ces pulsions refoulées vont pourrir souterrainement, cristalliser autour d'elles des complexes affectifs morbides et miner l'unité psychique (Mounier, Traité caract.,1946, p. 580).
Pourrir + compl. prép. exprimant ce qui provoque la dégradation.J'ai (...) crié vainement à certaines heures pendant la guerre, quand dans l'hôpital je me sentais pourrir de désespoir, de dégoût, d'ennui : « Monde, je te hais » (Drieu La Roch., Rêv. bourg.,1937, p. 346).
b) [Le suj. désigne un groupe, une instit., une production hum.] Dans un Paris en fermentation, à côté d'un Gouvernement encore existant, mais déjà condamné, qui achevait de se décomposer et de s'user, − de pourrir (c'est le mot), − comment Joubert aurait-il pu résister? (Sainte-Beuve, Caus. lundi,t. 15, 1861, p. 177).
Pourrir + compl. prép.Rien n'est si dangereux pour une œuvre théâtrale que l'esprit. Un théâtre pourrit par les « mots » (Mauriac, Bloc-Notes,1958, p. 344).
c) [Le suj. désigne une situation, un état de chose] Se détériorer, se dégrader peu à peu. Si vous avez hésité si longtemps devant votre amour pour Cécile, c'était à cause d'eux bien sûr [les enfants], mais la solution n'est évidemment pas de laisser les choses pourrir ainsi lentement (Butor, Modif.,1957, p. 66).Voilà des années que nous entendons dire partout qu'il n'existe pas de solution militaire au problème algérien (...). À partir de là, chacun savait qu'il fallait, faute de négocier, attendre que tout pourrisse, comme nous voyons que tout a pourri (Mauriac, Nouv. Bloc-Notes,1961, p. 387).
2. Se corrompre moralement. Pourrir dans le mensonge, dans le péché, dans le vice. Le monde romain, pourrissant dans ses mœurs, était menacé d'une dissolution épouvantable (Chateaubr., Génie,t. 2, 1803, p. 589):
3. Le pays entier [Lourdes] se pourrissait, le triomphe de la Grotte avait amené une telle rage de lucre, une fièvre si brûlante de posséder et de jouir, que, sous la pluie battante des millions, une perversion extraordinaire s'aggravait de jour en jour, changeait en Gomorrhe et en Sodome le Bethléem de Bernadette. Zola, Lourdes,1894, p. 42.
3. Rester longtemps dans un lieu ou une situation, sans profit, en gâchant son temps, ses facultés. Synon. fam. croupir, moisir.Pourrir en prison, dans l'exil, dans un bureau. Si vous n'avez pas de protections, vous pourrirez dans votre tribunal de province (Balzac, Goriot,1835, p. 121).C'est un artiste possédant à fond les partitions étrangères, une vraie nature musicale qui va se perdre et pourrir en province (Flaub., Corresp.,1846, p. 329).Aucune attraction, aucun sujet d'excitation dans la morne perspective de la journée. Au bout du compte il se levait quand même, pour ne pas pourrir au lit (Triolet, Prem. accroc,1945, p. 113).
II.− Empl. trans. à valeur factitive
A.− [Le suj. désigne un facteur de décomposition]
1. [Le compl. d'obj. désigne une substance organique] Décomposer complètement. La pluie, une gouttière pourrit une planche, une poutre. L'humidité a rongé les frettes de fer et pourri le bois (Huysmans, Là-bas,t. 2, 1891, p. 225):
4. La vigne porte trop d'espoirs pour ne point susciter d'ennemis... Deux sont implacables : le « mildiou » et le « blackrot » : cryptogames dévastateurs. Le premier dessèche la feuille, le second pourrit le fruit. Pesquidoux, Chez nous,1921, p. 111.
2. P. anal. [Le compl. d'obj. désigne un organe, un tissu, une pers.] Altérer profondément, détruire. Armand finit par s'arrêter à telle vision : La dévorante rongée, pourrie par une maladie vénérienne, agonisait dans de justes souffrances (Aymé, Vouivre,1943, p. 101).C'est du tabac qu'il te faut pour t'empoisonner et te pourrir les dents? (Roy, Bonheur occas.,1945, p. 40).Soudain, grand'mère mourut. L'urémie, mal de la famille, mal d'intellectuels (comme si la nature se vengeait de ceux qui n'éliminent pas l'urée par la sueur), lui pourrit le sang en trois jours (H. Bazin, Vipère,1948, p. 28).
En partic. [Le suj. désigne une pers.] Transmettre une maladie vénérienne. Il me parle de cette femme envoyée par Mazzini pour pourrir l'empereur et qu'à son arrivée à Paris baisa le beau Kaumard (...) qui mourut dans un état de racornissement, de réduction, semblable à celle que les indiens opèrent sur une tête desséchée (Goncourt, Journal,1891, p. 164).
B.− Au fig. [Le suj. désigne un facteur de destruction, de corruption ou une/des pers. (le facteur de corruption peut être alors précisé par un compl. prép.)]
1. Faire perdre à quelque chose ses qualités, son intégrité, dégrader. Avertis par moi, ils la virent partout, cette sensualité, après ne l'avoir vue nulle part. Elle inclinait ma volonté, disaient-ils, dévoyait ma pensée, pourrissait ma prose (Gide, Journal,1933, p. 1162).D'anciens communistes voulaient nous faire voir dans la Russie soviétique l'ennemi no1 parce qu'elle a pourri l'idée même du socialisme (Sartre, Sit. II,1948, p. 307).La stratégie, c'est un tournoi international d'échecs; les partisans sont des intrus qui dérangent les joueurs. Ces civils pourrissent la guerre (Morand, Flagell. Séville,1951, p. 282).
En partic. [Le compl. d'obj. désigne une lignée] Abâtardir. De la fortune épousée, il ne lui restait que ça, le continuel chagrin de voir son sang se gâter et s'endolorir, dans ce fils, dans cette fille lamentables, qui allaient pourrir sa race (Zola, L'Œuvre,1886, p. 346).J'aurais pu remarquer qu'un germe de décadence pourrissait ma famille (Arnoux, Gentilsh. ceinture,1928, p. 92).
2. Corrompre quelqu'un moralement, rendre quelque chose mauvais sur le plan moral. Pourrir le cœur, l'âme. Le contact d'un méchant homme suffit quelquefois pour pourrir une bonne action et pour en faire sortir une chose mauvaise. Avec l'argent de Marius, Thénardier se fit négrier (Hugo, Misér.,t. 2, 1862, p. 724).Un verre d'eau donné de bon cœur nous sera rendu au centuple, mais celui que nous avons refusé nous pourrit la conscience (Claudel, Poète regarde Croix,1938, p. 267).Il est grand temps que je m'en aille : tu m'as pourrie. Où que je sois, quoi que tu entreprennes, il faut que tu fasses lever le mal dans les cœurs (Sartre, Diable et Bon Dieu,1951, 7etabl., 4, p. 212).
Empl. pronom. réciproque. Les hommes, les femmes, les enfants en tas, se pourrissant les uns les autres, comme les fruits gâtés, livrés dès la petite enfance à l'instinctive luxure par la plus monstrueuse des promiscuités (Zola, Argent,1891, p. 159).Il prétend que nous sommes comme deux êtres faits pour nous pervertir, nous dégrader (...) nous pourrir réciproquement (Carco, Vérotchka,1923, p. 120).
En partic. [Le compl. d'obj. désigne un enfant] Gâter à l'excès, favoriser le développement de certains défauts. Voyons, vous avez tort de parler comme cela devant cet enfant : vous allez le pourrir d'orgueil (Larbaud, Enfantines,1918, p. 58).Votre garçon, pour moi, c'est bien simple (...) Vous l'avez gâté! Pourri! Voilà tout! (...) Absolument sans le vouloir, vous n'en ferez qu'un petit jouisseur! un paresseux! un égoïste! (Céline, Mort à crédit,1936, p. 244).
Prononc. et Orth. : [puʀiʀ]. Ac. 1694-1762 : pourrir; 1798 : -r-; 1835, 1878 : -rr- ou -r-; 1935 : -rr-. Étymol. et Hist. A. (Se) gâter, par décomposition 1. a) en parlant de cadavres ca 1050 intrans. (St Alexis, éd. Chr. Storey, 477 : O kiers amis, de ta juvente bela! Ço peiset mai que purirat [en] terre); b) en parlant du corps humain (ou d'une partie, d'un élément du corps) décomposé par la maladie ca 1200 sanc porrit (Li Dialogue Grégoire, 230, 12 ds T.-L.); ca 1240 intrans. (2ecoll. agn. des Miracles de la Vierge, 58, 25, ibid. : Chancre l'ad en la buche feru; Les leveres li purissent a net); 1249 trans. (Huon le Roi, Regrès N.-D., éd. A. Långfors, 73, 12 : De cel pechie [fornicacion] qui si t'aguise, Ton cors porrist et t'arme gaste); 2. en parlant de végétaux a) 1160-74 intrans. fust purrist (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 135); ca 1200 réfl. (Guiot de Provins, Bible, 2341 ds Œuvres, éd. J. Orr, p. 82 : Que la chenal ressoit [la] plue [...] Elle se gaste et se porrist [chenal de bois?, v. C. Enlart, Manuel d'archéol. fr., 2epart., t. 1, archit. civile, p. 161]); b) ca 1200 pume porrie (Aiol, 5413 ds T.-L.); 1225-50 intrans. (Venus, 182a, ibid.); 1561 réfl. (Paré, Anat., V, XIX, éd. J. F. Malgaigne, t. 1, p. 355a); 3. en parlant de toutes sortes de matières ca 1200 en parlant d'un chenal de pierre (?) Guiot de Provins, loc. cit.; ca 1225 (Bueve de Hantone, II, 2757 ds T.-L. : Si garnement sont entor lui porri); 1485 trans. (Ordon. ds Littré : la fiente et le pissat pourriront ledit mur); 4. 1225-30 « faire périr, détruire par décomposition » (Guillaume de Lorris, Rose, éd. F. Lecoy, 380 : Li tens qui tote chose mue, Qui tot fet croistre et tot norist E qui tot use et tot porist); 5. p. ext. en parlant du temps qu'il fait 1747 tems pourry (Piron, Let. à J.-F. Le Vayer, 8, Gaultier et Thébert ds Quem. DDL t. 21). B. Fig. 1. a) ca 1165 intrans. « (d'une personne) se dégrader, se gâter moralement » pourir en vilonie (Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 1372); ca 1250 part. passé adj. porri (Robert de Blois, Dédicace, éd. P. Meyer, Notice du ms. de l'Arsenal 5201 ds Romania t. 16, 1887, p. 29, 279); b) intrans. en parlant d'un sentiment « périr » α) [1176 (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. W. Foerster, 765; éd. A. Micha, 757) : perist]; 1225-50 (Venus, 96b ds T.-L. : Ma plaie est dolerouse, mon cuer m'a fait porir); β) 1269-78 part. passé adj. l'ort ypocrite au queur porri « dégradé, gâté » (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 10442); 2. ca 1180 trans. « amollir, dorloter » (Proverbe au vilain, éd. A. Tobler, 170b; v. aussi note de l'éd. : La oieille si nourrist Ses poucins et pourrist Que nul n'en asavoure); 1878 pourrir [un enfant] de caresses (Ac.); 1928 (enfant) pourri (Bauche); 3. ca 1245 intrans. « (d'une personne) demeurer longtemps dans une situation fâcheuse, dégradante » (Philippe Mousket, Chron., 20186 ds T.-L. : nos oncles [...] Nos fait en sa prisson morir De faim et de lasté pourir); av. 1421 laisser pourrir en prison (Livre des faicts du maréchal de Boucicaut, II, XXIX ds Mém. relatifs à l'Hist. de France, éd. M. Michaud, t. 2, 1881, p. 284). Du lat. vulg. *putrīre, class. putrescere (plus rarement putrere, v. Vään., § 313) « se gâter, se corrompre, se pourrir; devenir friable [sol] », fig. « tomber dans le mépris ». Fréq. abs. littér. : 534. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 343, b) 595; xxes. : a) 1 236, b) 914.
DÉR. 1.
Pourrissable, adj.Synon. rare de putrescible.Vous n'avez plus connu que des puits tarissables, Et sur de maigres champs de plus maigres labours (...), Et du haut du plateau des cèdres pourrissables (Péguy, Ève,1913, p. 717). [puʀisabl̥]. 1resattest. xives. porrissaubles (Bible, B.N. 763, fol. 257a ds Gdf. Compl.), très rare jusqu'à Besch. 1845, 1913 (Péguy, op. cit., p. 23); du part. prés. de pourrir, suff. -able*.
2.
Pourrisseur, -euse, adj. et subst.a) Adj. [En parlant d'une chose ou d'une pers.] Qui corrompt moralement. Ah! l'argent, cet argent pourrisseur, empoisonneur, qui desséchait les âmes, en chassait la bonté, la tendresse, l'amour des autres! Lui seul était le grand coupable, l'entremetteur de toutes les cruautés et de toutes les saletés humaines (Zola, Argent,1891, p. 234).Suicide affreux de Dubut de Laforest, le feuilletoniste sot et pourrisseur (Bloy, Journal,1902, p. 90).b) Subst. Personne qui exerce une influence néfaste, qui corrompt. Jean-Jacques, ce mainteneur de la loi et de l'ordre chrétien, contre les pourrisseurs et les empoisonneurs de l'esprit public (Guéhenno, Jean-Jacques,1950, p. 222). [puʀisœ:ʀ], fém. [-ø:z]. 1resattest. a) 1568 « sorte de serpent venimeux » (Grevin, Des Venins, I, 13 ds Gdf.), b) 1794 fig. adj. poisons poirrisseurs de l'âme (Babeuf, Le Tribun du peuple, déc., no28, 47 ds Quem. DDL t. 11), 1897 subst. en parlant d'une personne (Zola, Paris, t. 1, p. 28); du part. prés. de pourrir, suff. -eur2*. Bbg. Malkiel (Y.). Trois ex. nouv. de la polarisation lex. en rom. Romania. 1984, t. 105, pp. 411-461.

Wiktionnaire

Verbe

pourrir \pu.ʁiʁ\ intransitif 2e groupe (voir la conjugaison)

  1. Se décomposer, fermenter, s'altérer, se corrompre, se gâter sous l’action de bactéries.
    • Les fruits pourrissent quand on les garde trop longtemps.
    • Il y a eu tant de pluies que le raisin pourrissait sur le cep au lieu de mûrir.
    • Le bois de chêne ne pourrit pas dans l’eau aussi rapidement que les autres bois.
    • Quelle fin pour notre histoire. Toi, pourrissant dans ce tombeau, lardé de coups de dague de mes barons et moi, tout nu, comme un imbécile, dans les courants d'air, attendant que ces brutes viennent me taper dessus. — (Jean Anouilh, Becket, Éditions de la Table Ronde, 1959, p. 7)
  2. (Figuré) et (Familier) Rester, croupir ou s'enfoncer dans un état de délabrement avancé.
    • Et ce ne fut pas une lente décadence qui surprit le monde européanisé ; les civilisations antiques pourrirent et s’effritèrent ; la civilisation européanisée sauta d’un coup, pour ainsi dire. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 392 de l’éd. de 1921)
    • Il pourrissait dans l’ordure, dans la misère.
    • Pourrir dans le vice : persévérer dans ses habitudes vicieuses, s’y enfoncer de plus en plus.
    • Il ne pourrira pas dans cet emploi : il ne gardera pas longtemps cet emploi.
    • Une fois en prison, il y pourrira : il n’en sortira jamais.
  3. (Vulgaire) Subir une situation rappelant le fait de pourrir.
    • J’ai pourri en cellule pendant des années. (cf. moisir).
  4. Bourg pourri : voir à bourg.
  5. Pot pourri : voir à pot.
  6. Un temps pourri : un temps humide et malsain.

pourrir transitif

  1. (Vulgaire) Nuire, être désagréable.
    • Il me pourrit la vie.
    • C’est un membre pourri : se dit d’une personne dangereuse pour la société, ou qui déshonore le groupe dont elle fait partie.
  2. Complètement gâté.
    • Un homme pourri d’ulcères, de chancres, etc. : un homme rongé d’ulcères, de chancres, etc.
    • Il est complètement pourri : il est beaucoup trop corrompu pour pouvoir changer.
    • (Figuré) et (Familier) C’est une planche pourrie : se dit d’une personne sur laquelle on ne peut pas compter.
  3. (Vulgaire) Insulter, réprimander.
    • Mon prof m’a complètement pourri.
  4. (Familier) Gâter, donner trop de quelque chose à quelqu’un.
    • Son père le pourrit de cadeaux.
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Littré (1872-1877)

POURRIR (pou-rir) v. n.
  • 1S'altérer par le travail intestin qui attaque et détruit les corps organisés privés de vie, au contact de l'air et à une température qui ne soit pas trop basse. L'ouvrier habile choisit un bois fort qui ne pourrisse point, Sacy, Bible, Isaïe, XL, 20. D'autres arbres gisant au pied des premiers, pour pourrir sur des monceaux déjà pourris, Buffon, Morc. choisis, p. 8. Les vaisseaux qui pourrissaient dans l'inaction seront réparés ; il en sera construit d'autres, Raynal, Hist. phil. XVI, 7.
  • 2 Par extension, demeurer longtemps en quelque lieu où l'on pourrit, pour ainsi dire. Sans la considération que M. Hutin a pour moi, il vous poursuivrait, et il vous ferait pourrir dans une prison, Marivaux, Pays. parv. part. 6. On commence par le décréter de prise de corps ; on l'eût arraché de son lit pour le traîner dans les mêmes prisons où pourrissent des scélérats, Rousseau, Lett. à l'archev. de Paris.

    Fig. Il ne pourrira pas dans cet emploi, il n'y restera pas longtemps, il montera plus haut.

    Fig. Pourrir dans l'ordure, dans la misère, croupir dans la saleté, dans une misère profonde et sale.

    Pourrir dans le vice, dans son ordure, persister dans ses mauvaises habitudes, dans une vie immorale.

    Il se dit aussi des choses qui restent enfouies et oubliées. Un éloge ennuyeux, un froid panégyrique Peut pourrir à son aise au fond d'une boutique, Boileau, Sat. VII. Un livre vous déplaît : qui vous force à le lire ?… Un auteur ne peut-il pourrir en sûreté ? Boileau, ib. IX. Ce Priscus n'a jamais été imprimé ; il pourrit dans la bibliothèque du Vatican, Voltaire, Dict. phil. Inceste.

  • 3Arriver à maturation, en parlant d'abcès, de maladies. Ce remède fait pourrir le rhume Votre doigt pourrira.
  • 4 V. a. Faire pourrir. La pluie pourrit la charpenterie. L'eau qui a, pour ainsi dire, pourri ces poudres vitreuses, Buffon, Min. t. VIII, p. 181.

    Fig. Donner de mauvaises qualités. Et l'estomac gâté pourrit tout ce qu'il mange, Régnier, Sat. v.

    Amener à maturation. Ce remède pourrit le rhume.

  • 5Se pourrir, v. réfl. Devenir pourri. Quand la digestion est trop longue, il faut manger ; cela consomme un reste qui ne fait que se pourrir et fumer, si vous ne le réchauffez par des aliments, Sévigné, 29 déc. 1679. Un corps mort, par la seule agitation de l'air auquel il est exposé, se corrompt et se pourrit, Bossuet, Conn. II, 9.

HISTORIQUE

XIe s. Ô kiers amis [ô cher ami], de ta juvente bele ço peiset mei que si purirat terre [j'ai chagrin que la terre pourrira ainsi ta belle jeunesse], St Alexis, XCVI.

XIIe s. … Deus en prist vengement [du roi Guillaume le Roux] ; Al berser [tirer de l'arc] fu ocis, et fina malement ; Li corz en est purriz, e l'aneme [âme] est en turment, Th. le mart. 92. Li awe mismes [l'eau même] del fluve purist, quant ele encomencet esteir, Saint Bernard, 563. Or porrira cele tenre maissele [joue] Et cil vair oel dont clere est la prunele, Raoul de C. 144.

XIIIe s. Et en poi d'eure en fu tous pouris li costés et li bras, Chr. de Rains, p. 80. Li tens, qui tote chose mue, Qui tout fait croistre et tout norist, Et qui tout use et tout porrist, la Rose, 382. Car il ne quident pas morir, Ne dedenz la terre porrir ; Mès si feront, Rutebeuf, II, 4. Et il meismes son cors [de sa personne] portoit les cors pourris et touz puans pour mettre en terre es fosses, Joinville, 278.

XVe s. Et chascun supplioit humblement son seigneur et maistre, que pour Dieu ne les voulsist oublier, ne laisser là pourrir en prison, Bouciq. II, 29. Autrement la fiente et le pissat pourriront ledit mur, Ordonn. 1485.

XVIe s. Y a une fondriere d'argille et une terre si tendre et si pourrie, qu'elle n'a pas force de soustenir, quand on marche dessus, Amyot, Sertor. 33. Disant que la Macedoine ne tenoit qu'à un petit filet, encore tout pourry, entendant le vieil Antipater par ce filet, Amyot, Démosth. 46. Semblablement aussi fuyons nous une personne malade ou pourrie d'ulceres, comme chose hydeuse à veoir, Amyot, Comm. lire les poëtes, 10. Arracher une dent pourrie, Paré, Introd. 2. Lorsqu'une pomme commence à se pourrir, si l'on n'oste la pourriture, tost après le reste se pourrira, Paré, V, 19. Les champs de Montcontour n'eussent pourry nos os, Ronsard, 250. Oh ! que la playe est forte Qui mesm' empuantit le pourri qui la porte ! D'Aubigné, Tragiques, édit. LALANNE, p. 81.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

POURRIR. Ajoutez :
6Pourrir sa pourriture, achever de se dissoudre dans la corruption ; locution hardie, mais qui est analogue à dormir son sommeil, vivre sa vie. Dans ce cas-là, brûlé par Léon X, il [Luther] eût eu le sort d'Arnold de Brescia, de Savonarole, de Bruno et de tant d'autres ; la réforme, étouffée encore, eût laissé le vieux système pourrir sa pourriture paisiblement ; point de protestants dès lors ni de jésuites, Michelet, Réforme, p. 117.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

POURRIR, verb. neut. (Gram.) se détruire, s’altérer par quelque mouvement intérieur, excité entre les parties de la substance qui se pourrit, en conséquence duquel les molécules se séparent, se divisent, se décomposent, s’exhalent, se recomposent d’une maniere différente, &c. Voyez Putréfaction.

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Étymologie de « pourrir »

Bourg. pôrry ; provenç. poirir ; espagn. pudrir ; du lat. putrēre, dénominatif de puter, putris. Putrescere aurait donné pouraître ; mais pourrir, comme plusieurs verbes en ir, se conjugue d'après la conjugaison des verbes inchoatifs en escere.

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(Date à préciser) Du latin populaire *pŭtrīre, altération par changement de conjugaison du latin classique putrere.
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Phonétique du mot « pourrir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pourrir purir

Citations contenant le mot « pourrir »

  • Nous croyons de toute notre âme à la résurrection de la chair ; mais il faut que chaque être humain donne son consentement à cette vocation de pourrir. De François Mauriac / Vie de Jésus
  • Un livre vous déplaît : qui vous force à le lire ? Laissez mourir un fat dans son obscurité : un auteur ne peut-il pourrir en sûreté ? De Nicolas Boileau / Satires
  • Il y a de la lumière dans les frigos pour que les aliments voient en permanence la date avant laquelle ils n'ont pas le droit de pourrir. De Patrick Sébastien / Carnet de notes
  • Martyr, c'est pourrir un peu. De Jacques Prévert / Paroles
  • Ce qu’on ne peut pas tenir, il faut le laisser pourrir. De Proverbe allemand
  • A force de bouffer des conservateurs, on finira par plus pourrir dans le cercueil. De Jean-Marie Gourio / Brèves de comptoir - 1996
  • Comme elles tombent bien ! - Dans ce trajet si court de la branche à la terre - Comme elles savent mettre une beauté dernière - Et malgré leur terreur de pourrir sur le sol - Veulent que cette chute ait la grâce d’un vol ! De Edmond Rostand / Cyrano de Bergerac
  • Les associations déplorent l'absence de réaction de l'État alors que depuis 22 jours, quelque 75 mineurs isolés en recours dorment sous des tentes en plein coeur de la capitale française. Elles dénoncent une "volonté de la part des autorités de laisser pourrir la situation". InfoMigrants, Camp de mineurs à Paris : "Les autorités laissent pourrir la situation" - InfoMigrants
  • En septembre 2020, cela fera six ans que Séverine et ses filles vivent dans ce logement d'urgence. La mère de famille se sent abandonnée : « Je crois qu'ils sont en train de me laisser pourrir là. » Légalement, la part de logements sociaux à Palaiseau doit atteindre 25 % du parc total. Selon le maire, la Ville « remplit largement les obligations, avec plus de 36 % de logements sociaux ». Cependant, « 2 000 familles demandent un logement social dans la Ville et la rotation est assez faible, donc il y a de l'attente », admet Grégoire de Lasteyrie. leparisien.fr, «Ils me laissent pourrir là» : depuis six ans, Séverine vit dans un logement d’urgence délabré - Le Parisien
  • A Marseille comme à Lyon, les ex-salariés pourraient bientôt ne plus avoir accès aux locaux, qui étaient loués par Presstalis, pour assurer la distribution de la presse. Ils regrettent que les deux distributeurs, France Messagerie et les MLP, ne s’entendent pas, et l’absence de l’Etat. « Les éditeurs ont toujours tendance à laisser pourrir la situation en laissant l’Etat intervenir », a souligné Guillaume Dumoulin, délégué syndical de la SAD. « A croire que l’Etat et les éditeurs n’ont qu’un seul objectif : l’élimination de la CGT dans ce secteur », a appuyé Didier Lourdez. , « Le Monde » : L’impression du quotidien bloquée ce lundi en Ile-de-France
  • Afin de tirer pleinement profit de ces débouchés, il invite les acteurs à également investir en Casamance. "Le défi, projette-t-il, est aussi de faire en sorte que la mangue casamançaise ne continue pas à pourrir. Il faut aussi travailler dans ce sens. Le Sénégal bénéficie d'un avantage de saison qui n'a pas toujours été bien exploitée''. news.sen360.sn, MOUSSA BALDE, MINISTRE DE L'AGRICULTURE : "La mangue casamançaise ne doit plus pourrir...'' | SEN360.SN
  • Ce faisant, le président du bloc parlementaire du parti au pouvoir est en train d’envenimer les relations du pays avec un pays frère, qu’il le veuille ou non. Il est, aussi, en train de pourrir la vie au ministère des affaires étrangères, et de leur causer des torts dont ils pourront, très difficilement, se défaire. Et ce, bien sur, sans oublier le tort qu’il va pouvoir occasionner aux ressortissants tunisiens résidents aux Emirats. Tunisie Numerique, Tunisie – Bhiri se lâche sur les Emirats et oublie son rôle de président du bloc du parti au pouvoir

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Traductions du mot « pourrir »

Langue Traduction
Anglais to rot
Espagnol pudrirse
Italien marcire
Allemand verrotten
Chinois 腐烂
Arabe يتعفن
Portugais apodrecer
Russe гнить
Japonais 腐敗へ
Basque ustel
Corse pudè pudè
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Synonymes de « pourrir »

Source : synonymes de pourrir sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « pourrir »

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