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Portion

Sommaire

Définitions du mot portion

Trésor de la Langue Française informatisé

PORTION, subst. fém.

A. − [Le plus souvent dans une collectivité, dans un restaurant modeste] Dans un repas, quantité d'un mets destiné à une personne. Synon. part, porcif (arg.).Portion de choucroute, de fromage, de gâteau, de soupe, de viande; double, maigre portion; portions inégales. Les jours où elle n'avait pas le temps de mettre quelque chose au feu, elle allait chercher des portions, elle bavardait chez le traiteur (Zola,Assommoir, 1877, p.525).L'homme se coupa une large portion de rôti chaud (Guèvremont,Survenant, 1945, p.10).V. fractionner ex. 1:
1. On y sert [à la Kaffeehalle], à bon marché, des portions de saucisses aux choux, des assiettées de soupe, des tranches de pain taillées en pleine miche. Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p.711.
Loc. adv. À la portion. En proposant, en choisissant la/les portion(s) qui compose(nt) un repas. Synon. plus cour. à la carte.Ils servent à la portion (Littré). Il (...) entra dans le cabaret où il dînait à la portion (Van der Meersch,Empreinte dieu, 1936, p.211).
P. ext., rare. Ration. Portion d'eau. Enfermés dans notre bloc surpeuplé et réduits à la portion réglementaire, c'est-à-dire à 300 grammes de pain et à un litre de soupe par jour, nous n'avions subsisté les premières semaines que grâce aux secours que nous avions reçus de la Croix-Rouge (Ambrière,Gdes vac., 1946, p.344).
B. − Partie d'argent, de biens (ou, plus rarement, de charges) qui revient à quelqu'un. Synon. part.Portion des bénéfices, d'un capital, des charges du mariage, d'une fortune, d'(un) héritage, d'un impôt, des récoltes, d'un revenu. L'héritier du débiteur, qui a payé sa portion de la dette, ne peut demander la restitution de sa portion dans le gage, tant que la dette n'est pas entièrement acquittée (Code civil, 1804, art. 2083, p.374).Oisif et tout à fait superflu dans la société, je n'ai droit, dans la distribution commune, qu'à la portion rigoureusement nécessaire au soutien de ma vie (M. de Guérin,Journal, 1834, p.220):
2. La loi ne se charge de convoyer à destination et jusqu'à la deuxième génération la quotité disponible donnée par l'ascendant, qu'à la condition qu'elle sera remise, par portions égales, à tous les héritiers du même ordre... Jaurès,Ét. soc., 1901, p.201.
Portion congrue*.
DR. Portion contributoire*. Portion disponible*. Portion virile. Synon. de part virile (v. part1).
C. − Élément, partie d'un ensemble généralement homogène. Synon. fraction, fragment, part.
1. [D'une chose]
a) [d'une chose concr.] Cette allure de la cape avait l'avantage d'offrir aux vagues les portions les plus solides du yacht (Verne,Enf. cap. Grant, t.2, 1868, p.55).Toute forme qui s'unit à une matière devient distincte de toute forme unie à une autre portion de matière en raison de la division même de la matière à laquelle elle s'unit (Gilson,Espr. philos. médiév., 1931, p.200).
En partic. [D'une étendue, d'une chose ayant un développement spatial] Les premières coupoles byzantines (...) ne présentaient à l'extérieur qu'une faible portion de sphère (Lenoir,Archit. monast., 1852, p.324).Rien, sinon peut-être quelques portions du Kalahari, n'est plus affreux que ce désert de rocaille (Benoit,Atlant., 1919, p.295).V. autistique ex., glaiseux ex. de Verne:
3. Divisée en deux parties, la boutique de Dauriat offrait un vaste magasin à sa librairie, et l'autre portion lui servait de cabinet. Balzac,Illus. perdues, 1839, p.295.
SYNT. Portion de cercle, du ciel, d'une courbe, de droite, de l'espace, d'une forêt, du monde, de plan, de route, d'une rue, d'une surface, de terrain, de la terre, d'un territoire.
b) [d'une chose abstr.] Le roi (...) ne pouvait sanctionner que l'ensemble d'une constitution, et non une portion séparée (Staël,Consid. Révol. fr., t.1, 1817, p.256).Cette impression (...) de la suppression en moi de toute une portion de mes associations d'idées, qu'éprouve un homme (...) chez lequel toute une partie de la mémoire est abolie ou paralysée (Proust,Fugit., 1922, p.592):
4. Mon pauvre vieux, je te souhaite la portion la plus copieuse de paix et de santé qui demeure encore pour nous en ce monde... Mallarmé,Corresp., 1868, p.267.
En partic. [D'une durée] Portion d'une durée, de la vie. Aucune portion de temps ne saurait coïncider avec aucune autre (Schaeffer,Rech. mus. concr., 1952, p.144).La portion active de nos vies (Teilhard de Ch.,Milieu divin, 1955, p.63):
5. Cette portion de l'année 1811 passée à Nohant fut, je crois, une des rares époques de ma vie où je connus le bonheur complet. Sand,Hist. vie, t.2, 1955, p.341.
2.
a) [D'une pers. ou d'un aspect de la personnalité] La folie n'est pas un empire distinct et séparé; notre vie ordinaire y confine, et nous y entrons tous par quelque portion de nous-même (Taine,Notes Paris, 1867, p.300).Les portions affectives de sa personne étaient atteintes jusqu'à en être dépravées (Bourget,Sens mort, 1915, p.180):
6. ... l'église de Pontigny a réveillé en moi certaines portions dormantes de ma nature −et qui avaient besoin d'un symbole concret pour pouvoir sortir de la léthargie... Du Bos,Journal, 1922, p.162.
Rem. V. demi-portion.
b) [D'un ensemble de pers.] Portion de l'humanité, d'un peuple, d'une population. La limite tracée entre la portion grossière et la portion éclairée du genre humain s'était presque entièrement effacée (Condorcet,Esq. tabl. hist., 1794, p.164).Passy-Auteuil se vide d'une portion importante de ses habitants (Fargue,Piéton Paris, 1939, p.70):
7. Seuls, les partisans de la grève générale à caractère révolutionnaire croient que l'action du seul prolétariat industriel ou même de la portion la plus active et la plus consciente de ce prolétariat suffira à déterminer l'avènement du communisme... Jaurès,Ét. soc., 1901, p.96.
REM. 1.
Porcif, subst. fém.,arg. Portion. Porcif de barbaque (Sandry-Carr.1963).Chacun a touché sa porcif (Riv.-Car.1969).
2.
Portionnette, subst. fém.,hapax. Petite portion (supra C 1 b). La portionnette d'autorité que nous exerçons nous donne l'occasion d'avoir gratis les mêmes jouissances de vanité que le bourgeois payait si cher (Stendhal,Corresp., t.1, 1807, p.311).
3.
Portioncule, subst. fém.,rare. a) Petite portion (supra C 1 a). Les corps vivants, les végétaux (...) perdent à chaque instant, par la transpiration sensible ou insensible, par l'effet de l'attraction du soleil ou autrement, diverses portions de leur substance. Il en émane sans cesse des portioncules qui s'attachent à la terre en se répandant dans l'atmosphère qui les environne (La Hêtraie,Chasse, vén., fauconn., 1945, p.149).b) En partic. Très petite pièce. La bibliothèque (...) est composée de deux pièces (...): une, très exiguë (...) où travaille M. Floche (...). La seconde pièce est vaste (...). Sans m'écarter de la table devant laquelle j'étais assis, je pouvais distinguer M. Floche dans sa portioncule (Gide,Isabelle, 1911, p.61).
Prononc. et Orth.: [pɔ ʀsjɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1226-27 porcïon (Guillaume Le Clerc, Besant, éd. P. Ruelle, 3359); spéc. xiiies. portion «part de nourriture» (St Brandan, éd. C. Wahlund, p.61, 8). Empr. au lat. portio, -onis «part, proportion». Fréq. abs. littér.: 2055. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 7594, b) 1944; xxes.: a) 1067, b) 574.
DÉR.
Portionnaire, subst.,dr. Personne à qui revient une portion d'héritage. (Dict.xixeet xxes.). [pɔ ʀsjɔnε:ʀ]. 1resattest. a) 1550 adj. «qui a droit à une part» (Bronnen tot de geschiedenis van den handel met Frankrijk, éd. Sneller et Unger, i, 419 ds Fonds Barbier), puis 1812 (Boiste), spéc. b) 1572 eccl. subst. masc. (Corresp. de Granvelle, éd. Ch. Piot, t.4, p.167); de portion, suff. -aire*; cf. le lat. médiév. eccl. portionarius «celui qui possède une partie d'un bénéfice ou celui qui reçoit une partie de la mense capitulaire» 1276 ds Latham, et au sens gén. «celui qui possède en commun» 1286, ibid. Le m. fr. connaît portionnaire «qui donne pour fruit de son fermage une partie des fruits» 1442 (Cart. de Bourg., Bullet. du Comité des trav. hist. et scient., 1886, no1-2, p.130 ds Gdf.).
BBG.Dub. Pol. 1962, p.382.

Wiktionnaire

Nom commun

portion \pɔʁ.sjɔ̃\ féminin

  1. Partie d’un tout divisé, ou considéré comme tel.
    • Elle s’approcha sans bruit de Charles IX, qui donnait à ses chiens des fragments de gâteaux coupés en portions pareilles. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre VI)
    • Dans sa boite en carton de 12 portions, La Vache qui rit a toujours ce goût délicieux des quatre-heures qui s’écrasent dans le fond du cartable, pile sur le carnet de notes. — (Jacky Durand & Catherine Mallaval, Régression en douceurs, dans Libération (journal) du jeudi 9 juin 2011, p.20)
    • Un mur de pierres blanches jointées en losange protégeait cette portion de trottoir des regards et servait de crottoir aux clébards du quartier. — (Xavier-Marie Bonnot, Les Âmes sans nom, éd. Belfond, 2010, chap. 11)
  2. (En particulier) (Droit) Partie d’une succession attribuée à chaque héritier.
    • Les héritiers ont partagé tout le bien du défunt en quatre portions.
    • Pour sa part et portion ; portion disponible.
  3. Quantité de pain, de viande, etc., qu’on donne, dans le repas, à chacun en particulier; surtout en parlant des collèges, des communautés religieuses.
    • Les petites gens du quartier venaient dîner dans cette friterie d'une portion d’anguilles à une peseta, ou de percebes, et de calmars frits. — (Joseph Peyré, Sang et Lumières, éd. Grasset, 2014, chap. 8)

Nom commun

portion \ˈpɔː.ʃən\

  1. portion.
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Littré (1872-1877)

PORTION (por-sion ; en vers, de trois syllabes) s. f.
  • 1Partie isolée d'un tout, et considérée isolément. Portion de maison à louer. Portion de cercle. Cet homme, par son testament… Leur laissa tout son bien par portions égales, La Fontaine, Fabl. II, 20. Seigneur… je vous demande… que vous disposiez de ma santé et de ma maladie, de ma vie et de ma mort, pour votre gloire, pour mon salut, et pour l'utilité de l'Église et de ses saints, dont j'espère par votre grâce faire une portion, Pascal, Prière pour le bon usage des maladies. Il leur distribuait [aux pauvres] par la miséricorde ce qu'il avait acquis par la justice ; cette portion de son bien lui était sacrée ; il y mettait son cœur comme son trésor, Fléchier, Lamoignon. Plutarque cite trois opinions sur ce partage [des terres] : suivant la première, Lycurgue divisa tous les biens de la Laconie en trente-neuf mille portions, dont neuf mille furent accordées aux habitants de Sparte…, Barthélemy, Anach. note 8, t. IV, p. 484, dans POUGENS.

    En termes de droit, portion disponible, voy. DISPONIBLE ; portion virile, voy. VIRIL.

  • 2 Terme mystique. Part de chaque homme dans les dispensations de la Providence. Le Dieu des chrétiens ne consiste pas seulement en un dieu qui exerce sa providence sur la vie et sur le bien des hommes pour donner une heureuse suite d'années à ceux qui l'adorent ; c'est la portion des Juifs, Pascal, Pens. XXII, 3, éd. HAVET.

    Particulièrement. Part de chaque fidèle dans la grâce de Jésus-Christ. Ô Dieu de mon cœur, et mon éternelle portion ! Fénelon, Exist. 92. Vous l'avez appelé [Jésus-Christ]… votre portion, votre héritage, le Dieu de votre cœur, Massillon, Carême, Rechute, 1.

  • 3 Terme monastique. Une certaine quantité de nourriture assignée par la règle à chacun.

    Il se dit au même sens dans des maisons où l'on donne à manger. Ils servent à la portion.

  • 4 Terme ecclésiastique. Portion congrue, certain revenu fixe, en forme de pension, pour les curés dont le bénéfice n'avait pas d'autre fond que le casuel et l'obituaire.

    Familièrement. Portion congrue, rente, traitement peu considérable. Il est réduit à la portion congrue.

REMARQUE

Comme ce qu'on donnait sous le nom de portion congrue paraissait souvent insuffisant, ce nom a pris ce dernier sens ; mais il ne faut pas séparer les deux mots pour dire avec Ch. de Bernard, dans Un homme sérieux, § 3 : Une seule Elvire pour muse aurait paru une portion un peu trop congrue. Congru signifie convenable, et c'est le contraire de ce que l'auteur veut dire.

HISTORIQUE

XIVe s. Se les persones ne sont equalz, il ne devront pas avoir porcions equales, Oresme, Eth. 146.

XVe s. Quand le mari eut choisi le casier, la dame choisit la chaudiere, puis le mari un autre meuble ; puis elle consequemment, jusqu'à ce que tout fust parti et proportionné ; après laquelle portion faite, le bon mari dit…, Louis XI, Nouv. LXXXIII.

XVIe s. Il semble que ce n'est point erreur que de mesler avecques la douceur quelque portion de severité, Lanoue, 107. Voulant soupper en son privé avec sa femme, il envoya demander sa portion, Amyot, Lyc. 18. Concernant la constitution des douaires ou portions, Coust. gén. t. II, p. 694.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PORTION, s. f. (Gram.) partie d’une chose divisée réellement, ou considérée comme telle. Une portion de maison à louer. La portion d’un héritage. Une portion de sphere. La portion d’un moine, ou ce qu’on lui sert pour un repas.

Portion dure & molle, en termes d’Anatomie, c’est une division de la cinquieme paire de nerfs du cerveau, laquelle est visiblement divisée en deux branches, avant que de sortir de la dure-mere, dont l’une assez dure & assez ferme est appellée portion dure, portio dura ; & l’autre lâche & molle se nomme portio mollis, la portion molle. Voyez Nerf & Auditif.

Portion, (Hydr.) on nomme portion de couronne de petites lignes courbes fendues d’espace en espace, & servant de sortie sur la platine d’une gerbe d’eau. (K)

Portion, (jurisprud.) ce terme est usité en différens cas.

On dit part & portion personnelle, pour exprimer ce dont quelqu’un est tenu personnellement & sans aucun recours.

Portion canoniale est la part qu’un chanoine a dans les revenus du chapitre & dans les distributions manuelles. Voyez Canonicat, Chanoine, Chapitre, Distributions manuelles, Prébende. (A)

Portion canonique est celle dont la distribution est ordonnée par les canons : c’est la même chose que portion congrue ; voyez l’article suivant.

Portion congrue est une pension dûe au Curé, ou vicaire perpétuel qui dessert une cure, ou au vicaire amovible du curé ou vicaire perpétuel, par ceux qui perçoivent les grosses dixmes dans sa paroisse.

Anciennement & suivant les dispositions du droit canonique, toutes les dixmes d’une paroisse appartenoient à l’église paroissiale.

Mais il y eut un tems où l’ignorance des prêtres séculiers étoit si grande, que les moines de l’ordre de saint Benoit & les chanoines réguliers de l’ordre de saint Augustin s’étant emparé des cures, ils les desservirent d’abord eux-mêmes, & par ce moyen se mirent en possession des dixmes.

Dans la suite, ces moines ayant été rappellés dans leur monastere, il leur fut permis de mettre à leur place dans les cures, des prêtres séculiers en qualité de vicaires révocables à volonté, auxquels ne donnant que fort peu de chose, ils ne pouvoient trouver que des prêtres incapables de s’acquitter dignement de cet emploi.

L’état déplorable où se trouvoient les paroisses, ayant causé beaucoup de scandale dans l’Eglise & excité de grandes plaintes, il y fut pourvu au concile général de Latran, tenu sous Alexandre III, & au concile provincial d’Avranches, où il fut ordonné que les religieux qui avoient des cures unies à leurs menses conventuelles, les feroient desservir par un de leurs religieux idoine, ou par un vicaire perpétuel & non révocable, qui seroit institué par l’évêque sur leur présentation, & auquel ils seroient tenus d’assigner une portion congrue, ou pension suffisante sur le revenu de la cure : telle est l’origine des portions congrues.

En exécution des décrets du concile de Latran, les chanoines réguliers de l’ordre de saint Augustin opterent de desservir eux-mêmes les cures unies à leurs menses, & pour cet effet y établirent leurs religieux en qualité de prieurs ; c’est de-là que les prieurés-cures de cet ordre ont pris naissance.

Les religieux de l’ordre de saint Benoit opterent le contraire ; ils ont retenu pour eux les dixmes & autres revenus des cures unies à leurs menses avec la qualité de curés primitifs, & ont établi des vicaires perpétuels, auxquels n’ayant donné que le moins qu’ils ont pu, l’indigence de ces vicaires perpétuels a donné lieu à une infinité de demandes de leur part, pour avoir la portion congrue.

Cette portion n’a pas été fixée par le droit canonique à une somme certaine ; on ne pouvoit même pas la fixer à perpétuité, attendu que le prix des denrées augmente par succession de tems à mesure que l’argent devient commun.

Dans les églises qui ont reçu la discipline du concile de Trente, le pouvoir des évêques pour l’augmentation des portions congrues des curés ou vicaires est plus étendu qu’en France.

La portion congrue des curés & vicaires perpétuels fut d’abord fixée en France à 120 liv. par an, les charges ordinaires déduites : c’est ce qui fut réglé par l’art. 9 de l’édit de Charles IX. du mois d’Avril 1571.

Le concile de Reims tenu en 1583, régla la portion congrue des curés ou vicaires à 100 liv. au moins, toutes charges déduites.

Elle fut ensuite augmentée jusqu’à la somme de 300 liv. par l’article 13 de l’ordonnance du mois de Janvier 1629, à la charge que les curés seroient tenus d’entretenir pour le moins, un chapelain ou vicaire.

Mais par une déclaration du 17 Août 1632, elle fut réduite à 200 liv. pour les diocèses de Bretagne & les provinces de delà la Loire, comprenant même dans lesdites portions les petites dixmes, le fond des cures, les fondations des obits, & autres revenus ordinaires. Cette déclaration fut registrée au grand conseil.

Par une autre déclaration du 18 Décembre 1634 ; cette réduction à 200 liv. fut étendue aux curés & vicaires perpétuels, qui sont en-deçà de la Loire, & où il n’y a point de vicaire ; mais elle fut fixée à 300 liv. pour ceux qui ont eu ci-devant, & qui sont encore obligés d’avoir des vicaires.

Cette même déclaration veut qu’outre la portion congrue, les curés & vicaires perpétuels ayent les offrandes & droits casuels des églises, ensemble les fondations des obits, & non les petites dixmes, ni les revenus des fonds & domaines des cures & autres revenus ordinaires, lesquels seront précomptés sur les portions congrues.

Ces déclarations qui réduisoient la portion congrue à 300 liv. pour certaines cures, n’ayant été enregistrées qu’au grand-conseil, les parlemens condamnoient les décimateurs indistinctement à payer aux curés 300 liv. de portion congrue.

Mais la jurisprudence des cours fut rendue uniforme par la déclaration du 29 Janvier 1686, qui porte que les portions congrues que les décimateurs sont obligés de payer aux curés & vicaires perpétuels, demeureront à l’avenir fixées dans toute l’étendue du royaume à la somme de 300 liv. & ce outre les offrandes, les honoraires & droits casuels que l’on paye tant pour les fondations que pour d’autres causes, ensemble les dixmes & novales sur les terres qui seront défrichées depuis que les curés ou vicaires perpétuels auront fait l’option du revenu de la portion congrue au lieu du revenu de leur cure.

Il est aussi ordonné par cette déclaration que pour les vicaires il sera payé la somme de 150 liv., & aux prêtres commis à la desserte des cures celle de 300 livres.

Ces sommes de 300 liv. ou de 150 liv. dûes pour portion congrue, selon les personnes, doivent, suivant la déclaration, être payées franches & exemptes de toutes charges.

Il faut cependant excepter le droit de procuration dû pour la visite des archidiacres, du payement duquel les curés qui ont opté la portion congrue, ne sont point exempts.

L’obligation de fournir la portion congrue est à la charge de ceux à qui les dixmes ecclésiastiques appartiennent ; & si elles ne sont pas suffisantes, ceux qui ont les dixmes inféodées, en sont tenus subsidiairement.

Quoique la portion congrue soit dûe en argent, il y a néanmoins quelques réglemens particuliers suivant lesquels, dans certains lieux, elle peut se payer autrement ; par exemple, suivant un concordat du 5 Octobre 1638, passé entre les décimateurs & les curés du diocèse de Vienne, & homologué au parlement de Dauphiné, la portion congrue des curés peut être payée en une certaine quantité de grains.

La déclaration du 30 Juillet 1690, donne l’option aux gros décimateurs ou de payer aux curés la somme de 300 livres par an, ou de leur abandonner toutes les dixmes qu’ils perçoivent dans leurs paroisses, auquel cas ils demeureront déchargés des portions congrues.

Sur cette somme de 300 livres les curés & vicaires perpétuels sont tenus, suivant cette déclaration, de payer par chacun an leur part des décimes qui sont imposées sur les bénéficiers, sans que cette cote-part puisse excéder la somme de 50 livres pour les décimes ordinaires & extraordinaires, dons gratuits, & pour toutes autres sommes qui pourroient être imposées à l’avenir sur le clergé. Néanmoins cette charge a été augmentée de 10 livres en 1695 pour la capitation, laquelle avoit cessé en 1697, mais elle a été remise en 1701.

Pour faciliter le payement de la portion congrue, la déclaration de 1690 veut qu’en déduction de la somme de 300 livres, les curés & vicaires perpétuels gardent la jouissance des fonds, domaines & portion de dixmes qu’ils possédoient lors de la déclaration du mois de Janvier 1686, & ce, suivant l’estimation qui en sera faite à l’amiable entre les gros décimateurs & les curés & vicaires perpétuels, & en cas de contestation par experts.

Si par l’événément de l’estimation les fonds, domaines & portions de dixmes ne se trouvent pas suffisans pour remplir la portion congrue, le surplus doit être payé en argent.

Le payement des 300 liv. ou de ce qui en reste dû, compensation faite avec les fonds, doit être fait de quartier en quartier & par avance.

Enfin la déclaration de 1690 veut que les curés & vicaires perpétuels jouissent de toutes les oblations & offrandes tant en cire ou en argent, & autres retributions qui composent le casuel de l’église, ensemble des fonds, chargés d’obits pour le service divin, sans aucune diminution de leurs portions congrues, & ce nonobstant toutes transactions, abonnemens, possessions, sentences & arrêts. La déclaration du 18 Décembre 1654 avoit déja réglé la même chose à l’égard des offrandes, droits casuels, & fondations des obits.

Les dixmes & novales qui sont à prendre sur des terres défrichées depuis l’option, ne doivent point être imputées sur la portion congrue ; telle est la disposition de la déclaration du 29 Janvier 1686, & de celle du 19 Juillet 1690 ; en quoi la déclaration de 1632 n’étoit pas si favorable aux portions congrues, car elle y comprenoit les petites dixmes, les fonds des cures, les fondations des obits & autres revenus ordinaires.

Les transactions passées par les curés pour la réduction de leurs portions congrues sont sujettes à rescision.

Les curés des villes sont en droit, comme les autres, de demander aux décimateurs la portion congrue ; cependant quelques arrêts en ont exclu les curés qui ont un casuel considérable.

Quant aux juges qui doivent connoître des portions congrues, la jurisprudence a varié. Anciennement on renvoyoit ces questions au juge ecclésiastique ; l’ordonnance de Charles IX. du mois d’Avril 1571, desendoit aux juges royaux d’en connoître.

Depuis ce tems, la connoissance en a été rendue aux juges royaux en premiere instance, & par appel aux parlemens.

Mais suivant un arrêt du conseil du 12 Août 1687, revêtu de lettres-patentes, il a été réglé que toutes les contestations qui surviendront pour l’exécution des déclarations de 1686, dans lesquelles les ordres religieux, les communautés & les particuliers qui ont leurs évocations au grand-conseil, se trouveront portées en premiere instance devant les baillifs & sénéchaux ordinaires des lieux, & en cas d’appel, au grand-conseil.

Voyez les memoires du Clergé, la bibliotheque de Jovet, au mot Portion congrue ; Tournet, lettre P ; le Prêtre, cent. I. ch. xiv. des Maisons, lettre P, n°. 5. & 6. le traité de du Parrey, le recueil de Borjon, le code des curés. (A)

Portion virile, virilis pars, est celle qu’un héritier a dans la succession, soit ab intestat, ou testamentaire, & qui est égale à celle des autres héritiers.

On l’appelle virile, à cause de l’égalité qui est entre cette portion & celle des autres héritiers.

On entend quelquefois singulierement par portion virile, celle que les pere & mere prennent en propriété dans la succession d’un de leurs enfans auquel ils succedent avec leurs autres enfans freres & sœurs du défunt. Voyez la novel. CXVIII. ch. ij.

Il y a encore une autre sorte de portion virile, qui est celle que le conjoint survivant gagne en propriété dans les gains nuptiaux quand il demeure en viduité ; mais pour distinguer celle-ci des autres, on l’appelle ordinairement virile simplement, & celle des héritiers qui est égale entr’eux, portion virile. Voyez Augment, Bagues & Joyaux, Contre-augment, Gains nuptiaux et de survie, & Virile. (A)

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Étymologie de « portion »

Prov. et esp. porcion ; ital. porzione ; du lat. portionem, qui est une variation de partio (voy. PARTIR, PART).

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Du latin portio (« portion »).
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Du latin portio.
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Phonétique du mot « portion »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
portion pɔrsjɔ̃

Citations contenant le mot « portion »

  • Le savoir est de beaucoup la portion la plus considérable du bonheur. De Sophocle / Antigone
  • Mieux vaut une portion de légumes avec de l’amour, qu’un boeuf gras avec de la haine. De Proverbe français
  • Il existe des femmes qui ne veulent accepter que la portion d'amour qui n'engage à rien. De Jacques Lamarche / La Pelouse des lions
  • On a voulu, à tort, faire de la bourgeoisie une classe. La bourgeoisie est tout simplement la portion contentée du peuple. De Victor Hugo / Les Misérables
  • Bien petite est la portion de la vie que nous employons à vivre. De Publius Syrus
  • L'homme en naissant porte en lui des droits sur la portion des fruits de la terre nécessaires à son existence. De Napoléon Bonaparte / Discours à Lyon - 1791
  • Où que nous portions le regard, les enfants sont des proies, exposées aux pires assauts. De Hillary Clinton / Campagne électorale 2000
  • Il est possible que nous portions en nous, occultes, enterrées, certaines métaphores primordiales, et que toute quête verbale n'ait d'autre but que de déchiffrer ces images antérieures. De Hector Bianciotti / Le Traité des saisons
  • La première portion du RER V, le futur réseau vélo d’Île-de-France, a été matérialisée avec un marquage au sol, ce vendredi 24 juillet, à Montreuil en Seine-Saint-Denis. France Bleu, Pistes cyclables : une première portion du RER V matérialisée à Montreuil
  • "Certains ont évoqué à plusieurs reprises la neutralité du Liban, à partir d'une logique que nous estimons innocente et correcte, n'étaient-ce les circonstances de la région et qui ont des répercussions sur le Liban et qui ne relèvent pas d'une décision purement libanaise. (...)", a écrit M. Arslane sur Twitter. "Nous avons, par exemple, des portions du territoire toujours occupées à ce jour par Israël, alors comment être neutre sur ce plan ? Un autre exemple est celui du terrorisme takfiriste (islamisme sunnite) et son exportation aux pays de la région. Comment traiter ce problème d'un point de vue neutre ? Quid des menaces d'implantation (des réfugiés palestiniens au Liban) de temps à autres ?", s'est encore interrogé le leader druze. L'Orient-Le Jour, Arslane : Comment être neutre alors qu'une portion de notre territoire est occupée par Israël ? - L'Orient-Le Jour
  • Du 20 au 24 juillet 2020, des travaux d'entretien auront lieu sur la Route Nationale 79 entre les échangeurs de Sainte Cécile et de Moulin Garnier, en Saône-et-Loire. Conséquence, une portion de cet axe sera fermée à la circulation. France 3 Bourgogne-Franche-Comté, Mâconnais : des travaux imposent la fermeture d'une portion de la RN 79 du 20 au 24 juillet
  • La fermeture complète d’une portion de l’autoroute 10 Ouest à Brossard sera requise au cours de la fin de semaine du 25 juillet, afin de permettre la poursuite des travaux pour le viaduc situé au-dessus des voies CN-Malo-Leduc et d’autres installations du Réseau express métropolitain (REM) situées au centre de l’A-10. Le Reflet, Fermeture complète d'une portion de l'A-10 Ouest - Le Reflet
  • Le maire d’Ustou, Alain Servat, opposé à la présence de l’ours dans les Pyrénées, a interdit jeudi la randonnée sur une portion du massif communal invoquant un danger pour l’homme, tandis que la préfète d’Ariège a déclenché le protocole « ours à problème » pour la zone. LA VDN, Ours en Ariège: la randonnée sur une portion du massif interdite
  • Une portion de la route 132 Est sera fermée la nuit prochaine afin de permettre des travaux d’inspection. Le Courrier du Sud, Fermeture complète d'une portion de la 132 - Le Courrier du Sud

Images d'illustration du mot « portion »

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Traductions du mot « portion »

Langue Traduction
Anglais portion
Espagnol parte
Italien porzione
Allemand portion
Chinois 一部分
Arabe جزء
Portugais parte
Russe часть
Japonais 部分
Basque zatia
Corse porzione
Source : Google Translate API

Synonymes de « portion »

Source : synonymes de portion sur lebonsynonyme.fr
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