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Poésie

Définitions de « poésie »

Trésor de la Langue Française informatisé

POÉSIE, subst. fém.

I. − LITTÉRATURE
A. −
1. La poésie. Genre littéraire associé à la versification et soumis à des règles prosodiques particulières, variables selon les cultures et les époques, mais tendant toujours à mettre en valeur le rythme, l'harmonie et les images. Comment la poésie touche à la musique par une prosodie dont les racines plongent plus avant dans l'âme humaine que ne l'indique aucune théorie classique (Baudel.,Fl. du Mal, 1867, notes, p.376).−Voici de la prose sur l'avenir de la poésie: −Toute poésie antique aboutit à la poésie grecque, Vie harmonieuse. −De la Grèce au mouvement romantique, −moyen âge −il y a des lettrés, des versificateurs. D'Ennius à Théroldus, de Théroldus à Casimir Delavigne, tout est prose rimée, un jeu, un avachissement et gloire d'innombrables générations idiotes: Racine est le pur, le fort, le grand (Rimbaud,OEuvres, Lettre à Demeny, 1969 [1871], p.345):
1. La poésie n'est pas le seul domaine où le symbolisme des sons fasse sentir ses effets, mais c'est une province où le lien entre son et sens, de latent, devient patent, et se manifeste de la manière la plus palpable et la plus intense, comme l'a noté Hymes dans sa stimulante communication. Une accumulation, supérieure à la fréquence moyenne, d'une certaine classe de phonèmes, ou l'assemblage contrastant de deux classes opposées, dans la texture phonique d'un vers, d'une strophe, d'un poème, joue le rôle d'un ,,courant sous-jacent de signification``... R. Jakobson,Essais de ling. gén., trad. par Ruwet, t.1, 1963, p.241.
[Dont l'ambition est souvent d'ordre ontologique] La poésie, à sa plus haute puissance, est une intuition de l'infini: c'est Dieu aperçu dans la création, l'immuable destination de l'homme présentée au milieu des vicissitudes de l'histoire (Ozanam,Philos. Dante, 1838, p.78).La poésie est l'expression, par le langage humain ramené à son essentiel, du sens mystérieux des aspects de l'existence: elle doue ainsi d'authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle (Mallarmé, Corresp., 1884, p.266):
2. La poésie se voulut expression d'une souffrance enfermée dans un cercle sans issue: dans le verbe, elle n'espère plus trouver le salut, mais seulement la possibilité de la nuance. Elle s'affirma comme la manifestation la plus haute et la plus pure de la création littéraire: elle entra pour sa part en opposition avec le reste de la littérature et, sans tenir compte d'aucune réserve, d'aucune limite, s'arrogea la liberté de dire tout ce que lui inspiraient une imagination impérieuse, une intériorité élargie aux mesures de l'inconscient et enfin un jeu dans une transcendance qui ne se réfère plus à rien. H. Friedrich,Struct. de la poés. mod., Paris, Denoël-Gonthier, 1976, p.17.
2. Chacune des espèces du genre traditionnellement distinguées d'après le sujet, le ton, le style. Ma pensée se reporta vers ce qu'il y a de brutal et de sanglant dans la poésie des anciens. Les Grecs ne répugnaient pas à évoquer les scènes les plus atroces (...). La mythologie, la poésie épique, la tragédie sont pleines de sang (Valéry,Variété III, 1936, p.238).La vie mondaine des salons portait à la perfection la poésie légère (Lefebvre,Révol. fr., 1963, p.83):
3. ... les dernières stances Sur la mort ressemblent fort à celles qui terminent les Destins; le ton seul diffère. Ainsi (et c'est sans doute ce qui rend sa poésie lyrique si substantielle), nous voyons M. Sully-Prudhomme tendre de plus en plus vers la poésie philosophique. Lemaitre,Contemp., 1885, p.59.
SYNT. Poésie didactique, dramatique, épique; poésie chrétienne (ou sacrée); poésie érotique, lyrique, morale, noble, orphique, profane; poésie badine, burlesque, familière, gnomique, intimiste, macaronique, pastorale.
3. Poésie + épithète postposée[déterminant une école, une époque, une nationalité ou une appartenance à tel poète, en particulier] Émile Verhaeren cherchait à prolonger les résonances de la poésie hugolienne en choisissant comme thème de ses oeuvres l'évolution sociale (Arts et litt., 1936, p.40-1):
4. Les formes de poésie médiévales qui ont (...) pénétré jusque dans le petit peuple n'ont pas continué d'être cultivées; ce qui tout récemment encore représentait la littérature était une poésie où le raffinement de la technique comptait davantage que l'élan personnel... Arts et litt., 1936, p.56-5.
SYNT. Poésie classique, moderne, parnassienne, romantique, surréaliste, symboliste; poésie allemande, anglaise, française, grecque, latine; poésie lamartinienne, shakespearienne.
Poésie pure. [Sentiment de la poésie issue de Mallarmé et de Valéry, d'une poésie pure, dénuée de tout élément discursif ou narratif, dans laquelle la fonction poétique serait exclusive de toutes fonctions autres que poétique] Théorie de la poésie pure. J'avoue éprouver un certain plaisir à ce que M. Artaud cherche à me faire passer aussi gratuitement pour un malhonnête homme et à ce que M. Soupault ait le front de me donner pour un voleur. C'est enfin M. Vitrac, véritable souillon des idées −abandonnons-leur la «poésie pure», à lui et à cet autre cancrelat l'abbé Bremond − (Breton,Manif. Surréal., 2eManif., 1930, p.107):
5. Je dis pure au sens où le physicien parle d'eau pure. Je veux dire que la question se pose de savoir si l'on peut arriver à constituer une de ces oeuvres qui soit pure d'éléments non poétiques. J'ai toujours considéré, et je considère encore, que c'est là un objet impossible à atteindre, et que la poésie est toujours un effort pour se rapprocher de cet état purement idéal. En somme, ce qu'on appelle un poème se compose pratiquement de fragments de poésie pure enchâssés dans la matière d'un discours. Un très beau vers est un élément très pur de poésie. Valéry,OEuvres, t.1, Poés. pure, 1959 [1933], p.1457.
SYNT. Poésie authentique, harmonieuse, sobre; mauvaise poésie; le charme de la poésie; beauté, grandeur, noblesse de la poésie; les richesses de la poésie; avoir du génie pour la poésie; l'enthousiasme, le feu de la poésie; exceller dans la poésie; (amateur) féru de poésie; concours, prix de poésie; renoncer à la poésie; aimer la poésie; mélodie, musicalité des mots, des paroles dans la poésie; exprimer qqc. par la poésie; but de la poésie; la lyre est le symbole de la poésie; scander de la poésie; le domaine de la poésie (est illimité); faire de la poésie; le rythme, le vers, la rime dans la poésie; musique et poésie; poésie et imagination; rêve et poésie.
4. P. méton. Pièce de vers relativement courte. Vers, strophes d'une poésie; dire, réciter une poésie; choix d'une poésie; apprendre par coeur une poésie; recueil de poésies; des poésies fugitives; les poésies inédites d'André Chénier; les poésies de Musset, de Verlaine. Le grand homme du dîner serait Charles Morice, qui de critique est passé poète et lit au dessert des poésies qui, passant par sa voix caverneuse, font tout à fait l'effet de borborygmes (Goncourt,Journal, 1894, p.605).Me souvenant des poésies de Lautréamont, j'inventais d'inverser les termes du pater (G. Bataille,Exp. int., 1943, p.201).
B. − P. méton.
1. [Dans le domaine littér. en gén., compte tenu de ce qui définit essentiellement la poésie] Caractère poétique (de). La poésie du style; la poésie d'un roman. Imaginez un homme qui revient de la chasse et qui répond à un autre qui l'interroge: «J'ai tant tué de petits lapins blancs −que mes souliers sont pleins de sang. −... etc.» Quelle poésie sombre en ces lignes qui sont à peine des vers! (Nerval,Filles feu, Chans. et lég. du Valois, 1854, p.633).Ce document est un roman, un petit poème. −Un poème qui se déroule dans les couloirs de la chambre, sur les banquettes? −Un poème, parfaitement ! c'est une autre question de savoir si ce livre est un vrai poème; mais je vous assure que s'il manque de poésie, c'est que je suis un maladroit (Barrès,Cahiers, t.10, 1914, p.289).
2. [Dans le domaine de l'art, autre que littér., où s'impose l'idée essentielle de création] Poésie du coloris, de la couleur; poésie sonore; quelle poésie dans ce paysage! exécuter (qqc.), rendre avec poésie. Ce mot de poésie qu'il faut bien employer quand il est question de peinture, révèle une indigence de la langue qui a amené une confusion dans les attributions, dans les privilèges de chacun des beaux-arts (Delacroix,Journal, 1863, p.134).L'atmosphère sonore pénétrante et chaude, la poésie et l'ardeur expressive de toute la partie intermédiaire en mi majeur ne sont pas sans quelque liberté de diction (Cortot,Ét. piano Chopin, 1917, p.33).Leurs échecs mettent en relief les exceptionnelles difficultés des traductions visuelles et les persévérants efforts qu'il faut fournir pour révéler des danses empreintes d'intelligence, de poésie et de couleur (Bourgat,Techn. danse, 1959, p.36).
[Avec un partitif] Trouver de la poésie à (qqc.); dépourvu de (toute) poésie. Aujourd'hui que la poésie est morte et qu'elle n'est plus dans les livres, la mode veut qu'on voie de la poésie partout. Il y a de la poésie! ... est une phrase devenue comme neutre. Elle s'applique à tout (Mode, 1830, ii, p.102).
II. − [Dans une accept. métaph.]
A. − [À propos de l'aspect d'une réalité quelconque qui peut avoir un pouvoir supérieur de rayonnement ou éveiller le sentiment poétique] Tout changea lorsque Hitler s'étant retourné contre les alliés communistes, la Résistance se trouva brusquement nimbée de poésie révolutionnaire (Aymé,Confort, 1949, p.82).
(La) poésie de + déterminant + subst.Synon. charme, émotion.Grande poésie des choses banales: faits divers; voyages; (...) ô splendeurs de la vie commune et du train-train ordinaire, à vous cette âme perdue (Larbaud,Barnabooth, 1913, p.55).Comme elles étaient supérieures à nous, ces filles du peuple (...) voyant plus loin et mieux que nous, et pleines de toute la poésie du vrai, devant quoi nous faisions les dégoûtés (Larbaud,Barnabooth, 1913, p.240):
6. Je peux loyalement affirmer que, dans cette amitié, la chose qui comptait était le goût profond et naturel que Katherine Mansfield partageait avec moi pour la poésie de la nuit, de la pluie... Carco,De Montmartre au Quartier latin, 1927, p.195.
[D'une manière hypocor.] Souvent nous allions nous promener au cimetière, pour la vue particulièrement belle qu'on y avait; la poésie de cette petite terrasse lui plaisait très fort (Jouve,Scène capit., 1935, p.226).
Au plur., rare. Cependant cet appartement si misérable lui apparut dénué des poësies de l'amour qui embellit tout: il le vit sale et flétri (Balzac,Bourse, 1832, p.420).
SYNT. Poésie du ciel étoilé, du soir; poésie (intime, paisible, etc.) des champs; poésie des objets (vulgaires); poésie de la mer, de la nature, de la tempête, de la vie, des cimes; s'inspirer de la poésie des choses, des rues (de Paris), des ruines; la poésie de la science moderne, des idées (chez telle personne); paysage (sans mystère et) sans poésie.
B. − [Avec une connotation péj.] Lorsqu'on traite de sujets philosophiques, on doit éviter soigneusement toute espèce de poésie, et ne voir dans les choses que les choses mêmes (J. de Maistre,Soirées St-Pétersb., t.1, 1821, p.302).
Loc. verb. C'est de la poésie. C'est du rêve, c'est un idéal malheureusement inaccessible; ce sont de fausses imaginations. Et ce n'est pas là ce que tu rêvais (...) tu voulais un gentilhomme dominant l'art, à la tête des sculpteurs (...). Mais c'est de la poésie, vois-tu (Balzac,Cous. Bette, 1846, p.195).Hélas! C'est de la poésie, cela, bonne mère. Les morts n'existent plus que dans notre mémoire, et nous avons raison de les pleurer (Ménard,Rêv. païen, 1876, p.199).
REM.
Peinture-poésie, subst. fém.Peinture qui s'impose à l'esprit par sa force créatrice. «Joan Miro: peinture-poésie», par Margit Roweit. Le style est un peu pédant, les hypothèses parfois discutables, mais la tentative curieuse: introduire le lecteur à l'intérieur de l'univers mental de Miro (Le Point, 30 mai 1977, p.31, col. 1).
Prononc. et Orth.: [pɔezi]. Littré: ,,Dans la prononciation ordinaire, de deux syllabes``: [pwezi]. V. poème. Ac. 1694-1740: poesie, en vedette, poësie dans le texte; 1762: poësie; dep. 1798: poésie. Étymol. et Hist.A. OEuvre. 1. ca 1370 «pièce de vers» (J. Le Fevre, Leesce, éd. A. G. van Hamel, 2697: Leurs fables et leurs poësies); 2. 1666 spéc. poésie en prose (A. Furetière, Roman bourgeois, l. 1 ds Romanciers du XVIIes., éd. A. Adam, p.903: un roman n'est rien qu'une poésie en prose); 3. [xviies. poésie fugitive (s. réf. ds Lar. 19e, t.12, p.1237d)] 1769 (Delisle de Sales, De la philos. de la nature, t.3, p.373). B. Inspiration. 1. a) déb. xvies. [et non ca 1350] «ce qui, dans une oeuvre littéraire, suscite une émotion poétique» (Prol. du correcteur, 55 ds G. de Digulleville, Le romant des trois Pelerinages, cité par E. Faral ds Mél. Roques (M.) 1946, p.99: Comme se le Methamorphose L'en mettoit en langue rural, Ou poesie est toute enclose (cf. Gdf. Compl.]); b) av. 1699 p.ext. «ce qui, dans une oeuvre d'art, suscite une émotion poétique» (Racine, Annotations du Platon ds OEuvres complètes, éd. R. Picard, t.2, p.899: Tous les arts sont poésies); c) 1803 p.ext. «ce qui, dans un être, une chose, une situation, suscite une émotion poétique» (Chateaubr., Génie, t.1, p.232: la poésie de la nature); 2. 1694 «puissance créatrice de l'écrivain» (Ac.); 3. 1810 «aptitude d'une personne à ressentir une émotion poétique» (Staël, Allemagne, t.2, p.114: il y a pourtant de la poésie dans tous les êtres capables d'affections vives). C. Art.1. a) 1372-74 «art de faire des vers» (N. Oresme, Politiques, éd. A. D. Menut, VIII, 13, p.357a: la poësie manifeste ceste chose); b) 1787 haute poésie (Marmontel, Elemens de litt., t.IV, p.507, s.v. Noblesse); c) 1857 poésie pure (Baudelaire, Notes nouv. sur E. Poe, chap.IV in fine ds E. Poe, OEuvres, trad. par Ch. Baudelaire, Bruxelles, 1944, p.46); 2. 1532 «manière propre à un poète, une école, une époque, un pays de pratiquer cet art» (Cl. Marot, Préf. des poésies de Villon ds OEuvres, éd. P. Jannet, t.4, p.191: les vrayes reigles de françoyse poesie). Empr. au lat. poesis «la poésie; oeuvre poétique, ouvrage en vers», et celui-ci au gr. π ο ι ́ η σ ι ς «création, fabrication; action de composer des oeuvres poétiques; faculté de composer des oeuvres poétiques, art de la poésie, la poésie; oeuvre poétique, poème, poésie; genre poétique», dér. de π ο ι ε ́ ω (v. poème). Fréq. abs. littér.: 7388. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 13415, b) 8184; xxes.: a) 8092, b) 10720. Bbg. Bonnefoy Y.). La Poésie fr. et le principe d'identité. R. d'esthét. 1965, t.18, no3/4, pp.335-354. _ Butor (M.). Le Roman et la poésie. Lettres nouv. 1961, no2, pp.53-65. _ Ceysson (P.), Imbert (J.). La Poésie comme un lang. Paris, Larousse, 1978, 176 p._ Croce (B.). La Poésie. Paris, P.U.F., 1951, 248 p._ Lalou (E.). Hist. de la poésie fr. Paris, P.U.F., 1961, 126 p.

Wiktionnaire

Nom commun - français

poésie \pɔ.e.zi\ féminin

  1. Art de faire des ouvrages en vers.
    • La poésie de la renaissance ne peut pas se contenter de cette simplicité biblique, et, pour célébrer cette nuit de réparation, elle appelle la Joie, personnage allégorique… — (Saint-Marc Girardin, L'Épopée chrétienne, dans la Revue des deux mondes, V.6, 1850, page 156)
    • Ce cabinet était la demeure favorite du roi; c’était là qu’il prenait ses leçons d’escrime avec Pompée, et ses leçons de poésie avec Ronsard. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre III)
    • Mais il était poète aussi et la poésie, à cette époque d’absolutisme et de barbarie, était chose dangereuse lorsqu’on avait l’esprit aussi caustique que Thierrat; […]. — (Gustave Fraipont, Les Vosges, 1895)
    1. Différents genres de poèmes. (suivi alors d’une épithète)
      • La poésie du Divan et la poésie populaire, issues de classes sociales différentes, ont su parfois puiser aux mêmes sources d’inspiration : mais ce qui forme entre elles cloison étanche, c’est la forme de la langue : la poésie du Divan emploie le vers métrique, la poésie populaire le vers syllabique. — (Nimet Arzık, Anthologie des poètes turcs contemporains, Gallimard (NRF), 1953, page 10)
    2. (Spécialement) Différentes matières que l’on traite en vers et des différents styles qu’on y emploie.
      • Poésie sacrée.
      • Mais le seul nom qui ait été sauvé de l’oubli, dans la poésie profane, est celui de ce médiocre rimeur de Mathieu-le-Juif, d’Arras, qui vivait au XIIIe siècle […]. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
      • Poésie noble, élevée, poésie burlesque.
      • Poésie familière.
  2. Art et manière de faire des vers, de la simple versification.
    • Il a choisi un genre de poésie convenable à son sujet.
  3. Qualités essentielles au genre poétique.
    • La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n’être que lue, est enfermée dans sa typographie n’est pas finie, elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche. — (Léo Férré)
  4. Ouvrage en prose qui tient de l’élévation et du sentiment poétiques.
    • Il y a de la poésie dans Pascal, dans Bossuet.
    • Les écrits de Platon sont pleins de poésie.
  5. Liberté, richesse particulière aux pensées, aux expressions, aux tours que l’on emploie dans la poésie.
    • La poésie du style
    • C’est la poésie du style qui a fait le succès de l’œuvre de Chateaubriand.
  6. Ce qu’il y a d’élevé, de touchant dans une œuvre, dans le caractère ou la beauté d’une personne, dans les aspects de la nature ou dans une situation.
    • Il y a de la poésie dans ses regards, dans sa manière de s’exprimer.
    • La poésie d’un paysage.
    • La poésie d’un tableau.
    • Un peu de poésie est introduite par le biais du soleil couchant. — (Bruno Chenu, Disciples d'Emmaüs, Bayard, Paris, 2003, p. 100)
  7. Ensemble des ouvrages en vers composés dans une langue, ou selon leurs caractères communs les plus généraux, ou des traits auxquels se reconnaît la manière d’un poète.
    • Si les pièces qu’on y insère n’ont pas toutes le même mérite, au moins est-on sûr de n’y jamais rencontrer de ces fades et plattes rimailles qui, tant de fois on servi de prétexte à calomnier la Poésie. — (Journal de Paris, no 1, 1er janvier 1777, p.1)
    • La poésie française.
    • La poésie anglaise.
    • La poésie de Victor Hugo, de Lamartine.
    • La poésie grecque nous charme par son naturel.
    • Tableau de la poésie française au XVIe siècle, par Sainte-Beuve.
    • Une histoire de la poésie anglaise.
  8. Ouvrage en vers ; il ne se dit guère que des Ouvrages de peu d’étendue et s’emploie surtout en parlant des modernes.
    • Les poésies de Malherbe, de Racan.
    • Recueil de poésies satiriques, de poésies morales, de poésies fugitives.
  9. (Éducation) (Belgique) (Plus rare) Classe de cinquième secondaire, équivalente à la première française, où l’on enseigne la poésie.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

POÉSIE. n. f.
L'art de faire des ouvrages en vers. La poésie est appelée le langage des dieux. La grandeur, la beauté, la noblesse de la poésie. Cultiver la poésie. Renoncer à la poésie. La poésie vit de fictions. Il se dit, dans un sens particulier, déterminé par quelque épithète, des Différents genres de poèmes. Poésie lyrique. Poésie dramatique. Poésie épique. Poésie didactique. Poésie élégiaque, érotique, pastorale, bucolique, satirique. Il se dit aussi des Différentes matières que l'on traite en vers et des différents styles qu'on y emploie. Poésie chrétienne ou sacrée. Poésie profane. Poésie noble, élevée, Poésie burlesque. Poésie familière. Il se dit aussi simplement de l'Art, de la manière de faire des vers, de la simple versification. Il a choisi un genre de poésie convenable à son sujet. Il se dit encore, absolument, des Qualités essentielles au genre poétique. Des vers, de bons vers ne sont pas toujours de la poésie. Cette tirade manque de poésie. Il se dit quelquefois, dans ce sens, en parlant d'un Ouvrage en prose qui tient de l'élévation et du sentiment poétiques. Il y a de la poésie dans Pascal, dans Bossuet. Les écrtis de Platon sont pleins de poésie. La poésie du style, Une liberté, une richesse particulière aux pensées, aux expressions, aux tours que l'on emploie dans la poésie. C'est la poésie du sigle qui a fait le succès de l'œuvre de Chateaubriand.

POÉSIE se dit quelquefois de Ce qu'il y a d'élevé, de touchant dans une œuvre d'art, dans le caractère ou la beauté d'une personne, dans les aspects de la nature. Il y a de la poésie dans ses regards, dans sa manière de s'exprimer. La poésie d'un paysage. La poésie d'un tableau. Il se dit encore de l'Ensemble des ouvrages en vers composés dans une langue, ou de leurs Caractères communs les plus généraux, ou des Traits auxquels se reconnaît la manière d'un poète. La poésie française. La poésie anglaise. La poésie de Victor Hugo, de Lamartine. La poésie grecque nous charme par son naturel. Tableau de la poésie française au XVIe siècle, par Sainte-Beuve. Une histoire de la poésie anglaise. Il signifie également Ouvrage en vers; il ne se dit guère que des Ouvrages de peu d'étendue et s'emploie surtout en parlant des modernes. Les poésies de Malherbe, de Racan. Recueil de poésies satiriques, de poésies morales, de poésies fugitives.

Littré (1872-1877)

POÉSIE (po-é-zie ; dans la prononciation ordinaire, de deux syllabes : poé-zie) s. f.
  • 1Art de faire des ouvrages en vers. Il n'y a proprement que le peuple de Dieu où la poésie soit venue par enthousiasme, Bossuet, Hist. II, 3. Notre langue ne ressemble pas à quelques autres où la poésie et la prose sont, pour ainsi dire, deux langages différents, D'Olivet, Rem. Rac. p. 220, dans POUGENS. Ce père de la poésie [Homère] est depuis quelque temps un grand sujet de dispute en France ; Perrault commença la querelle contre Despréaux …, Voltaire, Éss. sur la poés. ép. II. Lucain fut d'abord le favori de Néron, jusqu'à ce qu'il eût la noble imprudence de disputer contre lui le prix de la poésie, et le dangereux honneur de le remporter, Voltaire, ib. On demande comment, la poésie étant si peu nécessaire au monde, elle occupe un si haut rang parmi les beaux-arts ; on peut faire la même question sur la musique ; la poésie est la musique de l'âme, et surtout des âmes grandes et sensibles, Voltaire, Dict. phil. Poëtes. La poésie est l'éloquence harmonieuse, Voltaire, Rem. Pens. Pascal, 56. Voyez cet arbre aux cieux monter avec audace ; Son feuillage est peuplé d'harmonieux oiseaux ; Ses fleurs parfument l'air, ses ondoyants rameaux Amusent les zéphirs ; mais sa base profonde Attache sa racine aux fondements du monde ; Telle est la poésie…, Delille, Imag. v. Enivrons-nous de poésie, Nos cœurs n'en aimeront que mieux, Béranger, les Sciences. La poésie enivrera le monde, Béranger, Ange exilé. La poésie en France et dans Voltaire, qui fut toute la poésie du XVIIIe siècle, était singulièrement l'expression d'une société élégante, brillante, Villemain, Litt. fr. XVIIIe siècle, 2e partie, 2e leçon.
  • 2Il se dit des différents genres de poëmes, et des différentes matières traitées en vers. Poésie épique, lyrique, dramatique. Poésie morale, familière. Poésie profane, poésie sacrée. Poésie didactique. D'un air encor plus grand la poésie épique, Dans le vaste récit d'une longue action, Se soutient par la fable et vit de fiction, Boileau, Art p. III. La grande poésie s'occupa toujours d'éterniser les malheurs des hommes, Voltaire, Frag. sur l'hist. X.
  • 3 Absolument. Qualités qui caractérisent les bons vers, et qui peuvent se trouver ailleurs que dans les vers. Cette tirade manque de poésie. Nous y avons trouvé [dans une lettre de du Plessis] même de la poésie ; car vous savez mieux que moi que le style figuré est une poésie, Sévigné, à du Plessis, 19 janv. 1691. Il [David] ne tait point les vertus d'un prédécesseur injuste, qui a fait tout ce qu'il a pu pour le perdre ; il les célèbre, il les immortalise par une poésie incomparable, Bossuet, Polit. V, IV, 2.

    Éclat et richesse poétiques même en prose. Platon est plein de poésie.

    Poésie du style, richesse, hardiesse, coloris, soit dans les vers, soit dans la prose. J'ai toujours soutenu que les pièces de M. de Campistron étaient pour le moins aussi régulièrement conduites que toutes celles de l'illustre Racine ; mais il n'y a que la poésie du style qui fasse la perfection des ouvrages en vers, Voltaire, Mél. litt. Aux auteurs du Nouvelliste.

  • 4 Fig. Se dit de tout ce qu'il y a d'élevé, de touchant, dans une œuvre d'art, dans le caractère ou la beauté d'une personne, et même dans une production naturelle. Tous ces rares et divins insensés font de la poésie dans la vie, de là leur malheur, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 220, dans POUGENS. Vien dessine bien, peint bien ; mais il ne pense ni ne sent ; Doyen serait son écolier dans l'art, mais il serait son maître en poésie, Diderot, ib. t. IX, p. 55, édit. 1821. Telle est la poésie instinctive de l'esprit humain qu'il est porté à recevoir des faits une impression plus vive, plus grande que ne sont les faits mêmes, Guizot, Hist. de la civil. en France, 8e leçon.
  • 5Art de faire des vers, versification. Poésie harmonieuse. Les premières histoires, les premières lois furent en vers ; la poésie fut trouvée avant la prose, cela devait être, Rousseau, Ess. sur l'orig. des langues, chap. 12.

    La manière de faire des vers qui est particulière à un poëte, à une nation. La poésie de la Fontaine. La poésie grecque, latine, française.

  • 6 Au plur. Ouvrages en vers. Recueil de poésies satiriques. Les poésies de Malherbe.

HISTORIQUE

XVIe s. Racontez comme en lui la sainte poesie, Rare present du ciel… Se maintint pure et nette…, Desportes, Tombeau de Desportes. Il se presentoit tant de petits avortons de poesie, qu'il fut un temps que le peuple se voulant mocquer d'un homme, il l'appelloit poete, Pasquier, Rech. VII, p. 615, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

POÉSIE.

Fig. Ajoutez : Tous les arts sont poésies, Racine, Lexique, éd. P. Mesnard.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

POÉSIE, (Beaux Arts.) c’est l’imitation de la belle nature exprimée par le discours mesuré ; la prose ou l’éloquence, est la nature elle-même exprimée par le discours libre.

L’orateur ni l’historien n’ont rien à créer, il ne leur faut de génie que pour trouver les faces réelles qui sont dans leur objet : ils n’ont rien à y ajouter, rien à en retrancher ; à peine osent-ils quelquefois transposer, tandis que le poëte se forge à lui-même ses modéles, sans s’embarrasser de la réalité.

De sorte que si l’on vouloit définir la poésie, par opposition à la prose ou à l’éloquence, que je prens ici pour la même chose ; on s’en tiendroit à notre définition. L’orateur doit dire le vrai d’une maniere qui le fasse croire, avec la force, & la simplicité qui persuadent. Le poëte doit dire le vraissemblable d’une maniere qui le rende agréable, avec toute la grace & toute l’énergie qui charment, & qui étonnent ; cependant comme le plaisir prépare le cœur à la persuasion, & que l’utilité réelle flatte toujours l’homme, qui n’oublie jamais son intérêt ; il s’ensuit que l’agréable & l’utile doivent se réunir dans la poésie & dans la prose ; mais en s’y plaçant dans un ordre conforme à l’objet qu’on se propose dans ces deux genres d’écrire.

Si l’on objectoit qu’il y a des écrits en prose qui ne sont l’expression que du vraissemblable ; & d’autres en vers qui ne sont l’expression que du vrai ; on répondroit que la prose & la poésie étant deux langages voisins, & dont le fonds est presque le même, elles se prêtent mutuellement, tantôt la forme qui les distingue, tantôt le fonds même qui leur est propre ; de sorte que tout paroît travesti.

Il y a des fictions poétiques qui se montrent avec l’habit simple de la prose ; tels sont les romans & tout ce qui est dans leur genre. Il y a même des matieres vraies, qui paroissent revêtues & parées de tous les charmes de l’harmonie poëtique ; tels sont les poëmes didactiques & historiques. Mais ces fictions en prose, & ces histoires en vers, ne sont ni pure prose, ni poésie pure ; c’est un mélange des deux natures, auquel la définition ne doit point avoir égard ; ce sont des caprices faits pour être hors de la regle, & dont l’exception est absolument sans conséquence pour les principes. Nous connoissons, dit Plutarque, des sacrifices qui ne sont accompagnés ni de chœurs, ni de symphonies ; mais pour ce qui est de la poésie, nous n’en connoissons point sans fables & sans fiction. Les vers d’Empédocles, ceux de Parménide, de Nicander, les sentences de Théognide, ne sont point de la poësie, ce ne sont que des discours ordinaires, qui ont emprunté la verve & la mesure poétique, pour relever leur style & l’insinuer plus aisément.

Cependant, il y a différentes opinions sur l’essence de la poésie ; quelques-uns font consister cette essence dans la fiction. Il ne s’agit que d’expliquer le terme, & de convenir de sa signification. Si par fiction, ils entendent la même chose que feindre ou fingere chez les Latins ; le mot de fiction ne doit signifier que l’imitation artificielle des caracteres, des mœurs, des actions, des discours, &c. tellement que feindre sera la même chose que représenter ou contrefaire ; alors cette opinion rentre dans celle de l’imitation de la belle nature que nous avons établie en définissant la poésie.

Si les mêmes personnes resserrent la signification de ce terme, & que par fiction, ils entendent le ministere des dieux que le poëte fait intervenir pour mettre en jeu les ressorts secrets de son poëme ; il est évident que la fiction n’est pas essentielle à la poésie ; parce qu’autrement la tragédie, la comédie, la plûpart des odes, cesseroient d’être de vrais poëmes, ce qui seroit contraire aux idées les plus universellement reçues.

Enfin, si par fiction on veut signifier les figures qui prêtent de la vie aux choses inanimées, & des corps aux choses insensibles, qui les font parler & agir, telles que sont les métaphores & les allégories ; la fiction alors n’est plus qu’un tour poétique, qui peut convenir à la prose même ; c’est le langage de la passion qui dédaigne l’expression vulgaire ; c’est la parure, & non le corps de la poésie.

D’autres ont cru que la poésie consistoit dans la versification ; ce préjugé est aussi ancien que la poésie même. Les premiers poëmes furent des hymnes qu’on chantoit, & au chant desquels on associoit la danse ; Homere & Tite-Live en donneront la preuve. Or, pour former un concert de ces trois expressions, des paroles, du chant, & de la danse ; il falloit nécessairement qu’elles eussent une mesure commune qui les fit tomber toutes trois ensemble ; sans quoi l’harmonie eut été déconcertée. Cette mesure étoit le coloris, ce qui frappe d’abord tous les hommes ; au lieu que l’imitation qui en étoit le fonds & comme le dessein, a échappé à la plûpart des yeux qui la voient sans la remarquer.

Cependant cette mesure ne constitua jamais ce qu’on appelle un vrai poëme ; & si elle suffisoit, la poësie ne seroit qu’un jeu d’enfant, qu’un frivole arrangement de mots que la moindre transposition feroit disparoître.

Il n’en est pas ainsi de la vraie poésie ; on a beau renverser l’ordre, déranger les mots, rompre la mesure ; elle perd l’harmonie, il est vrai, mais elle ne perd point sa nature ; la poésie des choses reste toujours ; on la retrouve dans ses membres dispersés, cela n’empêche point qu’on ne convienne qu’un poëme sans versification ne seroit pas un poëme. Les mesures & l’harmonie sont les couleurs, sans lesquelles la poésie n’est qu’une estampe. Le tableau représentera, si vous le voulez, les contours ou la forme, & tout au plus les jours & les ombres locales ; mais on n’y verra point le coloris parfait de l’art.

La troisieme opinion est celle qui met l’essence de la poésie dans l’enthousiasme ; mais cette qualité ne convient-elle pas également à la prose, puisque la passion avec tous ses degrés ne monte pas moins dans les tribunes que sur les théatres ; & quand Périclès tonnoit, foudroyoit, & renversoit la Grece, l’enthousiasme régnoit-il dans ses discours avec moins d’empire, que dans les odes pindariques ? S’il falloit que l’enthousiasme se soutînt toujours dans la poésie, combien de vrais poëmes cesseroient d’être tels ? La tragédie, l’épopée, l’ode même, ne seroient poétiques que dans quelques endroits frappans ; dans le reste n’ayant qu’une chaleur ordinaire, elles n’auroient plus le caractere distinctif de la poésie.

Mais, dira-t-on, l’enthousiasme & le sentiment sont une même chose, & le but de la poésie est de produire le sentiment, de toucher & de plaire ; d’ailleurs, le poëte ne doit-il pas éprouver le sentiment qu’il veut produire dans les autres ? Quelle conclusion tirer de-là, que les sentimens de l’enthousiasme sont le principe & la fin de la poésie ; en sera-ce l’essence ? Oui, si l’on veut que la cause & l’effet, la fin & le moyen soient la même chose ; car il s’agit ici de précision.

Tenons nous-en donc à établir l’essence de la poésie dans l’imitation, puisqu’elle renferme l’enthousiasme, la fiction, la versification même, comme des moyens nécessaires pour peindre parfaitement des objets.

De plus, les regles générales de la poésie des choses sont renfermées dans l’imitation ; en effet, si la Nature eût voulu se montrer aux hommes dans toute sa gloire, je veux dire avec toute sa perfection possible dans chaque objet ; ces regles qu’on a découvertes avec tant de peine, & qu’on suit avec tant de timidité, & souvent même de danger, auroient été inutiles pour la formation & le progrès des Arts. Les artistes auroient peint scrupuleusement les faces qu’ils auroient eues devant les yeux, sans être obligés de choisir. L’imitation seule auroit fait tout l’ouvrage, & la comparaison seule en auroit jugé.

Mais comme elle s’est fait un jeu de mêler ses plus beaux traits avec une infinité d’autres, il a fallu faire un choix ; & c’est pour faire ce choix avec plus de sureté, que les regles ont été inventées & proposées par le goût.

La principale de tout est de joindre l’utile avec l’agréable. Le but de la Poésie est de plaire, & de plaire en remuant les passions ; mais pour nous donner un plaisir parfait & solide, elle n’a jamais dû remuer que celles qu’il nous est important d’avoir vives, & non celles qui sont ennemies de la sagesse. L’horreur du crime, à la suite duquel marche la honte, la crainte, le répentir, sans compter les autres supplices ; la compassion pour les malheureux, qui a presque une utilité aussi étendue que l’humanité même ; l’admiration des grands exemples, qui laissent dans le cœur l’aiguillon de la vertu ; un amour héroïque & par conséquent légitime : voilà, de l’aveu de tout le monde, les passions que doit traiter la Poésie, qui n’est point faite pour fomenter la corruption dans les cœurs gâtés, mais pour être les délices des ames vertueuses. La vertu déplacée dans de certaines situations, sera toujours un spectacle touchant. Il y a au fond des cœurs les plus corrompus une voix qui parle toujours pour elle, & que les honnêtes gens entendent avec d’autant plus de plaisir, qu’ils y trouvent une preuve de leur perfection. Quand la Poésie se prostitue au vice, elle commet une sorte de profanation qui la deshonore : les poëtes licencieux se dégradent eux-mêmes ; il ne faut pas blâmer leurs beautés d’élocution, ce seroit injustice ou manque de goût ; mais il ne faut pas en louer les auteurs, de peur de donner du crédit au vice.

Il y a plus : les grands poëtes n’ont-ils jamais prétendu que leurs ouvrages, le fruit de tant de veilles & de travaux, fussent uniquement destinés à amuser la légereté d’un esprit vain, ou à reveiller l’assoupissement d’un Midas désœuvré ? Si c’eût été leur but, seroient-ils de grands hommes ?

Ce n’est pas cependant que la Poésie ne puisse se prêter à un aimable badinage. Les muses sont riantes, & furent toujours amies des graces ; mais les petits poëmes sont plûtôt pour elles des délassemens que des ouvrages : elles doivent d’autres services aux hommes, dont la vie ne doit pas être un amusement perpétuel ; & l’exemple de la nature qu’elles se proposent pour modele, leur apprend à ne rien faire de considérable sans un dessein sage, & qui tende à la perfection de ceux pour qui elles travaillent. Ainsi de même qu’elles imitent la nature dans ses principes, dans ses goûts, dans ses mouvemens, elles doivent aussi l’imiter dans les vûes & dans la fin qu’elle se propose.

On peut réduire les différentes especes de poésies sous quatre ou cinq genres. Les Poëtes racontent quelquefois ce qui s’est passé, en se montrant eux-mêmes comme historiens, mais historiens inspirés par les muses ; quelquefois ils aiment mieux faire comme les Peintres, & présenter les objets dans les yeux, afin que le spectateur s’instruise par lui-même, & qu’il soit plus touché de la vérité. D’autres fois ils allient leur expression avec celles de la Musique, & se livrent tout entiers aux passions, qui sont le seul objet de celle-ci. Enfin il leur arrive d’abandonner entierement la fiction, & de donner toutes les graces de leur art à des sujets vrais, qui semblent appartenir de droit à la prose : d’où il résulte qu’il y a cinq sortes de Poésies ; la poésie fabulaire ou de récit ; la poésie de spectacle, ou dramatique ; la poésie épique, la poésie lyrique, & la poésie didactique. Voyez Apologue, Poésie dramatique, épique, lyrique, didactique, &c.

Par cette division nous ne prétendons pas faire entendre que ces genres soient tellement séparés les uns des autres, qu’ils ne se réunissent jamais, car c’est précisément le contraire qui arrive presque par-tout ; rarement on voit régner seul le même genre d’un bout à l’autre dans aucun poëme. Il y a des récits dans le lyrique, des passions peintes fortement dans les poésies de récit : par-tout la Fable s’allie avec l’Histoire, le vrai avec le faux, le possible avec le réel. Les Poëtes obligés par état de plaire & de toucher, se croient en droit de tout oser pour y réussir.

La Poésie se charge en conséquence de ce qu’il y a de plus brillant dans l’Histoire ; elle s’élance dans les cieux pour y peindre la marche des astres ; elle s’enfonce dans les abîmes pour y examiner les secrets de la nature ; elle pénetre jusque chez les morts, pour décrire les récompenses des justes & les supplices des impies ; elle comprend tout l’univers : si ce monde ne lui suffit pas, elle crée des mondes nouveaux qu’elle embellit de demeures enchantées, qu’elle peuple de mille habitans divers : c’est une espece de magie ; elle fait illusion à l’imagination, à l’esprit même, & vient à bout de procurer aux hommes des plaisirs réels par des inventions chimériques.

Cependant tous les genres de poésie ne plaisent & ne touchent pas également ; mais chaque genre nous touche à-proportion que l’objet qu’il est de son essence de peindre & d’imiter, est capable de nous émouvoir. Voilà pourquoi le genre élégiaque & le genre bucolique ont plus d’attraits pour nous que le genre dogmatique.

Les phantômes de passions que la Poésie sait exciter, en allumant en nous des passions artificielles, satisfont au besoin où nous sommes d’être occupés. Or les Poëtes excitent en nous ces passions artificielles, en présentant à notre ame les imitations des objets capables de produire en nous des passions véritables ; mais comme l’impression que l’imitation fait n’est pas aussi profonde, que l’impression que l’objet même auroit faite ; comme l’impression faite par l’imitation n’est pas sérieuse, d’autant qu’elle ne va pas jusqu’à la raison ; pour laquelle il n’y a point d’illusion dans ses sensations ; enfin, comme l’impression faite par l’imitation n’affecte vivement que l’ame sensitive, elle s’efface bientôt. Cette impression superficielle faite par une imitation artificielle, disparoît sans avoir des suites durables, comme en auroit une impression faite par l’objet même que le poëte a imité.

Le plaisir qu’on sent à voir les imitations que les Poëtes savent faire des objets qui auroient excité en nous des passions dont la réalité nous auroit été à charge, est un plaisir pur : il n’est pas suivi des inconvéniens dont les émotions sérieuses qui auroient été causées par l’objet même, seroient accompagnées.

Voilà d’où procede le plaisir que fait la Poésie ; voilà encore pourquoi nous regardons avec contentement des peintures dont le mérite consiste à mettre sous nos yeux des avantures si funestes, qu’elles nous auroient fait horreur si nous les avions vûes véritablement. Une mort telle que la mort de Phedre ; une jeune princesse expirante avec des convulsions affreuses, en s’accusant elle-même des crimes atroces, dont elle s’est punie par le poison, seroit un objet à fuir. Nous serions plusieurs jours avant que de pouvoir nous distraire des idées noires & funestes qu’un pareil spectacle ne manqueroit pas d’empreindre dans notre imagination. La tragédie de Racine, qui nous présente l’imitation de cet événement, nous émeut & nous touche, sans laisser en nous la semence d’une tristesse durable. Nous jouissons de notre émotion, sans être allarmés par la crainte qu’elle dure trop long-tems. C’est sans nous attrister réellement que la piece de Racine fait couler des larmes de nos yeux ; & nous sentons bien que nos pleurs finiront avec la représentation de la fiction ingénieuse qui les fait couler. Il s’ensuit de-là que le meilleur poëme est celui dont la lecture ou dont la représentation nous émeut & nous intéresse davantage. Or c’est à proportion des charmes de la Poésie du style, qu’un poëme nous intéresse & nous émeut. Voyez donc Poésie du style. (D. J.)

Poésie dramatique, voyez Poeme dramatique.

Poésie épique, voyez Poeme épique.

Poésie des Hébreux, (Critique sacrée.) Les pseaumes, les cantiques, le livre de Job, passent pour être en vers, cela se peut ; mais nous ne le sentons pas. Aussi malgré tout ce que les modernes ont écrit sur la poésie des Hébreux, la matiere n’en est pas plus éclaircie, parce qu’on n’a jamais sû & qu’on ne saura jamais la prononciation de la langue hébraïque ; par conséquent il n’est pas possible de sentir ni l’harmonie des paroles de cette langue, ni la quantité des syllabes qui constituent ce que nous nommons des vers. (D. J.)

Poésie lyrique, (Poésie.) Parlons-en encore d’après M. le Batteux. C’est une espece de poésie toute consacrée au sentiment ; c’est sa matiere, son objet essentiel. Qu’elle s’éleve comme un trait de flamme en frémissant ; qu’elle s’insinue peu-à-peu, & nous échauffe sans bruit ; que ce soit un aigle, un papillon, une abeille, c’est toujours le sentiment qui la guide ou qui l’emporte.

La poésie lyrique en général est destinée à être mise en chant ; c’est pour cela qu’on l’appelle lyrique, & parce qu’autrefois quand on la chantoit, la lyre accompagnoit la voix. Le mot ode a la même origine ; il signifie chant, chanson, hymne, cantique.

Il suit delà que la poésie lyrique & la Musique doivent avoir entr’elles un rapport intime, fondé dans les choses mêmes, puisqu’elles ont l’une & l’autre les mêmes objets à exprimer ; & si cela est, la Musique étant une expression des sentimens du cœur par les sons inarticulés, la poésie musicale ou lyrique sera l’expression des sentimens par les sons articulés, ou, ce qui est la même chose, par les mots.

On peut donc définir la poésie lyrique, celle qui exprime le sentiment dans une forme de versification qui est chantante ; or comme les sentimens sont chauds, passionnés, énergiques, la chaleur domine nécessairement dans ce genre d’ouvrage. De-là naissent toutes les regles de la poésie lyrique, aussi bien que ses privileges : c’est-là ce qui autorise la hardiesse des débuts, les emportemens, les écarts ; c’est de-là qu’elle tire ce sublime, qui lui appartient d’une façon particuliere, & cet enthousiasme qui l’approche de la divinité.

La poésie lyrique est aussi ancienne que le monde. Quand l’homme eut ouvert les yeux sur l’univers, sur les impressions agréables qu’il recevoit par tous ses sens, sur les merveilles qui l’environnoient, il éleva sa voix pour payer le tribut de gloire qu’il devoit au souverain bienfaiteur. Voilà l’origine des cantiques, des hymnes, des odes, en un mot de la poésie lyrique.

Les payens avoient dans le fond de leurs fêtes le même principe que les adorateurs du vrai Dieu. Ce fut la joie & la reconnoissance qui leur fit instituer des jeux solemnels pour célébrer les dieux auxquels ils se croyoient redevables de leur récolte. De-là vinrent ces chants de joie qu’ils consacroient au dieu des vendanges, & à celui de l’amour. Si les dieux bienfaisans étoient l’objet naturel de la poésie lyrique, les héros enfans des dieux devoient naturellement avoir part à cette espece de tribut, sans compter que leur vertu, leur courage, leurs services rendus soit à quelque peuple particulier, soit à tout le genre humain, étoient des traits de ressemblance avec la divinité. C’est ce qui a produit les poëmes d’Orphée, de Linus, d’Alcée, de Pindare, & de quelques autres qui ont touché la lyre d’une façon trop brillante pour ne pas mériter d’être réunis dans un article particulier. Voyez donc Ode, Poete lyrique.

Nous remarquerons seulement ici que c’est particulierement aux poëtes lyriques qu’il est donné d’instruire avec dignité & avec agrément. La poésie dramatique & fabulaire réunissent plus rarement ces deux avantages ; l’ode fait respecter une divinité morale par la sublimité des pensées, la majesté des cadences, la hardiesse des figures, la force des expressions ; en même tems elle prévient le dégoût par la brieveté, par la variété de ses tours, & par le choix des ornemens qu’un habile poëte sait employer à-propos. (D. J.)

Poésie orientale moderne, (Poésie.) Les Beaux-Arts ont été long-tems le partage des Orientaux. M. de Voltaire remarque que comme les poésies du persan Sady sont encore aujourd’hui dans la bouche des Persans, des Turcs & des Arabes, il faut bien qu’elles aient du mérite. Il étoit contemporain de Pétrarque, & il a autant de réputation que lui. Il est vrai qu’en général le bon goût n’a guere régné chez les Orientaux : leurs ouvrages ressemblent aux titres de leurs souverains, dans lesquels il est souvent question du soleil & de la lune. L’esprit de servitude paroît naturellement empoulé, comme celui de la liberté est nerveux, & celui de la vraie grandeur est simple. Ils n’ont point de délicatesse, par ce que les femmes ne sont point admises dans la société. Ils n’ont ni ordre ni méthode, parce que chacun s’abandonne à son imagination dans la solitude où ils passent une partie de leur vie, & que l’imagination par elle-même est déréglée. Ils n’ont jamais connu la véritable éloquence, telle que celle de Démosthene & de Cicéron. Qui auroit-on eu à persuader en Orient ? des esclaves. Cependant ils ont de beaux éclats de lumiere : ils peignent avec la parole ; & quoique les figures soient souvent gigantesques & incohérentes, on y trouve du sublime. M. de Voltaire ajoute pour le prouver une traduction qu’il a faite en vers blancs d’un passage du célebre Sadi : c’est une peinture de la grandeur de Dieu ; lieu commun à la vérité, mais qui fait connoître le génie de la Perse.

Il sait distinctement ce qui ne fut jamais.
De ce qu’on n’entend point son oreille est remplie.
Prince, il n’a pas besoin qu’on le serve à genoux.
Juge, il n’a pas besoin que sa loi soit écrite.
De l’éternel burin de sa prévision,
Il a tracé nos traits dans le sein de nos meres.
De l’aurore au couchant il porte le soleil ;
Il seme de rubis les masses des montagnes ;
Il prend deux gouttes d’eau : de l’une il fait un homme ;
De l’autre il arrondit la perle au fond des mers.
L’être au son de sa voix fut tiré du néant.
Qu’il parle, & dans l’instant l’univers va rentrer
Dans les immensités de l’espace & du vuide.
Qu’il parle, & l’univers repasse en un clin-d’œil
Des abimes du rien dans les plaines de l’être.

Voltaire, Essai sur l’Histoire. (D. J.)

Poésie pastorale, voyez Pastorale Poésie.

Poésie provençale, (Poésie.) la poésie provençale est le langage roman, & mérite un article à part.

Lorsque la langue latine fut négligée, les troubadours, les chanterres, les conteurs, & les jongleurs de Provence, & enfin ceux de ce pays qui exerçoient ce qu’on y appelloit la science gaye, commencerent dès le tems de Hugues Capet à romaniser, & à courir la France, débitant leurs romans & leurs fabliaux, composés en langage roman : car alors les Provençaux avoient plus d’usage des Lettres & de la Poésie, que tout le reste des François.

Ce langage roman étoit celui que les Romains introduisirent dans les Gaules, après les avoir conquises, & qui s’étant corrompu avec le tems par le mélange du langage gaulois qui l’avoit précédé, & du franc ou tudesque qui l’avoit suivi, n’étoit ni latin, ni gaulois, ni franc, mais quelque chose de mixte, où le romain pourtant tenoit le dessus, & qui pour cela s’appelloit toujours roman, pour le distinguer du langage particulier & naturel de chaque pays ; soit le franc, soit le gaulois ou celtique, soit l’aquitanique, soit le belgique ; car César écrit que ces trois langues étoient différentes entre elles ; ce que Strabon explique d’une différence, qui n’étoit que comme entre diverses dialectes d’une même langue.

Les Espagnols se servent du mot de roman, au même sens que nous ; & ils appellent leur langue ordinaire romance. Le roman étant donc plus universellement entendu, les conteurs de Provence s’en servirent pour écrire leurs contes, qui de-là furent appellés romans. Les trouverres allant ainsi par le monde, étoient bien payés de leurs peines, & bien traités des seigneurs qu’ils visitoient, dont quelques-uns étoient si ravis du plaisir de les entendre, qu’ils se dépouilloient quelquefois de leurs robes pour les en revêtir.

Les Provençaux ne furent pas les seuls qui se plurent à cet agréable exercice ; presque toutes les provinces de France eurent leurs romanciers, jusqu’à la Picardie, où l’on composoit des servantois, pieces amoureuses, & quelquefois satyriques. M. Huet observe, qu’il est assez croyable que les Italiens furent portés à la composition des romans, par l’exemple des Provençaux, lorsque les papes tinrent leur siege à Avignon ; & même par l’exemple des autres françois, lorsque les Normands, & ensuite Charles, comte d’Anjou, frere de S. Louis, prince vertueux, & poëte lui-même, firent la guerre en Italie : car les Normands se mêloient aussi de la science gaye.

Les poëtes provençaux s’appelloient troubadours, ou trouverres, & furent en France les princes de la romancerie, des la fin du dixieme siecle. Leur métier plut à tant de gens, que toutes les provinces de France eurent leurs trouverres. Elles produisirent dans l’onzieme siecle & dans les suivans, une grande multitude de romans en prose & en vers, & le président Fauchet, parle de cent vingt-sept poëtes, qui ont vécu avant l’an 1300.

M. Rymer, dans sa short view of tragedy, dit que les auteurs italiens, comme Bembo, Speron Sperone, & autres, avouent que la meilleure partie de leur langue & de leur poésie, vient de Provence ; & il en est de même de l’espagnol & de la plupart des autres langues modernes. Il est certain que Pétrarque, un des principaux & des grands auteurs italiens, seroit moins riche, si les poëtes provençaux revendiquoient tout ce qu’il a emprunté d’eux. En un mot, toute notre poésie moderne vient des Provençaux : jamais on ne vit un goût si général parmi les grands & le peuple pour la Poésie, que dans ce tems-là pour la poesie provençale ; ce qui fait dire à Philippe Mouskes, un de leurs romanciers, que Charlemagne avoit fait une donation de la Provence aux Poëtes, pour leur servir de patrimoine.

M. Rymer ajoute, qu’il insiste particulierement sur cet article, pour prévenir l’impression que les moines de ce tems-là pourroient faire sur les lecteurs, & sur-tout Roger Hoveden, qui nous apprend que le roi Richard I. qui avoit avec Geoffroy son frere demeuré dans plusieurs cours de Provence & aux environs, & avoit goûté la langue & la poésie provençale, achetoit des vers flateurs à sa louange, pour se faire un nom, & faisoit venir à force d’argent, des chanteurs & des jongleurs de France, pour le chanter dans les rues, & l’on disoit par-tout qu’il n’avoit pas son pareil.

Il est faux que ces chanteurs & ces jongleurs vinssent de France : les provinces dont ils venoient, étoient fiefs de l’empire. Frédéric I. avoit donné à Raimond Berenger, les comtés de Provence, de Forcalquier, & autres lieux voisins, à titre de fief. Raimond, comte de Toulouse, étoit le grand patron de ces poëtes, & en même tems le protecteur des Albigeois, qui alarmerent si fort Rome, & qui couterent tant de croisades pour les extirper. Guillaume d’Agoult, Albert de Sisteron, Rambaud d’Orange, (nom que le duc de Savoie a fait revivre) étoient des poëtes distingués. Tous les princes ligués en faveur des Albigeois contre la France & le pape, encourageoient & protégeoient ces poëtes. Or il est aisé par cet exposé, de juger de la raison qui irritoit si fort les moines contre les chanteurs & jongleurs, & qui leur faisoit voir avec chagrin, qu’ils eussent une si grande familiarité avec le roi.

Le même critique observe ensuite, que de toutes les langues modernes, la provençale est la premiere qui ait été propre pour la Musique, & pour la douceur de la rime ; & qu’ayant passé par la Savoie au Montferrat, elle donna occasion aux Italiens de polir leur langue, & d’imiter la poésie provençale. Les conquêtes des Anglois de ce côté-là, & leurs alliances avec ceux de ces pays, leur procurerent plutôt encore la connoissance de la langue & de la poésie des Provençaux ; & ceux des Anglois qui s’appliquerent à la Poésie, comme le roi Richard, Savary de Mauléon, & Robert Grossetête, trouvant leur propre langue trop rude, se porterent aisément à se servir de celle de Provence, comme étant plus douce & plus fléxible. Chaucer a pris tous les termes provençaux, françois, & latins, qu’il a pu trouver, & les a mêlés avec l’anglois, après les avoir habilles à l’angloise.

On appelloit les poëtes provençaux, troubadours, jongleurs, & chanterres : ce dernier nom n’est pas étranger dans nos cathédrales. Roger Oveden rend le second par joculatores, ou joueurs, comme on pourroit traduire le premier par trompettes. Mais les troubadours s’appelloient aussi trouverres, comme qui diroit trouve-trésor. Les Italiens les nomment trovatori ; le nom de jongleurs, leur venoit apparemment de quelque instrument de musique (vraissemblablement la harpe) alors en usage, comme les Latins & les Grecs se nommoient poëtes lyriques. Du Verdier, Van Privas, & la Croix du Maine, vous feront connoître les principaux poëtes provençaux ; je n’en indiquerai que deux ou trois d’entre les plus anciens.

Belvezor (Aymeric de) florissoit vers l’an 1203, & fit quantité de vers à la louange de sa maîtresse, qui vivoit à la cour de Rémond comte de Provence. Ensuite il devint amoureux d’une princesse de Provence qui s’appelloit Barbosse ; cette dame ayant été nommée abbêsse d’un monastere, Belvezer en mourut de douleur en 1264, parce qu’il ne lui étoit plus permis de la voir. Il lui envoya peu de tems avant sa mort, un petit ouvrage intitulé las amours de son ingrata.

Arn rud de Meyrveilh, poëte provençal du xiij. siecle, entra au service du vicomte de Beziers, & devint épris de la comtesse de Burlas son épouse. Comme il étoit très-bien fait de sa personne, chantoit bien, & lisoit les romans en perfection, la comtesse le traitoit avec beaucoup de bonté. Enfin, il s’enhardit à lui déclarer son amour par un sonnet intitulé, les chastes prieres d’Arnaud : la comtesse les écouta gracieusement, & fit au poëte des présens considérables. Il mourut l’an 1220 ; Pétrarque a fait mention de lui dans son triomphe de l’Amour.

Arnaud de Coutignac, poëte provençal du xiv. siecle, devint amoureux d’une dame nommée Ysnarde, à la louange de laquelle il fit plusieurs vers ; mais n’ayant rien pu gagner sur son esprit, il alla voyager dans le Levant, afin de se guérir de sa passion par l’absence, & d’oublier une personne qui paroissoit prendre plaisir à ses peines. Il lui adressa un ouvrage intitulé, las suffrensas d’amour, & mourut à la guerre en 1354. (Le Chevalier de Jaucourt.)

Poésie satyrique, voyez Satyre.

Poésie du style, voyez Style, Poésie du, (Poésie.)

Poésie du vers, (Poésie.) voyez Vers, Poésie du ; car la lettre P est si chargée, qu’il faut permettre ces sortes de renvois, pourvû qu’on n’ait pas oublié de les remplir. (D. J.)

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Étymologie de « poésie »

Lat. poesis (voy. POËME).

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Du latin poesis (« poésie, art poétique, œuvre poétique »), lui-même issu du grec ancien ποίησις, poíêsis (« action de faire, création »).
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Phonétique du mot « poésie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
poésie pɔesi
poësie poɛsi

Citations contenant le mot « poésie »

  • Tous les grands poètes deviennent naturellement, fatalement, critiques. Charles Baudelaire, L'Art romantique
  • Sans le rêve, il n'y a pas de poésie possible. Et sans la poésie, il n'y a pas de vie supportable. De Pasteur Valléry-Radot
  • C'est à la poésie que tend l'homme ; il n'y a de poésie que du concret. De Louis Aragon / Le paysan de Paris
  • […] Fondés en poésie nous avons des droits sur les paroles qui forment et défont l'Univers. Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, Alcools, Poème lu au mariage d'André Salmon , Gallimard
  • Il n'y a pas de poésie, si lointaine qu'on la prétende des circonstances, qui ne tienne des circonstances sa force, sa naissance et son prolongement. Louis Aragon, Chronique du bel canto, Skira
  • La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur ce miroir : son haleine différemment l'embue. Louis Aragon, Chronique du bel canto, Skira
  • La poésie, notre poésie se lit comme le journal. Le journal du monde qui va venir. Louis Aragon, Chronique du bel canto, Skira
  • C'est à la poésie que tend l'homme. Il n'y a de connaissance que du particulier. Il n'y a de poésie que du concret. Louis Aragon, Le Paysan de Paris, Gallimard
  • La poésie, c'est de la multiplicité broyée et qui rend des flammes. Antonin Artaud, Héliogabale ou l'Anarchiste couronné, Gallimard
  • Sans la justesse de l'expression, pas de poésie. Théodore de Banville, Petit Traité de poésie française
  • [La poésie, ] le sacrifice où les mots sont victimes. Georges Bataille, L'Expérience intérieure, Gallimard
  • La poésie tient plus de la précision que du vague. Raymond Radiguet, Le Bal du comte d'Orgel, Grasset
  • La poésie demande un génie particulier, qui ne s'accommode pas trop avec le bon sens. Tantôt, c'est le langage des dieux, tantôt c'est le langage des fous, rarement celui d'un honnête homme. Charles de Marguetel de Saint-Denis de Saint-Évremond, Sur les caractères des tragédies, De la poésie
  • La poésie, dans une œuvre, c'est ce qui fait apparaître l'invisible. Nathalie Sarraute, Tel quel, n° 9
  • La Poésie ne rythmera plus l'action ; elle sera en avant. Arthur Rimbaud, Correspondance, à Paul Demeny, 15 mai 1871
  • La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture parlante. De Marie-Philippe Commetti
  • L'éclat de la poésie se révèle hors des moments qu'elle atteint dans un désordre de mort. Georges Bataille, L'Orestie, Éditions des Quatre-Vents
  • Faire en sorte que l'ineffable nous devienne familier tout en gardant ses racines fabuleuses. Jules Supervielle, En songeant à un art poétique, Gallimard
  • Est en dessous du sujet toute critique qui ne participe pas de la poésie même. Henri Thomas, La Chasse aux trésors, Gallimard
  • Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours - de poésie, jamais. Charles Baudelaire, L'Art romantique
  • La solitude de la poésie et du rêve nous enlève à notre désolante solitude. Albert Béguin, Poésie de la présence, Le Seuil
  • Mais dans l'art dangereux de rimer et d'écrire, Il n'est pas de degré du médiocre au pire. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, L'Art poétique
  • Pour lire un poème comme il faut, je veux dire poétiquement, il ne suffit pas, et, d'ailleurs, il n'est pas toujours nécessaire, d'en saisir le sens. abbé Henri Brémond, La Poésie pure, Champion
  • Tout poème doit son caractère proprement poétique à la présence, au rayonnement, à l'action transformante et unifiante d'une réalité mystérieuse, que nous appelons poésie pure. abbé Henri Brémond, La Poésie pure, Champion
  • La poésie n'a de rôle à jouer qu'au-delà de la philosophie. André Breton, Les Pas perdus, Gallimard
  • La poésie cesse à l'idée. Toute idée la tue. Jean Cocteau, La Difficulté d'être, Éditions du Rocher
  • La poésie est une religion sans espoir. Jean Cocteau, Journal d'un inconnu, Grasset
  • Comme la magie, la poésie est noire ou blanche, selon qu'elle sert le sous-humain ou le surhumain. René Daumal, Poésie noire et poésie blanche, Gallimard
  • Tout art s'apprend par art, la seule poésie Est un pur don céleste. Guillaume de Salluste, seigneur Du Bartas, L'Uranie
  • Il y a de par le monde une conjuration générale et permanente contre deux choses, à savoir, la poésie et la liberté ; les gens de goût se chargent d'exterminer l'une, comme les gens d'ordre de poursuivre l'autre. Gustave Flaubert, Correspondance, à Louise Colet, 1852
  • Les plus beaux vers sont ceux qu'on n'écrira jamais. Edmond Haraucourt, Seul, Charpentier
  • […] Oui, brigand, jacobin, malandrin, J'ai disloqué ce grand niais d'alexandrin. Victor Hugo, Les Contemplations, Quelques Mots à un autre, I, 26
  • Mes vers fuiraient, doux et grêles, Vers votre jardin si beau, Si mes vers avaient des ailes Des ailes comme l'oiseau. Victor Hugo, Les Contemplations, Quelques Mots à un autre, II, 2
  • La poésie c'est tout ce qu'il y a d'intime dans tout. Victor Hugo, Odes et Poésies diverses, Préface
  • [La Poésie] doit se faire peuple. Alphonse de Prât de Lamartine, Les Méditations, préface
  • […] La poésie est la géométrie par excellence. Depuis Racine la poésie n'a pas progressé d'un millimètre. Elle a reculé. Grâce à qui ? aux Grandes-Têtes-Molles de notre époque. Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, Poésies, I
  • Les jugements sur la poésie ont plus de valeur que la poésie. Ils sont la philosophie de la poésie. Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, Poésies, II
  • La poésie doit avoir pour but la vérité pratique. Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, Poésies, II
  • La poésie doit être faite par tous. Non par un. Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, Poésies, II
  • Toute poésie vraie est inséparable de la Révolution. Michel Leiris, Brisées, Mercure de France
  • Notre poésie a toujours trop ressemblé à de la belle prose. Ceux mêmes qui y ont mis le moins de raison en ont encore trop mis. Jules Lemaitre, Les Contemporains, S.I.L.
  • On peut faire le sot partout ailleurs, mais non en la poésie. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, II, 17
  • Le vrai, c'est le faux - du moins en art et en poésie. Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval, Les Nuits d'octobre, la Femme mérinos
  • La poésie (et la politique) sont, pour une part, une façon d'utiliser au mieux la folie. Jean Paulhan, Lettre à J. Debû-Bridel
  • La poésie, comme l'art, est inséparable de la merveille. André Pieyre de Mandiargues, L'Âge de craie, Gallimard
  • L'histoire, la révolution, l'amour ne vont à leurs hauts paroxysmes que par la folie de la poésie. André Pieyre de Mandiargues, Le Troisième Belvédère, Gallimard
  • Les couleurs dans la peinture sont comme des leurres qui persuadent les yeux, comme la beauté des vers dans la poésie. Nicolas Poussin, Observations sur la peinture
  • D'ailleurs, parce que le vent, comme on dit, n'est pas à la poésie, ce n'est pas un motif pour que la poésie ne prenne pas son envol. Tout au contraire des vaisseaux, les oiseaux ne volent bien que contre le vent. Or la poésie tient de l'oiseau. De Victor Hugo / Les Feuilles d'automne
  • Le souvenir est poésie, et la poésie n’est autre que souvenir. De Giovanni Pascoli / Premiers poèmes
  • Il ne se trouve qu’en version numérique et est téléchargeable. « La poésie virtuelle a de l’avenir. Peut-être, un jour, "Apparences trompeuses" sera-t-il édité en papier, mais ce n’est pas d’actualité avant un moment », indique Christine Nicolas, bien décidée à ne pas ranger le crayon. Le Telegramme, À Daoulas, Christine Nicolas et la passion de la poésie - Daoulas - Le Télégramme
  • L'Âge d'argent de la poésie russe est une période artistique qui date de la toute fin du XIXe siècle et qui se termine dans les années 1920. Elle implique un large éventail de poètes, de genres et de styles littéraires. Il existe même une notion plus large d'Âge d'argent de la culture russe qui inclut l'art d'avant-garde, le théâtre, le cinéma, la photographie et la sculpture, auxquels contribuaient très souvent des groupes artistiques composés de personnes issues de différentes sphères. , Pourquoi l'Âge d'argent de la poésie russe est-il si important? - Russia Beyond FR
  • La peinture est poésie muette, la poésie peinture aveugle. Léonard de Vinci, Traité de la peinture Trattato della Pittura
  • Bêtise et poésie. Il y a des relations subtiles entre ces deux ordres. L'ordre de la bêtise et celui de la poésie. Paul Valéry, Calepin d'un poète, Gallimard
  • De la musique avant toute chose, Et pour cela préfère l'Impair, Plus vague et plus soluble dans l'air, Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. Paul Verlaine, Jadis et naguère, Art poétique , Messein
  • Un mérite de la poésie dont bien des gens ne se doutent pas, c'est qu'elle dit plus que la prose, et en moins de paroles que la prose. François Marie Arouet, dit Voltaire, Mélanges de philosophie, Des poètes
  • Des vers ne peuvent plaire ni durer longtemps, s'ils ont été écrits par des buveurs d'eau. Horace en latin Quintus Horatius Flaccus, Épîtres, I, XIX, 2-3
  • La poésie, c'est quelque chose qui marche par les rues. Federico García Lorca, Al habla con F. García Lorca, 1936
  • Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c'est le mystère de toutes les choses. Federico García Lorca, Al habla con F. García Lorca, 1936
  • À mesure qu'avance la civilisation, la poésie, presque nécessairement, décline. Thomas Babington Macaulay, baron Macaulay, Literary Essays, Milton
  • La poésie, c'est comme le radium ; pour en obtenir un gramme, il faut des années d'effort. Vladimir Vladimirovitch Maïakovski, Entretien sur la poésie avec un inspecteur des finances
  • Certains se font de la poésie une idée si vague qu'ils prennent ce vague pour l'idée même de la poésie. De Paul Valéry
  • La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie. De Paul Valéry / Tel quel
  • La peinture est une poésie qui se voit au lieu de se sentir et la poésie est une peinture qui se sent au lieu de se voir. De Léonard de Vinci / Traité de la peinture
  • S'il peut y avoir une analogie de la poésie avec la grâce, c'est que la poésie est une grâce. De Frère Gilles / Les choses qui s'en vont
  • Une éloquence et une poésie d'Asiatique, Des états d'âme indescriptible, incalculable. C'est de la poésie comme l'or est un métal précieux : par convention. De Lemaître / Journal de Jules Renard 1893 - 1898
  • Un amour naissant inonde le monde de poésie, un amour qui dure irrigue de poésie la vie quotidienne, la fin d'un amour nous rejette dans la prose. De Edgar Morin / Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur
  • C'est à la poésie que tend l'homme. Il n'y a de connaissance que du particulier. Il n'y a de poésie que du concret. De Louis Aragon / Le Paysan de Paris
  • Quand le pouvoir pousse l’homme à l’arrogance, la poésie lui rappelle la richesse de l’existence. Quand le pouvoir corrompt, la poésie purifie. De John Fitzgerald Kennedy / Discours à l'Université d'Amherst le 26 octobre 1963
  • Si la société évacue la poésie comme mode d'expression non productif, c'est peut-être que la poésie est un foyer de contestation, un acte de résistance, une incompatibilité fondamentale avec le système dominant ? De Jean Rouaud / Le Monde de l'éducation - Juillet - Août 2001
  • Marre des romans d’été ? Mettez-vous à la poésie. Vous verrez, sur la plage ça marche aussi. Antoine Emaz, une anthologie de la poésie indienne, Enza Palamara… Trois délectables propositions parmi les nouveautés de librairie. Télérama, Trois recueils pour mettre un peu de poésie dans votre été
  • Floriane a 24 ans, et si écrire est dans sa nature, la poésie est l'une de ses plus fidèles alliées. Elle partage avec toi sa passion et un poème de sa plume sur le clitoris. madmoiZelle.com, Ecrire de la poésie : témoignage et compte Instagram
  • Pour la journaliste et écrivaine Pascale Senk, spécialiste de psychologie, la poésie, en particulier les haïkus, permet d’accéder à un état de conscience proche de celui auquel conduit la méditation. La Vie.fr, Éloge d’une méditation poétique

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Traductions du mot « poésie »

Langue Traduction
Anglais poetry
Espagnol poesía
Italien poesia
Allemand poesie
Chinois 诗歌
Arabe الشعر
Portugais poesia
Russe поэзия
Japonais
Basque poesia
Corse puesia
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Synonymes de « poésie »

Source : synonymes de poésie sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « poésie »

Poésie

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