Muse : définition de muse


Muse : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

MUSE1, subst. fém.

A. − MYTHOL. (souvent avec une majuscule). Chacune des neuf déesses qui, d'après les anciens, présidaient aux arts libéraux. Apollon et les Muses; les Muses, filles de Zeus et de Mnémosyne; les neuf Muses; Clio, muse de l'histoire; Euterpe, muse de la musique; Thalie, muse de la comédie; Melpomène, muse de la tragédie; Terpsichore, muse de la danse; Érato, muse de l'élégie; Polymnie, muse de la poésie lyrique; Uranie, muse de l'astronomie; Calliope, muse de l'éloquence:
1. Un certain samedi de décembre, je me trouvai classé en thème grec (muses immortelles, ô chastes soeurs, ô Mnémosyne, dérobez à la mémoire ce souvenir humiliant)... A. France,Vie fleur,1922, p.362.
Les trois Muses. Pour faire un bon orateur, il faudrait l'assistance des trois Muses: Mélite (l'Invention), Mnemé (la Mémoire), et Avidé (le Chant) (Barrès,Cahiers,t.10, 1913, p.226).
Le séjour des Muses. Le Parnasse. Une image du palais des Muses ou du séjour des dieux. Tels furent le Parnasse en Phocide, et l'Olympe en Thessalie (Bern. de St-P.,Harm. nat.,1814, p.237).P. anal. Leur demeure [des poètes lyriques grecs] est une sorte de Conservatoire, une «Maison des muses» (Taine,Philos. art,t.2, 1865, p.174).
Amant, chéri, favori, fils, nourrisson des Muses, de la Muse. Artiste, écrivain, poète notamment. − Belle autorité! que votre rimeur du Hâvre de Grâce! − (...) Taisez-vous, vous m'insultez en la personne de ce nourrisson chéri des neuf soeurs, des neuf muses, des Piérides! (Borel,Champavert,1833, p.215).Le jeune et talentueux Molinier, chéri des Muses, dont le noble front pur n'attendra pas longtemps le laurier (Gide,Faux-monn.,1925, p.1166).
Dixième muse. Quand (...) la gloire de George Sand rayonna sur le Berry, beaucoup de villes (...) furent assez disposées à honorer les moindres talents féminins. Aussi vit-on alors beaucoup de Dixièmes Muses en France (Balzac,Muse départ.,1844, p.92).J'ai sous les yeux la nouvelle d'une jeune femme qui place son oeuvre sous l'ondoiement de cette épigraphe de Gide: «Dire l'absence de conclusion qui déroute.» Évidemment cette dixième muse pense que par l'absence de conclusion, le lecteur ordinaire va (...) se trouver «bien attrapé» (Benda,Fr. byz.,1945, p.102).
B. − P. méton.
1. Les Muses, la Muse. Les belles-lettres, notamment la poésie; l'inspiration, l'invention poétique. Invoquer les Muses; la carrière, le commerce des Muses; le culte des Muses, de la Muse. De ma seizième à ma dix-huitième année (...) à cet âge divinement inconscient où nous subissons vraiment l'ivresse de la Muse et où le poète produit des odes comme le rosier des roses (Banville,Cariat.,1842, p.3):
2. ... le dessein d'un jeune lettré enthousiaste de rendre à notre poésie «le trésor de ses profondeurs» accompli dès les premières pages, où les extraits des poètes du xviesiècle, éblouiront les Français que les Muses captivent encore... Mauriac,Journal 3,1940, p.271.
Courtiser les Muses, la Muse. S'adonner aux belles-lettres, à la poésie. V. courtiser B synt. et expr., ex. de France.Cultiver les Muses. Même sens. Jeune, je cultivois les muses; il n'y a rien de plus poétique, dans la fraîcheur de ses passions, qu'un coeur de seize années (Chateaubr.,Génie,t.1, 1803, p.419).Taquiner la Muse. S'essayer à la poésie. Jadis (...) il m'arrivait de taquiner la muse. J'avais composé un sonnet, de quatorze vers (Romains,Knock,1923, I, p.3).Congédier la Muse. À la fin le malheureux garçon, impatienté, envoya son poëme au diable et congédia la Muse (on disait encore la Muse en ce temps-là) (A. Daudet,Pt Chose,1868, p.41).
En partic.
a) Muse(s) + adj. ethnique
α) [En tant qu'art libéral] Poésie propre à une nation, à une région. Muses grecques, latines, ausoniennes; la muse grecque, latine, française. Klopstock a noblement reproché à Frédéric de négliger les muses allemandes, qui, à son insçu, s'essayoient à proclamer sa gloire (Staël,Allemagne,t.1, 1810, p.231).Le désir d'élargir le terrain des muses françaises et de donner aux poëtes, aux dramatiques surtout, un moyen différent d'exprimer leur pensée (Barbier,Satires,1865, p.2).Ramuz, très sensible à la muse populaire russe, partagea tout de suite mon engouement (Stravinsky,Chron. vie,1931, p.154).
β) [En tant que textes étudiés ou à étudier] Au milieu de tout cet attirail, dont l'aspect avait vraiment quelque chose d'infernal (...) on nous entretenait des muses latines (...) on prétendait nous faire entendre et goûter les écrits des poètes anciens (Delécluze,Journal,1825, p.210).
Muse (au sing.) + adj. caractérisant.Muse comique, épique, tragique. Comparez les événements de la comédie intitulée Lanfranc ou le Poète à la fable du même sujet traité par la muse classique (Stendhal,Racine et Shakspeare,t.1, 1823, p.85).Les catholiques s'aviseront d'aller chercher dans leurs oeuvres quelques unes des plus charmantes productions de la muse chrétienne, au lieu de croire, comme Boileau, que la poésie ne vint en France qu'avec Malherbe (Montalembert,Ste Élisabeth,1836, p.lxxv).V. agrément ex. 60.
b) Muse (d'un écrivain, notamment d'un poète). Génie poétique, artistique. Ce sont des fruits de sa Muse; sa muse est enjouée, grave (Ac. 1798); muse badine, sévère, déréglée (Ac. 1835). La muse de Juvénal parut aussi à la fin de ce siècle malheureux, terminé par Tibère; elle y contracta une grande âpreté. Aucun poëte n'excella comme lui à peindre les crimes de Rome (Bern. de St-P.,Harm. nat.,1814, p.124).Aubryet, ce Bobèche gastralgique qui imite la muse de Hugo et la muse de Musset, l'éloquence de Guizot, la rhétorique de Prudhomme (Goncourt,Journal,1858, p.475):
3. ... cette Dorine, si provocante, si drue, servirait très-bien à figurer la muse comique de Molière en ce qu'elle a de tout à fait à part et d'invincible, et de détaché d'une observation plus réfléchie, − l'humeur comique dans sa pure veine courante... Sainte-Beuve,Port-Royal,t.3, 1848, p.230.
2. [Parfois avec majuscule] Inspiration poétique, souvent imaginée par le poète sous l'apparence d'une femme. Muse consolatrice; muse fertile. Il est de ceux à qui la muse accorde aisément ses faveurs (Ac. 1835); il a été visité par la muse (Ac. 1935). Muse, sois donc sans crainte; au souffle qui t'inspire Nous pouvons sans péril tous deux nous confier (Musset,Nuit oct.,1837, p.147).J'allais sous le ciel, Muse! et j'étais ton féal (Rimbaud,Poés.,1871, p.81).
Au plur., rare. Roxane: (...). Parfois il est distrait, ses Muses sont absentes; Puis, tout à coup, il dit des choses ravissantes! (Rostand,Cyrano,1898, iii, 1, p.112).
P. anal., dans d'autres arts.Don, invention artistique. Velasquez est franc, parce que son pinceau est conduit par la muse de la vérité (Ch. Blanc, Gramm. arts dessin,1876, p.578):
4. ... la Musique commença d'être la première de mes occupations juvéniles. Aussitôt que j'eus lié commerce avec la noble Muse, (...) je l'aimai (...) depuis quelque temps, ma Muse, souventefois, dans les heures d'inspiration, me chuchotait à l'oreille: «Ose! Ose! Écris les harmonies de ton âme!» Rolland,J.-Chr.,Aube, 1904, p.98.
C. − Source d'inspiration littéraire.
1. Souvent p. iron. au xxes. Femme inspiratrice d'un écrivain, d'un poète. George Sand, la muse de Musset; Elvire, la muse de Lamartine. Permettez-moi de signaler à vos hommages celle qui fut et ma première muse et ma protectrice (...) la belle comtesse Sixte du Châtelet (Balzac,Illus. perdues,1843, p.677).V. insexualité ex. de Proust:
5. À l'époque où il [Flaubert] commence de se colleter avec la Bovary, il s'est réconcilié avec Louise Colet (...) mais Croisset demeure interdit à la dame (...). Comment ne pas croire que son combat avec la phrase (...) lui servit aussi pour tenir à distance une muse insatiable? Mauriac,Mém. intér.,1959, p.100.
[P. allus. littér. au roman de Balzac] Vous dites cela parce que la femme est supérieure au mari (...) − Oh! je ne voulais pas dire que c'était la Muse du département, ni madame de Bargeton (Proust,Sodome,1922, p.1091).L'adolescent dans une petite ville où il devient amoureux de la Muse du département (Bousquet,Trad. du silence,1936, p.129).
P. anal. Cette artiste [Berthe Morisot] (...) fut la véritable muse de l'impressionnisme (Mauclair,Maîtres impressionn.,1923, p.154).
2. Ce qui inspire un écrivain. La vraie muse de l'historien de la philosophie n'est pas la haîne, mais l'amour (Cousin,Hist. philos. XVIIIes.,t.2, 1829, p.559).
Arg. Muse verte. Absinthe. Un de ces bohèmes, Par la «Muse verte» grisés (Ponchon,Muse cabaret,1920, p.201).Verlaine ne doit rien à la muse verte (...). La folie n'est pas le bouillonnement, mais l'écume de l'intelligence (H. Bazin,Tête contre murs,1949, p.109).
Prononc. et Orth.: [my:z]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. xiiies. «chacune des neuf déesses soeurs qui présidaient aux neuf arts libéraux» (Trad. de la «Consolation» de Boèce par Jean de Meun [ms. Bibl. nat. lat. 8654 B fin xiiies.] éd. L. Delisle ds Bibl. École des Chartes, t.34, 1873, p.7); ca 1285 (Gloss. Abavus [Douai 62] 224 ds Roques t.1, p.8); 2. a) 1548 les muses «les belles-lettres», spéc. «la poésie» (Th. Sébillet, Art poétique, éd. F. Gaiffe, A l'envieus, 10, p.5); 1559 la muse «la poésie» (Du Bellay, Jeux rustiques, éd. V. L. Saulnier, XXI, 178, p.67); b) 1548 les muses françoises «l'ensemble de la poésie française» (Sébillet, op. cit., De l'Invention, p.26, 11); 3. 1575 «personne inspiratrice d'une oeuvre littéraire» (P. de Tyard, Solitaire premier, éd. S. F. Baridon, p.XXVIII, Dédicace de 1575); 4. 1665 la muse «l'inspiration propre à chaque poète» (Boileau, Discours au roi ds Œuvres, éd. F. Escal, p.11); 1668 (Id., Satire IX, ibid., p.54). Empr. au lat. Musa «l'une des neuf Muses» (gr. Μ ο υ ̃ σ α) par les trad. de Boèce en a. fr. et en a. prov. (cf. dès le xies. l'a. prov. musa, Boecis, éd. R. Lavaud et G. Machicot, 77: las mias musas «mes poésies»); ext. de sens à l'époque de la Renaissance; FEW t.3, 3, p.246b. Fréq. abs. littér.: 1493. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3847, b) 3088; xxes.: a) 1053, b) 774. Bbg. Quem. DDL t.10.

MUSE2, subst. fém.

VÉN. Commencement de la période du rut chez les cerfs. La muse dure cinq ou six jours (Ac.1835, 1878).Les grands mâles altiers reparaissent (...) les biches (...) attendent (...) l'heure des batailles, les nuits du brame et de la muse, le tonnerre des rugissants défis (Genevoix,Routes avent.,1958, p.124).
Prononc. et Orth.: [my:z]. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1587 (Du Fouilloux, La Vénerie, c. XVII ds Gdf.). Déverbal de muser* B, terme de cynégétique; cf. le déverbal muse «perte de temps, amusement», de muser* A (1174-87 Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 245). Bbg. Sain. Sources t. 2 1972 [1925], p.57.

Muse : définition du Wiktionnaire

Nom commun 1

muse \myz\ féminin

  1. Génie artistique, inspiration.
    • Oh! les chastes églogues! Oh! les idylles chantées par les poètes! Oh! les paysanneries enrubannées et naïves qui défilent, conduites par la muse de Mme Deshoulières, au son des flageolets et des tambourins! — (Octave Mirbeau, Le Tripot aux champs, Le Journal, 27 septembre 1896)
    • Une muse enjouée, badine, sévère.
    • La muse de Corneille était héroïque, celle de Racine tendre et passionnée.
    • La muse tragique : La tragédie.
    1. Les belles-lettres, et principalement la poésie.
      • Les muses grecques, les muses latines, les muses françaises : La poésie grecque, latine, française.
      • Et si ces origines de la muse française sont trouvées mensongères, qu’a-t-elle emprunté de la muse provençale, sa sœur aînée, qu’elle a trop fait oublier? — (Jean-Jacques Ampère, La Littérature française dans ses rapports avec les littératures étrangères au Moyen Âge, Revue des Deux Mondes, 1833, tome 1)
  2. (Par extension) Personne ou sentiment qui inspire un poète.
    • Cette femme est sa muse.

Nom commun 2

muse \myz\ féminin

  1. Période du rut chez les cerfs.
    • Les grands mâles altiers reparaissent […] les biches […] attendent […] l’heure des batailles, les nuits du brame et de la muse, le tonnerre des rugissants défis. — (Maurice Genevoix, Route de l’aventure, 1958)

Forme de verbe

muse \myz\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de muser.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de muser.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de muser.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de muser.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif présent de muser.
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Muse : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MUSE. n. f.
Chacune des neuf déesses qui, suivant les anciens, présidaient aux arts libéraux. Les neuf Muses. Le séjour des Muses. Invoquer les Muses. Être inspiré par les Muses. Être favorisé des Muses. La Muse de l'histoire, de l'épopée, de la tragédie, de la comédie, de la poésie champêtre, de la danse, etc. Fig., Les nourrissons, les favoris, les amants des Muses, Les poètes.

MUSES, au pluriel, désigne aussi, figurément, les Belles-Lettres, et principalement la Poésie. Cultiver les muses. Fig., Les muses grecques, les muses latines, les muses françaises, etc., La poésie grecque, latine, française, etc. Dans ce sens, Muse se dit quelquefois au singulier. La muse latine. La muse française. Il désigne aussi un Genre particulier de poésie. La muse tragique. Il se dit encore, figurément, du Génie de chaque poète, du caractère de sa poésie. La muse de Corneille était héroïque, celle de Racine tendre et passionnée. Une muse enjouée, badine, sévère. Il se dit aussi absolument, dans certaines phrases figurées, en parlant de l'Inspiration poétique. Il a été visité par la muse. Il se dit aussi de la Personne ou du sentiment qui inspire un poète. Cette femme est sa muse. La muse de la mélancolie. Dans toutes ces acceptions figurées, il est vieux.

Muse : définition du Littré (1872-1877)

MUSE (mu-z') s. f.
  • 1Chacune des neuf déesses qui présidaient, suivant les anciens, aux arts libéraux (on met une majuscule). Clio, Muse de l'histoire ; Calliope, Muse de l'éloquence et de la poésie héroïque ; Melpomène, Muse de la tragédie ; Thalie, Muse de la comédie ; Euterpe, Muse de la musique ; Érato, Muse de la poésie amoureuse ; Terpsichore, Muse de la danse ; Polymnie, Muse de la poésie lyrique ; Uranie, Muse de l'astronomie. Muse, redis-moi donc quelle ardeur de vengeance De ces hommes sacrés rompit l'intelligence, Boileau, Lutr. I. Le loisir fut certainement le père des Muses, les affaires en sont les ennemis, et l'embarras les tue, Voltaire, Lett. d'Argental, 21 juin 1761. Ô Muses, accourez, solitaires divines, Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines, Chénier, ib. XI. Ah ! je les reconnais, et mon cœur se réveille ; Ô sons, ô douces voix chères à mon oreille, ô mes Muses, c'est vous ; vous, mon premier amour, Vous qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour, Chénier, ib. IV. On a appris par l'examen des Muses dont nous avons les statues, et de celles qui se trouvent sur les médailles et dans des bas-reliefs, que les sculpteurs anciens les ont ordinairement représentées vêtues et la gorge couverte, Mongez, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. V, p. 156.

    Dixième Muse, se dit, par flatterie ou par admiration, de toute femme qui cultive la poésie avec succès. Les anciens ont dit que Sapho était une dixième Muse. Les modernes ont appliqué ce nom à diverses femmes.

    Voltaire a nommé dixième Muse la critique. Nous eûmes longtemps neuf Muses ; la saine critique est la dixième qui est venue bien tard ; elle n'existait point du temps de Cécrops, du premier Bacchus, de Sanchoniaton, de Thaut, de Brama, Voltaire, Dict. phil. Pierre le Grand et J. J. Rousseau.

    Fig. Les nourrissons, les favoris, les amants des Muses, les poëtes.

  • 2 Fig. Les belles-lettres, et, particulièrement, la poésie (dans ce sens et dans tous les suivants on met une minuscule). Cultiver les muses. Motin, la muse est morte, ou la faveur pour elle ; En vain dessus Parnasse Apollon on appelle ; En vain par le veiller on acquiert du savoir, Si fortune s'en moque…, Régnier, Sat. IV.

    L'art de la poésie. Enfin Malherbe vint.. . Et réduisit la muse aux règles du devoir, Boileau, Art poét. I.

    Les muses grecques, latines, françaises, etc. la poésie grecque, latine, etc. Il est certain, et vous le savez aussi bien que moi, vous qui connaissez les bonnes choses, et qui les faites, qu'il n'y a point de muses si sévères que les françaises, ni de langue qui souffre moins le fard et l'apparence du bien que la nôtre, Guez de Balzac, liv. X, lett. 3.

    En ce sens, on le dit aussi au singulier. La muse latine. La muse française.

  • 3 Absolument. L'inspiration poétique en général. Il est de ceux à qui la muse accorde aisément ses faveurs, Dict. de l'Académie.
  • 4Particulièrement, le génie de chaque poëte, le caractère de sa poésie. Le mal est qu'en rimant ma muse un peu légère Nomme tout par son nom et ne saurait rien taire, Boileau, Disc. au roi. Ce n'est pas quelquefois qu'une muse un peu fine Sur un mot en passant ne joue et ne badine, Et d'un sens détourné n'abuse avec succès, Boileau, Art p. II. Je hais ces vains auteurs dont la muse forcée M'entretient de ses feux, toujours froide et glacée, Boileau, ib. II. Mais tout ce beau discours dont il vient vous flatter N'est rien qu'un piége adroit pour vous les réciter [ses vers] ; Aussitôt il vous quitte, et, content de sa muse, S'en va chercher ailleurs quelque fat qu'il abuse, Boileau, ib. I. Ma muse en l'attaquant, charitable et discrète, Sait de l'homme d'honneur distinguer le poëte, Boileau, Sat. IX. Mais sa muse [de Ronsard] en français parlant grec et latin, Boileau, Art p. I. Damon, ce grand auteur, dont la muse fertile Amusa si longtemps et la cour et la ville, Boileau, Sat. I. Dût ma muse par là choquer tout l'univers, Riche, gueux, triste ou gai, je veux faire des vers, Boileau, ib. VII. J'ai pris pour passagère La muse des chansons, Béranger, Nacelle. Jouy déjà gronde ma muse, Dont il soutint les premiers pas, Béranger, Cord. Quittez la lyre, ô ma muse, Et déchiffrez ce mandat ; Vous voyez qu'on vous accuse De plusieurs crimes d'État, Béranger, Muse. Oh ! la muse se doit aux peuples sans défense, Hugo, Feuilles d'automne, XL. Oh ! muse, contiens-toi ! muse aux hymnes d'airain, Muse de la loi juste et du droit souverain, Toi dont la bouche abonde en mots trempés de flamme, Hugo, Voix intérieures, XXXII. Muse, sois donc sans crainte ; au souffle qui t'inspire Nous pouvons sans péril tous deux nous confier ; Il est doux de pleurer, il est doux de sourire Au souvenir des maux qu'on pourrait oublier, Musset, Nuit d'octobre. Est-ce toi dont la voix m'appelle, Ô ma pauvre muse ! est-ce toi ? Ô ma fleur, ô mon immortelle, Seul être pudique et fidèle Où vive encor l'amour de moi, Musset, Nuit de mai.
  • 5Muse se prend quelquefois pour les poëtes, pour un poëte. Dans la disette, une muse affamée Ne peut pas, dira-t-on, subsister de fumée, Boileau, Art p. IV. On vit avec horreur une muse effrénée Dormir chez un greffier la grasse matinée, Boileau, Ep. V.
  • 6La personne ou le sentiment qui inspire le poëte. L'indignation est sa muse. La brillante marquise de la Sablière, la femme du monde qui a inspiré le plus de jolis vers, puisqu'elle était à la fois la muse de son mari, celle de la Fare son amant, et de la Fontaine son ami, Genlis, Mme de Mainten. t. I, p. 102, dans POUGENS. Camille, où tu n'es point, moi, je n'ai pas de muse, Chénier, Élég. III.
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Étymologie de « muse »

Étymologie de muse - Littré

Provenç. espagn. et ital. musa ; du lat. musa ; grec, μοῦσα ; dorique, μῶσα ; éol. μοῖσα. Μοῦσα est le participe présent de μάομαι, forme primitive de μαίνω, penser, s'exalter, désirer ; μοῖσα est une forme éolique fréquente aux participes présents.

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Étymologie de muse - Wiktionnaire

(Nom 1) Antonomase de Muse, du latin Musa, venant du grec ancien Μοῦσα, Moûsa, du latin mos, moris (« mœurs, ce qu’il convient de faire »).
(Nom 2) Déverbal sans suffixe de muser.
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Phonétique du mot « muse »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
muse myz play_arrow

Citations contenant le mot « muse »

  • Hölderlin idéalise Susette, et les poèmes qu’elle lui inspire sont parmi les plus beaux de la littérature amoureuse. C’est l’annonce de la mort de sa bien-aimée qui enclenche le processus qui aboutira à la folie. Mais ces sept années intenses sur les sommets de la passion méritent d’être considérées pour elles-mêmes. Les lettres de Susette Gontard montrent une femme décidée, assumant ses sentiments avec noblesse, même quand la résignation l’emporte. Susette Gontard est mieux qu’une muse, une inspiratrice. Elle est une maîtresse d’amour, une femme digne et lucide jusqu’au cœur de la flamme.  L'Humanité, Correspondance. Susette Gontard, plus qu’une muse | L'Humanité
  • Une œuvre d'art doit satisfaire toutes les muses. C'est ce que j'appelle la preuve par neuf.
  • De collection en collection, la même image est présente à mon esprit : celle de Victoire, mannequin sublime et muse merveilleuse. De Yves Saint Laurent / interview de Paris Match du 6 février 1992
  • L'histoire est plus romantique s'il trouve son inspiration dans les yeux d'une muse. De Alexis Michalik / Le Figaro
  • Une femme artiste n'a ni muse ni esclave. Elle doit être ces deux choses pour elle-même. De Edna O'Brien / Libération - 21 Juin 2001
  • Le comble du poète c'est d'être inspiré sans pour autant avoir de muse ! De Fabien Blanchot
  • Appétit. Instinct délibérément implanté par la Providence afin de servir la muse du travail. De Ambrose Bierce / Le dictionnaire du Diable
  • La dixième Muse, qui maintenant gouverne la presse. Anthony Trollope, The Warden, 14
  • Ô ma Muse, fille des grandes capitales ! Valery Larbaud, A. O. Barnabooth, Europe , Gallimard
  • Je préfère à vos eaux un trait de malvoisie, Je mets pour me chauffer tous vos lauriers au feu, Et me torche le cul de votre poésie. Guillaume Colletet, Adieu aux muses

Traductions du mot « muse »

Langue Traduction
Corse musa
Basque musa
Japonais ミューズ
Russe муза
Portugais musa
Arabe تأمل
Chinois 沉思
Allemand muse
Italien musa
Espagnol musa
Anglais muse
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Synonymes de « muse »

Source : synonymes de muse sur lebonsynonyme.fr

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