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Harpe

Sommaire

  • Définitions du mot harpe
  • Étymologie de « harpe »
  • Phonétique de « harpe »
  • Citations contenant le mot « harpe »
  • Images d'illustration du mot « harpe »
  • Traductions du mot « harpe »
  • Synonymes de « harpe »

Définitions du mot harpe

Trésor de la Langue Française informatisé

HARPE1, subst. fém.

A. −
1. Instrument de musique, de forme triangulaire ou arquée, muni de cordes de longueur décroissante que l'on pince avec les doigts. Les pauvres Bohêmes, alors qu'ils voyagent (...), portent sur leur dos une mauvaise harpe, d'un bois grossier, dont ils tirent des sons harmonieux (Staël, Allemagne, t. 1, 1810, p. 47).Il y avoit trois choses qu'on ne pouvoit saisir pour dettes chez un homme libre du pays de Galles : son cheval, son épée et sa harpe (Chateaubr., Ét. ou disc. hist., t. 3, 1831, p. 134).L'esclave souleva une sorte de harpe en bois d'ébène plus haute qu'elle, et triangulaire comme un delta; elle en fixa la pointe dans un globe de cristal, et des deux bras se mit à jouer (Flaub., Salammbô, t. 1, 1863, p. 50) :
1. Cette harpe, terminée par une sorte de table d'harmonie, arrondie en conque et coloriée de peintures ornementales, portait, à son extrémité supérieure, une tête sculptée d'Hâthôr surmontée d'une plume d'autruche; les cordes, au nombre de neuf, se tendaient diagonalement et frémissaient sous les doigts longs et menus de la harpiste... Gautier, Rom. momie,1858, p. 198.
SYNT. Harpe antique, égyptienne; harpe africaine; harpe celtique, irlandaise, écossaise, galloise; harpe des bardes; harpe des anges; harpes séraphiques, célestes; pincer de la harpe; s'accompagner sur la harpe.
Harpe de David (dont il jouait habituellement pour calmer la mélancolie du roi Saül, v. Bible, I Samuel, 16-23). Le jeune David prêt à chasser par les sons de sa harpe l'esprit qui s'étoit emparé du roi Saül (Chateaubr., Martyrs, t. 1, 1810, p. 174).
P. métaph. Elle regrettait tout de sa jeunesse : (...) les baisers de Bianca, les caresses de sylphe de Betty, le confessionnal du P. François, harpe de David qui endormait la bête en elle (Péladan, Vice supr.,1884, p. 54) :
2. Cet oncle terrible était devenu parfaitement intolérable depuis que sa sœur n'était plus là pour le calmer. La harpe de David était brisée et Saül se livrait à ses fureurs. A. France, Bonnard,1881, p. 395.
2. En partic.
Harpe d'Éole, harpe éolienne (v. éolien2).
P. métaph. Je suis comme une harpe éolienne, qui rend quelques beaux sons, mais qui n'exécute aucun air (Joubert, Pensées, t. 1, 1824, p. 88).Le vague était complet [dans les lettres de Mmede Fervaques]. Cela voulait tout dire et ne rien dire. C'est la harpe éolienne du style, pensa Julien (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 407).
[De nos jours, dep. les perfectionnements apportés par Érard au début du xixes.] Instrument de grande taille, triangulaire, tendu de 47 cordes donnant 27 gammes diatoniques complètes , formé d'une table et caisse de résonance, d'une console en col de cygne qui reçoit le mécanisme et les chevilles d'accord, d'une colonne réunissant le corps à la console et contenant les tiges d'acier qui relient les pédales au mécanisme, d'un socle sur lequel sont accrochées 7 pédales qui permettent, par deux systèmes de fourchettes, de hausser les notes d'un demi-ton ou d'un ton. Facteur de harpes; la technique de la harpe; étudier la harpe; concerto pour flûte et harpe de Mozart. [Les] arpèges mystérieux qu'elle tirait par instant des cordes de sa harpe, dont la crosse disparaissait sous les enlacements d'une sirène dorée (Nerval, Pandora,1855, p. 736).Les instruments à cordes, les haut-bois et les harpes lançaient d'idéales lamentations (Péladan, Vice supr.,1884, p. 211) :
3. Mademoiselle de Borose joue également bien du piano et de la harpe; mais elle préfère ce dernier instrument par je ne sais quel sentiment enthousiastique pour les harpes célestes dont sont armés les anges, et pour les harpes d'or tant célébrées par Ossian. Brillat-Sav., Physiol. goût,1825, p. 301.
Harpe chromatique. ,,Harpe à double rangée de cordes accordées selon l'échelle chromatique (n'est plus utilisée aujourd'hui)`` (Mus. 1976, pp. 454-455).
3. P. métaph.
a) [En parlant des arbres] Quand l'âpre tramontane Sonne, au comble de l'or, l'azur du jeune hiver Sur tes harpes, Platane, Ose gémir!... (Valéry, Charmes,1922, p. 115).La grande harpe de bouleaux frémissante de vent (Giono, Triomphe vie,1941, p. 193).Et la forêt est composée des arbres, bien que tous y soient ennemis. Et le vent tire sa louange de cette harpe! (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 902).
b) [En parlant de l'affectivité d'une pers.] Il admirait cette créature changeante, multiforme, qui avait à sa harpe intérieure tant de cordes diverses, douces ou fortes (De Vogüé, Morts,1899, p. 186).Dans un moment où l'homme est une harpe triste qui frémit encore (Colette, Képi,1943, p. 78) :
4. Il y avait là (...) deux ou trois vieux chantres (...) leurs voix épuisées me remuaient les plus profondes cordes de l'âme, cette harpe enfoncée dans nous! Barb. d'Aurev., Memor. A... B...,1864, p. 419.
c) [En parlant de la poésie, de l'inspiration poétique, p. réf. plus ou moins directe à David, auteur de psaumes] Il [Marot] a voulu traduire les Psaumes, et accompagner sur son flageolet la harpe du Prophète (Sainte-Beuve, Tabl. poés. fr.,1828, p. 24).La Muse (...) d'Arthur Rimbaud prend tous les tons, pince toutes les cordes de la harpe (Verlaine, Œuvres compl., t. 4, Poètes maud., 1884, p. 18) :
5. Que te dire de ton Saül, mon cher Gide? si ce n'est que je ne sais aucun drame plus sombrement passionné, plus fortement soutenu. Pour la première fois depuis longtemps, quelqu'un a relevé la harpe sacrée et, couronné de feuilles parfumées, chante, pâle de piété, les cantiques amers. Jammes, Corresp. [avec Gide], 1903, p. 206.
B. − [P. anal. de forme] Mollusque marin à coquille univalve dont le dernier tour très développé porte de grandes côtes parallèles assez minces et saillantes, de la classe des Gastéropodes, de la famille des Harpidés (v. -idés). On trouve aussi les cônes, les porcelaines, les rochers, les harpes, toutes les variétés les plus délicatement peintes, et les plus bizarrement contournées (Loti, Désert,1895, p. 121).
REM.
Harpe-lyre, harpolyre, subst. fém.,,Lyre-guitare de grande dimension à trois manches portant ensemble 21 cordes`` (Brenet, Dict. prat. et hist. mus., 1926, p. 194). Combien je me trouve heureux d'avoir, depuis l'âge de onze ans, fait apprendre à ma nièce la harpolyre et le forte-piano! (Musset, Nuit vénit.,1834, 2, p. 26).
Prononc. et Orth. : [aʀp] init. asp. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Mus. [fin xies. (Raschi, Gl., éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, p. 80 : harpe « harpe »)] 1remoitié du xiies. (Psautier d'Oxford, 70, 25 ds T.-L.); 2. 1742 hist. nat. (Dezallier d'Argenville, Hist. nat., p. 302 ds R. Ling. rom. t. 41, 1977, p. 427). Du germ. *harpa « instrument de musique »; cf. a. h. all. harfa « id. »; m. h. all. harpe; all. Harfe « id. »; en a. nord. harpa a également le sens de « sorte de mollusque ». Le mot a été introduit en b. lat. par les légionnaires d'orig. germ. (cf. vies. Fortunat ds Blaise). Cf. FEW t. 16, p. 173a. Bbg. Genaust (H.). Vox rom. 1972, t. 31, pp. 390-391. - Quem. DDL t. 10, 12. - Sain. Arg. 1972 [1907], p. 129, 130.

HARPE2, subst. fém.

A. − CHASSE. Griffe d'un chien courant. (Dict. xixeet xxes.).
B. − Arg. Doigt. Jouer de la harpe. Voler (cf. Hautel 1808, Esn. 1966, Riv.-Car. 1969).
C. − ARCHITECTURE
1. Synon. de pierre d'attente (v. attente).S'aidant des harpes le long de la descente (...) elle se déplaçait le long du mur avec la plus grande aisance (Queneau, Zazie,1959, p. 215).
2. ,,Chacune des pierres qui dans les chaînes des murs ont plus de longueur que celles du dessous et du dessus`` (Noël 1968). Des briques étroites contenues par des harpes de grès gris (La Varende, Sorcière,1954, p. 81).
D. − TECHNOL. ,,Morceau de fer plat, coudé, qui sert à lier les poteaux corniers des pans de bois aux murs de pignon ou de refend`` (Chabat 1881).
Prononc. et Orth. : [aʀp] init. asp. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. I. 1. 1409 technol. « fer coudé pour relier deux pièces de construction » (L'Artillerie des Ducs de Bourgogne, éd. J. Garnier, 23 : Faire loyens et harpes de fer dont sont loyées et acouplées plusieurs grosses pièces de bois du dit chat); 2. a) 1485 « saillie d'une pierre de taille » (Ordonnance de 1485 ds Littré); b) 1676 « saillie d'une pierre d'attente » (Félibien). II. 1549 « griffe de chien » (Est., p. 665); 1842 herpe « id. » (Mozin-Biber). I prob. dér. de harper2*. II empr. au prov. arpa « griffe, serre » (fin xives. ds Rayn. t. 1, p. 125), cf. aussi le fr.-prov. arpa « id. » (cf. FEW t. 4, p. 385b). Arpa est issu du lat. harpe « faucille; sorte d'oiseau de proie », lui-même empr. au gr. α ́ ρ π η de même sens, mais en domaine d'oïl il s'est confondu complètement avec la famille de harpe1*. La présence du h- est due à la famille de harper2* « saisir ». Fréq. abs. littér. : 591. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 425, b) 825; xxes. : a) 572, b) 510. Bbg. Archit. 1972, p. 50.

Wiktionnaire

Nom commun

harpe (h aspiré)\aʁp\ féminin

  1. (Musique) Cordophone à cordes pincées, que l'on tient debout, reposant par terre, garni de cordes verticales de longueur graduellement décroissante, que l’on tire avec les doigts.
    • Jouer de la harpe.
    • Pincer de la harpe.
    • Joueur de harpe.
    • Accompagnement de harpe.
    • Clef de harpe.
    • Les pédales d’une harpe.
    • Au son de la harpe.
    • Un autre instrument pincé, qui, depuis cinq à six ans est fort fêté à Paris, c’est la harpe, surtout telle qu’elle est travaillée à présent, c’est-à-dire avec des pédales qui la rendent chromatique. — (Dictionnaire des arts et métiers Luthier, 1767)
  2. Chez les anciens Juifs, instrument de musique triangulaire et portatif avec des cordes graduellement décroissantes.
    • Toutes les fois que l’esprit malin envoyé du Seigneur se saisissait de Saül, David prenait sa harpe et en jouait ; et Saül en était soulagé. — (Louis-Isaac Lemaistre de Sacy, Bible, Rois, I, XVI, 23)
    • Ainsi nous, quand nous donnons une harpe à David, ce n'est que par conjecture ; ils [les Juifs] avaient des instruments à huit et à dix cordes. — (Fleury, Mœurs des Israél., tit. XV, 2e par. p. 193, dans Pougens)
    • Nous avons laissé nos harpes près des fleuves de Babylone, jouet des tyrans, mépris des gentils. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
  3. Harpe éolienne : Instrument à cordes monté de manière à rendre des sons quand le vent vient à le frapper.
    • Corinne lui dit que c’étaient des harpes éoliennes que le vent faisait résonner et qu’elle avait placées dans quelques grottes du jardin, pour remplir l’atmosphère de sons aussi bien que de parfums. — (Anne Staël-Holstein, Corinne, VIII, 4)
  4. (Figuré) La poésie religieuse, sans doute par allusion à la harpe de David et à ses psaumes.
    • Ah ! Si jamais ton luth [de Byron], amolli par les pleurs,
      Soupirait sous tes doigts l’hymne de tes douleurs…
      Jamais, jamais l’écho de la céleste voûte,
      Jamais ces harpes d’or que Dieu lui-même écoute,
      Jamais des séraphins les chœurs mélodieux
      De plus divins accords n’auraient ravi les cieux.
      — (Alphonse de Lamartine, Méd., I, 2)
    • Ma harpe fut souvent de larmes arrosée. — (Alphonse de Lamartine, ib. II, 5)
  5. Se dit quelquefois de la poésie en général, comme tout autre instrument de musique.
    • Tremble, mol et faible la harpe,
      Crains l’avenir où je t’attends ;
      Mon âpre luth vaincra ta harpe,
      Mes vers durs dureront longtemps.
      — (Lebrun, Épigr. C’est Lemierre, poète fort dur, qui est censé parler)
  6. (Zoologie) Nom vulgaire d’un poisson, la triple lyre de Linné (océan Atlantique, Méditerranée).
  7. Coquille univalve.
  8. (Architecture) Appareillage d’un mur servant au raccord entre des constructions par la disposition de pierres superposées alternativement posées en saillies et en creux destinées à permettre ultérieurement de prolonger solidement la statique d’une muraille à construire.
  9. Griffe d'un chien (vénerie).
  10. Armoiries avec une harpe (sens héraldique)
    (Héraldique) Meuble représentant l’instrument de musique du même nom dans les armoiries. À rapprocher de claricorde, guitare, luth, lyre, vièle et violon.
    • D’azur à la harpe d’or, au chef d’argent chargé de trois grappes de raisin de gueules, qui est de la commune de Sainte-Cécile-les-Vignes du Vaucluse → voir illustration « armoiries avec une harpe »

Forme de verbe

harpe (h aspiré)\aʁp\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de harper.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de harper.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de harper.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de harper.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de harper.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

HARPE. (H est aspirée.) n. f.
Instrument de musique garni de cordes verticales, de grandeur graduellement décroissante, que l'on pince avec les deux mains. Jouer de la harpe. Pincer de la harpe. Joueur de harpe. Accompagnement de harpe. Clef de harpe. Les pédales d'une harpe. Au son de la harpe. On représente souvent David jouant de la harpe. Harpe éolienne. Voyez ÉOLIEN.

Littré (1872-1877)

HARPE (har-p') s. f.
  • 1Chez les anciens Juifs, instrument de musique triangulaire et portatif avec des cordes graduellement décroissantes. Toutes les fois que l'esprit malin envoyé du Seigneur se saisissait de Saül, David prenait sa harpe et en jouait ; et Saül en était soulagé, Sacy, Bible, Rois, I, XVI, 23. Ainsi nous, quand nous donnons une harpe à David, ce n'est que par conjecture ; ils [les Juifs] avaient des instruments à huit et à dix cordes, Fleury, Mœurs des Israél. tit. XV, 2e par. p. 193, dans POUGENS.

    Fig. et populairement. Il est parent du roi David, et joue de la harpe, se dit d'un filou, par un jeu de mots entre harpe et harper 2. Qu'auraient fait de plus des filous ? Tu sais donc jouer de la harpe ? J. Moreau, Suite du Virgile travesti, XI.

  • 2Chez les modernes, instrument de musique de forme semblable à la harpe juive, mais aussi haut que l'homme, et qui a une quarantaine de cordes. Jouer, pincer de la harpe. Un autre instrument pincé, qui, depuis cinq à six ans est fort fêté à Paris, c'est la harpe, surtout telle qu'elle est travaillée à présent, c'est-à-dire avec des pédales qui la rendent chromatique, Dict. des arts et mét. Luthier (1767)
  • 3Harpe éolienne, instrument à cordes monté de manière à rendre des sons quand le vent vient à le frapper. Corinne lui dit que c'étaient des harpes éoliennes que le vent faisait résonner et qu'elle avait placées dans quelques grottes du jardin, pour remplir l'atmosphère de sons aussi bien que de parfums, Staël, Corinne, VIII, 4.
  • 4 Fig. La poésie religieuse, sans doute par allusion à la harpe de David et à ses psaumes. Ah ! si jamais ton luth [de Byron], amolli par les pleurs, Soupirait sous tes doigts l'hymne de tes douleurs…, Jamais, jamais l'écho de la céleste voûte, Jamais ces harpes d'or que Dieu lui-même écoute, Jamais des séraphins les chœurs mélodieux De plus divins accords n'auraient ravi les cieux, Lamartine, Méd. I, 2. Ma harpe fut souvent de larmes arrosée, Lamartine, ib. II, 5.

    Harpe se dit quelquefois de la poésie en général, comme tout autre instrument de musique. Tremble, mol et faible la Harpe, Crains l'avenir où je t'attends ; Mon âpre luth vaincra ta harpe, Mes vers durs dureront longtemps, Lebrun, Épigr. (C'est Lemierre, poëte fort dur, qui est censé parler).

  • 5Nom vulgaire d'un poisson, la triple lyre de Linné (océan Atlantique, Méditerranée).

    Coquille univalve.

HISTORIQUE

XIIe s. Regehissez [confessez] al segnur en harpe, en saltier de dis cordes, cantez à lui, Liber psalm. p. 39.

XIIIe s. Plus lor plaist [la nouvelle] à ouïr que harpe ne vielle, Audefroi le Bastard, Romancero, p. 17.

XVe s. C'estoit [certains conseils] la chançon et la herpe Dont la saincte femme le berse, Deschamps, Miroir de mariage, p. 121.

XVIe s. David d'une harpe on decore, Marot, J. V, 300. Aux saules verts nos harpes nous pendismes, Marot, IV, 334.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

HARPE, s. f. (Hist. anc. & Lutherie.) instrument de Musique. Son origine est fort ancienne ; David en joüoit pour chanter les loüanges du Seigneur, & les sons mélodieux qu’il en tiroit empêchoient Saül d’être tourmenté du démon. La harpe du prophete-roi n’étoit pas celle d’aujourd’hui ; il n’auroit pû danser devant l’arche en joüant de cet instrument. On ignore & quelle étoit la harpe de David, & quel est l’inventeur de la nôtre. Les noms des inventeurs des choses utiles ou agréables sont presque tous ensevelis dans les ténebres des tems, moins parce que les écrits de ceux qui ont voulu conserver ces noms à la postérité sont perdus, que parce que la plûpart de nos inventions sont l’ouvrage, non d’un homme, mais des hommes. En effet, il est assez naturel de penser que ceux qui sont venus après, pressés par les mêmes besoins & excités par les mêmes passions, n’auront pas manqué de perfectionner ce qui n’étoit d’abord qu’imparfaitement ébauché, & qui ne méritoit pas encore auparavant le nom d’invention.

Il y a apparence que la harpe a pris naissance, de même que tous les instrumens de Musique, dans des tems d’abondance & de joie, ou qu’elle est le fruit des recherches de quelque spéculatif amateur de Musique.

Cet instrument (Pl. de Luth.) est composé de trois parties principales ; 1°. d’une caisse A, faite de bois leger & sonore ; 2°. d’un montant B, solide quand la harpe est simple, mais creux quand la harpe est organisée ; 3°. d’une bande C à chevilles pour attacher les cordes qui tiennent par l’autre extrémité, à la table ou partie supérieure de la caisse sonore. Cette bande contient encore des crochets d, qui peuvent avancer & reculer, pour faire les dièses. On étoit obligé, pour faire ces tons sur la harpe, d’appuyer sur un de ces crochets avec la main gauche, jusqu’à ce qu’il touchât la corde ; ce qui la raccourcissoit de la seizieme partie de sa longueur, & faisoit monter le son d’un semi-ton : mais c’étoit-là un inconvénient. Pour le faire sentir, les lecteurs doivent savoir qu’on fait vibrer les cordes de cet instrument, en les pinçant avec les doigts ; la main droite exécute ordinairement le dessus, & la gauche accompagne : ainsi aux endroits où il y a des dièses on étoit obligé de laisser aller le dessus seul, puisque la main qui devoit l’accompagner se portoit aux crochets. On a remédié à cette imperfection, en ajoûtant des pédales à cet instrument ; & on dit alors qu’il est organisé. Nous allons exposer l’art avec lequel ces pédales sont faites ; ensuite nous expliquerons leur méchanisme : afin de ne pas embrouiller la figure, nous ne tracerons qu’une des pédales ; le lecteur suppléera facilement les autres ; il lui suffit de savoir qu’il doit y en avoir autant que de notes dans l’octave, c’est-à-dire sept. EF est un levier dont l’appui G est dans une chappe qui tient au fond MN de la caisse sonore. Ce levier communique à un autre FI. dont l’appui H est aussi dans une chappe qui tient au même fond. A l’extrémité I est attaché un fil-d’archal IO, d’environ une ligne de diametre, qui tient au bout O du bras OP du levier coudé OPQ. Au point Q tient par une petite charniere simple, une mince lame de fer qui s’attache de même au levier composé RST, dont la partie ST, qui est à-peu-près perpendiculaire à la mince lame QR, est la queue d’un des crochets dièses : une pareille lame tient de même au point R, & communique à un levier semblable au précédent ; ainsi de suite. Le point V du dernier levier composé se joint toûjours par une lame de fer à un ressort X roulé en spirale ; & c’est-là l’assemblage de toutes les pieces qui composent une pédale dans cet instrument. Venons maintenant à son jeu, je dis à son jeu, parce qu’on ne sauroit expliquer le méchanisme de l’une, qu’en même tems on n’explique celui des autres.

Si l’on met le pié sur le bras EG du levier EH, que je suppose être la pédale d’ut, le point I descendra, de même que l’extrémité O ; alors les points R Y Z, &c. des leviers composés décriront des arcs en s’approchant de la tête de la harpe ; & les queues ST des crochets sortiront par rapport à la face A de la bande, ou rentreront par rapport à la face W : alors les crochets D sont montés à vis sur leurs queues, de maniere qu’ils toucheront toutes les cordes ut, lesquelles au lieu de vibrer depuis la table jusqu’aux obstacles 2, ne vibreront que depuis la table jusqu’aux obstacles 3, c’est-à-dire qu’elles seront raccourcies de la partie 3, 2, qui est égale à un seizieme de toute la corde : mais la tension restant la même, si une corde se raccourcit, elle doit rendre un nouveau son qui soit au premier réciproquement comme les longueurs des cordes. Or par la supposition, la corde est raccourcie d’un seizieme ; donc le premier son est au second comme 15 est à 16, c’est-à-dire que le dernier est plus haut que l’autre d’un semi-ton majeur ; mais le premier par l’hypothèse est l’ut naturel ; donc le second est l’ut dièse : & c’est ce qu’il falloit expliquer.

En cessant d’appuyer le pié sur la pédale, le ressort spiral, que la pression du pié avoit forcé à se bander, remettra, en se rétablissant, les choses comme elles étoient auparavant. Mais s’il y a des dièses tout le long de la piece, par exemple, si la note ut est par-tout dièse, quand on aura baissé la pédale, pour n’être pas obligé d’avoir toûjours le pié posé dessus, on la poussera à côté. Pour favoriser ce mouvement, le levier EF est brisé en K ; de maniere que sa partie EK peut se mouvoir horisontalement autour du point K, mais seulement d’un côté : étant poussée, comme nous venons de dire, la pédale ne pourra remonter, à-cause qu’elle rencontrera la cheville L, placée exprès pour cela en cet endroit : par ce moyen, tous les ut seront dièses ; & le pié qui sera libre pourra faire les dièses accidentels qui pourroient se rencontrer dans la piece.

Pour empêcher que le bas des pédales ne se détruise, soit par l’humidité, par la poussiere, ou par le choc de quelques autres corps étrangers, on adapte un double fond 4, 5, à la harpe, & on enveloppe l’entre-deux par une bande légere de bois, ou par la continuité des faces latérales de la caisse sonore, en laissant de petites fenêtres pour passer les queues des pédales. Enfin on couvre le devant du montant B, de même que le devant de la bande C, l’un & l’autre d’une planche mince, afin de garantir d’insulte ce que chacune de ces pieces contient dans son intérieur.

Il nous reste encore à dire pourquoi la bande C est courbée en-dedans, & pourquoi la caisse sonore est plus grosse vers le bas. 1°. Ceux qui joüent de cet instrument ont remarqué, lorsque la bande C est droite, que quoique les cordes les plus minces soient beaucoup plus courtes que les grosses, cependant elles cassoient constamment plus souvent que les autres : d’où ils ont conclu qu’il falloit, pour leur donner plus de résistance, les raccourcir davantage ; & c’est ce qu’on a fait en courbant la traverse. 2°. Comme les petites cordes s’attachent vers le haut de la caisse sonore, & les grosses vers le bas, & que les sons que rendent celles-ci ont plus d’intensité que les sons que rendent celles-là ; il étoit nécessaire de faire la caisse plus vaste & plus forte aux endroits où sont attachées les grosses, qu’à ceux où sont attachées les petites : afin qu’il y eût dans le bois de la caisse une inertie proportionnée à l’intensité des sons, & que le volume d’air renfermé, de même que celui qui environne la caisse immédiatement, fût dans une espece de proportion avec la force de ces sons. La meilleure harpe sans doute seroit celle où la force du son seroit en équilibre avec les parties correspondantes de la caisse sonore.

Cet instrument rend des sons doux & harmonieux ; il est très-touchant & plus propre à exprimer la tendresse & la douleur, que les autres affections de l’ame. Les cordes de la harpe veulent être touchées avec modération ; autrement elles rendroient des sons confus, comme feroit le clavecin, si les vibrations des cordes n’étoient pas arrêtées par un obstacle. Enfin je dirai pour finir, que les Irlandois sont entre tous les peuples ceux qui passent pour joüer le mieux de cet instrument. Cet article a été donné par M. le comte de Hoghenski, qui veut bien nous permettre de lui rendre ici, en le nommant, un témoignage public de reconnoissance : c’est peut-être le plus modeste & le plus habile joüeur de harpe. Il y joint la connoissance de la plus profonde & brillante harmonie au goût noble d’un homme de qualité qui a bien profité d’une éducation proportionnée à sa haute naissance. (B)

Harpe, (Mythologie.) c’est un symbole d’Apollon ; de sorte que sur les médailles, une ou deux harpes marquent les villes où ce dieu étoit adoré comme chef des Muses. Quand la harpe est entre les mains d’un centaure, elle désigne Chiron, maître d’Achille ; quand elle est jointe au laurier & au couteau, elle marque les jeux apollinaires. (D. J.)

Harpe, (Hist. nat.) c’est le nom que l’on donne à une coquille bivalve, à cause de sa ressemblance avec une harpe : il y a des auteurs qui l’appellent la lire.

* Harpe, (Art milit.) espece de pont-levis ainsi appellé de sa ressemblance avec la harpe, instrument de Musique. Ce pont de membrures appliqué perpendiculairement contre la tour, avoit, comme la harpe, des cordes qui l’abaissoient sur le mur, par le moyen de poulies ; & aussi-tôt des soldats sortoient de la tour pour se jetter sur le rempart par ce passage. Dictionn. de Trév.

Harpes, (Maçonnerie.) pierres qu’on laisse alternativement en saillie à l’épaisseur d’un mur, pour faire liaison avec un autre qui peut être construit dans la suite. On appelle aussi harpes les pierres plus larges que les carreaux dans les chaînes, jambes-boutisses, jambes sous poutre, &c. pour faire liaison avec le reste de la maçonnerie d’un mur. (P)

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Étymologie de « harpe »

(Siècle à préciser) Du latin harpa ; voir aussi harpon, harper.
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Provenç. espagn. et ital. arpa ; portug. harpa ; du bas-lat. harpa, qui désignait un instrument de musique usité chez les Germains, et qui vient du germanique : anc. scand. harpa ; anglo-sax. hearpe ; anc. h. allem. harpha ; allem. mod. Harfe. Diez pense que harpa a été dit ainsi de sa forme en crochet, et que c'est le même mot que harpe 2 (voy. HARPER 2).

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Phonétique du mot « harpe »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
harpe arp

Citations contenant le mot « harpe »

  • Le poète sait jouer sur une harpe sans cordes et il sait ensuite répondre à ceux qui prétendent n'avoir pas entendu la musique. De Lao-Tseu
  • Le pire tyran n'est pas l'homme qui gouverne par la terreur. Le pire est celui qui gouverne par l'amour et en joue comme d'une harpe. De Gilbert Keith Chesterton
  • Une harpe donc, mais aussi l’improbable invention de deux nouveaux diplômés du master dirigé par M. Coussy : Baptiste Vernau et Aymeric Aillet ont relevé le défi de construire une harpe sans corde, un instrument de musique laser. Alors que leurs carrières naissantes les conduisent à travailler sur des problématiques liées à la domotique, à la cybersécurité, les deux hommes ont pu exercer leurs compétences sur un nouveau terrain. Le Monde.fr, L’université de Bretagne revisite la harpe celtique
  • Samedi 11 juillet, 18 h : Conférence concert ‘découverte de la harpe’. Histoire musicale et anecdotes autour des harpes traditionnelles avec Lili. Maison de la Harpe, 6, rue de l’Horloge, à Dinan. Tarif unique 5 €. , Dinan : des concerts de harpe ce week-end | Le Petit Bleu
  • Vous cherchez à prendre des cours de musique tout en rencontrant du monde? Vos enfants ont envie de s'exprimer artistiquement ? L'association Musikar propose des cours collectifs de musique toute l'année : chorale, piano, oud, violon, guitare, batterie... et l'année prochaine la harpe celtique. Venez découvrir cet instrument doux et original (à écouter et à essayer) avec Maëlenn. Le samedi 18 juillet, de 14h à 16h30 dans le jardin de la Fabrique à Simandre sur Suran. Et aussi : son atelier d'improvisation (ouvert à tous) et l'initiation/éveil musical.e (pour les 5 - 7 ans) , Decouverte de la Harpe Celtique : Concert a Simandre sur Suran
  • Son concert de harpe celtique à la chapelle de Ty Mamm Doué, à Quimper, a été maintenu après un « long combat ». Elle se contentera, ce mercredi 15 juillet, d’une chapelle limitée à 60 personnes. « Ça sera étrange cette ambiance silencieuse sans claquement de chaises ni rien, s’imagine-t-elle. Mais je préfère jouer devant moins de monde que ne pas jouer du tout ». Sa patience et son abnégation - via de nombreux coups de téléphone - ont finalement été récompensées. La musicienne assure qu’elle doit le maintien de son concert à une « collaboration culturelle » entre la paroisse et la Ville. Le Telegramme, En concert à Quimper, Nolwenn Arzel se bat « pour faire vivre la culture » [vidéo] - Quimper - Le Télégramme
  • Seule et unique manufacture de harpe en France, Camac, située à Mouzeil près d’Ancenis, s’inquiète de l’éventuel contrecoup de la crise sanitaire sur sa clientèle française et internationale. France Bleu, La relance éco : à Mouzeil, le fabricant de Harpes Camac craint le contrecoup de la crise sanitaire
  • Depuis le déconfinement, l’activité de l’école de harpe Hent Telenn Breizh a repris sous forme de cours particuliers, le plus souvent en plein air. L’année de harpe s’est terminée en toute beauté pour Pawel, 8 ans, qui a obtenu un premier diplôme, le niveau préparatoire A. Les niveaux préparatoires sont décernés par le professeur. Ils valident la progression des élèves et conduisent au passage des degrés, reconnaissance de niveau en harpe celtique ancienne mise en place par l’association Hent Telenn Breizh, la Voix de la harpe en Bretagne. Pawel n’a commencé la harpe qu’au mois d’octobre dernier. Le Telegramme, Le premier diplôme d’un jeune harpiste - Plounéour-Ménez - Le Télégramme
  • Nolwenn Arzel sera en concert à Plouzané, le 16 juillet, chez l’habitant. Cette nouvelle artiste montante de la harpe celtique en Bretagne présentera son dernier album, « A Nezh Kalon - De Toute Mon Âme », sorti en avril 2017. À la fois rempli de sensibilité, de poésie et surtout d’engagement, il offre plusieurs chansons, dont un très beau texte qui rend hommage à son oncle, Alphonse Arzel, longtemps sénateur-maire de Ploudalmézeau, et à son combat, suite à la marée noire causée par le pétrolier « Amoco Cadiz », en 1978, au large des côtes du Pays d’Iroise. Sur cet album plein d’émotion, Gilles Servat chante en duo avec la harpiste. Le Telegramme, Nolwenn Arzel et sa harpe en concert à Plouzané, le 16 juillet - Plouzané - Le Télégramme

Images d'illustration du mot « harpe »

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Traductions du mot « harpe »

Langue Traduction
Anglais harp
Espagnol arpa
Italien arpa
Allemand harfe
Chinois 竖琴
Arabe القيثارة
Portugais harpa
Russe арфа
Japonais ハープ
Basque arpa
Corse arpa
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Synonymes de « harpe »

Source : synonymes de harpe sur lebonsynonyme.fr
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