Perpétuel : définition de perpétuel


Perpétuel : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PERPÉTUEL, -ELLE, adj.

A. − [Gén. en parlant d'un inanimé] Qui ne connaît pas de cesse, qui dure indéfiniment. Synon. continu, continuel, éternel, incessant, permanent.Été, flux, printemps, renouvellement, retour, suintement perpétuel; vie perpétuelle. Des vierges étaient chargées comme les vestales à Rome, du soin d'entretenir le feu sacré perpétuel (Dupuis, Orig. cultes, 1796, p.34).Les arbres, dont l'humidité perpétuelle moisit les reliques du musée alpin (Peyré, Matterhorn, 1939, p.46):
1. L'homme est donc perpétuel comme la fin à qui il est adressé. Incorruptible, dans son âme comme dans son corps, qui en est l'instrument nécessaire, la mort est pour lui un accident violent. Claudel, Art poét., 1907, p.197.
Alliance perpétuelle. Alliance conclue sans limitation de durée. (Dict.xixeet xxes.).
Calendrier* perpétuel. Concession* perpétuelle.
Mouvement perpétuel. Mouvement qui, une fois déclenché, se continuerait toujours de lui-même, sans altération. Ne pas admettre la réalité d'un mouvement perpétuel dans l'univers comme dans la matière au niveau atomique, c'est vouloir demeurer aveugle devant la plus magistrale évidence (L.-R. Hatem, Et l'univers fut, Le Dragon Éditeur-France, 1973, p.44).Loc. verb. fig. Chercher le mouvement perpétuel. Chercher la solution d'un problème insoluble. (Dict.xixeet xxes.).
Neige(s)* perpétuelle(s).
Paix perpétuelle. Paix universelle et permanente entre tous les hommes dont le projet a été souvent envisagé au cours de l'histoire. Ceux qui ont voulu établir un tribunal pour juger les querelles des nations, et établir ainsi entre elles une paix perpétuelle (Bonald, Législ. primit., t.2, 1802, p.98).
HORTIC. [En parlant d'une plante cultivée] Qui fleurit ou fructifie deux ou trois fois par an. Roses perpétuelles. Comme une fraise perpétuelle, je choisis, à l'exclusion de toute autre, celle de Gaillon, excellente, très fertile, donnant depuis le mois de mai jusqu'aux gelées (Gressent, Potager mod., 1863, p.381).
RELIG. CATHOL.
Adoration perpétuelle. Adoration du Saint-Sacrement exposé, par des fidèles qui se relaient pour prier devant lui, de façon que l'adoration soit continue. V. adoration ex. 9.
Notre-Dame du Perpétuel Secours. Une des appellations de la Vierge. Ses yeux levés au ciel voyaient Notre-Dame du Perpétuel Secours (Mauriac, Myst. Frontenac, 1933, p.125).
B. −
1. [En parlant d'une condamnation pénale] Qui dure, qui doit durer toute la vie. Bannissement perpétuel; réclusion perpétuelle. La Chambre a adopté le projet de loi avec un amendement conseillé par le roi; elle a ajouté celui de l'exil perpétuel des régicides (Maine de Biran, Journal, 1816, p.96).L'évêque fut condamné à subir une prison perpétuelle au château Saint-Ange (Stendhal, Abbesse Castro, 1839, p.230).
2. [En parlant d'une pers.] Qui remplit une charge à vie. Si vous leur permettez d'être continuellement réélus, ils deviendront bientôt administrateurs perpétuels (Le Moniteur, t.2, 1789, p.343).J'ai détaché de mes journaux quelques mémoires (...) je vous prie, M. de les faire remettre à M. de Condorcet, secrétaire perpétuel de l'Académie, et mon correspondant (Voy. La Pérouse, t.4, 1797, p.164).
HIST. DU DR. CANON, vx. Vicaire perpétuel. Prêtre chargé des fonctions de curé dans une paroisse où le titre curial appartenait à un autre. (Ds Ac. 1798).
3. DROIT
a) [En parlant d'un avantage] Qui dure toute la vie. Pension, propriété, rente perpétuelle; usufruit perpétuel. Toute épargne, tout accroissement de capital, prépare un gain annuel et perpétuel (Say, Écon. pol., 1832, p.115):
2. ... le roi Hilperik prit dans sa main droite la main de sa nouvelle épouse (...) en prononçant à haute voix les noms des cinq villes qui devaient, à l'avenir, être la propriété de la reine. L'acte de cette donation perpétuelle et irrévocable fut aussitôt dressé en langue latine... Thierry, Récits mérov., t.1, 1840, p.354.
b) Loc. adv. À perpétuelle demeure. De la ,,manière dont un meuble doit être attaché à un fonds pour devenir immeuble par destination`` (Cap. 1936). V. demeure ex. 4.
4. HIST. ROMAINE. Édit perpétuel. Édit que publiait le prêteur romain entrant en charge et d'après lequel il jugeait pendant la durée de ses fonctions. (Dict.xixeet xxes.).
5. DR. CANON. Voeux perpétuels (p.oppos. à voeux temporaires). Voeux solennels qui engagent pour sa vie un religieux ou une religieuse. Quelquefois, le voeu de chasteté était joint à celui de l'obéissance; et remarquez que ces voeux étaient, ainsi que ceux des profès, perpétuels (Huysmans, Oblat, t.1, 1903, p.202).
C. −
1. [En parlant d'un inanimé] Qui est continuel, incessant. Bruit, vent perpétuel; perpétuel mal de tête, rhume de cerveau, tremblement; cauchemar, combat, danger, désir, effort, étonnement, ravissement, souci, soupçon perpétuel; crainte, crise, peur perpétuelle. Elle était sans doute sous les platanes, près de la fontaine, dans le perpétuel frisson de cette eau murmurante (Zola, Dr Pascal, 1893, p.86).Le trait le plus saillant de son caractère était une impatience chronique, un mécontentement perpétuel qui devenait de la rage à la plus légère contradiction (Bloy, Femme pauvre, 1897, p.202):
3. Mécontents, fatigués de Naples, ils décidèrent de retourner à Rome. Un perpétuel besoin de changement les agitait, comme le malade qui dans son lit cherche en vain une place fraîche et transporte sa fièvre avec son corps. Maurois, Ariel, 1923, p.259.
2. [En parlant d'une pers.] Qui est, de manière continue ou répétitive, dans un état ou dans une situation donnée. (Dict.xxes.). Un malade perpétuel, un perpétuel bavard, un invité perpétuel.
D. − Le plus souvent au plur. [En parlant d'un inanimé] Qui se renouvelle souvent. Synon. fréquent, réitéré, répété; anton. exceptionnel, rare.Lassé par leurs perpétuelles criailleries, par leurs continuelles récriminations (Huysmans, Art mod., 1883, p.278).Tu crois que j'ai besoin de ces scènes perpétuelles? Tu te trompes drôlement! (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.264):
4. La beauté du pays, celle de la saison, celle des routes, la propreté des auberges, l'air de bonheur, de raison et de régularité des habitants, sont, pour tout voyageur qui observe, une source de jouissances perpétuelles. Constant, «Cahier rouge», 1830, p.74.
REM.
Perpétualité, subst. fém.,rare. Fait d'être perpétuel, de durer. Elle se dit qu'il n'est pas temps encore de cesser de torturer, et qu'il faut auparavant donner au condamné les plausibles raisons qui déterminèrent la perpétualité du supplice (Lautréam., Chants Maldoror, 1869, p.314).
Prononc. et Orth.: [pε ʀpetɥ εl]. Ac. 1694 et 1718: -petuel; dep. 1740: -pétuel. Étymol. et Hist. 1236 perpetual (Tuetey, Doc. inéd. sur la Fr.-Comté, p.8 ds Gdf. Compl.); 1251 aumone perpetuel (Chartes de Haute-Marne, éd. J.-G. Gigot ds Doc. ling. de la France, t.1, p.31); 1320 «qui remplit une charge à vie» (Cartul. d'Arras, B.N. l. 17737, fo130 rods Gdf. Compl.: capelains ... perpetueus); 1547 p.exagér. «fréquent, habituel» (Noël du Fail, Propos rustiques, éd. J. Assézat, t.1, p.104: perpetuelle inimitié). Empr. au lat. perpetualis «permanent, qui dure indéfiniment» (dér. de perpetuus «qui est continu, sans interruption»). Fréq. abs. littér.: 2423. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3523, b) 2722; xxes.: a) 3710, b) 3607. Bbg. Quem. DDL t.7.

Perpétuel : définition du Wiktionnaire

Adjectif

perpétuel \pɛʁ.pe.tɥɛl\

  1. Qui ne cesse pas ; qui dure toujours.
    • En supposant le taux de l’intérêt stationnaire et égal, par exemple, à 5 pour 100, un capital de 100 fr. vaut une rente perpétuelle de 5 fr., […]. — (Joseph Bertrand, Traité d'arithmétique, page 218, L. Hachette et Cie, 1863)
    • Ils convainquirent mes grands-parents d’agrandir leur maison de deux étages. Ils auraient à engager environ trois mille francs. Mon père fit remarquer que cette somme en rente perpétuelle à 3 p. 100 leur rapporterait à peine cent francs, alors que la location des deux étages leur assurerait un revenu d’au moins cinq cents francs. — (Édouard Bled, J’avais un an en 1900, Fayard, 1987, Le Livre de Poche, page 79.)
    • Les comptes nationaux sont une construction sociale, en perpétuelle évolution, reflétant toujours les préoccupations d'une époque. Les chiffres qui en sont issus ne doivent pas être fétichisés. — (Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, éd. du Seuil, 2013, p. 103)
    • Cette plante est extraordinairement vivace, elle ne se resème pas chaque année comme le chanvre et le lin: elle est perpétuelle, et devient de plus en plus vigoureuse et féconde. — (La ramie, nouveau textile soyeux: communication présentée à la Société des sciences industrielles de Lyon, dans la séance du 14 février 1877, par M. Léger, Lyon : Imprimerie Storck, 1877, p. 6)
  2. (En particulier) Qualifie les neiges qui ne fondent jamais.
  3. (Horticulture) Qualifie des plantes dites aussi remontantes, qui fleurissent, fructifient pendant toute la bonne saison.
  4. Qui dure toute la vie d’un homme.
    • Il suffit de rappeler qu'en 1629, un arrêt, provoqué par le procureur-général, interdit aux moines d'infliger aux leurs la prison perpétuelle, l’In pace, etc. Ces cruautés continuèrent, […]. — (Jules Michelet, Du prêtre, de la femme, de la famille, 3e éd., Hachette & Paulin, 1845, Préface de la 3e édition, p.XXIII)
  5. Qualifie certaines charges, certaines dignités dont on est pourvu pour toute la vie, à la différence de celles qu’on ne possède que pour un temps limité.
    • Après des discussions très prolongées […] l’Académie, très partagée, pour se tirer d’affaire, s’en remit purement et simplement à son secrétaire perpétuel, M. Joseph Thoulier, abbé d’Olivet. — (Émile Faguet, Simplification simple de l’orthographe, 1905)
  6. Qui est continuel.
    • […] le progrès est un perpétuel devenir, nulle méthode ne saurait être considérée comme immuable, tout est en mouvement, tout est continuellement améliorable, tout ce qui existe aujourd’hui sera demain mieux encore… — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Son emploi lui donne un travail perpétuel, une occupation perpétuelle.
    • C’est un tourment perpétuel que de vivre avec de telles responsabilités.
  7. (Par hyperbole) Qui est fréquent, habituel.
    • Camus […], se saisit de la corde au bout de laquelle Blanchette bêlante, la queue animée d’un perpétuel frétillement, attendait qu’on se mit en route. — (Louis Pergaud, L’Argument décisif, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Ce sont des vicissitudes perpétuelles.
    • De perpétuelles interruptions.
    • Des débats perpétuels.
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Perpétuel : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PERPÉTUEL, ELLE. adj.
Qui ne cesse point, qui dure toujours. Rente annuelle et perpétuelle. Fonder un service perpétuel. Un feu perpétuel brûlait dans le temple de Vesta. Ériger un monument perpétuel. Il règne dans cette contrée un printemps perpétuel. Neiges perpétuelles, Neiges qui ne fondent jamais. En termes d'Horticulture, Roses perpétuelles, fraises perpétuelles, Roses, fraises qui fleurissent, fructifient pendant toute la bonne saison. On dit plutôt aujourd'hui Roses, fraises remontantes. En termes de Physique, Mouvement perpétuel, Mouvement qui, une fois déclenché, se continuerait toujours de lui-même, en produisant un travail, et sans jamais exiger un renouvellement de force motrice. C'est un postulat fondamental de la mécanique que le mouvement perpétuel est impossible. Fig. et fam., Chercher le mouvement perpétuel, Chercher la solution d'une question insoluble. Fig. et fam., C'est le mouvement perpétuel se dit d'une Personne qui est toujours en mouvement, qui ne peut rester en place.

PERPÉTUEL se dit aussi de Certaines choses qui durent toute la vie d'un homme. Être condamné à un bannissement perpétuel. Il se dit en ce sens de Certaines charges, de certaines dignités dont on est pourvu pour toute la vie, à la différence de celles qu'on ne possède que pour un temps limité. Cette dignité, cette fonction est perpétuelle. Dans les cinq sections de l'Institut, les secrétaires sont perpétuels. Secrétaire perpétuel de l'Académie française.

PERPÉTUEL signifie aussi Qui est continuel. Il est dans des exercices perpétuels de pénitence, dans des austérités perpétuelles. Son emploi lui donne un travail perpétuel, une occupation perpétuelle. C'est un tourment perpétuel que de vivre avec de telles responsabilités. Il signifie encore, par exagération, Qui est fréquent, habituel. Ce sont des vicissitudes perpétuelles. De perpétuelles interruptions. Un changement perpétuel de domestiques. Des plaintes perpétuelles. Des débats perpétuels.

Perpétuel : définition du Littré (1872-1877)

PERPÉTUEL (per-pé-tu-èl, è-l') adj.
  • 1Qui ne cesse point, qui dure toujours. Parole… à laquelle Dieu joint la promesse d'un empire perpétuel qui s'étendra sur tous les gentils et n'aura d'autres bornes que celles du monde, Bossuet, Hist. II, 4. Il [Dieu] réserve une plus douce familiarité aux justes, qui sont ses anciens et perpétuels amis, Bossuet, Mar.-Thér.

    Mouvement perpétuel, voy. MOUVEMENT, n° 3.

    En diplomatie, alliance perpétuelle, alliance dont la durée n'est point limitée.

    Terme de jurisprudence. Perpétuelle demeure, se dit d'un objet mobilier qu'on a placé dans un lieu pour y rester perpétuellement. Sont aussi immeubles par destination tous effets mobiliers que le propriétaire a attachés au fonds à perpétuelle demeure, Code Nap. art. 524.

    Terme de droit romain. Édit perpétuel, édit par lequel le préteur entrant en fonction déclarait quelles règles il suivrait dans l'administration de la justice, et qui ne variait plus pour toute l'année où il était en charge.

    On donna aussi le nom d'édit perpétuel à la codification des édits prétoriens faite sous l'empereur Adrien par le jurisconsulte Salvius Julianus.

    En horticulture, roses perpétuelles, fraises perpétuelles, roses, fraises qui fleurissent, fructifient pendant toute la bonne saison.

  • 2Qui dure toute la vie. Condamné à un bannissement perpétuel. Alphonse le Chaste régnait en Espagne ; la continence perpétuelle que garda ce prince, lui mérita ce beau titre, Bossuet, Hist. I, 11.

    Il se dit de certaines charges ou dignités dont on est pourvu pour toute la vie. Dans les académies qui forment l'Institut, les secrétaires sont perpétuels. Sommes-nous assez heureux pour que M. d'Alembert soit notre sécrétaire perpétuel ? je réponds du moins que, s'il y a de la perpétuité, ce sera pour son nom, Voltaire, Lett. Marmontel, 11 avr. 1772.

  • 3Continuel, incessant. Son oraison fut perpétuelle pour être égale au besoin, Bossuet, Mar.-Thér. La vie d'un homme de lettres est un combat perpétuel, et on meurt les armes à la main, Voltaire, Lett. d'Argent. 3, nov. 1766. Et quoiqu'elles n'eussent pas le pouvoir de faire du bien, elles en avaient la volonté perpétuelle, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.
  • 4Fréquent, habituel. Des débats perpétuels.
  • 5 S. f. Perpétuelle, ancienne sorte d'étoffe, Tabl. annexé aux lett. pat. du 22 juill. 1760.

HISTORIQUE

XIIIe s. Et s'ame ala en benoist lieu où est la perpetuel gloire, Latini, Trés. p. 93. Et fu ensi recheus [reçu] et la cité rendue ; et fu mis en prison perpetuel, Chr. de Rains, 36.

XIVe s. Pource que homme est temporel, et par soy homme ou celle ydée est perpetuel, Oresme, Eth. VI, 11. Tousjours sont li malvais contre les bons cruel ; Ce n'est pas à ung terme, mais à perpetuel, Girart de Ross. v. 3138.

XVIe s. Ilz le suivirent tous voluntairement, comme estant leur capitaine perpetuel, Amyot, Philop. 20.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PERPÉTUEL. Ajoutez :
6 Terme d'horticulture. Se dit de certains végétaux, qui, tels que les fraisiers, les framboisiers, les rosiers, etc. remontent régulièrement, c'est-à-dire fleurissent et fructifient une deuxième fois et quelquefois même une troisième fois. La poire beurré perpétuel, ainsi nommée, non parce qu'elle donne continuellement des fruits, comme le nom semble l'indiquer, mais parce qu'elle produit normalement deux récoltes, qui, chaque année, arrivent à parfaite maturité, Rev. horticole, 1er sept. 1876, p. 322.
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Perpétuel : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PERPÉTUEL, adj. (Métaph.) est proprement ce qui dure toujours, ou qui ne finit jamais. Voyez Éternité.

Perpétuel, se dit quelquefois de ce qui dure tout le long de la vie de quelqu’un. Ainsi les offices qui durent toute la vie, sont appellés perpétuels. Le secrétaire de l’académie des Sciences est perpétuel, &c. Chambers.

Mouvement perpétuel, est un mouvement qui se conserve & se renouvelle continuellement de lui-même, sans le secours d’aucune cause extérieure ; ou c’est une communication non interrompue du même degré de mouvement qui passe d’une partie de matiere à l’autre, soit dans un cercle, soit dans un autre courbe rentrante en elle-même ; de sorte que le même mouvement revienne au premier moteur, sans avoir été altéré. Voyez Mouvement.

Trouver le mouvement perpétuel, ou construire une machine qui ait un tel mouvement, est un problème fameux, qui exerce les Mathématiciens depuis 2000 ans.

Nous avons une infinité de desseins, de figures, de plans, de machines, de roues, &c. qui sont le fruit des efforts qu’on a faits pour résoudre ce problème. Il seroit inutile & déplacé d’en donner ici le détail ; il n’y a aucun de ces projets qui mérite qu’on en fasse mention, puisque tous ont avorté. C’est aussi plutôt une insulte qu’un éloge, de dire de quelqu’un qu’il cherche le mouvement perpétuel : l’inutilité des efforts que l’on a faits jusqu’ici pour le trouver, donnent une idée peu favorable de ceux qui s’y appliquent.

En effet, il paroît que nous ne devons guere espérer de le trouver. Parmi toutes les propriétés de la matiere & du mouvement, nous n’en connoissons aucune qui paroisse pouvoir être le principe d’un tel effet.

On convient que l’action & la réaction doivent être égales, & qu’un corps qui donne du mouvement à un autre, doit perdre autant de mouvement qu’il en communique. Or dans l’état présent des choses, la résistance de l’air, les frottemens, doivent nécessairement retarder sans cesse le mouvement. Voyez Résistance.

Ainsi pour qu’un mouvement quelconque pût subsister toujours, il faudroit, ou qu’il fût continuellement entretenu par une cause extérieure ; & ce ne seroit plus alors ce qu’on demande dans le mouvement perpétuel : ou que toute résistance fût entierement anéantie ; ce qui est physiquement impossible. Voyez Matiere & Frottement.

Par la seconde loi de la nature (Voyez Nature), les changemens qui arrivent dans le mouvement des corps sont toujours proportionnels à la force motrice qui leur est imprimée, & sont dans la même direction que cette force : ainsi une machine ne peut recevoir un plus grand mouvement que celui qui réside dans la force motrice qui lui a été imprimée.

Or sur la terre que nous habitons, tous les mouvemens se font dans un fluide résistant, & par conséquent ils doivent nécessairement être retardés : donc le milieu doit absorber une partie considérable du mouvement. Voyez Milieu.

De plus, il n’y a point de machine où on puisse éviter le frottement, parce qu’il n’y a point dans la nature de surfaces parfaitement unies, tant à cause de la maniere dont les parties des corps sont adhérentes entre elles, qu’à cause de la nature de ces parties, & du peu de proportion qu’il y a entre la matiere propre que les corps renferment, & le volume qu’ils occupent. Voyez Frottement.

Ce frottement doit par conséquent diminuer peu-à-peu la force imprimée ou communiquée à la machine : de sorte que le mouvement perpétuel ne sauroit avoir lieu, à-moins que la force communiquée ne soit beaucoup plus grande que la force génératrice, & qu’elle ne compense la diminution que toutes les autres causes y produisent : mais comme rien ne donne ce qu’il n’a pas, la force génératrice ne peut donner à la machine un degré de mouvement plus grand que celui qu’elle a elle-même.

Ainsi toute la question du mouvement perpétuel en ce cas, se réduit à trouver un poids plus pesant que lui-même, ou une force élastique plus grande qu’elle-même.

Ou enfin, en troisieme & dernier lieu, il faudroit trouver une méthode de regagner par la disposition & la combinaison des puissances méchaniques, une force équivalente à celle qui est perdue. C’est principalement à ce dernier point, que s’attachent tous ceux qui veulent résoudre ce problème. Mais comment, ou par quels moyens, peut-on regagner une telle force ?

Il est certain que la multiplication des forces ou des puissances ne sert de rien pour cela : car ce qu’on gagne en puissance, est perdu en tems ; de sorte que la quantité de mouvement demeure toujours la même.

Jamais la méchanique ne sauroit faire qu’une petite puissance soit réellement égale à une plus grande, par exemple que 25 livres soient équivalentes à 100. S’il nous paroît qu’une puissance moindre soit équivalente à une plus grande, c’est une erreur de nos sens. L’équilibre n’est pas véritablement entre 25 livres & 100 livres, mais entre 100 livres qui se meuvent ou tendent à se mouvoir avec une certaine vîtesse, & 25 livres qui tendent à se mouvoir avec quatre fois plus de vîtesse que les 100 livres.

Quand on considere les poids 25 & 100 comme fixes & immobiles, on peut croire d’abord que les 25 livres seules empêchent un poids beaucoup plus grand de s’élever ; mais on se détrompera bientôt si on considere l’un & l’autre poids en mouvement, car on verra que les 25 livres ne peuvent élever les 100 livres qu’en parcourant dans le même tems un espace quatre fois plus grand. Ainsi les quantités de mouvement virtuelles de ces deux poids seront les mêmes, & par conséquent il n’y aura plus rien de surprenant dans leur équilibre.

Une puissance de 10 livres étant donc mûe, ou tendant à se mouvoir avec dix fois plus de vîtesse qu’une puissance de 100 livres, peut faire équilibre à cette derniere puissance ; & on en peut dire autant de tous les produits égaux à 100. Enfin, le produit de part & d’autre doit toujours être de 100, de quelque maniere qu’on s’y prenne ; si on diminue la masse, il faut augmenter la vitesse en même raison.

Cette loi inviolable de la nature, ne laisse autre chose à faire à l’art que de choisir entre les différentes combinaisons qui peuvent produire le même effet. Voyez Lois de la nature, au mot Nature. Chambers. (O)

M. de Maupertuis, dans une de ses lettres sur différens sujets de Philosophie, fait les réflexions suivantes sur le mouvement perpétuel. Ceux qui cherchent ce mouvement excluent des forces qui doivent le produire non-seulement l’air & l’eau, mais encore quelques autres agens naturels qu’on y pourroit employer. Ainsi ils ne regardent pas comme mouvement perpétuel celui qui seroit produit par les vicissitudes de l’atmosphere, ou par celles du froid & du chaud.

Ils se bornent à deux agens, la force d’inertie, voyez Inertie, & la pesanteur, voyez Pesanteur ; & ils réduisent la question à savoir si on peut prolonger la vîtesse du mouvement, ou par le premier de ces moyens, c’est-à-dire en transmettant le mouvement par des chocs d’un corps à un autre ; ou par le second, en faisant remonter des corps par la descente d’autres corps, qui ensuite remonteront eux-mêmes pendant que les autres descendront. Dans ce second cas il est démontré que la somme des corps multipliés chacun par la hauteur d’où il peut descendre, est égal à la somme de ces mêmes corps, multipliés chacun par la hauteur où il pourra remonter. Il faudroit donc, pour parvenir au mouvement perpétuel par ce moyen, que les corps qui tombent & s’élevent conservassent absolument tout le mouvement que la pesanteur peut leur donner, & n’en perdissent rien par le frottement ou par la résistance de l’air, ce qui est impossible.

Si on veut employer la force d’inertie, on remarquera, 1°. que le mouvement se perd dans le choc des corps durs ; 2°. que si les corps sont élastiques, la force vive à la vérité se conserve. Voyez Conservation des forces vives. Mais outre qu’il n’y a point de corps parfaitement élastiques, il faut encore faire abstraction ici des frottemens & de la résistance de l’air. D’où M. de Maupertuis conclut qu’on ne peut espérer de trouver le mouvement perpétuel par la force d’inertie, non plus que par la pesanteur, & qu’ainsi ce mouvement est impossible. Lettre XXII.

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Étymologie de « perpétuel »

Étymologie de perpétuel - Littré

Provenç. perpetual ; ital. perpetuale ; du lat. perpetualis (voy. PERPÉTUER).

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Étymologie de perpétuel - Wiktionnaire

Selon Littré : de l’occitan perpetual ; de l’italien perpetuale ; du latin perpetualis.
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Phonétique du mot « perpétuel »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
perpétuel pɛrpetyœl play_arrow

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  • Le mouvement des marées et le mouvement des capitaux sont les deux mamelles du mouvement perpétuel. De Pierre Dac
  • Celui qui a des ennuis ne peut pas les prendre perpétuellement au sérieux. De Charlie Chaplin / Ma vie
  • La science cherche le mouvement perpétuel. Elle l'a trouvé : c'est elle-même. De Victor Hugo
  • Chaque substance simple est un miroir vivant perpétuel de l'univers. De Leibniz / La Monadologie
  • Ce perpétuel mourir qu'on appelle, faute de mieux, le présent. De Louis Aragon
  • La constance en amour est une inconstance perpétuelle. De François de La Rochefoucauld / Maximes
  • Le regard indifférent est un perpétuel adieu. De Malcolm de Chazal / Sens-plastique
  • La sincérité est un perpétuel effort pour créer son âme telle qu'elle est. De Jacques Rivière
  • La fantaisie est un perpétuel printemps. De Johann Friedrich von Schiller
  • L'histoire est un perpétuel recommencement. De Thucydide
  • L’histoire humaine n’est qu’un effort incessant d’invention, et la perpétuelle évolution est une perpétuelle création. De Jean Jaurès

Images d'illustration du mot « perpétuel »

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Traductions du mot « perpétuel »

Langue Traduction
Corse perpetuu
Basque betiereko
Japonais 永久
Russe бессрочный
Portugais perpétuo
Arabe دائم الازهار
Chinois 永动的
Allemand ewig
Italien perpetuo
Espagnol perpetuo
Anglais perpetual
Source : Google Translate API

Synonymes de « perpétuel »

Source : synonymes de perpétuel sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « perpétuel »



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