La langue française

Patrie

Sommaire

  • Définitions du mot patrie
  • Étymologie de « patrie »
  • Phonétique de « patrie »
  • Citations contenant le mot « patrie »
  • Images d'illustration du mot « patrie »
  • Traductions du mot « patrie »
  • Synonymes de « patrie »

Définitions du mot patrie

Trésor de la Langue Française informatisé

PATRIE, subst. fém.

I.
A. − [L'accent est mis sur l'aspect concr., géogr.]
1. Terre des ancêtres, pays natal. Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie? Dans son brillant exil mon coeur en a frémi (Lamart., Harm., 1830, p.392).Pour nous, la patrie, c'est le sol et les ancêtres, c'est la terre de nos morts (Barrès, Scènes et doctr., t.1, 1902, p.67):
1. Le mot patrie chez les anciens signifiait la terre des pères, terra patria, gé patris. La patrie de chaque homme était la part de sol que sa religion domestique ou nationale avait sanctifiée, la terre où étaient déposés les ossements de ses ancêtres et que leurs âmes occupaient. La petite patrie était l'enclos de la famille, avec son tombeau et son foyer. La grande patrie était la cité, avec son prytanée et ses héros... Fustel de Coul., Cité antique, 1864, p.251.
La (petite) patrie. Région, ville ou village où l'on est né. Charles étoit de Valence, patrie de sa tante (Balzac, Annette, t.1, 1824, p.32).Le village de Nesles-la-Vallée est la patrie de vos ancêtres paternels (Duhamel, Suzanne, 1941, p.94).Lorsque les îliens, exhortés par leurs chefs, avaient poussé Thomas à s'installer dans le presbytère, ils obéissaient à leur amour farouche pour leur petite patrie (Queffélec, Recteur, 1944, p.160).
[P. allus. hist.] On n'emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers, de ses talons. On emporte, quoi qu'en ait dit Danton, la patrie à la semelle de ses talons et l'on porte au coeur, sans le savoir, la poussière de ses ancêtres morts (Flaub., Corresp., 1852, p.441).Citer Gambetta: «On n'emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers. Une terre n'est habitable que si elle a des morts» (Barrès, Cahiers, t.2, 1901, p.251).
2. Pays de la communauté politique à laquelle on appartient (par la naissance ou par un attachement particulier) et dont l'histoire, la langue, la culture, les traditions, les habitudes de vie nous sont chères. Autre, belle, chère, grande, nouvelle, véritable, vraie patrie; sol de la patrie; aimer, quitter la/sa patrie. Je suis en exil, effroyablement loin de ma patrie, absolument seul dans un trou (Bloy, Journal, 1800, p.398).Un certain lieu de l'univers, par rapport seulement à sa position géographique et à sa nature physique, on l'appelle pays (...). Mais lorsqu'on vient à considérer cette même région dans son rapport avec l'homme qui la possède et qui a droit d'y habiter (...) alors elle s'appelle Patrie. Mais c'est toujours la même chose, et il est impossible d'avoir un Pays sans une Patrie, ni une Patrie sans un Pays (J. de Maistre, Corresp., 1810, p.481):
2. ... n'oublions pas que le mot de patrie, né de la cité antique, ne paraît dans la langue française qu'au moment où la France devient un état compact et cohérent comme était la cité antique. Cela se passe au XVIesiècle (il n'y a pas lieu de tenir compte de l'exemple du XVesiècle donné par Littré, et qui n'est qu'un proverbe transposé du latin). Patrie [it.ds le texte] est un néologisme de la Défense et illustration, et Charles Fontaine le reproche à Du Bellay: «Qui a pays n'a que faire de patrie... Le nom de patrie est obliquement entré et venu en France nouvellement et les autres corruptions italiques». Thibaudet, Réflex. litt., 1936, p.227.
Au fig. Ne pas avoir de patrie. Ne pas être concerné par les problèmes de nationalité ou de frontières. Si j'étais un grand artiste, j'aimerais les princes, parce qu'eux seuls peuvent faire entreprendre de grands travaux; les grands artistes n'ont pas de patrie (Musset, Lorenzaccio, 1834, i, 5, p.111).
La céleste patrie, la patrie céleste. Le paradis des chrétiens. Les hommes et les femmes naissent communément en nombre égal; ils doivent se réunir dans la patrie céleste comme sur la terre. Que ferait une ame isolée dans le ciel même? (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p.340).Élever nos coeurs et nos regards vers les bienheureux habitans de la céleste patrie (Montalembert, Ste Élisabeth, 1836, p.cx).
Patrie adoptive, d'adoption; seconde patrie. Région, pays auquel on est attaché par des liens puissants. Je désire vous fixer dans ma cour, cependant vous êtes le maître de la quitter; mais n'oubliez pas que la France sera toujours pour vous une seconde patrie (Genlis,Chev. Cygne,t.2, 1795, p.6).Combray, Combray, s'écriait-elle (...). Et le ton presque chanté sur lequel elle déclamait cette invocation eût pu, chez Françoise, (...) faire soupçonner (...) que la patrie perdue qu'elle pleurait n'était qu'une patrie d'adoption (Proust,Guermantes 1,1920, p.18).
En compos. Mère(-)patrie. V. mère.
B. − P. méton. [L'accent est mis sur l'aspect abstr., affectif] La communauté politique à laquelle on appartient dans son unité géographique, économique, historique, linguistique, culturelle. Enfant, père de la patrie; intérêts, malheurs de la patrie; traître, utile à la patrie. Après avoir élevé votre patrie au rang des nations, vous remîtes vos emplois militaires au Chef de l'Union, pour rentrer dans la classe des citoyens (Crèvecoeur, Voyage, t.1, 1801, p.xvi).L'année dernière, je [Mitterand] vous demandais de résister (...) à l'exaspération des intérêts particuliers, à tout ce qui menace et divise la patrie dans son existence même (Le Monde, 25 mars 1983, p.9, col. 4):
3. La patrie. Sous la monarchie absolue l'idée de patrie n'existait qu'à peine. Le roi était la nation. Jean II ou François Ierprisonniers, la patrie était près du roi. En 1789, la patrie s'est séparée de la personne royale. La guillotine de Louis XVI a fait le divorce. Aujourd'hui l'idée de patrie fuit par les bords et menace de se perdre dans l'idée d'humanité. Vigny, Journal poète, 1846, p.1236.
Expr. Aux grands hommes la patrie reconnaissante. [Inscription écrite au fronton du Panthéon]. Honneur et Patrie. [Devise de certains régiments et durant la deuxième guerre mondiale, devise des émissions de radio de la France libre]. Fais graver dessus: Honneur et Patrie, me dit-il, c'est l'histoire de nos deux dernières campagnes (Balzac, Méd. camp., 1833, p.261).C'était avec colère que nous entendions les speakers de la radio américaine (...) nasiller la devise des émissions de la France libre : «Honneur et patrie!» pour annoncer les propos, faits et gestes de l'amiral Darlan (De Gaulle, Mém. guerre, 1956, p.50).
[Pendant la Révolution, considérée comme une pers., une divinité incarnant les idées nouvelles] Autel, culte de la patrie. Ces soldats qui ont déposé leurs armes aux pieds de la patrie alarmée, n'étoient-ils pas du peuple? (Robesp., Discours, Marc d'argent, t.7, 1791, p.167).On chercha des institutions propres à exalter, à nourrir l'amour de la patrie, qui renfermait celui de sa législation, ou même de ses usages (Condorcet,Esq. tabl. hist.,1794, p.57):
4. Chère patrie, je verrai donc tes enfants réunis en une douce société de frères, reposant avec sécurité sous l'empire sacré des lois, vivant dans l'abondance et la concorde, animés de l'amour du bien public, et heureux de ton bonheur! Je les verrai formant une nation éclairée, judicieuse, brillante, redoutable, invincible... Marat, Pamphlets, Offrande à la Patrie, 1789, p.35.
Expr. Allons, enfants de la patrie. Premier vers de l'hymne national la Marseillaise. Allons, enfants de la patrie, Le jour de gloire est arrivé! Quel chant dans un moment pareil! Il nous rendit presque fous!... Les cris de: «Vive la nation!» ne finissaient plus (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t.1, 1870, p.509).
La patrie en danger. [Décret du 11 juillet 1792 déclarant la patrie en danger, et ordonnant la levée de 50 000 volontaires de la garde nationale] Un autre [décret] institua, le 5, la réquisition générale des hommes valides et des armes en cas de péril national, et l'assemblée déclara effectivement, le 11, la patrie en danger (Lefebvre,Révol. fr.,1963, p.256).
[Au xxes., considérée comme un des symboles des idées traditionalistes, réactionnaires] Il avait renié ses idées subversives, et, sur son mâle visage se lisaient désormais l'amour de la patrie, le culte du devoir, et la réprobation de toute littérature (Larbaud, Barnabooth, 1913, p.27).Patrie, famille, propriété, la richesse pour les riches, la gale pour les galeux, peu pour les gens de peu et rien du tout pour les hommes de rien (Claudel, Soulier, 1929, 3ejournée, 10, p.825):
5. Jamais plus une inquiétude dans son regard... On voit que sa vie repose sur des bases solides. Plus violemment que jamais, il est pour la famille, pour la propriété, pour la religion, pour la marine, pour l'armée, pour la patrie... Moi, il m'épate! Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p.375.
(Ligue) la Patrie française. Ligue nationaliste fondée en 1898 en réplique à la ligue des Droits de l'homme, regroupant des antidreyfusards autour des thèmes en faveur de l'armée et de la patrie. Nous connaissons, depuis le boulangisme et la Patrie Française, le néant de ces programmes-là qui reposant sur une chimère, ne peuvent mener qu'à des déboires (L. Daudet,Brév. journ., 1936, p.140).
Expr. Travail, Famille, Patrie. Pendant la seconde guerre mondiale, devise du gouvernement de Vichy. Le retour à la terre, l'exaltation des valeurs traditionnelles, le culte des vertus familiales que seule peut conserver une société patriarcale, paysanne ou artisanale. La formule «Travail, Famille, Patrie» remplace la devise républicaine «Liberté, Égalité, Fraternité» (Hist. gén. des civilisations, Paris, P.U.F., t.7, 1966, p.368).
SYNT. Amour, défense, défenseur, ennemi de la patrie; défendre, libérer, sauver, trahir la patrie; mourir, verser son sang pour la patrie; mort pour la patrie; avoir bien mérité de la patrie; déclarer la patrie en danger; la patrie reconnaissante; vive la patrie.
En compos. Sans-patrie. Personne qui ne se sent pas attachée à une patrie. Il est nécessaire que le sale juif soit le coupable, grâce à la complicité de nous tous, les sans-Dieu et les sans-patrie, qui pourrissons la jeunesse française! (Zola,Vérité,1902, p.33).Dans bien des cas, la patrie aura été défendue par des «sans-patrie», et abandonnée par des «patriotes» (Mauriac,Bâillon dén.,1945, p.401).
II. − P. ext. Lieu dans lequel on se sent à l'aise, communauté. Là du moins [en Angleterre] il devait trouver un monde à son gré, une de ses patries intellectuelles (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t.14, 1860, p.429).Le marin, dont la patrie est la mer (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr., 1908, p.182):
6. Nous avons été nous promener mercredi, veille de mon départ, et chacun des objets que je voyais, me présentait l'idée d'une prochaine privation; chaque allée, chaque arbre étaient-ils donc la source d'un plaisir auquel il faut que je renonce? Le château de Loewenstein est devenu ma patrie. Sénac de Meilhan, Émigré, 1797, p.1641.
III. − P. anal. Patrie de
A. − [Le compl. déterminatif est un plur.] Lieu d'élection, pays où l'on rencontre un grand nombre de.
1. [Le compl. déterminatif désigne des animés] Mon plus beau rêve qui va se réaliser enfin dans la patrie des éléphants (Verne, Enf. cap. Grant, t.1, 1868, p.55).Saint-James était la patrie des excentriques (Morand, Londres, 1933, p.204).Le matin, en ouvrant les yeux, je retrouve enfin la Terre, je reviens dans la patrie des fleurs, des rivières et des hommes (Aymé, Uranus, 1948, p.69).
2. [Le compl. déterminatif désigne des inanimés] Rome maintenant n'est-elle pas la patrie des tombeaux! (Staël, Corinne, t.1, 1807, p.86).L'Italie fut de tout temps la patrie des drames nocturnes et des coups de stylet (Ponson du Terr., Rocambole, t.1, 1859, p.54).
En partic. Lieu d'origine:
7. Les recherches de N. I. Vavilov (1931) ont permis de définir les centres d'origine de nos espèces fruitières. Le Caucase est le foyer principal de leur formation; c'est la patrie d'au moins 80 espèces sauvages, ancêtres de nos arbres et arbustes fruitiers, la plupart des espèces cultivées chez nous étant originaires de Transcaucasie. Boulay, Arboric. et prod. fruit., 1961, p.24.
B. − [Le compl. déterminatif est un sing. et désigne gén. un inanimé abstr.] Lieu, milieu d'excellence à; pays de. Patrie de l'art, de la liberté. Les papes ont su faire de ce beau pays la patrie de la haine. Ce patriotisme d'antichambre est (...) la haine inexorable pour tout ce qui est étranger (Stendhal, Amour, 1822, p.171).Ulric (...) passa en Angleterre pour mettre fin à ses jours. −Pourquoi en Angleterre? demanda un des convives. −Parce que c'est la patrie du spleen (Murger, Scènes vie jeun., 1851, p.6).Les capitalistes étrangers toujours prêts à attaquer la patrie du socialisme (Vedel, Dr. constit., 1949, p.235).
REM.
Patrial, -ale, -aux, adj.,hapax. Vos trois lettres, lues coup sur coup, me baignaient l'âme d'affections pures et douces, comme l'eau patriale de la Seine me rafraîchissait le corps (Balzac, Lettres Étr., 1837, p.392).
Prononc. et Orth.: [patʀi]. Att. ds Ac. dep.1694. Étymol. et Hist.1. 1516 «nation, communauté politique à laquelle on appartient ou à laquelle on a le sentiment d'appartenir» (Gringore, Fantaisies, prose, p.55 ap. Ch. Oulmont, Ét. sur la lang. de Pierre Gringore, p.120); 1547 la céleste patrie «le paradis» (Marguerite de Navarre, Nativité, 1092 ds Comédies, éd. F.-E. Schneegans, p.39); 1798 la mère patrie «pays dont une colonie dépend» (Ac., s.v. mère); 2. 1611 «lieu, ville où l'on est né» (Cotgr.); 1868 petite patrie «id.» (Littré); 3. 1770 la patrie de «le pays, le lieu où l'on rencontre par excellence certaines choses, certaines personnes, etc.» (Buffon, Hist. nat. des oiseaux, t.1, p.438). Empr. au lat. class. patria «pays natal, sol natal», en lat. chrét. et en lat. médiév. «pays, région» et «paradis» (caelestis patria), v. Blaise Lat. chrét. et FEW t.8, p.20b. Fréq. abs. littér.: 5805. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 13350, b) 7374; xxes.: a) 7421, b) 4879. Bbg. Dub. Pol. 1962, p.368. _ Dupont-Ferrier (G.). R. d'Hist. 1940, no188, pp.88-104. _ Field (T. J.). The Concept of la patrie in French writing, 1894-1914. Wales, 1972, 311 p._ Godechot (J.). Nation, patrie, nationalisme et patriotisme en France au 18es. In: 13eCongrès Internat. des sc. hist. Moscou. 1970 ... Paris, 1973. _ Jonard (N.). L'Idée de patrie en Italie et en France au xviiies. R. de Litt. Comp. 1964, t.38, no1, pp.61-100. _ MOTS. 1982, no4, pp.192-193. _ Quem. DDL t.11, 22. _ Rabotin (M.). Le Vocab. pol. et socio-ethnique à Montréal de 1829 à 1842. Paris, 1975, p.82, 84, 92. _ Vardar Soc. pol. 1973 [1970] p.283. _ Vidos (B. E.). Archivum Romanicum. 1930, t.14, p.143.

Wiktionnaire

Nom commun

patrie \pa.tʁi\ féminin

  1. La terre des ancêtres, le pays où l’on est né, la nation dont on fait partie, la société politique dont on est membre.
    • On croit mourir pour la patrie, et on crève pour des combines de mercantis, prompts à engraisser, à travers tous les charniers, leurs dividendes. — (Victor Margueritte ; Debout les vivants! - 1932)
    • …ce qui nous répugne c’est l’idée de Patrie qui est vraiment le concept le plus bestial, le moins philosophique dans lequel on essaie de faire entrer notre esprit. — (Louis Aragon, La Révolution d’abord et toujours, 1921)
    • […] le comte d'Artois, le prince de Condé, et les Polignac sortaient de France pour aller demander à l'étranger non-seulement un asile, mais des secours contre la révolution. C'était les premiers de émigrés qui bientôt vont allumer la guerre civile dans leur patrie et former contre elle une coalition européenne. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
  2. (En particulier) La province, la ville où l’on est né.
    • …, combien de camisards entêtés dans leur foi, combien de magnarelles diligentes n'ont pas vécu ici sans prévoir cette mort prochaine de leur petite patrie! — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
  3. (Par extension) Le climat, la contrée propre à certains animaux, ou même à certains végétaux.
    • […] ; le singe, le tigre, le lion éloignés de leur patrie et enfermés dans nos ménageries ne tardent pas à tomber dans un état de décrépitude complet et sont presque toujours enlevés par la phthisie. — (Jean Déhès, Essai sur l’amélioration des races chevalines de la France, École impériale vétérinaire de Toulouse, Thèse de médecine vétérinaire, 1868)
    • La patrie des palmiers. —— La Laponie est la patrie du renne.
  4. (Figuré) Lieu où une chose, une science, une idée, un art, etc. trouve les conditions particulièrement favorable à son développement.
    • Athènes fut la patrie de la philosophie.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PATRIE. n. f.
La terre des ancêtres, le pays où l'on est né, la nation dont on fait partie, la société politique dont on est membre. La France est notre patrie. Solon donna des lois à sa patrie. Cicéron fut appelé le Père de la patrie. Bien mériter de la patrie. Porter les armes contre sa patrie. Mourir pour la patrie. La mère patrie, Nation à laquelle se rattache une colonie. Synonyme de MÉTROPOLE. Un sans-patrie, les sans-patrie, Ceux qui légalement n'ont pas de patrie; Ceux qui renient toute patrie.

PATRIE désigne, dans un sens plus particulier, la Province, la ville où l'on est né. Marseille est sa patrie. On dit plutôt La petite patrie pour désigner le Lieu où l'on est né et auquel on est attaché par ses liens de famille et ses souvenirs d'enfance. Il se dit quelquefois, par extension, du Climat, de la contrée propre à certains animaux, ou même à certains végétaux. La patrie des palmiers. La Laponie est la patrie du renne. Fig., Athènes fut la patrie de la philosophie signifie que La philosophie trouva dans Athènes un lieu particulièrement favorable à son développement. La céleste Patrie, Le Ciel, considéré comme le séjour des bienheureux.

Littré (1872-1877)

PATRIE (pa-trie) s. f.
  • 1Pays où l'on a pris naissance. Mourir pour sa patrie est un sort plein d'appas Pour quiconque à des fers préfère le trépas, Corneille, Œdipe, II, 3. Chacun songe comment il s'acquittera de sa condition ; mais, pour le choix de la condition et de la patrie, le sort nous le donne, Pascal, Pens. XXV, 80, édit. HAVET. Une reine fugitive qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil, Bossuet, Reine d'Anglet. Homère est encore et sera toujours ; les receveurs de droits, les publicains ne sont plus ; ont-ils été ? leur patrie, leurs noms sont-ils connus ? La Bruyère, VI. À tous les cœurs bien nés que la patrie est chère ! Voltaire, Tancr. III, 1. Le premier qui a écrit que la patrie est partout où l'on se trouve bien est, je crois, Euripide dans son Phaéton, Voltaire, Dict. phil. Patrie. Un républicain est toujours plus attaché à sa patrie qu'un sujet à la sienne, par la raison qu'on aime mieux son bien que celui de son maître, Voltaire, Pensées sur le gouvernement, 1752. Il y a dans tous les hommes un penchant à aimer leur patrie, qui tient plus à des causes morales qu'à des principes physiques, Raynal, Hist. phil. v, 9. La patrie nous donne mille plaisirs habituels que nous ne connaissons pas nous-mêmes avant de les avoir perdus, Staël, Corinne, XIV, 3. Reine du monde, ô France, ô ma patrie, Soulève enfin ton front cicatrisé ; Sans qu'à tes yeux leur gloire en soit flétrie, De tes enfants l'étendard s'est brisé, Béranger, Enf. de la Fr. C'est un si grand malheur de pleurer la patrie ! P. Lebrun, Cid d'Andal. II, 2.

    Fig. Pour moi point de patrie, où vous ne serez pas, Corneille, Toison d'or, II, 2. L'univers est la patrie d'un grand homme, Raynal, Hist. philos. V, 10.

  • 2 Particulièrement. Province, ville où l'on est né. Marseille est sa patrie.

    La petite patrie, la localité où l'on est né, et aussi la famille. Comme si ce n'était point par la petite patrie, qui est la famille, que le cœur s'attache à la grande, Rousseau, Ém. V.

  • 3 Fig. La nation dont on fait partie, la société politique dont on est membre. J'aurais mauvaise grâce de chercher de la gloire et des avantages par des choses qui ne sont pas de ma profession ; mais je suis Français très affectionné à ma patrie…, Vauban, Dîme, p. 2. Il n'y a point de patrie dans le despotique ; d'autres choses y suppléent, l'intérêt, la gloire, le service du prince, La Bruyère, X. Que me servirait, comme à tout le peuple… que ma patrie fût puissante et formidable, si, triste et inquiet, j'y vivais dans l'oppression ?…, La Bruyère, X. L'ambassadeur [du roi de Sicile]… avait ordre de faire tous ses efforts pour l'engager [M. Delisle] à passer dans les États de ce prince… l'amour de la patrie le retint, et peut-être aussi l'espérance qu'elle n'aurait pas l'ingratitude assez ordinaire à toute patrie, Fontenelle, Delisle. Une patrie est un composé de plusieurs familles ; et, comme on soutient communément sa famille par amour-propre, lorsqu'on n'a pas un intérêt contraire, on soutient par le même amour-propre sa ville ou son village qu'on appelle sa patrie, Voltaire, Dict. phil. Patrie. Ce ne sont ni les murs ni les hommes qui font la patrie ; ce sont les lois, les mœurs, les coutumes, le gouvernement, la constitution, la manière d'être qui résulte de tout cela, Rousseau, Lett. à Pictet, Corresp t. VI, p. 91. Vaut-il mieux avoir éclairé le genre humain qui durera toujours, que d'avoir ou sauvé ou bien ordonné une patrie qui doit finir ? Diderot, Claude et Nér. II, 75. L'État n'est plus un corps, et l'on n'a pas vu qu'il fallait des siècles pour y rétablir cette unité qu'on appelle patrie, et qui est l'ouvrage insensible et lent de l'habitude et de l'opinion, Marmontel, Bélisaire, ch. 11.

    Patrie commune, l'État dans lequel on possède des droits politiques.

  • 4La mère patrie, voy. MÈRE, n° 25.
  • 5 Par extension, contrée, climat propre à certains animaux. Les régions arctiques sont la patrie de l'ours blanc. La patrie des palmiers.
  • 6 Fig. Il se dit des contrées, des villes où fleurissent, où sont en abondance certaines espèces d'hommes ou de choses. Athènes fut la patrie des philosophes. Ce pays est la patrie des sciences et des lettres.
  • 7La céleste patrie, le ciel, le séjour des bienheureux.

HISTORIQUE

XVe s. Suivant le proverbe qui porte qu'il est licite à un chacun et louable de combatre pour sa patrie, J. Chartier, Hist. de Charles VII, p. 147.

XVIe s. Le devoir en quoi je suis obligé à la patrie, Du Bellay, J. Défense et illust. de la langue fr. II, 1. Qui me faict supplier V. M. de me honorer d'un aultre departement et bien esloigné de ma patrie [de la province où je suis né], Carloix, IX, 1. Pour la patrie, c'est un beau mot, Baïf, les Sciences et enseignements, II.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PATRIE, s. f. (Gouvern. politiq.) le rhéteur peu logicien, le géographe qui ne s’occupe que de la position des lieux, & le léxicographe vulgaire, prennent la patrie pour le lieu de la naissance, quel qu’il soit ; mais le philosophe sait que ce mot vient du latin pater, qui représente un pere & des enfans, & conséquemment qu’il exprime le sens que nous attachons à celui de famille, de société, d’état libre, dont nous sommes membres, & dont les lois assurent nos libertés & notre bonheur. Il n’est point de patrie sous le joug du despotisme. Dans le siecle passé, Colbert confondit aussi royaume & patrie ; enfin un moderne mieux instruit, a mis au jour une dissertation sur ce mot, dans laquelle il a fixé avec tant de goût & de vérité, la signification de ce terme, sa nature, & l’idée qu’on doit s’en faire, que j’aurois tort de ne pas embellir, disons plutôt ne pas former mon article des réflexions de cet écrivain spirituel.

Les Grecs & les Romains ne connoissoient rien de si aimable & de si sacré que la patrie ; ils disoient qu’on se doit tout entier à elle ; qu’il n’est pas plus permis de s’en venger, que de son pere ; qu’il ne faut avoir d’amis que les siens ; que de tous les augures, le meilleur est de combattre pour elle ; qu’il est beau, qu’il est doux de mourir pour la conserver ; que le ciel ne s’ouvre qu’à ceux qui l’ont servie. Ainsi parloient les magistrats, les guerriers & le peuple. Quelle idée se formoient-ils donc de la patrie ?

La patrie, disoient-ils, est une terre que tous les habitans sont intéressés à conserver, que personne ne veut quitter, parce qu’on n’abandonne pas son bonheur, & où les étrangers cherchent un asyle. C’est une nourrice qui donne son lait avec autant de plaisir qu’on le reçoit. C’est une mere qui chérit tous ses enfans, qui ne les distingue qu’autant qu’ils se distinguent eux-mêmes ; qui veut bien qu’il y ait de l’opulence & de la médiocrité, mais point de pauvres ; des grands & des petits, mais personne d’opprimé ; qui même dans ce partage inégal, conserve une sorte d’égalité, en ouvrant à tous le chemin des premieres places ; qui ne souffre aucun mal dans sa famille, que ceux qu’elle ne peut empêcher, la maladie & la mort ; qui croiroit n’avoir rien fait en donnant l’être à ses enfans, si elle n’y ajoutoit le bien-être. C’est une puissance aussi ancienne que la société, fondée sur la nature & l’ordre ; une puissance supérieure à toutes les puissances qu’elle établit dans son sein, archontes, suffetes, éphores, consuls ou rois ; une puissance qui soumet à ses lois ceux qui commandent en son nom, comme ceux qui obéissent. C’est une divinité qui n’accepte des offrandes que pour les répandre, qui demande plus d’attachement que de crainte, qui sourit en faisant du bien, & qui soupire en lançant la foudre.

Telle est la patrie ! l’amour qu’on lui porte conduit à la bonté des mœurs, & la bonté des mœurs conduit à l’amour de la patrie ; cet amour est l’amour des lois & du bonheur de l’état, amour singulierement affecté aux démocraties ; c’est une vertu politique, par laquelle on renonce à soi-même, en préférant l’intérêt public au sien propre ; c’est un sentiment, & non une suite de connoissance ; le dernier homme de l’état peut avoir ce sentiment comme le chef de la république.

Le mot de patrie étoit un des premiers mots que les enfans bégayoient chez les Grecs & chez les Romains ; c’étoit l’ame des conversations, & le cri de guerre ; il embellissoit la poésie, il échauffoit les orateurs, il présidoit au sénat, il retentissoit au théatre, & dans les assemblées du peuple ; il étoit gravé sur les monumens. Cicéron trouvoit ce mot si tendre, qu’il le preféroit à tout autre, quand il parloit des intérêts de Rome.

Il y avoit encore chez les Grecs & les romains, des usages qui rappelloient sans cesse l’idée de la patrie avec le mot ; des couronnes, des triomphes, des statues, des tombeaux, des oraisons funebres ; c’étoient autant de ressorts pour le patriotisme. Il y avoit aussi des spectacles vraiment publics, où tous les ordres se délassoient en commun ; des tribunes où la patrie, par la bouche des orateurs, consultoit avec ses enfans, sur les moyens de les rendre heureux & glorieux. Mais entrons dans le récit des faits qui prouveront tout ce que nous venons de dire.

Lorsque les Grecs vainquirent les Perses à Salamine, on entendoit d’un côté la voix d’un maître impérieux qui chassoit des esclaves au combat, & de l’autre le mot de patrie qui animoit des hommes libres. Aussi les Grecs n’avoient rien de plus cher que l’amour de la patrie ; travailler pour elle étoit leur bonheur & leur gloire. Licurgue, Solon, Miltiade, Thémistocle, Aristide, préféroient leur patrie à toutes les choses du monde. L’un dans un conseil de guerre tenu par la république, voit la canne d’Euribiade levée sur lui ; il ne lui répond que ces trois mots, frappe, mais écoute. Aristide, après avoir longtems disposé des forces & des finances d’Athènes, ne laissa pas de quoi se faire enterrer.

Les femmes spartiates vouloient plaire aussi-bien que les nôtres ; mais elles comptoient frapper plus surement au but, en mélant le zele de la patrie avec les graces. Va, mon fils, disoit l’une, arme-toi pour défendre ta patrie, & ne reviens qu’avec ton bouclier, ou sur ton bouclier, c’est-à-dire vainqueur ou mort. Console-toi. disoit une autre mere à un de ses fils, console-toi de la jambe que tu as perdue, tu ne feras pas un pas qui ne te fasse souvenir que tu as défendu la patrie. Après la bataille de Leuctres, toutes les meres de ceux qui avoient péri en combattant, se félicitoient, tandis que les autres pleuroient sur leurs fils qui revenoient vaincus ; elles se vantoient de mettre des hommes au monde, parce que dans le berceau même, elles leur montroient la patrie comme leur premiere mere.

Rome qui avoit reçu des Grecs l’idée qu’on devoit se former de la patrie, la grava très-profondément dans le cœur de ses citoyens. Il y avoit même ceci de particulier chez les Romains, qu’ils méloient quelques sentimens religieux à l’amour qu’ils avoient pour leur patrie. Cette ville fondée sur les meilleures auspices, ce Romulus leur roi & leur dieu, ce capitole éternel comme la ville, & la ville éternelle comme son fondateur, avoient fait sur les Romains une impression extraordinaire.

Brutus pour conserver sa patrie, fit couper la tête à ses fils, & cette action ne paroîtra dénaturée qu’aux ames foibles. Sans la mort des deux traitres, la patrie de Brutus expiroit au berceau. Valerius Publicola n’eut qu’à nommer le nom de patrie pour rendre le sénat plus populaire ; Menenius Agrippa pour ramener le peuple du mont-Sacré dans le sein de la république ; Véturie, car les femmes à Rome comme à Sparte étoient citoyennes, Véturie pour désarmer Coriolan son fils ; Manlius, Camille, Scipion, pour vaincre les ennemis du nom Romain ; les deux Catons, pour conserver les lois & les anciennes mœurs ; Cicéron, pour effrayer Antoine, & foudroyer Catilina.

On eût dit que ce mot patrie renfermoit une vertu secrette, non-seulement pour rendre vaillans les plus timides, selon l’expression de Lucien, mais encore pour enfanter des héros dans tous les genres, pour opérer toutes sortes de prodiges. Disons mieux, il y avoit dans ces ames greques & romaines, des vertus qui les rendoient sensibles à la valeur du mot. Je ne parle pas de ces petites vertus qui nous attirent des louanges à peu de frais dans nos sociétés particulieres ; j’entends ces qualités citoyennes, cette vigueur de l’ame qui nous fait faire & souffrir de grandes choses pour le bien public. Fabius est raillé, méprisé, insulté par son collegue & par son armée ; n’importe, il ne change rien dans son plan, il temporise encore, & il vient à bout de vaincre Annibal. Régulus, pour conserver un avantage à Rome, dissuade l’échange des prisonniers, prisonnier lui-même, & il retourne à Carthage, où les supplices l’attendent. Trois Décius signalent leur consulat en se dévouant à une mort certaine. Tant que nous regarderons ces généreux citoyens comme d’illustres foux, & leurs actions comme des vertus de théatre, le mot patrie sera mal connu de nous.

Jamais peut-être on n’entendit ce beau mot avec plus de respect, plus d’amour, plus de fruit, qu’au tems de Fabricius. Chacun sait ce qu’il dit à Pyrrhus : « Gardez votre or & vos honneurs, nous autres Romains, nous sommes tous riches, parce que la patrie, pour nous élever aux grandes places, ne nous demande que du mérite ». Mais chacun ne sait pas que mille autres Romains l’auroient dit. Ce ton patriotique étoit le ton général dans une ville, où tous les ordres étoient vertueux. Voilà pourquoi Rome parut à Cynéas, l’ambassadeur de Pyrrhus, comme un temple, & le sénat une assemblée de rois.

Les choses changerent avec les mœurs. Vers la fin de la république, on ne connut plus le mot patrie que pour le profaner. Catilina & ses furieux complices, destinoient à la mort quiconque le prononçoit encore en Romain. Crassus & César ne s’en servoient que pour voiler leur ambition, & lorsque dans la suite ce même César, en passant le Rubicon, dit à ses soldats, qu’il alloit venger les injures de la patrie, il abusoit étrangement ses troupes. Ce n’étoit pas en soupant comme Crassus, en bâtissant comme Lucullus, en se prostituant à la débauche comme Clodius, en pillant les provinces comme Verrès, en formant des projets de tyrannie comme César, en flatant César comme Antoine, qu’on apprenoit à aimer la patrie.

Je sais pourtant qu’au milieu de ce désordre, dans le gouvernement & dans les mœurs, on vit encore quelques Romains soupirer pour le bien de leur patrie. Titus Labienus en est un exemple bien remarquable. Supérieur aux vues d’ambition les plus séduisantes, l’ami de César, le compagnon & souvent l’instrument de ses victoires, il abandonna sans hésiter, une cause que la fortune protégeoit ; & s’immolant pour l’amour de sa patrie, il embrassa le parti de Pompée, où il avoit tout à risquer, & où même en cas de succès, il ne pouvoit trouver qu’une considération très-médiocre.

Mais enfin Rome oublia sous Tibere, tout amour de la patrie ; & comment l’auroit-elle conservé ? On voyoit le brigandage uni avec l’autorité, le manege & l’intrigue disposer des charges, toutes les richesses entre les mains d’un petit nombre, un luxe excessif insulter à l’extrême pauvreté, le laboureur ne regarder son champ que comme un prétexte à la vexation ; chaque citoyen réduit à laisser le bien général, pour ne s’occuper que du sien. Tous les principes du gouvernement étoient corrompus ; toutes les lois plioient au gré du souverain. Plus de force dans le sénat, plus de sureté pour les particuliers : des sénateurs qui auroient voulu défendre la liberté publique auroient risqué la leur. Ce n’étoit qu’une tyrannie sourde, exercée à l’ombre des lois, & malheur à qui s’en appercevoit ; représenter ses craintes, c’étoit les redoubler. Tibere endormi dans son île de Caprée, laissoit faire à Séjan ; & Séjan ministre digne d’un tel maître, fit tout ce qu’il falloit pour étouffer chez les Romains tout amour de leur patrie.

Rien n’est plus à la gloire de Trajan que d’en avoir ressuscité les débris. Six tyrans également cruels, presque tous furieux, souvent imbéciles, l’avoient précédé sur le trône. Les regnes de Titus & de Nerva furent trop courts pour établir l’amour de la patrie. Trajan projetta d’en venir à bout ; voyons comment il s’y prit.

Il débuta par dire à Saburanus, préfet du prétoire, en lui donnant la marque de cette dignité, c’étoit une épée : « prends ce fer, pour l’employer à me défendre si je gouverne bien ma patrie, ou contre moi, si je me conduis mal. Il étoit sûr de son fait ». Il refusa les sommes que les nouveaux empereurs recevoient des villes ; il diminua considérablement les impôts, il vendit une partie des maisons impériales au profit de l’état ; il fit des largesses à tous les pauvres citoyens ; il empêcha les riches de s’enrichir à l’excès ; & ceux qu’il mit en charge, les questeurs, les préteurs, les proconsuls ne virent qu’un seul moyen de s’y maintenir ; celui de s’occuper du bonheur des peuples. Il ramena l’abondance, l’ordre & la justice dans les provinces & dans Rome, où son palais étoit aussi ouvert au public que les temples, sur-tout à ceux qui venoient représenter les intérêts de la patrie.

Quand on vit le maître du monde se soumettre aux loix, rendre au sénat sa splendeur & son autorité, ne rien faire que de concert avec lui, ne regarder la dignité impériale que comme une simple magistrature comptable envers la patrie, enfin le bien présent prendre une consistance pour l’avenir ; alors on ne se contint plus. Les femmes se félicitoient d’avoir donné des enfans à la patrie ; les jeunes gens ne parloient que de l’illustrer ; les vieillards reprenoient des forces pour la servir ; tous s’écrioient heureuse patrie ! glorieux empereur ! tous par acclamation donnerent au meilleur des princes un titre qui renfermoit tous les titres, pere de la patrie. Mais quand de nouveaux monstres prirent sa place, le gouvernement retomba dans ses excès ; les soldats vendirent la patrie, & assassinerent les empereurs pour en avoir un nouveau prix.

Après ces détails, je n’ai pas besoin de prouver qu’il ne peut point y avoir de patrie dans les états qui sont asservis. Ainsi ceux qui vivent sous le despotisme oriental, où l’on ne connoît d’autre loi que la volonté du souverain, d’autres maximes que l’adoration de ses caprices, d’autres principes de gouvernement que la terreur, où aucune fortune, aucune tête n’est en sureté ; ceux-là, dis-je, n’ont point de patrie, & n’en connoissent pas même le mot, qui est la véritable expression du bonheur.

Dans le zele qui m’anime, dit M. l’abbé Coyer, j’ai fait en plusieurs lieux des épreuves sur des sujets de tous les ordres : citoyens, ai-je dit, connoissez-vous la patrie ! L’homme du peuple a pleuré, le magistrat a froncé le sourcil, en gardant un morne silence ; le militaire a juré, le courtisan m’a persifflé, le financier m’a demandé si c’étoit le nom d’une nouvelle ferme. Pour les gens de religion, qui comme Anaxagore, montrent le ciel du bout du doigt, quand on leur demande où est la patrie, il n’est pas étonnant qu’ils n’en fêtent point sur cette terre.

Un lord aussi connu par les lettres que par les négociations, a écrit quelque part, peut-être avec trop d’amertume, que dans son pays l’hospitalité s’est changée en luxe, le plaisir en débauche, les seigneurs en courtisans, les bourgeois en petits maîtres. S’il en étoit ainsi, bien-tôt, eh quel dommage ! l’amour de la patrie n’y régneroit plus. Des citoyens corrompus sont toujours prêts à déchirer leur pays, ou à exciter des troubles & des factions si contraires au bien public. (Le Chevalier de Jaucourt.)

Patrie, (Critiq. sacr.) ce mot dans l’Ecriture ne désigne pas seulement le pays natal, mais le pays où l’on a été élevé, Matt, xiij. 54. Quelquefois tout pays ou ville quelconque, Ecclés. xvj. 5. Enfin le séjour du bonheur est nommé la patrie céleste, Heb. xj. 14.

Patrie, Dieux de la, (Litt.) dii patrii, les anciens nommoient ainsi les dieux particuliers de chaque ville, ceux qui y avoient été toujours adorés, & dont le culte n’y avoit point été apporté d’ailleurs, comme Minerve à Athènes, Junon à Carthage, Apollon à Delphes. (D. J.)

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Étymologie de « patrie »

Du latin patria (« terre des aïeux ») dérivé de pater (« père »).
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Wallon, patreie ; du lat. patria, patrie, de pater, père. Ménage dit que patrie n'était pas usité du temps de Henri II, vu que Charles Fontaine le reproche comme un néologisme à du Bellay : « Qui a païs, n'a que faire de patrie …le nom de patrie est obliquement entré et venu en France nouvellement et les autres corruptions italiques, » Quintil Horatian, p. 185. D'un autre côté on a dit que patrie datait de François Ier. François Ier était un roi vraiment national ; c'est sous son règne, c'est au XVIe siècle que le mot patrie fut transporté de la langue latine dans la nôtre, A. DE ST-PRIEST, les Guise, Revue des Deux Mondes, 1er mars 1850, p. 825. Mais le mot est plus ancien ; l'historique le montre.

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Phonétique du mot « patrie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
patrie patri

Citations contenant le mot « patrie »

  • C'est la cendre des morts qui créa la patrie. Alphonse de Prât de Lamartine, La Chute d'un ange
  • Ces deux mots patrie et citoyen doivent être effacés des langues modernes. Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation
  • Soyons ingrats si nous voulons sauver la patrie. Louis Antoine Léon Saint-Just, Fragments sur les institutions républicaines
  • Partout où l'on est bien, là est la patrie. Cicéron en latin Marcus Tullius Cicero, Tusculanes, V, 37
  • Pour le roi, souvent ; pour la patrie, toujours. Jean-Baptiste Colbert,
  • Il est doux, il est beau de mourir pour sa patrie. Horace en latin Quintus Horatius Flaccus, Odes, III, II, 13
  • Où l'on est bien, là est la patrie. Aristophane, Ploutos, 1151 (traduction J.-C. Labracherie)
  • Est-ce qu'on emporte la patrie à la semelle de ses souliers ? Georges Jacques Danton,
  • L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie ; La fraternité n'en a pas ! Alphonse de Prât de Lamartine, Poésies diverses, la Marseillaise de la paix
  • La patrie est aux lieux où l'âme est enchaînée. François Marie Arouet, dit Voltaire, Le Fanatisme ou Mahomet le prophète, I, 2, Palmire
  • La patrie d'un cochon se trouve partout où il y a du gland. François de Salignac de La Mothe-Fénelon, Dialogue des morts
  • Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun pays : quoiqu'il aime sa patrie, il ne la flatte jamais en rien. François de Salignac de La Mothe-Fénelon, Lettre à l'Académie
  • Plus je vis d'étrangers, plus j'aimai ma patrie. Pierre Laurent Buirette, dit Dormont de Belloy, Le Siège de Calais
  • L'amour de la patrie, vertu dominante des grandes âmes, me saisit toujours à l'aspect d'une bouteille de vin de Bourgogne. Charles de Brosses, Lettres italiennes, à MM. de Tournay et de Neuilly
  • Oui, j'ai une patrie : la langue française. Albert Camus, Carnets, Gallimard
  • Il n'y a plus de patrie ; je ne vois d'un pôle à l'autre que des tyrans et des esclaves. Denis Diderot, Le Neveu de Rameau
  • On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. Anatole François Thibault, dit Anatole France, In l'Humanité 30 novembre 1922
  • Le pays est partout où l'on se trouve bien, La terre est aux mortels une maison commune. Robert Garnier, Bradamante
  • Mourir pour la patrie, C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie ! Claude Joseph Rouget de Lisle, Roland à Roncevaux A. Dumas et A. Maquet pour le chœr des Girondins de leur drame le Chevalier de Maison-Rouge (1847)
  • Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie. Victor Hugo, Les Chants du crépuscule, Hymne
  • Une patrie est un soporifique de chaque instant. De Emil Michel Cioran
  • Gloire à notre France éternelle ! Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! Victor Hugo, Les Chants du crépuscule, Hymne
  • Le gouvernement d'un pays n'est pas la nation, encore moins la patrie. Henri Lacordaire, Lettres, à un jeune homme
  • La Charité est une patrie quand elle est vraie. De Henry de Montherlant
  • Un homme sans patrie, c’est un rossignol sans chanson. De Proverbe russe
  • Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l'oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe, ou bien qui fût utile à l'Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Mes pensées
  • Les grands artistes n'ont pas de patrie. Alfred de Musset, Lorenzaccio, I, 5, l'orfèvre
  • La science n'a pas de patrie. Louis Pasteur, Discours d'inauguration de l'Institut Pasteur, 14 novembre 1888
  • Les patries sont toujours défendues par les gueux, livrées par les riches. Charles Péguy, Notre patrie, Gallimard
  • Périsse la patrie, et que l'humanité soit sauvée. Pierre Joseph Proudhon, La Fédération et l'unité en Italie
  • Nous n'avons de patrie que dans nos âmes. Paul Raynal, A souffert sous Ponce Pilate, Stock
  • Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants qui la continuent. Ernest Renan, Discours et conférences, Réponse au discours de réception de Ferdinand de Lesseps, à l'Académie française, 23 avril 1884 , Lévy
  • Allons, enfants de la Patrie, Le jour de gloire est arrivé. Claude Joseph Rouget de Lisle, La Marseillaise
  • Amour sacré de la Patrie, Conduis, soutiens nos bras vengeurs. Claude Joseph Rouget de Lisle, La Marseillaise
  • La langue est tout ce qui reste à celui qui est privé de sa patrie. Mais la langue, il est vrai, contient tout. Hugo von Hofmannsthal, Tournures françaises Französische Redensarten
  • Nous demandons une patrie pour celui qui a été humilié. Neftalí Ricardo Reyes, dit Pablo Neruda, Chant généralCanto General, IV, XXXVI, à Émiliano Zapata con musica de Tata Nacho
  • Ma patrie est le monde. De Sénèque
  • La solitude est la patrie des forts. De Reine Malouin / Profonds destins
  • La science n’a pas de patrie. De Louis Pasteur / Discours d’inauguration de l’Institut Pasteur
  • Barbarie, seconde patrie de la bête humaine. De Robert Sabatier / Les années secrète
  • Où l’on est bien, là est la patrie. De Aristophane / Ploutos
  • La patrie, c’est le sang des autres. De Francis Jeanson
  • Les grands artistes n’ont pas de patrie. De Alfred de Musset / Lorenzaccio
  • Ma patrie, à moi, est partout où j'admire. De Astolphe de Custine
  • La richesse est une patrie pour l'exilé. De Proverbe libanais
  • La première des vertus est le dévouement à la patrie. De Napoléon Bonaparte
  • Les prolétaires n'ont pas de patrie. De Karl Marx / Manifeste du parti communiste
  • La patrie est là où l'on nous aime. De Mikhaïl Lermontov / L'adieu
  • Stefano Conia, 74 ans, et son fils Stefano Conia « le Jeune », 47 ans, d’origine hongroise, sont maîtres luthiers à Crémone, la patrie du grand Stradivarius. Miguel Medina/AFP L'Orient-Le Jour, Crémone, patrie de Stradivarius, vivier de luthiers du monde entier - L'Orient-Le Jour
  • "L'objectif de l'Algérie Nouvelle est le salut de la patrie, qui est un devoir national et un droit pour tous les Algériens, et tout un chacun est le bienvenu pour contribuer à sortir de la situation que vit le pays et mettre fin à la mentalité de l'exclusion pour la simple raison d’un changement dans le poste de responsabilité", a déclaré le Président Tebboune soutenant que la voie est ouverte à toutes les compétences nationales. , Président Tebboune : Le salut de la patrie, notre objectif
  • Tout en espérant une bonne réussite et une union sacrée autour du projet, la diaspora burkinabè en France invite les autres Burkinabè de l’extérieur à emboîter leurs pas pour aider la mère-patrie. , Bourses d’études : La diaspora burkinabè en France décide d’accompagner la mère-patrie - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso

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Traductions du mot « patrie »

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Synonymes de « patrie »

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