Pasteur : définition de pasteur


Pasteur : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PASTEUR, subst. masc.

I. − Littér. Celui qui fait paître les troupeaux et en prend soin. Synon. berger (v. ce mot rem. 4), gardien, pâtre.Doux, vénérable, vieux pasteur; pasteur de troupeaux; pasteur du désert. Des pasteurs féroces, ennemis des laboureurs de la plaine, adversaires opiniâtres de la grande cité (Michelet, Hist. romaine, t.1, 1831, p.143).Les cailles traversent en effet les Pyrénées. C'est le signal de la descente pour les pasteurs (Pesquidoux, Chez nous, 1921, p.239):
1. ... quand vient le temps où l'essaim des jeunes vierges fleurit parmi les femmes, les poursuivants ne manquent ni dans la Crau, ni dans les manoirs des châtelains (...). Il en vint trois: un gardien de cavales, un pasteur de génisses, un berger de brebis, tous les trois jeunes et beaux. Lamart., Cours litt., 1859, p.282.
Le pasteur de Mantoue. Virgile. (Ds Littré, DG, Rob., Lar. Lang. fr.).
Le pasteur phrygien. Pâris, le berger phrygien (v. berger I A). (Dict.xixeet xxes.).
ETHNOL. Personne qui vit de l'élevage du bétail. Agriculteurs, chasseurs, pêcheurs et pasteurs; nomades et pasteurs. De l'autre côté se trouvent les pasteurs nomades de l'Asie (Lowie, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p.58).On sait que le nomade, s'il est un pasteur, est aussi un adroit commerçant (Brunhes, Géogr. hum., 1942, p.174).
En empl. adj. Peuples pasteurs. C'était une horde de nomades pasteurs (Haddon, Races hum., trad. par A. Van Gennep, 1930, p.214).
II. − P. anal.
A. − Celui qui, possédant une autorité reconnue sur un groupe de personnes, a la charge de les diriger. Nous sommes Les dynastes d'Argos et les pasteurs des hommes (Leconte de Lisle, Poèmes trag., 1886, p.231).Les grands hommes d'état, les véritables «pasteurs de peuples», qu'ils s'appellent Périclès ou Churchill (Marrou, Connaiss. hist., 1954, p.201).
B. −
1. Celui qui a la charge de guider la spiritualité d'un ensemble de personnes. Pasteur d'âmes; pasteurs et fidèles. On commençait déjà à les (...) considérer [les «anciens»] comme des «pasteurs» chargés de conduire l'Église (Renan, St Paul, 1869, p.239):
2. [Le cardinal Boccanera à Pierre]: −(...) Il s'arrêta, puis se prononça, d'une voix nette: −Le cardinal Bergerot est un révolutionnaire. (...) la surprise de Pierre le rendit un instant muet. Un révolutionnaire, grand Dieu! ce pasteur d'âmes si doux, d'une charité inépuisable... Zola, Rome, 1896, p.68.
Le Bon Pasteur. [P. allus. à Jean X, 11] Celui qui retrouve et sauve la brebis égarée; le Christ lui-même. L'évangile du Bon Pasteur qui se lisait à la grand'messe (Bloy, Journal, 1902, p.91).Et maintenant le bon pasteur ne quittera-t-il pas le troupeau pour ramener la brebis égarée? (Larbaud, Barnabooth, 1913, p.254).
2. En partic.
a) RELIG. CATH. Ecclésiastique considéré dans le soin qu'il doit prendre des fidèles confiés à sa charge. La Marquise (à Saqueville) (...) Permettez-moi de vous présenter M. Sévin; M. Sévin est parent de monseigneur d'Alger, votre pasteur (Mérimée, Deux hérit., 1853, p.56).Le curé, si on sollicitait son avis sur un événement si consolant pour un pasteur, souriait (Mauriac, Baiser Lépreux, 1922, p.210):
3. Ses peuples cependant, ayant envie d'avoir un évêque qui chantât la messe, le pressaient de se faire prêtre; il le leur promettait et différait toujours. Las enfin d'être sans pasteur, ils se révoltèrent et élurent un chanoine de Liège... Barante, Hist. ducs Bourg., t.2, 1821-24, p.416.
b) RELIG. PROTEST. Ministre du culte protestant. Pasteur anglican; aller voir le pasteur. La famille Stapfer est protestante; M. Monod est pasteur du culte réformé (Delécluze, Journal, 1827, p.473).J'ai parlé après avoir écouté avec admiration et émotion un pasteur protestant, un curé de village, un chanoine de cathédrale (Barrès, Cahiers, t.9, 1911, p.157).
REM.
Pastoresse, subst. fém.,rare. Épouse d'un pasteur protestant. Seuls quelques rares intimes avaient accès dans l'exigu salon particulier de la pastoresse; mais, pour éviter l'envahissement, on avait condamné la porte entre le parloir et ce salon (Gide, Faux-monn., 1925, p.1011).Au sens de «femme exerçant le ministère du culte protestant», on utilise plus volontiers le masc.: L'Église Réformée de France, qui a décidé en 1966 (...) que les femmes pouvaient être pasteurs (...) en compte actuellement 12 (...). Dans l'ensemble, «Madame le pasteur» a été facilement adoptée (Le Monde, 13 avr. 1973ds E. Boel, Le Genre des noms désignant les professions et les situations féminines en français moderne ds R. rom. t.11, 1 1976, p.41).
Prononc. et Orth.: [pastoe:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist.1. 1remoitié xiies. pastre «celui qui garde, fait paître le bétail» ici en parlant de Dieu (Psautier Cambridge, 22, 1 ds T.-L.: Li Sire mes pastres [Dominus pastor meus]); ca 1160 pastor (Enéas, 948, ibid.); 1238 pasteur (cité ds G. Espinas, Rec. de doc. rel. à l'hist. du dr. municipal en Fr. des orig. à la Révolution, Paris, t.3, p.174); 1534 le Bon Pasteur (Lefèvre d'Étaples, Bible, Jean, 10, 11); 2. ca 1174-76 «prêtre, opposé aux fidèles» (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 438); en partic. 1541 «chez les protestants, ministre du culte» (Ordonnances ecclésiastiques de Genève ds FEW t.7, p.760b, note 11); 3. 1678 fig. et littér. «chef et guide d'une collectivité» pasteurs d'humains (La Fontaine, Fables, X, 10, 30 ds OEuvres, éd. H. Régnier, t.III, p.58); 4. 1734 adj. et subst. ethnol. «qui s'adonne surtout à l'élevage et qui en vit» peuples pasteurs (Montesq., Rom., 17 ds Littré). Empr. au lat. class. pastōrem, acc. de pastŏr «berger, pâtre, pasteur», puis, en lat. chrét. «pasteur d'âmes, chef d'une communauté chrétienne»; pasteur a, très tôt, pris une accept. relig., d'autant plus facilement que pâtre, initialement forme du cas suj. de pasteur, s'est lexicalisé avec le sens de «berger, gardien de troupeaux»; v. pâtre. Fréq. abs. littér.: 1348. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 2332, b) 1809; xxes.: a) 1604, b) 1808.
DÉR.
Pastorat, subst. masc.Charge de pasteur spirituel et en particulier de pasteur protestant; p.méton. durée de cette charge. Tchen venait du collège luthérien, où il avait été élève d'un intellectuel phtisique venu tard au pastorat, qui s'efforçait avec patience, à cinquante ans, de vaincre par la charité une inquiétude religieuse intense (Malraux, Cond. hum., 1933, p.225).Au fig. Il faut un gouvernement, un pastorat quelconque... Lequel? Un gouvernement à l'amiable, de gré à gré (Goncourt, Ch. Demailly, 1876, p.151). [pastɔ ʀa]. 1resattest. a) 1611 «dignité, fonction de pasteur spirituel» (Cotgr.), en partic. 1883 «ministère d'un pasteur protestant» (A. Daudet, Évangéliste, p.253), b) 1876 fig. (Goncourt, loc. cit.); dér. sav. de pasteur, suff. -at*.
BBG.Brinkmann (Fr.). Metapherstudien... Arch. St. n. Spr. 1876, t.56, pp.361-62. _Richard (W.) 1959, pp.122-125.

Pasteur : définition du Wiktionnaire

Nom commun

pasteur \pas.tœʁ\ masculin

  1. Berger ; pâtre. — (Vieilli) ne se dit qu’en parlant des peuples anciens et dans le style poétique.
    • Mais il regarda en vain dans les prairies environnantes, il n'y trouva ni la petite Marie ni le petit Pierre : il était pourtant l'heure où les pasteurs sont aux champs. Il y avait un grand troupeau dans une chôme ; il demanda à un jeune garçon, qui le gardait, si c'étaient les moutons de la métairie des Ormeaux.
      - Oui, dit l'enfant.
      - En êtes-vous le berger ? est-ce que les garçons gardent les bêtes à laine des métairies dans votre endroit ?
      - Non. Je les garde aujourd'hui parce que la bergère est partie : elle était malade.
      — (George Sand, La Mare au Diable, 1846)
    • Dans ce monde de pasteurs, la femme n'a nullement la vie serve qu'elle mène dans celui de chasse et de guerre. — (Jules Michelet, Bible de l'Humanité, 1876, page 29)
    • De même le chasseur, quand il intervint pour guider les migrations naturelles des troupeaux, qu'il se contentait au début de suivre, devint un pasteur ; puis éleveur, quand il fit venir artificiellement, « agriculturalement », une partie du fourrage. — (René Dumont, Voyages en France d'un agronome, Librairie de Médicis, 1951, note n°1 p. 13)
  2. (Figuré) Celui qui exerce une autorité paternelle sur un peuple ou sur un groupe humain. — On l’applique à Jésus-Christ, mais aussi aux curés de paroisse, et surtout aux évêques.
    • Il n'est rien de plus inepte qu'un séminariste ; rien de moins propre à être un jour ce que l'on veut qu'il soit, un pasteur éclairé : ces jeunes gens n'ont la tète remplie que de fadaises mystiques. — (Nicolas Edme Restif de La Bretonne, Monsieur Nicolas, part.1 : Souvenirs d’enfance, an V)
    • Se pourrait-il que lui, prêtre, pasteur d’âmes, s’oubliât à proférer des paroles imprudentes, des mots qui pourraient choquer ces oreilles innocentes, éveiller des pensers mauvais. — (Louis Pergaud, Le Sermon difficile, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  3. (Absolument) Personne qui a la fonction de ministre du culte dans la religion protestante. — Dans ce sens il admet pour féminin pasteure, pastoresse, ou reste tel quel.
    • Elle a étudié la philosophie tibétaine pour devenir pasteur.
    • Témoignage d'une pasteure luthérienne devenue évêque, en couple avec une journaliste.
    • Je n'avais jamais pénétré dans un temple. C'est un endroit terrible. Ici les larmes mêmes n'osent surgir, de peur d'être instantanément congelées.
      Son corps maigre émergeant d'une espèce de chaire roulante, dans son bizarre accoutrement de vénérable de quelque loge maçonnique, le pasteur Silbermann parla. De l'Écriture, je ne sais pourquoi, il avait pris pour thème l'épisode de la fille de Jephté. Rien ne convenait moins à la mémoire de la défaillante morte que le rappel du sacrifice de cette morne et dure juive.
      Une demi-heure, avec toute l'ardeur que pourrait avoir un professeur de mathématiques démontrant les trois cas d'égalité des triangles, le pasteur parla.
      — (Pierre Benoit, Kœnigsmark, 1918)
    • La tête en l’air, qui suit à Oxford quelques cours de botanique, se prépare à devenir pasteur quand une chance imprévue s’offre à elle : on lui propose de partir, au titre d’homme de compagnie du capitaine Robert Fitz-Roy, âgé de vingt-six ans et au caractère difficile, pour un très long voyage d’étude. — (Jean d'Ormesson, C'est une chose étrange à la fin que le monde, 2010)

Adjectif

pasteur \pas.tœʁ\ masculin

  1. Qui mène un groupe d’hommes, un peuple.
    • Les rois pasteurs.
    • Les peuples pasteurs.
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Pasteur : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PASTEUR. n. m.
Celui qui élève ou qui garde des troupeaux. Dans cette acception, il ne se dit guère qu'en parlant des Peuples anciens et dans le style poétique. La plupart des anciens patriarches étaient pasteurs. Quand Romulus voulut fonder Rome, il assembla les pasteurs de la contrée. Adjectivement, Les rois pasteurs. Les peuples pasteurs.

PASTEUR se dit au figuré de Celui qui exerce une autorité paternelle sur un peuple, sur une réunion d'hommes. Homère appelle les rois les pasteurs des peuples. On l'applique surtout à JÉSUS-CHRIST, et aussi aux évêques, aux curés. JÉSUS-CHRIST est le souverain pasteur des âmes. Notre-Seigneur est le bon pasteur qui ramène la brebis égarée. Un pasteur doit avoir soin de ses ouailles. En termes d'Écriture sainte, Les brebis connaissent la voix du pasteur.

PASTEUR est aussi le Titre des ministres protestants. Il étudie pour être pasteur.

Pasteur : définition du Littré (1872-1877)

PASTEUR (pa-steur) s. m.
  • 1Celui qui possède ou qui garde les troupeaux. Tel que le vieux pasteur des troupeaux de Neptune, Protée, à qui le ciel, père de la fortune, Ne cache aucuns secrets, Rousseau J.-B. Ode au comte du Luc. Au-dessous de la contrée des Samoïèdes est celle des Ostiates, le long du fleuve Oby ; ils ne tiennent en rien des Samoïèdes, sinon qu'ils sont, comme eux et comme les premiers hommes, chasseurs, pasteurs et pêcheurs, Voltaire, Russie, I, 1.

    Le pasteur de Mantoue, Virgile. Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue, Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue, La Fontaine, Poésies mêlées, LXX.

    Les Pasteurs, nom qu'on donne à un peuple qui envahit l'Égypte vers 2209 ans avant l'ère chrétienne.

    Adj. Les peuples pasteurs ont une subsistance bien plus assurée que les peuples chasseurs, Montesquieu, Rom. 17. Les Scythes étaient des peuples pasteurs, qui, sans demeure fixe, erraient dans de vastes pays incultes, Condillac, Hist. anc. I, 18.

  • 2 Fig. Celui qui exerce une grande autorité sur une réunion d'hommes. Ô vous, pasteurs des peuples, qui êtes sans doute assemblés ici pour défendre la patrie contre ses ennemis, ou pour faire fleurir les plus justes lois, écoutez un homme que la fortune a persécuté, Fénelon, Tél. XX. Sceptres sur lesquels Évandre et Nestor, pasteurs des peuples, s'appuyaient en jugeant les peuples, Chateaubriand, Génie, I, I, 78.
  • 3Homme qui a reçu de Dieu mission et caractère pour enseigner les fidèles, et leur administrer les moyens de salut que Dieu a établis (BERGIER). La régularité de Mme la Dauphine dans les observances de l'Église, dont elle ne se dispensa jamais qu'après avoir examiné ses besoins et rendu à ses pasteurs les déférences nécessaires, Fléchier, Dauphine. Que de tableaux à tracer, depuis le pasteur du hameau, jusqu'au pontife qui ceint la triple couronne pastorale ! Chateaubriand, Génie, II, II, 9.

    On dit aussi : pasteur des âmes. Ne pensons pas qu'il n'y ait que les évêques et les supérieurs ecclésiastiques qui entrent avec Jésus-Christ en communication de cette qualité de pasteurs des âmes, Bourdaloue, 2e dim. après Pâques, Dominic. t. II, p. 4.

    Le bon pasteur, le pasteur qui, dans l'Évangile, retrouve et rapporte la brebis perdue. Je suis le bon pasteur ; le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, Sacy, Bible, Év. St Jean, X, 11. Quand on voit dans l'Évangile la brebis perdue préférée par le bon pasteur à tout le reste du troupeau, Bossuet, Mar.-Thér.

  • 4Titre chez les protestants de celui qui a charge d'âmes.
  • 5Genre de poissons des mers d'Amérique.

SYNONYME

PASTEUR, MINISTRE. Ces termes de l'Église protestante ne sont pas synonymes. Le pasteur a charge d'âmes, il a un troupeau qu'il visite, tandis que le ministre n'en a pas. Pour être ministre, il suffit d'avoir fait ses études théologiques, subi des examens satisfaisants et reçu la consécration. Pour être pasteur, il faut de plus avoir été nommé à la direction spirituelle d'une paroisse, PAUTEX.

HISTORIQUE

XIIe s. Maistre e pere e pastur sunt li proveire [prêtres] en lei à trestuz cels qui vivent en cristiene fei, Th. le mart. 73.

XIIIe s. À mal pastor chie lox [le loup] laine, Proverbes du vilain, ms. de St-Germ. f° 75, dans LACURNE. La sainte Escripture Qui commande au pastour honeste Cognoistre la vois de sa beste, la Rose, 11395.

XIVe s. Aussi comme le pasteur a cure de ses ouailles et les aime, Oresme, Eth. 248.

XVIe s. Car des brebis que pastour abandonne, Souvent le loup en devore à l'escart, Marot, J. V, 75.

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Pasteur : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PASTEUR, s. m. (Gramm. & Théol.) dans un sens littéral signifie un berger, un homme occupé du soin de faire paître les troupeaux. Dans l’antiquité on a par analogie appliqué ce nom aux princes ; Homere dit que les rois sont les pasteurs des peuples, parce qu’ils doivent veiller à la félicité de leurs sujets.

Dans l’ordre de la religion pasteur signifie un homme consacré à Dieu d’une maniere spéciale, ayant autorité & jurisdiction sur toute l’Eglise, comme le pape, ou sur une portion considérable des fideles, comme les évêques, ou sur une moindre portion, comme les curés. On distingue les premiers pasteurs, c’est-à-dire le pape & les évêques, des pasteurs du second ordre. Les premiers ont seul droit de décider dans les matieres de dogme & de discipline, les autres ont celui d’enseigner, mais avec subordination, aux premiers pasteurs. Voyez Curé.

Pasteur, livre du, (Théol.) le livre du pasteur tel que nous l’avons aujourd’hui est divisé en trois livres, dont le premier est intitulé visiones, le second mandata, & le troisieme similitudines. Le premier, dans l’édition qu’en a donné M. Cotelier, est sous-divisé en quatre visions, qui contiennent chacune plusieurs apparitions. L’auteur, qui est Hermas, raconte dans la premiere que son pere ayant vendu une jeune fille à Rome, le hazard fit qu’il la vit ensuite & l’aima comme sa sœur : que quelque tems après l’ayant vû se baigner dans le Tibre, il souhaita en lui-même d’avoir une femme aussi belle & aussi sage, & rien de plus, ajoute-t-il, nihil ultra : mais qu’un jour il vit le ciel ouvert, & cette femme dans le ciel qui lui reprochoit d’avoir péché à son occasion, du-moins par concupiscence. Il falloit qu’Hermas fût bien dévot pour trouver un péché dans un pareil souhait : son livre est je crois le premier livre de dévotion qui ait été fait, & par conséquent le premier qui a commencé d’altérer la religion, & de mêler aux vérités chrétiennes les visions d’un cerveau creux. Il voit ensuite une autre femme plus vieille qui lui dit les mêmes choses que la premiere, & qui ajoute qu’elle lui a été envoyée pour l’avertir du mauvais gouvernement de sa famille & de ce qu’il ne corrigeoit pas assez ses enfans. Ce dernier avertissement étoit plus raisonnable, & pouvoit être donné avec plus de fondement : car les gens qui s’amusent à des visions sont plus sujets que les autres à négliger l’essentiel de leur devoir.

Dans la seconde vision, la même vieille lui apparoît pour lui reprocher le trop grand babil de sa femme : mais il étoit lui-même bien babillard de parler & d’écrire de telles bagatelles : elle disparoit ensuite après lui avoir promis bien des révélations, parce que c’étoit peut-être son goût & celui de son siecle, goût qui se renouvella du tems de saint Brigite. La vieille femme n’a pas sitôt disparu qu’un jeune homme se présente sur les rangs, pour instruire Hermas que cette femme qu’il vient de voir est l’Eglise qui a pris la figure d’une vieille, parce qu’elle a été créée la premiere, & que le monde a été fait pour elle. Cette Eglise avoit donné à Hermas un livre avec ordre de le copier, & d’en donner un exemplaire à Clément pour l’envoyer aux églises, & un à la veuve Grapte pour l’enseigner aux veuves & aux orphelins.

Dans la troisieme vision, c’est la même Eglise qui lui paroît accompagnée de six jeunes hommes dans une espece de pavillon couvert d’un voile de fin lin, où il y avoit des bancs pour s’asseoir. Aussi-tôt qu’elle fut entrée, elle dit aux jeunes gens d’aller bâtir, & resta seule avec Hermas, à qui elle ne permit jamais de s’asseoir à sa droite, malgré les instances qu’il en fit ; parce que cette place appartenoit aux martyrs qui avoient beaucoup souffert pour J. C. Hermas lui fait à cette occasion une question niaise, qui surprend quand on fait attention que cet auteur vivoit du tems des martyrs & des persécutions, & qui feroit douter que tout ce qu’on nous conte dans les martyrologes ne tînt beaucoup plus d’une pieuse fiction, que de la vérité de l’histoire ; car il en parle comme s’il les ignoroit entierement : Dico ei domina, vellem scin quæ sustinuerunt : audi, inquit, feras, bestias, flagella, carceres, cruces. Pendant qu’il s’entretient avec l’Eglise, il s’apperçoit que les six jeunes hommes bâtissent sur l’eau une tour quarrée avec des pierres quarrées, dont les jointures ne paroissent pas. Qu’une infinité d’autres hommes apportent à ces nouveaux mâçons des pierres qu’ils tirent de la terre, dont celles qui se trouvent de figure quarrée & dont les jointures conviennent, sont employées dans l’édifice de la tour, & les autres sont rejettées. Parmi celles-ci, il y en a qui roulent sur les eaux sans pouvoir s’enfoncer, d’autres roulent dans le desert, les autres sont brisées en morceaux & jettées bien loin, quelques-unes enfin sont seulement mises au pié de la tour, & entre ces dernieres il y en a de belles, blanches & polies, mais rondes. Hermas, après avoir tout remarqué, demande à la vieille l’explication de la tour & de tout ce qu’il voit. Elle lui répond que ces révélations ont leur fin, & qu’elles sont déja accomplies, mais qu’il est un homme importun qui ne cesse de demander des révélations ; enfin que la tour est l’Eglise : que les six hommes qui bâtissent sont les six principaux anges du Seigneur ; que le grand nombre de ceux qui apportent des pierres sont d’autres anges employés à l’édification de l’Église ; que les premieres pierres quarrées sont les apôtres, les évêques, les docteurs & les ministres qui ont été unis dans la doctrine de Jesus-Christ, avec la jointure desquels les autres pierres doivent s’accorder ; que les autres pierres qu’on apporte de la terre sont les hommes qui doivent entrer dans ce bâtiment ; que celles qui se trouvent propres & bien taillées sont les véritables fideles ; que celles qui roulent sur les eaux sont celles qui refusent ou qui different de recevoir le baptême, parce qu’il faut renoncer à ses cupidités ; que celles qui roulent dans le desert sont les hommes qui, après avoir connu la véritable religion, doutent encore, & croient trouver quelque chose de meilleur par leur science, de sorte qu’ils errent dans les lieux solitaires & peu fréquentés ; que les pierres brisées & jettées bien loin, sont les scélérats & les endurcis ; que celles qui sont mises auprès de la tour sans être employées, sont les pécheurs qui ont besoin de faire pénitence ; que celles qui sont blanches & rondes sont les riches, qui ont la candeur de la foi, mais qui ne veulent pas renoncer à leurs richesses, elles ont besoin d’être taillées pour entrer dans le bâtiment qui est de pierres quarrées ; que la tour enfin est bâtie sur l’eau, parce que nous sommes sauvés par l’eau, il veut dire le baptême.

Dans la quatrieme vision, il conte que se promenant un jour dans la campagne, il vit une grande poussiere, ce qui lui fit croire que c’étoit un troupeau de bêtes que l’on conduisoit, mais qu’elle augmenta si fort, qu’il crut enfin qu’il y avoit quelque chose d’extraordinaire. En effet il vit une bête d’une grandeur prodigieuse, & d’une figure épouventable : il remarqua sur sa tête quatre couleurs, le noir, le rouge, l’or & le blanc. Ayant passé au-delà de la bête, non pas sans une extrême peur, il vit la vieille femme qu’il avoit déja vûe dans les autres visions, à qui il demanda ce que signifioit cette bête & ces couleurs, & comment ce monstre ne l’avoit pas dévoré. Elle lui répondit que le noir signifioit le monde, le rouge le siecle présent, l’or les élus en ce monde, & le blanc l’état de gloire ; que l’ange qui veille sur les bêtes, nommé Higrin, l’avoit conservé. Voilà, à-peu-près, ce que contient le premier livre.

Le second livre est intitulé mandata, parce qu’il contient des commandemens au nombre de douze ; ils sont donnés à hermas par un ange qu’il nomme Pasteur, & qui se nomme ainsi lui-même, ego sum pastor cui traditus es. C’est peut-être de-là que le livre a pris le nom de pasteur. Ces commandemens sont de croire en Dieu, de faire l’aumône sans distinction, d’éviter le mensonge, la médisance, l’adultere, la tristesse, de résister à la cupidité, d’être d’un esprit égal, de demander avec foi & sans hésiter.

Il y a quelque chose de remarquable dans le quatrieme commandement touchant la dissolution du mariage & la pénitence. Il prétend qu’un homme dont la femme est adultere péche en la gardant avec lui, à-moins qu’il n’en ignore le crime ; dès qu’il en est instruit, il doit la renvoyer, & ne point se remarier à une autre ; il ajoute qu’il en est de même à l’égard de la femme envers son mari. Pour ce qui est de la pénitence, il dit qu’on n’y est reçu qu’une fois. Les paroles de l’auteur sur ces articles méritent d’être rapportées tout-au-long : Et dixi illi, Domine, si quis habuerit uxorem fidelem in Domino, & hanc invenerit in adulterio, numquid peccat vir, si convivit cum illa ? Et dixit mihi quandiu nescit peccatum ejus, sine crimine est vir vivens cum illa. Si autem scierit vir uxorem suam deliquisse, & non egerit pœnitentiam mulier, & permaneat in fornicatione sua, & convivit cum illa vir, reus erit peccati ejus & particeps mæchationis ejus. Et dixi illi : quid ergo si permanserit mulier in vitio suo ? Et dixit, dimittat illam vir, & vir per se maneat : quod si dimiserit uxorem suam & aliam duxerit, & ipse mæchatur. Et dixi illi, quod si mulier dimissa pœnitentiam egerit & voluerit ad virum suum reverti, nonne recipitur à viro suo ? Et dixit mihi : imò si non receperit eam vir suus, peccat & magnum peccatum sibi admittit. Sed debet recipere peccatricem quæ pœnitentiam egit, sed non sæpè ; servis enim Dei pœnitentia una est….. hic actus, similis est in viro & in muliere. Le Sr Hermas prétend encore dans ce même endroit qu’un homme ne peut pas garder une femme idolâtre, ni une femme chrétienne demeurer avec un mari idolâtre ; ce qui est contraire à la doctrine de l’apôtre S. Paul. Dans le sixieme commandement, il semble dire qu’il y a deux génies qui nécessitent l’homme. Dans le troisieme, où le mensonge est défendu, il pleure ses péchés en avouant qu’il n’a fait autre chose que mentir : son livre en est une belle preuve.

Le troisieme livre, intitulé similitudines, contient des comparaisons analogiques, des choses spirituelles, avec des naturelles, qui sont expliquées à Hermas par le pasteur ou l’ange qui lui parle. Par exemple, que les riches sont appuyés sur les prieres des pauvres, comme la vigne est soutenue par l’ormeau ; de la même façon qu’on ne peut pas distinguer pendant l’hiver un arbre verd d’avec un arbre sec, aussi pendant cette vie on ne peut pas distinguer le juste d’avec le pécheur. Dans le cinquieme chapitre, il est parlé du véritable jeûne, qui consiste à observer les commandemens de Dieu. Dans le neuvieme, enfin c’est une vision d’un édifice à-peu-près semblable à celui de la troisieme vision du premier livre.

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Étymologie de « pasteur »

Étymologie de pasteur - Littré

Berry, pâtour ; norm. pastou ; provenç pastor ; ital. pastore ; du latin pastorem, de pastum, supin de pascere, paître. Pâtre vient du nominatif pástor, avec l'accent sur la pénultième.

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Étymologie de pasteur - Wiktionnaire

(1238) Du latin pastor (« berger, pâtre, personne qui fait paître les troupeaux »).
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Phonétique du mot « pasteur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pasteur pastœr play_arrow

Citations contenant le mot « pasteur »

  • Le pasteur Peter Märki a été élu président de la fondation CSI-Suisse le 2 juillet 2020. Il est membre du conseil de fondation depuis 2003 dont il a occupé le poste de vice-président au cours des treize dernières années. Le Dr Peter Märki a travaillé de nombreuses années comme pasteur de la paroisse réformée d’Ittigen (BE) ; Ittigen dispose d’un centre œcuménique dans lequel réformés et catholiques célèbrent leurs services religieux sous le même toit. Le pasteur Märki a donc collaboré très étroitement avec l’Église sœur catholique. Journal Chrétien, Le pasteur Peter Märki est le nouveau président de la Solidarité Chrétienne Internationale en Suisse - Chrétiens de Suisse - Peter Märki - Journal Chrétien
  • Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. , Évangile selon saint Jean, X, 11
  • […] Les loups ne craignent guère Les pasteurs amoureux qui chantent leur bergère. Jean-Pierre Claris de Florian, Fables, le Roi et les Deux Bergers

Images d'illustration du mot « pasteur »

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Traductions du mot « pasteur »

Langue Traduction
Corse pastore
Basque pastor
Japonais 牧師
Russe пастор
Portugais pastor
Arabe القس
Chinois 牧师
Allemand pastor
Italien pastore
Espagnol pastor
Anglais pastor
Source : Google Translate API

Synonymes de « pasteur »

Source : synonymes de pasteur sur lebonsynonyme.fr


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