La langue française

Limon

Définitions du mot « limon »

Trésor de la Langue Française informatisé

LIMON 1, subst. masc.

A. −
1. Ensemble de particules de terre mêlées de débris organiques déposées au fond des étangs, des fossés ou entraînées par les eaux courantes dans les parties déclives des terrains. Cette contrée doit au limon de tant de rivières une extraordinaire fertilité (Michelet, Hist. romaine, t. 1, 1831, p. 7).Ces hautes berges ou terrasses du lit quaternaire du Mississipi qui sont constituées par de très riches limons (Brunhes, Géogr. hum.,1942, p. 157):
1. Partout où l'inondation a déposé son limon fécondant l'herbe monte haute, touffue, verte, appétissante; là où elle s'est arrêtée, le sable commence et s'étend à perte de vue. Du Camp, Nil,1854, p. 51.
SYNT. Limon bourbeux, brun, durci, épais, fangeux, jaune, noir, roux; limon charrié par les eaux, desséché au soleil; limon du fleuve, des inondations, du Nil; maisons en limon; pétrir une boule de limon.
P. ext. Terre fine et fertile. Quand la neige est tombée et qu'il s'est formé un limon valant le meilleur des engrais (Pourrat, Gaspard,1925, p. 64).
Au fig. [P. allus. au limon qui se dépose, qui ressemble à la boue] Fange, tourbe. Une maladie financière assez semblable à une peste pour les Gouvernements, est née en Europe de la corruption de la Révolution, et des limons qu'elle a laissés en se retirant (Chateaubr., Disc. et opin.,1826, p. 537).Cherche! remue ton limon : le vice dont tu te fais honneur y a pourri depuis longtemps (Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 203):
2. Je calculais avec tristesse quel amas d'impureté devait former dans la mémoire d'un prince de cinquante-huit ans le limon des hontes humaines déposé par l'océan des événements, vomi par ses courants invisibles. Vigny, Mém. inéd.,1863, p. 110.
Poét. Cœur sans limon. Cœur pur. On sent, rien qu'à la voir, sa dignité profonde. De ce cœur sans limon nul vent n'a troublé l'onde. (Hugo, Rayons et ombres,1840, p. 1038).
2. En partic. [P. réf. à la Bible, Gen. II, 7]
a) [S'agissant du limon dont a été formé le corps de l'homme] Corps de limon; l'homme pétri du limon de la terre. Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés Dans ce même limon d'où Dieu les réveilla (Péguy, Ève,1913, p. 801):
3. Nous sommes littéralement faits du limon de la terre. C'est pourquoi notre corps et ses qualités physiologiques et mentales sont influencés par la constitution géologique du pays où nous vivons... Carrel, L'Homme,1935, p. 100.
b) [S'agissant du limon (matière) opposé au souffle (âme)] C'est aussi en soufflant, que le dieu des juifs anime l'homme ou le limon dont son corps est formé (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 489).À coup sûr tu n'es pas un être pétri du même limon et animé de la même vie que nous! (Sand, Lélia,1833, p. 7).Celui qui donna l'âme aux enfants du limon (Nerval, Chimères,1854, p. 708):
4. ... Hitler allait rencontrer l'obstacle humain, celui que l'on ne franchit pas. Il fondait son plan gigantesque sur le crédit qu'il faisait à la bassesse des hommes. Mais ceux-ci sont des âmes autant que du limon. De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 174.
B. − GÉOL. ,,Tout dépôt ayant la même granulométrie et les mêmes propriétés physiques que le limon`` (Plais.-Caill. 1958). PÉDOL. ,,Fraction granulométrique de la terre fine`` (Agric. 1977).
REM.
Limonage, subst. masc.,,Enrichissement naturel ou artificiel (par inondation ou épandage de crues) d'un sol en limon au moyen d'eaux chargées de cet élément`` (Agric. 1977). [Les digues submersibles laissent] au sol de la vallée le bénéfice du limonage pendant les crues extraordinaires (Degrand, Résal, Ponts en maçonn.,1887, p. 10).
Prononc. et Orth. : [limɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. a) [Fin xies. « terre molle qui, charriée par les eaux, se dépose sur les bords d'un fleuve » (Raschi, Gl., éd. A. Darmesteter et D. S. Blondheim, t. 1, no646)]; 1remoitié xiies. « id. » (Psautier Oxford, 68, 2 ds T.-L.); b) 1664 allus. bibl. Dieu l'a pétri d'autre limon que moi (Boileau, Satire V, éd. A. Cahen, p. 74, 24). Du lat. pop. *limonem, acc. de *limo « limon », dér. du lat. class. limus « boue », lequel survit dans l'a. fr. lum, lun (fin xiies. − 1306, ds T.-L. et Gdf.) dans l'a. prov. lim (Lévy (E.) Prov.) et dans l'it. esp. limo, cf. FEW t. 5, p. 348-349. Fréq. abs. littér. : 326. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 563, b) 801; xxes. : a) 374, b) 255.
DÉR.
Limoner, verbe.a) Emploi trans., art culin. ,,Passer un poisson dans l'eau bouillante pour enlever le limon dont il est imprégné`` (Ac. Compl. 1842). Limoner une anguille (Lar. 19e). P. ext. ,,Enlever la peau, la pellicule d'une substance alimentaire. Limoner une cervelle dans l'eau fraîche`` (Lar. Lang. fr.). Vous ferez seulement blanchir les cardons, vous les limonerez (Viard, Cuisin. roy.,1831, p. 356).b) Emploi intrans., région. (Canada). Pleurnicher. Mais c'est pas en (...) limonant comme tu fais, que tu vas te remonter le moral (J. Barbeau, Une Brosse, Montréal, Leméac, 1975, p. 35).[limɔne], (il) limone [limɔn]. 1resattest. a) ca 1320 adj. limoné « qui contient du limon » (Ovide moralisé, éd. C. de Boer, Dixième Livre, t. 4, p. 96, 3594), b) α) 1750 limoner « débarrasser un poisson du limon » (Briand, Dict. des aliments, t. 3, p. 81 et 418). β) 1962 limoner une cervelle dans l'eau fraîche (Lar. encyclop.); de limon1, d'abord suff. * puis dés. -er.

LIMON2, subst. masc.

A. − L'une des deux branches de la limonière d'une voiture. Le limon droit, gauche d'une charrette; mettre un cheval dans les limons (Ac.1798-1878).
B. − ARCHIT. Pièce de bois ou de pierre taillée en biais qui supporte les marches, les contre-marches et la balustrade d'un escalier du côté opposé au mur. Ces ordonnances symétriques de baies sur une façade, que les services intérieurs obligent de couper par les planchers, des cloisons, des limons d'escaliers (Violet-Le-Duc, Archit.,1872, p. 280).Escalier à limon droit à la française (Robinot, Vérif., métré et prat. trav. bât., t. 2, 1928, p. 47):
Point d'appui d'un escalier du côté du vide. Les limons sont en bois ou en pierre, évidés ou contournés, unis ou bordés de moulures, et généralement ils prennent naissance avec les premières marches qui, construites avec les mêmes matériaux, prennent le nom de marches de limon. Adeline, Lex. termes art,1884.
Prononc. et Orth. : [limɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1. Ca 1160 « brancard, civière mortuaire » (Eneas, 6109 ds T.-L.); 2. 1627 « poutre qui soutient les marches d'un escalier » (Cout. de Douay ds Nouveau coutumier général, éd. Ch. A. Bourdot de Richebourg, t. 2, p. 989). Mot d'orig. obsc., peut-être de la même racine celt. que l'esp. port. leme « gouvernail ». L'indo-européen ei est représenté en celt. tantôt par e, tantôt par i, ce qui fait supposer un celt. *leim- qui est peut-être à rapprocher du lat. limen, primitivement « traverse de bois » (FEW t. 5, p. 248a et Bl.-W.5).
DÉR.
Limoner, verbe intrans.,sylvic. Devenir assez gros pour fournir des limons de voiture. Il y a des endroits où l'on ne coupe pas les taillis à moins qu'ils ne limonent (Ac. Compl.1842).[limɔne], (il) limone [limɔn]. 1reattest. 1690 (Fur.); de limon1*, dés. -er.
BBG. − Archit. 1972, p. 38.

LIMON3, subst. masc.

Fruit du limonier, analogue au citron à la différence près qu'il est plus acide et que son écorce est moins épaisse. Jus, sirop de limon; cueillir des limons. Ils riaient, disaient des riens, jouaient, mordaient aux limons, aux oranges, aux pastèques amassés près d'eux sur des assiettes peintes (France, Lys rouge,1894, p. 244).
Prononc. et Orth. : [limɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1314 escorces de limons (Henri de Mondeville, Chirurgie, éd. A. Bos, 1839). Empr. à l'ital.limone « sorte de citron très acide; citronnier produisant ce fruit » (dep. xives. d'apr. DEI), lui-même empr., par l'intermédiaire de l'ar. laimūn, au persan līmūn « id. » : la culture de ce fruit et de cet arbre, introduite par les Arabes dans le Bassin méditerranéen, a été importée en Italie grâce aux Croisades (cf. Frescobaldi, Sigoli, Gucci, etc., auteurs de récits de voyages du xives. en Terre Sainte et en Égypte, cités ds DEI; cf. aussi lat. médiév. limones au xiiies., Jacques de Vitry, Hist. de Jérusalem ds Du Cange).

Wiktionnaire

Nom commun 1

limon \li.mɔ̃\ masculin

  1. Alluvion, terre charriée par un cours d’eau et qui se dépose sur ses rives.
    • Ce fleuve charrie beaucoup de limon.
    • Les anguilles et quelques autres poissons se tiennent dans le limon.
    1. (En particulier) (Bible) Glaise, argile.
      • Nous sommes tous pétris du même limon, Dieu nous a tous faits semblables.
  2. (Par extension) Sol léger et apte à produire dans les conditions actuelles de culture.
  3. (Géologie) Dépôt apporté par les cours d'eau ou par le vent, constitué de particules très fines de roches, mêlées à des débris organiques.
    • Pendant de longs siècles, la maison resta bien fragile. A peine différente d'une cabane de bois dans les forêts, bicoque de limon très souvent, elle brûlait ou elle fondait pour un rien. — (Octave Guelliot, Villages et maison des Ardennes, dans la Revue de folklore français et de folklore colonial, Librairie Larose, 1937, vol. 8, p. 188)
    • Limon fluviatile, éolien.
    • Le limon est un excellent engrais.

Nom commun 2

limon \li.mɔ̃\ masculin

  1. Chacune des deux longues pièces de bois fixées à l’avant d’une voiture, entre lesquelles on attelle un animal de trait, et dont l’ensemble constitue la limonière.
  2. (Architecture) Pièce de bois ou de pierre qui supporte l’extrémité des marches d’un escalier du côté opposé au mur, et sur laquelle on fixe la balustrade.

Nom commun 3

limon \li.mɔ̃\ masculin

  1. Fruit du limonier (Citrus aurantiifolia), analogue au citron.
    • Le droit est dû sur les vinaigres, jus de limon, cidres et poirés qui viennent du dehors, au moment de l’importation, et sur les vinaigres de bière et les vinaigres artificiels du pays, lors de la déclaration prescrite par les articles 62 , 65 et 67 de la présente loi.— (Journal Officiel Belge, Recueil des lois et actes généraux du gouvernement, en vigueur dans le Royaume des Pays-Bas, Volume 9, Bruxelles, 1823, page 370)
  2. (Désuet) Synonyme de citron.
    • Ils riaient, disaient des riens, jouaient, mordaient aux limons, aux oranges, aux pastèques amassés près d’eux sur des assiettes peintes. — (Anatole France, Le Lys rouge, 1894, réédition Le Livre de Poche, page 237)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LIMON. n. m.
Terre détrempée charriée par un cours d'eau et qui se dépose sur ses deux rives quand le courant se ralentit. Ce fleuve charrie beaucoup de limon. Les anguilles et quelques autres poissons se tiennent dans le limon. Fig. et spécialement dans le langage biblique, Nous sommes tous pétris du même limon.

Littré (1872-1877)

LIMON (li-mon) s. m.
  • 1Dépôt de terre divisée et de débris organiques formé au fond des étangs, des fossés, ou entraîné par les eaux courantes dans les parties déclives des terrains. L'eau de cette rivière est toujours trouble et mauvaise à boire, à cause qu'elle traîne quantité de limon, Vaugelas, Q. C. liv. VII, dans RICHELET. Le Seigneur Dieu forma l'homme du limon de la terre, Sacy, Bible, Gen. II, 7. On a pris le limon pour de l'argile ; cette erreur capitale a donné lieu à de faux jugements et a produit une infinité de méprises particulières, Buffon, Min. t. II, p. 124. Leurs jours [des parias] sont à ses yeux Comme ceux du reptile ou des monstres immondes Que le limon du Gange enfante sous ses ondes, Delavigne, Paria, I, 1.

    Fig. À peine du limon où le vice m'engage, J'arrache un pied timide et sors en m'agitant, Que l'autre m'y reporte et s'embourbe à l'instant, Boileau, Épît. III.

  • 2 Terme de géologie. Roche où dominent à la fois le sable et l'argile.
  • 3 Fig. Extraction, origine, nature, par allusion à la terre dont la Bible dit que l'homme fut formé. Mais ceux que la nature a formés comme nous D'un limon moins grossier que le limon vulgaire, Deshoulières, Épît. à l'abbé de Lavau. On dirait que le ciel est soumis à sa loi, Et que Dieu l'a pétri d'autre limon que moi, Boileau, Sat. V. Si du même limon la nature féconde Sur un modèle égal ayant fait les humains…, Voltaire, Scythes, IV, 1. Nos mères nous ont faits tous du même limon, Lamartine, à Némésis.

SYNONYME

LIMON, FANGE, BOUE. Ces trois termes désignent de la terre détrempée par l'eau. Le limon est cette terre détrempée que les fleuves charrient et qu'ils déposent. La fange est de la terre détrempée par la pluie, par la neige, par une eau qui s'épanche, ainsi que la boue ; elle ne diffère de la boue que par l'emploi qu'on en fait : boue est de tous les styles ; fange est du style élevé.

HISTORIQUE

XIIe s. Sa bouche est pleine de sanc et de limon, Roncisv. p. 100.

XIIIe s. Je sui enfichiez au limon de la mer, Psautier, f° 79. L'endemain à vostre levée, E buche e denz devez laver, E oster le limun des denz, Ms. St Jean.

XVIe s. Après aussi que le lymon tout frais Est eschauffé du soleil et ses rais, Marot, IV, 35.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

LIMON, s. m. (Hist. nat.) limus, lutum. On entend en général par limon, la terre qui a été délayée & entraînée par les eaux, & qu’elles ont ensuite déposée. On voit par-là que le limon ne peut point être regardé comme une terre simple, mais comme un mélange de terres de différentes espéces, mélange qui doit nécessairement varier. En effet, les eaux des rivieres en passant par des terreins différens, doivent entraîner des terres d’une nature toute différente ; ainsi une riviere qui passera dans un canton où la craie domine, se chargera de craie ou de terre calcaire ; si cette même riviere passe ensuite par un terrein de glaise ou d’argille, le limon dont elle se chargera, sera glaiseux. Il paroît cependant qu’il doit y avoir de la différence entre ce limon & la glaise ordinaire, vû que l’eau, en la délayant, a du lui enlever une portion de sa partie visqueuse & tenace ; par conséquent elle aura changé de nature, & elle ne doit plus avoir les mêmes qualités qu’auparavant. Ce qui vient d’être dit du limon des rivieres, peut encore s’appliquer à celui des marais, des lacs, & de la mer même : en effet, les eaux des ruisseaux, des pluies, & des fleuves qui vont s’y rendre, doivent y porter des terres de différentes qualités. A ces terres il s’en joint souvent une autre qui est formée par la décomposition des végétaux : c’est à cette terre qu’il faut attribuer la partie visqueuse & la couleur noire ou brune du limon que l’on trouve, sur-tout au fond des eaux stagnantes ; c’est encore de cette décomposition des plantes vitrioliques & des feuilles, que paroît venir la partie ferrugineuse qui se trouve souvent contenue dans quelques especes de limon.

Le limon que déposent les rivieres, mérite toute l’attention des Naturalistes : il est très-propre à leur faire connoître la formation du tuf & de plusieurs des couches, dont nous voyons différens terreins composés : on pourra en juger par les observations suivantes, que M. Schober directeur des mines du sel-gemme de Wicliska en Pologne, a faites sur le limon que dépose la Sala : ces observations sont tirées du magazin de Hambourg, tome III.

La Sala ou Saale est une riviere à peu-près de la force de la Marne ; après avoir traversé la Thuringe, elle se jette dans l’Elbe. M. Schober s’étant apperçu qu’à la suite de grandes pluies, cette riviere s’étoit chargée de beaucoup de terres, fut tenté de calculer combien elle pouvoit entraîner de parties terrestres en vingt-quatre heures. Pour avoir un prix commun, il puisa à cinq heures du soir de l’eau de la Sala, dans un vaisseau qui contenoit dix livres, trois onces, & deux gros d’eau. Vingt quatre heures après, il puisa la même quantité d’eau dans un vaisseau tout pareil ; il laissa ces deux vaisseaux en repos, afin que le limon eût tout le tems de se déposer. Au bout de quelques jours, il décanta l’eau claire qui surnageoit au dépôt, & ayant recueilli le limon qui étoit au fond, il le fit secher au soleil, il trouva que l’eau du premier vaisseau avoit déposé deux onces & deux gros & demi d’un limon argilleux, & que celle du second vaisseau n’en avoit déposé que deux gros. Ainsi, vingt livres six onces & demie d’eau avoient donné deux onces & quatre gros & demi de limon séché. M. Schober humecta de nouveau ce limon argilleux, & il en forma un cube d’un pouce en tout sens : ce cube pesoit une demi-once & 3 gros, d’où l’on voit qu’un pié cube, ou 1728 pouces cubiques, devoit peser 96 livres & 10 onces. Le pié cube d’eau pese cinquante livres ; ainsi en prenant 138 piés cubes de l’eau, telle que celle qui avoit été puisée dans le premier vaisseau, pour produire un pié cubique de limon, il faudra compter 247 piés cubes d’eau pour les deux expériences prises à la fois. M. Schober a trouvé qu’il passoit 1295 piés cubes d’eau en une heure, par une ouverture qui a 1 pouce de largeur & 12 pouces de hauteur. L’eau de la Sala, resserrée par une digue, passe par un espace de 372 piés, ce qui fait 4464 pouces ; si elle est restée aussi trouble & aussi chargée de terre que celle du premier vaisseau, seulement pendant une heure de tems, il a du passer pendant cette heure, 5780880 piés cubes d’eau, qui ont du entraîner 41890 piés cubes de limon ; ce qui produit une quantité suffisante de limon pour couvrir une surface quarrée de 204 piés, de l’épaisseur d’un pié. Mais si l’on additionne le produit des deux vaisseanx, on trouvera que, puisque 20 livres 6 onces d’eau ont donné 2 onces 4 de limon ; & si on suppose que l’eau a coulé de cette maniere, pendant vingt-quatre ; on trouvera, dis-je, que pendant ce tems, il a dû s’écouler 138741120 piés cubes d’eau, qui ont dû charrier 561705 piés cubes de limon, quantité qui suffit pour couvrir d’un pié d’épaisseur une surface quarrée de 749 piés.

On peut conclure de-là que, si une petite riviere, telle que la Sala, entraîne une si grande quantité de limon, l’on doit présumer que les grandes rivieres, telles que le Rhin, le Danube, &c. doivent en plusieurs siécles, en entraîner une quantité immense, & les porter au fond de la mer, dont par conséquent, le lit doit hausser contiuellement. Cependant tout ce limon ne va point à la mer : il en reste une portion considérable qui se dépose en route sur les endroits qui sont inondés par les débordemens des rivieres. Suivant la nature du limon qui se dépose, il se forme dans les plaines qui ont été inondées, différentes couches, qui par la suite des tems se changent en tuf ou en pierre, & qui forment cette multitude de lits ou de couches de différente nature, que nous voyons se succéder les unes aux autres dans la plûpart des plaines qui sont sujettes aux inondations des grandes rivieres.

Nous voyons aussi que le limon apporté par les rivieres ne produit point toujours les mêmes effets ; souvent il engraisse les terres sur lesquelles il se répand : c’est ce qu’on voit sur-tout dans les inondations du Nil, dont le limon gras & onctueux fertilise le terrein sablonneux de l’Egypte ; d’autres fois ce limon nuit à la fertilité des terres, parce qu’il est plus maigre, plus sablonneux, & en général moins adapté à la nature du terrein sur lequel les eaux l’ont déposé. Il y a du limon qui est nuisible aux terres, parce qu’étant trop chargé de parties végétales acides (pour se servir de l’expression vulgaire), il rend le terrein trop froid ; quelquefois aussi ce limon étant trop gras, & venant à se répandre sur un terrein déja gras & compacte, il le gâte & lui ôte cette juste proportion qui est si avantageuse pour la végétation. (—)

Limon, s. m. (Médec. Pharmac. Cuisine, Arts.) fruit du limonier. L’écorce des limons est remplie d’une huile essentielle, âcre, amere, aromatique, fortifiante & cordiale, composée de parties très subtiles ; elle brûle à la flamme, & se trouve contenue dans de petites vessies transparentes. Le suc des limons communique, par son acidité, une belle couleur pourpre à la conserve de violette, & au papier bleu ; il est pareillement renfermé dans des cellules particulieres.

L’huile essentielle des limons, vulgairement nommé huile de neroli, a les mêmes propriétés que celles de citron.

Pour faire l’eau de limon, on distille au bain marie des limons, pilés tout entiers, parce que de cette maniere, la partie acide est imbue de l’huile essentielle, & acquiert une vertu cardiaque, sans échauffer.

Tout le monde sait, que la limonade est un breuvage que l’on fait avec de l’eau, du sucre & des limons. Cette liqueur factice a eu l’honneur de donner son nom à une communauté de la ville de Paris, qui n’étoit d’abord que des especes de regrattiers, lesquels furent érigés en corps de jurande en 1678.

Il ne faut pas confondre la simple limonade faite d’eau de limons & de sucre, avec celle dont on consomme une si grande quantité dans les îles de l’Amérique, & qu’on nomme limonade à l’angloise ; cette derniere est composée de vin de Canarie, de jus de limon, de sucre, de cannelle, de gérofle, & d’essence d’ambre ; c’est une boisson délicieuse.

Le suc de limon est ajouté à divers purgatifs, pour les rendre moins desagréables & plus efficaces dans leur opération. Par exemple, on prend séné oriental une drachme, manne trois onces, sel végétal un gros, coriandre demi-gros, feuilles de pinprenelle deux poignées, limon coupé par tranches ; on verse sur ces drogues, deux pintes d’eau bouillante ; on macere le tout pendant la nuit, on le passe ; on y ajoute quelques gouttes d’huile essentielle d’écorce de citron, & l’on partage cette tisanne laxative en quatre prises, que l’on boit de deux en deux heures.

Pour faire dans le scorbut un gargarisme propre aux gencives, on peut prendre esprit de cochléaria & esprit de vin, ana une once, suc de limon deux onces, eau de cresson quatre onces, mais il est aisé de combiner & de multiplier, suivant les cas, ces sortes d’ordonnances à l’infini.

Les limons sont plus acides au goût, que les oranges & les citrons ; c’est pourquoi il est vraissemblable, qu’ils sont plus rafraichissans. Du reste, tout ce qu’on a dit du citron, de ses vertus, de ses usages & de ses préparations, s’applique également au fruit du limonnier.

Il abonde dans les îles orientales & occidentales. On trouve en particulier à Tunquin, deux sortes de limons, les uns jaunes, les autres verds ; mais tous si aigres, qu’il n’est pas possible d’en manger, sans se gâter l’estomac. Ces fruits ne sont pas cependant inutiles aux Tunquinois, ni aux autres peuples des Indes. Non-seulement ils s’en servent, comme nous de l’eau-forte, pour nettoyer le cuivre, le laiton & autres métaux, quand ils veulent les mettre en état d’être dorés ; mais aussi pour les teintures, & surtout pour teintures en soie.

Un autre usage qu’ils en tirent, est pour blanchir le linge ; l’on en met dans les lessives, particulierement des toiles fines, ce qui leur donne un blanc & un éclat admirable, comme on peut le remarquer principalement dans toutes les toiles de coton du Mogol, qui ne se blanchissent qu’avec le jus de ces sortes de limons.

Nos teinturiers se servent aussi du suc de limon en Europe, pour changer diverses couleurs & les rendre plus fixes. Les lettres que l’on écrit avec ce suc sur du papier, paroissent lorsqu’on les approche du feu. C’est une espece d’encre sympathique ; mais il y en a d’autres bien plus curieuses. Voyez Encre sympathique.

On peut consulter sur les limons tous les auteurs cités au mot Citronnier, & entr’autres Ferrarius, qui en a le mieux traité. (D. J.)

Limon, s. m. (terme de Charron). Ces limons sont les deux maîtres brins d’une charrette, qui sont de la longueur de quatorze ou quinze piés sur quatre ou cinq pouces de circonférence ; cela forme en même tems le fond de la charrette & le brancart pour mettre en limon : ces deux limons sont joints ensemble à la distance de cinq piés, par quatre ou six éparts sur lesquels on pose les planches du fond. Les limons sont troués en dessus, à la distance de six pouces pour placer les roulons des ridelles. Voyez nos Pl. du Charron.

Limons de traverse, terme de Charron ; ce sont les morceaux de bois, longs d’environ huit ou dix piés, dans lesquels s’enchâssent les roulons par le milieu & qui terminent les ridelles par en-haut ; il y en a ordinairement deux de chaque côté. Voyez nos Pl. du Charron, qui représentent une charrette.

Limon, du latin limus, tourné de travers (coupe des pierres) signifie, la pierre ou piece de bois qui termine & soutient les marches d’une rampe, sur laquelle on pose une balustrade de pierre ou de fer pour servir d’appui à ceux qui montent. Cette piece est droite dans les rampes droites, & gauche par ses surfaces supérieure & inférieure, dans les parties tournantes des escaliers.

Limon, (Charpente), est une piece de charpente omeplat, c’est-à-dire plus que plat, laquelle sert dans les escaliers à soutenir le bout des marches qui portent dedans, & qui portent par les bouts dans les noyaux ou courbes des escaliers. Voyez les fig. des Pl. de Charpente.

Limon, faux, (Charpent.) est celui qui se met dans les angles des baies, des portes & des croisées, & dans lequel les marches sont assemblées, comme dans les limons.

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Étymologie de « limon »

(Fin dépôt) (XIe siècle) Du latin limus (« boue ») devenu, en latin populaire *limo, limōnem. Apparenté au grec ancien λίμνη (« marais, eau stagnante »).
(Pièce de bois) (XIIe siècle) De l'ancien français limon « support, brancard », mot gaulois *leim- conjecturé par l'espagnol ou portugais leme (« gouvernail »), apparenté au latin limen (« traverse, seuil »), limus (« oblique »).
(Fruit) (XIVe siècle) De l’italien limone, de même sens, de l’arabe ليمون, līmūn[1] dont dérivent le persan ليمو - līmū et la plupart des noms européens : espagnol limón, portugais limão, italien limone[2][3][4]
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Provenç. limo, limon ; catal. lim ; espagn. et ital. limo ; du lat. limus, grec λειμὼν, lieu humide ; comparez l'anc. scand. lim ; all. Schleim ; ancien haut all. slîm, argile. Corssen pense que les formes commençant en l ont perdu une s initiale. Le provençal et le français supposent une forme allongée limōnus.

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Phonétique du mot « limon »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
limon limɔ̃

Citations contenant le mot « limon »

  • Depuis sa création le barrage de Sainte-Cécile fait parler de lui. Depuis quelques années c’est son aptitude à absorber des crues millénaires qui fait le plus débat avec un choix qui semble avoir été fait d’installer un déversoir central ou latéral permettant au surplus d’eau de ne pas se déverser sur les fondations du barrage en bloc et en terre. Mais chacun peut aussi constater que le limon a réduit de quelques centaines de milliers de m3 la contenance de l’ouvrage. Nouveauté depuis quelques années c’est l’arrivée de gravier qui n’étant plus extrait en amont vient se stocker de part et d’autre du pont de Ramel de sorte que la zone de retenue est devenue une vaste plage de gravier et cela ne devrait pas en rester là. midilibre.fr, Le barrage de Sainte-Cécile comblé de limon et de gravier - midilibre.fr
  • Presque oubliés, d’anciens pavés ont resurgi début octobre sur les quais de Port Luneau, à La Flèche (Sarthe). Les agents municipaux ont profité des écourues pour nettoyer les abords de la rivière. Sous le limon, ils ont redécouvert les pavés que les crues répétées du Loir avaient recouverts progressivement. , La Flèche. Sous le limon, les quais de Port Luneau révèlent d’anciens pavés - Le Mans.maville.com

Images d'illustration du mot « limon »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « limon »

Langue Traduction
Anglais silt
Espagnol limo
Italien limo
Allemand schlick
Chinois 淤泥
Arabe الطمي
Portugais lodo
Russe ил
Japonais 沈泥
Basque lohi
Corse silt
Source : Google Translate API

Synonymes de « limon »

Source : synonymes de limon sur lebonsynonyme.fr

Limon

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