La langue française

Jargon

Sommaire

  • Définitions du mot jargon
  • Étymologie de « jargon »
  • Phonétique de « jargon »
  • Citations contenant le mot « jargon »
  • Traductions du mot « jargon »
  • Synonymes de « jargon »

Définitions du mot jargon

Trésor de la Langue Française informatisé

JARGON1, subst. masc.

A. −
1.
a) LING. Langue artificielle secrète des malfaiteurs à la fin du Moyen Âge. L'œuvre de Villon comporte en appendice six ballades écrites dans un langage secret que les Archives du Procès des Coquillards tenu à Dijon en 1455 nous permettent d'identifier comme le jargon de la Coquille (P. Guiraud, Le Jargon de Villon, Paris, Gallimard, 1968, p. 7).
P. anal. Langage conventionnel du type javanais ou largonji. La seule différence existant entre le jargon lyonnais et le jargon boucher, se trouve dans le suffixe qui est ê pour le jargon lyonnais et em ou ème pour le jargon boucher (Nouguier, Notes manuscr. Dict. Delesalle,1900).
b) Code linguistique particulier à un groupe socio-culturel ou professionnel, à une activité, se caractérisant par un lexique spécialisé, qui peut être incompréhensible ou difficilement compréhensible pour les non initiés. Synon. argot1(v. ce mot C).Tous les métiers ont leur jargon. Le boxeur avait le sien où les mots de « swing », « d'uppercut », revenaient sans cesse. Couleau, lui, parlait électricité (Dabit, Hôtel Nord,1929, p. 211):
1. Il y a à Londres un jargon mondain et diplomatique : thé dansante, landau sociable, style blasé, morning-soirée; solide s'exprime par solidaire, bon morceau par bonne-bouche et de pied en cap par cap à pie. Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p. 87.
P. anal. Langage particulier à une personne, à quelques personnes. Ç'a été ce que j'appelais alors, dans mon jargon intérieur, ma « grande idée » (Martin du G., Souv. autobiogr.,1955, p. lx):
2. ... elle se rappelait avoir entendu dire à Swann, dans ce jargon ambigu qu'il avait en commun avec M. de Charlus : « La duchesse est un des êtres les plus nobles de Paris, de l'élite la plus raffinée, la plus choisie. » Proust, Guermantes 1,1920, p. 57.
SYNT. Jargon professionnel, judiciaire, médical, philosophique, sportif; jargon d'école, de métier, d'une secte.
2. Langage résultant de l'altération, de la modification des structures d'une langue. Les innovations apportées par la barbarie dans la langue latine dégénérée s'appliquèrent naturellement aux divers jargons qui en naquirent; la langue française s'y trouva sujette à mesure qu'elle se forma (Sainte-Beuve, Tabl. poésie fr.,1828, p. 80).La langue vulgaire reste toujours ce qu'elle fut à l'origine, un jargon populaire, né de l'incapacité de synthèse et inapplicable aux choses intellectuelles (Renan, Avenir sc.,1890, p. 209).
En partic. [Constr. avec un adj. ou un compl. prép. de désignant une lang.] Langage formé par interférence de plusieurs langues. Synon. sabir.C'est un jargon d'arabe, d'anglais, de français, d'italien (Barrès, Cahiers, t. 6, 1907, p. 194).Christophe loua son élégance, et lui dit naïvement, dans son jargon franco-allemand, qu'il n'avait jamais vu personne d'aussi « luxurieux » (Rolland, J.-Chr., Révolte, 1907, p. 473).
,,Langage altéré par des troubles pathologiques de nature aphasique`` (Mounin 1974). Manifestation caractéristique de l'aphasie sensorielle, la jargonaphasie peut se présenter sous deux formes principales, qu'on a appelées jargon phonémique et jargon sémantique, selon qu'elle porte plus particulièrement sur l'organisation de la deuxième ou de la première articulation (Mounin 1974).
B. − Péj. [S'emploie à propos d'une lang., d'un discours, d'un style que le locuteur ne comprend pas, qu'il juge obscur, hermétique, affecté] Synon. baragouin, charabia, galimatias.Quant à la manière d'écrire de M. Cherbuliez, elle est pleine de simagrées et mille fois par-delà tout le jargon des Précieuses [de Molière] (Veuillot, Odeurs de Paris,1866, p. 419).Le douanier français parle les deux langues [le français, l'italien], plus le jargon du pays, et c'est ce douanier (...) qui nous a servi de truchement général (G. Leroux, Parfum,1908, p. 53):
3. « Que me voulait-elle donc? » dit Thérèse distraitement (...). − « Je n'ai rien compris à son jargon », dit-il. « Elle a dû vous prendre pour une autre locataire. » − « La bleue a répété plusieurs fois qu'il fallait payer la note et aller ailleurs. » Martin du G., Thib., Belle sais., 1923, p. 939.
SYNT. Jargon affecté, convenu, pédantesque, métaphysique, sentimental; jargon à la mode; jargon de la linguistique, de la sociologie.
REM. 1.
Jargonaphasie, subst. fém.,,Forme d'aphasie motrice caractérisée par une déformation ou une transposition des syllabes et des mots, qui rend le langage incompréhensible`` (Méd. Biol. t. 2 1971). Dans les cas sévères [d'aphasie de Wernicke], le discours devient totalement incommunicable (jargonaphasie), sans que parfois le malade en prenne conscience (Encyclop. univ.t. 91971, p. 767).
2.
Jargonnesque, adj.a) Synon. de argotique.Aruer est un dérivé jargonnesque de rue « voie » (P. Guiraud, Le Jargon de Villon, Paris, Gallimard, 1968, p. 9). b) Caractéristique d'un style obscur, affecté. La critique cinématographique... nous fournit une belle moisson d'exemples jargonnesques... Nous apprîmes successivement que le cinéma était épiphénoménal, paroxystique, onirique (Dupré1972).
3.
Jargonnier, adj.Synon. de argotique.Passant de la langue dans le jargon ils [ces mots] vont signifier tout autre chose que ce qu'ils signifiaient pour les gens du vulgaire, les masses. Ils cesseront de dire ce qu'ils disaient en français, en anglais ou en russe, pour prendre le sens jargonnier (Aragon, La Culture et les hommes,p. 14 ds Rob. Suppl. 1970).
4.
Jargonaute, subst. masc.,p. plaisant. Créateur et utilisateur de mots qui relèvent du jargon. Un petit livre qui vient de paraître, un pamphlet dont le titre dit tout dans un audacieux néologisme : « les Jargonautes » [Par J. Merlino, Paris, 1978, 210 p.] (Le Monde, 1er-2 oct. 1978, p. 9, col. 2).
Prononc. et Orth. : [ʒaʀgɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1175-85 agn. « langue étrangère et inintelligible » (Th. de Kent, Alexandre, éd. B. Foster, 70); 2. ca 1180 gargun « gazouillement des oiseaux » (Marie de France, Fables, éd. K. Warnke, 46, 13); 3. début xiiies. « verbiage (allusion aux paroles vides de sens des philosophes) » (Clement Pape, 998 ds T.-L.); 4. ca 1270 gargon « langage spécial, langage des voleurs, argot » (Richard le Beau, 3334, ibid.). De la racine onomatopéique garg- désignant la gorge et les organes voisins et p. ext. leurs fonctions (v. FEW t. 4, p. 254 à 263), le j- initial s'expliquant par le fait que, dans les termes dont le champ sém. est moins proche de l'onomatopée, il y aurait eu une certaine évolution phonét. (alors que le g- a subsisté dans des termes comme gargate, garguette « gorge », v. gargouille); l'évolution sém. de jargon est parallèle à celle de latin* (v. DEAF, col. 255 et 259). Fréq. abs. littér. : 190. Bbg. Elwert (W. Th.). Qq. mots désignant le « lang. incompréhensible ». R. Ling. rom. 1959, t. 23, pp. 64-79. - Pignon (J.).Fr. mod. 1961, t. 29, pp. 235-236. - Quem. DDL t. 18 (s.v. jargonaphasie). - Sain. Arg. 1972 [1907], p. 30, 37, 45, 269, 278; Sources t. 1 1972 [1925], p. 232; t. 3 1972 [1930], p. 7, 49, 50, 51, 104.

JARGON2, subst. masc.

Vieilli. Synon. de zircon.On rencontre le jargon un peu partout, en Norvège, en Écosse, à Ceylan, aux États-Unis, en France dans les environs du Puy-en-Velay (Havard1889).
En partic. Zircon jaune ou incolore utilisé en joaillerie. Le zircon (...) a un éclat adamantin et une dispersion élevée qui lui font jeter des feux colorés. L'hyacinthe est rouge ou orangé vif; le jargon est jaune; le zircon peut être encore brun ou vert (H.-J. Schubnel, Les Pierres précieuses, Paris, P.U.F., 1968, p. 93).
Prononc. : [ʒaʀgɔ ̃]. Étymol. et Hist. 1723 jargons « petits cristaux vendus par les droguistes pour de vrais hyacinthes » (Savary); 1752 « sorte de diamant jaune » (Trév.). Empr. à l'ital.giargone « variété de diamant » attesté dep. le xives. (d'apr. DEI), de même orig. que l'a. fr. jacunce, jargunce « pierre précieuse », v. jacinthe et hyacinthe. Cf. FEW t. 4, p. 521.

Wiktionnaire

Nom commun 1

jargon \ʒaʁ.ɡɔ̃\ masculin

  1. Vocabulaire particulier d'un groupe social ou professionnel, trouvant son origine dans la tradition ou la technologie et dans lequel peut parfois se complaire ce groupe.
    • Il ne suffit pas de mépriser l'adversaire, le jargon des philosophes « intuitionnistes », des syndicalistes et de certains critiques d'art ou peinturologues, il faut se défendre avec un égoïsme féroce contre la contagion. — (Robert Lejeune, « Pour que le français ne devienne pas une langue morte », dans La Revue critique des idées et des livres, vol. 34 (n° 201 de juin 1922), éditions Bloud et Gay, 1922, p. 330)
    • Il est logique que le langage du manager soit anglicisé. « Pas de quoi sourire, selon un professeur à ESCP Europe. Comme les médecins, les marins, les journalistes, le management a son jargon, qui permet de résumer en un mot une technique ou un outil », le mot « benchmark » étant pour lui l’exemple parfait. L’utilisation du jargon scelle aussi l’appartenance à une communauté. Et il existe d’ailleurs des jargons spécifiques à certaines entreprises. « Deux personnes travaillant chez L’Oréal, Xerox ou Procter & Gamble se reconnaissent entre elles par des tics de langage», rappelle-t-il. — (Caroline Beyer, « En finir avec le jargon du management », Le Figaro Économie, 23/04/2012)
  2. Langage particulier caractérisé par sa complexité, sa technicité ou son apparence nouvelle, que certaines catégories de gens adoptent pour se distinguer du vulgaire.
    • Conrad connaissait mieux que son supérieur, grâce peut-être à la pratique, le jargon de la galanterie. Il expliqua le passage qui embarrassait le grand maître ; il lui dit que c’était une sorte de langage employé par des hommes mondains, à l’égard des femmes qu’ils aimaient d’amour ; […]. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Tour à tour acheteurs, producteurs et vendeurs, ils ne sortent pas de leurs éléments ; possèdent la plupart le jargon hippique et connaissent sur le bout du doigt la généalogie de tous les produits de la circonscription ; […] — (Gabriel Maury, Des ruses employées dans le commerce des solipèdes, Jules Pailhès, 1877)
    • Il se plongeait dans l’aridité des études financières, le jargon des affaires, la jonglerie des chiffres et, lentement, ces choses, hier hermétiques, lui devenaient familières. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 116)
    • Il suffit de regarder autour de soi, en effet, pour se convaincre que ces jeunes Français, qui n'ont à la bouche que le jargon des sports et de la banque, redoutent surtout d'être dupes. — (Bernanos, La Grande Peur des bien-pensants, 1931)
  3. (XIIIe-XVIIIe siècle), langage d'une vingtaine de termes, secret ou difficile à comprendre, de groupes de gens considérés comme vivant plus ou moins fortement en rupture avec l'ordre social (bandits, tricheurs, voleurs, mendiants, merciers ambulants, etc.).
  4. Cris du jars.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

JARGON. n. m.
Langage corrompu. Cet homme s'exprime mal, je n'entends point son jargon. Il se dit aussi, abusivement et par mépris, des Langues étrangères que l'on ne comprend pas. Je ne sais quelle langue parlent ces gens- là, je ne comprends pas leur jargon. Il se dit encore du Langage particulier que certaines catégories de gens adoptent. Le jargon des précieuses. Le jargon des petits-maîtres.

Littré (1872-1877)

JARGON (jar-gon) s. m.
  • 1Langage corrompu. Tout ce que vous prêchez est, je crois, bel et bon ; Mais je ne saurais, moi, parler votre jargon, Molière, F. sav. II, 6. L'impudente ! appeler un jargon le langage Fondé sur la raison et sur le bel usage ! Molière, ib. Vingt jargons barbares succèdent à cette belle langue latine qu'on parlait du fond de l'Illyrie au mont Atlas, Voltaire, Mœurs, 12.

    Il se dit quelquefois, avec une épithète, en un sens favorable. Vous avez l'art d'endormir ma douleur Au doux jargon de muse marotique, Chaulieu, à Mme de Lassay.

    Langage altéré que les auteurs comiques mettent dans la bouche des villageois, ou des étrangers tels que Anglais, Suisses et Allemands. Ton jargon allemand est superflu, te dis-je, Molière, l'Ét. V, 7.

  • 2Abusivement, une langue étrangère qu'on n'entend pas. Je ne sais quelle langue parlent ces gens-là, je n'entends pas leur jargon.

    Fig. Le langage d'amour était jargon pour elle, La Fontaine, Coupe.

  • 3Langage particulier que certaines gens adoptent. Comme si, par devers l'Inde, on eût eu dans l'esprit La sotte vanité de ce jargon frivole [le blason] ! La Fontaine, Fabl. X, 16. Avec ce jargon un homme se croit grand philosophe, et méprise le vulgaire, Fénelon, Dial. des morts anc. Platon, Aristote. Il n'a manqué à Molière que d'éviter le jargon et le barbarisme, et d'écrire purement, La Bruyère, I. Tessé avait le jargon des femmes, assez celui du courtisan, Saint-Simon, 116, 11. Elle n'avait, à le bien prendre, pour se faire valoir dans la conversation, que ce qu'on peut appeler le jargon du monde, Marivaux, Paysan parv. 6e part. Chaque science, chaque étude a son jargon inintelligible, qui semble n'être inventé que pour en défendre les approches, Voltaire, Ess. poés. épiq. ch. I. Il n'y avait pas jusqu'aux gueux qui n'eussent leurs confréries, leurs mystères, leur jargon particulier dont j'ai vu un petit dictionnaire imprimé au seizième siècle, Voltaire, Dict. phil. Initiation. Molière, qui n'entendait rien au jargon de la chasse, pria le comte de Soyecourt lui-même de lui indiquer les termes dont il devait se servir, Voltaire, Vie de Molière. Et prenant plutôt le jargon des livres que la connaissance de leur contenu, Rousseau, Conf. V.

    Absolument. Le jargon, langage de convention dans un certain monde, dans certaines coteries. Il faut, dans le commerce des dames, de l'esprit ou du jargon qui en ait l'apparence, Voltaire, Dict. phil. Esprit.

  • 4Langage à double entente. La reine qui entendit le jargon du cardinal, Retz, Récit des barricades.

    Jargon s'est pris dans le sens de langage de convention dont on se sert pour correspondre avec un ambassadeur, Mém. pour le card. de Richelieu, Cologne, 1667, p. 310 (dans cet écrit, on voit que jardin signifiait Rome).

HISTORIQUE

XIIIe s. Lors tuit [tous] diseient en lor jargun Que cil oisax qui si canteit…, Marie de France, Fable 22.

XVe s. Il n'y a ne beste n'oyseau Qu'en son jargon ne chante et crie ; Le tems a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye, Orléans, Rondeau. … Il court un gergon Que humains auront redemption, L'incarnation et nativité de nostre saulveur et redempteur Jesuchrist, in-folio, sans lieu ni date, fol. XLIIII, verso. Venez y d'amont et d'aval, Les hoirs du defunt Pathelin, Qui savez jargon jobelin [de maquignon], Villon, Repues franches.

XVIe s. Les chefs firent une harangue au roi en leur gergon, ayant chacun leur interprete, D'Aubigné, Hist. I, 205. Ils prirent le jargon de la cour, D'Aubigné, ib. II, 270. Tous artisans ont chacun un jargon à part, Paré, Introd. 22. Le jargon prophetique, Montaigne, I, 47. Pourquoi n'aura il [des Autels qui voulait qu'on prononcât plusieurs lettres qui ne se prononcent pas] avec ses savants un jargon propre, vu que les cagnardiers s'en forgent bien un à leur poste ? Meigret, dans LIVET, la Gramm. franç. p. 120.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

* JARGON, s. m. (Gram.) ce mot a plusieurs acceptions. Il se dit 1°. d’un langage corrompu, tel qu’il se parle dans nos provinces. 2°. D’une langue factice, dont quelques personnes conviennent pour se parler en compagnie & n’être pas entendues. 3°. D’un certain ramage de société qui a quelquefois son agrément & sa finesse, & qui supplée à l’esprit véritable, au bon sens, au jugement, à la raison & aux connoissances dans les personnes qui ont un grand usage du monde ; celui-ci consiste dans des tours de phrase particuliers, dans un usage singulier des mots, dans l’art de relever de petites idées froides, puériles, communes, par une expression recherchée. On peut le pardonner aux femmes : il est indigne d’un homme. Plus un peuple est futile & corrompu, plus il a de jargon. Le précieux, ou cette affectation de langage si opposée à la naïveté, à la vérité, au bon goût & à la franchise dont la nation étoit infectée, & que Moliere décria en une soirée, fut une espece de jargon. On a beau corriger ce mot jargon par les épithetes de joli, d’obligeant, de délicat, d’ingénieux, il emporte toûjours avec lui une idée de frivolité. On distingue quelquefois certaines langues anciennes qu’on regarde comme simples, unies & primitives, d’autres langues modernes qu’on regarde comme composées des premieres, par le mot de jargon. Ainsi l’on dit que l’italien, l’espagnol & le françois ne sont que des jargons latins. En ce sens, le latin ne sera qu’un jargon du grec & d’une autre langue ; & il n’y en a pas une dont on n’en pût dire autant. Ainsi cette distinction des langues en langues primitives & en jargons, est sans fondement. Voyez l’article Langue.

Jargons, s. m. (Hist. nat. Litholog.) nom que donnent quelques auteurs à un diamant jaune, moins dur que le diamant véritable. On appelle aussi jargons des crystallisations d’un rouge-jaunâtre, & qui imitent un peu les hyacinthes ; elles viennent d’Espagne & d’Auvergne.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « jargon »

(Nom 1) (XIIIe siècle) De l’ancien français jargon apparenté à gorge, gargariser, le « j » initial s’explique par le fait que, dans les termes dont le champ sémantique est moins proche du sens anatomique, il y a eu une certaine évolution phonétique (amuïssement qui affecte les mots commençant par « g » → voir jambe) qui n’a pas affecté les termes proches du sens de « gorge » comme gargate, garguette, garguter, gargouille, etc.
Entre le XIIIe siècle et le XVIIIe siècle, le mot jargon a servi, entre autres, à désigner le langage, jugé secret ou difficile à comprendre, de groupes de gens considérés comme vivant plus ou moins fortement en rupture avec l’ordre social (bandits, tricheurs, voleurs, mendiants, merciers ambulants, etc.). À partir du XVIIIe siècle, il a peu à peu été supplanté dans cet emploi par argot qui n’avait pas du tout, au départ, cette signification.
(Nom 2) (XIIIe siècle) Emprunté à l’italien giargone (« variété de diamant ») de même origine (→ voir jacinthe et hyacinthe) que l’ancien français jacunce, jargunce (« pierre précieuse »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Picard, gergon ; espagn. xerga ; anc espagn. girgonz, et aujourd'hui gerigonza ; provençal moderne, gergonz. Il se présente plusieurs opinions sur l'étymologie, sans rien de décisif : 1° le radical roman garg, qui est dans garg-ouiller, dans garg-ata, etc. ; 2° le scandinave jarg, bavardage ; 3° le jars, vu qu'on dit : le jars jargonne, pour exprimer le cri de cet oiseau. Il est difficile de choisir entre ces opinions ; cependant la troisième est la plus vraisemblable. Diez pense que le mot est d'origine française, et que de là il a passé dans les autres langues romanes. En tout cas le mot est ancien ; on en a un exemple dès le XIIIe siècle.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « jargon »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
jargon ʒargɔ̃

Citations contenant le mot « jargon »

  • Chaque science, chaque étude, a son jargon inintelligible, qui semble n’être inventé que pour en défendre les approches. De Voltaire / Essai sur la poésie épique
  • Les mensonges fluctuants du journalisme et des mass media, le jargon trivial utilisé par les discours publics et socialement approuvés ont fait de presque tout un jargon vide, un verbalisme cancéreux. De Allan Bay / Le Monde de l'éducation - Juillet - Août 2001
  • Tout comme certaines sciences occultes, les statistiques possèdent leur propre jargon, volontairement mis au point pour dérouter les non-initiés. De G. O. Ashley
  • Triste mot : touristes. Les étrangers, séparés de la vie du pays par la couche atmosphérique qu'ils transportent avec eux : habitudes, intérêts, bavardages de leur ville, jargon de leur secte. De Valéry Larbaud / Mon plus secret conseil...
  • On apprend ordinairement les langues pour pouvoir exprimer nettement qu'on sait . Mais il semble que les médecins n'apprennent leur jargon que pour embrouiller ce qu'ils ne savent point. De Charles Dufresny / Les Amusements sérieux et comiques d'un siamois
  • Ce n’est jamais du jargon. Il a beaucoup travaillé oralement. C’était un militant de l’Éducation Populaire. Et l’Éducation Populaire c’est de s’adresser à tous, et pas seulement à des gens qui ont fait des études, donc on explique ce qu’on est en train de dire. Sa force c’est de ne pas prendre les gens pour des cons, n’importe qui n’ayant pas fait d’études doit pouvoir comprendre, même les choses difficiles, il suffit de les expliquer. France Culture, Hervé Joubert-Laurencin : "André Bazin ce n’est jamais du jargon, c’était un militant de l’Éducation Populaire donc il s’adressait à tous" - Ép. 1/12 - Nuit André Bazin
  • Le trafic routier est étonnamment fluide en ce début des vacances scolaires sur l’autoroute A10 au péage de Saint-Arnoult, le plus grand de France (39 cabines). Quand les automobilistes prendront enfin la route des vacances, ils pourront compter sur la présence des patrouilleurs autoroutiers - les hommes en jaune comme on les appelle dans le jargon - prêts à leur venir en aide en cas de besoin. Parmi eux, Bryan a accepté de nous amener dans son fourgon jaune pour nous faire découvrir son métier. Capital.fr, Patrouilleur autoroutier, le métier à haut risque de Bryan chez Vinci Autoroutes - Capital.fr
  • L'essentiel de leur informatique reste néanmoins traité par de gros ordinateurs propriétaires (on parle dans le jargon de « mainframes »), qui sont à la fois sûrs et fiables, tout en étant faciles à appréhender pour les régulateurs. Les Echos, Après Deutsche Bank, HSBC s'allie avecun GAFA pour se déployer sur le cloud | Les Echos
  • A notre connaissance, une seule chaîne de télévision a, comme on dit dans le jargon, «cassé l'antenne» pour être la première à diffuser les propos du jeune réfugié bénévole pour le diocèse de Nantes. Il s'agit de CNews. Media 7, «Je pense que ce n’est pas la bonne personne» : quand les médias se plantent à Nantes
  • S’agissant  du  “traitement  neurochirurgical”, les  professeurs  Leklou  Hakim, Djelaoui Mohamed et Morsli Abdelhalim apportent la médication qu’il faut pour les épilepsies partielles pharmaco-résistantes : “La décision chirurgicale est adoptée  ou  récusée  après  discussions   multidisciplinaires  où  le  rapport bénéfices-risques  est  soigneusement  pesé”, lit-on  dans   l’introduction dite “historique”. Et à la lecture de ces ouvrages scientifiques, le lecteur en sait un peu plus sur le jargon médical, dont lésion, métastase, biopsie…  http://www.liberte-algerie.com/, Vulgariser le jargon médical auprès du grand public: Toute l'actualité sur liberte-algerie.com

Traductions du mot « jargon »

Langue Traduction
Anglais jargon
Espagnol jerga
Italien gergo
Allemand jargon
Chinois 行话
Arabe المصطلحات
Portugais jargão
Russe жаргон
Japonais 専門用語
Basque hizkera
Corse argot
Source : Google Translate API

Synonymes de « jargon »

Source : synonymes de jargon sur lebonsynonyme.fr
Partager