La langue française

Interdit

Définitions du mot « interdit »

Trésor de la Langue Française informatisé

INTERDIT, -ITE, part. passé et adj.

I. − Part. passé de interdire*.
II. − Adjectif
A. − [Appliqué à une chose]
1. Qui est interdit, défendu par la morale ou par la loi; non autorisé, illégal, illicite. Accès, stationnement interdit; pêche, chasse interdite; reproduction interdite; amour interdit. En arrivant en vue du bois, nous rencontrâmes un sentier gardé par un écriteau sur lequel ou pouvait lire : « Passage interdit » (Duhamel, Notaire Havre,1933, p. 68):
1. Tout se passe comme si la vie psychique se sentait entravée par certaines obsessions, pénibles ou interdites, ou même simplement paralysantes du fait de leur importance excessive, et qu'elle ne puisse se soulager de leur poids qu'en les « réalisant », qu'en les faisant passer par un véritable transfert, dans un objet qui, en même temps, les figure et les fixe. Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 377.
P. méton. Dont l'accès, l'usage, la publication est interdite. Lieu, sens interdit; journal interdit; film interdit aux moins de dix-huit ans. Sans hésiter une seconde, cet homme nous conduisit à un compartiment interdit aux fumeurs où trois suceurs de pipes envoyés par saint Christophe nous gardaient nos places (Bloy, Journal,1902, p. 110).Il est fâché que le ciel cesse d'être un lieu réservé, une zone interdite, où les rêves de l'homme pouvaient errer précisément parce que l'homme n'y entrait pas (Romains, Hommes bonne vol.,1932, p. 160).
2. PHYSIQUE
a) Bande interdite. Bande ne comportant aucun niveau d'énergie pouvant être occupé par l'électron. La théorie des bandes donna la clé de la distinction entre isolants et conducteurs, entre électrons liés et électrons semi-libres (...). L'idée fondamentale est qu'une bande complètement remplie ne participe pas à la conduction : les niveaux voisins de ceux d'un électron sont tous occupés et le champ électrique ne peut pas lui communiquer une énergie suffisante pour franchir la bande interdite (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 2, 1964, p. 304).
b) Raie interdite. Raie ne correspondant à aucune transition entre niveaux d'énergie possibles pour l'électron. [Le] coronium dont B. Edlén identifia les raies avec les raies interdites d'atomes métalliques fortement ionisés (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 2, 1964p. 541).
B. − [Appliqué à une pers.]
1. DR. À qui l'exercice de ses fonctions ou de ses droits est interdit.
a) Prêtre interdit ou, subst. masc., un interdit. (Prêtre) qui a été frappé d'interdit (v. interdit, subst. A 1). Un curieux personnage de prêtre, l'abbé Migne, un brasseur de livres catholiques. Il a monté à Vaugirard une imprimerie, toute pleine de prêtres interdits comme lui, de sacripants défroqués, de trompe-la-mort en rupture d'état de grâce (Goncourt, Journal,1864, p. 74).Je vois que vous êtes amateur, mais vous ne savez pas ce que savent tous les prêtres, même les interdits, même les déroutés (Audiberti, Ampélour,1937, p. 94).
b) Qui a été frappé d'interdiction (v. ce mot B) par jugement. Jasmine interdite de séjour dans la capitale par décision des autorités (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 223).Certains individus, bien qu'inscrits sur les listes électorales, ne sont pas admis au vote. La loi, qui leur reconnaît la jouissance du droit de vote puisqu'elle leur permet l'inscription sur les listes les frappe d'une incapacité d'exercice. Tel est le cas des aliénés non interdits mais internés dans un établissement psychiatrique public (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 350).
Emploi subst. masc. Il sera pourvu à la nomination d'un tuteur et d'un subrogé tuteur à l'interdit, suivant les règles prescrites au titre de la minorité, de la tutelle et de l'émancipation (Code civil,1804, art. 505, p. 93).Le préfet a la surveillance des interdits de séjour dans les localités interdites à titre général, et dans celles interdites à titre particulier (Baradat, Organ. préfect.,1907, p. 281).
2. Littér. Fortement troublé, paralysé par la stupeur. Synon. stupéfait, déconcerté, interloqué.Demeurer, rester interdit; être tout interdit; être interdit de qqc. Je touchais à ma conclusion quand le mot eut le malheur de me manquer, l'absence atteignit bientôt jusqu'à l'idée, et me voilà muet, interdit, sans plus savoir ni ce que je voulais, ni même où j'étais (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 808).Marie-Louise et Firmin étaient interdits comme moi. Nous restions sans mot dire. Elle sentit notre gêne et s'arrêta (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p. 232):
2. Quand l'homme s'en ira dans la nuit solennelle, Encor tout étourdi d'être ainsi revenu, Encor tout interdit d'être ainsi pauvre et nu, Encor tout engoncé dans sa gaine charnelle; Encor tout ahuri que ce jour soit venu, Mal réaccoutumé de se servir de soi, Déjà tout envahi du regret revenu, De ne plus être un homme et ne plus être un roi... Péguy, Ève,1913, p. 753.
[P. méton., appliqué à ce qui appartient à la pers.] Regard interdit; vue interdite. Il avait les bégaiements, la sueur pâle, les mains interdites et tremblantes [d'un voleur] (A. Daudet, Évangéliste,1883, p. 224).
Prononc. et Orth. : [ε ̃tε ʀdi], fém. [-it]. Att. ds Ac. dep. 1694. Fréq. abs. littér. : 1 654. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 122, b) 1 738; xxes. : a) 2 000, b) 3 084.

INTERDIT, subst. masc.

A. − DROIT
1. DR. CANON. Censure prononcée par une autorité ecclésiastique (le pape ou l'évêque) contre une personne, un groupe de personnes, une localité. Encourir l'interdit; frapper d'interdit; fulminer un interdit; lancer l'interdit sur qqn, sur une ville; lever l'interdit. Il fallait faire cesser le culte, fermer les portes des temples, mettre les églises en interdit, ordonner aux prêtres de ne plus administrer les sacrements (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 394).Le roi de Prusse, l'empereur d'Autriche et mon maître le tsar Alexandre, tous trois illuminés comme nous, ont obtenu que la sentence d'interdit frappe celui dont l'ambition monstrueuse opprime l'Allemagne depuis huit années (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 144).V. censure II B 2 a ex. de Barrès :
1. L'an 1197, le pape Célestin III, dont la décision fut reprise par le pape Innocent III en l'an 1200, jeta l'interdit sur le royaume de France. Le texte de la condamnation nous a été conservé. Il suffit de le lire et d'y relever la mention de chacun des actes de la vie religieuse qui s'y trouvent suspendus pour avoir une idée de ce qui représentait aux yeux des fidèles l'essentiel de la fonction ecclésiastique... Faral, Vie temps st Louis,1942, p. 41.
Interdit personnel. Censure qui défend à un prêtre l'exercice de son ministère ou prive un fidèle de certains biens spirituels (sacrements, sépulture religieuse) (d'apr. Foi t. 1 1968).
Interdit local. Censure qui défend la célébration du culte, l'administration de certains sacrements dans une localité donnée (d'apr. Foi t. 1 1968).
Au fig. (dans certaines expr.). Mettre en interdit, jeter l'interdit sur qqn, qqc. Exclure quelqu'un d'une société, rejeter quelque chose de l'usage. Synon. mettre en quarantaine, mettre à l'index, prononcer l'exclusive contre.[Des] oripeaux poétiques à la mode dont il [Racine] ne répudie pas l'étalage, en le rajeunissant à peine, sans se douter de l'interdit déjà prononcé par Pascal et que va faire exécuter Boileau (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 5, 1859, p. 448).Dans ces domaines qui semblaient pour lui frappés d'interdit, l'homme s'est avancé; mais pas partout du même pas. La force d'impulsion qui a poussé l'humanité hors de ses limites naturelles, s'est exercée inégalement suivant les régions (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 22):
2. Comme le prince de Guermantes avait pendant de longues années empêché sa femme de recevoir Mmed'Orvillers, celle-ci, quand l'interdit fut levé, se contenta de répondre aux invitations, pour ne pas avoir l'air d'en avoir soif, par de simples cartes déposées. Proust, Sodome,1922, p. 721.
2. DR. CIVIL. Synon. de interdiction (v. ce mot B).Le conseil judiciaire se passe à peu près comme l'interdit (Druon, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 183).
B. − [Dans les sc. hum. et dans la lang. cour.] Contrainte imposée par une autorité, un groupe social, ou que l'individu s'impose à lui-même, et qui interdit la pratique de certains actes, l'usage de certaines choses. Synon. tabou.Interdits sociaux, moraux; interdits alimentaires, sexuels; interdits linguistiques. Il faut laisser à Musset ce qui lui appartient : il contente le vague de la souffrance et du désir chez un enfant, pareil à celui que je revois derrière les barreaux des scrupules, des interdits de la famille, des maîtres aux yeux crevés, qui ne comprennent pas, prisonniers d'une terre aride, brûlante et triste (Mauriac, Mém. intér.,1959, p. 58).Les interdits religieux islamique et israélite excluent pratiquement l'élevage du porc des rives asiatique et africaine de la Méditerranée comme des autres états du Proche-Orient (Wolkowitsch, Élev.,1966, p. 38):
3. Le droit [d'après Durkheim], primitivement rattaché aux interdits religieux dont la violation s'accompagne de réprobation publique, s'assouplit et laisse une place aux initiatives individuelles lorsque les interdits magiques, dont la violation n'a que des conséquences causales directes, commencent à faire concurrence aux tabous religieux et à les limiter. Traité sociol.,1968, pp. 178-179.
PSYCHANAL. ,,Facteur d'inhibition libidinale, conscient et inconscient`` (Lar. Méd. t. 2 1972). Le sens profond de la cure n'est pas une explication de la conscience par l'inconscient, mais un triomphe de la conscience sur ses propres interdits par le détour d'une autre conscience déchiffreuse. L'analyste est l'accoucheur de la liberté, en aidant le malade à former la pensée qui convient à son mal (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 376).Le comportement est tenu pour normal et correct, quand le moi réussit à concilier les exigences du ça, les interdits du surmoi et le donné du principe de réalité (Choisy, Psychanal.,1950, p. 133).
Prononc. et Orth. : [ε ̃tε ʀdi]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1366 « sentence ecclésiastique défendant la célébration des offices » (doc. ap. H. Caffiaux, Nicole de Dury, p. 96, cf. Littré : un intredit que li eveskes de Cambrai envoya au prouvost et as jurés); xves. interdit (Jean de Stavelot, Chron., p. 138 ds Gdf. Compl.); 2. 1478-80 jur. « interdiction » (G. Coquillart, Plaidoyé, 586 ds Œuvres, éd. M. J. Freeman, p. 39); 3. 1840 « condamnation absolue qui met une personne à l'écart d'un groupe » (Sand, Compagn. Tour de Fr., p. 49); 4. 1946 « interdiction émanant du groupe social » (Mounier, Traité caract., p. 602). Empr., au sens 1, au lat. médiév. de l'Égliseinterdictum (dep. le xies. ds Nierm.; Blaise Latin. Med. Aev.; Latham). Interdictum avait déjà le sens d'« interdiction (en général) » en lat. class. et était employé comme terme de dr. romain. On trouve également, en a. fr., la forme francisée entredit au sens 1 (xiiies. d'apr. FEW t. 4, p. 751b). Fréq. abs. littér. : 68.

Wiktionnaire

Adjectif

interdit \ɛ̃.tɛʁ.di\

  1. Défendu par la loi, ou par la morale.
    • Dans le sud de cette dernière, se trouve environ deux hectares appartenant à cette dernière mais entourés par des « mas » privés avec chasse interdite. Aussi très peu de chasseurs vont s'aventurer dans le secteur. — (Michel Gimié D'Arnaud, Souvenirs de chasse, Éditions Edilivre, 2013)
    • Ainsi, chaque saison, les grimpeurs les plus actifs se vantaient d’avoir réalisé plus d’une demi-douzaine d’ascensions illégales du côté interdit. — (Bernadette McDonald, Libres comme l’air: Du rideau de fer aux neiges de l’Himalaya, traduit par Eric Vola & Laure Roussel, Éditions Nevicata, 2014, chapitre 3)
  2. (Littéraire) Fortement troublé, paralysé par la stupeur.
    • En le voyant, Fourbel demeura interdit. — (Camille Régnault, Un cadavre de trop, in Nouvelles policières, éditions Balthazar, avril 2003)
    • La cagole est à la mode. Pourtant jusqu'à quelques années en arrière, si vous prononciez ce mot au-delà des strictes limites de l'agglomération marseillaise, on vous regardait interdit. Cagole ? Késaco ? — (Gilles Ascaride, De la cagole , dans La Malédiction de l'Estrasse dorée (et autres histoires), Le Fioupélan, 2009)
    • Le tout allait fort bien jusque-là ; je me félicitais intérieurement, je touchais à ma conclusion, quand le mot eut le malheur de me manquer ; l’absence atteignit bientôt jusqu’à l’idée, et me voilà muet, interdit, sans plus savoir ni ce que je voulais, ni même où j’étais. — (Emmanuel de Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène, Ernest Bourdin, Paris, 1842, page 719)
    • Done Elvire : Voilà comme il faut vous défendre, et non pas être interdit comme vous êtes. — (Molière, Don Juan, acte I scène III)

Nom commun

interdit \ɛ̃.tɛʁ.di\ masculin

  1. Quelque chose ou quelqu’un qui est interdit de quelque chose.
    • Roland avait, depuis le berceau, ce que nos grands-mères appelaient le diable au corps, ce que nous appellerions nous la bougeotte névrotique, un besoin viscéral de se frotter à tous les interdits, […]. — ('Francis Renaud, Justice pour le juge Renaud : Victime du gang des lyonnais ?, Éditions du Rocher, 2011, chapitre 8)
    • L’interdit est assimilé au mineur, pour sa personne et pour ses biens : les lois sur la tutelle des mineurs s’appliqueront à la tutelle des interdits. — (Article 509 du code civil français : chapitre II : De l’interdiction, version en vigueur au 31 mars 1804)
  2. (Religion) Ensemble de règles auxquelles sont soumises les ouailles.
    • Depuis Michelet, on a aussi, bien souvent, incriminé l’influence exercée par le prêtre sur le comportement des épouses; […]. En multipliant les interdits, il gênait l’épanouissement du plaisir des couples, quelle qu’ait pu être la valeur érotique de la transgression. — (Alain Corbin, Les filles de noce, 1978)
  3. (Religion) (Discipline ecclésiastique) Sentence qui défend à un ecclésiastique en particulier l’exercice des ordres sacrés, ou à tout ecclésiastique la célébration des sacrements et du service divin dans les lieux marqués par la sentence.
    • Prononcer l’interdit.
  4. (Religion) Censure prononcée par une autorité ecclésiastique (le pape ou l’évêque) contre une personne, un groupe de personnes, une localité.
    • Encourir l’interdit ; frapper d’interdit ; fulminer un interdit ; lancer l’interdit sur quelqu’un, sur une ville ; lever l’interdit.
    • Il fallait faire cesser le culte, fermer les portes des temples, mettre les églises en interdit, ordonner aux prêtres de ne plus administrer les sacrements.
  5. (Religion) (Par analogie) (Plus rare) Sentence proclamée par un groupe religieux contre un autre groupe soupçonné d’hérésie.
    • Les partisans de Maïmonide répliquèrent à l’interdit prononcé par les « littéralistes » en lançant, à leur tour, l’excommunication contre les auteurs de l’interdit. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)

Forme de verbe

interdit \ɛ̃.tɛʁ.di\

  1. Participe passé masculin singulier de interdire.
    • Suzy, qui s’était mis en tête de la décatéchiser, lui avait formellement interdit d’entrer dans toute église, elle célébrait chaque dimanche matin son propre office dans sa chambre, dont elle avait pris soin auparavant de verrouiller la porte et de fermer les volets. — (Éric Laurrent, Un beau début, 2016)
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de interdire.
    • L’immense répartition du conte 425 et des formes associées interdit de même toute localisation pour le passage du mythe au conte, en admettant même - ce que je tiens pour probable - qu’il se soit opéré une seule fois, et de là diffusé, puis re-partagé en variantes. — (Bernard Sergent, Les Dragons, 2018, pages 329-330)
  3. Troisième personne du singulier du passé simple de interdire.
    • Lorsque la troupe des pastoureaux entra dans Orléans, le jour de saint Barnabas, l’évêque de cette ville interdit à tous ses clercs d’assister à ses prédications ; car, disait-il, ce sont les souricières du diable. — (Jean-Charles-Léonard Simonde Sismondi, Histoire des Français, tome 5, 1836, page 194)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

INTERDIRE. (Il se conjugue comme DIRE, excepté à la seconde personne du pluriel du présent de l'indicatif et de l'impératif, qui est Interdisez.) v. tr.
Défendre quelque chose à quelqu'un. Interdire sa porte à quelqu'un. Interdire le barreau à un avocat. Interdire la chaire à un prédicateur. Interdire à quelqu'un l'exercice des droits civiques. Interdire l'usage des sacrements. Interdire l'entrée de l'église. Interdire l'exportation de certains produits. Interdire toute communication. Interdire la parole. Les médecins lui ont interdit le vin, le travail. Il s'interdit tous les plaisirs. Par extension, Cet espoir m'est interdit. Une obligation imprévue m'interdit ce plaisir. En termes de Discipline ecclésiastique, il signifie spécialement Défendre à un ecclésiastique l'exercice des ordres sacrés, ou à tout ecclésiastique la célébration des sacrements et du service divin dans les lieux marqués par la sentence. L'évêque, le pape a interdit ce prêtre. Il a droit de suspendre et d'interdire. Par analogie, On a interdit cette église, On a défendu d'y célébrer les offices. Adjectivement, Un prêtre interdit. Il signifie aussi Défendre à quelqu'un, temporairement ou pour toujours, de continuer l'exercice de ses fonctions. On l'a interdit de ses fonctions, de sa charge pour deux ans. Ils ont été interdits par arrêt. Il signifie également, en termes de Jurisprudence, Ôter à quelqu'un la libre disposition de ses biens, et même de sa personne. Faire interdire une personne en démence. Substantivement, L'interdit est assimilé au mineur pour sa personne et pour ses biens. Il signifie, figurément, Étonner, troubler quelqu'un, en sorte qu'il ne sache ce qu'il dit ni ce qu'il fait; et alors on l'emploie principalement dans les temps composés. La peur l'avait interdit, l'avait tellement interdit qu'il ne put prononcer un mot. Adjectivement, Il demeura tout interdit. Il était si interdit que...

Littré (1872-1877)

INTERDIT (in-tèr-di, di-t') part. passé d'interdire
  • 1Dont il est défendu d'user. Les Grecs prenaient d'autres libertés qui nous sont rigoureusement interdites ; par exemple, de répéter souvent dans la même page des épithètes, des moitiés de vers, des vers même tout entiers, Voltaire, Dict. phil. Langues.
  • 2À qui il est défendu d'exercer ses fonctions soit ecclésiastiques, soit civiles. On croit M. de Paris interdit ; il ne dit plus la messe, Sévigné, 443.
  • 3Qui est privé, par autorité de justice, de la libre disposition de ses biens et même de sa personne. Un fou interdit.

    Substantivement. L'interdit est assimilé au mineur pour sa personne et pour ses biens, Code Nap. art. 509.

  • 4Étonné, troublé, qui ne peut répondre, ou qui ne sait ce qu'il fait. ce qu'il dit. Notre abord le rend tout interdit, Corneille, Sertor. IV, 3. Je ne m'étonne plus qu'interdit et distrait, Votre père ait paru nous revoir à regret, Racine, Iphig. II, 4. Ils jetèrent tous les yeux sur Pauline, qui parut assez interdite, Fontenelle, Jugem. de Pluton. Hamilton, plus interdit et plus confondu que lui, n'était pas trop en état de lui donner des conseils, Hamilton, Gramm. 8. Madame, j'ai autre chose à dire ; je suis si interdit, si tremblant que je ne saurais parler, Marivaux, Fausses confid. III, 12. Les ouvriers, d'abord interdits d'avoir un souverain [le czar Pierre] pour compagnon, s'y accoutumèrent familièrement, Voltaire, Russie, I, 9.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

INTERDIT, s. m. (Jurisprud.) chez les Romains étoit une ordonnance du préteur, qui enjoignoit, ou défendoit de faire quelque chose en matiere de possession, afin de rétablir par provision ce qui y avoit été interverti par quelque voie de fait, & d’empêcher les deux contendans d’en venir aux mains, en attendant que l’on statuât définitivement sur leurs prétentions respectives.

Il y avoit plusieurs divisions des interdits ; la premiere, des interdits prohibitoires, restitutoires & exhibitoires.

Les prohibitoires étoient ceux par lesquels le préteur défendoit de faire quelque chose ; tels étoient les interdits appellés quod vi, aut clam, aut precario, c’est-à dire ceux qui étoient donnés contre toute usurpation violente, toute possession clandestine ou précaire : tel étoit aussi l’interdit, ne in sacro vel publico loco ædificetur ; & celui ne quid fiat in flumine publico quo pejus navigetur.

Les interdits restitutoires sont ceux par lesquels le préteur ordonnoit de rendre ou retablir quelque chose, comme la possession enlevée.

Par les interdits exhibitoires, il ordonnoit d’exhiber quelque chose, comme de représenter un fils de famille, ou un esclave à celui qui le reclamoit, de communiquer le testament à tous ceux qui y étoient intéressés.

On divisoit encore les interdits en trois classes ; les uns adipiscendæ possessiones, les autres retinendæ, les autres recuperandæ.

Les premiers s’accordoient à ceux qui n’avoient pas encore eu la possession, & il y en avoit trois de cette espece ; savoir, l’interdit quorum bonorum, l’interdit quod legatorum & l’interdit appellé salvianum.

L’interdit quorum bonorum, étoit celui qu’on accordoit à l’héritier ou successeur, pour prendre la possession corporelle des choses héréditaires au lieu & place de celui qui les possédoit, comme héritier ou successeur, quoiqu’il ne le fût pas.

L’interdit quod legatorum, se donnoit à l’héritier ou successeur, contre les légataires qui s’étoient emparés prématurément des choses à eux léguées, afin que cet héritier ou possesseur les ayant répétées, fût en état d’exercer la falcidie par rétention, plutôt que par vindication.

On appelloit interdictum salvianum celui que le préteur accordoit au propriétaire d’un fond, pour se mettre en possession des choses que le fermier lui avoit obligées pour les fermages

Les interdits retinendæ possessionis étoient ceux où chacun des contendans prétendoit avoir la possession de la chose, & vouloit la garder pendant la contestation sur la propriété : ceux ci étoient de deux sortes ; savoir, l’interdit uti possidetur qui avoit lieu pour les meubles, & qui s’accordoit à celui qui avoit la possession au tems que l’interdit étoit demandé, & l’interdit uti ubi pour les immeubles, à l’égard desquels on donnoit la possession à celui qui avoit possédé pendant la plus grande partie de l’année. Il y en avoit un troisieme conçu en ces termes, quod ne vis fiat ei qui in possessionem missus est.

Il n’y avoit qu’un seul interdit recuperandæ possessionis, qu’on appelloit undè vi, par lequel celui qui avoit été dépouillé de la possession d’un fonds, demandoit d’y être réintégré.

La derniere division des interdits étoit en simples & doubles ; les simples étoient ceux où l’un des deux contendans étoit demandeur, & l’autre défendeur, tels que les interdits restitutoires & exhibitoires. Les interdits doubles étoient ceux où chacun étoit demandeur & défendeur ; comme quand tous deux se disoient avoir la possession.

Chaque interdit avoit sa dénomination particuliere, selon la matiere dont il s’agissoit. Voyez le titre des interdits au code, au digeste, & aux institutes, & la Jurisprudence de M. Terrasson, pag. 326 & 327.

Dans notre usage on a supprimé toutes les formules des interdits, & nous n’en connoissons que deux ; savoir, celui retinendæ possessionis, & celui recuperandæ possessionis. Le premier est connu sous le nom de complainte, l’autre sous le nom de réintégrande, l’une & l’autre n’ont lieu que pour les immeubles. Voyez Complainte & Réintégrande. (A)

Interdit, (Jurisprud.) est aussi une censure ecclésiastique ; & une excommunication générale que le pape prononce contre tout un état, ou contre un diocese, une ville ou autre lieu, & quelquefois contre une seule église ou chapelle ; chaque évêque peut aussi en prononcer dans son diocèse.

L’effet de l’interdit est d’empêcher que le service divin ne soit célébré dans le lieu qui est interdit ; qu’on n’y administre les sacremens, & qu’on accorde aux défunts la sépulture ecclésiastique.

Ces sortes d’interdits sont appellés réels ou locaux, pour les distinguer des interdits personnels, qui ne lient qu’une seule personne, soit ecclésiastique ou laïque.

L’objet de ces sortes d’interdits n’étoit, dans son origine, que de punir ceux qui avoient causé quelque scandale public, & de les ramener à leur devoir en les obligeant de demander la levée de l’interdit ; mais dans la suite ces interdits furent aussi quelquefois employés abusivement pour des affaires temporelles, & ordinairement pour des intérêts personnels à celui qui prononçoit l’interdit.

Les dix premiers siecles de l’église nous offrent peu d’exemples d’interdits généraux.

On trouve néanmoins dans les lettres de saint Basile quelques exemples de censures générales dès le iv. siecle. Une de ces lettres est contre un ravisseur ; le saint prélat y ordonne de faire rendre la fille à ses parens, d’exclure le ravisseur des prieres, & le déclarer excommunié avec ses complices, & toute sa maison pendant trois ans ; il ordonne aussi d’exclure des prieres tout le peuple de la bourgade qui a reçu la personne ravie.

Auxilius jeune évêque excommunia la famille entiere de Clacicien ; mais saint Augustin desapprouve cette conduite, & saint Léon a établi les mêmes maximes que saint Augustin dans une de ses lettres aux évêques de la province de Vienne.

Ces interdits généraux étoient toujours en quelque sorte personnels, parce qu’on supposoit que tous ceux contre lesquels ils étoient prononcés étoient complices du crime.

Les premiers interdits locaux se trouvent dans l’église de France. Prétextat évêque de Rouen ayant été assassiné dans sa propre église en 586, Leudovalde évêque de Bayeux, alors la premiere église de cette province, mit toutes les églises de Rouen en interdit, défendant d’y célébrer le service divin jusqu’à ce que l’on eût trouvé l’auteur du crime.

Le concile de Tolede tenu en 683, défendit de mettre les églises en interdit pour des ressentimens particuliers, celui de Nicée tenu en 787, défendit pareillement aux évêques d’interdire quelqu’un par passion, ou de fermer une église & interdire l’office, exerçant sa colere sur des choses insensibles. Le concile fixe même deux cas seulement où l’interdit local peut être prononcé ; encore n’est-ce qu’autant que toute la ville ou communauté est coupable ou complice du crime. La pragmatique-sanction tit. 20, & le concordat tit. 15, portent la même chose.

Celui de Ravennes tenu en 1314, défendit d’en prononcer pour des causes purement pécuniaires. Les peres du concile de Basle sect. xx. ordonnerent que l’interdit ne pourroit être jetté contre une ville que pour une faute notable de cette ville ou de ses gouverneurs, & non pour la faute d’une personne particuliere.

Quelquefois l’interdit étoit qualifié d’excommunication ; ce fut ainsi qu’Hincmar évêque de Laon excommunia en 870 toute une paroisse de son diocèse ; ce que l’on peut regarder comme un interdit.

Il en est de même de l’excommunication qu’Alcuin évêque de Limoges prononça, au rapport d’Ademar, contre les églises & monasteres de son diocèse ; il appelle cette excommunication une nouvelle observance ; ce qui fait connoître que l’interdit n’étoit pas une ancienne pratique.

Le concile de Limoges tenu en 1031 fait mention qu’Oldéric abbé de saint Martial de Limoges, proposa aux peres du concile un nouveau remede, qui étoit d’excommunier ceux qui n’acquiesceroient pas à la paix de l’église ; de ne les point inhumer après leur mort ; de défendre le service divin & l’administration des sacremens, à la réserve du baptême pour les enfans, & du viatique pour les moribonds, & de laisser les autels sans ornemens ; c’est ainsi en effet que l’on en usa dans les lieux qui furent mis en interdit.

Les interdits très-communs dans l’onzieme siecle, principalement sous Grégoire VII. ont fait croire à quelques auteurs que ce pape étoit l’inventeur de cette espece de censure. Il ordonna que les portes des églises seroient fermées par les religieux, & qu’ils ne sonneroient point leurs cloches : Yves de Chartres en fait mention dans plusieurs de ses épitres.

Plusieurs évêques, à l’imitation de Grégoire VII. prononcerent de pareils interdits en différentes occasions contre des villes & des communautés de leur diocese.

Vers l’an 1120, Calixte II. défendit le service divin dans les terres des croisés qui n’accompliroient pas leurs vœux, permettant seulement le baptême aux enfans, & la confession aux moribonds.

Il y eut un grand trouble en France en 1141, à l’occasion du siege de Bourges ; le roi ayant refusé de consentir à l’élection de Pierre de la Châtre, que le pape Innocent II. avoit fait élire à la place de l’archevêque Alberic mort l’année précédente, le pape mit toute la France en interdit.

Eugene III. vers l’an 1150, défendit la célébration du service divin dans les églises de certaines religieuses déréglées.

Adrien IV. n’épargna pas la ville même de Rome. Le cardinal Gerard y ayant été attaqué & blessé par quelques séditieux excités par Arnaud de Bresse, qui se maintenoit toujours dans cette ville sous la protection des nouveaux sénateurs, le pape mit la ville en interdit, & obligea les senateurs à chasser Arnaud & ses sectateurs.

Les interdits prononcés par Alexandre III. ne furent pas moins rigoureux que ceux de ses prédécesseurs. Il défendit aux prélats d’Angleterre vers l’an 1169. l’office divin & l’administration des sacremens, hors le baptême aux enfans, & la confession aux mourans ; le roi d’Angleterre rendit une ordonnance portant, que si on trouvoit dans son royaume quelqu’un chargé de lettres du pape ou de l’archevêque portant interdit, il seroit puni comme traître.

Le royaume d’Angleterre fut encore mis en interdit en 1208. par Innocent III. parce que le roi Jean avoit fait chasser les moines de Cantorbery, & s’étoit emparé des biens de l’archevéché.

Le concile d’York tenu en 1195, laissa à la discrétion des évêques d’user des interdits comme ils jugeroient à propos, de peur que les interdits généraux & de longue durée ne donnassent occasion aux Albigeois qui étoient répandus dans plusieurs endroits de la province, de séduire les gens simples.

Sous Innocent III. en 1198, Rainier moine de Citeaux, envoyé par le pape pour rompre le mariage d’Alphonse roi de Léon, qui avoit épousé la fille d’Alphonse roi de Castille son cousin, prononça une excommunication contre ce prince, & mit son royaume en interdit.

Un de ceux qui firent le plus d’impression, fut celui que le même Innocent III. lança en 1200 contre la France. Pierre de Capoue étoit chargé d’obliger Philippe-Auguste de quitter Agnès & de reprendre Ingerburge ; & n’y ayant pas réussi, il publia le 15 Janvier la sentence d’interdit sur tout le royaume, qui avoit été prononcée parle pape. Le roi en fut si courroucé qu’il chassa les évêques & tous les autres ecclésiastiques de leurs demeures, & confisqua leurs biens ; Cet interdit fut observé avec une extrème rigueur.

La chronique anglicane (dans le P. Martene, tom. V. pag. 868.) dit que tout acte de christianisme, hormis le baptême des enfans, fut interdit en France ; les églises fermées, les chrétiens en étoient chassés comme des chiens, plus d’office divin ni de sacrifice de la messe ; plus de sépultures ecclésiastiques pour les défunts ; les cadavres abandonnés au hasard, répandoient la plus affreuse infection, & pénétroient d’horreur ceux qui leur survivoient ; il en naquit un schisme entre les évêques.

La chronique de Tours fait la même description ; elle y ajoute seulement un trait remarquable, confirmé par M. Fleury, liv. lxxvj. n. 40, qui est que le saint viatique étoit excepté, comme le baptême, de cette privation des choses saintes, quoiqu’on refusât d’ailleurs la sépulture après la mort : Nulla celebrabantur in ecclesiâ sacramenta vel divina officia, præter viaticum & baptisma.

Les choses demeurerent pendant neuf mois dans cette situation, excepté qu’au bout de quelque tems Innocent III. permit les prédications pendant l’interdit, & le sacrement de confirmation ; il permit même de donner l’eucharistie aux croisés & aux étrangers dans les lieux interdits, & d’y célébrer l’office de l’église à deux ou trois, sans chant. On modéra encore dans la suite la grande sévérité des interdits, par rapport au scandale qu’ils causoient dans l’église ; Grégoire IX. vers l’an 1230 permit de dire une messe basse une fois la semaine, sans sonner, les portes de l’église fermées ; Boniface VIII. en 1300 permit la confession pendant l’interdit, & ordonna que l’on célébreroit tous les jours une messe, & que l’on diroit l’office, mais sans chant, les portes de l’église étant fermées, & sans sonner, à la réserve des jours solemnels de Noël, Pâques, la Pentecôte & de l’Assomption de N. D. que l’office divin seroit chanté les portes ouvertes, & les cloches sonnantes.

L’archevêque de Strigonie, auquel le pape avoit donné commission de réformer plusieurs désordres qui régnoient en Hongrie, n’ayant pu y parvenir, avoit mis en 1232 ce royaume en interdit. Pour le faire lever, le roi André donna l’année suivante une charte, par laquelle il s’engageoit de ne plus souffrir à l’avenir que les Juifs & les Sarrasins occupassent aucune charge publique en ses états, ni qu’ils eussent des esclaves chrétiens ; il promit aussi de ne contrevenir en rien aux privileges des clercs, & de ne lever aucune collecte sur eux, même de consulter le pape touchant les impositions sur ses autres sujets : l’interdit ne fut levé qu’à ces conditions ; mais la charte fut si mal exécutée, que le pape en fit des plaintes dès l’année suivante.

La croisade que l’on prêchoit en 1248 contre l’empereur Frédéric, ayant occasionné un soulevement du peuple à Ratisbonne, l’évêque exécutant les ordres du pape, les excommunia & mit la ville en interdit.

Après le massacre des Vêpres siciliennes en 1282, Martin IV. mit le royaume d’Arragon en interdit, & prononça par sentence la déposition de Pierre, roi d’Arragon ; cette sentence ne fut point exécutée, & les ecclésiastiques de tous les ordres n’observerent point l’interdit ; le pape n’en fut que plus animé contre le roi, & fit prêcher la croisade contre lui.

Il y eut en 1289 un concordat entre Denis, roi de Portugal, & le clergé de son royaume ; leurs différends duroient depuis long-tems, & le royaume étoit en interdit depuis le pontificat de Grégoire X.

Les Vénitiens en essuyerent aussi un en 1309 pour s’être emparés de Ferrare que l’Eglise romaine prétendoit être de son domaine ; ils ne laisserent pas de garder leur conquête.

Les Florentins en userent de même en 1478, lorsque Sixte IV. jetta un interdit sur la ville de Florence pour l’assassinat des Médicis : cet interdit ne fut pas observé ; les Florentins obligerent les prêtres à célébrer la messe & le service malgré la défense du pape.

Lorsqu’on avoit fait quelque accord au pape ou à l’évêque qui avoit prononcé l’interdit, alors il le levoit par un acte solemnel, comme fit Jean XXII. par une bulle du 21 Juin de ladite année, par laquelle il leva les censures qui étoient jettées depuis quatre ans sur la province de Magdebourg, à cause du meurtre de Burchard, archevêque de cette ville.

Ce qui est de singulier, c’est que les souverains eux-mêmes prioient quelquefois les évêques de prononcer un interdit sur les terres de leurs vassaux, s’ils n’exécutoient pas les conventions qui avoient été faites avec eux, comme fit Charles V. alors régent du royaume, par des lettres du mois de Février 1356, confirmatives de celles de Guy, comte de Nevers, & de Mathilde sa femme, en faveur des bourgeois de Nevers ; à la fin de ces lettres Charles V. prie les archevêques de Lyon, de Bourges & de Sens, & les évêques d’Autun, de Langres, d’Auxerre & de Nevers, de prononcer une excommunication contre le comte de Nevers, & un interdit sur ses terres, s’il n’exécute pas l’accord qu’il avoit fait avec ses habitans.

On trouve dans le recueil des ordonnances de la troisieme race plusieurs lettres semblables du roi Jean, qui autorisoient les évêques à mettre en interdit les lieux dont le seigneur tenteroit d’enfreindre les privileges.

Les interdits les plus mémorables qui furent prononcés dans le xvj. siecle, furent celui que Jules II. mit sur la France en 1512, à cause que le roi avoit donné des lettres patentes pour l’acceptation du concile de Pise ; l’autre fut celui que Sixte V. mit sur l’Angleterre en 1588, pour obliger les Anglois de rentrer dans la communion romaine ; mais il n’y en eut point de plus éclatant que celui que Paul V. prononça le 17 Avril 1606 contre l’état de Venise pour quelques lois qui lui parurent contraires à la liberté des ecclésiastiques. Mézeray rapporte que cette bulle fulminante fut envoyée à tous les évêques des terres de la seigneurie pour la publier, mais que le nombre de ceux qui obéirent fut le plus petit ; que le sénat y avoit donné si bon ordre, que ce grand coup de foudre ne mit le feu nulle part ; que le service divin se fit toujours dans l’église à portes ouvertes, & que l’administration des sacremens continua à l’ordinaire ; que tous les anciens ordres religieux n’en branlerent pas, mais que presque tous les nouveaux sortirent des terres de la seigneurie, particulierement les Capucins & les Jésuites, qui étoient tous deux fort attachés au saint pere. Ce différend fut terminé en 1607 par l’entremise d’Henri IV. & des cardinaux de Joyeuse & du Perron ; le cardinal de Joyeuse alla à Venise lever l’excommunication.

Il y eut encore deux interdits qui firent beaucoup de bruit en France ; l’un fut mit sur la ville de Bordeaux en 1633 par l’archevêque, à l’occasion d’un différend qui s’éleva entre lui & le duc d’Epernon ; l’autre fut prononcé en 1634 par l’évêque d’Amiens contre les habitans de la ville de Montreuil pour des excès qu’ils avoient commis sur lui dans l’église même, pour empêcher qu’il ne donnât à une autre paroisse une portion des reliques de S. Vulfi ; cette affaire dura jusqu’en Septembre 1635 que le prélat rendit une sentence d’absolution à certaines charges & conditions, laquelle fut publiée & exécutée le 28 Septembre de ladite année.

L’interdit doit être prononcé avec les mêmes formes que l’excommunication, par écrit, nommément, avec expression de la cause & après trois monitions. La peine de ceux qui violent l’interdit, est de tomber dans l’excommunication : mais en finissant cet article, il y a deux observations essentielles à faire ; l’une est que comme l’interdit a toujours des suites très-fâcheuses, parce qu’il donne occasion au libertinage & à l’impiété, on le met présentement très-peu en usage, & même en France les parlemens n’en souffriroient pas la publication, & MM. les procureurs généraux ne manqueroient pas d’en interjetter appel comme d’abus, aussi-tôt qu’ils en auroient connoissance. Nos libertés, disoit M. Talon, portant la parole le 4 Juin 1674, dans la cause concernant l’exemption du chapitre de saint Agnan d’Orléans, ne souffrent point que le pape se réserve le pouvoir de prononcer l’interdit ; le moyen que l’on a trouvé en France pour empêcher l’usage de ces sortes d’interdits, est qu’ils ne peuvent être exécutés sans l’autorité du roi.

L’autre observation est que suivant nos mêmes libertés, les officiers du roi ne peuvent être excommuniés ni interdits par le pape, ni par les évêques, pour les fonctions de leurs charges.

Les preuves de ces deux observations sont consignées dans les registres du parlement & dans les mémoires du clergé.

On ne doit pas confondre l’interdit avec la simple cessation à divinis, laquelle ne contient aucune censure, & qui a lieu quand une église, un cimetiere ou autre lieu saint est pollué par quelque crime. Voyez cap. ij. extr. de sponsalib. cap. xliij. extr. de sentent. excomm. cap. ij. extr. de remiss. & pœnit. cap. lvij. extr. de sent. excom. cap. alma mater eodem in 6° & extravagante 2 eodem ; Guymier sur la pragmatique sanction ; les lois ecclésiastiques de d’Héricourt, chap. des peines canoniques ; Fleury invit. au droit ecclésiast. tom. II. chap. xxj. & au mot Absolution, Censure, Excommunication.

Interdit, (Jurispr.) signifie aussi celui qui est suspendu de quelque fonction ; on interdit un homme pour cause de démence ou de prodigalité ; il faut en ce cas un avis de parens & une sentence du juge qui prononce l’interdiction & nomme un curateur à l’interdit. L’effet de ce jugement est que l’interdit est dépouillé de l’administration de ses biens, il ne peut les vendre, engager, ni hypothéquer, ni en disposer, soit entrvifs ou par testament, ni contracter aucune obligation jusqu’à ce que l’interdiction soit levée ; il y a chez les Notaires un tableau des interdits avec lesquels on ne doit pas contracter.

Lorsqu’un officier public a prévariqué, on l’interdit de ses fonctions, soit pour un tems ou pour toujours, selon que le délit est plus ou moins grave.

Le decret de prise de corps & celui d’ajournement personnel, emportent de plein droit interdiction de toute fonction publique.

L’interdiction de lieu chez les Romains revenoit à ce que nous appellons exil, bannissement.

Celle que l’on appelloit aquâ & igne, étoit une peine que l’on prononçoit contre ceux qui avoient commis quelque violence publique. l. qui dolo, ff. ad leg. jul. de vi publ. Le bannissement a succédé à cette peine. (A)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « interdit »

(Adjectif) Du latin interdictus, participe passé de interdicere qui a donné interdire.
(Nom) Du latin interdictum.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « interdit »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
interdit ɛ̃tɛrdi

Citations contenant le mot « interdit »

  • Trop ou trop peu de vin interdit la vérité. De Blaise Pascal
  • Si ce n’est pas expressément interdit, c’est permis. De Luis César Menotti
  • L’interdit donne de la saveur, la censure du talent. De Marc Vilrouge / Le Dilettante
  • Au pays du rêve, nul n'est interdit de séjour. De Julos Beaucarne
  • Parole de coiffeur : il est interdit de descendre avant la raie. De Pierre Desproges
  • Pour faire le blocus de Monaco, il suffit de deux panneaux de sens interdit. De Charles de Gaulle
  • Seule assurément une farouche et triste superstition interdit de prendre des plaisirs. De Baruch Spinoza / Ethique
  • La prohibition renforce toujours ce qu'elle interdit. De Frank Herbert / La mort blanche, 1982
  • Bilan : document qui interdit de se raconter des histoires un mois sur douze. De Philippe Bouvard
  • La morale est comme les régimes : elle interdit tout ce qui est bon. De Fernand Vandérem / Gens de qualité
  • On reconnaît la passion à l'interdit qu'elle jette sur le plaisir. De Marcel Jouhandeau
  • A quand le slogan : Il est interdit de ne pas interdire ? De Dominique de Montvalon / L'Express - 25 Octobre 1990
  • Il est absolument interdit d’interdire. De Anonyme / Loi de Mai 68
  • En Angleterre, tout est permis, sauf ce qui est interdit. En Allemagne, tout est interdit, sauf ce qui est permis. En France, tout est permis, même ce qui est interdit. En U.R.S.S., tout est interdit, même ce qui est permis. De Winston Churchill
  • L'avenir n'est interdit à personne. De Léon Gambetta
  • Invoquant une menace pour les hommes, il a interdit la randonnée dans les secteurs, frontaliers avec l’Espagne, qui surplombent le cirque de Cagateille, très fréquenté par les marcheurs en cette saison. La préfecture a décliné tout commentaire dans l’immédiat, annonçant un communiqué pour plus tard dans la journée. Elle avait par le passé demandé à plusieurs reprises le retrait d’arrêtés pris par le même élu interdisant de façon symbolique la divagation des ours sur le territoire communal. , Pyrénées : Le maire d’un village de l’Ariège interdit les randonnées à cause de la présence d’ours
  • Une conductrice de bus à Gaillac (Tarn) a interdit à un homme qui refusait de porter un masque de monter à l'intérieur. Les faits se sont produits le 8 juillet dernier révèle France Bleu Tarn soir trois jours à peine après le drame de Bayonne où Philippe Monguillot a été mortellement agresssé. midilibre.fr, Occitanie : menacée de mort car elle interdit à un homme sans masque de monter dans le bus - midilibre.fr
  • Dans de nombreuses communes, l'interdiction est souvent appuyée par des arrêtés municipaux. La mairie de Draveil (Essonne) précise par exemple qu'il est interdit de se baigner dans la Seine et l'ensemble des plans d'eau de l'île de loisirs du Port-aux-Cerises. Baignade prohibée également dans la très grande majorité des plans d'eau d'Ile-de-France, comme le bassin de la Villette à Paris, les étangs de la base de loisirs de Cergy, ou le lac de Créteil… leparisien.fr, «L’eau est bonne» : malgré les noyades, la baignade interdite toujours prisée en Ile-de-France - Le Parisien
  • La décision est tombée, ce week-end. Les ministres, hauts responsables, personnels de l’administration et des établissements publics ainsi que les membres des collectivités territoriales sont interdits de sortie du territoire marocain. Ainsi en a décidé le roi Mohammed VI. Afrik.com, Maroc : pourquoi Mohammed VI a interdit à ses ministres de quitter le royaume

Images d'illustration du mot « interdit »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « interdit »

Langue Traduction
Anglais not allowed
Espagnol no permitido
Italien non autorizzato
Allemand nicht erlaubt
Chinois 不允许
Arabe غير مسموح
Portugais não permitido
Russe не допускается
Japonais 禁止されている
Basque ez da onartzen
Corse micca permessu
Source : Google Translate API

Synonymes de « interdit »

Source : synonymes de interdit sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « interdit »

Interdit

Retour au sommaire ➦

Partager