La langue française

Égorger

Sommaire

  • Définitions du mot égorger
  • Étymologie de « égorger »
  • Phonétique de « égorger »
  • Évolution historique de l’usage du mot « égorger »
  • Citations contenant le mot « égorger »
  • Images d'illustration du mot « égorger »
  • Traductions du mot « égorger »
  • Synonymes de « égorger »

Définitions du mot égorger

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉGORGER, verbe trans.

A.− Emploi trans.
1. Tuer un animal en lui tranchant la gorge :
1. La femme du garde avait employé une partie de la nuit précédente à égorger la moitié de sa basse-cour, et les divers produits de ce massacre comparurent successivement sur la table... Feuillet, Monsieur de Camors,1867, p. 91.
Emploi abs. Pour chaque proie il [l'épervier] a une manière d'assaillir, d'étouffer ou d'égorger, de tuer (Pesquidoux, Chez nous,1923, p. 176).
Spéc. Immoler une victime pour l'offrir en sacrifice. D'un accent grave et lent Le brahmane qui doit égorger la victime Murmure du sama la formule sublime (Leconte de Lisle, Poèmes ant.,1874, p. 53).
2. P. ext. Tuer un être humain de façon sanglante, avec sauvagerie.
a) [Le compl. d'obj. désigne le plus souvent des pers. sans défense ou réduites à l'impuissance] Il [Cassius] prit Rhodes, et quoiqu'il eût été élevé dans cette ville, il fit égorger cinquante des principaux citoyens (Michelet, Hist. romaine,t. 2, 1831, p. 298).Regardez-la, sous sa robe de putain, la petite fille d'Atrée, d'Atrée qui égorgea lâchement ses neveux (Sartre, Mouches,1943, II, 1ertabl., 3, p. 50):
2. La phrase authentique : « cent mille hommes égorgés à coups de fusil », est moins choquante, le mot « égorger » étant évidemment de ceux qui sont en marche vers l'abstraction. Gourmont, Esthétique de la lang. fr.,1899, p. 313.
Emploi factitif :
3. Qu'était-ce que la vie d'un traître qui par une lettre secrète pouvait faire égorger un de ces beaux régiments que je voyais passer sur la place Grenette? Stendhal, Vie de Henry Brulard,t. 1, 1836, p. 126.
P. ext. [L'ext. du sens s'effectue p. réf. à la gorge (considérée comme siège de certaines sensations ou comme organe de la voix), plus que p. réf. au fait de tuer ou de faire mourir] M., blessé, chantait pendant l'opération; puis, dans un grand éclat de rire qui l'égorgea, il mourut (D'Esparbès, Chevauchée gd s.,1937, p. 218).Enfoui dans le sable jusqu'à la nuque, et lentement égorgé par la soif (Saint-Exup., Terre hommes,1939, p. 244).
En partic. Suffoquer, prendre à la gorge. Un paysan parut (...) Il parlait sans suite, égorgé de fatigue, en haletant (D'Esparbès, Bris. fers,1908, p. 99).Incommodé par l'odeur du fumier et égorgé par les émanations ammoniacales (Barbusse, Feu,1916, p. 148).
b) Emploi abs. Se livrer au meurtre, au massacre, le plus souvent par fanatisme politique ou religieux. On n'égorge plus maintenant pour opinion religieuse (Hugo, Han d'Isl.,1823, p. 198).Quand on aime comme je t'aime, on passe par-dessus tout, on assassine, on égorge (Cocteau, Par. terr.,1938, II, 1, p. 234).
3. Au fig., vieilli. Mettre quelqu'un dans une situation difficile, intenable; mettre en pièces, faire disparaître brutalement quelque chose.
a) [Le compl. d'obj. désigne une pers.]
− Dans le domaine du comm., des affaires ou de la pol.Éliminer un concurrent ou un adversaire en le ruinant complètement; exploiter sans pitié les membres d'une classe sociale. En l'état actuel des choses trente mille francs étaient un prix exorbitant, le fils s'écria : Mon père, vous m'égorgez! (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 17).On s'apitoie en ce moment beaucoup sur le sort des classes ouvrières, on les présente comme égorgées par les fabricants (Balzac, Cous. Bette,1846, p. 139).Dieu me sauve! comme vous plumez votre monde! on ne me trompait pas, quand on m'assurait que vous égorgiez vos pratiques (Fabre, Courbezon,1862, p. 155):
4. Bourras est persuadé que le Mouret a voulu simplement le couler; car, enfin, à quoi ça rime-t-il, des parapluies avec des étoffes? ... Mais Bourras est solide, il ne se laissera pas égorger. Zola, Au Bonheur des dames,1883, p. 411.
Par brachylogie. C'est un cabinet à égorger de l'argent, la bauge où se tient tapie la lignée des acheteurs de biens nationaux (Goncourt, Journal,1858, p. 537).
− Dans le domaine des relations hum.Attaquer violemment quelqu'un, le dénigrer de manière à lui enlever tout crédit, toute considération; blesser cruellement quelqu'un par des paroles hypocrites ou inconsidérées. La parole fardée Ne vous égorgeait pas sous un masque imposteur (Quinet, Napoléon,1836, p. 176).On cache doucement le poignard sous le manteau de l'amitié et l'on sait égorger en feignant de plaindre (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 21):
5. ... Flaubert était un bourgeois (...) Il le disait souvent lui-même (...) ce qui ne l'empêchait pas d'égorger les bourgeois, de les foudroyer à chaque occasion, avec ses emportements lyriques. Zola, Les Romanciers naturalistes,Flaubert, 1881, p. 154.
En partic. [Le suj. désigne un critique] Éreinter un auteur dans un article. Sa maîtresse était perdue s'il n'égorgeait pas D'Arthez dans le grand journal et dans le Réveil (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 511).Ces messieurs [de la critique] sont toujours très surpris, quand un auteur qu'ils égorgent se fâche et les étrangle (Zola, Renée,1887, p. XIII).[Avec un obj. second.] Ce pauvre diable [répondit Marchenoir] a choisi (...) l'adversaire le plus capable de l'égorger de ridicule (Bloy, Désesp.,1886, p. 283).
b) [Le compl. d'obj. désigne une chose]
[Une chose pouvant être personnifiée ou désigner des pers. p. méton.] Anéantir une institution, une valeur, en usant de la violence ou de la terreur; réduire un pays à l'impuissance, à la dépendance. Le Premier Consul aime les ci-devant et ne peut souffrir les républicains (...) s'il veut un trône, il doit égorger la Liberté (Balzac, Tén. affaire,1841, p. 123).Aujourd'hui la Grèce est égorgée par l'Allemagne, Salonique est tombée (Green, Journal,1941, p. 87):
6. Le scélérat qui est à l'Elysée croit que l'armée de la France est une bande du Bas-Empire (...) Il vous fait faire une besogne infâme; il vous fait égorger en plein dix-neuvième siècle, et dans Paris même, la liberté le progrès, la civilisation. Hugo, Histoire d'un crime,1877, p. 213.
[Une œuvre littér. ou musicale] Massacrer une composition en l'exécutant, un texte en le disant :
7. ... il [Christophe] n'en était pas moins résolu à lui [Schulz] faire de la peine, plutôt que de tolérer que ce Sir John Falstaff égorgeât sa musique. Rolland, Jean-Christophe,La Révolte, 1907, p. 576.
[Avec méton. de l'obj.] Ces virtuoses brigands qui égorgent les grands compositeurs (Berlioz, À travers chants,1862, p. 276).
B.− Emploi pronom.
1. réfl. Se trancher la gorge. J'étais folle de rage! tiens! je me serais enfoncé mes ciseaux dans la gorge, je me serais égorgée devant lui, exprès, sur la nappe! (Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 84):
8. Ils délibérèrent sur le genre de mort. Le poison fait souffrir. Pour s'égorger, il faut trop de courage. Avec l'asphyxie, on se rate souvent. Flaubert, Bouvard et Pécuchet,t. 2, 1880, p. 108.
Rem. On rencontre ds la docum. un ex. de s'égorger au sens de « s'égosiller ». Pachli! Pachli! s'égorgeaient les Cosaques [en poussant en avant] (D'Esparbès, Lég. aigle, 1893, p. 194).
2. passif, au fig. Être bafoué, outragé sans vergogne. Ces petits appartements, où, la plupart du temps, s'égorge l'honneur du mari (Balzac, Physiol. mar.,1826, p. 130).
3. réciproque. Se massacrer les uns les autres, s'entre-égorger. Les nations s'arment, s'égorgent, s'exterminent, jusqu'à ce que, par une large dépopulation, l'équilibre se rétablisse (Proudhon, Propriété,1840, p. 140).Des millions de jeunes hommes qui, ne s'étant jamais vus auparavant, ne peuvent se haïr, s'égorgeront tout de même (Green, Journal,1933, p. 128).
Rem. On rencontre ds la docum. a) Égorgeter, verbe trans., au fig. Critiquer un auteur. Blaze a égorgeté les frères Deschamps, mais enfin l'article n'est pas mauvais, s'il est un peu méchant (Sainte-Beuve, Corresp., t. 4, 1818-69, p. 131). b) Égorgeoir, subst. masc. ,,Lieu où l'on égorge`` (Besch. 1845). Témoin hideux d'étranglements et de meurtres entremêlés, Égorgeoir humain, et sol qui sue le massacre! (Claudel, Agamemnon, 1896, p. 894). c) Égorgerie, subst. fém., égorgeade, subst. fém. Action d'égorger ou de s'entre-égorger, massacre. L'assistance qu'aucune scène de violence, d'égorgerie, aucun jet de carotide n'a éclaboussée (Arnoux, Suite var., 1925, p. 196). Bientôt les hommes recommenceraient entre eux leurs égorgeades (Montherl., Pte Inf. Castille, 1929, p. 643).
Prononc. et Orth. : [egɔ ʀ ʒe], (j')égorge [egɔ ʀ ʒ]. Enq. : /egoʀ ʒ/ (il) égorge. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Ca 1450 (Mist. du vieil Testament, éd. J. de Rothschild, 15640); 1690 fig. (Fur). Dér. de gorge*; préf. é-*. Fréq. abs. littér. : 617. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1294, b) 1 007; xxes. : a) 981, b) 386.

Trésor de la Langue Française informatisé

ÉGORGER, verbe trans.

A.− Emploi trans.
1. Tuer un animal en lui tranchant la gorge :
1. La femme du garde avait employé une partie de la nuit précédente à égorger la moitié de sa basse-cour, et les divers produits de ce massacre comparurent successivement sur la table... Feuillet, Monsieur de Camors,1867, p. 91.
Emploi abs. Pour chaque proie il [l'épervier] a une manière d'assaillir, d'étouffer ou d'égorger, de tuer (Pesquidoux, Chez nous,1923, p. 176).
Spéc. Immoler une victime pour l'offrir en sacrifice. D'un accent grave et lent Le brahmane qui doit égorger la victime Murmure du sama la formule sublime (Leconte de Lisle, Poèmes ant.,1874, p. 53).
2. P. ext. Tuer un être humain de façon sanglante, avec sauvagerie.
a) [Le compl. d'obj. désigne le plus souvent des pers. sans défense ou réduites à l'impuissance] Il [Cassius] prit Rhodes, et quoiqu'il eût été élevé dans cette ville, il fit égorger cinquante des principaux citoyens (Michelet, Hist. romaine,t. 2, 1831, p. 298).Regardez-la, sous sa robe de putain, la petite fille d'Atrée, d'Atrée qui égorgea lâchement ses neveux (Sartre, Mouches,1943, II, 1ertabl., 3, p. 50):
2. La phrase authentique : « cent mille hommes égorgés à coups de fusil », est moins choquante, le mot « égorger » étant évidemment de ceux qui sont en marche vers l'abstraction. Gourmont, Esthétique de la lang. fr.,1899, p. 313.
Emploi factitif :
3. Qu'était-ce que la vie d'un traître qui par une lettre secrète pouvait faire égorger un de ces beaux régiments que je voyais passer sur la place Grenette? Stendhal, Vie de Henry Brulard,t. 1, 1836, p. 126.
P. ext. [L'ext. du sens s'effectue p. réf. à la gorge (considérée comme siège de certaines sensations ou comme organe de la voix), plus que p. réf. au fait de tuer ou de faire mourir] M., blessé, chantait pendant l'opération; puis, dans un grand éclat de rire qui l'égorgea, il mourut (D'Esparbès, Chevauchée gd s.,1937, p. 218).Enfoui dans le sable jusqu'à la nuque, et lentement égorgé par la soif (Saint-Exup., Terre hommes,1939, p. 244).
En partic. Suffoquer, prendre à la gorge. Un paysan parut (...) Il parlait sans suite, égorgé de fatigue, en haletant (D'Esparbès, Bris. fers,1908, p. 99).Incommodé par l'odeur du fumier et égorgé par les émanations ammoniacales (Barbusse, Feu,1916, p. 148).
b) Emploi abs. Se livrer au meurtre, au massacre, le plus souvent par fanatisme politique ou religieux. On n'égorge plus maintenant pour opinion religieuse (Hugo, Han d'Isl.,1823, p. 198).Quand on aime comme je t'aime, on passe par-dessus tout, on assassine, on égorge (Cocteau, Par. terr.,1938, II, 1, p. 234).
3. Au fig., vieilli. Mettre quelqu'un dans une situation difficile, intenable; mettre en pièces, faire disparaître brutalement quelque chose.
a) [Le compl. d'obj. désigne une pers.]
− Dans le domaine du comm., des affaires ou de la pol.Éliminer un concurrent ou un adversaire en le ruinant complètement; exploiter sans pitié les membres d'une classe sociale. En l'état actuel des choses trente mille francs étaient un prix exorbitant, le fils s'écria : Mon père, vous m'égorgez! (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 17).On s'apitoie en ce moment beaucoup sur le sort des classes ouvrières, on les présente comme égorgées par les fabricants (Balzac, Cous. Bette,1846, p. 139).Dieu me sauve! comme vous plumez votre monde! on ne me trompait pas, quand on m'assurait que vous égorgiez vos pratiques (Fabre, Courbezon,1862, p. 155):
4. Bourras est persuadé que le Mouret a voulu simplement le couler; car, enfin, à quoi ça rime-t-il, des parapluies avec des étoffes? ... Mais Bourras est solide, il ne se laissera pas égorger. Zola, Au Bonheur des dames,1883, p. 411.
Par brachylogie. C'est un cabinet à égorger de l'argent, la bauge où se tient tapie la lignée des acheteurs de biens nationaux (Goncourt, Journal,1858, p. 537).
− Dans le domaine des relations hum.Attaquer violemment quelqu'un, le dénigrer de manière à lui enlever tout crédit, toute considération; blesser cruellement quelqu'un par des paroles hypocrites ou inconsidérées. La parole fardée Ne vous égorgeait pas sous un masque imposteur (Quinet, Napoléon,1836, p. 176).On cache doucement le poignard sous le manteau de l'amitié et l'on sait égorger en feignant de plaindre (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 21):
5. ... Flaubert était un bourgeois (...) Il le disait souvent lui-même (...) ce qui ne l'empêchait pas d'égorger les bourgeois, de les foudroyer à chaque occasion, avec ses emportements lyriques. Zola, Les Romanciers naturalistes,Flaubert, 1881, p. 154.
En partic. [Le suj. désigne un critique] Éreinter un auteur dans un article. Sa maîtresse était perdue s'il n'égorgeait pas D'Arthez dans le grand journal et dans le Réveil (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 511).Ces messieurs [de la critique] sont toujours très surpris, quand un auteur qu'ils égorgent se fâche et les étrangle (Zola, Renée,1887, p. XIII).[Avec un obj. second.] Ce pauvre diable [répondit Marchenoir] a choisi (...) l'adversaire le plus capable de l'égorger de ridicule (Bloy, Désesp.,1886, p. 283).
b) [Le compl. d'obj. désigne une chose]
[Une chose pouvant être personnifiée ou désigner des pers. p. méton.] Anéantir une institution, une valeur, en usant de la violence ou de la terreur; réduire un pays à l'impuissance, à la dépendance. Le Premier Consul aime les ci-devant et ne peut souffrir les républicains (...) s'il veut un trône, il doit égorger la Liberté (Balzac, Tén. affaire,1841, p. 123).Aujourd'hui la Grèce est égorgée par l'Allemagne, Salonique est tombée (Green, Journal,1941, p. 87):
6. Le scélérat qui est à l'Elysée croit que l'armée de la France est une bande du Bas-Empire (...) Il vous fait faire une besogne infâme; il vous fait égorger en plein dix-neuvième siècle, et dans Paris même, la liberté le progrès, la civilisation. Hugo, Histoire d'un crime,1877, p. 213.
[Une œuvre littér. ou musicale] Massacrer une composition en l'exécutant, un texte en le disant :
7. ... il [Christophe] n'en était pas moins résolu à lui [Schulz] faire de la peine, plutôt que de tolérer que ce Sir John Falstaff égorgeât sa musique. Rolland, Jean-Christophe,La Révolte, 1907, p. 576.
[Avec méton. de l'obj.] Ces virtuoses brigands qui égorgent les grands compositeurs (Berlioz, À travers chants,1862, p. 276).
B.− Emploi pronom.
1. réfl. Se trancher la gorge. J'étais folle de rage! tiens! je me serais enfoncé mes ciseaux dans la gorge, je me serais égorgée devant lui, exprès, sur la nappe! (Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 84):
8. Ils délibérèrent sur le genre de mort. Le poison fait souffrir. Pour s'égorger, il faut trop de courage. Avec l'asphyxie, on se rate souvent. Flaubert, Bouvard et Pécuchet,t. 2, 1880, p. 108.
Rem. On rencontre ds la docum. un ex. de s'égorger au sens de « s'égosiller ». Pachli! Pachli! s'égorgeaient les Cosaques [en poussant en avant] (D'Esparbès, Lég. aigle, 1893, p. 194).
2. passif, au fig. Être bafoué, outragé sans vergogne. Ces petits appartements, où, la plupart du temps, s'égorge l'honneur du mari (Balzac, Physiol. mar.,1826, p. 130).
3. réciproque. Se massacrer les uns les autres, s'entre-égorger. Les nations s'arment, s'égorgent, s'exterminent, jusqu'à ce que, par une large dépopulation, l'équilibre se rétablisse (Proudhon, Propriété,1840, p. 140).Des millions de jeunes hommes qui, ne s'étant jamais vus auparavant, ne peuvent se haïr, s'égorgeront tout de même (Green, Journal,1933, p. 128).
Rem. On rencontre ds la docum. a) Égorgeter, verbe trans., au fig. Critiquer un auteur. Blaze a égorgeté les frères Deschamps, mais enfin l'article n'est pas mauvais, s'il est un peu méchant (Sainte-Beuve, Corresp., t. 4, 1818-69, p. 131). b) Égorgeoir, subst. masc. ,,Lieu où l'on égorge`` (Besch. 1845). Témoin hideux d'étranglements et de meurtres entremêlés, Égorgeoir humain, et sol qui sue le massacre! (Claudel, Agamemnon, 1896, p. 894). c) Égorgerie, subst. fém., égorgeade, subst. fém. Action d'égorger ou de s'entre-égorger, massacre. L'assistance qu'aucune scène de violence, d'égorgerie, aucun jet de carotide n'a éclaboussée (Arnoux, Suite var., 1925, p. 196). Bientôt les hommes recommenceraient entre eux leurs égorgeades (Montherl., Pte Inf. Castille, 1929, p. 643).
Prononc. et Orth. : [egɔ ʀ ʒe], (j')égorge [egɔ ʀ ʒ]. Enq. : /egoʀ ʒ/ (il) égorge. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Ca 1450 (Mist. du vieil Testament, éd. J. de Rothschild, 15640); 1690 fig. (Fur). Dér. de gorge*; préf. é-*. Fréq. abs. littér. : 617. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1294, b) 1 007; xxes. : a) 981, b) 386.

Wiktionnaire

Verbe

égorger \e.ɡɔʁ.ʒe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Tuer un animal en lui coupant la gorge.
    • Le mouton, égorgé rapidement suivant les prescriptions du Koran, est rôti en entier dans un four ad hoc chauffé à blanc […]. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 49)
    • Hé ouais j’fais d’l’art
      comme d’autres égorgent un porc
      j’y vais au coupe-coupe
      j’continuerai jusqu’à la mort
      — (Stupeflip, Mon style en crrr sur l’album Stup Religion, 2005)
  2. (Par analogie) Tuer un être humain en lui coupant la gorge et, d’une manière générale, tuer, massacrer.
    • Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? — (Voltaire, Dictionnaire philosophique : Fanatisme)
    • Un homme fait qui égorge un enfant qu'il peut désarmer et punir, paraît un monstre ! — (Maximilien de Robespierre, Discours sur la peine de mort, le 30 mai 1791 au sein de l’Assemblée constituante)
    • Les farouches Vendéens, excités par la voix de leurs prêtres, par les discours des ministres du Dieu de miséricorde, égorgeaient, brûlaient vifs, enterraient vivants les républicains qui tombaient entre leurs mains. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
    • Un avocat raconta à ses voisins une cause jugée dans la journée. […]. Il s’agissait d’un homme qui avait égorgé une fillette en même temps qu’il la violait, et qui, pour qu’on n’entendît pas les cris de la petite victime, chantait à tue-tête. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
  3. (Figuré) Amener à une ruine complète.
    • Dans l’embarras où je suis, me demander de l’argent, c’est m’égorger.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÉGORGER. v. tr.
Tuer un animal en lui coupant la gorge. Égorger un bœuf, un mouton, etc. Il se dit aussi des Personnes et signifie Tuer en coupant la gorge et, d'une manière générale, Tuer, massacrer. Il fut égorgé au coin d'un bois. Les habitants égorgèrent toute la garnison. Il signifie figurément Amener à une ruine complète. Dans l'embarras où je suis, me demander de l'argent, c'est m'égorger.

Littré (1872-1877)

ÉGORGER (é-gor-jé. Le g prend un e devant a ou o : nous égorgeons, j'égorgeai) v. a.
  • 1Couper la gorge. Égorger un mouton. … Pour épreuve elle égorge un bélier à leurs vues, Corneille, Médée, I, 1.
  • 2Tuer avec le fer, en parlant des êtres humains. Ces dieux qui dans Pharsale ont mal servi Pompée, Qui, la foudre à la main, l'ont pu voir égorger, Corneille, Mort de Pomp. V, 4. Il faut que je fasse le tour du logis, de peur qu'il n'y ait quelqu'un de caché qui me vienne égorger, Perrot D'Ablancourt, Lucien, le Songe ou le Coq. Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger, Pascal, Pensées, art. XXIV, 35, éd. Lahure, 1860. La nation chérie a violé sa foi… Maintenant elle sert sous un maître étranger ; Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger, Racine, Esth. I, 4. On égorge à la fois les enfants, les vieillards, Racine, ib. I, 5. Pygmalion ne couche jamais deux nuits de suite dans la même chambre, de peur d'y être égorgé, Fénelon, Tél. III. Vers la fin de son règne, il [Aristomène] combattit les Lacédémoniens, prit leur roi Théopompe, et égorgea, en l'honneur de Jupiter d'Ithome, trois cents hommes parmi lesquels le roi était la principale victime, Rollin, Hist. anc Œuvres, t. III, p. 40, dans POUGENS.

    Par extension. Pour avoir un carrosse et que tout y réponde, Combien un médecin égorge-t-il de monde ? Boursault, Fables d'Ésope, IV, 3. Ce n'est pas qu'aucun de ces millions d'hommes qui se font égorger prétende un fétu sur ces tas de boue, Voltaire, Micromégas, 7. Des hommes indignes du nom de chrétiens égorgeaient les peuples du nouveau monde, et la cour de Rome fulminait des bulles pour prévenir ces atrocités, Chateaubriand, Génie, IV, VI, 11.

  • 3Ancien terme de marine. Serrer les huniers, une voile au moyen des égorgeoirs.
  • 4Faire payer aux gens beaucoup plus qu'ils ne doivent. On égorge les gens dans cette auberge.

    Ruiner les affaires de quelqu'un. Dans son embarras lui demander de l'argent, c'est l'égorger.

    Desservir d'une manière cruelle. Bissy égorgeait en secret le cardinal de Noailles auprès de Mme de Maintenon, Saint-Simon, 310, 66.

  • 5S'égorger, v. réfl. Se couper la gorge à soi-même. Il s'est égorgé avec un rasoir. Je vous demande pardon de mes folies ; mais, dans l'état où je suis, il faut s'égayer ou s'égorger, Rousseau, Lett. à la mar. de Luxembourg, 21 juill. 1762.

    Fig Se faire un très grand tort à soi-même. Fuir Paris, ce serait m'égorger de ma main, Gresset, Méchant, II, 7.

  • 6Se tuer l'un l'autre dans un combat. N'en doutons plus, Olympe, ils se vont égorger, Racine, Thébaïde, I, 1. Le faux honneur… Avant tout aux mortels prescrit de se venger, L'un l'autre au moindre affront les force à s'égorger, Boileau, Sat. X. Presqu'aucun de ces animaux qui s'égorgent mutuellement n'a jamais vu l'animal pour lequel il s'égorge, Voltaire, Micromégas, 7. Si l'état naturel de l'homme était la guerre, tous les hommes s'égorgeraient ; il y a longtemps que nous ne serions plus, Voltaire, Dial. XXIV, 3.

SYNONYME

ASSASSINER, ÉGORGER. La différence entre ces deux mots est que l'assassin fait son coup à l'improviste et en se cachant, tandis que l'on peut égorger au grand jour, quand, par exemple, on exécute l'ordre d'un maître tout-puissant et irrité : Christine a fait égorger Monaldeschi.

HISTORIQUE

XVIe s. Les couteaux si trenchans qu'on a veu esgorger Depuis les rois hautains eschauffez à la guerre Jusqu'au ver innocent qui se traine sur terre, D'Aubigné, Tragiques, liv. I, Misères.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ÉGORGER. Ajoutez :
7S'égorger, être égorgé. Les victimes s'égorgent dans le parvis ; mais il n'y a que l'arche où l'on conserve la manne, Fléchier, Sermons, Samaritaine.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « égorger »

(1450) Dérivé de gorge avec le préfixe é-.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

É- pour es- préfixe, et gorge. Rabelais disait esgorgeter, dans Garg. I, 27.

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Phonétique du mot « égorger »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
égorger egɔrʒe

Évolution historique de l’usage du mot « égorger »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « égorger »

  • Je ne crois que les témoins qui sont prêts à se faire égorger. De Blaise Pascal
  • Un bon diplomate est quelqu'un qui peut égorger son voisin sans que celui-ci le remarque. De Trygve Lie
  • Dieu ne nous a point donné un cœur pour nous haïr et des mains pour nous égorger. De Voltaire / Traité sur la Tolérance, 1763
  • La crainte d'une chute, voilà ce qui suffit à un ministre pour faire égorger des milliers d'hommes. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • Je n'ai pas l'impression d'égorger quelqu'un avec un feutre. Je ne mets pas de vies en danger. Quand les activistes ont besoin d'un prétexte pour justifier leur violence, ils le trouvent toujours De Charb / interview pour Le Monde, 2012
  • Tout serait parti d’un différend entre amis mais l’enchaînement de violence interpelle. Il était sept heures ce mardi martin lorsque la police arrive sur les lieux. Depuis une fenêtre des parties communes de l’immeuble, un homme d’une cinquantaine d’années menace de s’égorger avec sa propre lame si les agents essaient d’entrer. L’homme leur indique qu’une personne grièvement blessée s’est réfugiée dans l’appartement d’un voisin tandis qu’une femme apparaît à une fenêtre pour sonner l’alerte. C’est chez elle que s’est réfugiée la victime. 94 Citoyens, Orly : il tente de s'égorger après avoir poignardé deux personnes | 94 Citoyens
  • Elle avait tenté de les égorger dans la nuit du 27 au 28 septembre 2015 alors qu'elles dormaient à poings fermés... Mireille Gram, 54 ans, la fille de l'entrepreneur Tony Gram, qui a fait fortune avec la marque de sacs Kipling, purge actuellement une peine de prison à la prison de Bruges (Belgique) pour la double tentative de meurtre de ses filles jumelles, alors âgées de 14 ans, dans leur villa de Schoten, près d'Anvers, en Belgique. , Faits-divers - Justice | Il vend la maison d'une riche héritière à moitié prix et mène grand train
  • Côte d'Ivoire : A Yopougon, il tente d'égorger sa compagne en pleine fête des pères KOACI, Côte d'Ivoire : A Yopougon, il tente d'égorger sa compagne en pleine fête des pères - KOACI
  • J'espère que l'ont ne va pas ce faire égorger pour cela ... lindependant.fr, La mafia italienne s'apprêtait à écouler plus de 80 millions de pilules de captagon produites par Daesh - lindependant.fr

Images d'illustration du mot « égorger »

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Traductions du mot « égorger »

Langue Traduction
Anglais slaughter
Espagnol sacrificio
Italien macello
Allemand schlachten
Chinois 屠宰
Arabe ذبح
Portugais massacre
Russe убой скота
Japonais 虐殺
Basque sarraski
Corse macellu
Source : Google Translate API

Synonymes de « égorger »

Source : synonymes de égorger sur lebonsynonyme.fr
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