La langue française

Drogue

Définitions du mot « drogue »

Trésor de la Langue Française informatisé

DROGUE1, subst. fém.

I.
A.− Vx. Ingrédient naturel (organique ou inorganique) employé en chimie, en pharmacie, en teinturerie, en épicerie, dans l'économie domestique. Drogues aromatiques, pharmaceutiques; drogue falsifiée; acheter, vendre des drogues; piler des drogues dans un mortier. Les drogues pour la teinture cessent d'être de l'indigo, du bois d'Inde, du rocou, et font partie des étoffes qu'elles colorent (Say, Écon. pol.,1832, p. 108).Des drogues en sucre (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848, p. 165).La drogue orientale, le médicament miellé, l'or potable qui prolonge la vie (Flaub., Champs et grèves,1848, p. 276):
1. À Gênes Odoriférantes Sentes où l'on sent Tant d'herbes et cent Drogues différentes, Où, narine errante, Tu fends les encens Que cède aux passants L'ombre incohérente... Valéry, Correspondance[avec Gide], 1917, p. 456.
P. compar. Les phrases dans lesquelles − ainsi d'une drogue dans une pilule et du sucre − le noble vieillard enveloppait son expérience de la vie (Miomandre, Écrit sur eau,1908, p. 118):
2. La vie est quelque chose de si abominable qu'il faut la déguiser pour l'avaler. Si on ne la sucre pas avec une drogue extraordinaire, le cœur vous manque! Flaubert, Correspondance,1878, p. 105.
B.− Spéc. Matière première des médicaments officinaux et magistraux. Drogues simples (Lar. Méd.t. 11971).
II.− P. méton. Substance naturelle ou fabriquée dont l'absorption produit un effet sur les organismes vivants.
A.− Gén. péj.
1.
a) Remède confectionné selon une recette d'amateur. Drogues habilement dosées et mélangées; drogues de sorcières; fabriquer, inventer, préparer une drogue. Synon. décoction, onguent, orviétan, remède (de bonne femme).Si vous croyez que j'ai envie de m'empoisonner avec vos vieilles drogues! (Huysmans, Oblat,t. 1, 1903, p. 97).Linaire exploitait cette drogue dont il avait hérité la recette de son père lequel de même et ainsi de suite (Queneau, Loin Rueil,1944, p. 103).Elle broyait, faisait broyer des herbes, composait des drogues et des élixirs (Guéhenno, Jean-Jacques,1948, p. 55).
b) En partic. Substance douée de propriétés physiologiques actives (sédatives, soporifiques, aphrodisiaques, mortelles, etc.) administrée à quelqu'un à son insu (généralement dans une boisson, un plat). Drogues et maléfices. On versait des drogues dans sa carafe d'eau (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Hérit., 1884, p. 468).Entraînée par une absorption massive de cette drogue, Folcoche était littéralement mithridatisée (H. Bazin, Vipère,1948, p. 187):
3. N'importe, murmurait-il; moi, je ne voudrais pas boire de toutes leurs saletés; j'aurais trop peur qu'ils n'eussent mis dedans quelque drogue pour me faire aller à confesse. Zola, La Conquête de Plassans,1874, p. 1034.
c) P. anal. [En parlant d'une boisson mauvaise au goût, difficile à avaler] . Péj., fam. Affreuse, mauvaise drogue. Synon. médecine, mixture, potion, purge.Emportez cette drogue-là (Augier, Contagion,1866, V, pp. 410-411).
2. Au fig. [En parlant d'une chose ou d'une personne dont on fait peu de cas] . Péj., vx, fam.
a) Chose de mauvaise qualité. Cette étoffe n'est que de la drogue (Ac.1932).Synon. camelote.Je ne sais quelle manie j'ai de me fournir ici; on n'y vend que de la drogue (Leclercq, Proverbes dram.,Mar. manqué, 1835, p. 80).Les drogues qu'on leur a données pour des antiques (Mérimée, Lettres à une inconnue,1870, p. 194):
4.− Ah! pour du cassis, je ne dis pas non; madame le fait ben mieux que les apothicaires. Celui qu'ils vendent est de la drogue. Balzac, Eugénie Grandet,1834, p. 167.
P. iron. Voilà de bonne drogue. ,,Ce qu'on veut nous donner pour bon ne vaut rien`` (Ac. 1798-1878).
Il débite bien, fait bien valoir sa drogue. Il sait bien faire valoir ce qu'il dit, ce qu'il fait, ce qu'il vend (d'apr. Ac. 1798-1878).
b) Personne. Cette petite personne est une drogue (Ac.1932).Mais vous êtes des veules et des drogues! (Balzac, Paysans,1844-50, p. 238).
Vieille drogue (pop.). [Renchérit sur drogue] Vieille drogue, tu as changé de litre! (Zola, Assommoir,1877, p. 622).
En partic., fam. Petite drogue. Coureuse, femme légère. Maintenant, allons dîner chez les petites drogues (Champfleury) (Larch.1872, p. 120).
B.− P. ext. Médicament.
1. Souvent au plur., péj., vieilli. Médicament, généralement simple (dont on abuse, dont on condamne l'usage). Drogues de l'apothicaire, des pharmacies; mauvaises drogues; prendre des drogues; recourir aux drogues; se bourrer de drogues; être abruti par les drogues. Et de quelles drogues amères il aurait fallu nous gorger! (Maurras, Chemin Paradis,1894, p. 163).Il a essayé de toutes les drogues : poudres, cachets, ovules, sels, élixirs (Romains, Hommes bonne vol.,1932, p. 44).
Au fig. ou p. métaph. Il est à craindre que la religion ne fût pour le roi très-chrétien qu'un élixir propre à l'amalgame des drogues de quoi se compose la royauté (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 17).
2. Spéc. Composé chimique naturel ou de synthèse, utilisable en thérapeutique; produit pharmaceutique. Drogue pour dormir; prescription d'une drogue; administrer une drogue. Synon. médicament, remède spécifique.La digne sœur (...) dans le laboratoire de l'infirmerie, penchée sur ses drogues et sur ses fioles (Hugo, Misér.,t. 1, 1862, p. 341).Son arsenal de drogues (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 773).Une drogue pour te donner faim pendant que les autres dans la rue, se seraient vendus pour un bifteck (Sartre, Mains sales,1948, 3etabl., 3, p. 98).
SYNT. Drogues éprouvées, nécessaires; pour assoupir la douleur, soulager (un mal); drogue calmante, stimulante; drogue anorexigène, anticancéreuse, antidépressive, antifatigue, anti-infectieuse; l'action bénéfique, l'innocuité d'une drogue.
Au fig. ou p. métaph. La drogue qu'ils [les journaux de la collaboration] nous proposaient était de celles qui réveillent les morts (Mauriac, Bâillon dén.,1945, p. 411):
5. Créer n'est point découvrir une ruse d'aujourd'hui que le hasard t'aurait cachée pour ta victoire. Elle serait sans lendemain. Ni une drogue qui te masquera la maladie, car la cause en subsisterait. Saint-Exupéry, Citadelle,1944, p. 857.
Rem. On trouve ds la docum. une occurrence de droguailles, subst. fém. plur., péj. Et, tout bas, les malins! se disent : « Qu'ils sont sots! » Pour mitonner des lois, coller de petits pots Pleins de jolis décrets roses et de droguailles, S'amuser à couper proprement quelques tailles, Puis se boucher le nez quand nous marchons près d'eux, − Nos doux représentants qui nous trouvent crasseux! − Pour ne rien redouter, rien, que les baïonnettes..., C'est très bien (Rimbaud, Poés., 1871, p. 54).
III.− En partic., cour.
A.−
1. Produit stupéfiant ou hallucinogène (comme la marijuana, la mescaline, le L.S.D., le haschisch, l'héroïne, l'opium, la cocaïne) dont l'usage peut conduire à l'intoxication, l'accoutumance et la toxicomanie. Trafic de (la) drogue; le problème de la drogue; les effets de la drogue; intoxication par la drogue; se ravitailler en drogue. Synon. hallucinogène, narcotique, psychodysleptique (méd.), stupéfiant.Elle plante l'aiguille, puis c'est la lente coulée de la drogue dans le sang (Queneau, Loin Rueil,1944, p. 24).Les abus de la drogue et ses attirances toujours décevantes, son accoutumance (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 193):
6. L'image de la châtelaine devint peu à peu l'un de ces points fixes que recouvre et découvre tour à tour le songe flottant de la drogue, ainsi que la pointe d'un roc dans les remous de l'écume. Bernanos, Un Mauvais rêve,1948, p. 985.
SYNT. Drogue dangereuse, fatale, infernale, nocive, puissante, redoutable; drogues interdites, prohibées; drogues enivrantes, euphorisantes, hallucinogènes, stimulantes, stupéfiantes; diffuseurs, passeurs, pourvoyeurs, receleurs, trafiquants de drogue; absorption, dose massive, quotidienne de drogue; être sous l'effet, l'influence de la drogue; user de drogue.
P. méton. La drogue. L'habitude acquise de la drogue. Adonné à, habitué de la drogue; être sous l'emprise de, s'adonner à, recourir à, user de, se jeter dans la drogue; être délivré de la drogue. Synon. toxicomanie.Le moyen qu'ils choisissent pour échapper au réel : terrorisme, amour, érotisme, drogue, aventures (Mauriac, Journal 2,1937, p. 147).Bien avant la drogue, le mensonge avait été pour elle une autre merveilleuse évasion, la détente toujours efficace, le repos, l'oubli (Bernanos, Mauv. rêve,1948, p. 988).
2. P. ext. [En parlant d'une substance qui est toxique par son usage excessif (comme le tabac, l'alcool, les somnifères, les stimulants et excitants, les tranquillisants, calmants et euphorisants)] Effet dynamique, euphorisant, sédatif des drogues. Quelles drogues? Alcool, café, puis toutes les autres, naturellement (Abellio, Pacifiques,1946, p. 320).
B.− P. compar. ou p. anal. [En parlant d'une chose abs.] Gén. péj. Chose qui grise, intoxique l'esprit. La politique épouvantait, comme une drogue dangereuse (Zola, Curée,1872, p. 367).Tout nous était une drogue, l'action, les discussions, les idées (Abellio, Pacifiques,1946p. 137):
7. Et pourquoi encore ces images « excessives » que nous ne savons pas former nous-mêmes, mais que nous pouvons, nous lecteurs, recevoir sincèrement du poète, ne seraient-elles pas (...) des « drogues » virtuelles qui nous procurent des germes de rêverie? Cette drogue virtuelle est d'une efficacité très pure. Nous sommes sûrs, avec une image « exagérée », d'être dans l'axe d'une imagination autonome. Bachelard, La Poétique de l'espace,1957, p. 149.
Prononc. et Orth. : [dʀ ɔg]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. [Attesté indirectement au xives. par son dér. droguerie*]. 1. Ca 1462 drocques (var. drogues) « ingrédient qui sert à la teinture, aux préparations chimiques et pharmaceutiques » (Villon, Testament, éd. J. Rychner et A. Henry, 1429); 2. a) 1568 « remède, produit pharmaceutique (souvent péj.) » (Calepin, Dict.); b) 1913 « stupéfiant » (Colette, Entrave, p. 31, 83); 3. 1668 « personne, chose dont on fait peu de cas » (Molière, L'Avare, II, 5). Mot d'orig. discutée; parmi de nombreuses hyp., les plus vraisemblables le font remonter soit au m. néerl. droge vate « tonneaux secs » d'où, par substantivation, droge étant pris pour la désignation du contenu, « produits séchés; drogues » (Z. fr. Spr. Lit. t. 32, 1, pp. 298-301; Valkh., pp. 115-117; REW3, 2776a, EWFS2); soit à l'ar. durawa « balle de blé » (FEW t. 3, pp. 189-190), cette dernière proposition faisant problème du point de vue phonétique et sémantique. Bbg. Chaurand (J.). Le Lex. région. des fourrages et des plantes fourragères ds la Thiérache... Fr. mod. 1970, t. 38, p. 141. − Fabre-Luce (A.). Les Mots qui bougent. Paris, 1970, p. 65. − Mat. Louis-Philippe. 1951, p. 230. − Rog. 1965, p. 110. − Straka (G.). En relisant Menaud, maître-draveur. In : [Mél. Imbs (P.)]. Trav. Ling. Litt. Strasbourg 1973, t. 11, no1, p. 294.

DROGUE2, subst. fém.

Vx. Petite fourche de bois que le perdant devait garder sur le nez, jusqu'à ce qu'il parvienne à gagner, à un jeu de cartes autrefois en usage parmi les matelots et les soldats. L'autre met sur son nez une drogue en bois ou en carton qui simule une paire de lunettes (Sand, Mare au diable,1846, p. 212).
P. ext. Le jeu lui-même. Le jeu de la drogue; faire une drogue (cf. droguer2). Les vieux soldats de garde à la porte d'Allemagne fumaient leur pipe, et jouaient tranquillement à la drogue comme d'habitude (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t. 1, 1870, p. 74).Deux ou trois jouaient à la drogue, − le canonnier avait un bout de bois à cheval sur le nez, − tous buvaient (Pourrat, Gaspard,1925, p. 270).
Prononc. et Orth. : [dʀ ɔg]. Ds Ac. 1835-1932. Étymol. et Hist. 1829 (Boiste). Mot d'orig. incertaine; se rattache peut-être à drogue1* « objet de peu de valeur », cf. FEW t. 3, p. 189b.

DROGUE3, subst. fém.

Arg. vieilli
A.− Maraudage.
Aller en drogue. Chercher à faire fortune, mendier en menaçant sa victime (d'apr. Esn. 1966). Synon. droguer3.
B.− Mendicité. La taupe, la drogue, la chine (Nouguier, Notes manuscr. Dict. Delesalle,1900, p. 76).
Rem. Aucun de ces sens n'est attesté dans les dict. généraux.
Prononc. : [dʀ ɔg]. Étymol. et Hist. 1628 aller en drogues « marauder; mendier » (Chereau, Jargon, p. 49 ds Sain. Sources Arg. t. 1, p. 239). Mot d'orig. incertaine; d'apr. FEW t. 3, p. 190b, notes 7 et 8, le sens de « marauder, mendier » du verbe droguer3serait dér. de celui d'« attendre », lui-même issu de celui de « garder la drogue2sur le nez », mais l'écart chronol. entre drogue2et drogue3semble interdire cette filiation; cf. également drague, draguer.
STAT. − Drogue1, 2 et 3. Fréq. abs. littér. : 411. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 423, b) 555; xxes. : a) 487, b) 799.
DÉR.
Droguerie, subst. fém.,arg., vieilli. a) Maraudage. b) Demande, question. [Le buveur :] Il n'est pas venu aujourd'hui? [La cabaretière :] Non (...) − Et hier? Il est venu. − Avec sa nouvelle « largue »? − Ah ça! est-ce que tu me prends pour un « raille » avec tes drogueries? (Sue, Myst. Paris,t. 1, 1842-43, p. 34). 1reattest. 1837 (Vidocq ds Sain. Sources arg. t. 2, p. 332); de drogue3, suff. -erie*.

Wiktionnaire

Nom commun 1

drogue \dʁɔɡ\ féminin

  1. Substance psychotrope provoquant le plus souvent une dépendance et utilisée pour modifier son état mental.
    1. Substance psychotrope illégale dont l’usage est réprouvé.
      • Un vague et déprimant malaise planait. Sous le porche des Réguliers, personne. Les trafiquants de drogue qui s'y postaient le soir s'étaient, prudemment, éclipsés. — (Francis Carco, Brumes, Éditions Albin Michel, Paris, 1935, page 78)
      • […] Et de p’tites drogues pour faire rire l’Homme. — (Vald, « Si j’arrêtais », Agartha, 2017)
    2. Acception récente Psychotrope quelconque, même s’il est vendu légalement et socialement acceptable.
      • Le tabac, l’alcool et beaucoup de médicaments psychoactifs sont des drogues.
    3. La division drogue dure/drogue douce est souvent employée pour préciser le danger sanitaire et l’importance de la dépendance. La frontière est fluctuante. Si l’héroïne, typiquement, est toujours une drogue dure, d’autres psychotropes le seront ou pas en fonction du locuteur.
      • L’alcool est de plus en plus considéré comme une drogue dure, au même titre que l’héroïne.
  2. (Absolument) (au singulier) Dépendance, habitude, période pendant laquelle on prend des psychotropes.
    • J’ai du mal à lâcher la drogue.
  3. (Par extension) Chose qui intoxique, qui provoque comme une dépendance ; passe-temps très prenant.
    • Que l’on se souvienne qu’Hervé Hasquin, recteur de l’ULB, fille de la Franc-maçonnerie, a été critiqué dans ses murs pour avoir dans son allocution académique du 150e anniversaire du Grand Orient de Belgique évoqué la question « L’homme du XXIe siècle sera-t-il encore religieux ? » en y répondant positivement. […]. Elle heurtait les consciences de ceux qui pensaient que le fait religieux, drogue du peuple, était en voie d’éradication. — (Eddy Caekelberghs, « Préface » de Les catholiques belges et la franc-maçonnerie : De la "rigidité Ratzinger" à la transgression ? par Hervé Hasquin, Éditions Avant-propos, 2013)
    • Je nomme « drogues » tout ce qui peut fonctionner comme une drogue : substances (comme la drogue, le tabac, l’alcool, etc.), activités (comme le jeu, le sexe, les achats compulsifs…) ou autres symptômes devenus addictifs. — (Catherine Audibert, L’incapacité d’être seul, Payot & Rivages, 2011, page 30)
  4. Nom générique de divers ingrédients qui s’emploient surtout en pharmacie ou pour la teinture.
    1. Médicament.
      • — (les Martiens, au moyen d’une drogue procurant des rêves magnifiques, supprimaient les malades, les infirmes et les mal nés, de sorte que, chez eux, la pitié était des plus rudimentaires) — — (Benjamin De Casseres, Arcvad le terrible, traduction de Émile Armand, dans Les Réfractaires, n°1, janvier 1914)
  5. (Familier) (Vieilli) Chose qui n’a pas de valeur.
    • Cette étoffe n’est que de la drogue.
  6. (Désuet) Vieille ferraille.
  7. (Botanique) Ajonc
  8. (Commerce) (Désuet) Droguerie — Note : Il n'existait que dans l'expression harengs de drogue.
    • Harengs de drogue ou de droguerie, petits harengs regardés comme marchandise de rebut. — (Napoléon Landais, Dictionnaire général et grammatical des dictionnaires français, vol. 1, Paris, 1834, p. 830)

Nom commun 2

drogue \dʁɔɡ\ féminin

  1. Jeu de cartes dont le perdant doit porter un morceau de bois fourchu sur le nez.
    • […] ; mais, par un guignon inconcevable, il ne réussissait à rien. Quand il jouait à la drogue il perdait toujours ; et, soit malice des autres tambours, soit qu'il eût en effet un nez en pomme de terre, […], soit toute autre cause, toujours est-il que la drogue qu'on lui mettait sur le nez le pinçait si horriblement que les larmes lui en venaient aux yeux. — (Frédéric Soulié, « Le petit tambour », dans Napoléon: mémorial anecdotique et biographique de l'Empire et de la Grande Armée, 2e année, Paris, 1835, p. 303)
    • C'est à vous, nos chers Camarades, que nous dédions les règles du jeu de la Drogue; il en est bien peu parmi vous qui ne connaissent pas ce jeu, du moins de nom; beaucoup le jouent , mais sans règle certaine. — (Règle du jeu de la Drogue, par un capitaine de Dragons & un capitaine d'Infanterie, Paris : à la Librairie militaire D'Anselin & Gaultier-Laguionie, 1836, page 3)
    • Après avoir fait gambades sur gambades, exécuté des voltiges hardies autour de sœur Rose très émue, fait niches sur niches et mille agaceries aux militaires qui jouaient à la drogue et dont les pinces en bois posées sur le nez des perdants me faisaient toujours rire, j'étais, on le pense, très animé, très emporté ; […]. — (P.-J. Stahl, Les quatre peurs de notre général : Souvenirs d’enfance et de jeunesse, Paris : Bibliothèque d’Éducation et de Récréation (éd. J. Hetzel & Cie), s. d. (vers 1881), page 11)
  2. Morceau de bois fourchu utilisé dans le jeu éponyme.
    • Cassolette met sur le nez de Paulin un morceau de bois fendu que les soldats appellent drogue. — (Eugène Labiche et Marc- Michel, On demande des culottières, 1851, scène 19)
    • Moi, jamais... j'ai inventé un petit instrument qui me permet de vivre au milieu de ces braves fromages, mes enfants. sans être incommodé de leur parfum... Regardez... (Il se met une drogue sur le nez et parle du nez.) Avec ça, rien à craindre... — (Amédée de Jallais, La bonne aventure, o gué : revue de l'année 1867, en 3 actes et 8 tableaux , 5e tableau, scène 3, Bibliothèque populaire du Théâtre moderne, Librairie E. Dentu, p. 26)
    • L'autre met sur son nez une drogue en bois ou en carton qui simule une paire de lunettes : il fait l'office d’ingénieur s'approche, s'éloigne, lève un plan, lorgne les travailleurs, tire des lignes, fait le pédant, […]. — (George Sand, La Mare au Diable, appendice IV : Le chou, chez Desessart, 1846, chez Quantin, 1889)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DROGUE. n. f.
Nom générique de divers ingrédients qui s'emploient surtout en pharmacie ou pour la teinture. Il se dit figurément et familièrement d'une Chose qui n'a pas de valeur. Cette étoffe n'est que de la drogue. Ce marchand ne vend que de la drogue. Par extension, Cette petite personne est une drogue. Il s'est dit en outre d'une Sorte de jeu de cartes en usage parmi les soldats et les matelots; à ce jeu, le perdant était obligé de se mettre sur le nez un morceau de bois fourchu, qu'on appelait Drogue, et de le garder jusqu'à ce qu'il fût parvenu à gagner. Le jeu de la drogue. Jouer à la drogue.

Littré (1872-1877)

DROGUE (dro-gh') s. f.
  • 1Nom générique des ingrédients propres à la teinture et à la chimie. Acheter, vendre des drogues.

    Nom générique des matières premières avec lesquelles les pharmaciens préparent les médicaments. Je voulais vous dire, monsieur, que vos drogues… - Monsieur, je ne vends point de drogues. - Que vendez-vous donc, monsieur ? - Monsieur, je vends des médicaments, Brillat-Savarin, Physiologie du goût, Variétés, n° V.

    Fig. Il débite bien sa drogue, il sait bien faire valoir sa drogue, se dit pour signifier qu'il est charlatan, qu'il fait passer une chose pour plus qu'elle ne vaut.

    Par extension et par dénigrement, épices. Il faut l'assaisonner de drogues qui la déguisent, Rousseau, Ém. II.

  • 2Ce qui est mauvais en son genre. J'ai donné de bon argent et il ne m'a envoyé que de la drogue. Ce drap n'est que de la drogue. L'on jugea qu'il y avait moins d'inconvénient à laisser croire un peu de concert avec l'Espagne, qu'à ne pas préparer par un canal ordinaire non odieux et favorable, les drogues que l'envoyé d'Espagne nous allait débiter, Saint-Simon, 2, 248. On a tant fait de ces drogues [odes], que je n'ai pas voulu donner la mienne, Voltaire, Lett. en vers et en prose, 53.

    Voilà de bonne drogue, se dit ironiquement d'une chose dont on ne fait aucun cas. Je le crois bien ; voilà de belles drogues que des jeunes gens pour les aimer, Molière, l'Av. II, 6.

  • 3Bouts de fer ou ferrailles.
  • 4Un des noms de l'ajonc.
  • 5Aller en drogues, s'est dit jadis pour aller en maraude.

HISTORIQUE

XIVe s. Mieulx te vauldroit faire autre office, Que tant dissoudre et distiller Tes drogues pour les congeler Par alambics…, Nat. à l'alch. err. 38.

XVe s. Il n'y a chez l'apothicaire De drogue que je prise mieux, Que ce bon vin, qui me fait faire Le sang bon et l'esprit joyeux, Basselin, XXV.

XVIe s. On farcissoit ses viandes de drogues odoriferantes de telle sumptuosité, qu'un paon et deux faisands revenoient à cent ducats, pour les apprester selon leur maniere, Montaigne, I, 393.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

DROGUE, s. f. terme de Commerce ; il se dit généralement des épices, & autres marchandises qui viennent des pays éloignés, & qui servent à la Medecine, à la Teinture, & aux Arts.

Les drogues dont se servent les Teinturiers sont de trois especes : il y en a de colorantes, qui donnent une teinture ou une couleur ; de non colorantes, qui disposent seulement les étoffes à prendre mieux les couleurs, ou à rendre les couleurs plus brillantes, & de troisiemes, qui servent aux deux fins. V. Teinture.

Drogue, (Art. mechaniq.) c’est ainsi que les Artistes appellent toute composition dont ils font un secret. Ainsi la drogue des Eventaillistes n’est autre chose qu’un mêlange de gomme arabique & de miel, délayés dans de l’eau. Voyez Eventail.

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Étymologie de « drogue »

Provenç. drogua ; espagn. et ital. droga ; angl. drug. Les étymologistes anglais tirent drug de l'anglo-saxon dryge, sec ; Frisch et Diez tirent le mot roman du hollandais trook, sec (dryge et trook sont le même mot) ; de sorte que la drogue serait la chose séchée, la plante séchée, etc. pour les usages de la pharmacie. On a, dans le celtique, kimry drwg, bas-breton droug, drouk, irland. droch, qui expriment en général tout ce qui est mauvais, mais qui, rendant compte du sens de chose mauvaise, ne rendent pas compte du sens d'ingrédient. La série des significations paraît être ingrédient, et, comme les ingrédients pharmaceutiques sont souvent fort désagréables, chose mauvaise.

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(Nom commun 1) (XIVe siècle) Du néerlandais droog (« sec »), ou encore de l’italien droga (« dragée ») (peut-être du latin derogare, déroger, diminuer, selon P. Guiraud).
(Nom commun 2) Origine inconnue.
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Phonétique du mot « drogue »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
drogue drɔg

Évolution historique de l’usage du mot « drogue »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « drogue »

  • La pire drogue, c'est l'amertume, elle empoisonne la vie, mais conserve son homme. De Pierre Baillargeon / Commerce
  • Je suis souvent seul dans la vie, mais sur scène jamais... Ma drogue à moi, c'est le public. De Johnny Hallyday
  • La drogue a fait cent morts en France l’année dernière, l'alcool cinquante mille ! Choisis ton camp, camarade ! De Coluche / Revue de presse - 1980
  • La drogue c'est comme une femme. Elle ne te pardonnera pas si tu dépasses la mesure avec elle. De Gérard Gévry / L'Homme sous vos pieds
  • Comme d'autres le cannabis, on cultive chez nous le vague à l'âme, petite drogue douce et délétère. De François Mitterrand / Ici et maintenant
  • Goguenard, graillonnant et rogue, gorgé de hargne et de grands mots, le démagogue offre sa drogue gratis et gruge les gogos. De Roger Kervyn de Marcke ten Driessche / Journal de bord
  • Les mots sont la plus puissante drogue utilisée par l’humanité. De Rudyard Kipling / Discours
  • Le sexe est une drogue. J’ai mes périodes de shoot et d’abstinence. De Denis Robert / Le bonheur
  • La littérature est une drogue dure. De Denis Bélanger / Rue des petits-dortoirs
  • La drogue, c’est une catastrophe. Y’en a plus. De Patrick Timsit
  • La drogue est le nomadisme de l'exclu. De Jacques Attali / Lignes d'horizon
  • C'est un bonne drogue que la science ; mais nulle drogue n'est assez forte pour se préserver sans altération et corruption. De Michel de Montaigne / Essais
  • L'amour c'est comme la drogue, cela crée une accoutumance ! De Jacqueline Morin / Molliger
  • Tout est drogue à qui choisit pour vivre l'autre côté. De Henri Michaux / Qui je fus
  • Je suis devenu acteur car c'est moins dangereux que de vendre de la drogue. De Jamel Debbouze
  • L’enquête a fini par payer : deux appartements « nourrices » où étaient stockés drogues et argent ont été identifiés ainsi que l’individu qui semblait organiser le trafic. Depuis le déconfinement, les policiers ont constaté entre 20 et 30 transactions par heure, sur chaque point de deal. Lyon Capitale, Près de Lyon : neuf individus interpellés pour trafic de drogue
  • En avril 2013, la Soca informe la Guardia civil espagnole que Robert Dawes s’apprête à planifier une conséquente importation de drogue par voie aérienne depuis l’Amérique du Sud. Un important dispositif de surveillance est alors mis en place autour de l’Anglais. Des mois de filatures et d’écoutes téléphoniques vont permettre de mieux comprendre le fonctionnement de son organisation. Mais rien ne permet d’incriminer formellement le Britannique, qui prend toutes les précautions pour rester sous les radars. Rien, jusqu’au 23 septembre 2014, un an presque jour pour jour après la saisie record de Roissy. Ce jour-là, Robert Dawes a rendez-vous avec un de ses partenaires dans un hôtel madrilène préalablement sonorisé par la Guardia civil. Au cours de la conversation, le Britannique s’octroie la propriété de la drogue : «J’ai fait 1 200 dans des valises, tu as vu ce putain de truc aux infos ! se vante-t-il sur l’enregistrement. C’est la plus grosse saisie qu’ils ont faite à Paris.» Libération.fr, Drogue : Robert Dawes, baron discret de l’import-export - Libération
  • L'enquête démarre effectivement en novembre 2019 sur plainte des riverains du quartier. Le lieu de revente de la drogue surnommé "la maison rouge"  n'avait pas  été choisi au hasard, il permettait de surveiller l'arrivée de la police dans toutes les directions. France Bleu, Un trafic de drogue démantelé à Saint-Etienne dans le quartier du Crêt de Roc
  • L’annonce a surpris de nombreux spécialistes. «La Garde des finances aura sans doute de nouvelles informations que nous n’avons pas pour affirmer si nettement que l’EI a produit une telle quantité de drogue», commente, sceptique, Francesco Marone, chercheur à l’Université de Pavie, spécialiste des questions liées au terrorisme international. Comme pour d’autres chercheurs, il est pour lui «impossible» que l’Etat islamique soit derrière une production à si grande échelle. Celui-ci «ne contrôle plus aucun territoire en Syrie depuis un an, détaille l’analyste. Il ne se trouve plus dans aucune ville ou village, sa présence dans le pays est aujourd’hui clandestine.» Le Temps, En Italie, la surprenante drogue synthétique des djihadistes - Le Temps
  • Sept hommes, âgés de 20 à 33 ans, ont été mis en examen et incarcérés jeudi après le démantèlement d'un réseau de trafiquants de drogue dans un quartier sensible de Mulhouse (Haut-Rhin), selon le parquet, confirmant une information des Dernières Nouvelles d'Alsace. leparisien.fr, Démantèlement d’un trafic de drogue à Mulhouse : sept incarcérations - Le Parisien
  • C'est manifestement un lourd différend qui oppose un Étaplois de 19 ans avec sa victime sur fond de trafic de drogues (sous toutes réserves) Les Echos du Touquet, Alcool et drogue : cocktail détonnant qui finit à la case prison pour un Étaplois

Images d'illustration du mot « drogue »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « drogue »

Langue Traduction
Anglais drug
Espagnol droga
Italien farmaco
Allemand arzneimittel
Chinois 药品
Arabe دواء
Portugais medicamento
Russe препарат, средство, медикамент
Japonais
Basque droga
Corse droga
Source : Google Translate API

Synonymes de « drogue »

Source : synonymes de drogue sur lebonsynonyme.fr

Drogue

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