La langue française

Damnation

Sommaire

  • Définitions du mot damnation
  • Étymologie de « damnation »
  • Phonétique de « damnation »
  • Évolution historique de l’usage du mot « damnation »
  • Citations contenant le mot « damnation »
  • Traductions du mot « damnation »
  • Synonymes de « damnation »
  • Antonymes de « damnation »

Définitions du mot damnation

Trésor de la Langue Française informatisé

DAMNATION, subst. fém.

A.− THÉOL. Action de damner, de se damner; p. méton., la peine infligée : le châtiment de l'enfer. La damnation éternelle :
1. Bouvard hocha la tête. Il doutait aussi de l'enfer. − « Car tout châtiment doit viser à l'amélioration du coupable, ce qui devient impossible avec une peine éternelle; et combien l'endurent! Songer donc, tous les anciens, les juifs, les musulmans, les idolâtres, les hérétiques et les enfants morts sans baptême, ces enfants créés par Dieu, et dans quel but? Pour les punir d'une faute qu'ils n'ont pas commise! − Telle est l'opinion de saint Augustin, ajouta le curé, et saint Fulgence enveloppe dans la damnation jusqu'aux fœtus. (...) » Flaubert, Bouvard et Pécuchet,t. 2, 1880, p. 128.
2. Mais, ce combat des ténèbres et de la lumière qui se livre malgré lui dans son cœur, jamais il ne prétend à l'élever sur un plan universel, à s'en servir pour interpréter le combat des forces qui se partagent le monde, attiré à la fois vers la damnation et vers le salut. BéguinL'Âme romantique et le rêve,1939, p. 270.
Damnation! Enfer et damnation! Mort et damnation! Expressions traduisant le désespoir, la douleur mêlés à la colère. Mort et damnation! Le destin s'acharne donc contre moi. Couler en vue du port! (Sandeau, Sacs,1851, p. 56).Pourquoi ne cries-tu pas Enfer et Damnation? Tu l'as sur les lèvres! Dans tout rôle d'amoureux trompé (Giraudoux, Lucrèce,1944, II, 1, p. 91).
Jurer sur sa damnation. Jurer en prétendant vouloir être damné si... :
3. Alors, tu t'en souviens, tu te mis à mes genoux; je me levai, je sortis de mon sein la croix que j'y porte, et tu juras sur cette croix, qui est là devant moi, et sur ta damnation éternelle, qu'en quelque lieu que tu pusses jamais te trouver, que quelque événement qui pût jamais arriver, aussitôt que je t'en donnerais l'ordre, tu te remettrais à ma disposition entière, ... Stendhal, L'Abbesse de Castro,1839, p. 185.
P. anal. Tourment intérieur, torture morale. Et je ne puis pas mordre le pied qui m'opprime ni soulever la damnation qui pèse sur moi comme une montagne (Sand, Lélia,1833, p. 99).
B.− P. ext., rare. Condamnation d'ordre moral. Je n'ai ni le génie, ni la magnifique position de lord Byron; je n'ai pas surtout l'auréole de sa damnation postiche et de son faux malheur social (Balzac, Modeste,1844, p. 90).
Rem. Littré, DG, Guérin 1892, Lar. 19eSuppl. 1878-Lar. 20e, Quillet 1965 attestent un sens vieux de damnations « proscriptions, interdictions, amendes prononcées par les ouvriers soit contre l'un d'entre eux, soit contre les chefs d'atelier ou les entrepreneurs ».
Prononc. et Orth. : [dɑnasjɔ ̃] ou [da-]. [ɑ] post. ds les dict. plus anc. Fér. 1768, Fér. Crit. t. 1 1787, Gattel 1841, Littré, DG (qui transcrit [a] pour condamnation) et pour les dict. plus mod., ds Barbeau-Rodhe 1930. Mais [a] ant. ds Passy 1914, Pt Lar. 1968 et Lar. Lang. fr.; [ɑ] ou [a] ds Pt Rob. et Warn. 1968. La tendance à prononcer [a] ant. s'explique par le fait que cet a est séparé par une syll. de l'accent. Cf. damner. Le mot est admis ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1172-74 dampnatïun (G. de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, 667 ds T.-L.). Empr. au lat. chrét. damnatio « condamnation prononcée par Dieu après la mort, damnation » (du lat. class. damnatio « condamnation judiciaire »). Fréq. abs. littér. : 203. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 374, b) 420; xxes. : a) 275, b) 238. Bbg. Rog. 1965, p. 103.

Wiktionnaire

Nom commun

damnation \dɑ.na.sjɔ̃\ ou \da.na.sjɔ̃\ féminin

  1. Action de damner, de se damner.
    • La damnation pour une source
      Où coule des grains de velours
      Dans ta main et puis dans ta bourse
      Comme une monnaie au long cours…
      — (Léo Ferré, La Damnation)
    • Je n’ai ni le génie, ni la magnifique position de lord Byron ; je n’ai pas surtout l’auréole de sa damnation postiche. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
  2. Punition des damnés ; sentence qui conduit à l’enfer.
    • Bossuet souligne l’inconséquence et l’incompétence de la sagesse divine : en effet, au lieu d’abolir l’inégalité entre les riches et les pauvres, le dieu de Bossuet ne réussit qu’à l’inverser au détriment des riches, puisqu’ils risquent la damnation éternelle alors que les pauvres ne sont condamnés qu’à la misère terrestre. — (Résumé de Un plan social bien mal conçu de René Pommier in « Raison présente », 1999, no 129)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DAMNATION. n. f.
Action de damner, de se damner, ou Punition des damnés. La damnation éternelle. Sous peine de damnation.

Littré (1872-1877)

DAMNATION (dâ-na-sion ; en vers, de quatre syllabes) s. f.
  • 1Condamnation. En matière de crime, il n'y a nulle justice, nulle damnation parfaite, sans défense contradictoire, Pellisson, II, 187. Vieux en ce sens.
  • 2Condamnation aux peines de l'enfer après la mort et dans une autre vie. Il serait en état de damnation, Pascal, Prov. 6. Que, bien loin de former en secret des désirs de leur salut [des jansénistes], vous avez fait en public des vœux pour leur damnation, Pascal, ib. 11. Des gens qui sont en état de damnation, Bossuet, Var. X. La certitude de votre damnation a pour fondement la plus commune de toutes les règles, Massillon, Car. Fausse confiance. Que tout homme soit obligé de la suivre sous peine de damnation, Rousseau, Ém. IV. Aucun n'a vu de si funestes suites de ses péchés que celles qu'ils [Adam et ève] ont vues de leur désobéissance, puisque tous les maux qui sont arrivés à tous les hommes ensemble, tous les péchés qui se sont commis dans le monde, et la damnation de ce nombre innombrable de réprouvés sont des suites de leur crime, Nicole, Ess. de mor. 2e traité, ch. 5.

    Sorte d'imprécation arrachée par la colère ou le désespoir que l'on prononce contre soi ou les autres. Mort et damnation ! Enfer et damnation !

    Jurer sur sa damnation, jurer en disant qu'on veut être damné si… Il promit plus que Léandre ne voulut, et jura sur sa damnation éternelle de tenir tout ce qu'il promettait, Scarron, Rom. com. 2e part. ch. 9.

HISTORIQUE

XIIe s. Li multitudine de la mercit c'on lor a mostreit lor turne, à la parsomme, en accomblement de droituriere dampnasion, Saint Bernard, 559. Maintes fois est nostre œuvre occaisons de dampnation, et si quidons [pensons] ke ele seit creissemens de vertu, Job, 469.

XIIIe s. Il [les Juifs] ne peurent droiture avoir, Ne droiture ne achoison, Par quoy [Jésus] fust en dampnation, St-Graal, V. 403. Tu tenis la moie main destre, ne me consentis mie du tout choir en dampnation, Psautier, f° 87. Diex i sofri pour nous mortel damnation, Quant Judas, ses disciples, i fist la traïson, Ch. d'Ant. I, 842. Et lor promet, en ses idées, Des euvres qu'il auront ovrées, Sauvement ou dampnacion, la Rose, 17685.

XVe s. Ne nulle part ne porcion N'y aura, et, pour mieulx valoir, Le jure en ma dampnacion, Orléans, Ball. 79. Ages de plour, d'envie et de tourment, Temps de langour et de dampnacion, Deschamps, Du temps present.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DAMNATION. Ajoutez :
3 Damnations, nom donné par les ouvriers aux amendes, défenses, interdictions, qu'ils prononcent soit les uns contre les autres, soit contre les chefs d'atelier et entrepreneurs, Code pénal, art. 416.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* DAMNATION, s. f. (Théol.) peine éternelle de l’enfer. Le dogme de la damnation ou des peines éternelles est clairement révelé dans l’Ecriture. Il ne s’agit donc plus de chercher par la raison, s’il est possible ou non qu’un être fini fasse à Dieu une injure infinie ; si l’éternité des peines est ou n’est pas plus contraire à sa bonté que conforme à sa justice ; si parce qu’il lui a plû d’attacher une récompense infinie au bien, il a pû ou non attacher un châtiment infini au mal. Au lieu de s’embarrasser dans une suite de raisonnemens captieux, & propres à ébranler une foi peu affermie, il faut se soûmettre à l’autorité des livres saints & aux décisions de l’Eglise, & opérer son salut en tremblant, considérant sans cesse que la grandeur de l’offense est en raison directe de la dignité de l’offensé, & inverse de l’offenseur ; & quelle est l’énormité de notre desobéissance, puisque celle du premier homme n’a pû être effacée que par le sang du Fils de Dieu.

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Étymologie de « damnation »

(Date à préciser) Du latin damnatio.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. dampnatio ; anc. espagn. dañacion, damnacion ; portug. damnação ; ital. dannazione ; du latin damnationem, de damnare (voy. DAMNER). Dans l'ancien français on disait beaucoup plus souvent dampnement ou damnement que damnation. On remarquera le p parasite qui s'était introduit dans ce mot, comme dans dompter, du latin domare.

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Phonétique du mot « damnation »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
damnation danasjɔ̃

Évolution historique de l’usage du mot « damnation »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « damnation »

  • Vous m'avez dit, mon Dieu, de croire à l'enfer. Mais vous m'avez interdit de penser, avec absolue certitude, d'un seul homme, qu'il était damné. Pierre Teilhard de Chardin, Le Milieu divin, Le Seuil
  • La fidélité à un mort est une damnation pour une vivante. De Marie Laberge / Quelques adieux
  • Il n'y a parfois aucune différence entre le salut et la damnation. De Stephen King / La ligne verte
  • Et c'est encore la vie ! - Si la damnation est éternelle ! De Arthur Rimbaud / Une saison en enfer
  • Que la damnation puisse être éternelle suppose en fin de compte que le péché n'a point de fin. De Simon Vestdijk / Le serveur et les vivants
  • Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance ! De Charles Baudelaire / Le Spleen de Paris
  • Il n'existe pas de bouclier contre le mensonge. Ni la crainte des dieux ni la damnation n'ont jamais empêché le mensonge ou le parjure. De François Cavanna / Le hun blond
  • Qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance ? De Charles Baudelaire / Le spleen de Paris
  • Un homme cesse d'avoir peur lorsqu'il a pris son parti de la mort et de sa propre damnation De Morris West / L'ambassadeur
  • C'est parce qu'il y a un vrai danger, de vrais échecs, une vraie damnation terrestre, que les mots de victoire, de sagesse ou de joie ont un sens. De Simone de Beauvoir / Pour une morale de l'ambiguïté

Traductions du mot « damnation »

Langue Traduction
Anglais damnation
Espagnol condenación
Italien dannazione
Allemand verdammnis
Chinois 诅咒
Arabe اللعنة
Portugais condenação
Russe проклятье
Japonais 懲罰
Basque damnation
Corse dannazione
Source : Google Translate API

Synonymes de « damnation »

Source : synonymes de damnation sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « damnation »

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