La langue française

Cas

Sommaire

  • Définitions du mot cas
  • Étymologie de « cas »
  • Phonétique de « cas »
  • Évolution historique de l’usage du mot « cas »
  • Citations contenant le mot « cas »
  • Images d'illustration du mot « cas »
  • Traductions du mot « cas »
  • Synonymes de « cas »

Définitions du mot cas

Trésor de la Langue Française informatisé

CAS1, subst. masc.

I.− Emplois gén.
A.− Ce qui arrive ou est supposé arriver.
1. Événement particulier lié à des conditions bien déterminées. Prévoir le cas, cas particulier(s), dans le premier cas, le cas échéant :
1. ... sans méconnaître tout ce qui ressortit dans le cas actuel au magistère purement doctrinal de l'Église, et à son pouvoir direct sur le spirituel, nous avons préféré porter notre attention sur le point le plus aigu du débat, ... Maritain, Primauté du spirituel,1927, p. 4.
Un grand cas (vx). Un événement considérable.
SYNT. a) Cas + adj. Cas exceptionnel(s), extrême(s), fréquent(s); cas général, rare(s), simple(s); cas type/typique. Cas + de + subst. Un cas de guerre, de divorce (événement, fait pouvant entraîner la guerre, le divorce); cas d'espèce; un certain/grand/petit nombre de cas. b) Verbe + cas. Citer, prendre un cas. c) Prép. + cas. Auquel cas; dans le cas qui nous occupe; dans la majorité des cas. Prép. + cas + adj. Dans le cas contraire, dans ce/le dernier cas, dans/en de nombreux cas; en (de) pareil(s) cas, dans un/des cas pareil(s); dans le(s) cas précédent(s), dans le cas présent, dans le second/deuxième cas. Prép. + cas + de + subst. Dans un/des cas de ce genre. Dans le cas de tend à ne devenir, dans le vocab. de l'expr. sc., qu'un outil syntaxique (cf. A. Phal, Vocab. gén. d'orientation sc., Paris, Didier, 1971, pp. 30-31 et 94).
Locutions
a) Loc. adv.
En aucun cas (dans une prop. négative). Quoi qu'il arrive :
2. Né d'une cause finale, l'univers est nécessairement imprégné de finalité, c'est-à-dire que l'on ne saurait en aucun cas y dissocier l'explication des êtres de la considération de leur raison d'être. Gilson, L'Esprit de la philos. médiév.,1931, p. 108.
En/dans ce cas. S'il en est ainsi :
3. Et qui diable aurait tué ce gamin, d'abord? Supposons que ce soit un maraudeur, un chemineau, la route est à tout le monde, pas vrai? En ce cas, on pourrait dire que l'affaire ne regarde pas la commune. Bernanos, Monsieur Ouine,1943, p. 1401.
En tout (tous) cas, en tous les cas, dans tous les cas. Quelle que soit la chose qui arrive, de toute manière :
4. Il est en tout cas intéressant de constater que, dans certains cas au moins, les ouvriers ont le sentiment non d'une qualification moindre, mais d'une qualification supérieure. Traité de sociol.,1967, p. 451.
Par cas (région.). Par hasard. Si, par cas, il vient, tu lui diras de m'attendre (Canada1930).
b) Loc. prép.
Vx, fam. En fait, en matière de. En cas de chevaux, vous pouvez vous en rapporter à lui (Ac.1835, 1878).
[Avec valeur hypothétique] En cas de besoin, de guerre, d'urgence :
5. ... je restais tout près des gens, à la surface de la solitude, bien résolu en cas d'alerte, à me réfugier au milieu d'eux : ... Sartre, La Nausée,1938, p. 22.
c) Loc. conj.
En cas que, au cas que (avec le cond. ou le subj., vieilli ou littér.), au cas où, dans le cas où, pour le cas où (avec le cond., l'ind. ou le subj.). À supposer que, s'il arrivait que :
6. ... en m'introduisant dans ma chambre la « Mädchen » m'a remis (...) un trousseau de clefs : armoire à glace, (...) porte cochère enfin, en cas qu'il me plaise de rentrer après quatre heures du matin. S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée,1958, p. 300.
Proverbe. Au cas que Lucas n'eût qu'un œil, sa femme aurait épousé un borgne (se dit pour se moquer d'un homme qui prévoit trop d'accidents, qui exige trop de conditions) (cf. Littré).
Région. En tout cas que. Au cas où. Fais donc un gâteau en tout cas qu'ils viendraient (Canada1930).Par cas que. Même sens : Au cas où. Je vais rester à la maison, par cas qu'il viendrait (Canada 1930).
P. ell., fam. Cf. aussi en-cas, subst. :
7. ... on leur indiqua [aux représentants] une sortie par les jardins, en cas. Hugo, Histoire d'un crime,1877, p. 173.
Dans tous les cas où (avec l'ind.). Chaque fois que :
8. Le comité est obligatoirement consulté dans les cas prévus au présent traité. Il peut être consulté dans tous les cas la commission le juge opportun. Traité instituant la communauté européenne de l'énergie atomique (EURATOM),1957, p. 357.
2. Circonstance favorable. C'est le cas de (suivi de l'inf.). C'est le moment, l'occasion pour. C'est le cas ou jamais (de). C'est l'unique moment opportun (pour). Fam. C'est (bien) le cas de le dire. Souligne un jeu de mots, l'opportunité d'une déclaration, d'une affirmation :
9. Le docteur qui les avait écoutés eut l'idée que c'était le cas de dire : se non è vero, mais il n'était pas assez sûr des mots et craignit de s'embrouiller. Proust, Du côté de chez Swann,1913, p. 261.
3. P. euphém., trivial, vieilli
a) Déjection, excrément. Il a fait son cas au pied d'un mur (Ac.1835, 1878).
b) P. méton. Derrière; parties sexuelles. Montrer son cas (DG) :
10. ... il [le diable] donnait à mâcher ces dégoûtantes espèces aux fidèles qui lui avaient préalablement baisé la main gauche, le cas et le croupion. Huysmans, Là-bas,t. 2, 1891, p. 149.
B.− Situation résultant d'un concours particulier de circonstances.
1. [En parlant d'une pers.] Expliquer, exposer son cas; cas embarrassant :
11. ... Girodet a eu beaucoup d'ouvrages commandés et qu'il n'a pas voulu exécuter, parce que l'état de sa fortune le mettait dans le cas de n'accepter que les travaux qu'il lui plaisait de faire, ... Delécluze, Journal,1828, p. 61.
Fam. Être dans le cas de (suivi de l'inf.). Avoir l'occasion de. Je suis rarement dans le cas de me trouver avec lui (Ac.1835-1932) :
12. [Bélisaire :] (...) je pensai à notre pauvre baraque. Les Prussiens, pour se venger, étaient dans le cas d'y mettre le feu, quand ils retrouveraient leur camarade... A. Daudet, Contes du lundi,1873, p. 87.
Cas social. Situation critique d'une personne que la société doit, pour un temps plus ou moins long, prendre en charge (d'apr. Giraud-Pamart 1971). P. méton. Cette personne même.
2. [En parlant de la situation elle-même] Cas limite. Situation plus ou moins critique au-delà de laquelle les problèmes peuvent ou doivent changer de nature.
SYNT. Le plus souvent les mêmes que sous A 1.
C.− P. méton. Considération qui s'attache à un événement particulier ou à une personne particulière.
Loc. Faire (grand) cas de (qqn, qqc.). L'estimer comme une personne ou chose (très) importante; l'apprécier (beaucoup). Faire peu de cas, ne faire aucun cas de (qqn, qqc.). N'(y) attacher que peu d'importance :
13. ... voilà le conseil d'une mère de famille, et je suis sûre d'avance que vous n'en ferez pas plus cas que de votre première dent de lait. Bernanos, La Joie,1929, p. 617.
Fam. ou région. Faire de/du cas de (qqn, qqc.). Faire cas de, s'occuper de (quelqu'un, quelque chose) (cf. Canada 1930).
II.− Emplois techn. [En parlant d'une situation partic.]
1. DR. Situation particulière prévue ou non par la loi, crime, délit. Cas de galères (faute pouvant entraîner la peine des galères), cas de lèse-majesté, cas pendable (faute dont l'auteur est passible de pendaison) :
14. − Si elle arrivait à se détacher de cet individu, avoue que ce serait un beau débarras. On trouvera toujours un cas d'annulation; et avec sa fortune, Janine fera un mariage superbe. Mauriac, Le Nœud de vipères,1932, p. 285.
Cas fortuit. ,,Événement dû au hasard qui est exclusif de toute faute du débiteur ou de l'auteur apparent du dommage`` (Cap. 1936). Synon. cas de force majeure.Cas rédhibitoires. ,,Cas dans lesquels le vendeur ou le bailleur a livré un objet qui a des vices rédhibitoires, dont la découverte permet à l'acheteur ou au preneur de rompre le contrat`` (Bach.-Dez. 1882).
Fam. (et p. iron.). Cas pendable. ,,Acte indigne de pardon`` (Ac. 1878, 1932). Son cas va mal, son cas est mauvais, sale, véreux, son cas n'est pas net. ,,Se dit en parlant de quelqu'un qui est en danger pour quelque crime, pour quelque mauvaise affaire`` (Ac. 1835-1932). Il sent son cas véreux. ,,Il connaît lui-même que son affaire est mauvaise, il sent qu'il a quelque chose à se reprocher`` (Ac. 1878). Se mettre dans un mauvais cas. Encourir une sanction pénale pour fait délictueux; se mettre dans une situation délicate :
15. ... il [Monferrand] est homme à se faire sa part; seulement je serais très surpris s'il s'était mis dans un mauvais cas. Il est incapable d'une faute, surtout d'une faute bête, comme celle de toucher de l'argent, en en laissant traîner le reçu. Zola, Paris,t. 1, 1898, p. 62.
Proverbes. Cas sur cas n'a point de lieu. ,,Quand une chose est saisie pour une cause, on ne peut la saisir pour une autre cause, jusqu'à ce qu'il ait été jugé et décidé de la première saisie`` (Guérin 1892). Tous/tout mauvais/vilain(s) cas est/sont (re)niable(s). On nie souvent, par honte ou par crainte du châtiment, les fautes qu'on a commises (cf. Rob.).
2. MATH. Cas irréductible (alg.). ,,[Cas] où les trois racines d'une équation du troisième degré sont réelles et inégales`` (Bouillet 1859). Cas d'égalité, de similitude des triangles. Les propositions (...) connues sous le nom de cas d'égalité des triangles, de cas de similitude des triangles expriment des conditions nécessaires et suffisantes pour que deux triangles soient égaux ou semblables (d'apr. J. Hadamard, Géom. plane, 1898, p. 16, 114).
3. MÉD. Maladie considérée dans la personne qui en est atteinte. Cas bénin, grave; cas d'aliénation mentale, d'aphasie amnésique :
16. Quant à l'enfant, il fut transporté à l'hôpital auxiliaire, (...). Au bout d'une vingtaine d'heures, Rieux jugea son cas désespéré. Le petit corps se laissait dévorer par l'infection, sans une réaction. Camus, La Peste,1947, p. 1390.
SYNT. Cas de choléra, de tuberculose; cas pathologique, rare.
P. méton.
a) Le malade lui-même :
17. ... sœur Hyacinthe entama les cures immédiates et radicales de phtisie (...) qu'elle [la sainte Vierge] guérissait (...) Cent cas, plus extraordinaires les uns que les autres, se pressaient, débordaient. Marguerite Coupel, phtisique depuis trois ans, le sommet des poumons mangés (...) se lève et s'en va, éclatante de santé. Zola, Lourdes,1894, p. 82.
b) Personne qui se fait remarquer par son caractère, sa conduite :
18. Ce n'est que la réflexion individuelle qui amène plusieurs d'entre nous (...) à la négation suprême. Baudelaire est un des cas les plus réussis de ce travail particulier. Il peut être donné comme l'exemplaire achevé d'un pessimiste parisien, ... P. Bourget, Essais de psychol. contemp.,1883, p. 11.
Fam., péj., iron. [En parlant d'une pers. quelque peu singulière] C'est un cas. Cette personne pose des problèmes particuliers.
4. PÉDAG. Méthode des cas. Méthode qui consiste à partir de l',,étude de cas concrets pour dégager des enseignements généraux`` (Romeuf t. 1 1956). Quelles qu'en soient les modalités, la méthode des cas devrait être systématiquement équilibrée par un enseignement théorique et expérimental actif qui, bien que lui étant apparenté pédagogiquement, développerait une démarche foncièrement complémentaire (Encyclopædia universalis, Paris, t. 3, 1969).
5. RELIGION
a) Cas de conscience. Difficulté qui s'élève dans une circonstance particulière sur ce que la morale, la religion commande à la conscience du fidèle; débat de conscience qui en résulte. Un cas de conscience fort difficile à résoudre (Ac.). Beaucoup voient en ma modeste personne un écrivain dressé aux disciplines de l'intelligence, attentif, méfiant par nature et vocation, familier jusqu'au désenchantement des cas de conscience les plus délicats... (Bernanos, L'Imposture,1927, p. 350).P. ext., lang. cour. ou fam. Scrupule. Je me ferais un cas de conscience de vous tromper (Lar. 19e, Nouv. Lar. ill.).
b) Cas réservés. Péchés graves dont l'absolution requiert l'intervention du souverain pontife, d'un évêque ou d'un prêtre délégué :
19. Ce tribunal [la Pénitencerie] est présidé par le Grand-Pénitencier (...) Aux fêtes solennelles, le Grand-Pénitencier va dans une des basiliques de Rome, pour y entendre la confession des cas réservés. Stendhal, Rome, Naples et Florence,t. 2, 1817, pp. 372-373.
Prononc. et Orth. : [kɑ]. Pour le timbre de [ɑ] cf. la finale -as; cf. aussi Buben 1935, § 11 et G. Straka, Syst. des voyelles du fr. mod., Strasbourg, Inst. de Phonét., 1950, p. 21. Passy 1914 donne la possibilité de prononcer [a] ant. Dub. réserve [a] ant. au terme de gramm. (cas2). Ds Ac. 1694-1932. Un en-cas écrit sans trait d'union (en cas) ds Ac. 1798-1835 ainsi que ds Besch. 1845 et Lar. 19e; à ce sujet cf. Littré : ,,L'Académie a tort de ne pas mettre un trait d'union à en cas pris substantivement``. En-cas avec trait d'union ds Ac. 1878 et 1932 ainsi que ds le reste des dict. gén. Littré observe que : ,,Rousseau écrit en tous cas au pluriel``. La graph. la plus cour. étant en tout cas. Homon. k (lettre de l'alph.). Étymol. et Hist. A. Ca 1220 quas « circonstance » (G. de Coincy, Mir. N-D 189, éd. V.F. Koenig, t. 4, p. 38); av. 1404 en tout cas loc. adv. « de toutes façons, quoi qu'il arrive » (Froissart, II, II, 4 ds Littré); 1545 en aucun cas « en aucune façon » (Du Fail, Propos rustiques, p. 28 ds IGLF Litt.); 1. 1300 par cas « par hasard » (N. Bozon, Proverbes, éd. A. Ch. Thorn, 55, 8); 2. a) 1353 ou calz que « s'il arrivait que » (R. II, 143, 6 ds Morlet, p. 358); av. 1404 au cas que (Froissart, I, I, 151 ds Littré); 1354 en cas que (ds Du Cange t. 1, p. 499 a); d'apr. Bouhours, Rem. sur la lang. fr., Paris, 1676, p. 344 on dit aussi bien au cas que que en cas que, mais avec un subst. on dit toujours en cas de; 1890 au cas où (DG); en-cas* subst.; b) 1531 en partic. « malheur, accident funeste » (Pierre-fleur, Mém., éd. L. Junod, Lausanne, 1933, p. 49) − 1759, Rich. d'apr. FEW t. 2, p. 480 b; cf. 1549 cas de malheur (Est.). B. [Ca 1261 cas « affaire, besogne » (Rutebeuf, Mir. Théophile, éd. E. Faral, 578); 1539 grand cas « événement important » (Marot, Epigr., 4 ds Hug.) − 1771, Trév.]; 1537 faire cas de « donner de l'importance à » (B. de Castillon, Courtisan, trad. J. Colin, 30 − J. Longis et V. Certenas − ds Quem. Fichier); 1585 faire peu de cas de (Du Fail, Contes d'Eutrapel, t. 2, p. 60 ds IGLF); av. 1544 désigne le sexe (Marot ds A. Delvau, Dict. érotique mod., Bâle, s.d., p. 83). C. 1. Spéc. dr. 2equart xiiies. cas « affaire, délit » (Gerbert de Montreuil, Perceval, éd. M. Williams, 9934); le sens de « crime » est attesté jusqu'en 1694 (Ac.); a) « délits justiciables devant certaines juridictions » 1549 cas privilégié (Est.); 1611 cas royaux (Cotgr.); b) 1606 relig. cas de conscience (Régnier, Sat. VIII, 2); 1835 lang. cour. « scrupule » (Ac.); 2. av. 1778 méd. (J.-J. Rouss. ds Lar. 19e: cas de dyssenterie); 3. 1883 « pers. qui se singularise » supra ex. 18. Empr. au lat. class. casus, part. passé substantivé de cadere « tomber », proprement « chute », d'où « arrivée fortuite; circonstance, hasard », spéc. « accident fâcheux, malheur ». Bbg. Gottsch. Redens. 1930, p. 11, 209, 448. − Perrot (Gal). Vocab. milit. Banque Mots. 1972, no4, p. 207. − Rog. 1965, p. 134, 135.

CAS2, subst. masc.

GRAMM. [Dans les lang. flexionnelles] Chacune des formes, dont l'ensemble constitue la déclinaison*, que prend un substantif, un adjectif ou un pronom, modifié par une désinence, selon la fonction qu'il occupe dans la phrase. Les six cas du latin; accorder un mot en genre, en nombre et en cas. Le zend, avec ses mots longs et compliqués, son manque de prépositions et sa manière d'y suppléer au moyen de cas formés par flexion (Renan, L'Avenir de la sc.,1890, p. 206).Chaque cas a sa désinence (Saussure, Cours de ling. gén.,1916, p. 123).
[Dans les lang. class. anc., p. oppos. aux cas directs] Cas oblique. Cas autre que le nominatif ou l'accusatif.
En a. fr. Cas-sujet, cas-régime. Forme que prend un substantif, un adjectif ou un pronom suivant qu'il est en fonction de sujet (ou en relation de sujet) ou de régime*.
Prononc. et Orth. Cf. cas1. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 2equart xiiies. gramm. case subst. fém. [v. Thurot, p. 120] (H. d'Andeli, Bataille des VII ars, éd. L. J. Paetow, 388), forme fréq. au xiiies., attestée jusqu'au xvies. ds Hug.; xives. cas (J. Lefevre, Trad. La Vieille, éd. H. Cocheris, 108). Empr. au lat. class. casus (cas1*), trad. du gr. π τ ω σ ι ς « chute », d'où « terminaison ». Bbg. Gallup (J. R.). An Approach to the theory of declension. Canadian journal of linguistics. 1962, t. 8, no1, pp. 26-32.

Wiktionnaire

Nom commun

cas \kɑ\ masculin, singulier et pluriel identiques

  1. Accident, aventure, conjoncture, occasion ; fait arrivé, ou qui peut arriver.
    • Le philosophe doit éviter les ambiguïtés ou les plurivocités, et décider du langage qu'il entend au juste parler. Dans le cas contraire, les portes sont grandes ouvertes aux malentendus. — (Robert Zimmer, Petites distractions philosophiques: Comment apprendre à penser sans jamais s'ennuyer, Librairie Vuibert, 2017, chap. 1)
    • Cas fortuit.
    • Un cas grave, étrange, rare.
    • Ce n’est pas là le cas dont il s’agit.
    • Ce cas n’a point été prévu par la loi, par le code.
    • En cas de besoin.
    • Il y a eu dans cette localité des cas de choléra et plusieurs cas de diphtérie.
    • C’est le cas de le dire…C’est le cas, ou jamais, d’agir de telle façon, de dire telle chose.
    • Le Cévenol n’avait jamais pu se faire à notre langue. Tout ce qu’il pensait lui venant aux lèvres en patois du Languedoc, il était obligé de mettre à mesure ce languedocien en français, et les « C’est bien le cas de le dire… » dont il émaillait ses discours, lui donnaient le temps d’accomplir intérieurement ce petit travail. — (Alphonse Daudet, Le petit Chose, 1868, rééd. Le Livre de Poche, page 161)
    • Un cas de guerre.
    • Un cas de divorce.
  2. (Par extension) Manifestation d’une maladie ou d’un problème chez une personne (typiquement utilisé pour introduire un chiffre).
    • L’an passé, nous avons eu trois cents cas de suicides. La situation est grave.
    • N’aggrave pas ton cas, tu as déjà fait assez de bêtises.
    • La multiplication des cas de grippe ne laisse pas d’inquiéter les autorités sanitaires.
  3. (Familier) (Péjoratif) (Par extension) Personne qui cause beaucoup de problèmes ou qui a des problèmes psychologiques.
    • Chez les nations de langue anglaise Hitler et Goering ont été aisément reconnus comme des cas pathologiques étalant leur anormalité dans chacun de leurs actes, dans tous les gestes de leur vie. — (E. L. Woodward, Les origines de la guerre, Oxford University Press, éd. 1944, page 26)
    • Cet élève-là, c’est un cas. Un cas spécial. Qu’est-ce qu’on a du mal avec lui…
    • Non mais tu es vraiment un cas ! Comment veux-tu que ton imprimante marche si elle est débranchée ?
  4. (Familier) Définition manquante ou à compléter. (Ajouter)
    • être dans le cas de faire une chose, Avoir occasion ou pouvoir de la faire.
    • Je voudrais être dans le cas de vous obliger. Il signifie aussi être homme à faire telle ou telle chose…
    • Si vous le brusquez, il est dans le cas de tout abandonner.
    • – Non, il ne faut pas donner des coups sur le cercueil, on serait dans le cas de le tuer. — (Charles-Louis Philippe, Dans la petite ville, 1910, réédition Plein Chant, page 164)
  5. (Droit) Fait, action, crime.
    • Un cas pendable. (Familier) et (Ironique),
    • Un cas pendable, Un acte indigne de pardon.
    • (Familier) Son cas est mauvais, son cas n’est pas net, se dit en parlant de Quelqu’un qui est en danger pour quelque crime, pour quelque mauvaise affaire.
    • On dit dans le même sens
    • Se mettre dans un mauvais cas.
    • (Proverbial) Tout vilain cas, tout mauvais cas est niable, se dit lorsqu’une personne a commis une faute grave et que la honte ou la crainte du châtiment la porte à la nier.
  6. Estime.
    • Faire grand cas d’un homme.
    • C’est un ministre qui sait faire cas des hommes de mérite.
    • Ne faire cas que de l’argent.
    • On ne fait pas grand cas de ce qu’il dit.
  7. (Vieilli) Déjection, excrément.
    • Le bougre a fait son cas dans l’entrée de notre hôtel !
    • Comme moucherons, au feu des lumières,
      Ou sur un gros cas fraîchement pondu, […]
      — (Gustave Mathieu, Parfums, chants et couleurs, Monsieur Gaudéru, L’entrée au bois, V ; Imprimerie Louis Perrin, Lyon, 1873, p. 279)
  8. (Vieilli) (Par métonymie) Derrière ; cul. Note : Se dit également d'autres parties sexuelles telles que le con, la queue, etc.
    • Ce badin toutefois
      eut si peu de courage
      qu’elle sortit du bois
      avec son pucelage
      Non, ne lui coupez pas,
      laissez-lui son pauvre cas.
      — (Gabriel Bataille, Un satyre cornu)
  9. (Grammaire) Chacune des différentes formes que prennent certains mots (les pronoms, les noms, quelquefois les adjectifs, les déterminants et les participes) selon leur fonction dans la phrase. En français, seulement les pronoms personnels ont plus d’une forme. Il y a aussi des langues où les cas sont marqués par des particules comme le japonais et le coréen.
    • Le saxon des lettrés avait été une langue germanique aux cas compliqués. — (André Maurois, Histoire de l'Angleterre, Fayard, 1937, 49e édition, p.97)
    • Les douze « cas » de cette rose étaient une bien étrange surprise. Je demandai à l’oncle Jules :
      « À quoi ça sert, douze noms pour la même fleur ? »
      Il ne se fit pas prier pour nous déplier ce mystère. Explication d’ailleurs terrifiante : les mots latins changeaient sans cesse de visage selon leur fonction, ce qui permettait de les placer n’importe où ! J’en conclus que je ne saurai jamais le latin : mais pour être agréable à Joseph, j’appris comme un perroquet les douze cas de « Rosa la Rose ».
      — (Marcel Pagnol, Le temps des secrets, 1960, collection Le Livre de Poche, pages 254-255)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CAS. n. m.
T. de Grammaire. Chacune des différentes désinences que prennent les noms, les adjectifs, les pronoms et les participes, dans les langues où ils se déclinent. Il n'y a point de cas proprement dits dans la langue française, mais seulement des formes différentes dans les pronoms. Ce mot latin, ce mot grec est à tel cas. Il signifie aussi Accident, aventure, conjoncture, occasion; fait arrivé, ou qui peut arriver. Cas fortuit. Par cas imprévu. Un cas extraordinaire. Un cas grave, étrange, rare. Ce qui est bon dans un cas ne l'est pas dans un autre. Selon l'exigence du cas. En tel cas. En pareil cas. En certains cas. En ce cas, il faudrait. Le cas est différent. C'est un tout autre cas. Ce n'est pas là le cas dont il s'agit. Dans le cas contraire. Dans de certains cas. Dans ce cas-là. Cas particulier. Nous ne sommes pas dans le cas de l'article cité. Ce cas n'a point été prévu par la loi, par le code. Cas rédhibitoire. Auquel cas. Le cas échéant. En cas de mort. En cas de rupture. En cas de guerre. En cas de besoin. Il y a eu dans cette localité des cas de choléra et plusieurs cas de diphtérie. C'est le cas de dire..., c'est le cas, ou jamais, d'agir de telle façon, de dire telle chose. Mon cas n'est pas douteux. Le cas est clair. Un cas de guerre, Un événement qui peu donner lieu à la guerre. Un cas de divorce, Un fait qui peut donner lieu au divorce. Fam., Être dans le cas de faire une chose, Avoir occasion ou pouvoir de la faire. Je voudrais être dans le cas de vous obliger. Il signifie aussi Être homme à faire telle ou telle chose... Si vous le brusquez, il est dans le cas de tout abandonner.

EN-CAS s'emploie comme nom masculin et signifie Repas léger préparé pour servir en cas de besoin. Préparer un en-cas, l'en-cas de nuit. Employé comme nom masculin,

EN-CAS ou

EN-TOUT-CAS désigne aussi une Ombrelle plus grande que les ombrelles ordinaires et qui peut servir dans les cas de pluie.

EN CAS QUE... AU CAS QUE... AU CAS OÙ... loc. conj. Supposé que... En cas qu'il vienne. Au cas que nous soyons d'accord sur ce point. Au cas où une complication se produirait, faites-moi venir. On dit dans le même sens Dans le cas où.

EN TOUT CAS, loc. adv. Quoi qu'il arrive, à tout événement. Je vous paierai dans un mois, je l'espère : en tout cas, je vous donnerai des sûretés suffisantes. En termes de Jurisprudence, il signifie Fait, action, crime. Un cas pendable. Fam. et ironiquement, Un cas pendable, Un acte indigne de pardon. Fam., Son cas est mauvais, son cas n'est pas net, se dit en parlant de Quelqu'un qui est en danger pour quelque crime, pour quelque mauvaise affaire. On dit dans le même sens Se mettre dans un mauvais cas. Prov., Tout vilain cas, tout mauvais cas est niable, se dit lorsqu'une personne a commis une faute grave et que la honte ou la crainte du châtiment la porte à la nier. Cas de conscience, Difficulté ou question sur ce que la religion permet ou défend en certains cas. Ce docteur est fort versé dans les cas de conscience. Un cas de conscience fort difficile à résoudre. Il signifie aussi, d'une façon plus générale, Difficulté sur une question de devoir ou de morale. Je m'en fais un cas de conscience, Je m'en fais scrupule.

CAS signifie encore Estime. Faire cas de quelqu'un ou de quelque chose, L'estimer, en avoir bonne opinion. Faire grand cas d'un homme. C'est un ministre qui sait faire cas des hommes de mérite. Ne faire cas que de l'argent. On ne fait pas grand cas de ce qu'il dit. On n'en fait nul cas. Voilà le cas, le peu de cas que je fais de vos objections.

Littré (1872-1877)

CAS (kâ ; l's se lie : un kâ-z étrange) s. m.
  • 1Ce qui est advenu ou peut advenir, circonstance, fait, histoire, hypothèse. Personne n'est responsable des cas fortuits. En cas de guerre. Au cas de mort. Le cas advenant qu'on soit dépossédé. Agir selon le cas. L'exigence du cas. Il pleut : en ce cas je prends un manteau. C'est le cas ou jamais. Cela change bien le cas. Dans le cas contraire. Le cas échéant. Juge si sa colère implacable en ce cas…, Corneille, Polyeucte, III, 5. Vous auriez aperçu Jeannette sous vos pas, Dont l'oreille subtile a découvert le cas, Molière, l'Ét. IV, 8. En la quittant, Gulphar alla tout droit Conter ce cas, le corner par la ville, Le publier, le prêcher sur les toits, La Fontaine, Avare. Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé…, La Fontaine, Fabl. VIII, 6. … à moins que la figure Ne soit d'un éléphant nain, pygmée, avorton ; Auquel cas où l'honneur d'une telle aventure ? La Fontaine, ib. X, 14. C'est le cas plus que jamais d'invoquer Dieu, Bossuet, Lett. 152. Pour justifier la conduite du concile, il ne faut que poser un cas pareil, Bossuet, Déf. com. Posons le cas que vous ayez tout le bien qu'il faudrait, Hamilton, Gram. 7. Des cartes en cas de besoin, Sévigné, 410.

    Cas fortuit, événement accidentel.

    En cas de, quant à. En cas de fruits, je n'en mange pas de crus. Cette tournure vieillit.

    Cas métaphysique, hypothèse par impossible. Vieilli.

  • 2 Terme de jurisprudence. L'espèce d'une loi, cause, délit, crime. Ce n'est pas là le cas de la loi que vous citez. Les cas que la loi n'a pas prévus. On lui soumet le cas suivant. Quand les deux parties eurent exposé leurs cas. La polygamie est un cas pendable, Molière, Pourc. II, 13. Et si, par un malheur, j'en avais fait autant, Je m'irais, de regret, pendre tout à l'instant. - Je ne vois pas pour moi que le cas soit pendable, Molière, Mis. I, 1. [Dans ces lois] on distingue avec finesse les cas, on y pèse les circonstances, Montesquieu, Espr. XXX, 19. Ce n'étaient pas seulement les actions qui tombaient dans le cas de cette loi, mais des paroles, des signes, Montesquieu, Rom. 14.

    Les cas royaux et prévôtaux étaient certains crimes dont connaissaient les juges royaux et prévôtaux à l'exclusion des subalternes.

    Cas privilégiés, royaux, crimes dont les juges royaux pouvaient seuls connaître, sans exception de condition. La fausse monnaie, le duel, étaient cas privilégiés.

    À l'égard des ecclésiastiques, le cas privilégié, cas où il s'agissait de prononcer une peine afflictive contre un ecclésiastique, malgré le privilége clérical. L'official jugeait le prêtre, mais le juge royal assistait pour le cas privilégié, attendu que l'église ne condamne pas à peine afflictive.

    On dit des affaires qui se font extraordinairement en considération du mérite de quelque personne ou de quelque circonstance importante, que c'est un cas privilégié, qu'il ne tire point à conséquence.

    Il a été condamné pour les cas résultant du procès, c'est-à-dire il a été condamné non pas pour le fait même du procès, mais pour plusieurs choses dont il y avait preuve au procès.

    Son cas va mal, n'est pas net, est véreux, sale, se dit d'un homme en danger pour un crime, une mauvaise affaire. Il sent son cas véreux, il a la conscience de son méfait, du danger qu'il court. Il est dans un vilain cas, il est dans une affaire vilaine, désagréable, honteuse.

    En général, espèce particulière de fait. Mon cas est embarrassant. Le feuilletant avec négligence, il tomba sur son cas, Pascal, Prov. 8.

  • 3Cas de conscience, difficulté ou question sur un point de morale religieuse. Or, toi qui te connais au cas de conscience, Régnier, Sat. VIII. Mais, censeurs, ne vous tourmentez pas autour de ces cas de conscience, Diderot, Ess. sur Claude. Votre père Erade Bille, professeur des cas de conscience à Caen, Pascal, Prov. 12. Quand vous avez entrepris de décider les cas de conscience d'une manière favorable et accommodante, Pascal, ib. 13.

    Cas, absolument, pour cas de conscience. On ne saurait, dit le père, écrire pour trop de monde, ni particulariser trop les cas, ni répéter trop souvent les mêmes choses en différents livres, Pascal, ib. 8. Il y a de certains cas dont la résolution serait encore difficile, quoique fort nécessaire pour les gentilshommes, Pascal, ib. 7. Il est vrai qu'ils exceptent un cas auquel ils obligent à restituer, Pascal, ib. 8.

    Par extension, scrupule. Je me ferais un cas de conscience de rien faire qui pût augmenter sa peine. C'est un cas de conscience de déranger un homme aussi occupé.

    Cas réservés, péchés dont on ne peut être absous que par l'évêque ou même le pape.

    Cas s'est dit autrefois familièrement pour confession, péché. Ce confesseur entend ordinairement mon cas.

  • 4Chose qui convient, qui fait l'affaire. N'allez point chercher plus loin, c'est là votre cas. On dit qu'on vous marie ; Je sais bien votre cas, un homme grand, adroit…, Régnier, Sat. XII.

    Familièrement. Dans le cas de, en état de, capable de. Ils ne seraient pas dans le cas de te secourir. Il n'était pas dans le cas de se tenir debout. Vous vous mettrez dans le cas de partir avec moi.

    C'est un grand cas, c'est chose importante, considérable, difficile. Cette tournure vieillit. Bertaut, c'est un grand cas [c'est malaisé], quoique l'on puisse faire…, Régnier, Sat. v. Ce n'est pas peu de cas de faire un long voyage, Régnier, Ép. 2. Je sais bien que mon cœur en a fait pénitence, Mais quoi ! si peu de cas ne me rend satisfait, Malherbe, I, 4. Ce que de plus que vous on en pourrait avoir [d'âge] N'est pas un si grand cas pour s'en tant prévaloir, Molière, Mis. III, 5.

  • 5Faire cas de… Estimer, tenir compte de. Comment faites-vous cas de chose si petite ? Malherbe, IV, 3. Je ne peux pas faire cas de cette règle, Pascal, Prov. 5. Et de sa propre gloire il fait trop peu de cas, Corneille, Hor. V, 1. Donc de ce que je dis on ne fera nul cas ? Molière, Tart. II, 2. Ma fille fait cas de vous, Molière, Am. magn. I, 2. Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile, La Fontaine, Fabl. VI, 9. A Dieu ne plaise que je fasse peu de cas de vos peines, Bossuet, Lett. Corn. 94. Il ne fit pas grand cas de cette promesse, Hamilton, Gramm. 5. Je fis de telles offres le cas que je devais, Sévigné, 110. Voilà le cas qu'on fait de votre exploit, Racine, Plaid. II, 3. Des animaux dont on ne fait cas qu'autant qu'ils rendent des services, Fénelon, Tél. XVIII. Il ne fait aucun cas d'une paix forcée, Fénelon, Tél. X.
  • 6 Terme de grammaire. Désinence variable des mots qui se déclinent. La déclinaison latine a six cas. Nous n'avons point de cas en français ; nous nommons l'objet de notre pensée ; et les rapports sont marqués par des prépositions ou par la place du mot, Duclos, Rem. sur la gramm. II, 6.
  • 7En langage de médecine, maladie considérée dans le sujet particulier qui en est affecté. Il y a eu dans la ville des cas nombreux de choléra. Le cas est grave. Un cas très digne d'être observé attentivement.

    Cas rare, en anatomie, physiologie et pathologie, ce qui présente quelque chose d'extraordinaire.

  • 8 Terme d'algèbre. Cas irréductible, celui où les racines d'une équation du 3e degré sont réelles et inégales.
  • 9 Familièrement, excrément, ordure, obscénité. Il a fait son cas au pied d'un mur.

    Fig. Il montre son cas, il se découvre d'une manière déshonnête.

  • 10En tout cas, loc. adverb. Quoi qu'il arrive, à tout événement. Vous n'avez plus rien à craindre ; cependant en tout cas soyez prudent. En tout cas comptez sur moi.
  • 11Au cas que, loc. conj. qui veut le subjonctif. Supposé que. Je ne donnerai ici que les règles de la première méthode, et encore au cas qu'on ait accordé les principes, Pascal, Pensées, I, 3. Il n'est hérétique qu'au cas qu'il soit conforme à ces erreurs condamnées, Pascal, Prov. 17. Je vous écrirai au cas qu'il me dise quelque nouvelle, Sévigné, 410.

    En cas que, loc. conjonct. qui veut le subjonctif. Même sens. En cas qu'il vienne. Je demande la permission à l'académie de prendre cette tâche [commenter Corneille], en cas que personne ne s'en soit emparé, Voltaire, Lett. Duclos, 10 avril 1761. En cas que j'apparusse devant vous sans vous avoir prévenu, Montesquieu, Correspondance, 54.

  • 12En cas, pris substantivement, chose préparée en cas de besoin chez les princes. Une volaille froide pour l'en cas de nuit.

    Dans une promenade, un en cas, une voiture en cas de pluie. De ce lourd carrosse on fait un en cas, Béranger, S. Espr.

    Dans le langage familier, un en cas est tout ce qui peut servir en un cas imprévu. S'il nous vient du monde, nous avons un en cas.

    Un en-cas, un parapluie ; un en-tout-cas, un petit parapluie, qui peut servir aussi d'ombrelle, ou plutôt une grande ombrelle qui au besoin sert de parapluie.

PROVERBES

Tous vilains cas, tous mauvais cas sont reniables, se dit quand, par honte ou par crainte, on nie quelque faute grave.

Au cas que Lucas n'eût qu'un œil, sa femme aurait épousé un borgne ; réponse qu'on fait à un homme qui prévoit trop d'accidents.

REMARQUE

1. Bien que l'on dise : faire beaucoup de cas de quelqu'un ou de quelque chose, on ne dit pas faire du cas de quelqu'un, de quelque chose.

2. L'Académie a tort de ne pas mettre un trait d'union à en cas pris substantivement : en-cas.

HISTORIQUE

XIIe s. Si l'a contre son pis [poitrine] levé, à un desruban [précipice] l'a porté Entre ses bras trestout pasmé, Ouvri ses mains, lascha ses bras ; Cil fu pesans, si prist tel cas [chute] Aval la faloise el rochier, N'i remest [reste] os à despechier [dépecer], Roman du Brut, ms. f° 9, dans LACURNE.

XIIIe s. Car de toz cas d'armes sunt femes excusées en lor persones, Beaumanoir, XXIX, 19. Quant enfes qui est sous aagiés fet aucun cas de crieme, on doit regarder le [la] maniere du fet, Beaumanoir, XVI, 9.

XIVe s. Car en yver à cas d'aventure peut l'en veoir une aronde, Oresme, Eth. X (16) … et toutevoies il ferist aucun à cas d'aventure, Oresme, ib. 62. En cas où combattre [ils] ne se voulissent, Bercheure, f° 70, verso. En cas que nous ou nostre hoir acheterions…, Du Cange, auxilium. Tailles sont levées par cas de necessité et de volenté de prince, Du Cange, ib.

XVe s. Le traité seroit nul, au cas qu'il viendroit aucun hoir, Froissart, I, I, 151. Certes vous seriez de tel cas peu prisé et amendé, Froissart, I, I, 166. Ces chevaliers, qui en tous cas se vouloient acquitter envers le roi, leur seigneur, Froissart, II, II, 4. Receu toutevoyes son serement, que, au cas que non, il ne tourneroit en la prison, Christine de Pisan, Charles V, I, 31. Les grans robes sages ne les font [les hommes], Ne sos aussi ; riens n'y font en ce cas Poures habit, fors science approuvée, Deschamps, L'hab. ne fait pas l'homme. Conclusion, vecy mon cas : De nulle rien je ne me dueil, Orléans, Rondeau. Et ne croye mie qu'il y ait en vostre royaulme homme à qui on les refusast en vostre chancellerie en cas pareil, Juvénal Des Ursins, 1411. Au cas que, au plaisir de Dieu, il auroit paix avec le roi de Chypre, son desir estoit de grever les ennemis, Bouc. II, 13. Il avoit commis un cas très horrible, car il avoit pris son pere prisonnier, Commines, IV, 1. L'ung luy desplaisoit d'ung cas, l'autre de l'autre, Commines, V, 13. Pour commencer à faire cas de nouvelleté, ils mirent hors de prison le duc de Gueldre, Commines, V, 17. Et en son cas, qui estoit de marchandise, estoit la plus grand' maison que je croy qui jamais ait esté au monde, Commines, VII, 5. Et nostre armée qui estoit en la Romanie [Romagne], combien qu'elle fust la plus foible, toutesfois faisoit prosperer nostre cas, Commines, VII, 6.

XVIe s. Minos le juge est de cela soigneux, Qui devant lui, pour entendre le cas…, Marot, I, 248. C'est un grand cas, dije lors, s'il n'advient Quelque mechef bien tost en cestuy regne, Marot, III, 300. Je l'ay secouru en tous cas que ay peu cognoistre son advantaige, Rabelais, Garg. I, 28. Si par cas il estoit devenu furieux…, Rabelais, ib. Au cas que [tandis que] les aultres roys l'eussent miserablement traicté, il le traicta courtoysement, Rabelais, ib. I, 50. Feut decrete que ja ne seroyent là les femmes, au cas que [à moins que] n'y feussent les hommes, Rabelais, ib. I, 52. Que la mort des humains est attachée à peu de cas, puisqu'une espingle est suffisante pour nous tuer, Yver, 623. C'est grand cas que les choses en soyent là, en nostre siecle, que…, Montaigne, I, 175. Au cas que l'un d'eux vienne à defaillir, Montaigne, I, 216. Sophocles, voyant de cas de fortune passer un beau garson, Montaigne, I, 227. Je ne fais cas du boire que pour la suitte du manger, Montaigne, II, 18. Pour les quatre ce ne seroit que douze mille escus par an : qui est bien peu de cas pour le grand fruit qui en proviendroit, Lanoue, 128. Je pren le cas que vous ayez de la fortitude, Lanoue, 153. Tous vilains cas sont reniables, Loysel, 803. L'on tient maintenant que le cas privilegié attrait à soi le delit commun, Loysel, 804. Un satyre admonesta un jour Minerve, que ce n'estoit point bien son cas que de jouer des flustes, Amyot, Refréner la colère, 12.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CAS. - REM. Ajoutez :

3. J. J. Rousseau a dit : dans le cas, pour : dans ce cas-là ; cela est correct, mais moins usité. Rien n'est plus commun que de tout gâter en pensant bien faire ; l'assurance que vous me donnez que je ne suis pas dans le cas, m'ôte un grand poids de dessus le cœur, Rousseau, Lett. à M. Jacob Vernet, 18 sept. 1758. Si vous êtes dans le cas, Rousseau, Lett. à Du Peyrou, 22 juin 1766.

4. J. J. Rousseau écrit en tous cas au pluriel, Lett. à Du Peyrou, 7 mars 1765.

5. Si le cas pouvait être, si la chose était possible. Outre qu'il n'est pas possible qu'il ne vous en soit parvenu quelqu'une [de mes lettres], si le cas pouvait être…, Rousseau, Lettre à milord Maréchal, 29 oct. 1764. Locution peu usitée.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

CAS, s. m. (terme de Grammaire) ce mot vient du latin casus, chûte, rac. cadere, tomber. Les cas d’un nom sont les différentes inflexions ou terminaisons de ce nom ; l’on a regardé ces terminaisons comme autant de différentes chûtes d’un même mot. L’imagination & les idées accessoires ont beaucoup de part aux dénominations, & à bien d’autres sortes de pensées ; ainsi ce mot cas est dit ici dans un sens figuré & métaphorique. Le nominatif, c’est-à-dire, la premiere dénomination tombant, pour ainsi dire, en d’autres terminaisons, fait les autres cas qu’on appelle obliques. Nominativus sive rectus, cadens à suâ terminatione in alias, facit obliques casus. Prisc. liv. v. de casu.

Ces terminaisons sont aussi appellées désinances ; mais ces mots terminaison, desinance, sont le genre. Cas est l’espece, qui ne se dit que des noms ; car les verbes ont aussi des terminaisons différentes, j’aime, j’aimois, j’aimerai, &c. Cependant on ne donne le nom de cas, qu’aux terminaisons des noms, soit au singulier, soit au pluriel. Pater, patris, patri, patrem, patre ; voilà toutes les terminaisons de ce mot au singulier, en voilà tous les cas, en observant seulement que la premiere terminaison pater, sert également pour nommer & pour appeller.

Les noms Hébreux n’ont point de cas, ils sont souvent précédés de certaines prépositions qui en font connoître les rapports : souvent aussi c’est le sens, c’est l’ensemble des mots de la phrase qui, par le méchanisme des idées accessoires & par la considération des circonstances, donne l’intelligence des rapports des mots ; ce qui arrive aussi en latin à l’égard des noms indéclinables, tels que fas & nefas, cornu, &c. Voyez la Grammaire Hébraïque de Masclef, tom. I. c. 2. n. 6.

Les Grecs n’ont que cinq cas, nominatif, genitif, datif, accusatif, vocatif : mais la force de l’ablatif est souvent rendue par le genitif, & quelquefois par le datif. Ablativi formâ Græci carent, non vi, quæ genitivo & aliquando dativo refertur. Caninii Hellenismi, Part. orat. p. 87.

Les latins ont six cas, tant au singulier qu’au pluriel, nominatif, genitif, datif, accusatif, vocatif, ablatif. Nous avons déjà parlé de l’ablatif & de l’accusatif ; il seroit inutile de repéter ici ce que nous disons en particulier de chacun des autres cas : on peut le voir en leur rang.

Il suffira de dire ici un mot du nom de chaque cas.

Le premier, c’est le nominatif ; il est appellé cas par extension, & parce qu’il doit se trouver dans la liste des autres terminaisons du nom ; il nomme, il énonce l’objet dans toute l’étendue de l’idée qu’on en a sans aucune modification ; & c’est pour cela qu’on l’appelle aussi le cas direct, rectus : quand un nom est au nominatif, les Grammairiens disent qu’il est in recto.

Le genitif est ainsi appellé, parce qu’il est pour ainsi dire le fils-aîné du nominatif, & qu’il sert ensuite plus particulierement à former les cas qui le suivent ; ils en gardent toûjours la lettre caractéristique ou figurative, c’est-à-dire celle qui précéde la terminaison propre qui fait la différence des déclinaisons : par ex. is, i, em ou im, e ou i, sont les terminaisons des noms de la troisieme déclinaison des latins au singulier. Si vous avez à décliner quelqu’un de ces noms, gardez la lettre qui précédera is au genitif : par ex. nominatif rex, c’est-à-dire regs, genitif reg-is, ensuite reg-i, reg-em, reg-e, & de même au pluriel reg-es, reg-um, reg-ibus. Genitivus naturale vinculum generis possidet ; nascitur quidem à nominativo, generat autem omnes obliquos sequentes. (Prisc. liv. V. de Casu.)

Le datif sert à marquer principalement le rapport d’attribution, le profit, le dommage, par rapport à quoi, le pourquoi, finis cui.

L’accusatif accuse, c’est-à-dire déclare l’objet, ou le terme de l’action que le verbe signifie : on le construit aussi avec certaines prépositions & avec l’infinitif. Voyez Accusatif.

Le vocatif sert à appeller ; Priscien l’appelle aussi salutatorius, vale domine ; bon jour monsieur, adieu monsieur.

L’ablatif sert à ôter avec le secours d’une préposition. Nous en avons parlé fort au long. Voyez Ablatif.

Il ne faut pas oublier la remarque judicieuse de Priscien : « Chaque cas, dit-il, a plusieurs usages ; mais les dénominations se tirent de l’usage le plus connu & le plus fréquent. » Multas alias quoque & diversas unusquisque casus habet significationes, sed à notioribus & frequentioribus acceperunt nominationem, sicut in aliis quoque multis hoc invernimus. Prisc. l. V. de Casu.

Quand on dit de suite & dans un certain ordre toutes les terminaisons d’un nom, c’est ce qu’on appelle décliner : c’est encore une métaphore ; on commence par la premiere terminaison d’un nom, ensuite on descend, on décline, on va jusqu’à la derniere.

Les anciens Grammairiens se servoient également du mot décliner, tant à l’égard des noms qu’à l’égard des verbes : mais il y a long-tems que l’on a consacré le mot de décliner aux noms ; & que lorsqu’il s’agit de verbes, on dit conjuguer, c’est-à-dire ranger toutes les terminaisons d’un verbe dans une même liste, & tous de suite, comme sous un même joug ; c’est encore une métaphore.

Il y a en Latin quelques mots qui gardent toûjours la terminaison de leur premiere dénomination : on dit alors que ces mots sont indéclinables ; tels sont fas, nefas, cornu, au singulier, &c. Ainsi ces mots n’ont point de cas.

Cependant quand ces mots se trouvent dans une phrase ; comme lorsqu’Horace a dit, fas atque nefas exiguo fine libidinum discernunt avidi. L. I. od. xviij. v. 10. Et ailleurs : & peccare nefas, aut pretium est mori. L. III. od. iv. v. 24. Et Virgile : jam cornu petat. Ecl. ix. v. 57. Cornu ferit ille, caveto. Ecl. ix. v. 25. alors le sens, c’est-à-dire l’ensemble des mots de la phrase fait connoître la relation que ces mots indéclinables ont avec les autres mots de la même proposition, & sous quel rapport ils y doivent être considérés.

Ainsi dans le premier passage d’Horace je vois bien que la construction est, illi avidi discernunt fas & nefas. Je dirai donc que fas & nefas sont le terme de l’action ou l’objet de discernunt, &c. Si je dis qu’ils sont à l’accusatif, ce ne sera que par extension & par analogie avec les autres mots latins qui ont des cas, & qui en une pareille position auroient la terminaison de l’accusatif. J’en dis autant de cornu ferit ; ce ne sera non plus que par analogie qu’on pourra dire que cornu est là à l’ablatif ; & l’on ne diroit ni l’un ni l’autre, si les autres mots de la langue Latine étoient également indéclinables.

Je fais ces observations pour faire voir, 1°. que ce sont les terminaisons, seules, qui par leur variété constituent les cas, & doivent être appellées cas : ensorte qu’il n’y a point de cas, ni par conséquent de déclinaison dans les langues où les noms gardent toûjours la terminaison de leur premiere dénomination ; & que lorsque nous disons un temple de marbre, ces deux mots de marbre, ne sont pas plus un génitif que les mots Latins de marmore, quand Virgile a dit, templum de marmore, Georg. L. III. v. 13. & ailleurs : ainsi à & de ne marquent pas plus des cas en François que par, pour, en, sur, &c. Voyez Article.

2°. Le second point qui est à considérer dans les cas, c’est l’usage qu’on en fait dans les langues qui ont des cas.

Ainsi il faut bien observer la destination de chaque terminaison particuliere : tel rapport, telle vûe de l’esprit est marquée par tel cas, c’est-à-dire par telle terminaison.

Or ces terminaisons supposent un ordre dans les mots de la phrase, c’est l’ordre successif des vûes de l’esprit de celui qui a parlé ; c’est cet ordre qui est le fondement des relations immédiates des mots de leurs enchaînemens & de leurs terminaisons. Pierre bat Paul ; moi aimer toi, &c. On va entendre ce que je veux dire.

Les cas ne sont en usage que dans les langues où les mots sont transposés, soit par la raison de l’harmonie, soit par le feu de l’imagination, ou par quelqu’autre cause.

Or quand les mots sont transposés, comment puis-je connoître leurs relations ?

Ce sont les différentes terminaisons, ce sont les cas qui m’indiquent ces relations ; & qui lorsque la phrase est finie, me donnent le moyen de rétablir l’ordre des mots, tel qu’il a été nécessairement dans l’esprit de celui qui a parlé lorsqu’il a voulu énoncer sa pensée par des mots : par exemple ;

Frigidus agricolam si quando continet imber.

Virg. Georg. Lib. I. v. 250.

Je ne puis pas douter que lorsque Virgile a fait ce vers, il n’ait joint dans son esprit l’idée de frigidus à celle d’imber ; puisque l’un est le substantif, & l’autre l’adjectif. Or le substantif & l’adjectif sont la chose même ; c’est l’objet considéré comme tel : ainsi l’esprit ne les a point séparés.

Cependant voyez combien ici ces deux mots sont éloignés l’un de l’autre : frigidus commence le vers, & imber le finit.

Les terminaisons font que mon esprit rapproche ces deux mots, & les remet dans l’ordre des vûes de l’esprit, relatives à l’élocution ; car l’esprit ne divise ainsi ses pensées que par la nécessité de l’énonciation.

Comme la terminaison de frigidus me fait rapporter cet adjectif à imber, de même voyant qu’agricolam est à l’accusatif, j’apperçois qu’il ne peut avoir de rapport qu’avec continet : ainsi je range ces mots selon leur ordre successif, par lequel seul ils font un sens, si quando imber frigidus continet domi agricolam. Ce que nous disons ici est encore plus sensible dans ce vers.

Aret ager, vitio, moriens, sitit, aeris, herba.

Virg. Ecl. vij. v. 57.

Ces mots ainsi séparés de leurs corrélatifs, ne font aucun sens.

Est sec, le champ, vice, mourant, a soif, de l’air, l’herbe : mais les terminaisons m’indiquent les corrélatifs, & dès-lors je trouve le sens. Voilà le vrai usage des cas.

Ager aret, herba moriens sitit præ vitio aeris. Ainsi les cas sont les signes des rapports, & indiquent l’ordre successif, par lequel seul les mots font un sens. Les cas n’indiquent donc le sens que relativement à cet ordre ; & voilà pourquoi les langues, dont la syntaxe suit cet ordre, & ne s’en écarte que par des inversions légeres aisées à appercevoir, & que l’esprit rétablit aisément ; ces langues, dis-je, n’ont point de cas ; ils y seroient inutiles, puisqu’ils ne servent qu’à indiquer un ordre que ces langues suivent ; ce seroit un double emploi. Ainsi si je veux rendre raison d’une phrase Françoise ; par exemple de celle-ci, le Roi aime le peuple, je ne dirai pas que le Roi est au nominatif, ni que le peuple est à l’accusatif ; je ne vois en l’un ni en l’autre mot qu’une simple dénomination, le Roi, le peuple : mais comme je sai par l’usage l’analogie & la syntaxe de ma langue, la simple position de ces mots me fait connoître leurs rapports & les différentes vûes de l’esprit de celui qui a parlé.

Ainsi je dis 1°. que le Roi paroissant le premier est le sujet de la proposition, qu’il est l’agent, que c’est la personne qui a le sentiment d’aimer.

2°. Que le peuple étant énoncé après le verbe, le peuple est le complément d’aime : je veux dire que aime tout seul ne feroit pas un sens suffisant, l’esprit ne seroit pas satisfait. Il aime : hé quoi ? le peuple. Ces deux mots aime le peuple, font un sens partiel dans la proposition. Ainsi le peuple est le terme du sentiment d’aimer ; c’est l’objet, c’est le patient. C’est l’objet du sentiment que j’attribue au Roi. Or ces rapports sont indiqués en François par la place ou position des mots, & ce même ordre est montré en Latin par les terminaisons.

Qu’il me soit permis d’emprunter ici pour un moment le style figuré. Je dirai donc qu’en Latin l’harmonie ou le caprice accordent aux mots la liberté de s’écarter de la place que l’intelligence leur avoit d’abord marquée. Mais ils n’ont cette permission qu’à condition qu’après que toute la proposition sera finie, l’esprit de celui qui lit ou qui écoute les remettra par un simple point de vûe dans le même ordre où ils auront été d’abord, dans l’esprit de celui qui aura parlé.

Amusons-nous un moment à une fiction. S’il plaisoit à Dieu de faire revivre Cicéron, de nous en donner la connoissance, & que Dieu ne donnât à Cicéron que l’intelligence des mots François, & nullement celle de notre syntaxe, c’est-à-dire de ce qui fait que nos mots assemblés & rangés dans un certain ordre font un sens : je dis que si quelqu’un disoit à Cicéron : illustre Romain, après votre mort Auguste vainquit Antoine. Cicéron entendroit chacune de ces paroles en particulier, mais il ne connoîtroit pas quel est celui qui a été le vainqueur, ni celui qui a été vaincu ; il auroit besoin de quelques jours d’usage, pour apprendre parmi nous que c’est l’ordre des mots, leur position, & leur place, qui est le signe principal de leurs rapports.

Or, comme en Latin il faut que le mot ait la terminaison destinée à sa position, & que sans cette condition la place n’influe en rien pour faire entendre le sens, Augustus vicit Antonius, ne veut rien dire en Latin. Ainsi Auguste vainquit Antoine, ne formeroit d’abord aucun sens dans l’esprit de Cicéron ; parce que l’ordre successif ou significatif des vûes de l’esprit n’est indiqué en Latin que par les cas ou terminaisons des mots : ainsi il est indifférent pour le sens de dire Antonium vicit Augustus, ou Augustus vicit Antonium. Cicéron ne concevroit donc point le sens d’une phrase, dont la syntaxe lui seroit entierement inconnue. Ainsi il n’entendroit rien à Auguste vainquit Antoine ; ce seroit-là pour lui trois mots qui n’auroient aucun signe de rapport. Mais reprenons la suite de nos réflexions sur les cas.

Il y a des langues qui ont plus de six cas, & d’autres qui en ont moins. Le P. Galanus, Théatin, qui avoit demeuré plusieurs années chez les Arméniens, dit qu’il y a dix cas dans la langue Arménienne. Les Arabes n’en ont que trois.

Nous avons dit qu’il y a dans une langue & en chaque déclinaison autant de cas, que de terminaisons différentes dans les noms ; cependant le génitif & le datif de la premiere déclinaison des Latins, sont semblables au singulier. Le datif de la seconde est aussi terminé comme l’ablatif : il semble donc qu’il ne devroit y avoir que cinq cas en ces déclinaisons. Mais 1°. il est certain que la prononciation de l’a au nominatif de la premiere déclinaison, étoit différente de celle de l’a à l’ablatif : le premier est bref, l’autre est long.

2°. Le génitif fut d’abord terminé en ai, d’où l’on forma æ pour le datif. In primâ declinatione dictum olim mensai, & hinc deinde formatum in dativo mensæ. Perizonius in Sanctii Minervâ, L. I. c. vj. n. 4.

3°. Enfin l’analogie demande cette uniformité de six cas dans les cinq déclinaisons, & alors ceux qui ont une terminaison semblable, sont des cas par imitation avec les cas des autres terminaisons, ce qui rend uniforme la raison des constructions : casus sunt non vocis, sed significationis, nec non etiam structuræ rationem servamus. Prise. L. V. de Casu.

Les rapports qui ne sont pas indiqués par des cas en Grec, en Latin, & dans les autres langues qui ont des cas, ces rapports, dis-je, sont suppléés par des prépositions, clam patrem. Teren. Hecy. Act. III. sc. iij. v. 36

Ces prépositions qui précedent les noms équivalent à des cas pour le sens, puisqu’elles marquent des vûes particulieres de l’esprit ; mais elles ne font point des cas proprement dits, car l’essence du cas ne consiste que dans la terminaison du nom, destinée à indiquer une telle relation particuliere d’un mot à quelqu’autre mot de la proposition. (F)

Cas irréductible du troisiéme degré, ou simplement Cas irréductible (en Analyse) c’est celui où une équation du troisieme degré a ses trois racines réelles, inégales & incommensurables. Dans ce cas, si on résout l’équation par la méthode ordinaire, la racine quoique réelle, se présente sous une forme qui renferme des quantités imaginaires, & l’on n’a pû jusqu’à présent réduire cette expression à une forme réelle, en chassant les imaginaires qu’elle contient. Voyez Réel, Imaginaire, &c. Entrons sur ce sujet dans quelque détail.

Soit une équation du troisieme degré, dans laquelle le second terme est évanoüi. Voyez Evanouissement, Equation & Transformation, &c. Pour la résoudre, je fais , & j’ai  ;

donc


Cette équation étant comparée terme à terme avec , on aura, 1°. , ou  ; 2°. , ou  ; ou .

Cette équation, qu’on peut regarder comme du second degré, (Voyez Abaissement) étant résolue à la maniere ordinaire, (Voyez Equation) donne . Donc à cause de , on aura  ; donc x ou . Telle est la forme de la valeur de x. Cela posé,

1°. Il est évident que si q est positif, r étant positif ou négatif, cette forme est réelle, puisqu’elle ne contient que des quantités réelles. Or dans ce cas, comme on le verra à l’article Equation, deux des racines sont imaginaires. Ainsi la seule racine réelle se trouve exprimée par une formule qui ne contient que des quantités réelles. Ce cas ne tombe donc point dans le cas irréductible, & n’a aucune difficulté.

2°. Si q est négatif, & que , alors l’équation a deux racines égales, & il n’y a encore aucune difficulté.

3°. Si q est négatif & , il y a deux racines imaginaires, & la racine réelle se trouve représentée par une formule toute réelle ; ce qui n’a point de difficulté non plus.

4°. Mais si q est négatif & que , alors est une quantité négative, & par conséquent est imaginaire. Ainsi l’expression de x renferme alors des imaginaires.

Cependant on démontre en Algebre, que dans ce cas les trois racines sont réelles & inégales. On peut en voir la preuve à la fin de cet article. Comment donc peut-il se faire que la racine x se présente sous une forme qui contienne des imaginaires ?

M. Nicole a le premier résolu cette difficulté (Mém. acad. 1738.) Il a fait voir que l’expression de x, quoiqu’elle contienne des imaginaires, est en effet réelle. Pour le prouver, soit , & on aura . Il s’agit de montrer que cette expression, quoiqu’elle renferme des imaginaires, représente une quantité réelle. Pour cela, soit formée suivant les regles données à l’article Binome, une série qui exprime la valeur de ou & celle de , on trouvera après avoir ajoûté ensemble ces deux séries, que tous les termes imaginaires se détruiront, & qu’il ne restera qu’une suîte infinie de termes composés de quantités toutes réelles. Ainsi la valeur de x est en effet réelle. La difficulté est de sommer cette série ; c’est à quoi on n’a pû parvenir jusqu’à présent. Cependant M. Nicole l’a sommée dans quelques cas particuliers, qu’il a par conséquent soustraits, pour ainsi dire, au cas irréductible. Voyez les Mem. acad. 1738, & suiv.

Lorsque l’une des trois équations réelles & inégales est commensurable, alors l’équation n’est plus dans le cas irréductible, parce que l’un des diviseurs du dernier terme donne la racine commensurable. Voyez Diviseur & Racine.

Mais quand l’équation est incommensurable, il faut, pour trouver l’expression réelle de la racine, ou sommer la série susdite, ou dégager de quelqu’autre maniere l’expression trouvée, de la forme imaginaire qui la défigure pour ainsi dire. C’est à quoi on travaille inutilement depuis deux cents ans.

Cette racine du cas irréductible, si difficile à trouver par l’Algebre, se trouve aisément par la Géométrie. Voyez Construction. Mais quoiqu’on ait sa valeur linéaire, on n’en est pas plus avancé pour son expression algébrique. V. Incommensurable.

Cet inconvénient du cas irréductible vient de la méthode qu’on a employée jusqu’ici pour résoudre les équations du troisieme degré ; méthode imparfaite, mais la seule qu’on ait pû trouver jusqu’à présent. Voici en quoi consiste l’imperfection de cette méthode. On suppose x = y + z, y & z étant deux quantités indéterminées ; ensuite on a tout à la fois

, &


On compare ces équations terme à terme, & cette comparaison terme à terme enferme une supposition tacite, qui amene la forme irréductible sous laquelle x est exprimée ; à la rigueur on a  ; voilà la seule conséquence rigoureuse qu’on puisse tirer de la comparaison des deux équations : mais outre cela on veut encore supposer que la premiere partie de qx + r, c’est-à-dire qx soit égale à -3yzx, premiere partie du second membre. Cette supposition n’est point absolue ni rigoureusement nécessaire, on ne la fait que pour parvenir plus aisément à trouver la valeur de y & de z, qu’on ne pourroit pas trouver sans cela ; d’ailleurs comme y & z sont l’une & l’autre indéterminées, on peut supposer & . Mais cette supposition même fait que les deux quantités y & z, au lieu d’être réelles comme elles devroient, se trouvent chacune imaginaires. Il est vrai qu’en les ajoûtant ensemble, leur somme est réelle : mais l’imaginaire qui s’y trouve toûjours, & qu’on ne peut en chasser, rend inutile l’expression de x qui s’en tire.

En un mot, l’équation x = y + z ne donne à la rigueur que cette équation ou  ; & toutes les fois que l’on voudra de cette équation en faire deux autres particulieres, on fera une supposition tacite qui pourra entrainer des inconvéniens impossibles à éviter, comme il arrive ici, où y & z se trouvent forcément imaginaires.

Il faudroit voir si par quelque moyen on ne pourroit pas couper l’équation susdite en deux autres, qui donnassent à y & à z une forme réelle & facile à trouver : mais cette opération paroît devoir être fort difficile, si elle n’est pas impossible.

J’ai fait voir dans les Mémoires de l’Academie des Sciences de Prusse de 1746, que l’on pouvoit toûjours trouver par la trisection d’un arc de cercle, une quantité , égale à la racine cube de  ; & que si , on a . V. Imaginaire. D’où il s’ensuit que dans les cas où un arc de cercle peut être divisé géométriquement, c’est-à-dire, par la regle & le compas, en trois parties égales, on peut assigner la valeur algébrique de c & de e : ce qui pourroit fournir des vûes pour résoudre en quelques occasions des équations du troisieme degré qui tomberoient dans le cas irréductible. Voyez le Mémoire que j’ai cité.

Quoi qu’il en soit, la racine étant incommensurable dans le cas irréductible, l’expression réelle de cette racine, quand on la trouveroit, n’empêcheroit pas de recourir aux approximations. Nous avons donné à l’article Approximation la méthode générale pour approcher de la racine d’une équation, & nous y avons indiqué les auteurs qui ont donné des méthodes particulieres d’approximation pour le cas irréductible. Voyez aussi Cascade.

Puisque nous en sommes sur cette matiere des équations du troisieme degré, nous croyons qu’on ne nous saura pas mauvais gré de faire ici quelques remarques nouvelles qui y ont rapport, & dont nos lecteurs pourront tirer de l’utilité.

On sait que toute équation du troisieme degré a trois racines. Il faudroit donc, pour résoudre d’une maniere complette une équation du troisieme degré, trouver une méthode qui fît trouver à la fois les trois racines, comme on trouve à la fois les deux racines d’une équation du second degré. Jusqu’à ce qu’on ait trouvé cette méthode, il y a bien de l’apparence que la théorie des équations du troisieme degré restera imparfaite : mais la trouvera-t-on, cette méthode ? c’est ce que nous n’osons ni nier ni prédire.

Examinons présentement de plus près la méthode dont on se sert pour trouver les racines d’une équation du troisieme degré. On a d’abord une équation du sixieme degré y6, &c. telle qu’on l’a vûe ci-dessus, & qui a par conséquent six racines, qu’on peut aisément prouver être toutes inégales : on a ensuite une équation du troisieme degré  ; & comme y3 a deux valeurs différentes à cause de l’équation , &c. = 0, & que z est élevé au troisieme degré, il s’ensuit que cette équation doit donner aussi six valeurs différentes de z, trois pour chaque valeur de y3 ; or chacune des six valeurs de z étant combinée avec chacune des six valeurs de y, on aura trente-six valeurs différentes pour z + y ; donc x paroît avoir trente-six valeurs différentes. Cependant l’équation étant du troisieme degré, x ne doit avoir que trois valeurs : comment accorder tout cela ?

Je réponds d’abord que les trente-six valeurs prétendues de y + z doivent se réduire à dix-huit ; en effet, il ne faut pas combiner indifféremment chaque valeur de z avec toutes les valeurs de y, mais seulement avec les valeurs de y qui correspondent à la valeur qu’on a supposée à y3. Par exemple, on a , d’où l’on tire  ; le signe + qui précede le signe radical dans la valeur de y3, répond au signe − qui précede le signe radical dans la valeur de z3, & le signe − au signe + ; ce qui est évident, puisque  : donc pour chacune des trois valeurs de y qui répondent au signe + placé devant le signe radical, il y a trois valeurs de z qui répondent au signe − placé devant le signe radical, ce qui fait neuf valeurs de y + z ; & en y ajoûtant les neuf autres valeurs pour le cas du signe − placé avant le signe radical dans l’expression de y3, cela fait dix-huit au lieu de 36 qu’on auroit eu en combinant indifféremment les signes. Mais ce n’est pas tout.

Quoique chacune des valeurs de y & de z, employées & combinées comme on vient de le prescrire, paroisse donner une valeur de y + z, il faut encore rejetter celles dans lesquelles le produit zy ne sera pas égal à  ; car c’est une des conditions de la solution, comme on l’a vû plus haut, que  ; il est vrai que les dix-huit valeurs de y & z satisfont à la condition que . Mais cette condition est beaucoup plus étendue que la condition , quoique d’abord elle paroisse la même. Par exemple, ne donne qu’une valeur de u : mais donne trois valeurs de u. Pour le prouver, soit , & divisons par , il viendra , ce qui donne , ainsi donne , & . Donc quoique dans les dix-huit valeurs de on ait , il ne faut prendre que celles où . Cela posé.

Soient ces quatre équations :

I.
II.
III.
IV.

Et soit à la racine cubique de , on aura à la racine de , ce qui donnera :

Racines de la premiere équation.

1.

2.

3.

Racines de la seconde.

4.

5.

6.

Racines de la troisieme.

Sont les mêmes que de la seconde.

Racines de la quatrieme.

Sont les mêmes que de la premiere.

Donc, 1°. la combinaison des racines de la troisieme équation avec celles de la quatrieme, donnera le même résultat que celle des racines des deux premieres.

2°. Il ne faudra combiner ensemble que les valeurs de y & de z, & dont le produit sera , c’est-à-dire aa + bb ; car étant = à & on aura , D’où il s’ensuit,

3°. Qu’il faudra combiner la racine marquée (1) avec la racine marquée (4), ce qui donnera y=2a.

4°. Qu’il faudra combiner la racine marquée (2) avec la racine marquée (6), ce qui donnera .

5°. Qu’il faudra combiner la racine marquée (3) avec la racine marquée (5), ce qui donnera .

Voilà les trois racines de l’équation, & il est visible, par les regles que nous avons établies, que toutes les autres valeurs de y + z donneroient des expressions fausses de la racine x ; & que toutes les trois racines sont ici réelles.

On peut trouver aisément par la même méthode les trois valeurs de x dans tout autre cas que le cas irréductible. Par exemple, si q est positif, ou si q est négatif & < ou = , alors il faudra supposer , &  ; & l’on trouvera en ce cas une racine réelle & deux imaginaires, ou une racine réelle & deux autres réelles, égales entr’elles. C’est ce qu’il est inutile d’expliquer plus en détail : il ne faut pour s’en convaincre, que faire un calcul semblable à celui que nous avons fait pour trouver les trois racines dans le cas irréductible. (O)

Cas, en terme de Palais, se dit de certaines natures d’affaires, de délits ou de crimes. Ainsi les cas royaux sont ceux dont les seuls juges royaux connoissent : tels sont en matiere criminelle la fausse monnoie, le rapt, le port d’armes, la sédition, l’infraction de sauve-garde, & quelques autres. Pour le crime de lese-majesté, qui est aussi un des cas royaux, la connoissance en appartient exclusivement au parlement, du moins au premier chef. En matiere civile, le possessoire des bénéfices, les causes du domaine du Roi, les procès concernant les églises de fondation royale, & en général tous les délits où le Roi a quelqu’intérêt en sa qualité de Roi, voyez Royal ; voyez aussi la Conférence des nouvelles ordonnances au titre premier des matieres criminelles, où plusieurs autres cas royaux sont rapportés.

Il y a aussi des cas qu’on appelle prevôtaux, d’autres qu’on appelle cas privilégiés. Voyez Prevotal & Privilégié.

Il y en a enfin qu’on appelle ecclésiastiques, parce que les seuls juges d’église en peuvent connoître. (H)

* Cas de conscience, (Morale.) Qu’est-ce qu’un cas de conscience ? c’est une question relative aux devoirs de l’homme & du chrétien, dont il appartient au théologien, appellé casuiste, de peser la nature & les circonstances, & de décider selon la lumiere de la raison, les lois de la société, les canons de l’Eglise, & les maximes de l’Evangile ; quatre grandes autorités qui ne peuvent jamais être en contradiction. Voyez Casuiste.

Nous sommes chrétiens par la croyance des vérités révélées, & par la pratique des maximes évangéliques. Nous faisons à Dieu le sacrifice de notre raison par la foi, & nous lui faisons le sacrifice de nos penchans par la mortification : ces deux branches de l’abnégation de soi-même sont également essentielles au Salut : mais l’infraction n’en est peut-être pas également funeste à la société ; & c’est une chose encore à savoir, si ceux qui attaquent les dogmes d’une religion, sont aussi mauvais citoyens que ceux qui en corrompent la Morale.

Il semble au premier coup d’œil que le poison des Corrupteurs de la morale, soit fait pour plus de monde que celui des impies. La dépravation des mœurs est un effet direct de celle des principes moraux ; au lieu qu’elle n’est qu’une suite moins prochaine de l’irreligion ; mais suite toutefois presqu’infaillible, ainsi qu’un de nos plus grands orateurs, le P. Bourdaloue, l’a bien démontré. L’incrédule est d’ailleurs quelquefois un homme, qui las de chercher inutilement dans les sources communes & les conversations ordinaires, le rayon de lumiere qui devoit rompre l’écaille de ses yeux, s’est adressé au public, en a reçû les éclaircissemens dont il avoit besoin, a abjuré son erreur, & a évité le plus grand de tous les malheurs, la mort dans l’impénitence : c’est un homme qui s’est exposé à nuire à beaucoup d’autres, pour guérir du mal dont il étoit attaqué. Voyez l’article Certitude. Mais celui qui défigure la morale tend à rendre les autres méchans, sans l’espérance d’en devenir lui-même meilleur.

Au reste, quel que soit le parti qu’on prenne dans cette question, l’équité veut qu’on distingue bien la personne de l’opinion, & l’auteur de l’ouvrage : car c’est bien ici qu’on a la preuve complete que les mœurs & les écrits sont deux choses différentes. La foule des casuistes que Pascal a convaincus de relâchement dans les principes, en offre à peine un seul qu’on puisse accuser de relâchement dans la conduite : tous ne semblent avoir été indulgens que pour les autres : c’est au pié du crucifix, où l’on dit qu’il restoit prosterné des jours entiers, qu’un des plus fameux d’entr’eux résolvoit en Latin ces combinaisons de débauches si singulieres, qu’il n’est guere possible d’en parler honnêtement en François. Un autre passe pour l’avoir disputé aux peres du desert par l’austérité de sa vie. Mais nous ne nous étendrons pas davantage sur les mœurs des Casuistes : c’est bien assez d’avoir montré qu’elles n’avoient rien de commun avec leurs maximes.

Cas reservés, dans la Discipline ecclésiastique, sont certains péchés atroces dont les supérieurs ecclésiastiques se réservent l’absolution à eux-mêmes, ou à leurs vicaires généraux. Il y a quelques cas réservés au pape, suivant un ancien usage ou consentement des Eglises : autrefois il falloit aller à Rome pour en être absous ; à présent le pape en donne le pouvoir par des facultés particulieres, aux évêques & à quelques prêtres.

Les cas réservés au pape, suivant le rituel de Paris, sont 1°. l’incendie des églises & celle des lieux profanes, si l’incendiaire est dénoncé publiquement ; 2°. la simonie réelle dans les ordres & les bénéfices, & la confidence publique ; 3°. le meurtre ou la mutilation de celui qui a les ordres sacrés ; 4°. frapper un évêque ou un autre prélat ; 5°. fournir des armes aux infideles ; 6°. falsifier les bulles ou lettres du pape ; 7°. envahir ou piller les terres de l’Eglise Romaine ; 8°. violer l’interdit du saint-siége.

Les cas réservés à l’évêque sont 1°. frapper notablement un religieux ou un clerc in sacris ; 2°. l’incendie volontaire ; 3°. le vol dans un lieu sacré avec effraction ; 4°. l’homicide volontaire ; 5°. le duel ; 6°. machiner la mort de son mari ou de sa femme ; 7°. procurer l’avortement ; 8°. frapper son pere ou sa mere ; 9°. le sortilege ou empoisonnement, & la divination ; 10°. la profanation de l’eucharistie ou des saintes huiles ; 11°. l’effusion violente de sang dans l’église ; 12°. la fornication dans l’église ; 13°. abuser d’une religieuse ; 14°. le crime du confesseur avec sa pénitente ; 15°. le rapt ; 16°. l’inceste au deuxieme degré ; 17°. la sodomie, & autres péchés semblables ; 18°. le larcin sacrilege ; 19°. le crime de faux, faux témoignage, fausse monnoie, falsification de lettres ecclesiastiques ; 20°. simonie & confidence cachée ; 21°. supposition de titre ou de personne à l’examen pour la promotion aux ordres.

Les réservations sont différentes suivant l’usage des dioceses, & elles sont fort utiles pour donner plus d’horreur des grands crimes, par la difficulté d’en recevoir l’absolution. Le prêtre pénitencier est établi principalement pour absoudre de ces cas : mais à l’article de la mort il n’y a ni réservation de cas, ni distinction de confesseur ; tout prêtre peut absoudre celui qui se trouve en cet état, pourvû qu’il ait donné quelque signe de pénitence. Fleury, Instit. au Droit ecclés. tome I. part. 2. chap. iv. page 288. & suiv.

Il y a aussi dans les couvens des cas réservés par les chapitres, dont il n’y a que les supérieurs qui ayent droit d’absoudre. (G)

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Étymologie de « cas »

Provenç. cas ; espagn. et ital. caso ; de casus, chute, cas, événement, désinence, dont le radical se trouve dans cadere, tomber (voy. CHOIR).

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Du latin casus.
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Phonétique du mot « cas »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
cas ka

Évolution historique de l’usage du mot « cas »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « cas »

  • Le kiné touche le patient et l’argent du patient. Dans les deux cas, il palpe. De Vincent Roca / On n’a jamais vu une banane flamber au casino
  • Quand l'épée est dans votre gorge, que se passe-t-il en cas de hoquet ? De Woody Allen
  • Un honnête homme ne saute à la gorge d'un autre qu'en cas de nécessité urgente. De Alexandre Soukhovo-Kobyline / L'affaire
  • Ce que nous aimons dans nos amis, c'est le cas qu'ils font de nous. De Tristan Bernard / Deux amateurs de femmes
  • C'est curieux : quand on refuse tout sauf le meilleur, on l'obtient dans bien des cas. De Somerset Maugham
  • Or, l'épidémie est toujours bien présente et le virus est encore très actif dans plusieurs régions du monde. Le nombre des décès recensés dans le monde a doublé en un peu moins de deux mois avec 250 000 cas depuis le 5 mai et près de 50 000 décès supplémentaires lors des 10 derniers jours. leparisien.fr, Coronavirus : plus de 500000 morts et dix millions de cas dans le monde - Le Parisien
  • Ce nombre a doublé en un peu plus d’un mois, avec plus d’un million de nouveaux cas sur les seuls six derniers jours. En Chine, aux Etats-Unis ou au Portugal, un reconfinement partiel se met en place. Le Monde.fr, Coronavirus : le nombre de cas déclarés dans le monde dépasse les 10 millions
  • Près de 10 000 nouveaux cas de Covid-19 ont été diagnostiqués en 24 heures en Floride, 3 591 en Arizona et leur nombre augmente dans les zones rurales… Rien ne semble enrayer la propagation du nouveau coronavirus dans certains Etats du Sud et de l’Ouest des Etats-Unis. Avec 9 585 nouvelles infections et 24 morts en 24 heures, la Floride établit un triste record pour le deuxième jour de suite. Le Monde.fr, Record de cas de coronavirus recensés dans le sud et l’ouest des Etats-Unis
  • Certaines fiançailles se terminent bien, mais dans la plupart des cas, les deux parties se marient. De Sally Poplin
  • La pédérastie est un cas bandable. De Paul Verlaine
  • Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile. De Jean de La Fontaine / Fables
  • L’ordinateur est un appareil sophistiqué auquel on fait porter une housse la nuit en cas de poussière et le chapeau durant la journée en cas d’erreur. De Philippe Bouvard / Les Pensées
  • L’histoire a-t-elle noté un seul cas où la majorité aurait eu raison ? De Robert Heinlein
  • Le premier cas de la sagesse est de tout accuser. Le dernier : de tout concilier. De Georg Christoph Lichtenberg
  • Le hasard dans certains cas, c'est la volonté des autres. De Alfred Capus / Notes et pensées
  • Les grands principes parviennent rarement à ne pas créer l'injustice dans les cas particuliers. De James Fenimore Cooper / L'égalité américaine
  • Le mot national est une étiquette qui falsifie un produit dans plus d'un cas. De Gilbert Louvain / La Catherine de Montréal
  • L'impuissance est créée à 99% des cas par une fermeture éclair coincée. De François Cavanna / L’Almanach-agenda
  • C'est le genre de « première » dont la ville de Pontault-Combault se serait bien passée. Après avoir été la première ville de Seine-et-Marne à fermer une école à cause d'un cas de Covid en milieu de semaine, elle vient d'apprendre qu'elle est aussi la première ville du département à recenser un cas de Covid dans un collège. Samedi, une élève de 4e du collège Condorcet a été testée positive comme l'a révélé un courrier de la principale diffusé par l'association autonome des Parents d'élèves (AAPE) de Pontault-Combault sur leur page Facebook dimanche matin. leparisien.fr, Seine-et-Marne : un cas de Covid au collège Condorcet de Pontault-Combault - Le Parisien
  • La pandémie du nouveau coronavirus a fait 498.779 morts dans le monde, selon un bilan établi par l'AFP. Près de 10 millions de cas d'infection ont été officiellement diagnostiqués dans 196 pays et territoires depuis le début de l'épidémie, dont au moins 4.806.500 sont aujourd'hui considérés comme guéris. L'Europe est le continent le plus touché, avec 2,6 millions de cas, mais en nombre de morts, les États-unis sont largement en tête. Le pays comptabilise plus de 125.000 décès et a passé samedi la barre des 2,5 millions de contaminations, selon le comptage de l'université Johns Hopkins, alors que la pandémie semble hors de contrôle singulièrement dans le sud du pays, déjà le plus frappé au monde. Europe 1, EN DIRECT - Coronavirus : plus de 10 millions de cas détectés dans le monde
  • Un nombre de cas qui ne cesse d’augmenter... et pas seulement à Pékin. Depuis plusieurs jours, certains quartiers de la capitale chinoise sont confinés, suite à la découverte de plusieurs dizaines de cas positifs au coronavirus. Ce dimanche, onze nouveaux tests positifs ont été recensés dans le canton d’Anxin, situé à 60 kilomètres au sud de Pékin, dans la province du Hebei. LCI, Coronavirus en Chine : onze nouveaux cas découverts à 60 kilomètres de Pékin, 500.000 personnes confinées | LCI
  • Le monde, confronté depuis décembre dernier à la pandémie de Covid-19, a franchi dimanche deux seuils symboliques: plus d’un demi-million de morts et dix millions de cas, alors que le virus continue de faire des ravages aux Etats-Unis et semble redémarrer en Chine. Selon un comptage effectué par l’AFP à partir de sources officielles, 500.390 décès et 10.099.576 cas étaient officiellement recensés dimanche à 22h00 GMT. Le nombre des décès recensés dans le monde a doublé en un peu moins de deux mois (250.000 le 5 mai) et 50.000 décès supplémentaires ont été enregistrés ces 10 derniers jours. , Vaccin expérimental au Brésil, dix millions de cas dans le monde... le point sur le coronavirus

Images d'illustration du mot « cas »

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Traductions du mot « cas »

Langue Traduction
Anglais case
Espagnol caso
Italien caso
Allemand fall
Portugais caso
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Synonymes de « cas »

Source : synonymes de cas sur lebonsynonyme.fr
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