La langue française

Baron

Définitions du mot « baron »

Trésor de la Langue Française informatisé

BARON1, ONNE, subst.

I.− Subst. masc.
A.− HISTOIRE
1. HAUT MOY. ÂGE et FÉOD. Titre commun à la haute noblesse pour désigner un grand seigneur du royaume relevant directement du roi. Haut baron :
1. Le duc d'Orléans, nonobstant les ordres qu'il avait reçus, était venu en personne. Ses frères, les ducs de Berri, d'Alençon, de Bourbon, de Bar, les comtes de Richemont et de Vendôme, plus de quinze autres grands barons du royaume avaient conduit leurs hommes d'armes. Barante, Hist. des ducs de Bourgogne,t. 4, 1821-24, p. 63.
2. Je suis vingt-deux fois comte. Mon grand-père avait trois cent mille livres de rente, était gouverneur de Saint-Domingue, général de brigade, et marquis de l'Isle-Adam, près Paris. − J'ai la grande croix de l'Ordre de Malte, et notre titre sous Louis XII, était grands barons de France, qui avaient le pas sur les ducs. Villiers de L'Isle-Adam, Correspondance,1873, p. 179.
3. Suivi de tous les contingents de la Syrie franque et aussi d'un haut baron récemment arrivé en pèlerinage, le comte de Flandre Thierry d'Alsace, Baudouin alla mettre le siège devant la ville arabe de Chaizar qui commande le cours du moyen Oronte. Grousset, L'Épopée des croisades,1939, p. 184.
Haut baron. Seigneur possédant une des quatre notables baronnies de France (Coucy, Craon, Sully et Beaujeu).
Premier baron chrétien. Chef de la maison de Montmorency dont l'aïeul avait été le premier à prêter serment à Robert le Fort :
4. ... c'était le sire de Montmorency, premier baron chrétien de France, ce qui voulait dire le premier des anciens vassaux de la crosse de Paris. A. France, Vie de Jeanne d'Arc,1908, p. 82.
2. MOY. ÂGE et HIST. MOD. Gentilhomme (ou celui) qui possède une terre donnant droit à ce titre (cf. baronnie* B) :
5. ruggieri, reprenant. − Nogaret de la Valette, baron d'Épernon, ta faveur passée n'est rien auprès de ce que sera ta faveur future. A. Dumas Père, Henri III et sa cour,1829, I, 3, p. 127.
6. Et, à droite, ce gentilhomme tout bardé de fer, sur un cheval qui se cabre, est son petit-fils Louis de Brézé, seigneur de Breval et de Montchauvet, comte de Maulevrier, baron de Mauny, chambellan du roi, chevalier de l'ordre et pareillement gouverneur de Normandie, mort le 23 juillet 1531, ... Flaubert, Madame Bovary,t. 2, 1857, p. 87.
3. Cour. Noble dont le titre, conféré par le souverain ou reçu en héritage, se situe entre celui de vicomte et de chevalier :
7. − Allons donc? dit Beauchamp, ce mariage ne se fera jamais. Le roi a pu le faire baron, il pourra le faire pair, mais il ne le fera point gentilhomme, et le comte de Morcerf est une épée trop aristocratique pour consentir, moyennant deux pauvres millions, à une mésalliance. Le vicomte de Morcerf ne doit épouser qu'une marquise. A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 573.
B.− P. anal. Homme puissant ou important.
1. [Homme puissant ou important] Par sa richesse ou sa situation sociale. Baron de la finance :
8. Voici un instituteur primaire à qui le budget n'assure que cent écus, un digne curé qui doit se contenter de mille francs, sur lesquels il prélève la part du pauvre! Et un bonnetier, dans l'exercice de ses fonctions sociales, percevra cent fois autant qu'un président de tribunal, cent vingt fois autant qu'un curé, cinq cents fois autant qu'un instituteur primaire. (...). J'étais donc un des hauts barons du commerce de détail et de demi-gros. On ne se rend pas suffisamment compte de la puissance qui s'attache à cette fonction. Reybaud, Jérôme Paturot,1842, p. 158.
2. Vieilli. [Homme puissant ou important] Par son influence ou les pouvoirs que lui donne la loi.
a) Saint :
9. Certes, aux champs de l'espace, en ces combats étranges, Que les noirs Séraphins livrèrent aux Archanges, Cet écu fut gagné par un Baron du ciel; ... Hérédia, Les Trophées,1893, p. 145.
b) Mari :
10. − Chasseur, j'en sais une aussi tendre. Je ne veux pas perdre mon temps. Pour la dire apprends l'aventure Du spectre d'un baron jaloux, Entraînant à sa sépulture La beauté dont il fut l'époux. Ce récit, quand la nuit est noire, Fait frissonner les assistants. Béranger, Chansons,t. 3, Le Chasseur et la laitière, 1829, p. 189.
3. Arg. Compère d'un escroc; voleur :
11. Le camelot (...) a le plus souvent besoin d'un langage-code incompris du « trêpe » pour donner des indications aux barons, c'est-à-dire aux compères. A. Breffort, L'Œuvre,25 janv. 1937, p. 2, col. 1.
II.− Subst. fém.
A.− Anc. Femme noble qui possédait une terre donnant droit à ce titre (cf. baronne* B).
Rem. Attesté dans les princ. dict. du xixeet du xxesiècle.
Rare. Épouse ou veuve de baron (cf. supra A 3); femme noble ayant reçu ce titre par analogie avec celui d'un baron :
12. Je nommerai Madame de Makau baronne, puisque tu le désires, et ferai tes autres commissions. Napoléon 1er, Lettres à Joséphine,1809, p. 195.
B.− Épouse d'un baron (cf. supra A 2, 3) :
13. Je confesse, avant tout, que je n'ai pas le droit de désigner Janthe par son nom de baptême. Si je la traite si familièrement, c'est que ce nom est le seul qui lui reste de tous ceux qu'elle a portés. Elle a pris et perdu successivement le nom de lady E, de baronne F et de comtesse T; et, quoique le comte T, le baron F et lord E soient vivants tous les trois, Janthe aujourd'hui s'appelle Janthe, et rien de plus. About, La Grèce contemporaine,1854, p. 94.
C.− Au fig. :
14. Seuls les curés des paroisses riches peuvent permettre aux précieuses baronnes de l'usure ou aux belles vicomtesses de Gomorrhe, de prendre leur chocolat avant la communion. Bloy, Journal,1905, p. 287.
Prononc. : [baʀ ɔ ̃], fém. [-ɔn]. Également [bɑ ʀ ɔ ̃]. V. à ce sujet Fouché Prononc. 1959, p. 85 : ,,l'[ɑ] ne fait que se survivre dans baron, (...), il en est de même des dérivés``.
Étymol. ET HIST. Baron I. − Ca 1100 ber cas suj. « homme brave, valeureux » (Roland, éd. Bédier, 430 : Iço vus mandet Carlemagnes li ber), seulement en a.fr.; désigne les saints, baron cas régime (Ibid., 3685 : Desur l'alter seint Sevrin le baron Met l'oliphan plein d'or e de manguns); fin xiies. désigne l'époux (Flore et Blanche flor, 2evers. 792, du Méril dans Gdf. : Sa feme et s'espose et s'amie D'une des costes del baron Faistes a vostre faiçon), sens conservé en pic. (Cotgr.), noté également de Fur. 1690 à Trév. 1771, encore dans Montesquieu (Littré). II.− a) xes. « grand seigneur du royaume » (St Léger, v. 49-54 dans K.-J. Hollyman, Le Développement du vocab. féod. en France pendant le Haut Moy. Âge, Paris, Minard 1957, p. 127 : Quandius visquet ciel reis Lothiers, Bien honorez fud sancz Lethgiers. Il se fud morz, damz i fu granz. Cio controverent baron franc Por cio que fud de bona fiet, De Chilperig fessissent rei); ca 1100 barun « vassal issu de la haute noblesse » (Roland, 275 : Car m'eslisez un barun de ma marche) − xvies. dans Hug., devenu ensuite terme hist.; b) xiies. dr. féod. « celui qui possède une baronnie et est au-dessous du comte » (Lois de Guillaume, § 16 dans Hollyman, loc. cit. : Li arcevesque averad de forfeiture XL sol. en Merchenelake, e li eveske XX sol. e li queons XX sol. et li barun X sol. e li socheman XL den.); 1454-1458 baron « id. » (Chastellain, Œuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, 1864, t. 3, p. 71 : Sy y vinrent au jour ordonné les prélas du pays, samblablement les barons et nobles d'Hollande et Seelande, avecques les bonnes villes en députation notable); 1901 arg. (A. Bruant, Dict. fr.-arg., p. 8 : acolyte... Baron). Baronne I. − Ca 1300 barone « femme, épouse » (Macé de la Charité, Bible, Richel., 401, fo2edans Gdf. : Quant Adam de dormir leva Et celle joste lui trova, Ceu est, fist il, bien dire l'os, Os qui est formez de mes os Et char de ma char reformee, Icete est barone nomee, Enssit pour voyr la nomeron, Quar el est prise de baron), attest isolée. II.− 1611 barone « femme de baron, femme possédant une baronnie » (Cotgr.). Baron I empr. au germ. *baro « homme libre », à rattacher à l'a. nord. berja « frapper, tuer », remontant à la racine i.-e. *bher- « couper, fendre » (De Vries Anord.; IEW, p. 134). Ce mot, introduit dans la Romania par les mercenaires germaniques, est attesté par Isidore (Orig., 9, 4, 31 dans TLL s.v., 1756, 5 : iidem [mercennarii] et barones); il est déjà attesté au sens de « vir » opposé à mulier dans la Loi Salique (508-511, Lex Sal., tit. 37 § 1 sq dans Nierm. : Si quis baronem ingenuum de via sua ostaverit ... Si quis mulierem ingenuam de via sua ostaverit). II empr. au ves., lors de l'invasion de la Gaule du nord, à l'a.b.frq. (sace) baro (sace-, peut-être à rattacher à l'a.nord. saka « accuser, lutter », d'où sace- « litige, procès », les sacebarones étant surtout chargés de la perception des amendes judiciaires, v. De Vries Anord.) attesté dans la Loi Salique au sens de « fonctionnaire subordonné au comte » (Lex Salica, éd. H.O.W. Geffcken, p. 31ds Hollyman, op. cit., p. 123); (sace) baro devenu baro désigna ensuite les nobles du royaume (Capit., anno 856, II, p. 424, 1. 29 dans Nierm. : Cum illustribus viris et sapientibus baronibus [post nomina episcoporum, abbatum, ducum, marchionum, comitum]), les vassaux issus de la noblesse (1038, Miraeus, Opera, I, p. 659, ibid. : Coram baronibus meis [id est : comitis Flandriae]). Le fr. baron, titre de noblesse, supplanta peu à peu dans la France féodale, le sens I et passa dans les autres lang. romanes (REW3, no962). Baronne, fém. de baron.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 6 089. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 14 087, b) 11 026; xxes. : a) 5 866, b) 4 437.
DÉR.
Baronner, verbe trans.,arg. Servir de baron (supra I B 3), de compère à un camelot, à un escroc. Alors, c'est entendu, tu me baronneras ce soir (A. Bruant, Dict. fr.-arg.,1905, p. 119) 1reattest. 1905 id.; dénominatif de baron1étymol. II, dés. -er.
BBG. − Brüch (J.). Bemerkungen zum französischen etymologischen Wörterbuch E. Gamillschegs. Z. fr. Spr. Lit. 1927, t. 49, p. 298. − Brüch (J.). Der Einfluß der germanischen Sprachen auf das Vulgärlatein. Heidelberg, 1913, p. 162. − Duch. 1967, § 47. − Goug. Mots t. 1 1962, pp. 115-116. − Hollyman (K. J.). Le Développement du vocab. féodal en Fr. pendant le haut Moy. Âge. Genève-Paris, 1957, p. 89; pp. 127-129; 134-135, 149-151. − Pope 1961 [1952] § 25, 31, 86, 756, 793, 800, 1232. − Sain. Lang. par. 1920, p. 233.

BARON2, subst. masc.

ART CULIN. Grosse pièce de bœuf. Baron d'agneau, de mouton. Les gigots, la selle et le filet d'un agneau, d'un mouton.
Rem. Attesté dans Rob., Lar. encyclop., Quillet 1965.
Prononc. ET ORTH. − Cf. baron1.
Étymol. ET HIST. − 1928 (Lar. 20e). Peut-être empr. à l'angl. baron of beef « gros morceau de bœuf » terme de boucherie (Dauzat dans Fr. mod., t. 20, p. 53) attesté dep. av. 1755 (Samuel Johnson, A Dictionary of English Language, London, 1755 qui cite un dict. ant.), d'orig. inconnue (NED); un rattachement à baron1* titre de noblesse paraît douteux.
BBG. − Dauzat (A.). Baron d'agneau. Fr. mod. 1952, t. 20, p. 53. − Rat (M.). Sur le front de l'orth. Déf. Lang. fr. 1965, no30, p. 10.

Wiktionnaire

Nom commun 1

baron \ba.ʁɔ̃\ ou \bɑ.ʁɔ̃\ masculin (pour une femme on dit : baronne)

  1. (Noblesse) Grand seigneur du royaume.
    • Le roi assembla ses barons.
    • Les hauts barons, les principaux d’entre les seigneurs.
  2. (Noblesse) Noble possédant une terre avec titre de baronnie.
    • La société enrichie la veille par des spéculations, honnêtes ou non, joignait à ses richesses des titres nobiliaires ; chacun s’improvisait comte, marquis ou baron. — (Général Ambert, Récits militaires : L’invasion (1870), p. 240, Bloud & Barral, 1883)
    • L’autre est venu se présenter, en disant : « Je suis le baron des Acates », et M. le comte a dit : « Je vous croyais baron d’Agneau. » L’autre est parti sans dire un mot. — (Marcel Pagnol, Le château de ma mère, 1958, collection Le Livre de Poche, page 336)
  3. (Figuré) Homme puissant.
    • Les hauts barons de la finance, de l’industrie, les financiers, les industriels les plus riches et les plus puissants.
  4. (Vieilli) Mari.
    • Il fallait encore qu’une femme fût autorisée par son baron, c’est-à-dire son mari, pour appeler ; mais sans cette autorité elle pouvait être appelée. — ( Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748, livre XXVIII, chapitre XXV)
  5. Faux client complice du vendeur qui achète un produit dans le but d’inciter de façon subliminale les gens à acheter aussi.
    • J’utilisais un baron, vous savez ce que c’est un baron ? Un baron, c’est un faux client, qui achetait. — (Christophe Carrière, émission télévisuelle Touche pas à mon poste, 8 mai 2015)

Nom commun 2

baron \ba.ʁɔ̃\ ou \bɑ.ʁɔ̃\ masculin

  1. Grosse pièce de viande.
    • Un baron d’agneau, de mouton.
  2. (Métrologie) Chope de bière d’un litre (ou d’un demi-litre selon les régions).
    • Un baron de bière.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

BARON, ONNE. n.
Celui, celle qui possédait une baronnie. Il se disait autrefois des Grands seigneurs du royaume. Le roi assembla ses barons. Il s'est dit plus tard d'un Simple titre de noblesse conféré par le souverain.

Littré (1872-1877)

BARON (ba-ron) s. m.
  • 1Originairement, tout grand seigneur du royaume. Les hauts barons, les principaux d'entre les seigneurs.

    Fig. Les hauts barons de la finance, de l'industrie, les financiers, les industriels les plus riches et les plus puissants.

  • 2Tout gentilhomme possédant une terre avec titre de baronnie.
  • 3Aujourd'hui simple titre de noblesse conféré par le souverain.
  • 4Anciennement, mari. Il fallait qu'une femme fût autorisée par son baron, c'est-à-dire son mari, Montesquieu, Esp. XXVIII, 259.

HISTORIQUE

XIe s. Seigneur baron, à Charlemagne irez, Ch. de Rol. v. Il nen i a chevalier ne barun…, ib. CLXXIV. Deus ! quel baron, s'eüst [s'il avait] chrestienté ! ib. CXXIV.

XIIe s. Uns bers fu ja en l'antif pople Deu, e out num Helcana, Rois, p. 1. De Roland le baron [brave], En Roncivaus, quant nos le trouveron…, Ronc. p. 29. [Il] N'i a baron qui tant soit redoutanz [redoutable], ib. p. 34. Seignor baron, de vous ait Dex mercis, ib. p. 86. Nostre sires est ja vengés Des haus barons qui or lui ont failli, Quesnes, Romancero, p. 98. Se [je] ne l'oi à baron [mari], de deuil serai estainte, Audefroi le Bastard, ib. p. 17. Cil dedans se defendent com nobile baron, Sax. VIII. À la riche abaïe du baron Saint Maart [Médard], Sax. VIII.

XIIIe s. Li rois tous ses barons y eut fait assembler, Berte, III. Maint haut baron l'adestrent mout debonnairement, ib. IX. À Dieu [elle] s'est commandée et au baron saint Pierre, ib. X. Et puis que elle aura douze ans passés, le seignor la peut semondre de prendre baron [mari], Ass. de Jér. I, 264. Feme sans le congé de son baron ne se pot metre en tel cas en cort por apeler, Beaumanoir, LXIII, 1. Uns chevaliers espousa une dame la quele avoit enfans d'autre baron, Beaumanoir, XII, 10. [Elle] Cest an pleure et cest an prie, Et cest an [elle] panra [prendra] baron, Rutebeuf, 187.

XVe s. Cette nuit avoient fait le guet deux grands barons de France, le sire de Montmorency et le sire de Saint Sauf-lieu…, Froissart, I, I, 139.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

BARON, s. m. (Hist. mod.) nom de dignité, homme qui a une baronie. Voyez Baronie. Baron est un terme dont l’origine & la premiere signification est fort contestée. Quelques-uns veulent qu’il signifie originairement ἀνὴρ, homme ; d’autres un héros, un homme brave : ceux-ci libertinus, un affranchi ; ceux-là, un grand homme, un homme riche ; d’autres, un vassal. Menage le fait venir de baro, que nous trouvons employé dans le tems de la pureté de la langue Latine pour vir, homme brave, vaillant homme. De là vint, suivant cet auteur, que ceux qui avoient leur place auprès du Roi dans les batailles, furent appellés barones, ou les plus braves de l’armée. Comme les princes récompensent ordinairement la bravoure & la fidélité de ceux qui les environnent, par quelques fiefs, ce mot fut ensuite employé pour désigner quelques hommes nobles, qui tenoient un fief immédiatement du Roi. Isidore, & après lui Cambden, regardent ce terme comme un mot qui a signifié dans son origine, un soldat mercenaire. MM. de P. R. le font venir de βάρος, poids ou autorité. Cicéron employe le mot de baro pour marquer un homme stupide, brutal. Les anciens Allemands parlent d’un baron comme nous d’un vilain ; & les Italiens momment barone, un gueux, un mendiant. M. de Marca fait venir baron du mot Allemand bar, homme, ou homme libre : d’autres en vont chercher l’étymologie dans les langues Hébraïque, Gauloise, Celtique : mais l’opinion la plus probable est qu’il vient de l’Espagnol varo, homme brave, noble. C’est de là que les femmes appellent barons leurs maris ; de même que les princes, leurs fermiers. Dans les lois Saliques, comme elles viennent des Lombards, le mot baron signifie un homme en général ; & l’ancien glossaire de Philomenes traduit baron par ἀνὴρ, homme.

Baron, est employé en Angleterre dans une signification plus particuliere, pour signifier un seigneur, un lord ou pair de la derniere classe, c’est-à-dire du degré de noblesse qui est immédiatement au-dessous des vicomtes, & au-dessus des chevaliers & des baronets. Voyez Noblesse, Pair, &c.

Les barons sont seigneurs du parlement, pairs du royaume, & joüissent de leurs priviléges ; ils ne sont pas ceints de l’épée à leur création, & n’ont eu de couronne à leurs armes que sous le regne de Charles II. qui leur accorda un cercle d’or avec six perles placées au bord.

Dans les anciennes archives, le terme de baron comprenoit toute la noblesse d’Angleterre ; tous les nobles s’appelloient barons, de quelqu’autre dignité qu’ils fussent revêtus : c’est pour cette raison que la charte du roi Edouard I. qui est une exposition de tout ce qui a rapport aux barons de la grande charte, finit par ces mots : Testibus archiepiscopis, episcopis, baronibus, &c. La grande assemblée même de la noblesse, qui est composée des ducs, des marquis, & en outre des comtes & des barons, est comprise sous le nom de l’assemblée du baronage.

On distingue les barons par leurs anciens titres, qui possédoient un territoire du roi, qui s’en réservoit toûjours le titre en chef ; & les barons par leur titre temporel, qui tenoient les seigneuries, les châteaux & places, comme chefs de leur baronie, c’est-à-dire, par la grande sergenterie : en vertu de ces titres, ils étoient anciennement convoqués au parlement : mais à présent ils ne sont seigneurs lords du parlement, que quand on les y appelle par écrit.

Après la conquête, les barons furent distingués en grands barons & en petits barons, majores & minores, & il leur fut accordé d’être convoqués au parlement ; les grands par une lettre immédiate du roi, les petits par une lettre générale du grand sherif ou échevin, sur le commandement du roi.

Les anciens distinguoient les grands barons des petits, en accordant aux premiers haute & même souveraine jurisdiction, & aux seconds une jurisdiction inférieure, & sur des matieres de peu d’importance.

Les barons de l’échiquier, sont des juges au nombre de quatre, auxquels est commise l’administration de la justice dans les causes d’entre le roi & ses sujets, sur les matieres qui concernent l’échiquier & les revenus du roi. Ils sont appellés barons, parce que les barons du royaume étoient employés dans cet office.

Leur fonction est aussi de voir les comptes royaux ; ils ont pour cette fin des auditeurs sous eux, de même que pour décider des causes qui regardent les revenus du roi, ces causes appartenant en quelque façon à l’échiquier.

Les barons de l’échiquier ont été jusque dans ces derniers tems des gens savans ès lois, des anciens maires, des personnages importans & éclairés ou censés tels, soit dans le clergé, soit à la cour ; majores & discretiores in regno, sive de clero essent, sive de curiâ.

Les barons des cinq ports sont maîtres de la chambre des communes, élûs par les cinq ports, deux pour chacun. Voyez Cinq ports. Ceux qui ont été maires du château de Corfe dans le comté de Dorset, sont nommés barons. Les principaux bourgeois de Londres avoient autrefois ce titre.

En France on entendoit anciennement par barons, tous les vassaux qui relevoient immédiatement du Roi ; ainsi ce mot comprenoit les ducs, les marquis, comtes, & autres seigneurs titrés & qualifiés, comme on le peut voir dans Aimoin & dans quelques-unes de nos vieilles chroniques, où le Roi haranguant les seigneurs de sa cour ou de son armée, les appelle mes barons. Mais maintenant on employe ce terme dans une acception beaucoup moins générale, puisqu’il ne signifie que le degré de la noblesse, qui est immédiatement au-dessous des ducs, des marquis, des comtes & des vicomtes, quoiqu’il y ait en France & en Allemagne d’anciens barons qui ne voudroient pas le céder à des nobles illustrés depuis peu de ces divers degrés de noblesse. Nos auteurs font aussi mention des barons de Bourges & d’Orléans, titres accordés à quelques-uns des principaux bourgeois de ces villes, comme à ceux de Londres, mais qui n’emportoient point avec eux de caractere de noblesse, & donnoient seulement à ces citoyens quelques prérogatives, comme de n’être pas tenus de répondre en justice sur certaines choses hors de l’enceinte des murs de leur ville. Les trois premiers barons de France dans la noblesse, étoient ceux de Bourbon, de Conty, de Beaujeu : mais ces baronies ont été depuis réunies à la couronne. Dans le clergé il y a des évêques, des abbés, & des prieurs barons ; soit qu’anciennement les rois leur ayent accordé ce titre, soit qu’ils possedent par leurs libéralités des baronies, ou qu’ils les tiennent en fief de la couronne. Voyez Noblesse. (G)

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Étymologie de « baron »

(Nom commun 1) (Date à préciser) Attesté dans le latin baro (« mercenaire ») chez Isidore de Séville, il a le sens de « homme » dans la Loi Salique et provient du gotique 𐌱𐌱𐍂𐍉, bārō, introduit dans la Romania par les mercenaires germaniques [1].
Le sens nobiliaire est issu du vieux-francique sacebaro, également attesté dans la Loi Salique au sens de « greffier de justice » (→ voir ministre pour un autre mot qui a évolué du sens de « serviteur » à « personnage important »), composé de baro au sens précédent et de *sace- « litige, procès », peut-être à rattacher au norrois saka « accuser » (→ voir seek [2] en anglais, suchen en allemand).
Le sacebaro devenu baro désigna ensuite les nobles du royaume ((856) Cum illustribus viris et sapientibus baronibus [post nomina episcoporum, abbatum, ducum, marchionum, comitum]), les vassaux issus de la noblesse.
Le titre de noblesse supplanta peu à peu, dans la France féodale, le sens premier de « homme », et passa dans les autres langues romanes puis européennes.
(Nom commun 2) (XVIIIe siècle) De l’anglais baron (« gros morceau »), d’origine inconnue [1].
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Wallon, baron, mari ; anc. Français, ber ou bers, au nominatif, et baron, au régime ; provenç. bar, au nominatif, et baron, au régime ; espagn. varon ; ital. barone. Le sens de ce mot dans les langues romanes est homme fort, mari, guerrier vaillant, noble, seigneur. Baro se trouve dans la latinité, avec le sens : 1° de homme stupide ; 2° de goujat d'armée (et on lui attribue une origine gauloise) ; Isidore lui attribue le sens de mercenaire, dur au travail. Il y a dans le celtique : ancien kymri, bar, héros. On objecte que les noms latins ou allemands seuls donnent un sujet différent du régime : ber, baron ; mais connaît-on assez bien l'ancien celtique pour affirmer qu'il ne permettait pas une semblable flexion ; et n'a-t-on pas, dans le bas-latin, barus : barum vel feminam, de la Loi des Allemands ? Le celtique a aussi fear, homme ; et le fait est qu'on trouve varones dans des textes qui viennent des environs des Pyrénées, et farones dans un très vieil auteur (voy. DU CANGE). Diez est disposé à rapprocher baro de l'anc. haut allem. beran, goth. bairan, porter ; d'où le sens d'homme robuste, et toute la suite des significations. Burguy le tire aussi de bairan, porter, mais par une autre dérivation : anglo-sax. bearn ; frison, bern, un enfant, un être humain ; angl. sax. beorn, un homme, un grand. Ces étymologies allemandes, sans être complétement sûres, sont probables ; mais il est probable aussi que le celtique bar et peut-être fear ont concouru à confirmer et à préciser le sens du mot germanique dans les langues romanes et ont laissé des traces dans barus et dans faro. Dans l'ancien français, li ber, au nominatif singulier, de báro, avec l'accent sur l'a ; le baron, au régime singulier, de barónem, avec l'accent sur l'o ; li baron, au nominatif pluriel ; les barons, au régime pluriel. La nécessité de satisfaire par un accent qui se déplace à ber et baron, ne permet plus d'accorder aucune attention à vir, qui avait été proposé pour étymologie.

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Phonétique du mot « baron »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
baron baɾon

Évolution historique de l’usage du mot « baron »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « baron »

  • Si l'homme est véritablement le roi de la création, le chien peut, sans être taxé d'exagération, en passer pour le baron, tout au moins. De Alphonse Allais / Pas de bile

Images d'illustration du mot « baron »

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Traductions du mot « baron »

Langue Traduction
Anglais baron
Espagnol barón
Italien barone
Allemand baron
Portugais barão
Source : Google Translate API

Synonymes de « baron »

Source : synonymes de baron sur lebonsynonyme.fr

Baron

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