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Aveugle

Variantes Singulier Pluriel
Masculin et féminin aveugle aveugles

Définitions de « aveugle »

Trésor de la Langue Française informatisé

AVEUGLE, adj. et subst.

I.− Adjectif
A.− [En parlant d'animés]
1. Sens physique. [En parlant d'une pers. ou d'un animal] Qui est privé de l'usage, plus rarement des organes, de la vue. Une personne aveugle; un cheval, un insecte aveugle; être, devenir aveugle :
1. Il portait le bât, le collier, tout le harnachement du cheval de labour. On voit au fond des caves, au Maroc, des meules tirées par des chevaux aveugles. Saint-Exupéry, Terre des hommes,1939, p. 248.
2. Faut-il rappeler aussi le cas bien connu de cette petite fille aveugle, sourde et muette, Helen Keller? Il offre l'extraordinaire expérience de la découverte du langage humain et de sa double fonction symbolique par un être privé des moyens normaux de communication avec autrui et avec le monde extérieur. Traité de sociol.,1968, p. 261.
ANATOMIE
a) Point aveugle. ,,Zone de la rétine dépourvue de cellules visuelles en face du nerf optique`` (Pt Lar. 1968).
b) Tache aveugle. ,,La tache aveugle de Mariotte (1668) correspond à un trou dans la vision dû à la papille optique ne contenant pas d'éléments de perception`` (Rav. 1970).
Proverbe. Changer son cheval borgne contre un aveugle. Empirer sa situation, sa condition.
P. métaph., pop. Bouillon, potage aveugle. ,,Potage qui devrait être gras, avoir des yeux de graisse, et qui est maigre`` (A. Delvau, Dict. de la lang. verte, 1866, p. 315).
2. Au fig. Qui manque de jugement, de discernement.
a) [En parlant d'une pers.] Qui refuse ou est incapable de voir la réalité, de se rendre à l'évidence :
3. À quelque foi qu'on appartienne, il faut être aveugle pour ne pas reconnaître une destination spéciale et providentielle ou naturelle dans ces forteresses élevées à l'embouchure et à l'issue de presque toutes les plaines de la Galilée et de la Judée. Lamartine, Voyage en Orient,t. 1, 1835, p. 307.
4. − J'ai été légère, c'est possible! s'exclama-t-elle les larmes aux yeux, j'étais aveugle. Mais tout ce que vous me dites me rend plus clairvoyante, et je ne veux plus encourir le même reproche. Theuriet, La Maison des deux barbeaux,1879, p. 118.
(Sourd et) aveugle à :
5. Pour sa formation artistique [de l'enfant], elle [cette réponse] demande à être examinée de près. Elle ne serait valable qu'en supposant l'enfant totalement soustrait aux influences autres que celles dont nous parlons, en l'imaginant sourd et aveugle à tout, sauf à ce que lui apporteront la mère et le pédagogue, en le considérant comme une matière vierge sur laquelle ne se graveront que des empreintes prévues et choisies à son intention. Arts et litt. dans la société contemp.,1935, p. 8008.
Proverbe. Pour faire bon ménage, il faut que l'homme soit sourd et la femme aveugle.
b) [En parlant de dispositions, du comportement, des sentiments, des passions] Qui dans ses manifestations n'est pas accompagné (généralement dans le sens de la modération) de réflexion, de jugement. Amour, réflexion, foi, soumission aveugle :
6. Je pense que la croyance aveugle dans le fait qui prétend faire taire la raison est aussi dangereuse pour les sciences expérimentales que les croyances de sentiment ou de foi, qui, elles aussi, imposent silence à la raison. C. Bernard, Introd. à l'étude de la méd. exp.,1865, p. 85.
c) [En parlant d'une force, d'une source d'énergie envisagée dans son action] Dont l'action n'est pas dirigée par une intelligence organisatrice, disposant les moyens en vue d'une fin :
7. ... la morale n'est qu'une entreprise désespérée (...) contre l'ordre universel, qui est la lutte, le carnage et l'aveugle jeu de forces contraires. A. France, Les Dieux ont soif,1912, p. 80.
8. « (...) La nature aveugle fait des cristaux, elle ne fait pas un outil; elle est géomètre, elle n'est pas artisane ... ». J. Rostand, La Vie et ses problèmes,1939, p. 182.
Proverbe. La fortune est aveugle. Elle distribue ses faveurs ou ses disgrâces au hasard, sans égard à la valeur des personnes.
B.− P. anal., TECHNOL.
1. [En parlant d'une opération envisagée dans son déroulement] Qui a lieu sans qu'elle puisse être vue.
a) CHIR. Opération aveugle. Opération effectuée sans que le chirurgien puisse voir la partie opérée.
b) MAR. Bombardement aveugle. ,,Bombardement exécuté sans vue directe de l'objectif, la navigation et la visée étant effectuées à l'aide des instruments de bord ou par guidage depuis des stations terrestres`` (Quillet 1965).
2. [En parlant de produits de l'industr.] Qui n'a pas d'ouverture, ne laisse pas passer la lumière.
a) ARCHIT. [En parlant d'un arc, d'une fenêtre, d'une galerie] Dont l'ouverture, seulement simulée par ses contours, est remplie de maçonnerie ou d'un autre matériau (d'apr. Barb.-Cad. 1963) :
9. Il n'a ni ces pinacles, ni ces clochetons, ni ces longues et étroites arcades aveugles qui amincissent et allègent les contreforts voisins. A. France, Pierre Nozière,1899, p. 245.
b) TRAV. PUBL. Bouclier aveugle : bouclier avançant, toutes pièces fermées (terrains fluides) (cf. Barb.-Cad. 1963).
P. anal., ANAT. [En parlant d'une cavité] ,,Qui se termine en cul de sac`` (Méd. Biol. t. 1 1970). Intestin aveugle, trou aveugle de l'os frontal, conduits aveugles de l'uretère :
10. ... il en persiste des restes sous la forme de canalicules flexueux aveugles à une extrémité, ... E. Perrier, Traité de zool.,t. 4, 1928-32, p. 3530.
II.− Substantif
A.− Personne privée du sens de la vue :
11. Ce qui nous manque nous attire. Personne n'aime le jour comme l'aveugle. Hugo, Les Misérables,t. 1, 1862, p. 784.
12. Je ne vous parlerais pas ainsi si vous n'étiez pas marié. Mais on n'épouse pas une aveugle. Alors pourquoi ne pourrions-nous pas nous aimer? Gide, La Symphonie pastorale,1919, p. 911.
13. En France est considéré comme aveugle tout sujet dont la vision centrale après correction est nulle ou inférieure à 1/20ede la normale. Ordonnance du3 juill. 1945.
Aveugle-né. Celui qui est privé de la vue depuis sa naissance.
SYNT. Alphabet, caractères, institut, rééducation des aveugles; bâton, chien d'aveugle.
P. anal., rare. Personne privée de l'usage de quelques sens. ,,L'empire de la saveur a aussi ses aveugles et ses sourds`` (Brillat-Savarin ds Lar. 19e).
Rem. ,,Les poëtes désignent fréquemment par le nom d'aveugle Homère et Milton, qui étaient aveugles l'un et l'autre`` (Lar. 19e).
Loc. À l'aveugle, en aveugle(s). À la manière d'un aveugle, en agissant comme le ferait un aveugle :
14. « (...) Anthime! ... Allons-nous-en... Allons-nous-en! » Et il l'entraîna. Il l'entraîna par la descente, dans les rochers. Anthime butait contre les pierres, contre les racines, comme un homme ivre. A chaque faux pas, il se rapprochait de son père. Celui-ci le sentait près de lui, faiblissant, se rendait compte que, seul, il s'en fût sauvé à l'aveugle, devant lui. Ils allaient côte à côte, sans se rien dire. Châteaubriant, M. des Lourdines,1911, p. 220.
15. En haut lieu, on a cru pouvoir supprimer la sûreté; les exécutants du premier rang la rétabliront; ils n'avanceront pas en aveugles au milieu du danger, c'est humain; ... Foch, Des Principes de la guerre,1911, p. 232.
B.− P. méton. ou au fig. Personne qui n'a pas été éclairée par la connaissance, qui manque de jugement ou de lumière spirituelle :
16. Ma fille, reprit le père avec un doux sourire, qu'est-ce que cela auprès de ce qu'a enduré mon divin maître? Si les indiens idolâtres m'ont affligé, ce sont de pauvres aveugles que Dieu éclairera un jour. Je les chéris même davantage, en proportion des maux qu'ils m'ont faits. Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 2, 1803, p. 225.
17. ... voulez-vous hâter la victoire du Prince de la vie? Sachez-le : pour son triomphe, vos douleurs sont des armes toutes-puissantes, auprès desquelles l'éloquence et la science sont extrêmement peu de chose, car les cœurs incrédules peuvent résister à leurs témoignages, mais il y a un témoignage qui confond l'incrédule, il y a une démonstration trop rayonnante pour ne pas ouvrir les yeux des aveugles : c'est la résignation chrétienne. H. Monod, Sermons,1911, p. 162.
Loc. À l'aveugle, en aveugle :
18. C'était là sans doute leur récréation; de là, ils allaient chercher dans les nuages de l'Alsace ou du Schwarzwald l'horoscope de la Révolution qu'ils faisaient encore à l'aveugle. Michelet, Journal,1843, p. 530.
19. « Les modèles de l'Antiquité », doivent être « suivis non en aveugle, mais avec le discernement que les mœurs, les usages, les matériaux modernes comportent ». J. Viaux, Le Meubleen France,1962, p. 128.
Arg. Jouer en aveugle :
20. Jouer en aveugle. Se dit d'un novice qui n'est pas au courant de la partie, qui ignore le jeu [argot des joueurs]. G. Sandry, M. Carrère, Dict. de l'arg. mod.,1953, p. 232.
C.− Proverbes et expr. proverbiales. Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Il est impossible de convaincre celui qui est de parti pris. Au royaume des aveugles les borgnes sont rois. Avec un faible mérite on brille parmi les sots (J.-F. Rolland, Dict. du mauvais lang., 1813, p. 15). C'est un aveugle sans bâton. Il manque du nécessaire. C'est un aveugle qui en conduit un autre. Il est aussi imprudent et aussi malhabile que celui qu'il dirige.
PRONONC. : [avœgl̥]. Passy 1914 note une durée mi-longue pour la 2esyll. du mot. Enq. : /avøgl/.
ÉTYMOL. ET HIST. − xies. avogle « privé de la vue » (Alexis, str. 111a ds Gdf. Compl. : Surz ne avogles, ne contraiz ne leprus); xves. aveugle (Passion N. S., ap. Jubin., Myst., II, 190, ibid. : Malquin, se Dieu ne doinct santé, Jhesu te feroit buef ou vugle et sy te feroit bien aveugle Devenir par enchanterie). Orig. discutée. Les hyp. proposées, dont la synthèse a été faite par Deutschmann (Rom. Jahrb., t. 1, 1947-48, pp. 87-153), se groupent autour de deux étymons. I. Le plus vraisemblable est : le b.lat. ab oculis attesté au sens de « aveugle » dans un texte hagiographique du veou vies. (Actus Petri cum Simone, éd. Lipsius, cité par Rohlfs ds Mél. Wartburg, 1968, t. 2, p. 199 : 1. ecce subito de senioribus viduae Petro ignorante sedentes ab oculis [viduae ab oculis : veuves aveugles] non credentes, exclamaverunt...; 2. iacentibus autem nobis solae illae viduae stabant, quae erant ab oculis [illae viduae quae erant ab oculis : ces veuves qui étaient aveugles]; [cf. à l'encontre de l'existence même de ab oculis « aveugle » l'interprétation des ex. 1 et 2 par Heisig ds Rom. Forsch., t. 62, 1950, p. 69, qui, à tort semble-t-il, construit pour 1 viduae ab oculis sedentes et pour 2 solae illae stabant, quae viduae ab oculis erant, contrairement à Löfstedt, Syntactica, t. 2, 1933, p. 376, qui considère viduae comme un subst. fém. plur. « les veuves » et non comme un adj. régissant la prép. ab]). L'orig. de ab oculis, est contestée : il serait soit 1 issu, p. ell. de l'adj., d'une loc. viduus, vacuus ab oculis [supra] (FEW, 1rehyp., W. v. Wartburg ds R. de dialectologie romane, t. 3, 1911, p. 422) ou plus prob. orbus ab oculis (Rohlfs ds Arch. St. n. Spr., t. 190, 1945, p. 70; ce syntagme est à l'origine de l'évolution sém. de orbus de « privé de » à « aveugle » > a.fr. orb « aveugle »); soit 2, moins prob. un calque du gr. tardif α ̓ π ο ́ ο ̓ μ μ α ́ τ ω ν « aveugle » (Diez5, 2ehyp., Löfstedt, loc. cit., REW5, FEW 2ehyp.); à l'encontre de cette dernière hyp. la difficulté à rendre α ̓ π ο ́ par ab, ce dernier n'étant synon. de sine, absque, que très rarement et dans la lang. poétique (ves., Dracontius, vies., Corippus ds TLL s.v. ab, 40, 70), et le fait qu'il n'existe, semble-t-il, aucune expression des lang. rom. occid. empr. à la lang. jur. byzantine ou formée sur elle (Herzog ds Z. rom. Philol., t. 26, 1902, p. 732); 3. l'hyp. de ab oculis issu de absque oculis (Lerch ds Rom. Forsch., t. 60, 1947, p. 68) n'offre aucune vraisemblance sur le plan grammatical. Un ab-oculus formé à partir de ab « sans » (Diez5, 1rehyp.) n'est pas acceptable du point de vue morphol. (v. supra à propos du calque gr.). *Aboculus formé de ab au sens de « avec », d'où « avec un seul (?) œil » (Heisig ds Rom. Forsch., t. 62, 1950, p. 69) n'est pas vraisemblable. On peut considérer que dans aveugle la survivance du groupe lat. -cl-, conservé dans le fr. -gl- (à côté des formes pop. aveule, avule, etc., voir FEW, t. 24), résulte de l'emploi du mot surtout dans les milieux sav. (médecins, juristes, lang. relig., voir Deutschmann, loc. cit., p. 102, Lerch ds Rom. Forsch., t. 60, pp. 68 à 70 et EWFS2). II. Autre hyp. : l'adj. b.lat. alboculus, d'où par dissimilation *aboclus (proposé par Diez5, 3ehyp., Herzog loc. cit., Gerloff ds Z. rom. Philol., t. 30, 1906, p. 85 et EWFS2) issu du terme méd. albios oculus glosé staraplinter « affecté de la cataracte, aveugle » dans les Gloses de Cassel au ixes. (Diez, Anciens glossaires romans, 1870, p. 113 et Marchot ds Z. rom. Philol., t. 20, 1896, p. 84); s'y rattache le nom lat. de la maladie oculaire album oculi attesté par Pelagonius (Niedermann, Glotta, Zeitschrift für griechische und lateinische Sprache, t. 8, 1916-17, p. 229), dans la Mulomedicina de Chiron (Herzog ds Z. rom. Philol., t. 26, 1902, pp. 732-33) et sous la forme album in oculo par Columelle (Herzog, loc. cit.), tous dér. de albus « blanc » à cause de l'aspect blanchâtre de l'œil dans les affections ophtalmiques (à rapprocher du mot sav. mod. leukoma, leucome, v. Gerloff, loc. cit.). Cette hyp., certes recevable, (Herzog, loc. cit. et Deutschmann, loc. cit.) semble pourtant, en l'absence d'autres attest. que la forme isolée des Gloses de Cassel, et étant donné que *a(l)boculus n'aurait désigné qu'une maladie précise de l'œil mais non la cécité, moins fondée que l'étymon ab oculis.
STAT. − Fréq. abs. littér. : 4 273. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 5 142, b) 6 049; xxes. : a) 5 562, b) 7 194.
BBG. − Alleau 1964. − Archéol. chrét. 1924. − Bach.-Dez. 1882. − Barb.-Cad. 1963. − Baudr. Pêches 1827. − Baulig 1956, p. 62. − Bible 1912. − Blanche 1857. − Bouillet 1859. − Bruant 1901. − Chabat 1881. − Chesn. 1857. − Darm. Vie 1932, p. 144. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 28. − Deutschmann (O.). Fr. aveugle. Ein Beitrag zur Methodik und Problematik etymologischer Forschung. Rom. Jahrb. 1947/48, t. 1, pp. 87-153. − Duch. 1967, § 13, 45, 50. − George 1970. − Gir. t. 2 Nouv. Rem. 1834, pp. 14-15. − Gottsch. Redens. 1930, p. 49, 52, 142. − Gramm. t. 1 1789. − Heisig (K.). Zur Etymologie von fr. aveugle. Rom. Forsch. 1950, t. 62, pp. 69-74. − Lafon 1969. − Lar. méd. 1970. − Lerch (E.). Woher stammen aveugle und avec? Rom. Forsch. 1947, t. 60, pp. 68-70. − Le Roux 1752. − Littré-Robin 1865. − Malkiel (Y.). The Uniqueness and complexity of etymological solutions. Lingua. 1955/56, t. 5, pp. 236-239. − Marcel 1938. − Méd. Biol. t. 1 1970. − Nysten 1824. − Pierreh. Suppl. 1926. − Pope 1961 [1952], § 638, 640. − Porot 1960. − Prév. 1755. − Privat-Foc. 1870. − Réau-Rond. 1951. − Rohlfs (G.). Traditionalismus und Irrationalismus in der Etymologie. In : [Mél. Wartburg (W. von)]. Tübingen, 1968, t. 2, pp. 198-202. − Rohlfs (G.). Zur Wortgeschichte von frz. aveugle. Arch. St. n. Spr. 1954, t. 190, pp. 70-73. − St-Edme t. 2 1825.

Wiktionnaire

Nom commun - français

aveugle \a.vœɡl\ masculin et féminin identiques

  1. Personne privée du sens de la vue.
    • Les aveugles éprouvent à un plus haut degré que les voyants la sensation des nuances de l’espace : leur toucher remplace leur regard, leur oreille leur révèle les variations de la distance, le bruit de leurs pas les renseigne sur la nature du sol, et même l’odorat les guide. — (Émile Jaques-Dalcroze,La Musique et nous, 1945)
    • Il faut que le fleuve se poursuive, à perte de vue, à perte de vue même pour les aveugles. — (Roland Giguère, « Yeux fixes » (poème), 1950.)
    • Ce qu’elle chantait – ah ! la fatale et maudite chanson ! –, c’était une vieille romance larmoyante et tendre, pareille à celles que les aveugles nasillent dans les rues. — (Octave Mirbeau, Contes cruels : La Chanson de Carmen (1882))
    • Tout le monde viendra me voir pendu,
      Sauf les aveugles, bien entendu.
      — (Georges Brassens, La Mauvaise Réputation, 1952)
    • Pieter Roelfsema estime avoir prouvé que, sur le principe, une prothèse était possible pour aider les 40 millions d'aveugles dans le monde. — (AFP, Percée pour restaurer une forme rudimentaire de vision, radio-canada.ca, 4 décembre 2020)
  2. Nom vulgaire de l’orvet[1][2].
    • Malgré cette petite dissertation, nous concluons par orvet, l’aveugle, du v. fr. bien établi, orb, et l’orvert, norm. offre l’épenthèse de r. — (Mémoires de la Société d’archéologie, de littérature, sciences et arts d’Avranches, octobre 1888, page 51)

Adjectif - français

aveugle \a.vœɡl\ masculin et féminin identiques

  1. Privé du sens de la vue, en parlant d’une personne ou d’un animal.
    • Il est aveugle.
    • Un cheval aveugle.
    • Devenir aveugle.
  2. Qui n’a pas de fenêtre, en parlant d’une pièce ou d’un bâtiment.
    • Un couloir aveugle.
  3. (Figuré) Qualifie une personne à qui la passion trouble le jugement, ou qui manque de lumières, de raison.
    • Les amants sont aveugles. - Il faut être bien aveugle pour ne pas s’apercevoir de pièges aussi grossiers.
  4. Qualifie les passions qui troublent le jugement ou plus globalement des sentiments qui ne permettent pas la réflexion, l’examen critique.
    • De toutes les productions de l’imagination humaine, qui rendaient merveilleux le monde confus dans lequel vivait M. Bert Smallways, aucune était aussi étrange, aussi aveugle, aussi inquiétante, aussi fanatique, aussi bruyante, aussi dangereuse que la modernisation du patriotisme, amenée par la politique impérialiste et internationaliste. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 117 de l’édition de 1921)
  5. Qui agit ou paraît agir sans aucun discernement.
    • Toi et moi, nous ne sommes que les instruments aveugles d’une fatalité irrésistible qui nous entraîne comme deux vaisseaux poussés l’un vers l’autre par la tempête, qui se heurtent, se brisent et périssent. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • L’espèce humaine elle-même, par ses déboisements acharnés au cours des siècles, a fini par créer des conditions telle que l’œuvre aveugle de la destruction de la montagne s’est trouvée accélérée. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

AVEUGLE. adj. des deux genres
. Qui est privé du sens de la vue. Il est aveugle. Elle est aveugle. Une personne aveugle. Un cheval aveugle. Devenir aveugle. Aveugle de naissance ou Aveugle-né. Prov. et fig., Changer, troquer son cheval borgne contre un aveugle, Changer, par méprise, une chose défectueuse contre une autre plus défectueuse encore. Il se dit figurément d'une Personne à qui la passion trouble le jugement, ou qui manque de lumières, de raison. Les amants sont aveugles. L'ambition, la colère le rend aveugle. Chacun est aveugle dans sa propre cause. Aveugle sur ses défauts, il est clairvoyant sur ceux des autres. Il faut être bien aveugle pour ne pas s'apercevoir de pièges aussi grossiers. Il se dit aussi des Passions mêmes qui troublent le jugement, qui privent de lumières, de raison. Désir aveugle. Ambition aveugle. Amour aveugle. Fureur aveugle. Il se dit également des Dispositions, des sentiments qui ne permettent pas la réflexion, l'examen. Obéissance aveugle. Soumission aveugle. Complaisance aveugle. Zèle aveugle. Confiance aveugle. Une foi aveugle en quelqu'un, dans ce que dit quelqu'un. La haine est aveugle. Il se dit encore de Ce qui agit ou paraît agir sans aucun discernement. Il fut l'aveugle instrument de leur vengeance. Le hasard, cette puissance aveugle qui... Fig., Le sort est aveugle, la fortune est aveugle, Souvent le sort, la fortune favorise des personnes qui ne le méritent point. Il est aussi nom des deux genres. Un aveugle. Une jeune aveugle. Mener un aveugle. Le chien de l'aveugle. Institution des Jeunes Aveugles. Maison de rééducation des aveugles de guerre. Fig., Crier comme un aveugle qui a perdu son bâton, Crier bien fort pour quelque mal léger. Prov. et fig., Au royaume des aveugles les borgnes sont rois, Les personnes d'un mérite médiocre ne laissent pas de briller lorsqu'elles se trouvent parmi des ignorants ou des sots. Fig., Juger d'une chose comme un aveugle des couleurs, En juger sans en avoir aucune connaissance. Fig., C'est un aveugle qui en conduit un autre, se dit d'une Personne qui ne montre pas plus de prudence ou d'habileté que celle dont elle s'est chargée de diriger les actions.

À L'AVEUGLE, EN AVEUGLE, loc. adv. À la manière d'un aveugle, sans lumières ou sans réflexion. Il agit à l'aveugle, en aveugle. Juger en aveugle.

Littré (1872-1877)

AVEUGLE (a-veu-gl') adj.
  • 1Qui est privé de la vue. Être aveugle. Devenir aveugle. Il fut aveugle pendant sa vieillesse. Son esprit ne saurait jamais rien produire que des avortons aveugles et imparfaits, Boileau, Longin, Sublime, 12. Ce n'est pas l'amour qu'il fallait peindre aveugle, c'est l'amour-propre, Voltaire, Lettr. Damilaville, 11 mai 1764.

    Poétiquement et par extension. Sombre nuit, aveugles ténèbres, Fuyez, le jour s'approche, et l'olympe blanchit, Racine, à laudes, nox.

  • 2Dont la raison est obscurcie. L'amour rend aveugle. Être aveugle sur ses défauts. Je me trouve bien aveugle d'avoir si peu prévu ce qui nous menaçait. Je ne suis pas ensemble aveugle et téméraire ; Je connais bien l'erreur que l'amour m'a fait faire, Malherbe, V, 30. Les hommes sont aveugles et sur le bien et sur le mal, Fénelon, Tél. XVIII. Les Romains, les Grecs étaient les plus aveugles sur la religion, Bossuet, Hist. II, 5. [Il] Déchaîne contre moi ce prophète imposteur, Aveugle sur mon sort, sur le sort de l'empire, Mais non sur l'intérêt, le seul dieu qui l'inspire, Voltaire, Œdipe, II, 2. Ou plutôt trop aveugle ministre, Racine, Baj. IV, 7. Dieu veut qu'on espère en son soin paternel ; Il ne recherche point, aveugle en sa colère, Sur le fils qui le craint l'iniquité du père, Racine, Athal. I, 2.
  • 3Qui offusque l'entendement. Fureur aveugle. Mouvement aveugle. Emportement aveugle. Ambition aveugle et effrénée.
  • 4Qui agit sans discernement. La force aveugle. Le hasard, aveugle et farouche divinité, préside au cercle des joueurs, La Bruyère, 6. Vous les verrez soumis rapporter dans Bysance L'exemple d'une aveugle et basse obéissance, Racine, Baj. I, 1. Mais me réponds-tu bien de leur aveugle zèle ? Voltaire, Mérope, I, 4.
  • 5 Terme de commerce. Tapis aveugles, grands tapis de Smyrne dont le travail n'a pas bien rendu le dessin.

    En anatomie, on a dit quelquefois l'intestin aveugle pour le caecum.

  • 6 Substantivement. Les aveugles ont le tact singulièrement exercé. Si pourtant il est permis à un aveugle de chercher son chemin à tâtons, Voltaire, Memmius, XI.

    Aveugle-né, s. et adj. Aveugle de naissance qui n'a jamais vu la lumière. Les aveugles-nés. Un enfant aveugle-né. Une femme aveugle-née.

    Jeu des aveugles, jeu analogue au jeu d'oie.

    Crier comme un aveugle qui a perdu son bâton, crier bien fort pour peu de chose.

    Juger d'une chose comme un aveugle des couleurs, en juger sans y rien connaître.

    Fig. C'est un aveugle qui en conduit un autre, se dit d'une personne aussi imprudente et aussi malhabile que celle qu'elle dirige.

  • 7Aveugle, s. m. Un des noms vulgaires de l'anguis fragile (ophidiens) dit aussi orvet, serpent aveugle et envoye.
  • 8À l'aveugle, en aveugle, loc. adv. Sans réflexion, sans discernement. Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom, Bossuet, Reine d'Anglet. Je marche en aveugle, sans savoir ma destinée, Sévigné, 362. À son mauvais destin en aveugle obéit, Corneille, Pomp. II, 2. Puisque après tant d'efforts ma résistance est vaine, Je me livre en aveugle au transport qui m'entraîne, Racine, Andr. I, 1. Quelle ardeur inquiète Parmi vos ennemis en aveugle vous jette ? Racine, Brit. I, 3.

PROVERBES

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, c'est-à-dire parmi des gens ignorants ou incapables, un peu de savoir ou de capacité suffit pour procurer la prééminence.

Troquer son cheval borgne contre un aveugle, c'est-à-dire faire un mauvais marché, empirer sa condition.

HISTORIQUE

XIIIe s. Si aveugle qu'il ne gardoient à Dieu n'a ses comendemenz, Psautier, f° 86. Li Dieu des paiens sunt mu et avugle, ib. f° 117. Longis, qui de Grece fu nés, Aveules fu, bien le savés, Vie de J. C. dans DU CANGE, avoculatus. Li mort en sont ressuscité, li avule renluminé, ib. On ne doit laissier le [la] garde des enfans sous-aagiés ne des orfelins à nului qui seit mal renommés de vilain cas, ne à nul fol naturel, ne à nul awgle, Beaumanoir, XV, 32. Toutes voies ne volons nous pas qu'on mete en tex offices faus [fous], ne mellix [querelleurs], ne sours, n'avegles, Beaumanoir, LIV, 12.

XIVe s. Nul ne doit improperer ou reprocier à un homme ce que il est aveugley, se il est tel de nature, Oresme, Eth. 74.

XVIe s. Borgne est roy entre aveugles, H. Estienne, Précell. p. 180. Il estoit à craindre que, la nuit venant à les surprendre, on ne se battroit qu'à l'aveugle, Mém. s. du G. ch. 10. L'ignorance oste la veue de l'entendement à ceulx qui en sont entachez, tout ne plus ne moins que ne fait l'aveuglement la veuë des yeux corporelz à ceulx qui sont aveugles, Amyot, Lysand. 34. Le malade demeurera aveugle de cest œil, Paré, XV, 10.

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Étymologie de « aveugle »

Wallon, aveûle ; rouchi, aveule ; bourguig. éveugle ; picard, aveule, avugle, avule ; ital. avocolo, vocolo ; de ab, marquant privation, et de oculus, œil (voy. ce mot) : sans œil.

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(XIe siècle) De l’ancien français avogle, aveule, du latin populaire ab oculis « sans yeux » (Ve ou VIe s., Actus Petri cum Simone)[1], probablement calque du gaulois exs-ops « aveugle »[2]. Une évolution demi-savante par rapport à aveuil, aboutissement populaire[3] continué dans le berrichon[4] et le gallo aveuille. A éliminé cieu et orb en ancien français, du latin classique caecus « aveugle » et orbus « privé de, dépourvu de ».
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Phonétique du mot « aveugle »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
aveugle avœgl

Fréquence d'apparition du mot « aveugle » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « aveugle »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « aveugle »

  • L'affection aveugle la raison.
    Proverbe français
  • L'amour est aveugle par éblouissement.
    Albert Brie — Le mot du silencieux
  • Fortune aveugle suit aveugle hardiesse.
    Jean de La Fontaine — Fables
  • La foi aveugle regarde de travers.
    Stanislaw Jerzy Lec — Nouvelles pensées échevelées
  • Mieux vaut loucher que d’être aveugle.
    Proverbe indien
  • La colère est aveugle.
    Proverbe français
  • La fortune est aveugle.
    Proverbe français
  • Si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou.
    Saint Luc — Evangiles
  • La volonté est aveugle, la douleur myope.
    Ernst Jünger
  • L’aveugle vous regarde de toutes ses oreilles.
    Gilbert Cesbron
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Traductions du mot « aveugle »

Langue Traduction
Anglais blinded
Espagnol cegado
Italien cieco
Allemand blind
Chinois 蒙蔽
Arabe أعمى
Portugais cego
Russe ослепленный
Japonais 盲目
Basque itsutu
Corse cecutu
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Synonymes de « aveugle »

Source : synonymes de aveugle sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « aveugle »

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Aveugle

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