Affûter : définition de affûter


Affûter : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

AFFÛTER1, verbe trans.

I.− Emploi trans.
A.− Vx, auj. rare. Disposer, ajuster :
1. Béelzébuth, (...) s'était fait ce raisonnement triomphal qu'il serait difficile de lui tirer les oreilles puisqu'il n'en possédait pas, et qu'on ne pourrait se livrer sur lui à cette plaisanterie vulgaire de lui affûter une casserole au derrière, puisque la queue absente interdisait ce genre de facétie... T. Gautier, Le Capitaine Fracasse,1863, p. 31.
B.− Spéc. Préparer, disposer un engin, un outil, un animal, etc., de manière qu'il puisse servir.
1. ARTILL., vx. ,,Disposer le canon pour tirer.`` (Ac. 1835-1878, Ac. t. 1 1932), (cf. affût1).Synon. de mettre en batterie :
2. ... les quarteniers (...) firent redresser les fossés et affûter les canons aux murailles, aux portes et aux tours. A. France, Vie de Jeanne d'Arc,1908, p. 69.
Rem. S'est dit p. ext. de toute autre arme à feu (Lar. 19e, Nouv. Lar. ill.).
2. ÉQUIT. ,,Mettre la dernière main à la préparation d'un cheval en vue d'une compétition sportive et, plus spécialement, d'une course.`` (Lar. encyclop., seul à attester cet emploi).
3. TECHNOL. ,,Ajuster un outil tranchant au fût en bois qui le maintient dans la position la plus propre à le faire couper.`` (Chabat t. 1, 1875).
Rem. Attesté ds Lar. 19e, Littré, Nouv. Lar. ill., Lar. encyclop.
4. Argot
a) ,,Affûter ses crochets, ses crocs, ses meules, ses tabourets.`` (Bruant 1901, s.v. manger) ,,Manger.`` (Bruant 1901, s.v. manger). Pierre à affûter. Synon. de pain (cf. A. Delvau, Dict. de la langue verte, 1867, p. 370).Affûter ses pincettes. ,,Se disposer à courir, à s'enfuir.`` (Lar. 20e).
Rem. Il a existé une var. pronom. de cette loc. :
3. Affûter des pincettes (s') : Courir, se sauver à grande vitesse (Argot des voleurs). Ch. Virmaître, Dict. d'argot fin-de-siècle,1894, p. 6.
b) Affûter qqn.Embaucher, engager un complice mercenaire (cf. L. Rigaud, Dict. du jargon parisien, L'Argot ancien et moderne, 1878, p. 6; cf. également A. Simonin, Le Petit Simonin illustré, dict. d'usage, 1957, p. 21).
Rem. Se rattache sans doute au dial. affûter « habiller » (cf. FEW t. 3, s.v. fustis); de là « équiper (au moment de l'embauche) » (cf. affûtage1, affûté).
II.− Emploi pronom.
A.− Emploi réfl., arg. S'affûter. ,,S'habiller.`` (L. Rigaud, Dict. de l'argot moderne, 1881, p. 6).
S'affûter (...) suivi d'un des mots (...) signifiant bouche, estomac, gorge, gosier. (Bruant 1901, s.v. boire),,Boire.`` (Bruant 1901, s.v. boire).
B.− Emploi passif.
1. Vx. Être disposé, ajusté.
2. ARTILL. ,,Être mis sur l'affût, en parlant d'un canon.`` (Besch. 1845, qui est seul à l'attester).

AFFÛTER2, verbe trans.

CHASSE
I.− Emploi trans., vx.
A.− ,,Poster derrière un arbre.`` (DG).
Rem. Attesté également ds Rob., avec la mention ,,anciennement``.
B.− P. ext. Chasser à l'affût :
1. Mais il m'arrive souvent d'affûter les ramiers, en lisière de notre bois, sous les grands chênes qui bordent la route. Alors je ne rentre guère qu'à dix heures. G. Bernanos, Monsieur Ouine,1943, p. 1371.
C.− Arg. Tromper quelqu'un.
Rem. 1. Attesté ds Lar. 19e, Nouv. Lar. ill. Il faut sans doute supposer une expr. comme affûter (une bête). 2. Nouv. Lar. ill. signale un affûter « rendre rusé » (cf. affût2C 2, être d'affût). Cet emploi, mal établi, s'expliquerait mieux si on le rattachait à futé « malin ».
II.− Emploi abs., vx. Se tenir à l'affût, chasser à l'affût :
2. Affûter, v. n. Être à l'affût, se poster pour attendre le gibier. Terme connu dans le Berry et sans doute ailleurs. Dans le vieux français on disait : S'affûter. J. Humbert, Nouveau glossaire genevois,1852, p. 9.
Rem. Attesté seulement ds Littré et Nouv. Lar. ill.
III.− Emploi pronom., vieilli. Se mettre à l'affût.
Rem. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Lar. 19e, Nouv. Lar. ill.
Au fig. Épier l'occasion de faire quelque chose.
Rem. Attesté ds Ac. Compl. 1842, Besch. 1845, Lar. 19e, Nouv. Lar. ill.

AFFÛTER3, verbe trans.

I.− Emploi trans.
A.− Aiguiser un outil, en particulier sur une pierre posée à plat, en aviver le tranchant (cf. affût3) :
1. Le collier de Top était fait d'une mince lame d'acier trempé. Il suffisait donc de l'affûter d'abord sur une pierre de grès, de manière à mettre au vif l'angle du tranchant, puis d'enlever le morfil sur un grès plus fin. Or, ce genre de roche arénacée se rencontrait abondamment sur la grève... J. Verne, L'Île mystérieuse,1874, p. 115.
2. Soigneusement, les deux vieillards affûtèrent leur couteau à un caillou plat, sur lequel ils avaient craché au préalable... R. Maran, Batouala,1921, p. 88.
3. C'est l'affaire du « résinier », qui opère dès que le marteleur a terminé. Une ceinture de cuir garnie de trois pierres pour affûter autour des reins, à la main « le hapchott », hachette courbe et concave en son milieu, dont le tranchant coupe comme un rasoir, une gourde en peau de citrouille en bandoulière, il part, à l'aube. J. de Pesquidoux, Chez nous,t. 1, 1921, p. 119.
Rem. Besch. 1845 : ,,donner le premier tranchant à un outil neuf``.
Au fig.
4. Lui qui, d'ordinaire, écrit avec une facilité parfaite, il revient sur toutes les phrases, il les aiguise, il les affûte. G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Les Maîtres, 1937, p. 131.
Rem. On a aussi rattaché à un emploi fig. de affûter3, le part.-adj. affûté « rusé » (cf. affûter2I C rem. 2 et affûté).
B.− P. ext. Rendre pointu (une plume, un crayon, tout autre objet) :
5. Claude (...) affûtait ses moustaches dans la glace... R. Fallet, Banlieue sud-est,1947, p. 27.
6. Avec un canif d'ivoire incrusté d'abeilles d'argent, d'un travail assez riche, Elzelina affûta soigneusement la plume de cygne noir... A. Arnoux, Roi d'un jour,1956, p. 28.
II.− Emploi pronom.
A.− [En parlant d'outils, de crayons, en gén. de tout ce qui doit être pointu pour servir] Être aiguisé.
Rem. Attesté ds Besch. 1845, Lar. 19eet Nouv. Lar. ill.
Par métaph. :
7. Elles [deux hirondelles] venaient à l'école au fond de ma poche, et retournaient à la maison par les airs. Quand la faux luisante de leurs ailes grandit et s'affûta, elles disparurent à toute heure dans le haut du ciel printanier... Colette, La Maison de Claudine,1922, pp. 83-84.
B.− [En parlant d'un oiseau] S'affûter le bec :
8. Il songeait à ces volières dans lesquelles on suspend parfois une petite glace scintillante, à côté de l'os de seiche sur lequel les oiseaux diaprés viennent s'affûter le bec. G. Duhamel, Chronique des Pasquier,Suzanne et les jeunes hommes, 1941, p. 281.
Prononc. ET ORTH. − 1. Forme phon. : [afyte], j'affûte [ʒafyt]. Enq. : /afyt/. Conjug. parler. 2. Dér. et composés : affût, affûtage, affûté, affûteur, affûteuse, affûtiau, affûtoir, rafut, raffûter. Cf. fût. − Rem. Fér. Crit. t. 1 1787 emploie comme vedette la forme affuter sans accent circonflexe et précise à ce suj. : ,,L'Acad. écrit avec un acc.-circ. sur l'u. Pourquoi cet accent? L'u est bref.`` Fér. Crit. t. 1 1787 propose également la graph. afuter avec un seul f. Au xixes., le mot est enregistré sans accent ds Privat-Foc. 1870.
Étymol. ET HIST. − Apr. 1170 pronom. s'afuster « s'appuyer, se mettre en position » (Wace, Rou, 3ep., 10083, Andresen ds Gdf. : Quant li reis e li chevalier E cil qui esteient archier S'afusterent, lor ars tendirent); d'où 1354-1376 vén. afuster « mettre à l'affût » (Modus et Racio, ms. fo64 rods La Curne t. 1 1875 : Si les met [les lévriers] ès futayes au lonc de tes rais, et les afuste en telle manière qu'ilz puissent veoir l'un l'autre), qualifié de vieilli par DG; 1411 artill. « ajuster un canon » (Chron. Bourguignonne, La Fons, La Thierache, 2eliv., p. 9 ds Gay t. 1 1887, s.v. bombarde [...] Mais le bombarde estoit sy hault afustée qu'elle passa tout par derrière la ville), qualifié de vx par Ac. 1835; 1680 technol. (Rich. : Afuter [...] Eguiser. Afuter les outils). Dér. de fût* « pièce de bois »; préf. a-1*, dés. -er.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 37.
BBG. − Bailly (R.) 1969 [1946]. − Bar 1960. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Canada 1930. − Caput 1969. − Chabat t. 1 1875. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 5. − Dup. 1961. − Esn. 1965. − Fromh.-King 1968. − Jal 1848. − Jossier 1881. − Larch. 1880. − La Rue 1954. − Mat. Louis-Philippe 1951, p. 282. − Michel 1856. − Privat-Foc. 1870. − Réau-Rond. 1951. − Spitzer (L.). Anglo-French etymologies. Mod. Lang. Notes. 1944, t. 59, pp. 223-235.

Affûter : définition du Wiktionnaire

Verbe

affûter \a.fy.te\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (orthographe traditionnelle)

  1. (Arts) Aiguiser un outil pour le rendre plus perçant ou plus coupant.
    • Les hommes s'occupaient diversement, les uns nettoyant leurs armes, les autres réparant ou affûtant leurs outils. — (Jules Verne, Le Pays des fourrures, J. Hetzel et Cie, Paris, 1873)
  2. (Figuré) Rendre plus vif, plus pertinent ou plus acerbe.
    • Oui, le timide n’a jamais osé danser, du coup, il a eu le temps d’affûter son sens de la répartie pendant que ses petits camarades galochaient des nanas au look douteux et au maquillage ringard. — (Pandora Reggiani, L'histoire d'amour dont vous êtes le héros , Michalon Éditeur, 2014, p. 18)
  3. (Vieilli) Disposer le canon afin de le tirer. On dit maintenant : mettre une pièce en batterie.
  4. (Argot) (Rare) Manger.
    • Affûter ses crochets, ses crocs, ses meules, ses tabourets.
  5. (Argot) (Rare) Danser.
    • Affûter ses pincettes.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Affûter : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

AFFÛTER. v. tr.
T. d'Arts. Aiguiser un outil pour le rendre plus perçant ou plus coupant. Affûter son ciseau, son burin. Affûter un crayon, En refaire la pointe. On disait autrefois AFFÛTER, pour Disposer le canon afin de le tirer. On dit maintenant Mettre une pièce en batterie.

Affûter : définition du Littré (1872-1877)

AFFÛTER (a-fu-té) v. a.
  • 1Aiguiser un outil. Les graveurs affûtent leur burin. Affûter un crayon, en refaire la pointe.
  • 2Ajuster les outils aux fûts qui servent à les maintenir dans la position la plus propre pour les faire couper.
  • 3Autrefois, affûter un canon, le disposer pour tirer ; maintenant on dit mettre en batterie.

HISTORIQUE

XVe s. Et affuterent grant nombre d'artillerie, Commines, I, 9.

XVIe s. Aprèz, les afusta justement vene contre vene, nerf contre nerf, spondyle contre spondyle, affin que il ne feust torty colly, Rabelais, Pant. II, 30. Or mouchez vos nez, petits enfans, et vous aultres, vieulx resveurs, affustez voz besicles, et pesez ces motz ou poys du sanctuaire, Rabelais, Progn. Pant. préf. Le medecin a besoing de trop de pieces pour affuster justement son desseing, Montaigne, III, 217. Le gouverneur nommé Mousa court à l'alarme, les soldats s'affustent et crient au marchand qu'il s'arrestast, D'Aubigné, Hist. III, 298. Qu'ils aient si bien affusté leur cas, que…, Carloix, I, 37.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

AFFÛTER. Ajoutez :

4 V. n. Terme de chasse. Se tenir à l'affût. Attendu que le nommé H… et un individu resté inconnu ont été… surpris… portant leurs fusils dans des sacs et épiant sur le lieu même de l'affût le moment du passage du gibier pour se mettre dans l'attitude du chasseur qui affûte, Gaz. des Trib. 24-25 août 1874, p. 813, 3e col.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « affûter »

Étymologie de affûter - Littré

Affût ; bourguig. efusté. Autrefois affuster avait le sens général de disposer ; et on trouve dans la 1re édition du dict. de l'Académie : affusté (l's se prononce), préparé : Il s'est affusté pour cela.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de affûter - Wiktionnaire

(1680) Dérivé de fût, en ancien français afuster.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « affûter »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
affûter afyte play_arrow

Conjugaison du verbe « affûter »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe affûter

Évolution historique de l’usage du mot « affûter »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « affûter »

  • Et maintenant... Le monde économique a été brutalement freiné par la pandémie. Si la machine ne s’est pas arrêtée de tourner, elle a dû s’adapter, innover. Les comportements des gens ont changé. Mais que va-t-on garder de tout ça? Quelles armes l’économie doit-elle affûter pour être prête, le cas échéant, à affronter une nouvelle crise? Deux professeurs d’économie, Samuel Bendahan et Stéphane Garelli, nous donnent quelques pistes. , Circuit court, relocalisation, interventions étatiques…...
  • Ne passez pas tout votre temps à couper du bois au point d’en oublier d’affûter votre hache. De Anonyme

Images d'illustration du mot « affûter »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « affûter »

Langue Traduction
Corse strisa
Basque zorroztu
Japonais 研ぐ
Russe резкость
Portugais afiar
Arabe شحذ
Chinois 锐化
Allemand schärfen
Italien affilare
Espagnol afilar
Anglais sharpen
Source : Google Translate API

Synonymes de « affûter »

Source : synonymes de affûter sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « affûter »


Mots similaires