La langue française

Aède

Sommaire

  • Définitions du mot aède
  • Étymologie de « aède »
  • Phonétique de « aède »
  • Évolution historique de l’usage du mot « aède »
  • Citations contenant le mot « aède »
  • Traductions du mot « aède »
  • Synonymes de « aède »

Définitions du mot aède

Trésor de la Langue Française informatisé

AÈDE1, subst. masc.

A.− Poète épique ou hymnique de la Grèce archaïque, généralement aussi chanteur-récitant de ses œuvres :
1. Et pour charmer encor la table hospitalière, L'aède aux chants aimés va célébrer les dieux. Ch.-M. Leconte de Lisle, poèmes antiques,Niobé, 1852, p. 180.
2. L'aède qui chantait la colère d'Achille trouvait sur sa lyre une quarte, une quinte et peut-être une octave, qui guidaient la voix dans les cadences; ... L. Laloy, Aristoxène de Tarente,1904, p. 275.
3. Le griot des nègres d'Afrique est aussi digne de l'attention de l'observateur que l'aède grec; ... J. Combarieu, La Musique,1910, p. 12.
4. Tel est l'art de l'aède, qui est comme la mémoire des guerriers. L'orateur et le poète sont soumis à cette condition de se conformer à une sorte de modèle de leur parole; sans quoi on entend mal ce qu'ils disent. Alain, Propos,1923, p. 482.
5. C'est le rôle de la musique même rassemblant, dès l'antiquité la plus haute, le nomade et le sauvage autour de la loi qui se chante. C'est le rôle des aèdes orphiques ou homériques relevant les ruines morales de l'hellénisme primitif dispersé dans les îles par l'invasion des Doriens. É. Faure, L'Esprit des formes,1927, p. 44.
6. ... il existe peut-être des littératures, il n'existe pas de littérateur. Or c'est la psychologie du littérateur qui nous occupe ici. Le littérateur nous semble, d'ailleurs, se montrer de très bonne heure. L'aède, bien qu'il ne fît guère que des récits légués par la tradition et ne parlât jamais de soi, y insérait certains morceaux de son cru, que ses auditeurs savaient être de son cru et pour lesquels il devait souhaiter, et sans doute obtenir, un succès personnel. L'aède est bien déjà un littérateur. Pour la même raison, et plus encore, le récitant des chansons de geste, et quoi qu'on en ait dit, le barde breton, le scalde scandinave. J. Benda, La France byzantine,1945, p. 152.
B.− P. ext.
1. Poète d'une période reculée et d'un style rappelant celui des aèdes grecs :
7. Le grand interprète de la passion vénusiaque, l'aède de la splendeur et suavité féminine, de l'attachement physique (...), c'est Ronsard. L. Daudet, Mes Idées esthétiques,1939, p. 166.
2. Poète présentant ses œuvres à un public populaire ou dans un lieu public :
8. Ce sont des aèdes que ces gens-là. Leur instrument est grotesque? Soit, mais l'intention demeure. Transformez leur boîte à polkas en un orgue d'Alexandre et la main qui tourne leur manivelle en celle de Lefébure-Wély et vous ne rirez plus. S. Mallarmé, Correspondance,1862, p. 58.
9. ... M. Jean Moréas marche, suivi, dit-on, de cinquante poètes (...). On cite le café où chaque soir l'aède du symbolisme enseigne les rhapsodes de l'avenir. A. France, La Vie littéraire,t. 4, 1892, p. 145.
10. T'as l'air du petit vendeur d'un bijoutier de la rue Royale... Raoul Jemmequin (...) est l'aède de la bande. R. Martin de Gard, Devenir,1909, p. 29.
11. ... l'épopée titanique, la lumière olympienne du grand aède Spitteler, les traditions vivantes des fêtes populaires, et la sève de printemps qui travaille l'arbre rude et antique : tout cet art encore jeune, qui tantôt râpe la langue, comme les fruits pierreux des poiriers sauvages, tantôt a la fadeur sucrée des myrtils noirs et bleus, mais du moins sent la terre, est l'œuvre d'autodidactes qu'une culture archaïque ne sépare point de leur peuple et qui lisent, avec lui, dans le même livre de vie. R. Rolland, Jean-Christophe,La Nouvelle journée, 1912, p. 1436.
12. Les chansons des vendanges, en Bourgogne, m'avaient (...) enseigné que les aèdes populaires parlent une langue musicale plus riche que celle des professionnels. M. Emmanuel, Pelléas et Mélisande,av.-pr., 1929, p. 5.
3. Compositeur de musique d'opéra d'inspiration préchrétienne :
13. Il y a deux natures dans la personne artistique de Gounod : la nature chrétienne et la nature païenne, l'élève du séminaire et le pensionnaire de l'École de Rome, l'apôtre et l'aède. C. Saint-Saëns, Portraits et souvenirs,Charles Gounod, 1909, p. 47.
4. Orateur parlant en style épique ou lyrique à un public étendu :
14. Les mœurs politiques américaines, peu connues chez nous, avec leur mélange de lenteur cérémonieuse et de langage direct, brutal, décoraient d'un charme cinématographique une action si agréable à un cœur français. Rien ne faisait plus obstacle à ce que nos oreilles donnassent audience aux accents de l'aède. Les pipeaux de Wilson firent entendre le mode neuf après lequel tout le monde soupirait. J.-R. Bloch, Destin du Siècle,1931, p. 86.
15. Parmi ces nombreux talents [d'orateurs], on peut signaler le général Foy, l'aède enflammé du sentiment national... A. Wicart, Les Puissances vocales,L'Orateur, t. 2, 1936, p. 80.
Rem. 1. a) Syntagmes les plus cour. : accents, art, chant, paroles, récit, voix de l'aède. b) Autres syntagmes : aède grec, - homérique (ex. 3, 5); l'aède s'accompagne gén. de la lyre (ex. 2), il occupe un rôle de premier plan dans la transmission de la tradition orale (ex. 6), parle ou chante pour un public devant lequel il célèbre les dieux (ex. 1), les exploits des héros, réels ou légendaires (ex. 2) ou les hauts faits qui ont marqué l'histoire de son peuple (ex. 4, 5). Il a ses analogues dans le récitant de chanson de geste, le barde breton, le scalde scandinave, le griot des nègres, qui comme lui chantent l'histoire plus ou moins légendaire de leur peuple, conservée par la tradition (ex. 3, 6). D'où le syntagme : aède populaire. 2. Les ext. de sens se sont produites sur 2 axes : a) Sur les sèmes antique et style (cf. B 1 et 3). b) Sur le sème présentation d'œuvres à un public (cf. B 2 et 4). 3. Il y a eu d'autre part passage du domaine primitif où poésie, chant et accompagnement musical sont réunis, à des domaines plus récents et plus différenciés : a) Poésie seulement verbale (B 1), puis orateur d'un certain style (B 4). b) Compositeur de musique d'opéra (B 3).
Prononc. : [aεd].
Étymol. ET HIST. − 1852 « chantre, poète », supra. Empr. au gr. α ̓ ο ι δ ο ́ ς (ο ̔) « chanteur, chantre », d'où « poète » (Iliade, 24, 721 ds Bailly).
BBG. − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Lavedan 1964. − Perraud 1963. − Timm. 1892, p. 278 (s.v. aëde).

AÈDE2, subst. masc.

ENTOMOL. Espèce de moustique bourdonneur vivant en Europe ou dans les pays tropicaux, porteur de maladies et piqueur :
La famille des culicidés comprend elle-même trois genres : (...), le genre Aède. Vincent, Rieux ds(F. Widal, P.-J. Teissier, G.-H. Roger, Nouveau traité de médecine,fasc. 5, 1920-1924, p. 207).
Prononc. : [aεd]. − Rem. Besch. 1845 transcrit : è-de.
Étymol. ET HIST. − 1818 « espèce de moustique » (Meigen, Syst. Beschr. Zweifl. Insekt, I, 13 ds Agassiz, Nomenclator Zoologicus, 1842-46, s.v. Aedes : α ̓- privatif, η ̔ δ υ ́ ς « jucundus » Culicina). Prob. empr. au gr. α ̓ η δ η ́ ς « désagréable, déplaisant »; l'identification à aède1(Lar. encyclop.), qui ne semble pas justifiée étant donné le caractère importun de cet insecte, a pu être suggérée par le bourdonnement qu'il émet pendant son vol.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 24.

Wiktionnaire

Nom commun

aède \a.ɛd\ masculin

  1. (Antiquité) Poète de la Grèce antique qui chantait ses œuvres.
    • Au chant IX de l’Odyssée, Ulysse, fondant en larmes, avoue son nom. L’aède repose sa cithare et se tait. Désormais Ulysse prend la parole, parle à la première personne et raconte la suite de ses aventures […] — (Pascal Quignard, La haine de la musique, Gallimard, 1996, collection, Folio, page 165)
    • Homère envisage donc ici une situation où le discours de l’aède était soumis à un « contrôle » social. — (Luc de Meyer, Vers l’invention de la rhétorique, 1997)
  2. (Ironique) Poète.
    • N'importe quel clampin de bistrot, d’aède de comptoir a plus de talent et de sensibilité que ces bavasseurs glumeux, ces bouffons de l'art officiel, castrats du sérail de la bien-pensance, créatures de la gauche culturellement proprette. — (Eugène Durif, Sale temps pour les vivants, Éditions Flammarion, 2001, page 17)
  3. (Zoologie) Moustique du genre Aedes [1].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Littré (1872-1877)

AÈDE (a-è-d') s. m.
  • Terme d'antiquité grecque. Chantre, poëte. La lyre dorienne elle-même a des cordes que n'a point effleurées la main de l'aède épique, A. Bouché-Leclercq, Rev. polit. et litt. 20 mars 1875.
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Étymologie de « aède »

(Date à préciser) Du grec ancien ἀοιδός, aoidós (« chanteur, chantre »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Ἀοιδὸς, chantre, de ἀείδω, chanter.

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Phonétique du mot « aède »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
aède aɛd

Évolution historique de l’usage du mot « aède »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « aède »

  • Il avait tenu à l’âge de 82 ans à retourner dans son village natal en compagnie de son épouse et de sa fille Katia, village dans lequel il avait retrouvé la langue d’Homère, "Tintin" n’oubliant pas qu’il était quelque peu un aède, lui aussi dans les murs du domaine de Lagagan. ladepeche.fr, Eauze. Le plus gascon des Hellènes s’en est allé - ladepeche.fr
  • En littérature, la fête ne se limite pas toujours à un simple événement, mais peut devenir le moment où s’engendre le récit. Dès l’Antiquité, les festins et les banquets deviennent moteurs narratifs, structurant les œuvres, offrant un lieu où se déploie la parole. C’est au banquet d’Alcinoos que l’aède raconte les aventures d’Ulysse dans l’Odyssée, et c’est encore dans un banquet que Platon fait parler Socrate et ses amis de l’amour. Aux côtés de cette filiation philosophique et aristocratique s’esquisse une autre approche de la fête, héritée de la culture populaire. C’est le domaine des saltimbanques, bouffons et autres fous associés au carnavalesque. D’après Bakhtine, la fête y acquiert une portée subversive par le pouvoir qu’elle offre au peuple en lui permettant de détourner l’ordre établi, le temps des festivités. Si Rabelais en est l’exemple canonique, d’autres œuvres telles les fabliaux médiévaux et les historiettes d’Ancien Régime confèrent aussi un espace aux débordements carnavalesques. , Fémur n° 2 : "La fête et son envers"
  • La langue grecque, par ses sonorités, ses graphies, n'est-elle pas, en elle-même, une ode à la poésie ? Et l'aède de l'antiquité symbolise tout un univers poétique...   Voici un extrait de l'Odyssée qui illustre bien le rôle essentiel de ces poètes du passé, que l'on appelait des aèdes :   Ἀλκίνοε κρεῖον, πάντων ἀριδείκετε λαῶν, ἦ τοι μὲν τόδε καλὸν ἀκουέμεν ἐστὶν ἀοιδοῦ τοιοῦδ', οἷος ὅδ' ἐστί, θεοῖσ' ἐναλίγκιος αὐδήν. οὐ γὰρ ἐγώ γέ τί φημι τέλος χαριέστερον εἶναι ἢ ὅτ' ἐϋφροσύνη μὲν ἔχῃ κάτα δῆμον ἅπαντα, δαιτυμόνες δ' ἀνὰ δώματ' ἀκουάζωνται ἀοιδοῦ /* */ ἥμενοι ἑξείης, παρὰ δὲ πλήθωσι τράπεζαι σίτου καὶ κρειῶν, μέθυ δ' ἐκ κρητῆρος ἀφύσσων οἰνοχόος φορέῃσι καὶ ἐγχείῃ δεπάεσσι· AgoraVox, Un poète d'autrefois : l'aède... - AgoraVox le média citoyen
  • Partagez sur "« Un été avec Homère » : Sylvain Tesson, l’aède contemporain" Revue consacrée à la littérature, la philosophie et la politique., « Un été avec Homère » : Sylvain Tesson, l’aède contemporain | Revue consacrée à la littérature, la philosophie et la politique.
  • Les analogies découvertes par le linguiste américain ont immédiatement fasciné les homéristes. Homère, en bon barde grec (aède), chantait aidé de la lyre ; les guslari des Balkans chantent au son de la gusla, un instrument à une corde frottée. Et comme Homère chantait la guerre de Troie, les guslari chantent la bataille du Kosovo. Cet affrontement entre les chevaliers chrétiens du prince Lazare et les troupes du sultan Mourad est un événement historique majeur. Le 28 juin 1389, au lieu-dit du Champ-des-Merles, a lieu la défaite héroïque des Serbes face à l’immense armée ottomane qui marque la fin de la domination de la Grande Serbie sur l’Europe du Sud. Dans la bataille, le prince Lazare est tué, ainsi que la majorité de ses nobles cavaliers. Quant au sultan, en dépit de la victoire de ses troupes, il perd aussi la vie. Le Monde.fr, La mémoire longue des aèdes
  • 1999 | C'est accompagné de Pierre Carlier, professeur d'histoire grecque à Nanterre et auteur de la biographie "Homère", que l'on voyagera sur les traces du célèbre aède au cours de l'émission de Gilles Lapouge "En étrange pays". France Culture, Homère, le premier écrivain-voyageur?

Traductions du mot « aède »

Langue Traduction
Anglais bard
Espagnol aedo
Source : Google Translate API

Synonymes de « aède »

Source : synonymes de aède sur lebonsynonyme.fr
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