« Ranimer » ou « réanimer » ?
L’urgentiste tente de réanimer le patient, pendant que sa compagne cherche à ranimer le feu dans la cheminée. Les deux formes existent et sont correctes. Mais elles ne s’emploient pas dans les mêmes contextes. Voici la règle pour les distinguer.
On écrit « ranimer » ou « réanimer » ?
Règle : « ranimer » est le verbe d’usage général, « réanimer » est réservé au vocabulaire médical des soins intensifs. Les deux dérivent du verbe « animer ». Leur sens s’est cependant spécialisé au cours du XXe siècle.
« Ranimer » : redonner vie, énergie ou intensité
Le verbe « ranimer » signifie redonner vie, vitalité ou intensité à ce qui les a perdues. On l’emploie dans de nombreux contextes courants. Quelques exemples : faire revenir à soi une personne évanouie, raviver un feu, relancer une polémique.
Selon le Trésor de la langue française (TLFi), le verbe est attesté dès le XVIe siècle (1560 chez Jean Grevin). Il dérive du préfixe r- ajouté au verbe animer, lui-même issu du latin animare (« donner la vie »).
Le patient a un arrêt du cœur, le chirurgien le ranime par massages.
Raymond Ruyer, La Cybernétique et l’origine de l’information
La Mère, devant la cheminée, s’efforce de ranimer les braises.
Paul Claudel, L’Annonce faite à Marie
« Réanimer » : le terme médical spécialisé
Le verbe « réanimer » désigne aujourd’hui un acte médical précis. Il s’agit de ramener un blessé à la vie par des soins intensifs ciblés. Ces gestes (massage cardiaque, intubation, ventilation assistée) rétablissent les fonctions vitales.
D’après le TLFi, ce sens médical n’est attesté qu’à partir des années 1950. La discipline de la réanimation se structure alors dans les hôpitaux. Le verbe existait pourtant déjà bien avant. Joachim Du Bellay l’emploie dès 1549 dans ses Vers liriques, puis en 1550 dans son recueil L’Olive :
Le Juste seul ses eleuz justifie,
Joachim Du Bellay, L’Olive, sonnet CXII
Les reanime en leur premiere vie.
Mais c’est l’usage hospitalier moderne qui lui a donné son sens actuel et qui le distingue de « ranimer ».
Dans le langage courant, on dira donc :
- Ranimer un feu, une braise, une lampe à pétrole (jamais « réanimer »).
- Ranimer un souvenir, le courage, l’enthousiasme, une polémique.
- Ranimer ou réanimer un noyé : les deux sont possibles. Toutefois, « réanimer » s’impose dans un contexte hospitalier (équipe de réanimation, médecin réanimateur).
Fréquence d’usage
L’analyse des occurrences des deux formes dans les textes publiés depuis 1700 montre clairement l’apparition de la graphie « réanimer » à partir des années 1950 :

Exemples avec « ranimer » et « réanimer »
En vain j’essayai de ranimer mon malheureux compagnon. Mes efforts furent inutiles.
François-René de Chateaubriand, Les Martyrs
Il souriait, ragaillardi par cette chaleur d’automne qui ranimait ses vieux os.
Émile Moselly, Terres lorraines
Là s’impose le transfert en milieu hospitalier pour réanimer et transfuser le malade.
Dictionnaire Quillet de la médecine
Le soir s’évanouit c’est maintenant la nuit
Sauvage et noire ouverte sur un monde absentIl faut réanimer le monde de demain
Paul Éluard, Lazare
Mais sans vieillir si j’ai vieilli rien ne sera
Pour aller plus loin, je vous invite à lire notre article sur « rouvrir » ou « réouvrir ».

