« Rouvrir » et « réouvrir » : quelle est la forme correcte ?
Vous avez sans doute déjà hésité entre « rouvrir » la porte et « réouvrir » la porte. La seconde forme paraît plus logique, puisque « ré- » marque la répétition. Pourtant, c’est bien « rouvrir » que recommande l’Académie française. Je vous explique pourquoi, et dans quels cas les deux formes sont acceptées.
On écrit « rouvrir » ou « réouvrir » ?
Règle : la forme traditionnelle et recommandée est « rouvrir ». L’Académie française ne reconnaît que cette forme dans son dictionnaire. Le Larousse précise : « dans l’expression soignée, et en particulier à l’écrit, on emploie rouvrir et non réouvrir ».
Toutefois, « réouvrir » n’est pas un barbarisme. Il s’agit d’un mot correctement formé, présent dans l’usage depuis plusieurs siècles. Le Petit Larousse illustré l’admet d’ailleurs comme variante de « rouvrir ».
Le vrai paradoxe réside dans le nom correspondant : si l’on dit « rouvrir », on dit pourtant « réouverture » et non « rouverture ». Cette asymétrie s’explique par l’histoire de la langue.
Histoire du préfixe re- devant « ouvrir »
Le verbe « rouvrir » est attesté depuis le Moyen Âge. Le CNRTL situe sa première occurrence vers 1175, chez Benoît de Sainte-Maure, dans la Chronique des ducs de Normandie. Il s’est d’abord écrit reouvrir (le « e » ne se prononçait pas).
Au fil du temps, le préfixe re- s’est maintenu devant une consonne ou un « h » aspiré. En revanche, il est devenu « r- » devant une voyelle ou un « h » muet. C’est ainsi que reouvrir est devenu « rouvrir », de la même manière que re-assurer est devenu « rassurer » ou que re-habiller est devenu « rhabiller ».
Le nom « réouverture » est apparu bien plus tard. L’Académie française l’a attesté en 1835. Pour le former, on a simplement accolé le préfixe ré- au nom ouverture. Puisque « réouverture » existait déjà dans l’usage courant, la forme « réouvrir » a émergé par analogie, probablement au XIXe siècle.
Pourquoi « réouvrir » gagne du terrain
En français moderne, ce sont les formes en ré- qui tendent à s’imposer. Des verbes comme réactiver, rééduquer ou réinventer illustrent cette tendance. Certaines paires coexistent : réessayer et ressayer, réapprendre et rapprendre. On a donc tendance à écrire « réouvrir » en suivant cette logique.
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Par ailleurs, l’argument selon lequel le hiatus de « ré-ouvrir » serait disgracieux ne tient pas. Des mots comme réussir ou réouverture comportent la même rencontre de voyelles sans que personne ne songe à les corriger.
Usage de « rouvrir » et « réouvrir »
L’analyse des occurrences dans les textes publiés confirme que « rouvrir » reste largement majoritaire à l’écrit. La forme « réouvrir » progresse néanmoins au XXe siècle, notamment dans la presse et à l’oral.

Exemples d’usage de « rouvrir »
Je sais que vos regards vont rouvrir mes blessures.
Jean Racine, Andromaque
Staline l’a bien compris, et a montré qu’il comprenait lorsqu’il a rouvert les églises.
André Gide, Journal
Pendant ce temps, au très grand jour, lui, et dans son besoin de vivre, Delaherche s’agitait, tâchait de rouvrir sa fabrique.
Émile Zola, La Débâcle
Enfin, se réveiller dans la liberté ne consistait pas, comme on l’avait cru, à rouvrir les yeux dans un monde lumineux où la grande affaire était la dignité de l’homme…
Pierre Gascar, Le Fugitif
l n’y aurait jamais assez de mercredi sur le calendrier, Dédé serait obligé de réouvrir le samedi, juste pour me recevoir.
Maria Pourchet, Champion
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