Amour : masculin, féminin ou les deux ?
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Vous écrivez « un amour éternel » ou « une amour éternelle » ? La question se pose à chaque emploi de ce mot si particulier. Avec « délice » et « orgue », il forme un trio unique dans la langue française. Découvrons ensemble pourquoi « amour » change de genre selon le nombre. Bonne lecture !
« Amour » est-il masculin ou féminin ?
Le mot « amour » est masculin au singulier et féminin au pluriel. Cette règle, confirmée par l’Académie française dès sa 4e édition (1762), en fait l’un des rares noms français à changer de genre.
On écrit donc :
- « un grand amour » (masculin singulier)
- « de belles amours » (féminin pluriel)
Par ailleurs, cette particularité ne concerne que deux autres mots en français : « délice » et « orgue ». Tous trois suivent la même logique : masculin au singulier, féminin au pluriel.
Attention aux accords
L’adjectif qui accompagne « amour » doit s’accorder selon le genre du nombre utilisé. On écrira :
- « un amour fou » (masculin singulier)
- « des amours folles » (féminin pluriel)
- « un amour passionné » (masculin singulier)
- « de premières amours » (féminin pluriel)
Origine et étymologie du mot « amour »
Le mot « amour » vient du latin amor, amoris, qui était masculin. Sa première trace en français remonte à 842 dans les Serments de Strasbourg : « pro deo amur ». Or, en ancien français, le mot était le plus souvent féminin. Comme le souligne Littré, « amour, venant de amor, était féminin dans l’ancienne langue, comme tous les noms ainsi dérivés : douleur, peur, etc. »
Pourquoi « amour » était-il féminin ?
En latin, les noms en -or (amor, dolor, honor) étaient masculins. En ancien français, ces noms ont pris le genre féminin sous l’influence de leur terminaison en -our, proche des noms féminins en -eur. Selon le CNRTL, la forme amour représente d’ailleurs un développement dialectal propre à la Champagne orientale, peut-être influencé par l’ancien provençal des troubadours.
Le basculement vers le masculin (XVIe-XVIIe siècle)
Selon le CNRTL, « amour » est devenu masculin aux XVIe et XVIIe siècles « sous l’influence du genre latin ». Les grammairiens de l’époque, soucieux de rapprocher le français de sa source latine, ont imposé le masculin au singulier.
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Ce changement ne s’est pas fait du jour au lendemain. Pendant toute cette période de transition, les deux genres coexistaient. Molière écrivait « il disait qu’il m’aimait d’une amour sans seconde » (L’École des femmes, 1662). Racine employait « de l’amour la plus tendre et la plus malheureuse » (Bérénice, 1670). Descartes lui-même, en prose, accordait « c’est l’amour, jointe à la tristesse » (Les Passions de l’âme, 1649).
Ce que disent les dictionnaires de l’Académie française
L’évolution du traitement d’« amour » dans les éditions successives du Dictionnaire de l’Académie française résume bien ce glissement :
- 4e édition (1762) : « s. m. » Le féminin singulier est admis « surtout en poésie » pour la passion amoureuse. Le pluriel « ne s’emploie guère qu’au féminin ».
- 8e édition (1935) : « n. m. » Le féminin singulier n’est plus que « quelquefois » accepté en poésie, mais le féminin pluriel s’étend « même en prose ».
- 9e édition (en cours) : « n. m. » Le féminin singulier n’est plus mentionné. Au pluriel, « généralement au féminin ».
Le Dictionnaire de Trévoux (1771) résumait déjà la situation : « autrefois féminin, aujourd’hui masculin au singulier ».
Pourquoi le féminin a-t-il survécu au pluriel ?
Le féminin pluriel s’est maintenu parce que l’usage l’a conservé dans des expressions figées et courantes. Des locutions comme « de belles amours », « premières amours », « folles amours » étaient si répandues qu’aucun grammairien n’a pu les éradiquer. Littré défendait d’ailleurs la conservation de ce double genre, estimant qu’y renoncer « ferait aussitôt considérer par le gros des lecteurs comme des fautes les passages de nos auteurs où amour est du féminin ».
« Amour » au féminin singulier : un emploi devenu rare
Bien que la règle moderne prescrive le masculin au singulier, de grands auteurs classiques ont employé « amour » au féminin. Cet emploi, autrefois courant, ne subsiste plus que dans la littérature ancienne et dans la poésie.
Mme de Lafayette, La Princesse de Clèves, 1678
Leur amour mutuelle.
Bossuet, Oraison funèbre de Henriette-Marie de France, 1669
On trouve aussi ce féminin singulier dans une chanson du début du XXe siècle :
Tout ça n’vaut pas l’amour, la belle amour, la vraie amour.
Alexandre Trébitsch et François Perpignan, Tout ça n’vaut pas l’amour, 1903
Encore une fois, aujourd’hui, le masculin est la seule forme admise au singulier dans la langue courante.
Le trio « amour, délice, orgue »
Ces trois noms partagent la même particularité grammaticale. La grammaire traditionnelle les regroupe comme les seuls mots français changeant de genre au pluriel.
| Mot | Singulier | Pluriel |
|---|---|---|
| amour | un amour sincère | de belles amours |
| délice | un pur délice | de pures délices |
| orgue | un grand orgue | de grandes orgues |
Pour « orgue », la nuance est subtile. Le féminin pluriel désigne un instrument unique composé de plusieurs jeux. Par contre, plusieurs instruments distincts restent au masculin pluriel : « des orgues puissants ».
Quant à « délice », le féminin pluriel est systématique dans la langue soutenue.
Exemples d’usage du mot « amour »
Au masculin singulier
Le cœur humain n’a que deux ressorts, l’ambition et l’amour.
Maine de Biran, Journal, 1819
L’amour, c’est beaucoup plus que l’amour.
Jacques Chardonne, titre de roman, 1937
Qu’est-ce que l’amour ? Le besoin de sortir de soi.
Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu, 1867
Au féminin pluriel
On revient toujours à ses premières amours.
Charles-Guillaume Étienne, Joconde ou Les coureurs d’aventures, 1814
Née d’amours fugitives à l’avant-dernier printemps, Fuseline, la petite fouine […].
Louis Pergaud, De Goupil à Margot, 1921
Pour aller plus loin, découvrez notre article sur « un ou une augure ». L’occasion d’explorer une autre curiosité liée au genre des noms en français.