Avoir le trac : définition et origine de l'expression
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« J’ai le trac, le trac fou… », confesse Sarah Bernhardt dans Ma double vie (1907). Si la plus grande tragédienne de son temps l’avouait, personne n’a à rougir de cette peur d’entrer en scène. Mais d’où vient ce petit mot étrange ? Son origine incertaine mêle argot, onomatopée et gibier traqué. Bonne lecture !
Définition de l’expression « avoir le trac »
L’expression « avoir le trac » désigne une peur soudaine et irraisonnée. Elle nous saisit avant d’affronter un public ou de se soumettre à une épreuve. On l’emploie surtout pour un artiste qui doit entrer en scène. Mais elle vaut aussi pour un candidat avant un examen ou un orateur avant sa prise de parole.
Le trac se manifeste par des signes physiques bien reconnaissables : gorge nouée, mains moites, cœur qui bat vite, voix qui tremble. Il précède l’action et disparaît le plus souvent dès les premières minutes. En ce sens, il se distingue d’une peur durable ou d’une véritable angoisse.
Le mot appartient au registre familier. Néanmoins, il est passé dans l’usage courant et figure aujourd’hui dans tous les dictionnaires.
Synonymes de « avoir le trac »
- Avoir la frousse
- Avoir la trouille
- Avoir la peur au ventre
- Être tétanisé par l’appréhension
- Avoir l’estomac noué
- Avoir des sueurs froides
Origine de l’expression « avoir le trac »
L’origine du mot « trac » au sens de peur reste débattue. Plusieurs hypothèses coexistent, car les premières attestations sont tardives et surtout argotiques.
D’abord, le nom apparaît dans l’argot du XIXe siècle, où il côtoie le verbe « traquer ». Le Dictionnaire historique d’argot de Lorédan Larchey (édition Dentu, 1881) rattache d’ailleurs directement les deux termes.
TRAQUER : Avoir le trac. TRAQUEUR : Peureux.
Lorédan Larchey, Dictionnaire historique d’argot
Ce rapprochement avec « traquer » a nourri une image parlante. Celui qui a le trac se sent comme un gibier traqué, acculé, incapable de fuir. Le trac de la peur est d’ailleurs l’homonyme des formes du verbe « traquer ». Cette proximité a sans doute renforcé l’association dans les esprits.
Ensuite, une deuxième piste privilégie l’onomatopée. Selon le Trésor de la langue française, le mot proviendrait d’un radical expressif trak-. Ce radical imite d’abord le bruit de la marche, puis le sursaut de quelqu’un que la peur saisit. L’idée d’un choc soudain, d’un tressaillement, colle bien à la sensation du trac.
Enfin, la linguiste Alice Becker-Ho a proposé une origine plus lointaine. Le mot serait un emprunt au romani trach, « crainte, angoisse », lui-même issu d’une langue de l’Inde. On rapproche alors ce terme du sanscrit trāsa-, « frayeur, terreur ». Cette hypothèse relie le français à toute une famille de mots slaves, comme le tchèque strach, « peur ».
Quelle que soit la piste retenue, le sens moderne s’est solidement fixé au théâtre. Le trac devient la peur de l’artiste par excellence. L’Académie française retient cette définition. Elle parle de l’« angoisse qu’éprouve une personne avant de se produire devant un public ou d’affronter une épreuve ». De la scène, l’expression a ensuite gagné la salle d’examen, la tribune et jusqu’à la vie quotidienne.
Usage de l’expression
Née dans l’argot du théâtre au XIXe siècle, l’expression se diffuse largement tout au long du XXe siècle :

Exemples d’usage de « avoir le trac » dans la littérature
Sœur Ernestine, humiliée pour sa mère, a vaguement le trac.
Jules Renard, Poil de Carotte
J’y ai dit que c’était pour se faire tirer en portrait par un grand artisse et ça lui a fichu le trac.
Léon Bloy, La Femme pauvre
[…] le terrible et stupide trac qui vous serre à la gorge et paralyse tous vos moyens.
Albert Lavignac, Les Gaietés du Conservatoire
Je savais déjà que j’étais élue favorite, et cela me glaçait de terreur, car je suis ce qu’on appelle une « traqueuse », j’ai le trac, le trac fou…
Sarah Bernhardt, Ma double vie
Si tu n’as pas le trac, tu n’en feras pas un de plus, dit Georges. Je n’aurai pas le trac, dit Boris, que ce doute persistant insultait.
André Gide, Les Faux-monnayeurs
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