La langue française

Suer

Définitions du mot « suer »

Trésor de la Langue Française informatisé

SUER, verbe

I. − Empl. intrans.
A. − Qqn/qqc. sue
1. [Le suj. désigne un être animé]
a) Éliminer de la sueur par les pores de la peau (sous l'effet de la chaleur, d'un effort physique intense, d'une émotion, d'un état morbide). Synon. transpirer.Contre la chaleur, les animaux qui ne suent pas, comme le chien par exemple et le mouton, compensent l'évaporation cutanée par une accélération du rythme des mouvements respiratoires (Garcin, Guide vétér., 1944, p. 12).V. entrefesson (sous entre-) ex. de Flaubert.
Vx. Suer d'ahan. Transpirer en faisant de gros efforts. Matamore, avec des tensions de nerfs, des roulements de prunelles, des clappements de langue, semblait faire les plus prodigieux efforts pour extraire la lame rebelle de sa gaine. Il en suait d'ahan (Gautier, Fracasse, 1863, p. 119).
SYNT. Suer abondamment, beaucoup, copieusement, énormément; suer avec excès, à flots, à pleine figure; suer à grosses gouttes; suer au soleil, en plein soleil; suer de chaud; suer d'angoisse, de dégoût, d'émotion, de faiblesse, de fatigue, de fièvre, de haine, de peur, de pitié; suer dans une chemise, des habits, une robe; suer sous les couvertures; suer sous le harnais; suer des aisselles, du/de tout le corps, des épaules, du front, des mains, des pieds, de la tête, du visage; suer comme un bœuf, un nègre; commencer, se mettre à suer; bête, cheval qui sue.
b) P. méton. Travailler beaucoup, se donner de la peine pour accomplir une tâche, un travail; fournir de gros efforts (intellectuels ou physiques). Synon. s'échiner, s'éreinter, se fatiguer, peiner.La terre n'est à personne, les fruits sont à tout le monde... Nous ne pouvons plus souffrir que la majorité des hommes travaille et sue au service et pour le bon plaisir d'une petite minorité (Babeuf, 1794-95ds Rec. textes hist., p. 90).Quand Buffon, après avoir sué tout le jour sur une période, se mettait à table (...) on rapporte que l'écrivain si grave et si majestueux était dans ses propos d'une platitude à révolter les gens de goût (Sainte-Beuve, Tabl. poés. fr., 1828, p. 163).
2. P. anal. Se couvrir d'humidité; dégager de fines gouttelettes d'humidité, une substance liquide. Synon. exsuder.Bois, bûche, fromage, fruit qui sue. L'odeur des pins était exquise. Ils avaient dû suer abondamment tout l'été et maintenant dans la fraîcheur de cette nuit d'automne leur sève donnait son parfum le plus tendre (Giono, Hussard, 1951, p. 248).
P. méton. [Le suj. désigne un liquide] S'écouler très lentement. Des fois, dit Jaume, cette eau ne fait pas de bruit. Elle sue de la terre, tout doucement, et, à la fin, ça fait pourtant des lacs (Giono, Colline, 1929, pp. 77-78).
B. − Faire suer qqn/qqc.
1. Faire suer qqn
a) Imposer un travail dur, pénible; p. ext., exploiter. Je me sens prendre au collet par l'autre moitié de moi-même, le monsieur actif, le producteur, l'homme qui éprouve le besoin de mettre son nom sur de petites ordures qui l'ont fait suer (Goncourt, Man. Salomon, 1867, p. 44).J'arriverai (...) avec la totalité des épreuves revues, corrigées, augmentées de trois grandes pages, capables à elles seules d'enlever un succès certain et qui m'ont fait suer jour et nuit depuis quatre jours (Villiers de L'I.-A., Corresp., 1887, p. 170).
Loc. Faire suer le burnous*.
b) Ennuyer, exaspérer profondément. Synon. barber (fam.), casser* les pieds (fam.), emmerder (pop.), enquiquiner (fam.), faire chier (vulg.), raser (fam.).Faire suer le monde. L'ingénue hausse ses épaules dodues:Une fatigue saine! vous me faites suer! Rien ne vieillit une femme comme de vivre à la campagne, c'est connu! (Colette, Music-hall, 1913, p. 8).
Empl. pronom. Se faire suer. S'ennuyer. L'édifice de ces lois [faites par les trois assemblées nationales] est une œuvre atlantique dont l'aspect étourdit. Mais l'étonnement se change tout à coup en pitié, lorsqu'on songe à la nullité de ces lois; et l'on ne voit plus que des enfants qui se font suer pour élever un grand édifice de cartes (J. de Maistre, Consid. sur Fr., 1796, p. 78).
2. Faire suer qqc.
a) ART CULIN. Donner, à feu doux et en vase clos, sans addition d'eau ou de matière grasse, une première cuisson à une pièce de viande, un poisson, un légume pour faire rendre le suc ou le premier jus. Faire suer de la viande, la mirepoix; faire suer à la braise. Faites suer dans une casserole un peu de veau et jambon, tranches d'oignon dessous, zestes de carottes et panais (Gdes heures cuis. fr.,Éluard-Valette, 1964, p. 250).
b) P. anal., vx. Faire suer l'argent. Prêter de l'argent pour en tirer de gros bénéfices. Faire suer les écus. Il y avait là le portier (...) engraissé par le veuvage (...) sachant faire suer son petit argent par toutes sortes de placements et de prêts sournois (Goncourt, Sœur Philom., 1861, p. 81).
c) Vx, TECHNOL. Faire suer la baudruche. Débarrasser l'or des matières grasses qu'il peut contenir. (Dict. xixeet xxes.).
II. − Empl. trans.
A. − [Le compl. désigne un liquide]
1. [Le suj. désigne une pers., un être animé] Rendre par les pores de la peau. Synon. exsuder.Cette agonie-là dura longtemps, et plus longue et plus cruelle que celle du Christ, car elle était sans espoir (...). Lui aussi sua une sueur de sang et de larmes, et on les entendait tomber sur la terre (Flaub., Smarh, 1839, p. 107).On voyait un garçon boucher qui, penché par-dessus les autres, le cou tendu, l'œil injecté, suait de grosses gouttes, et frappait le vide de ses poings, à gestes courts et inconscients (Van der Meersch, Empreinte dieu, 1936, p. 120).
Loc. fig. Suer sang et eau, suer la/les grosse(s) goutte(s) (vieilli). Faire de grands efforts, se donner beaucoup de peine. Personne ne songerait à penser que Flaubert est un petit écrivain, s'il n'avait avoué candidement qu'il suait la grosse goutte sur ses phrases (Montherl., Démon bien, 1937, p. 1305):
1. M. Grandet était un demi-sot, lourd et assez instruit, qui chaque soir suait sang et eau pendant une heure pour se tenir au courant de notre littérature, c'était son mot. Du reste, il n'eût pas su distinguer une page de Voltaire d'une page de M. Viennet. Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 336.
P. anal.
Suer la crasse, l'huile. Elle aimait à rire avec les ouvriers comme son père, des gens propres qui ne suaient pas la graisse et le vieux oing, elle voulait un mari qui n'eût pas de taches à sa blouse, qui se lavât les pieds tous les huit jours (Huysmans, Sœurs Vatard, 1879, p. 56).
Laisser suinter d'une blessure. Il avait reçu en pleine figure toute une charge de ce plomb à perdrix dont s'étaient servis les républicains, faute de balles; sa face trouée, criblée, suait le sang (Zola, Fortune Rougon, 1871, p. 288).On harponne d'abord le baleineau et la mère vient s'exposer à tous les coups. Quand elle est atteinte à mort (...) elle écume, elle sue du sang. C'est ce que nous appelions la faire « fleurir » (Cendrars, Confess. Dan Yack, 1929, p. 220).
Empl. factitif. Faire suer. Suer un cheval. Faire galoper un cheval pour provoquer une forte transpiration de façon à lui faire perdre du poids. Quand on veut suer un cheval, on commence par l'envelopper de couvertures (Nouv. Lar. ill.).Suer le fer (vx). Chauffer le fer jusqu'à la chaude suante. (Dict. xixeet xxes.).
2. [Le suj. désigne qqc.] Rendre un liquide goutte à goutte. Il y a quelques années, en face de cette marchande, se trouvait une boutique dont les boiseries d'un vert bouteille suaient l'humidité par toutes leurs fentes (Zola, Th. Raquin, 1867, p. 5).[Agathe] portait sur un plateau six écrevisses écarlates, des biscuits, quelques pêches sombres, des prunes blessées par les guêpes, une carafe suant sa buée (Mauriac, Galigaï, 1952, p. 25).
B. − Au fig. [Le compl. désigne qqc. d'abstr.]
1. Dégager, donner une impression par le seul aspect, par des signes extérieurs évidents. Synon. exhaler, respirer.
[Le suj. désigne une pers.] Laisse donc! déclara Claude avec férocité, ils ont sur la face tous les crimes de la bourgeoisie, ils suent la scrofule et la bêtise (Zola, L'Œuvre, 1886, p. 133):
2. [Le maire] hausse les épaules avec dégoût. − On appelle ça une victime. En un sens, docteur, je trouve ça peut-être plus répugnant à voir que le coupable. Un coupable c'est pareil à vous (...) Au lieu que ces macchabées, ils ont le crime au ventre, les cochons, ils suent le crime. (...) je trouve que la malice a l'air de leur sortir par tous les pores... Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1399.
SYNT. Suer l'ambition, l'angoisse, la colère, la curiosité, l'ennui, la lâcheté, la lubricité, l'orgueil, la paresse, le péché, la peur, la santé, la tristesse, le vice.
[Le suj. désigne la physionomie, le visage d'une pers.] Il y avait là, pêle-mêle avec les détenus politiques, des condamnés de droit commun, des faces bestialisées et qui suaient le crime et dont le rire, la voix, le seul regard, faisaient horreur (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 280).
[Le suj. désigne qqc.] L'immeuble où créchait Paul suait le fric (...) Ça reniflait les deux cents familles (Le Breton, Razzia, 1954, p. 29).[Le Puy-en-Velay] une de ces villes de province française qui doit suer un ennui de suie (Butor, Modif., 1957, p. 25).
[Le suj. désigne des propos oraux ou écrits] Réponses qui suent le mensonge; suer l'angoisse. Ils échangeaient des propos où aucune joie vraie et saine ne se développait, plaintes, menaces, commérages, plaisanteries qui suaient la haine, la bassesse ou la lubricité (R. Bazin, Blé, 1907, p. 175).
2. Produire quelque chose en faisant de grands efforts, en travaillant durement. Vous verrez peut-être bientôt par vous-même ce que coûte un écu quand il faut le suer (Balzac, E. Grandet, 1834, p. 71).Charogne de vie qu'on passe (...) dans la fatigue, dans l'inquiétude des mauvais hasards et même dans le remords des pauvres plaisirs de la gueule pris sur le marbre gras d'un bistro galeux, quand on a fini de suer sa journée (Aymé, Rue sans nom, 1930, p. 38).
3. Pop. En suer une. Danser une danse dans un bal. Ohé! Titine! viens-tu en suer une? (VteRichard, Les Femmes des autresds Rigaud, Dict. arg. mod., 1881, p. 354).
REM.
Sudorifère, adj.,anat. a) Qui donne passage à la sueur. Synon. sudoripare.Pore sudorifère (Man.-Man. Méd. 1986). b) Qui produit, provoque la sueur. La plupart des visiteurs (...) courent s'emboîter les uns dans les autres dans quelque cinéma sudorifère où triomphe aujourd'hui la métaphysique du médiocre (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 126).
Prononc. et Orth.: [sɥe], (il) sue [sy]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Trans. 1. a) fin xes. suder « excréter par les pores de la peau » sudor ... suder (Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 126); déb. xiies. suer (St Brendan, éd. I. Short-B. Merrilees, 1292); 1588 suer sang et eau (v. sang étymol. A 4); av. 1881 pop. en suer une « danser une danse » (VteRichard, loc. cit.); b) 1783 suer le fer, suer l'acier (Buffon, Hist. nat. des minéraux, Paris, Impr. royale, t. II, p. 465: il faut de plus que l'acier cémenté soit corroyé, sué & soudé); c) 1834 « produire au prix d'un effort, en particulier en parlant de l'argent » (Balzac, loc. cit.); d) 1872 suer un cheval (Pearson, Dict. du sport fr., Paris, O. Lorenz, p. 604); 2. fin xviiies. « laisser transparaître » suer le crime (Beaumarchais ds Besch. 1845). B. Intrans. 1. ca 1155 « transpirer, rendre de la sueur par les pores de la peau » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 1134); 1648 suer à grosses gouttes ([Guez de] Balz., Le Barbon ds Littré, s.v. goutte1); en particulier a) ca 1155 « transpirer sous l'effet de la fièvre » (Wace, op. cit., 14196); b) 1160-74 « transpirer sous l'effet d'une émotion » suer d'angoisse (Id., Rou, éd. A. J. Holden, II, 623); c) ca 1393 p. anal. art culin. laisser suer (Ménagier, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, p. 235, ligne 23); 2. a) 1538 « travailler beaucoup sans venir à bout de quelque chose » (Est.); b) 1615 « exploiter, dépouiller quelqu'un » faire suer le bonhomme (arg. des soldats ds Esn. 1965); c) 1678 faire suer qqn « l'ennuyer, l'excéder » (Mmede Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 28 févr. ds Littré). Du lat. class. sūdāre, intrans. « suer, être en sueur », au fig. « se donner de la peine » trans. « épancher comme une sueur », au fig. « faire avec sueur, avec peine ». Fréq. abs. littér.: 498. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 542, b) 904; xxes.: a) 848, b) 658.
DÉR.
Suette, subst. fém.,pathol. Suette (miliaire) ou suette picarde. Maladie fébrile contagieuse et épidémique, d'origine inconnue, caractérisée par une élévation brusque de la température, accompagnée de sueurs abondantes et excessives, d'une éruption cutanée (constituée de petites papules rouges recouvertes de petites vésicules blanchâtres), de troubles nerveux et de difficultés respiratoires. Le maître couvreur est mort de la suette il y a quelques jours. Cette suette et la pluie continuelle retardent un peu la besogne (...). C'est une épidémie qui sévit ici depuis trois mois, et qui n'attaque que les bourgeois et les bourgeoises. Les pauvres gens sont à l'abri. On sue beaucoup, on devient fort rouge et l'on crève, le tout en 24 heures (Mérimée, Lettres L. Vitet, 1845, p. 147).Suette anglaise. Maladie fébrile contagieuse qui s'est développée sous forme de violentes épidémies en Angleterre aux xveet xvies. Colin (...) évoque plusieurs affections qu'il englobe dans le même cadre (...) la suette anglaise (...) la suette picarde (Renault dsNouv. Traité Méd.fasc. 21928, p. 426).−− [sɥ εt]. Att. ds Ac. dep. 1762. 1reattest. 1568 (Paré, Anat., XXIV, 1 ds Œuvres compl., éd. J.-Fr. Malgaigne, t. 3, p. 351); de suer, suff. -ette*.
BBG.Baldinger (K.). Zur Entwicklung der Tabakindustrie und ihrer Terminologie. Mél. Piel (J.-M.). Heidelberg, 1969, p. 57. − Quem. DDL t. 10, 15, 38. − Sain. Arg. 1972 [1907], p. 111, 126, 157, 293.

Trésor de la Langue Française informatisé

SUER, verbe

I. − Empl. intrans.
A. − Qqn/qqc. sue
1. [Le suj. désigne un être animé]
a) Éliminer de la sueur par les pores de la peau (sous l'effet de la chaleur, d'un effort physique intense, d'une émotion, d'un état morbide). Synon. transpirer.Contre la chaleur, les animaux qui ne suent pas, comme le chien par exemple et le mouton, compensent l'évaporation cutanée par une accélération du rythme des mouvements respiratoires (Garcin, Guide vétér., 1944, p. 12).V. entrefesson (sous entre-) ex. de Flaubert.
Vx. Suer d'ahan. Transpirer en faisant de gros efforts. Matamore, avec des tensions de nerfs, des roulements de prunelles, des clappements de langue, semblait faire les plus prodigieux efforts pour extraire la lame rebelle de sa gaine. Il en suait d'ahan (Gautier, Fracasse, 1863, p. 119).
SYNT. Suer abondamment, beaucoup, copieusement, énormément; suer avec excès, à flots, à pleine figure; suer à grosses gouttes; suer au soleil, en plein soleil; suer de chaud; suer d'angoisse, de dégoût, d'émotion, de faiblesse, de fatigue, de fièvre, de haine, de peur, de pitié; suer dans une chemise, des habits, une robe; suer sous les couvertures; suer sous le harnais; suer des aisselles, du/de tout le corps, des épaules, du front, des mains, des pieds, de la tête, du visage; suer comme un bœuf, un nègre; commencer, se mettre à suer; bête, cheval qui sue.
b) P. méton. Travailler beaucoup, se donner de la peine pour accomplir une tâche, un travail; fournir de gros efforts (intellectuels ou physiques). Synon. s'échiner, s'éreinter, se fatiguer, peiner.La terre n'est à personne, les fruits sont à tout le monde... Nous ne pouvons plus souffrir que la majorité des hommes travaille et sue au service et pour le bon plaisir d'une petite minorité (Babeuf, 1794-95ds Rec. textes hist., p. 90).Quand Buffon, après avoir sué tout le jour sur une période, se mettait à table (...) on rapporte que l'écrivain si grave et si majestueux était dans ses propos d'une platitude à révolter les gens de goût (Sainte-Beuve, Tabl. poés. fr., 1828, p. 163).
2. P. anal. Se couvrir d'humidité; dégager de fines gouttelettes d'humidité, une substance liquide. Synon. exsuder.Bois, bûche, fromage, fruit qui sue. L'odeur des pins était exquise. Ils avaient dû suer abondamment tout l'été et maintenant dans la fraîcheur de cette nuit d'automne leur sève donnait son parfum le plus tendre (Giono, Hussard, 1951, p. 248).
P. méton. [Le suj. désigne un liquide] S'écouler très lentement. Des fois, dit Jaume, cette eau ne fait pas de bruit. Elle sue de la terre, tout doucement, et, à la fin, ça fait pourtant des lacs (Giono, Colline, 1929, pp. 77-78).
B. − Faire suer qqn/qqc.
1. Faire suer qqn
a) Imposer un travail dur, pénible; p. ext., exploiter. Je me sens prendre au collet par l'autre moitié de moi-même, le monsieur actif, le producteur, l'homme qui éprouve le besoin de mettre son nom sur de petites ordures qui l'ont fait suer (Goncourt, Man. Salomon, 1867, p. 44).J'arriverai (...) avec la totalité des épreuves revues, corrigées, augmentées de trois grandes pages, capables à elles seules d'enlever un succès certain et qui m'ont fait suer jour et nuit depuis quatre jours (Villiers de L'I.-A., Corresp., 1887, p. 170).
Loc. Faire suer le burnous*.
b) Ennuyer, exaspérer profondément. Synon. barber (fam.), casser* les pieds (fam.), emmerder (pop.), enquiquiner (fam.), faire chier (vulg.), raser (fam.).Faire suer le monde. L'ingénue hausse ses épaules dodues:Une fatigue saine! vous me faites suer! Rien ne vieillit une femme comme de vivre à la campagne, c'est connu! (Colette, Music-hall, 1913, p. 8).
Empl. pronom. Se faire suer. S'ennuyer. L'édifice de ces lois [faites par les trois assemblées nationales] est une œuvre atlantique dont l'aspect étourdit. Mais l'étonnement se change tout à coup en pitié, lorsqu'on songe à la nullité de ces lois; et l'on ne voit plus que des enfants qui se font suer pour élever un grand édifice de cartes (J. de Maistre, Consid. sur Fr., 1796, p. 78).
2. Faire suer qqc.
a) ART CULIN. Donner, à feu doux et en vase clos, sans addition d'eau ou de matière grasse, une première cuisson à une pièce de viande, un poisson, un légume pour faire rendre le suc ou le premier jus. Faire suer de la viande, la mirepoix; faire suer à la braise. Faites suer dans une casserole un peu de veau et jambon, tranches d'oignon dessous, zestes de carottes et panais (Gdes heures cuis. fr.,Éluard-Valette, 1964, p. 250).
b) P. anal., vx. Faire suer l'argent. Prêter de l'argent pour en tirer de gros bénéfices. Faire suer les écus. Il y avait là le portier (...) engraissé par le veuvage (...) sachant faire suer son petit argent par toutes sortes de placements et de prêts sournois (Goncourt, Sœur Philom., 1861, p. 81).
c) Vx, TECHNOL. Faire suer la baudruche. Débarrasser l'or des matières grasses qu'il peut contenir. (Dict. xixeet xxes.).
II. − Empl. trans.
A. − [Le compl. désigne un liquide]
1. [Le suj. désigne une pers., un être animé] Rendre par les pores de la peau. Synon. exsuder.Cette agonie-là dura longtemps, et plus longue et plus cruelle que celle du Christ, car elle était sans espoir (...). Lui aussi sua une sueur de sang et de larmes, et on les entendait tomber sur la terre (Flaub., Smarh, 1839, p. 107).On voyait un garçon boucher qui, penché par-dessus les autres, le cou tendu, l'œil injecté, suait de grosses gouttes, et frappait le vide de ses poings, à gestes courts et inconscients (Van der Meersch, Empreinte dieu, 1936, p. 120).
Loc. fig. Suer sang et eau, suer la/les grosse(s) goutte(s) (vieilli). Faire de grands efforts, se donner beaucoup de peine. Personne ne songerait à penser que Flaubert est un petit écrivain, s'il n'avait avoué candidement qu'il suait la grosse goutte sur ses phrases (Montherl., Démon bien, 1937, p. 1305):
1. M. Grandet était un demi-sot, lourd et assez instruit, qui chaque soir suait sang et eau pendant une heure pour se tenir au courant de notre littérature, c'était son mot. Du reste, il n'eût pas su distinguer une page de Voltaire d'une page de M. Viennet. Stendhal, L. Leuwen, t. 3, 1835, p. 336.
P. anal.
Suer la crasse, l'huile. Elle aimait à rire avec les ouvriers comme son père, des gens propres qui ne suaient pas la graisse et le vieux oing, elle voulait un mari qui n'eût pas de taches à sa blouse, qui se lavât les pieds tous les huit jours (Huysmans, Sœurs Vatard, 1879, p. 56).
Laisser suinter d'une blessure. Il avait reçu en pleine figure toute une charge de ce plomb à perdrix dont s'étaient servis les républicains, faute de balles; sa face trouée, criblée, suait le sang (Zola, Fortune Rougon, 1871, p. 288).On harponne d'abord le baleineau et la mère vient s'exposer à tous les coups. Quand elle est atteinte à mort (...) elle écume, elle sue du sang. C'est ce que nous appelions la faire « fleurir » (Cendrars, Confess. Dan Yack, 1929, p. 220).
Empl. factitif. Faire suer. Suer un cheval. Faire galoper un cheval pour provoquer une forte transpiration de façon à lui faire perdre du poids. Quand on veut suer un cheval, on commence par l'envelopper de couvertures (Nouv. Lar. ill.).Suer le fer (vx). Chauffer le fer jusqu'à la chaude suante. (Dict. xixeet xxes.).
2. [Le suj. désigne qqc.] Rendre un liquide goutte à goutte. Il y a quelques années, en face de cette marchande, se trouvait une boutique dont les boiseries d'un vert bouteille suaient l'humidité par toutes leurs fentes (Zola, Th. Raquin, 1867, p. 5).[Agathe] portait sur un plateau six écrevisses écarlates, des biscuits, quelques pêches sombres, des prunes blessées par les guêpes, une carafe suant sa buée (Mauriac, Galigaï, 1952, p. 25).
B. − Au fig. [Le compl. désigne qqc. d'abstr.]
1. Dégager, donner une impression par le seul aspect, par des signes extérieurs évidents. Synon. exhaler, respirer.
[Le suj. désigne une pers.] Laisse donc! déclara Claude avec férocité, ils ont sur la face tous les crimes de la bourgeoisie, ils suent la scrofule et la bêtise (Zola, L'Œuvre, 1886, p. 133):
2. [Le maire] hausse les épaules avec dégoût. − On appelle ça une victime. En un sens, docteur, je trouve ça peut-être plus répugnant à voir que le coupable. Un coupable c'est pareil à vous (...) Au lieu que ces macchabées, ils ont le crime au ventre, les cochons, ils suent le crime. (...) je trouve que la malice a l'air de leur sortir par tous les pores... Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1399.
SYNT. Suer l'ambition, l'angoisse, la colère, la curiosité, l'ennui, la lâcheté, la lubricité, l'orgueil, la paresse, le péché, la peur, la santé, la tristesse, le vice.
[Le suj. désigne la physionomie, le visage d'une pers.] Il y avait là, pêle-mêle avec les détenus politiques, des condamnés de droit commun, des faces bestialisées et qui suaient le crime et dont le rire, la voix, le seul regard, faisaient horreur (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 280).
[Le suj. désigne qqc.] L'immeuble où créchait Paul suait le fric (...) Ça reniflait les deux cents familles (Le Breton, Razzia, 1954, p. 29).[Le Puy-en-Velay] une de ces villes de province française qui doit suer un ennui de suie (Butor, Modif., 1957, p. 25).
[Le suj. désigne des propos oraux ou écrits] Réponses qui suent le mensonge; suer l'angoisse. Ils échangeaient des propos où aucune joie vraie et saine ne se développait, plaintes, menaces, commérages, plaisanteries qui suaient la haine, la bassesse ou la lubricité (R. Bazin, Blé, 1907, p. 175).
2. Produire quelque chose en faisant de grands efforts, en travaillant durement. Vous verrez peut-être bientôt par vous-même ce que coûte un écu quand il faut le suer (Balzac, E. Grandet, 1834, p. 71).Charogne de vie qu'on passe (...) dans la fatigue, dans l'inquiétude des mauvais hasards et même dans le remords des pauvres plaisirs de la gueule pris sur le marbre gras d'un bistro galeux, quand on a fini de suer sa journée (Aymé, Rue sans nom, 1930, p. 38).
3. Pop. En suer une. Danser une danse dans un bal. Ohé! Titine! viens-tu en suer une? (VteRichard, Les Femmes des autresds Rigaud, Dict. arg. mod., 1881, p. 354).
REM.
Sudorifère, adj.,anat. a) Qui donne passage à la sueur. Synon. sudoripare.Pore sudorifère (Man.-Man. Méd. 1986). b) Qui produit, provoque la sueur. La plupart des visiteurs (...) courent s'emboîter les uns dans les autres dans quelque cinéma sudorifère où triomphe aujourd'hui la métaphysique du médiocre (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 126).
Prononc. et Orth.: [sɥe], (il) sue [sy]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Trans. 1. a) fin xes. suder « excréter par les pores de la peau » sudor ... suder (Passion, éd. d'Arco Silvio Avalle, 126); déb. xiies. suer (St Brendan, éd. I. Short-B. Merrilees, 1292); 1588 suer sang et eau (v. sang étymol. A 4); av. 1881 pop. en suer une « danser une danse » (VteRichard, loc. cit.); b) 1783 suer le fer, suer l'acier (Buffon, Hist. nat. des minéraux, Paris, Impr. royale, t. II, p. 465: il faut de plus que l'acier cémenté soit corroyé, sué & soudé); c) 1834 « produire au prix d'un effort, en particulier en parlant de l'argent » (Balzac, loc. cit.); d) 1872 suer un cheval (Pearson, Dict. du sport fr., Paris, O. Lorenz, p. 604); 2. fin xviiies. « laisser transparaître » suer le crime (Beaumarchais ds Besch. 1845). B. Intrans. 1. ca 1155 « transpirer, rendre de la sueur par les pores de la peau » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 1134); 1648 suer à grosses gouttes ([Guez de] Balz., Le Barbon ds Littré, s.v. goutte1); en particulier a) ca 1155 « transpirer sous l'effet de la fièvre » (Wace, op. cit., 14196); b) 1160-74 « transpirer sous l'effet d'une émotion » suer d'angoisse (Id., Rou, éd. A. J. Holden, II, 623); c) ca 1393 p. anal. art culin. laisser suer (Ménagier, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, p. 235, ligne 23); 2. a) 1538 « travailler beaucoup sans venir à bout de quelque chose » (Est.); b) 1615 « exploiter, dépouiller quelqu'un » faire suer le bonhomme (arg. des soldats ds Esn. 1965); c) 1678 faire suer qqn « l'ennuyer, l'excéder » (Mmede Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 28 févr. ds Littré). Du lat. class. sūdāre, intrans. « suer, être en sueur », au fig. « se donner de la peine » trans. « épancher comme une sueur », au fig. « faire avec sueur, avec peine ». Fréq. abs. littér.: 498. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 542, b) 904; xxes.: a) 848, b) 658.
DÉR.
Suette, subst. fém.,pathol. Suette (miliaire) ou suette picarde. Maladie fébrile contagieuse et épidémique, d'origine inconnue, caractérisée par une élévation brusque de la température, accompagnée de sueurs abondantes et excessives, d'une éruption cutanée (constituée de petites papules rouges recouvertes de petites vésicules blanchâtres), de troubles nerveux et de difficultés respiratoires. Le maître couvreur est mort de la suette il y a quelques jours. Cette suette et la pluie continuelle retardent un peu la besogne (...). C'est une épidémie qui sévit ici depuis trois mois, et qui n'attaque que les bourgeois et les bourgeoises. Les pauvres gens sont à l'abri. On sue beaucoup, on devient fort rouge et l'on crève, le tout en 24 heures (Mérimée, Lettres L. Vitet, 1845, p. 147).Suette anglaise. Maladie fébrile contagieuse qui s'est développée sous forme de violentes épidémies en Angleterre aux xveet xvies. Colin (...) évoque plusieurs affections qu'il englobe dans le même cadre (...) la suette anglaise (...) la suette picarde (Renault dsNouv. Traité Méd.fasc. 21928, p. 426).−− [sɥ εt]. Att. ds Ac. dep. 1762. 1reattest. 1568 (Paré, Anat., XXIV, 1 ds Œuvres compl., éd. J.-Fr. Malgaigne, t. 3, p. 351); de suer, suff. -ette*.
BBG.Baldinger (K.). Zur Entwicklung der Tabakindustrie und ihrer Terminologie. Mél. Piel (J.-M.). Heidelberg, 1969, p. 57. − Quem. DDL t. 10, 15, 38. − Sain. Arg. 1972 [1907], p. 111, 126, 157, 293.

Wiktionnaire

Verbe

suer \sɥe\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Transpirer, rendre de la sueur par les pores de la peau.
    • Suant et soufflant, pantalons et tuniques déchirés, mains écorchées, ses deux poursuivants arrivèrent enfin au hameau . — (Louis Pergaud, L’Évasion de Kinkin, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • À 17 h 45, comme on le lui a commandé, vêtu en pingouin (de location, frais remboursés) et suant à grands seaux dans cette tenue discutable pour une fin d'après-midi affichant encore 24° à l'ombre, il fait les cent pas dans le hall du Martinez. — (Lionel Chouchon, Mon Papa Razzi, Éditions du Rocher, 2011, chap. 19)
  2. (Figuré) (Familier) Travailler beaucoup, se donner beaucoup de peine pour venir à bout de quelque chose.
    • Ainsi les autres suent dans leurs cabinets, pour montrer aux savants qu'ils ont résolu une question d'algèbre qui n'avait pu l'être jusqu'ici. — (Blaise Pascal, Pensées)
  3. (Par extension) Certaines choses qui suintent, qui se couvrent d’humidité.
    • Les murailles suent pendant le dégel.

suer transitif

  1. (Par extension) (Cuisine) Cuire doucement jusqu’à ce que perlent les premières gouttes de jus, dans l’expression « faire suer ».
    • Faire suer les oignons.
    • Suer du sang, rendre du sang par les pores.
  2. (Figuré) Exhaler tout affectation de toute sa personne.
    • Suer l’ennui.
    • Suer l’orgueil, l’hypocrisie, la peur, etc.
    • Ce notaire, ce noiraud, ce Lenoir, si méchant qui suait la haine à quatre gouttes. — (Marcel Jouhandeau, Chaminadour, Gallimard, 1941 et 1953, collection Le Livre de Poche, page 444)
  3. (Familier) Faire chier, dans l’expression « faire suer » qui signifie fatiguer, embêter.
    • Un agrégé, pensa-t-il. Un barbeur qui a dû faire suer des générations d'élèves. Et qui va faire à Londres ses emplettes de shakespearophilie. — (Laurent Carpentier, Les bannis, Éditions Stock, 2015)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SUER. v. intr.
Transpirer, rendre de la sueur par les pores de la peau. Suer à grosses gouttes. Suer de la tête, du visage, de tout le corps. S'il sue beaucoup, il guérira.

SUER signifie aussi, figurément et familièrement, Travailler beaucoup, se donner beaucoup de peine pour venir à bout de quelque chose. Il a bien sué sur cet ouvrage. Il se dit, par extension, de Certaines choses qui suintent, qui se couvrent d'humidité. Les murailles suent pendant le dégel.

SUER s'emploie aussi transitivement. Suer du sang, Rendre du sang par les pores. Fig. et fam., Suer sang et eau, Faire de grands efforts, se donner une grande peine pour quelque chose. Fig. et fam., Suer l'ennui, Exhaler l'ennui de toute sa personne. On dit de même : Suer l'orgueil, l'hypocrisie, la peur, etc.

Littré (1872-1877)

SUER (su-é), je suais, nous suions, vous suiez ; que je sue, que nous suions, que vous suiez v. n.
  • 1Rendre par les pores (ou orifices des glandes sudoripares) une humeur aqueuse. L'attelage suait, soufflait, était rendu, La Fontaine, Fabl. VII, 8. Malgré le froid, je sue encor de mes efforts, Molière, l'Ét. IV, 5. Le feu comte du Lude disait qu'il n'avait jamais eu de mal, mais qu'il s'était toujours bien trouvé de suer : sérieusement, c'est un des remèdes de Duchesne pour toutes les douleurs du corps, Sévigné, 243. Tantôt il donnait des remèdes qui faisaient suer, Fénelon, Tél. XVII. Il suait à grosses gouttes, et avait l'air d'être fatigué, Lesage, Guzm. d'Alf. II, 1.

    Suer d'ahan, suer de la grande peine qu'on a. [Ils] Sont à suer d'ahan pour expliquer le cas, Du Cerceau, Poès. la Ravigotte.

    Suer s'est dit dans le XVIIe siècle pour subir un traitement mercuriel contre la syphilis.

    Fig. En termes d'argot financier, faire suer une affaire, lui faire rendre autant d'argent qu'il est possible.

    Fig. et anciennement. Faire suer le bonhomme, se disait des soldats qui extorquaient de l'argent au paysan. À présent faisant suer le bonhomme, ainsi que vous dites, vous morguez les serviteurs du roi, Harangue du capitaine la Carbonnade en 1615, dans FR. MICHEL, Argot.

  • 2 Fig. Éprouver de la peine, du malaise. Il est vrai que l'on sue à souffrir ses discours, Molière, Fem. sav. II, 7. J'ai bien sué en pensant aux périls de votre voyage, Sévigné, 145. On dit qu'une poignée de chrétiens sortis d'un rocher font suer les Ottomans et fatiguent leur empire, Montesquieu, Lett. pers. 19.

    Familièrement. Faire suer, causer ennui, contrariété. Vous ne craignez que moi en ces occasions ; vous me faites suer ; mais vous faites rire les autres, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 28 févr. 1678. Tout ce que je vous dis et tout ce que j'écoute, Me fait, ma foi, monsieur, suer à grosse goutte, Baron, le Jaloux, I, 7. Elle dit des choses d'une naïveté qui me fait suer, Fontenelle, Lett. gal. 30.

    Il fait suer, se dit d'un homme dont la conversation est pesante et importune.

    Cela fait suer, cela excite l'indignation, le mépris.

  • 3 Fig. Se donner beaucoup de peine pour venir à bout de quelque chose. Et là suait Euryte à détacher les roches Qu'Encelade jetait, Malherbe, II, 12. Thémis n'avait point travaillé, De mémoire de singe, à fait plus embrouillé ; Le magistrat suait en son lit de justice, La Fontaine, Fabl. II, 3. Lorsqu'elle vient me voir, je souffre le martyre ; Il faut suer sans cesse à trouver que lui dire, Molière, Mis. II, 5. Les autres suent dans leur cabinet pour montrer aux savants qu'ils ont résolu une question d'algèbre qu'on n'aurait pu trouver jusqu'ici, Pascal, Pens. IV, 2, éd. HAVET. En vain pour la trouver [la rime] je travaille et je sue, Boileau, Sat. II.

    Fig. Cette femme ambitieuse et vaine… toute la nature s'épuise pour la parer, tous les arts suent, toute l'industrie se consomme, Bossuet, la Vallière.

  • 4 Par extension, il se dit de l'humidité qui s'attache à la superficie de certaines choses. Les murailles suent pendant le dégel. Les foins suent, jusqu'à ce que toute l'humidité en soit évaporée.
  • 5 Terme de cuisine. Faire exhaler une certaine humidité. Couvrir des marrons bouillis pour les faire suer. Mettez dans le fond d'une casserole un peu de lard, quelques tranches d'oignon et des morceaux de veau minces par-dessus, et faites-les suer à très petit feu, Genlis, Maison rust. t. VII, p. 110, dans POUGENS.

    Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

  • 6 V. a. Suer du sang, rendre du sang par les pores.

    Fig. Mais ce traître [l'honneur]… Nous fait suer le sang sous un pesant devoir, Régnier, Sat. VI.

    Fig. et familièrement. Cet homme sue de l'encre, sue de l'huile, sa sueur a quelque chose de noir, d'huileux.

    Fig. Suer la peur, avoir l'apparence comme si la peur sortait par tous les pores. Tandis que tout Paris se jonchait de merveilles [dans les journées de juillet], Ces messieurs tremblaient dans leur peau, Pâles, suant la peur et la main aux oreilles, Accroupis derrière un rideau, Barbier, ïambes, Curée.

    Suer l'ennui, être ennuyeux.

    Suer l'orgueil, être très orgueilleux.

    Fig. Suer les grosses gouttes, éprouver une anxiété extrême. Je me représente cette automne-là délicieuse, et puis j'en regarde la fin avec une horreur qui me fait suer les grosses gouttes, Sévigné, 78. Ma bonne, vous m'avez fait suer les grosses gouttes en jetant ces pistoles qui étaient sur le bout de cette table [une table de jeu, chez le roi], Sévigné, 12 août 1685.

    Fig. Suer sang et eau, faire de grands efforts, se donner une grande peine pour quelque chose. Je suais sang et eau pour voir si du Japon Il viendrait à bon port au fait de son chapon, Racine, Plaid. III, 3. Des oncles ou des pères qui suent sang et eau toute leur vie pour leur laisser [aux héritiers] de quoi se réjouir, Lesage, Est. Gonz. 30.

  • 7 Terme de métallurgie. Suer le fer, lui donner une chaude complète.

HISTORIQUE

XIIe s. … Il lur aveit mustré Que ses mals [son mal] l'ot la nuit mult durement grevé, E encore le tint, mais un poi out sué, Th. le mart. 34.

XIIIe s. Moult li sua la pel del dos, Ainz qu'il venist à l'uis Renart, Ren. 10670. Là descendent li mès [les messagers] qui sont las et suant, Ch. d'Ant. v, 707.

XIVe s. Icellui Gerart respondi qu'il lui feroit suer les villenies que dites lui avoit, Du Cange, suare.

XVe s. Assemblés-vous ou IX ou X Des plus fors, des plus estourdis, Qui sçauront mieulx les coups ruer, Et luy faictes le sang suer, Tant que en luy n'en demeure goutte, Mistere de la passion Jesu-Crist, dans FR. MICHEL, Argot.

XVIe s. Ce villain mot de concluer M'a fait d'ahan le front suer, Marot, 2, 196. La Baveresse, nommée ainsi pour avoir sué [avoir eu la syphilis], D'Aubigné, Conf. I, 5.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SUER, v. neut. (Gram.) c’est rendre de la sueur, voyez l’article Sueur. Il se dit aussi métaphysiquement des murailles & de leur humidité. Les murs suent. Voyez les articles suivans.

Suer, (Jardinage.) se dit des blés, des foins ; c’est un reste d’humeur qui est en-dedans du blé & du foin, & qui n’ayant pas encore perdu sa chaleur, en sort & jette cette humeur en s’évaporant.

Suer, v. a. (Fabriq. de Tabac.) pour faire suer les feuilles de tabac, on choisit un grenier sec où il y ait de l’air. Là au sortir de la pente, c’est-à-dire, après qu’elles ont seché pendues à des cordes, on en fait un lit sur le plancher de la longueur qu’on veut, sur la largeur de deux longueurs de feuilles. La maniere de les y placer est pointe contre pointe ou tête contre tête, en couvrant le premier lit de nouvelles feuilles, jusqu’à ce que le monceau ait environ trois piés de hauteur. En cet état, les feuilles s’échauffent & suent naturellement ; après un certain dégré de chaleur, on défait le tas, & on retourne les feuilles qu’on arrange comme la premiere fois : lorsque le tems est convenable, la sueur s’acheve en quinze jours ; si elle tarde, on couvre les feuilles de planches, & on les charge de quelques pierres. Labat Voyag. (D. J.)

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Étymologie de « suer »

(Date à préciser) De l’ancien français suder, du latin sūdāre (« suer »).
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Wallon, souwé ; provenç. suzar, suar ; espagn. sudar ; portug. suar ; ital. sudare ; du lat. sudare (voy. SUEUR).

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Phonétique du mot « suer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
suer sµe

Citations contenant le mot « suer »

  • Mieux vaut suer que grelotter. De Proverbe français
  • En été, mieux vaut suer que trembler. De Proverbe français
  • Plus d'un écrivain est persuadé qu'il a fait penser son lecteur quand il l'a fait suer. De Antoine de Rivarol
  • Malgré tout, Pokémon Saphir c’est peut-être un jeu Pokémon qui m’a fait suer plus jeune parce qu’il était réellement difficile, mais c’est aussi le meilleur Pokémon auquel j’ai joué et je le recommande à tout le monde. RDS Jeux vidéo, 4 jeux qui m'ont fait suer plus jeune, mais que j'aime malgré tout
  • Le nouveau coach Sébastien Tauzin animait cette séance inaugurale qui en a fait suer plus d’un, d’autant plus que la température ambiante était encore bien élevée à l’heure de ce tour de chauffe. Un peu de footing, quelques ateliers avec ballon axés sur le travail physique, étirements, des temps de récupération, bref toute la panoplie d’une phase de préparation. Les séances vont se poursuivre au rythme de trois par semaine les lundi, mercredi et vendredi à 19 h 30 au stade de Fontanes. Les premières rencontres amicales sont déjà programmées : le 14 août à Pradines, le 17 août à Fontanes contre Saint-Etienne-de-Tulmont, le 1er septembre à Molières et le 8 septembre à Montauban. ladepeche.fr, Le FC Lalbenque Fontanes retrouve le terrain - ladepeche.fr
  • Ce n'est pas le plongeon espéré par temps de fortes chaleurs. Celui qui viendrait rafraîchir, et les corps, et les esprits. Au contraire, les chiffres égrenés hier - et pas seulement en France - sur le plan économique, ont de quoi faire monter encore un peu plus la température. Ils font suer. Dans tous les sens du terme, d'ailleurs. Et ils donnent le tournis. LE JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE, Plongeon - L'édito de Christophe Bonnefoy
  • La canicule approche, et avec elle, les températures supérieures à 30 degrés. En France, ce genre de météo fait suer les corps –c'est bien pire encore en Inde, au Japon ou à Singapour par exemple, où des températures extrêmes s'accompagnent de taux d'humidité souvent supérieurs à 80%. korii., Que vaut le t-shirt avec climatiseur intégré de Sony? | korii.
  • Né Charles Spencer, tu as dû suer. Dès dix ans, il faut bosser. Un parent alcoolique, l’autre cas psychiatrique. Toi fils miséreux, tu tires ton épingle du jeu. Le Temps, Cher Chaplin, drôle de mime - Le Temps

Images d'illustration du mot « suer »

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Traductions du mot « suer »

Langue Traduction
Anglais sweat
Espagnol sudor
Italien sudore
Allemand schweiß
Chinois
Arabe عرق
Portugais suor
Russe пот
Japonais
Basque izerdi
Corse sudore
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Synonymes de « suer »

Source : synonymes de suer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « suer »

Suer

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