Scandale : définition de scandale


Scandale : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

SCANDALE, subst. masc.

A. −
1. Ce qui paraît incompréhensible et qui, par conséquent, pose problème à la conscience, déroute la raison ou trouble la foi. Le scandale de la croix; le scandale du mal, de la souffrance. Le bonheur des méchans, le malheur des justes! C'est le grand scandale de la raison humaine (J. de Maistre,Soirées St-Pétersb., t. 1, 1821, p. 12).On sait le rôle que jouent chez Pascal ce mystère de la vérité humiliée, chez Kierkegaard le scandale du sacrifice d'Abraham (Jankél.,Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 156).
2. RELIGION
a) Ce qui est cause de trouble, de perplexité, de rejet; ce qui incite à pécher. J'avais encore dans l'oreille toutes les paroles sacrées, et celle-ci entre autres: « Malheur à celui par qui le scandale arrive! » (Sand,Hist. vie, t. 3, 1855, p. 342).
[P. réf. à Matth. XI, 5] Occasion de scandale. Cette parole étonnante: Heureux ceux qui ne sont pas scandalisés en moi, c'est-à-dire qui ne trouvent pas les actes miraculeux et bienfaisants que je répands autour de moi une occasion de scandale (Claudel,Poète regarde Croix, 1938, p. 23).V. achoppement ex. 6.
b) Pierre* de scandale. Synon. de pierre d'achoppement*.Au fig. Obstacle, source de difficulté. Debray (...) était dans la maison paternelle une pierre d'achoppement et de scandale (Dumas père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 541).
c) THÉOL., MOR. Scandale actif. Scandale qui consiste à inciter autrui à pécher. Scandale passif. Scandale qui consiste à être victime de provocation au péché (d'apr. Fries t. 4 1967).
B. −
1.
a) Grand retentissement d'un fait ou d'une conduite qui provoque la réprobation, l'indignation, le blâme. Causer, donner (vieilli), entraîner, faire du/un scandale; scandale public. En littérature, tout ce qui ne porte pas à Dieu, détourne insensiblement de lui. Le grand scandale, c'est que la littérature pieuse détourne de Dieu avec plus de force que l'incroyante (Green,Journal, 1956, p. 246).
Locutions
Avec scandale/sans scandale. Le prince (...) voulait, ce soir-là, destituer avec scandale le ministre Rassi (Stendhal,Chartreuse, 1839, p. 433).Les puissances (...) parviendront très probablement, sans coup férir, sans bruit et sans scandale, à obtenir une solution satisfaisante (Gobineau,Corresp.[avec Tocqueville], 1850, p. 119).
Crier au scandale. V. crier B 2 c.
C'est un scandale! Je le fais exprès. Je veux qu'il en bave! C'est un scandale! (Céline,Mort à crédit, 1936, p. 62).
Être un scandale, le scandale de, un objet, un sujet de scandale [Le suj. désigne une pers.] Soulever l'indignation, la réprobation. Synon. révolter.Les mœurs de la cour se corrompaient de plus en plus; la France devenait un sujet de scandale et de raillerie pour les nations étrangères (Barante,Hist. ducs Bourg., t. 2, 1821-24, p. 361).Tu es le scandale du pays. Celui qui t'étranglerait gagnerait du coup le paradis (Zola,Faute Abbé Mouret, 1875, p. 1443).Le nouveau comte d'Édesse (...) était (...) si adonné à la luxure qu'il était un objet de scandale dans un milieu pourtant de mœurs faciles (Grousset,Croisades, 1939, p. 140).
P. euphém. − (...) ce sera un joli scandale. − (...) on arrêtera la gitana, on démasquera don José (Ponson du Terr.,Rocambole, t. 4, 1859, p. 266).
b) Querelle bruyante, désordre bruyant. Synon. esclandre, tapage.Scandale sur la voie publique. C'était le scandale dans toute son horreur, l'affreux scandale auquel rien ne manque, ni les coups sourds au plafond, ni les clameurs des voisins (Courteline,Vie mén., Mégère appr., 1894, p. 196):
Le scandale a éclaté tout d'un coup (...). L'homme et la femme, au milieu du tumulte, ne sont plus que deux démons pitoyables et les enfants en larmes se jettent contre eux, les embrassent étroitement, les supplient de se taire et de ne plus se battre. Alain-Fournier,Meaulnes, 1913, p. 294.
Loc. verb. Crier au scandale. Protester vivement contre un désordre bruyant. Nous faisons dans les assemblées un boucan d'enfer; l'un de nous imite le cornet à bouquin, l'autre le fifre. On sort, les gens paisibles crient au scandale (Renan,Drames philos., Eau jouvence, 1881, i, 5, p. 454).Faire du/un scandale. Il va gueuler, il va faire un scandale, il va peut-être tout casser, mais tant pis (Pagnol,Fanny, 1932, i, 1ertabl., 8, p. 27).
DR. ANC. Amené* sans scandale.
2. Réprobation, indignation ainsi provoquée. Regarder qqn avec scandale. L'abandon de lady Byron par Byron soulevait contre celui-ci dans la société anglaise un scandale (Barrès,Cahiers, t. 6, 1908, p. 316).Longtemps il m'avait fait sauter sur sa jambe tendue en chantant: « À cheval sur mon bidet; quand il trotte il fait des pets », et je riais de scandale (Sartre,Mots, 1964, p. 44).
Au grand scandale de. À la vive indignation de. La petite Berthe, au grand scandale de madame Homais, portait des bas percés (Flaub.,MmeBovary, t. 2, 1857, p. 139).
En partic. Surprise indignée devant une personne ou une œuvre artistique qui choque par son originalité, sa nouveauté, son absence de conformisme. Le nom [impressionnisme] date de la première exposition particulière faite par ces réprouvés chez Nadar, en 1874: un soleil couchant de Monet, titré Impressions, fit scandale (Mauclair,Maîtres impressionn., 1923, p. 16).Ces deux peintres [Manet et Pissaro] dont le nom est synonyme de scandale et de révolution, sont deux compilateurs (Lhote,Peint., 1950, p. 217).
Rare. Le scandale + n. propre.Cet article [dans « Choc » du 3 septembre 1936], d'une violence inouïe, dénonce « le scandale Cézanne » et oppose une fois de plus, dans un pathos inconcevable, l'académisme rayonnant, dépositaire de « l'humanisme traditionnel », à l'écœurante pouillerie du maître d'Aix! » (Lhote,Peint. d'abord, 1942, p. 126).
3. Expr. [À propos d'une chose qui révolte ou pour exprimer la réprobation qu'elle suscite] C'est un scandale! Quel scandale! Je maintins ma décision d'enseigner dans un lycée. Quel scandale! Onze ans de soins, de sermons, d'endoctrinement assidu: et je mordais la main qui m'avait nourrie! (Beauvoir,Mém. j. fille, 1958, p. 161).
C. − Grave affaire à caractère immoral où sont impliquées des personnes que l'on considérait comme honorables, dignes de confiance. Scandale de Panama; scandale financier, politique; scandale abominable, énorme; grand, immense scandale; un parfum de scandale; craindre, éviter le scandale; étouffer un scandale; mettre fin à un scandale; reculer devant un scandale; scandale des scandales! Une jeune femme étourdie, mariée à un notaire de Véteuil, vint se jeter entre ses bras (...). Il garda la jeune femme pour maîtresse, l'afficha à trois lieues à la ronde, eut même l'audace de l'installer à la Noiraude. Ce fut un scandale inouï dans la petite ville (Zola,M. Férat, 1868, p. 45).Elle se l'imaginait innocent et sous les verrous, éclaboussé de cet affreux scandale, la vie dévastée, salie à jamais (Zola,Argent, 1891, p. 366).
Au plur. Faits, événements ayant ému l'opinion, concernant des personnalités du monde du spectacle, de la politique, etc. Synon. potins, ragots.Le récit de tous les scandales de la cour de Jérusalem; c'est bien plus les vices de ses rois que la valeur des infidèles qui a entraîné la chute de ce grand royaume (Cottin,Mathilde, t. 1, 1805, p. 325).Avec l'étourderie d'une linotte, elle effleurait les sujets les moins canoniques: les actrices en renom, les spectacles à la mode, les derniers scandales parisiens (Theuriet,Mais. deux barbeaux, 1879, p. 31).
Journal à/de scandale. Journal diffusant volontiers ce type d'informations. Je rentre (...) avant que les petits journaux de scandale aient eu vent de notre histoire! (About,Nez notaire, 1862, p. 46).
Prononc. et Orth.: [skɑ ̃dal]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1150 [date ms.] relig. scandale « ce qui est occasion de chute » (texte ds Foerster-Koschwitz, col. 163-4, 8); 2. 1404-10 escandale « mauvais bruit » (Froissart, Chron., 4erédaction, livre I, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 2, p. 38); 1541 « indignation qu'on a des actions et des discours de mauvais exemple » (Calvin, Institution chrétienne, éd. J.-D. Benoit, livre III, chap. 19, § 11, t. 3, p. 319); 1656 « éclat fâcheux que fait un mauvais exemple » (Pascal, Provinciales, éd. L. Lafuma, 6elettre, p. 393a). Empr. au lat. eccl.scandalum « ce sur quoi on trébuche » au propre et au fig. dep. ive-ves. ds Blaise Lat. chrét., spéc. petra scandali « pierre d'achoppement » ibid., « abomination, objet de déplaisir ou de colère » ibid., spéc. « scandale (en parlant du Christ que les Juifs refusaient de reconnaître comme le messie et qui était pour eux un scandale, tant il était différent de l'idée qu'ils s'en faisaient) » ibid., « ce qui fait tomber dans le péché, occasion de péché, de la perte de la vraie foi » déb. iiies., ibid., « dispute, rixe, bataille » vies., ibid., également en lat. médiév. « machination, mauvais dessein » 876 ds Nierm., « désarroi, perturbation, scission » 817, ibid., « esclandre » 829, ibid., « calomnie » ca 1180 ds Latham, du gr. σ κ α ́ ν δ α λ ο ν « piège placé sur le chemin pour faire trébucher » ,,d'où sous l'infl. d'empl. sémitiques, au fig. « occasion de scandale, péché, incitation à pécher » − LXX, NT −`` (Chantraine). Fréq. abs. littér.: 1 916. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1 739, b) 2 524; xxes.: a) 3 350, b) 3 297. Bbg. Hope 1971, p. 187.

Scandale : définition du Wiktionnaire

Nom commun

scandale \skɑ̃.dal\ masculin

  1. Ce qui est occasion de tomber dans l’erreur, occasion de chute.
    • Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. — (Évangile de Matthieu, chap. 18.3)
    • Les religions constituent un scandale particulièrement grave pour l’intellec­tualiste, car il ne saurait ni les regarder comme étant sans portée historique, ni les expliquer ; […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, 1908, p. 30)
  2. (En particulier) Occasion de chute que l’on donne à autrui par quelque mauvaise action, par quelque discours corrupteur.
    • Le scandale, au contraire, a cela d’admirable,
      Qu’étant vieux comme Hérode, il est toujours nouveau;
      Que voilà cinq mille ans qu’on le trouve adorable :
      Toujours frais, toujours gai, vrai Tithon de la Fable, […].
      — (Alfred de Musset, Une bonne fortune, décembre 1834)
  3. Indignation qu’on a des actions et des discours de mauvais exemple.
    • Dans une brochure qui a fait quelque scandale, le général Donop […] voudrait, comme Bugeaud et Dragomiroff, que chacun dans la bataille connût exactement le plan de ses chefs ; […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap. VII, La morale des producteurs, 1908, p. 351)
    • […] : elle était en smoking. Son amie, plus bourgeoise, se prodiguait pour elle en mille soins touchants, au grand scandale de Trique. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Il est expliqué plus bas que le scandale n’est qu’un mot, qu’on fait naitre la chose selon les besoins et les circonstances et que le plus scandaleux n’est point que tel banquier couche, un beau jour à la Santé, mais que tant d’autres dorment paisibles dans leurs draps. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 173)
  4. (Par extension) L’éclat que fait un mauvais exemple.
    • Quel scandale ne ferait pas, en effet, cette créature perdue de débauche quand elle saurait qu’elle n’avait plus rien à espérer de lui ! — (Isabelle Eberhardt, Yasmina, 1902)
    • L'Abeille lilloise, lancée en 1847 par Henri Dupont, divulguait les scandales de la semaine ; partial, mal rédigé, quoique spirituel, cet hebdomadaire « charivarique » correspond assez bien aux goûts des lecteurs lillois. — (L. Trenard, Aspects de la presse lilloise (1845-1848), Revue du Nord, 1961, vol. 43, n° 172, p. 323)
  5. (Par extension) La chose qui provoque l’indignation, la révolte, qui scandalise.
    • Un beau jour, cependant, des symptômes caractéristiques d’un état nouveau, vomissements, vertiges et autres signes précurseurs d’un héritier prochain et d’un scandale qui ne l’était pas moins l’avaient contraint à se décider. — (Louis Pergaud, La Vengeance du père Jourgeot, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
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Scandale : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SCANDALE. n. m.
Ce qui est occasion de tomber dans l'erreur, dans le péché. Il est dit dans l'Écriture sainte que la prédication de la croix a été un scandale pour les Juifs. Dans le style de l'Écriture, Pierre de scandale, Occasion de chute. Il se dit encore dans le langage courant de Tout ce qui cause un éclat public. Cette discussion est délicate et pourrait bien devenir une pierre de scandale.

SCANDALE se dit particulièrement d'une Occasion de chute que l'on donne à autrui par quelque mauvaise action, par quelque discours corrupteur. Il faut craindre le scandale. Malheur à ceux par qui le scandale arrive! Éviter le scandale. Empêcher le scandale. Réparer le scandale. C'est une chose qu'on peut dire sans scandale. On dit de même : Être, devenir une occasion de scandale. Il se dit aussi de l'Indignation qu'on a des actions et des discours de mauvais exemple. Il avança des proposition impies, au scandale, au grand scandale de tous ceux qui l'écoulaient. Il se dit encore de l'Éclat que fait un mauvais exemple. Cette affaire causa un grand scandale, fut d'un grand scandale dans tout le voisinage. Horrible scandale. Quel scandale! Scandale public. Il faut lui épargner le scandale. Cela s'est fait sans scandale, sans aucun scandale. Cela fera scandale, du scandale. Il y aura du scandale. Il ne cherche, il n'aime que le scandale. Il veut du scandale. Un scandale financier, mondain. Fam., C'est un scandale se dit d'une Chose qui indigne, qui révolte, qui scandalise.

Scandale : définition du Littré (1872-1877)

SCANDALE (skan-da-l') s. m.
  • 1 Terme de l'Écriture sainte. Ce qui est occasion d'errer, de tomber dans l'erreur ou dans le péché. Si votre main vous est un sujet de scandale, coupez-la, Sacy, Bible, Évang. St Marc, IX, 42. Jésus crucifié, qui a été le scandale du monde, et qui a paru ignorance et folie aux philosophes du siècle, pour confondre l'arrogance humaine, est devenu le plus haut point de notre sagesse, Bossuet, Panég. de St Bernard, préambule. Ne souffrez pas que votre croix qui vous a soumis l'univers, soit encore la folie et le scandale des esprits superbes, Massillon, Carême, Vérité de la relig.

    Pierre de scandale, même sens. C'est ce que dit Isaïe, que Jésus-Christ sera pierre de scandale ; mais bienheureux ceux qui ne seront point scandalisés en lui ! Pascal, Figuratifs, 1.

    Fig. Pierre de scandale, tout ce qui cause du scandale. Ici même enfin, où nous vous annonçons malheur à celui qui scandalise, vous y devenez vous-même une pierre d'achoppement et de scandale, Massillon, Carême, Temples.

  • 2Occasion de chute que donne une mauvaise action, un discours corrupteur. Malheur au monde à cause des scandales ; car il est nécessaire qu'il arrive des scandales ; mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive, Sacy, Bible, Évang. St Math. XVIII, 7. Sans rechercher si ce scandale était originairement une pierre qui pourrait faire tomber les gens, ou une querelle, ou une séduction, tenons-nous-en à la signification d'aujourd'hui : un scandale est une grave indécence ; on l'applique principalement aux gens d'Église, Voltaire, Dict. phil. Scandale.

    On dit de même : être, devenir une occasion de scandale.

    Par antiphrase, le scandale du bon exemple, le bon exemple que donne une personne au milieu de ses compagnons pervertis. Pour écarter le scandale du bon exemple, ils m'excitaient à les imiter, Rousseau, Conf. VII.

  • 3Répulsion, indignation que causent les actions, les discours, les personnes de mauvais exemple. [L'empereur] Julien [fut] le scandale de notre Église et la gloire de l'empire romain, Voltaire, Mœurs, Zaleucus. Il [Malebranche] se livra tout entier au cartésianisme, au grand scandale de ses confrères, Diderot, Opin. des anc. philos. (Malebranchisme). J'ai lu Nieuwentyt avec surprise et presque avec scandale, Rousseau, Em. IV.
  • 4Éclat fâcheux que cause une affaire de mauvais exemple. Et ne voyez-vous pas quel scandale ce serait de surprendre un religieux en cet état [en un mauvais lieu avec son habit de religion] ? Pascal, Prov. VI. Quoi ! mes pères, vous nous direz qu'… on a droit de tuer pour des médisances ; et, après avoir ainsi violé la loi éternelle de Dieu, vous croirez lever le scandale que vous avez causé, Pascal, ib. XII. C'est une chose terrible que le scandale qu'on a fait [à propos de l'affaire des poisons], Sévigné, 422. Mais que deviendras-tu si, folle en son caprice, N'aimant que le scandale et l'éclat dans le vice… Au fond peu vicieuse, elle aime à coqueter ? Boileau, Sat. X. La littérature est un terrain qui produit des poisons comme des plantes salutaires ; il se trouve des misérables qui, parce qu'ils savent lire et écrire, croient se faire un état dans le monde en vendant des scandales à des libraires, Voltaire, Fragm. sur l'hist. XXIX. Le scandale de ses amours et les horreurs de sa conduite [du pape Alexandre VI] ne lui ôtaient rien de son autorité, Voltaire, Mœurs, 110. Ils vendent l'infamie à qui veut la payer, Et, meublant de Maret la boutique infernale, Ils dînent du mensonge et soupent du scandale, Chénier M. J. la Calomnie.

    Par exagération. C'est un scandale, il est indigne, honteux. C'est un scandale qu'il ait obtenu cette place. Fi ! c'est un scandale.

  • 5Insulte (sens qui vieillit). Mais, après le scandale et l'affront d'aujourd'hui, Le ciel n'ordonne pas que je vive avec lui, Molière, Tart. IV, 1. Trouves-tu beau, dis-moi, de diffamer ma fille, Et faire un tel scandale à toute une famille ? Molière, le Dép. III, 8. Si on ne trouve rien de plus [dans l'affaire des poisons], voilà de grands scandales qu'on aurait pu épargner à des personnes de cette qualité, Sévigné, 31 janv. 1680.
  • 6 En termes d'ancienne procédure, un amené sans scandale, un ordre du juge pour faire amener quelqu'un devant lui sans éclat. Point de bruit, Tout doux, un amené sans scandale suffit, Racine, Plaid. II, 14.

HISTORIQUE

XIIe s. Iceste lur veie scandele est à els, Liber psalm. p. 64. Ju [je] li durrai [donnerai ma fille Michol à David] por ço que ele li seit à eschandele e à mal, Rois, p. 71.

XVe s. Au très grant esclande, lesion et scandalle de justice, Ordonn. 11 oct. 1486.

XVIe s. Il y a une maniere de scandale qui se donne, l'autre qui se prend, Calvin, Instit. 665. Pour dire la verité sur cet exemple, il y a aucunes grandes dames qui ont grand tort d'elles mesmes, et qui sont les vrayes causes de leur scandale et de leur deshonneur, Brantôme, Dames gal. t. I, p. 160.

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Scandale : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

SCANDALE, s. m. (Gram. & Théol.) selon le langage de l’Ecriture & des casuistes, signifie une parole, une action ou une omission qui porte au péché ceux qui en sont témoins, ou qui en ont la connoissance.

Ce mot vient du grec σκάνδαλον, ou du latin scandalum, qui, selon Papias, signifie une querelle qui s’éleve tout-à-coup, rixa quæ subitò inter aliquos scandit vel oritur.

Le scandale est actif ou donné, & passif ou reçu. Le scandale actif ou donné est l’induction au mal de la part de celui qui scandalise. Le scandale passif ou reçu est l’impression desavantageuse que fait le scandale sur ceux qu’il entraîne ou qu’il excite au mal.

Dans l’Ecriture & dans les auteurs ecclésiastiques, scandale se met pour tout ce qui se rencontre dans le chemin d’un homme, & qui peut le faire tomber. Ainsi Moïse défend de mettre un scandale devant l’aveugle, c’est-à-dire, ni pierre. ni bois, ni aucune chose capable de le faire trébucher, Lévit. xix. 14. De-là dans le moral on a pris le mot scandale pour une occasion de chûte ou de péché. Jesus-Christ a été, à l’égard des juifs, une pierre d’achoppement & de scandale, contre laquelle ils se sont brisés par leur faute, n’ayant pas voulu le reconnoître pour le Messie, malgré les caracteres qui le leur démontroient.

Scandale dans le langage familier est une action contraire aux bonnes mœurs, ou à l’opinion générale des hommes. Il signifie aussi une rumeur desavantageuse, qui deshonore quelqu’un parmi le monde. En ce sens, on appelle la médisance la chronique scandaleuse.

Pierre de scandale, en latin lapis scandali ou vituperii, étoit une pierre élevée dans le grand portail du capitole de l’ancienne Rome, sur laquelle étoit gravée la figure d’un lion, & où alloient s’asseoir à nud ceux qui faisoient banqueroute & qui abandonnoient leurs biens à leurs créanciers. Ils étoient obligés de crier à haute voix, cedo bona, j’abandonne mes biens, & de frapper ensuite avec leur derriere trois fois sur la pierre. Alors il n’étoit plus permis de les inquiéter pour leurs dettes. Cette cérémonie ressembloit assez à celle du bonnet verd, qu’on pratiquoit autrefois en France dans le même cas. On appelloit cette pierre pierre de scandale, parce que ceux qui s’y asseyoient pour cause de banqueroute, étoient diffamés, déclarés intestables, & incapables de témoigner en justice.

On raconte que Jules César imagina cette forme de cession après avoir aboli l’article de la loi des douze tables, qui autorisoit les créanciers à tuer ou à faire esclaves leurs débiteurs, ou du-moins à les punir corporellement ; mais cette opinion n’est appuyée d’aucune preuve solide.

Scandale des grands, scandalum magnatum, est un terme de droit, par lequel on entend une injure ou offense faite à un personnage considérable, comme un prince, un prélat, un magistrat, ou d’autres grands officiers, en semant contre eux des médisances ou calomnies, d’où naissent la discorde & les débats entre eux & ceux qui leur sont subordonnés, au mépris, & souvent au détriment de leur autorité.

On appelle aussi scandalum magnatum un ordre qu’on obtient en ce cas pour avoir des dommages ou intérêts contre le calomniateur, ou tel autre auteur du scandale.

Scandale, montagne du, (Critique sacrée.) dans la vulgate mons offensionis, la montagne du scandale est la montagne des oliviers, sur laquelle Salomon érigea des autels aux faux-dieux par complaisance pour les femmes étrangeres qu’il avoit prises, excelsa ad dexteram partem montis offensionis, ædificaverat Salomon rex Israël..... polluit rex. (D. J.)

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Étymologie de « scandale »

Étymologie de scandale - Littré

Génev. et Berry, escandale ; provenç. escandol ; espagn. escandalo ; ital. scandalo ; du lat. scandalum ; du grec σϰάνδαλον, proprement un piége, une chausse-trape, et de là, dans la Bible grecque, un scandale ; le radical paraît être skand, qui a donné tant de mots au latin. Scandalum, avec l'accent sur scan, avait donné régulièrement escandle (voy. ESCLANDRE).

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Étymologie de scandale - Wiktionnaire

(Date à préciser) Du latin ecclésiastique scandalum, dans l’expression petra scandali : « pierre d’achoppement ». Emprunté au grec σκάνδαλον (« achoppement »).
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Phonétique du mot « scandale »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
scandale skɑ̃dal play_arrow

Citations contenant le mot « scandale »

  • Buckingham Palace n'en fini pas de voir défiler les scandales. Tandis que le départ de Meghan Markle et du prince Harry ainsi que l'implication du prince Andrew dans l'affaire Jeffrey Epstein avaient déjà fait trembler la couronne britannique, voilà qu'un garde du corps d'Elizabeth II a été arrêté le 28 juillet dernier... pour trafic de cocaïne. Du jamais vu chez les Windsor, d'autant plus que si neuf sacs de cocaïne et de kétamine ont été retrouvés chez Jack Prescott, à Wellington Barracks, près du palais de Buckingham, il se trouve qu'il avait également caché son petit trafic chez la reine. Closermag.fr, Scandale à Buckingham Palace : un garde du corps d'Elizabeth II arrêté pour trafic de cocaïne - Closer
  • Ces déclarations ont fait scandale dans toute l'Italie. Premièrement car le pays a enregistré plus de 35 000 décès du Covid-19, le cinquième pays le plus endeuillé au monde. leparisien.fr, Covid-19 : des déclarations du chanteur Andrea Bocelli font scandale en Italie - Le Parisien
  • Au cours de son audition à huis clos, qui a duré plus de quatre heures, le ministre des finances a répété ce qu’il a dit, ces derniers jours, dans différentes interviews. Alors qu’un récent rapport de son ministère affirme qu’il était informé, dès février 2019, de l’ouverture d’une enquête sur les comptes de Wirecard par la BaFin, l’autorité allemande de surveillance des marchés financiers, M. Scholz a préféré insister sur les réformes qu’il entend engager afin d’empêcher qu’un tel scandale ne puisse se produire à nouveau. Le Monde.fr, En Allemagne, le scandale Wirecard ébranle le gouvernement d’Angela Merkel
  • Mais la brasserie chic se trouve au cœur d'un scandale. Comme l'a révélé le média économique Capital, l'établissement cachait une partie de ses recettes effectuées en espèces. Habituée à être fréquenté par des stars, telles Alain Souchon, Laurent Gerra ou Dominique Strauss-Kahn, la Rotonde ne déclarait pas toujours les notes payées en liquide. L'administration fiscale s'en est rendu compte et a imposé un redressement fiscal de 1,6 million d'euros. L'affaire a également donné lieu à un procès devant le tribunal correctionnel pour fraude fiscale apprend-on. Closermag.fr, Emmanuel Macron : ce scandale qui éclabousse son restaurant préféré, La Rotonde - Closer
  • Si l'opposition a tout de suite crié au conflit d'intérêts en raison des liens entre les Trudeau et cet organisme, la révélation par la chaîne publique CBC des montants versés pour leurs diverses apparitions a donné une toute autre l'ampleur à l'affaire. Également éclaboussé, le ministre des Finances, Bill Morneau, a été contraint de rembourser en catastrophe 41 000 dollars à UNIS pour des dépenses liées à deux voyages humanitaires en 2017. Face au scandale, UNIS s'est d'ailleurs retiré de la partie.  LExpress.fr, Scandale au Canada : Justin Trudeau passera-t-il l'automne ? - L'Express
  • On peut avoir des raisons de dire la vérité ; d’éviter un scandale ; mais comment défendre l’homme par qui le scandale arrive et qui ne dit pas la vérité. De Gilbert Keith Chesterton / Illustrated London News - 18 Juillet 1908
  • Je suis contre la mort. Elle est un scandale absolu. De Claude Lanzmann / Paris Match, 2 mars 2017
  • Je crois que la vérité fait toujours scandale. De Henri-Georges Clouzot
  • Risque. Piment bien connu de l'amour, qui aime côtoyer le scandale et la mort. De Anonyme
  • Le scandale et les échecs font des nouvelles, mais seulement le succès fait l'histoire. De Anonyme
  • Le temps a fait succéder dans la galanterie le piquant du scandale au piquant du mystère. De Chamfort / Maximes et pensées
  • Le scandale, pour un artiste, est la meilleure proclamation de la réussite. De Michel Conte / Nu... Comme dans nuage
  • Il ne s'agit pas tant d'éviter le mal que le scandale. De Joost Van Den Vondel / Joseph en Égypte
  • Toutes les grandes existences, Jésus le premier, ont fait scandale... De Jean-Charles Harvey / Les paradis de sable
  • Il n'est bon festival sans scandale. De André Bazin / Les cahiers du cinéma - 1953
  • Le scandale est souvent pire que le péché. De Marguerite de Navarre / Pensées de la reine de Navarre
  • Toute personne qui pense fortement fait scandale. De Honoré de Balzac
  • Un scandale souhaité est sans doute un scandale redouté. De Michèle Perrein / Gemma lapidaire
  • Dieu est un scandale. Un scandale qui rapporte. De Charles Baudelaire
  • Malheur au monde à cause des scandales ! Il est fatal, certes, qu'il arrive des scandales, mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive ! , Évangile selon saint Matthieu, XVIII, 7
  • Le scandale du monde est ce qui fait l'offense, Et ce n'est pas pécher que pécher en silence. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Le Tartuffe, IV, 5, Tartuffe
  • […] En tout temps et dans tous les pays, la pensée des âmes méditatives fut un sujet de scandale. Anatole François Thibault, dit Anatole France, Les Opinions de Jérôme Coignard, Calmann-Lévy
  • Un scandale commence à devenir scandaleux lorsque, de salubre, de vif qu'il était, il en arrive au dogme et, dirai-je, lorsqu'il rapporte. Jean Cocteau, Les Parents terribles, Gallimard
  • Ils* dînent du mensonge, et soupent du scandale. Marie-Joseph de Chénier, De la calomnie
  • L'écrivain original, tant qu'il n'est pas mort, est toujours scandaleux. Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, tome II , Gallimard
  • Une conscience sans scandale est une conscience aliénée. Georges Bataille, La Littérature et le mal, Gallimard

Images d'illustration du mot « scandale »

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Traductions du mot « scandale »

Langue Traduction
Corse scandalu
Basque eskandalua
Japonais スキャンダル
Russe скандал
Portugais escândalo
Arabe فضيحة
Chinois 丑闻
Allemand skandal
Italien scandalo
Espagnol escándalo
Anglais scandal
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Synonymes de « scandale »

Source : synonymes de scandale sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « scandale »



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