Rouer : définition de rouer


Rouer : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

ROUER1, verbe

A. − Empl. trans.
1. MAR. Enrouler un cordage. Synon. lover.Rouer un cordage. Rouer une manœuvre à contre, c'est la plier de droite à gauche (Will.1831).
2. MAN. Rouer l'encolure. [En parlant d'un cheval, d'une mule] Courber l'encolure. Tic avec appui. − (...) le cheval prend un point d'appui en saisissant entre ses dents le bord de sa mangeoire (...). Il roue alors son encolure, contracte sa gorge et suce de l'air en faisant entendre un bruit creux caractéristique (Garcin,Guide vétér.,1944, p. 134).V. harper ex. de Morand.
B. − Empl. intrans. [Le suj. désigne un oiseau] Faire la roue. Entre les jets d'eau teints de lumière, des paons blancs rouaient avec magnificence, pour humilier les fleurs (Toulet,Comme une fantaisie,1918, p. 298).P. métaph. Tout un ostensoir de rayons de soleil se mit à rouer à la pointe extrême des nuées (Giono,Hussard,1951, p. 220).
Littér., empl. trans. Des paons veilleurs rouant des gloires de saphyr (Régnier,Poèmes, Poèmes anc., 1890, p. 58).
Au fig. [Le suj. désigne une pers.] Parader. Mirez-le donc, il se rengorge à présent et roue, ce paon-là (Cladel,Ompdrailles,1879, p. 195).Quant à Lirmelar, il court des bruits fâcheux sur ses mœurs. Il roue volontiers près du sexe, mais sans autre plaisir que de parade et de vanité (Arnoux,Crimes innoc.,1952, p. 135).
REM.
Rouement, subst. masc.État de ce qui est disposé en rond. Tout tournait autour de cette maison. Tout le rouement des champs, l'orient des labours, des lavandes, des vergers, l'enlacement des chemins, des sentiers et des pistes (Giono,Chron., Noé, 1947, p. 92).
Prononc. et Orth.: [ʀwe], (il) roue [ru]. Homon. roux. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1. Ca 1180 « tourner, aller en rond, tournoyer » (Marie de France, Fables, 3, 73 ds T.-L.); 2. a) fin xiiie-déb. xives. verbe trans. « lancer, envoyer au loin quelque chose » (Un art d'aimer anglo-normand, éd. O. Södergard, 872 ds Romania t. 77, p. 316); b) 1691 mar. « rouler un cordage en cercle » (Ozanam); c) ca 1330 « faire la roue en parlant d'un oiseau » (Guillaume de Digulleville, Pelerinage de Vie Humaine, 7771 ds T.-L.). Du lat. rotare (dér. de rota « roue ») « faire tourner », « tournoyer ».

ROUER2, verbe trans.

A. −
1. Soumettre quelqu'un au supplice de la roue. Être roué vif. La Régence s'annonce, et le tableau change; le désordre, la licence et la folie s'emparent de la scène; la débauche se montre avec impudence; c'est peu d'être libertin, le bon ton est d'être ou de mériter d'être roué (Jouy,Hermite, t. 5, 1814, p. 143).Le lendemain, il eut le courage d'assister, de sa fenêtre, à l'exécution des fauteurs de la rébellion qu'on avait condamnés à être roués ou pendus, en gens de peu d'importance (Balzac,Martyr calv.,1841, p. 172).
2. P. ext.
Rouer de coups. Battre violemment, avec acharnement. Synon. fam. tabasser.Chiquet, exaspéré, se précipitant sur le maraudeur, le roua de coups, tapant comme un forcené, comme tape un paysan volé, avec le poing et avec le genou par tout le corps de l'infirme (Maupass.,Contes et nouv., t. 2, Gueux, 1884, p. 443).
Au part. passé. Elle bondit hors du lit, soulevée par l'obéissance, par sa passive obéissance de femme rouée de coups (Maupass.,Contes et nouv., Noyé, 1888, p. 1156).P. métaph. Je visitais mal la Ville Éternelle, et plus mal ses musées d'où je sortais écrasée et timide, rouée de chefs-d'œuvre (Colette,Gigi,1944, p. 217).
Empl. pronom. réciproque. V. indiqué ex. 1.
Rouer de coups de + subst. Rouer de coups de pied, de poing. Pour qu'il gardât la chose en mémoire, comme ils dirent, ils le rouèrent de coups de plat de sabre (Pourrat,Gaspard,1922, p. 238).
Rouer à coups de + subst. Est-ce qu'il ne s'avisa pas de rouer à coups de canne le cocher qui le ramenait? (Stendhal,Lamiel,1842, p. 174).
3. P. anal. ou au fig. Blesser, briser. Lorsque vous aurez une vengeance à exercer contre quelqu'un, vous pourrez rouer votre ami ou votre ennemi par une phrase insérée tous les matins à notre journal en me disant: Lousteau, tuons cet homme-là! Vous réassassinerez votre victime par un grand article dans le journal hebdomadaire (Balzac,Illus. perdues,1839, p. 329).En prison, ces hommes singuliers sont hommes par la dissimulation et par leur discrétion, qui ne cède qu'au dernier moment, alors qu'on les a brisés, roués, par la durée de la détention (Balzac,Splend. et mis.,1847, p. 550).
B. − Vx. [P. réf. aux roues d'un véhicule] Écraser sous les roues. J'avais pourtant promis à mon cocher vingt-cinq louis, s'il était assez adroit pour accrocher ce damné Sigognac et le rouer contre une borne comme par accident (Gautier,Fracasse,1863, p. 299).
C. − Vieilli. [Corresp. à roué (sous-vedette infra) II B et à rouerie] Tromper, abuser quelqu'un, en particulier une femme. Pourquoi cet homme est-il dans un hôtel et moi dans un garni..., se disait Contenson. Il a trois fois roué ses créanciers, il a volé, moi je n'ai jamais pris un denier (Balzac,Splend. et mis.,1844, p. 129):
Il y a au fond de moi, enfouie, toute prête, (...) l'ambition de prendre une femme qui en mérite la peine, de lui être impénétrable en paraissant m'abandonner à elle, de la rouer [it. ds le texte], comme disait le xviiiesiècle. Non que j'aime le mal et la souffrance, mais cela me paraît une supériorité flatteuse, de garder son masque dans l'amour, de ne paraître à la femme qu'un enfant et d'être son maître. Goncourt,Journal,1862, p. 1096.
Prononc. et Orth.: [ʀwe], (il) roue [ʀu]. Homon. roux. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol et Hist. A. 1. a) 1remoit. xives. part. passé « meurtri comme si le supplice de la roue avait été subi » (Dial. S. Grégoire, ms. Evreux, f o79c ds Gdf. Compl.: Qui les reins avoit desnouez Et si rompus et si rouez Que desuz ester ne peust); b) mil. xves. « subir le supplice de la roue » (Monstrelet, Chron., II, 253 ds Gdf. Compl.); c) 1648 rouer de coups (Scarron, Virgile Travesti, II, 106b ds Richardson, p. 246); 2. 1643 « écraser sous les roues d'une voiture » (Id., Recueil de quelques vers burlesques, 40, ibid.). B. 1829 « tromper » (Balzac, Chouans, p. 359: je suis trahie, trompée, abusée, jouée, rouée, perdue). A dér. de roue*, dés. -er; B prob. dér. de roué (sous-vedette infra) sens 3. Bbg. Landin (E.). Ét. sur les constr. de certains verbes exprimant la prière, la hâte et la nécessité en fr. Thèse, Uppsala, 1938, pp. 105-113.
STAT. Rouer1 et 2. Fréq. abs. littér.: 95.

Rouer : définition du Wiktionnaire

Verbe 1

rouer \ʁwe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Punir du supplice de la roue.
    • Il fut condamné à être roué vif.
  2. (Vieilli) Était utilisé dans l’expression : il se fera rouer: pour caractériser quelqu’un qui a risqué de se faire écraser (rouler dessus) par un chariot ou une voiture.
  3. (Par extension) (Familier) Battre, dans l’expression rouer de coups.
    • Mais c’est faisable, dit La Mole en se préparant comme son compagnon à rouer l’hôtelier de coups de fouet. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre IV)
  4. (Par extension) (Familier) Être rompu par la fatigue, comme quelqu’un qui aurait subi le supplice de la roue. — Note :  : Il est, dans ce sens, à la voie passive & peut être employé absolument.
    • Je suis roué de fatigue.

Verbe 2

rouer \ʁwe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Marine) Plier, en parlant d'un câble ou d'une manœuvre.
    • Rouer une manœuvre en rond ou en cerceaux.
  2. (Hippologie) Courber, en parlant de l'encolure du cheval ou de la mule.
    • Le marchand de mules, au contraire, a intérêt à laisser tout le poil des membres, à couper la crinière en brosse pour arrondir et élever l’encolure en la rouant. — (Gabriel Maury, Des ruses employées dans le commerce des solipèdes, Jules Pailhès, 1877)

Verbe 3

rouer \ʁwe\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Faire la roue comme un paon, parader.
    • À mesure que les châteaux de nuages s’éloignaient l’un de l’autre découvrant de plus en plus du ciel, l’azur vira au bleu de gentiane et tout un ostensoir de rayons de soleil se mit à rouer à la pointe extrême des nuées. — (Jean Giono, Le hussard sur le toit, 1951, réédition Folio Plus, page 274)
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Rouer : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ROUER. v. tr.
Punir du supplice de la roue. Il fut condamné à être roué vif. Fig. et fam., Rouer quelqu'un de coups de bâton, de coups, Le battre violemment. Fig. et fam., Être roué de fatigue ou, simplement, Être roué, Être tellement fatigué qu'on a le corps tout rompu et qu'on a peine à se remuer. En termes de Marine, Rouer un câble, une manœuvre, Plier un câble, une manœuvre en rond, en cerceaux. Le participe passé

ROUÉ s'emploie adjectivement, en termes de Chasse, pour qualifier le Bois du cerf, lorsqu'il est serré et peu ouvert. Il s'emploie substantivement et familièrement, au figuré, pour désigner une Personne sans principes et sans mœurs, dont la conduite est désordonnée. C'est un roué qui ne respecte rien. On a donné le nom de Roués aux compagnons de plaisir du Régent. C'est une petite rouée se dit d'une Femme, d'une jeune fille rusée, à laquelle on ne peut se fier. On dit aussi C'est un roué pour désigner un Homme peu scrupuleux sur les moyens en politique, en affaires, etc.

Rouer : définition du Littré (1872-1877)

ROUER (rou-é), je rouais, nous rouions, vous rouiez ; que je roue, que nous rouions, que vous rouiez v. a.
  • 1 Terme de marine. Plier un cordage plusieurs fois sur lui-même en rond. Rouer à tour, le plier de gauche à droite ; rouer à contre, le plier de droite à gauche.
  • 2Infliger le supplice de la roue. On roua hier tout vif à Rennes un homme qui confessa avoir eu le dessein de le tuer [M. de Chaulnes] ; c'est le dixième qui a eu ce dessein, Sévigné, 13 nov. 1675. Comme les magistrats, après avoir fait rouer quelques malfaiteurs, ordonnent que l'on exposera en plusieurs endroits écartés, sur les grands chemins, leurs membres écartelés, pour faire frayeur aux autres scélérats, Bossuet, Sermons, Bonté et rigueur de Dieu, 2. On fait savoir que l'ordre très exprès de Sa Majesté, notre seigneur très clément, est que cet homme [Patkul], qui est traître à la patrie, soit roué et écartelé pour réparation de ses crimes et pour l'exemple des autres, Voltaire, Charles XII, 3. L'intendant du Dauphiné fit rouer le petit-fils du pasteur Chamier, qui avait dressé l'édit de Nantes, Voltaire, Louis XIV, 36.

    Absolument. Les honnêtes gens, en passant par la Grève où l'on roue, ordonnent à leur cocher d'aller vite, et vont se distraire à l'opéra du spectacle affreux qu'ils ont vu sur leur chemin, Voltaire, Lett. Pinto, 21 juill. 1762. Il [le bourreau] s'applaudit, il dit dans son cœur : nul ne roue mieux que moi, J. de Maistre, Soirées de St-Pétersbourg, 1er entretien.

  • 3Écraser entre les roues ou sous les roues d'une charrette, d'un carrosse. On leur a dit [aux recrues de Bretagne] qu'il ne fallait pas branler ri aller et venir quand ils sont dans leurs rangs : ils se laissaient rouer l'autre jour par le carrosse de Mme de Chaulnes sans vouloir se retirer d'un seul pas, Sévigné, 15 mai 1689. Moi donc, qui dois souvent en certain lieu me rendre… Ne sachant plus tantôt à quel saint me vouer [dans un embarras de voitures], Je me mets au hasard de me faire rouer, Boileau, Sat. VI.
  • 4 Fig. et familièrement. Rouer de coups, battre excessivement. On vous viendra rouer de coups, Scarron, Virg, IV. Et pour le coquin de Silvestre, je le rouerai de coups, Molière, Scapin, I, 6. Te voyant ces habits, on te rouera de coups, Th. Corneille, Geôlier de soi-même, I, 5.
  • 5 Fig. et familièrement. Fatiguer extrêmement. Les cahots de cette voiture m'ont roué. Il est tout roué d'avoir passé une nuit sans dormir.

HISTORIQUE

XIIIe s. Puis va tant roant par la sale…, la Rose, 6167.

XVe s. Mais tant rouay, Qu'ung tel qui me plaisoit trouvay, Que loyal et bon esprouvay, Chartier, le Liv. des quatre dames. Et son procès fait, [le bâtard de Bourbon] fut condamné à estre roué et jeté dedans un sac à la riviere, Monstrelet, II, 253.

XVIe s. Il alloit çà et là rouant par les isles, et demandant de l'argent aux habitans, Amyot, Thém. 40. Il le suivoit à la trace, et rouoit à l'entour de luy, Amyot, Fab. 11. Manger, boire, dormir ; boire, dormir et manger : nous rouons sans cesse en ce cercle, Montaigne, II, 387. D'un horrible regard rouant ses-yeux ardents, Et d'un horrible son faisant cracquer ses dents, Du Bellay, J. III, 61, verso. Joyeux de voir du sommet d'une tour Rome brusler, et rouer tout au tour Des grands palais la flamme qui ondoye, Du Bellay, J. V, 5, recto. Astres qui dans le ciel rouez vostre voyage, Ronsard, 168.

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Rouer : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

ROUER, v. act. (Gram.) voyez les articles Roue.

Rouer, (Marine.) c’est plier une manœuvre en rond.

Rouer a contre, (Marine.) c’est plier une manœuvre de droite à gauche.

Rouer a tour, (Marine.) c’est plier une manœuvre de gauche à droite.

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Étymologie de « rouer »

Étymologie de rouer - Littré

Wallon, rouwé ; prov. rodar, rogar ; espagn. rodar ; ital. rotare ; du lat. rotare, mouvoir circulairement, de rota, roue. Dans le moyen âge, rotare se disait, en latin, pour infliger le supplice de la roue ; et roer, en français, pour tourner, aller à l'entour.

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Étymologie de rouer - Wiktionnaire

Du latin rotare.
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Phonétique du mot « rouer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
rouer rwe play_arrow

Conjugaison du verbe « rouer »

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Citations contenant le mot « rouer »

  • Un jeune homme de 18 ans a été agressé au couteau sur la dalle du Colombier dans le centre de Rennes ce mercredi 29 juillet. Il était en train de dîner avec quatre amis sur la terrasse du restaurant O'Tacos, lorsqu'une bande de sept à huit personnes a surgi pour agresser les cinq jeunes hommes. Quatre d'entre eux ont réussi à se réfugier dans la réserve du restaurant. La victime n'a pas réussi à s'enfuir et s'est faite rouer de coups, avant de recevoir plusieurs coups de couteau à la cuisse.  France Bleu, Agression au couteau à Rennes, un jeune dans un état grave
  • Sans trop comprendre sur le moment, le jeune montpelliérain est braqué par un des passants, qui lui pose le bout du canon d’une arme à feu de calibre 6.35 contre la tempe. Puis, il lui demande en hurlant de ne pas regarder sa copine, avant de le pousser au sol et de le rouer de coups. Le groupe prend la fuite. , Montpellier : une arme sur la tempe et roué de coups pour un regard trop insistant | Métropolitain
  • En début d'après-midi, le maître nageur quitte son service et rejoint sa voiture. Les huit adolescents en profitent alors pour le rouer de coups.  ladepeche.fr, Aqualand : un maître nageur roué de coups par huit adolescents - ladepeche.fr

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Traductions du mot « rouer »

Langue Traduction
Corse rota
Basque gurpila
Japonais ホイール
Russe рулевое колесо
Portugais roda
Arabe عجلة
Chinois
Allemand rad
Italien ruota
Espagnol rueda
Anglais wheel
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Synonymes de « rouer »

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