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Putréfaction

Définitions de « putréfaction »

Trésor de la Langue Française informatisé

PUTRÉFACTION, subst. fém.

A. − Processus de décomposition des matières organiques animales ou végétales sous l'action de ferments microbiens avec production de substances toxiques et de gaz fétides; résultat de ce processus. Synon. corruption, pourriture.Être en état de putréfaction. Ayant remarqué que dans leur climat brûlant, la putréfaction des cadavres était un levain de peste et de maladies, les habitans de l'Égypte avaient dans plusieurs états institué l'usage d'inhumer les morts hors de la terre habitée, dans le désert qui est au couchant (Volney, Ruines, 1791, p. 264).[Les champignons] envahiraient le monde, je crois, s'ils n'étaient essentiellement éphémères, soumis dans chaque climat à une température donnée, et voués à une putréfaction quasi spontanée. Ils périssent dès que l'ambiance change, et dès qu'ils sont mûrs pourrissent (Pesquidoux, Chez nous, 1921, p. 160).
En putréfaction.En décomposition. D'un monceau de corps en putréfaction une énorme tige de lys jaillissait (Lorrain, Phocas, 1901, p. 354).Je me rendis quelque temps après sur cet îlot et le trouvai couvert de cadavres en putréfaction. Il était impossible d'y demeurer à cause de la puanteur (Grousset, Croisades, 1939, p. 378).
P. métaph. De l'affaire [Dreyfus] en putréfaction sortaient des formes monstrueuses, un abominable concert de délation et de mensonges (Tharaud, Péguy, 1926, p. 220).
B. − Au fig. Corruption morale. Synon. dégradation, déliquescence, dépravation, perversion.C'est le vin qui fait éclater les vieilles outres. « Je suis venu apporter non pas la paix mais la guerre. » « J'apporte le feu et qu'est-ce que je désire sinon qu'il prenne aux quatre coins du monde? » Tous les peuples et tous les esprits où manque ce ferment vivent dans la torpeur et meurent dans la putréfaction (Claudel, Corresp.[avec Gide], 1910, p. 118).Je crois cependant en avoir dit assez pour que chacun ait pu se faire une juste idée de l'état de putréfaction où est parvenue la Sûreté générale dite nationale (L. Daudet, Police pol., 1934, p. 313).
Tomber en putréfaction. Atteindre un état de ruine, de décrépitude, de décadence. Synon. tomber* en déliquescence.Il dit aussi: « Qui est-ce qui s'occupe aujourd'hui des Grecs? Je suis convaincu que ce que nous appelons encore aujourd'hui « langues mortes » va tomber en putréfaction. Il est impossible désormais de comprendre les sentiments des héros d'Homère (Gide, Journal, 1907, p. 238).
Prononc. et Orth.: [pytʀefaksjɔ ̃]. Ac. 1694, 1718: -tre-; dep. 1740: -tré-. Étymol. et Hist. 1. 1314 « fait de pourrir; état de ce qui est pourri » (Henri de Mondeville, Chirurgie, éd. A. Bos, 1266, t. II, p. 7); 1783 matières végétales et animales en putréfaction (Buffon, Hist. nat. mineraux, t. 3, p. 428); 2. 1755 fig. « corruption morale » (Mirabeau, Ami hommes, p. 117). Empr. au b. lat.putrefactio « id. », formé sur le supin putrefactum de putrefacere, v. putréfier. Fréq. abs. littér.: 116.

Wiktionnaire

Nom commun - français

putréfaction \py.tʁe.fak.sjɔ̃\ féminin

  1. Décomposition que subissent, dans certaines conditions de chaleur et d’humidité, les corps organisés privés de vie.
    • Tous ces corps étaient putréfiés. Seulement celui du grand dauphin était en putréfaction liquide. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • L'autre jour, en me promenant le long du ruisseau qui coule à l'Est du camp, je l'ai trouvé littéralement bloqué de charognes en putréfaction; […] — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 97)
    • […], non seulement la morte ne dégagea aucune odeur de putréfaction, mais encore elle continua à embaumer, comme de son vivant, une senteur inanalysable, exquise. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • 2.2.5 La putréfaction
      Elle correspond à :
      - la dégradation des tissus par les enzymes, par la flore microbienne.
      Le premier signe de putréfaction visible vers la 48ème heure est la "tache verte abdominale" qui apparaît en fosse iliaque droite. Le début de la putréfaction est dû aux pullulations microbiennes, au niveau du cæcum. La putréfaction diffuse à l'ensemble de l'abdomen, puis au thorax.
      — (Docteur François Paysant; La mort et les formes médico-légales de la mort -CHU de Rennes -1998)
    • Aucun des poissons ne portait de marque de blessure. Il montait de l'océan une odeur de putréfaction écœurante. Les deux hommes restèrent un long moment assis dans la barque au milieu du banc de poissons morts, silencieux, accablés. — (Pascal Martin, Le Seigneur des atolls, Place des éditeurs, 2011, page 28)
  2. (Par extension) (Péjoratif) Décomposition d'une organisation.
    • Il est évident que la possibilité de réduire les frais de production et d'augmenter les bénéfices en introduisant des améliorations techniques pousse aux transformations. Mais la tendance à la stagnation et à la putréfaction, propre au monopole, continue à agir de son côté et, dans certaines branches d'industrie, dans certains pays, il lui arrive de prendre pour un temps le dessus. — (Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PUTRÉFACTION. n. f.
Décomposition que subissent, dans certaines conditions de chaleur et d'humidité, les corps organisés privés de vie. Un air humide et chaud favorise le progrès de la putréfaction. La putréfaction d'un cadavre. Tomber en putréfaction.

Littré (1872-1877)

PUTRÉFACTION (pu-tré-fa-ksion ; en vers, de cinq syllabes) s. f.
  • Décomposition que, sous l'influence de certaines conditions de chaleur et d'humidité, subissent tous les corps organisés, quand la vie est éteinte en eux. La putréfaction est une vraie fermentation ; aussi tous les corps qui se pourrissent, en se combinant avec la base de l'air pur, s'échauffent…, Brisson, Traité de phys. t. II, p. 231. Le dernier et l'un des plus frappants caractères qui distinguent les matières animales des végétales, consiste dans l'espèce de décomposition spontanée qu'elles éprouvent et qu'on nomme putréfaction, Fourcroy, Conn. chim. t. IX, p. 96, dans POUGENS.

    État de ce qui est putréfié. On obtiendra du bon nitre toutes les fois qu'on exposera au contact et à l'impression de l'air, des matières végétales et animales en putréfaction, Buffon, Min. t. III, p. 428.

HISTORIQUE

XIVe s. Après la putrefaction Se faict la generation Par chaleur qui est annexée Dedans l'euvre ja commencée, Nat. à l'alch. err. 325.

XVIe s. Le soleil enleve l'humidité superflue des corps, comme matiere propre de putrefaction, Amyot, Alex. 6. Et finalement s'il y a difference entre pourriture et putrefaction, Paré, XX, 12.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PUTRÉFACTION, s. f. PUTRÉFIER, v. neut. (Chimie.) la putréfaction est le dernier degré de la fermentation, on la regarde presque généralement comme l’extreme dissolution des corps qui se corrompent. Stahl veut que ce soit le dernier état de division où les mixtes conservent leur combinaison, & approchent le plus d’être des individus. Stahl auroit sans doute expliqué cette idée dans une théorie particuliere de la putréfaction qu’il avoit promise, & qu’on ne peut que regretter.

Toutes les especes de fermentation peuvent être comprises sous la putréfaction ; c’est ainsi que les anciens disoient que le vin est produit par la putréfaction ou moût, & que le vinaigre est un moût putréfié. La putréfaction peut être définie, ainsi que la fermentation prise en général, un mouvement intestin qui étant imprimé aux corps par le jeu du fluide aqueux, dérange la mixtion de leurs parties salines, grasses & terrestres, qui les sépare, les atténue, les transpose & les combine ensuite de nouveau. La putréfaction embrasse tous les sujets de la fermentation spiritueuse & acéteuse, celles-ci tendent toujours à se terminer par la putréfaction ; l’art seul les fixe, & les empêche d’y parvenir. Les sujets immédiats de la putréfaction sont tous les corps qui renferment trop peu de substance saline pour être disposés aux autres especes de fermentation, mais qui ont beaucoup de substance grasse, attenuée, & de terre muqueuse.

Dans les composés grossiers, tels que la paille, il entre un peu d’eau qui en fait mouvoir le sel, & qui en agite la substance grasse & attenuée que l’air enleve ensuite, & détache des parties terreuses ; une trop grande humidité affoiblit trop sans doute le peu de sel qui est dans ces composés, & l’empêche de réagir sur la partie grasse ; c’est par cette raison que des tas de paille qu’on entretient humides se réduisent presqu’entierement en poussiere dans quelques jours d’été.

La putréfaction détruit les saveurs & les odeurs, sépare entierement l’humidité en desséchant les corps, en donnant à l’eau une place destinée, & en précipitant au fond la matiere putréfiée sous la forme d’une terre noire & limonneuse oui renferme un principe gras. Les substances corrompues donnent la meilleure terre pour fertiliser les champs, sa légereté fait qu’elle est d’autant mieux pénétrée des principes de la fécondité, & qu’elle ne les retient pas trop longtems. Une autre cause qui rend le fumier si propre à la fécondité, c’est que, par la putréfaction, il acquiert une qualité saline qui le rend propre à altérer & à conserver l’humidité de l’air ; c’est là le principe qui rend plusieurs terres salines très-propres à fournir un excellent engrais.

A quelque point qu’on échauffe les concrets gras & huileux pour les faire putréfier, leur raréfaction n’est point du tout considérable à proportion, à-moins que la chaleur ne soit extrèmement fortifiée par la grande quantité de matiere qu’on fait fermenter à-la-fois ; c’est pourquoi les substances qui se putréfient ne demandent pas les mêmes précautions que celles qui fermentent, & ne font point craindre la rupture des vaisseaux où elles sont renfermées, cependant les sujets de la fermentation même écumeuse ont peu de chaleur ; & ceux de la putréfaction sont susceptibles d’un grand degré de chaleur qu’ils entretiennent longtems.

Le fumier s’échauffe davantage en hiver : phénomene que Stahl explique ingénieusement, parce que les molécules agitées alors du mouvement circulaire autour de leur axe qui constitue la chaleur, & qu’elles se communiquent successivement, sont frappées dans le tems où elles tournoient par l’impulsion rectiligne que le froid donne à l’éther, & cette impulsion rarement dirigée par les centres de ces molécules doit fortifier leur mouvement verticilaire, ou augmenter leur chaleur.

D’un autre côté, un air sec retarde extrèmement la putréfaction ; c’est ainsi que les fruits d’hiver étant mis sur de la paille se conservent plus long-tems, parce que leur tissu est continuellement serré par l’air libre qui pénetre entre les interstices de la paille. Un tems humide & chaud est de tous les états de l’atmosphere le plus favorable à la putréfaction.

L’air favorise le progrès de toutes les especes de fermentation, mais sur-tout la putréfaction ; il ne concourt même directement qu’à celle-ci, parce que s’il a un accès libre dans les liqueurs qui fermentent, il en enleve les parties sulphureuses, de même qu’il enleve celles des charbons dont l’union étroite avec la terre résiste à l’action du feu. Quelques-unes de ces parties sulphureuses qu’il met en mouvement se précipitent avec les feces, dans lesquelles la fermentation devient putride, & produit une véritable séparation des parties terrestres d’avec les huileuses, qui donne à celles-ci leur plus grande mobilité. Stahl croit que comme l’esprit ardent est le produit de la fermentation des substances végétales douces & qui tournent à l’acide, les autres substances qui tendent à la putréfaction, donnent un sel volatil, qui est une substance tenue fort mobile & plus saline que l’esprit ardent. Cette analogie est confirmée, parce que la gelée de corne de cerf, lorsqu’on la laisse putréfier pendant quelques semaines avant que de se distiller, fournit beaucoup moins d’huile, & une plus grande quantité de sel volatil. La mixtion grasse des feces d’une liqueur qui fermente, principalement du vin, est particulierement disposée à une combinaison plus intime de ses parties. Le feu est un instrument très prompt de ces combinaisons ; l’air l’opere successivement & lentement. On sait dans les cuisines que les décoctions des chairs sont naturellement salées d’un sel qui approche de la nature du sel commun. Il n’est point de substance animale dans laquelle le sel amoniacal, dont la putréfaction produit un sel volatil, soit aussi développé que dans l’urine. Cela est prouvé par l’observation de Barchusen, qui n’a pu retirer du sel volatil par l’analyse d’autres excrémens que de ceux des oiseaux ; ce qu’il explique fort bien, parce que dans les oiseaux l’urine se confond avec les gros excrémens, & sort par la même issue. Le sel ammoniac dont nous parlons n’est autre que le sel microscomique de M. Marggraaff, dans lequel il semble que le sel marin doit se changer dans toutes les matieres, tant végétales qu’animales, qui sont sujettes à la putréfaction, & qui peuvent en cette qualité fournir du phosphore, suivant Kunkel.

Par les progrès du mouvement de fermentation, l’acide animal ou végétal se combine avec le principe huileux, & forme le sel urineux volatil. Si on a ôté à ce sel ce qu’il a d’urineux, dit Stahl, il parvient aisément à l’état du sel universel ou d’acide pur, mais il passe plus ordinairement par l’état comme moyen du sel nitreux. Voyez Nitre.

Tous les mixtes dans lesquels le feu produit un sel volatil urineux, donnent le même sel dans la fermentation putride ; si l’on en excepte la suie, qui démontre néanmoins la nécessité du concours du principe gras pour la génération de ce sel. Le sel volatil est le dernier produit que donne par l’action du feu toute partie d’un animal récente & saine, ou bien l’urine qu’on n’a point fait putréfier. Le sel volatil ne peut être retiré des autres substances sans addition ; ou bien il est le premier produit qu’on en retire grace à la volatilité qui lui est propre, comme on voit dans la distillation des feces humides du moût, qu’on a laissé putréfier dans un vaisseau fermé lorsqu’on les distille.

Ainsi, suivant les principes de Stahl, il n’y a point d’alkali volatil formé par la nature, mais tous les sels de cette espece se produisent par le feu ou par la putréfaction. Wallerius, dans sa minéralogie, tome I. p. 345 & 346, objecte que dans ce système il pourroit y avoir encore un sel volatil naturel, puisqu’il y a du feu sous la terre ; qu’il se fait une putréfaction à sa surface & dans son sein, & que la destruction & l’altération des corps sont aussi naturelles que leur formation.

On a cru long-tems qu’il existoit un sel volatil tout formé, principalement dans les plantes antiscorbutiques ; mais Cartheuser, dans sa matiere médicale, tome I. p. 288. & suiv. a réfuté ce sentiment, il a remarqué que la vapeur âcre & piquante que ces plantes exhalent n’est point du tout celle des esprits urineux, mais qu’elle ressemble à l’odeur acide & légerement balsamique, que répand l’esprit de sucre lorsqu’il est récent. Il rapporte une expérience curieuse de M. Burghaut, qui, en mettant parties égales de suc de joubarbe & d’esprit de vin rectifié, obtient un coagulum ; de la comparaison duquel, avec l’offa de Vanhelmont, il concluoit que la joubarbe renferme un sel très-volatil semblable au sel urineux. Mais M. Cartheuser prouve par plusieurs expériences que le suc de joubarbe renferme un sel acidulé plus ou moins volatil, un peu enveloppé d’une substance tenace, muqueuse & gommeuse ; il reconnoît que le suc de joubarbe, mêlé avec l’esprit-de-vin, se coagule en une masse semblable à de la crême de lait, ou à de la pommade très-blanche, mais il assûre que le mélange de ce suc avec une liqueur alkaline fixe, ou avec l’esprit de sel ammoniac, forme un coagulum semblable à quelques légeres différences près ; les liqueurs acides ne produisent point dans ce suc de précipitation, ni d’altération singuliere. M. Cartheuser ne dit rien de particulier sur la formation du coagulum de l’expérience de M. Burghaut, qui est un savon acide, puisqu’on ne peut admettre de qualité alkaline dans de l’esprit-de-vin ; & ce savon est très remarquable par sa volatilité, qui l’emporte même, dit-on, sur celle du camphre.

Le dernier auteur qui a soutenu l’existence du sel alkali volatil tout formé dans certaines plantes, est M. Wallerius dans ses notes sur Hierne ; mais ses expériences sont niées par M. Vogel, inst. chim. n°. 605.

Nous avons supposé plus haut que le sel marin subit une véritable putréfaction ; elle est sensible dans l’expérience de Henckel, qui assure, intr. à la min. pag. 119, 120, qu’après avoir fait une décoction épaisse du kali geniculatum dans de l’eau, il en partit non-seulement une odeur semblable à celle des excrémens humains, mais encore il s’y forma des vers. Ces deux phénomenes prouvent assez une putréfaction, & par conséquent une volatilisation, dont il y a lieu de conclure que la cause a été le sel marin qui est abondamment contenu dans la soude. On sera moins surpris de la putrescibilité du sel marin, si l’on fait attention à celle des eaux les plus pures, qui est démontrée par les expériences de M. Marggraaff rapportées à l’article . M. Marggraaff a observé que dans la putréfaction de la meilleure eau de pluie (putréfaction sensible au bout d’un mois, & qui suppose que cette eau renferme des parties huileuses & mucilagineuses), il se produit une grande quantité de limon verdâtre semblable à celui qui couvre la surface de l’eau, lorsqu’on dit qu’elle fleurit. Les effets de cette putréfaction sont très-sensibles dans les lacs dont on rapporte qu’ils fleurissent & verdissent en été. Lorsque cette matiere verdâtre est produite, les poissons sont malades, & meurent souvent, & l’on remarque en même tems à la surface des eaux une matiere huileuse qu’on voit aussi sur la mer, & qui exposée au soleil est luisante, & forme comme des vagues sur cette surface. Voyez l’hydrologie de Wallerius, pag. 61.

Le sel ammoniac des substances animales est decomposé & dégagé par la coction de ses substances ; on conçoit par-là comment les chairs déjà corrompues, & sur le point d’être dissoutes par la putréfaction, y tombent trois fois plus tard, si on vient à les cuire ; il n’est pas nécessaire de supposer que le miasme putride est forcé par la coction d’entrer dans une nouvelle mixtion ; ce miasme n’existe pas toujours, & son opération n’est pas aisée à concevoir.

On sait que le vin mis dans un vase infecté d’un peu d’autre vin corrompu, tombe très-vite dans l’état de putréfaction, dans qu’on puisse l’en empêcher, & sans passer par l’état moyen de vinaigre. Pour rendre raison de ce phénomene, Stahl a recours à une analogie très-particuliere de mobilité qui fait que les particules du ferment putride s’attachent uniquement à celles qui leur ressemblent, & qui trouvent une égale résistance dans la figure des corpuscules qu’elles doivent rencontrer ; on voit que tout cela est fort obscur.

De ce que nous avons dit sur la putrescibilité du sel marin, on explique aisément pourquoi le sel marin en petite dose hâte manifestement & augmente la corruption, comme M. Pringle l’a observé d’après Beccher ; on sait que le sel marin arrête la putrefaction, lorsqu’on l’emploie dans une plus grande proportion, quoique sa vertu antiseptique soit beaucoup moindre que celle des autres sels, comme M. Pringle l’a remarqué : mais alors il agit par un effet différent qui est de durcir la chair.

Le même auteur a observé que les sels alkali-volatils, quoiqu’ils soient produits par la putréfaction, ont le pouvoir de la retarder de même que les alkalis fixes. Il faut remarquer que ceux-ci étant ajoutés en grande quantité à des matieres qui fermentent, en arrêtent la fermentation, sans doute parce qu’ils en absorbent l’acide, mais en même tems en alterent la nature, au point que ces matieres ne sont plus susceptibles d’une autre fermentation que de la putride. Voyez Boerhaave, chim. pag. 116. M. Pringle a très-bien fait connoître par ses expériences (traité sur les substances septiques & antiseptiques, pag. 222 & suivantes), que les substances putrides animales ont la vertu d’exciter une fermentation vineuse dans les végétaux ; on concevra aisément ce phénomene, si l’on considere que la différence du mouvement de fermentation d’avec celui de putréfaction, n’est que dans la nature du sujet même ; c’est ainsi, dit Sthal, que la même opération de la distillation ne retire point une eau pénétrante & spiritueuse d’un bois verd, ainsi que des aromates.

M. Pringle, ibid. pag. 291, n’explique pas heureusement la vertu septique de la craie & des substances testacées, lorsqu’il l’attribue à ce qu’elles absorbent l’acide des corps animaux ; car si cela étoit, les corps alkalis & la chaux devroient être bien plus septiques ; mais la vraie raison en est la même qui fait que le vin & le vinaigre concentrés se corrompent fort vite, si on les édulcore avec de la craie. L’addition de cette terre maigre accélere la putréfaction en décomposant la mixtion saline, dont elle fortifie trop le principe terreux. Voyez Stahl, specimen becherianum, p. 228.

Rien n’est sans doute plus important que les applications que M. Pringle fait de ses expériences à la pratique de la Médecine ; mais M. Bordeu, dans ses theses sur les eaux minérales d’Aquitaine, these 31, a objecté contre l’application qu’il en fait à la gangrene, par exemple, que le sphacele se fait par un travail particulier de la nature qui ne ressemble point du tout à la putréfaction cadavéreuse ; car, dit-il, la fœtidité de la gangrene n’appartient pas plus à la putréfaction que celle de la matiere fœcale. Cependant on peut dire en faveur de M. Pringle, que Schvencke, après avoir observé que par les acides combinés avec du sel commun & des amers, on préserve en Allemagne, pendant plus d’un an, de la corruption les chairs des bêtes fauves, ajoute qu’il s’est servi des mêmes remedes avec le plus grand succès dans une gangrene spontanée au pié, qui survint à un sexagenaire. Hemotologiæ p. 132.

Putréfaction des parties du corps humain vivant. Voyez Gangrene.

La putréfaction des morts a été regardée comme le signe infaillible de leur état ; mais ce signe très-dangereux pour les survivans ne seroit admissible qu’autant qu’on n’auroit pas d’autres signes très-certains de la mort. On les a indiqués ailleurs. La putréfaction parfaite qui se manifesteroit en quelque partie, ne mettroit pas infailliblement à l’abri du danger affreux de donner la sépulture aux vivans. On voit tous les jours des personnes survivre à la perte de quelque membre dont la pourriture s’étoit emparée. Ainsi la pourriture pourroit attaquer de même un sujet dans l’état équivoque qui fait douter si une personne est morte ou vivante, c’est-à-dire, dans la situation où sans avoir perdu la vie, elle ne se manifeste néanmoins par aucune marque extérieure sensible aux personnes qui ne sont pas profondément instruites sur ce cas. C’est donc un précepte très-dangereux que de dire vaguement, que la putrefaction est le signe infaillible de la mort, & qu’on peut donner la sépulture à ceux en qui la putréfaction se manifeste.

Il auroit fallu distinguer du moins la pourriture qui attaque un corps vivant de celle qui s’empare d’un mort ; car chacune a des caracteres distinctifs qui lui sont propres. 1°. La gangrene seche n’a pas lieu sur un corps mort, parce qu’il n’y a ni la chaleur, ni l’action des vaisseaux par laquelle les sucs peuvent être durcis, & devenir avec les solides une masse homogene qui forme la croute solide qu’on nomme escarre. La putréfaction propre aux morts est toujours une gangrene humide ; & au contraire de ce qui se passe en pareille maladie sur les vivans, il n’y a sur les morts ni tension, ni rougeur inflammatoire qui trace une ligne de séparation entre le mort & le vif : l’épiderme se ride, la peau est d’abord pâle, elle devient d’une couleur blanche, grisâtre ; elle prend après des nuances plus foncées ; elle devient d’un bleu qui tire sur le verd, & ensuite d’un bleu noirâtre qu’on apperçoit à-travers la peau, qui prend elle-même enfin cette derniere couleur. Ces observations seroient bien importantes dans l’opinion que la pourriture est le signe infaillible de la mort, & elles n’ont point été faites par ceux qui se sont fait une sorte de réputation, en se déclarant les apôtres de cette fausse doctrine. (Y)

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Étymologie de « putréfaction »

Provenç. putrefaccio ; espagn. putrefaccion ; ital. putrefazione ; de putrefacere, putréfier.

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(1314) Emprunté au latin putrefactio, de putrefacere → voir putréfier.
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Phonétique du mot « putréfaction »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
putréfaction pytrefaksjɔ̃
putrefaction pytrœfaksjɔ̃

Citations contenant le mot « putréfaction »

  • S’applaudir, c’est se rappeler qu’on existe en dehors du moule, en dehors d’un collectif en putréfaction. De Gary Victor / Je sais quand Dieu vient de promener dans mon jardin
  • À l’étage, dans des chambres, des matelas sont posés à même le sol, souillés d’excréments, noirs de crasse. Dans une chambre, des bouteilles vides s’alignent à côté du couchage, jonché de détritus. Comble de l’horreur : pour accéder à l’étage, la famille devait passer à côté d’un cadavre de rottweiler en putréfaction, quasiment momifié. Il aura fallu une saisie d’animaux par 30 Millions d’amis pour mettre au jour ces conditions de vie indignes, dépassant tout ce que l’on peut imaginer. Comment un enfant a-t-il pu vivre tout ce temps dans cet environnement alors même qu’il était suivi par les services sociaux ? Ce dernier, qui était scolarisé, faisait l’objet d’une mesure AEMO (action éducative en milieu ouvert), comprenant un suivi par un éducateur. Une mesure ayant « pour objectif de protéger les enfants vivant dans leur milieu familial lorsque les parents rencontrent des difficultés dans leurs responsabilités éducatives et/ou que les conditions de vie de l’enfant font que celui-ci est en situation de danger avéré ou potentiel ». La mesure a-t-elle été effective ? Depuis quand ? Des visites au domicile ont-elles eu lieu ? Si oui, comment a-t-il été possible de passer à côté d’une telle situation ? Des incidents ont-ils été remontés au juge ? , Faits-divers - Justice | Un enfant vivait parmi des cadavres et excréments d’animaux
  • Le décès remonterait à plusieurs jours, le corps étant déjà dans un état de putréfaction avancé. Les enquêteurs attendent les résultats de l’autopsie qui sera pratiquée le 31 juillet pour connaître la cause exacte de la mort. midilibre.fr, Narbonne : le cadavre d'une jeune femme découvert par un riverain - midilibre.fr
  • Ana (Adriana Paz) cherche son frère, Riccardo. Expulsé des Etats-Unis et réexpédié au Mexique comme un ballot de linge sale, il s’est reconverti en pasteur d’une communauté de toxicos au bord d’un canal asséché, mais ne donne plus signe de vie. Nick accepte de l’aider. Il se saisit d’Ana comme d’une gourde en plein désert. Son salut passe par elle. A deux, ils seront plus forts, mieux armés pour se défaire de la moiteur de la ville, « poubelle géante de putréfaction ». Le Monde.fr, « Tijuana Bible » : trois éclopés dans l’enfer du décor
  • Très précisément au départ du chenal de la base nautique voisine de la concession. Le mammifère, qui mesure environ un mètre, avait la langue gonflée et portait de légères traces de putréfaction. Nice-Matin, Un jeune dauphin retrouvé mort sur les galets de Blue Beach à Nice - Nice-Matin
  • Une information divulguée par un citoyen a permis de retrouver le fugitif, sans vie. Son corps n’avait toujours pas été identifié en début de soirée, lundi, mais « tout porte à croire qu’il s’agit de Martin Carpentier », a affirmé la Sûreté du Québec (SQ) sur les réseaux sociaux. On ignore à quand remonte la mort. Certains voisins ont évoqué une odeur de putréfaction. La Presse, Martin Carpentier retrouvé mort: le mystère reste entier
  • Je n'arrive plus à manger depuis, j'ai des haut-le-cœur à cause des odeurs de putréfaction midilibre.fr, Nîmes : le voisin de la dame retrouvée morte dans son appartement trois ans après témoigne - midilibre.fr
  • Un corps a été découvert, ce jeudi 23 juillet, dans la matinée, à l'écluse de Vallabrègues, sur le Rhône, dans le secteur de Beaucaire.  Il s'agirait d'une femme. Le corps était dans un état de putréfaction avancé. Une enquête est en cours a été confiée aux policiers du commissariat de Beaucaire-Tarascon. Le corps devait être transporté dans les locaux de l'institut  midilibre.fr, Gard : le corps d'une femme découvert à l'écluse du barrage de Vallabrègues - midilibre.fr
  • Une peine de quatre mois de prison avec sursis a été requise contre un éleveur de l’Albanais, lundi 29 juin 2020 devant le tribunal d’Annecy, pour mauvais traitements sur animaux domestiques. Des cadavres de vaches en putréfaction avaient été retrouvés devant son exploitation. L'Essor Savoyard, Bassin annécien : un éleveur accusé de maltraiter son cheptel - L'Essor Savoyard

Traductions du mot « putréfaction »

Langue Traduction
Anglais putrefaction
Espagnol putrefacción
Italien putrefazione
Allemand fäulnis
Chinois 腐败
Arabe تعفن
Portugais putrefação
Russe гниение
Japonais 腐敗
Basque putrefaction
Corse putrefazione
Source : Google Translate API

Synonymes de « putréfaction »

Source : synonymes de putréfaction sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « putréfaction »

Putréfaction

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