Prononcer : définition de prononcer


Prononcer : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PRONONCER1, verbe trans.

I. − Empl. trans. dir., dans le lang. jur. ou admin. [Le suj. désigne gén. la pers. qui préside une juridiction, le tribunal, la cour ou, p.méton., l'ensemble des magistrats; l'objet du processus désigne ce qui a été décidé à la pluralité des voix, après délibération]
A. − [En parlant de qqn détenant une autorité fondée en dr.] Faire entendre publiquement (un jugement, une décision).
1. Dans le lang. jur. Prononcer un divorce, un jugement, une condamnation contre un accusé; prononcer une confiscation, une peine, une séparation de corps; prononcer la cassation de l'arrêt, le renvoi (devant un autre tribunal); prononcer le huis-clos, (la) mainlevée, un non-lieu:
1. Durant presque toute la Révolution, les tribunaux, les juges,les jugements, rien n'a été libre (...). Le courage (...) eût à peine suffi à nos magistrats pour prononcer leurs arrêts suivant leur conscience. Constant,Princ. pol., 1815, p.154.
[Le suj. désigne le tribunal, la cour, les lois] Comment admettre, dit très justement M. Thonissen, la tolérance du vol dans un pays [l'ancienne Égypte] où... les lois prononçaient la peine de mort contre celui qui vivait de gains illicites (Durkheim, Divis. trav., 1893, p.139). [2edécision possible] l'enfant ou l'adolescent est renvoyé devant le tribunal qui, seul, peut prononcer le retrait de l'enfant à sa famille et son placement en internat (Encyclop. éduc., 1960, p.202).
2. Spécialement
a) DR. CANON. Prononcer l'anathème contre qqn. Texte de l'excommunication prononcée contre Spinoza le 2 juillet 1656: «Qu'il soit maudit le jour et maudit la nuit... Dieu puisse ne lui pardonner jamais (...)» (Gide,Journal, 1948, p.330).
b) DR. CONSTIT. La démission [de l'Assemblée] est prononcée à la fin de la dernière séance de la session Loi du 10 août 1871, Art.19 (Bacquias,Cons. gén. et cons. arrond., 1934, p.39).Le président ne peut pas lui-même prononcer la censure envers un député (Lidderdale,Parlement fr., 1954, p.165).
c) DR. ADMIN. Art.31. L'administration se réserve la faculté de prononcer la résiliation du bail de tout adjudicataire qui aura laissé écouler un terme sans satisfaire à ses engagements (Code pêche fluv., 1875, p.152).En règle générale le détachement est prononcé sur la demande du fonctionnaire intéressé. [Dans certaines conditions, il] (...) peut (...) être prononcé d'office sur avis des commissions administratives paritaires (Encyclop. éduc., 1960, p.297).
3. P. ext. [En divers domaines de l'organisation soc.: famille, éducation, etc.] Décider formellement. Un conseil de famille prononça l'interdiction, et le malade fut transporté à Charenton (Goncourt,Ch. Demailly, 1860, p.397).L'admission ou l'ajournement est prononcé après délibération du jury. L'admission est prononcée avec indication de l'une des mentions suivantes: passable, assez bien, bien, très bien (Encyclop. éduc., 1960, p.216).
B. − P. anal.
1. [Le suj. désigne qqn/qqc. jouissant d'une autorité fondée en dr. et l'exerçant comme en un tribunal]
a) Énoncer un jugement en vertu d'une autorité, d'un pouvoir reconnu. L'arrêt que le destin, le sort a prononcé (Ac.).Un livre qui n'est pas un manuel de jovialité a prononcé cet arrêt: «Il n'est pas bon que l'homme soit seul» (Gobineau,Pléiades, 1874, p.159):
2. −«Nous devons avoir confiance en la Sagesse suprême (...). Nous devons accepter les choses voulues par Dieu. La mort de votre frère a été une de ces choses-là. «Elle se recueillit une seconde avant de prononcer son jugement: «Cet amour était voué aux pires souffrances. Pour l'un et pour l'autre (...)». Martin du G.,Thib., Épil., 1940, p.858.
b) Prononcer (soi-même, contre soi-même) sa (propre) condamnation, son (propre) arrêt. Se condamner, malgré soi, par son propre aveu, ses propres paroles. Épargne-moi les subtilités: ce bandit a levé la main sur moi; il a prononcé sur lui-même sa condamnation, conclut sèchement l'officier en prenant la tête de sa colonne (Vogüé,Morts, 1899, p.379).
2. [Le suj. est formellement engagé par ce qu'il prononce] Déclarer solennellement. Un jour, Guignon était allé jusqu'à la mairie, donnant la main à sa future; il avait même déjà ouvert la bouche pour prononcer le terrible oui, lorsqu'il fut pris d'un malaise subit (Ponson du Terr.,Rocambole, t.1, 1859, p.126).Le signe distinctif n'était pas des plus nécessaires; les affiliés se contenteraient de prononcer un engagement solennel (Gide,Faux-monn., 1925, p.1238).
RELIG. Prononcer ses voeux. V. voeu.
3. Vieilli. Affirmer, déclarer quelque chose avec force.
Prononcer que.L'Amérique prononça que l'injustice avait brisé ses liens, et déclara son indépendance (Condorcet,Esq. tabl. hist., 1794, p.169).
Prononcer qqc. + attribut ou compl.Cette course était tout à fait nouvelle; il la trouvait fatigante, et même en certains endroits n'hésitait pas à la prononcer dangereuse (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t.1, 1823, p.288).
Prononcer de qqc. que + prop. complét.Il a pu être désirable, mais il est à présent interdit de prononcer de la volupté qu'elle est douce, efféminée ou folâtre (Paulhan,Fleurs Tarbes, 1941, p.29).
4. ART MILIT. Ordonner. Prononcer une offensive, un mouvement de troupes. À partir de la mi-octobre, les Allemands prononcèrent successivement deux fortes attaques dans la région du Nord (Joffre,Mém., t.1, 1931, p.471).
II. − Empl. trans. indir. et abs.
A. − DROIT
1. Empl. abs. Rendre un arrêt, un jugement. Synon. juger.L'accusateur: Prononce, citoyen président, prononce. Le président: (...) le tribunal révolutionnaire condamne la citoyenne Montfleury (...) à la peine de mort (Dumas père, Chev. Maison-Rouge, 1847, v, tabl. 10, 2, p.145).C'est sous l'influence de (...) passions contraires que le juge prononce (Durkheim,Divis. trav., 1893, p.57).Le garde des Sceaux, en cette matière, prononce souverainement (Clemenceau,Iniquité, 1899, p.454).
2. Empl. trans. indir. Prononcer sur/dessus.Pleins de confiance dans les lumières de l'Assemblée souveraine, ils n'attendent point que le plan de municipalité leur soit présenté pour prononcer dessus (Le Moniteur, t.2, 1789, p.460).Ainsi, tous les partisans de la tyrannie pourront espérer encore, dans le secours de leurs alliés; et les armées étrangères encourager l'audace du tribunal qui doit prononcer sur le sort de Louis (Robesp.,Discours, Jug. Louis xvi, t.9, 1792, p.126).
B. − P. anal. [Le suj. désigne qqn/qqc. bénéficiant d'une autorité comme fondée en dr.]
1. Vx ou littér. Prendre une décision; déclarer avec netteté, avec fermeté.
a) Empl. abs. Le ciel, le sort a prononcé (Ac.).[Talleyrand] ne se rendit en Belgique qu'à la dernière heure, et quand le canon de Waterloo avait prononcé (Sainte-Beuve,Nouv. lundis, t.12, 1869, p.81):
3. ... l'opération césarienne assurerait la vie du petit; mais l'état de la pauvre femme n'est pas désespéré au point que je me sente le droit de la sacrifier ainsi... C'est une question de conscience, je vous supplie de prononcer vous-mêmes. Les sanglots empêchaient Lazare de répondre. Zola,Joie de vivre, 1884, p.1093.
Empl. pronom. à sens passif. Enfin il a paru ce jour où la décision va se prononcer, où la trève va être changée en paix ou en guerre, où Mathilde va connoître son sort (Cottin,Mathilde, t.2, 1805, p.175).
b) Au passif. [Avec omission de l'auxil.] Il semble que le sort (...) si décidément prononcé contre Napoléon, dans ses derniers moments, en lui enlevant deux amis aussi vrais, se soit plu à lui ôter la plus douce jouissance (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t.1, 1823, p.324).
2.
a) HIST., empl. abs. et pronom. [P. réf. à un pays de lang. esp.] Se révolter, se soulever. À Pampelune on a profité de l'absence du vice-roi pour se prononcer (Mérimée,Lettres ctessede Montijo, 1840, p.27).
b) Vieilli. Faire prononcer qqn1contre qqn2.Dresser, soulever quelqu'un1contre quelqu'un2. La deuxième conspiration était celle de Marrat, Garnier-Payès et compagnie, qui voulaient armer et faire prononcer la bourgeoisie contre le peuple (Sand,Corresp., t.3, 1848, p.32).
III. − Empl. pronom. réfl.
A. − DR. Se prononcer dans/entre.Rendre un arrêt, un jugement. Voilà du nouveau, et voici une drôle de justice, qui, mise au pied du mur, forcée par la logique, en arrive à se prononcer entre la Turquie et l'Écosse, au risque d'amener des complications et de troubler sur ses assises l'équilibre européen (Courteline,Article 330, 1900, p.283).La tendre Élodie subissait l'ascendant d'un magistrat appelé à se prononcer dans des affaires capitales (A. France,Dieux ont soif, 1912, p.119).
B. − P. anal.
1. Prendre une décision; déclarer avec netteté, fermeté. Les doctes en disputent souvent. Les uns tiennent pour extrêmement probable qu'ayant vécu sous le pouvoir des démons, tu brûles maintenant dans les flammes inextinguibles; d'autres, mieux avisés, ne se prononcent point, estimant que tout ce qu'on dit des morts est incertain et plein de mensonges (A. France,Île ping., 1908, p.162).
Empl. pronom. à sens passif. Se prononcer (de telle manière). S'exprimer. Il semble qu'il [Bonaparte] ait dédaigné particulièrement l'opinion de la France en lui imposant les conséquences du Concordat; et qu'eût-il fait si cette opinion se fût prononcée sous la forme d'une résistance populaire? L'eût-il brisée à coups de canon? (Sand,Hist. vie, t.2, 1855, p.9).
Se prononcer entre (deux ou plusieurs pers./choses)/sur.Prendre position sur, statuer sur. Le sens commun se prononce d'ailleurs sans la moindre hésitation sur ce point; on dit qu'on a plus ou moins chaud, qu'on est plus ou moins triste (Bergson,Essai donn. imm., 1889, p.15).Vous aurez à vous prononcer entre la haine et l'amour, ce qui se fait spontanément, non entre la vérité et l'erreur, dont le discernement est impossible au faible esprit des hommes (A. France,Dieux ont soif, 1912, p.106).
2. Vieilli ou littér. Se prononcer contre/sur.La plupart des journaux hostiles à Dreyfus montrent plus de bon sens (...) Le Journal, Le Soleil, Le Journal des Débats se prononcent avec éclat pour la révision (Clemenceau,Vers réparation, 1899, p.132).La CFTC non seulement condamne à nouveau «le capitalisme», mais se prononce pour une «société sans classe» où l'argent ne soit plus principe de sélection sociale et de pouvoir économique» (Reynaud,Syndic. en Fr., 1963, p.97):
4. Le destin place aujourd'hui M. Brisson à l'heure décisive où il peut faire que (...) nous nous reprenions aux idées de justice qui jadis nous furent chères, au lieu de nous abandonner sous le sabre. Il suffit pour cela de faire éclater la vérité (...) et de mettre la France en état de se prononcer unanimement pour la justice et pour la loi. Clemenceau,Iniquité, 1899, p.434.
REM. 1.
Prononcement, subst. masc.,rare. a) Action de se prononcer. La Belgique a fait son prononcement. La fraction la plus avancée du parti démocratique (...) s'était tenue à l'égard du Socialisme, dans une réserve extrême: elle n'avait pas fait son prononcement (Proudhon,Confess. révol., 1849, p.209).b) [En cont. hisp.; corresp. à supra II B 2 a] Manifeste d'insurgés; insurrection, soulèvement. Synon. pronunciam(i)ento.À Irun cependant, on a fait un prononcement. Un caporal est sorti à minuit de la caserne, les tambours et les fifres conduits par cet excellent patriote ont parcouru la ville suivis des soldats dont la plupart étaient dans le simple appareil, en faisant retentir les rues des acclamations les plus libérales (Mérimée,Lettres ctessede Montijo, 1840, p.27).
2.
Prononciateur, subst. masc.,hapax. Auteur d'un prononcement. Le prononcement n'a pas eu d'autres suites que les rhumes que les héroïques prononciateurs ont pu attraper (Mérimée,Lettres ctessede Montijo, 1840, p.27).
Prononc. et Orth.: [pʀ ɔnɔ ̃se], (il) prononce [-nɔ ̃:s]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. V. prononcer3. Bbg. Quem. DDL t.11.

PRONONCER2, verbe trans.

A. −
1. Articuler (les sons, les mots d'une langue) conformément à l'usage; faire correspondre (dans le langage parlé) tel son, telle forme sonore à telle représentation graphique (d'une syllabe, d'un mot, d'une phrase). Le vieux Bob savait imparfaitement le français et le prononçait mi à l'anglaise, mi à l'espagnole (G. Leroux,Parfum, 1908, p.64):
1. Une bonne prononciation est plus rare qu'une bonne articulation. Certains crieurs de journaux articulent distinctement et prononcent incorrectement; de même, nous pouvons articuler nettement une langue étrangère que nous prononçons mal. Arts et litt., 1936, p.60-6.
Empl. abs. Un fort accent polonais (...) donnait à sa voix fluette (...) des intonations de jeune être qui commence à prononcer (Maupass.,Pierre et Jean, 1888, p.315).
2. En partic.
a) Articuler (tel mot), émettre (tel son) de telle façon. [Elle] a l'amour des vocables recherchés et (...) ne peut en prononcer un sans l'écorcher. C'est elle qui dit: la cognito, pour «incognito» (Goncourt,Journal, 1893, p.374).Yvonne: Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé de grave. Georges: (...) C'est in-cro-yable! Il prononce ce mot en séparant les lettres, d'une manière spéciale et comme entre guillemets (Cocteau,Parents, 1938, i, 1, p.188).
Prononcer (tel mot) + nouvelle forme.Jean (un nom que les Bretons prononcent Yann) (Loti,Pêch. Isl., 1886, p.6).
P. métaph. Formuler. L'homme est guidé du faux au vrai, du blanc au noir, Par le mot intérêt qu'il prononce devoir (Hugo,Âne, 1880, p.352).
Au passif. [Suivi d'un adj. en empl. adv.] Prononciations françaises méridionales dans lesquelles l'R final de la prononciation des mots est prononcé sourd un peu à la manière du Ch allemand (Traité sociol., 1968, p.272).
Empl. pronom. à sens passif. L'e muet, quoiqu'il ne se prononce plus dans la plupart des cas, a gardé une valeur de position (Gourmont,Esthét. lang. fr., 1899, p.63).Pour que Oi puisse se prononcer Wa, il faudrait qu'il existât pour lui-même. En réalité, c'est Wa qui s'écrit Oi (Sauss.1916, p.52).
Se prononcer en + nouvelle forme.La famille de Baraglioul (le gl se prononce en l mouillé, à l'italienne) (...) est originaire de Parme (Gide,Caves, 1914, p.689).
Empl. abs. Marquer l'articulation. Il avait une voix timbrée, mélodieuse, enchanteresse. Il prononçait à peine, il susurrait, et soulignait excellemment la rareté d'une euphonie ou d'un rythme (Martin du G.,Devenir, 1909, p.55).
SYNT. Prononcer le latin comme les Anciens; être incapable de prononcer trois mois d'anglais; bien, mal prononcer une langue étrangère; prononcer un son, une consonne, une syllabe, une voyelle; prononcer qqc. du gosier, de la gorge, des lèvres; avoir du mal à, être incapable de, apprendre à, renoncer à prononcer qqc.; qqc. est difficile, facile, impossible à prononcer.
b) P. anal. Articuler mentalement ou sans émettre de son. Depuis mon enfance, l'idéal religieux et l'idéal pratique avaient prononcé au fond de mon coeur (...) le mot sacré d'égalité (Sand,Hist. vie, t.3, 1855, p.304).
Empl. abs.:
2. ... quand il concevra lui-même ces idées, quand ses cellules nerveuses auront ces vibrations spéciales, il prononcera mentalement, il murmurera inconsciemment, ou à haute voix il émettra des ondes sonores identiques qui se transmettront par l'air et iront frapper des êtres humains chez qui elles éveilleront les mêmes idées... Warcollier,Télépathie, 1921, p.282.
Empl. pronom. à sens passif. −«Oui,» se disait-il, (...) «autant d'indices qui convergent. Si je pouvais savoir que le mari était imprimeur, ce serait la certitude.» Il débouchait sur le quai d'Orsay au moment où ces mots se prononçaient en lui (Bourget,Actes suivent, 1926, p.58).
Rare, ARTS. Concevoir, ébaucher mentalement. Je ne sais pas d'art qui puisse engager plus d'intelligence que le dessin. Qu'il s'agisse d'extraire du complexe de la vue la trouvaille du trait, de résumer une structure, de ne pas céder à la main, de lire et de prononcer en soi une forme avant de l'écrire (...) tous les dons de l'esprit trouvent leur emploi dans ce travail (Valéry,Degas, 1936, p.101).
B. − P. ext.
1. Synon. de dire.Je m'arrangeais à tout propos à faire prononcer à mes parents le nom de Swann (Proust,Swann, 1913, p.413).
Empl. pronom. à sens passif (tournure impers.). − Tout le monde? repris-je d'une voix stupéfaite (...). − Mais, Vanessa, qu'est-ce que cela veut dire? Il ne se prononce pas un mot à Maremma que tu n'aies soufflé (...). −Tu te trompes, Aldo, dit-elle enfin (Gracq,Syrtes, 1951, p.264).
P. métaph. Si la mer prononçait des noms dans ses marées, Ô vieillard, ce serait des noms comme le tien (Hugo,Légende, t.3, 1877, p.413).
Rare, empl. subst. masc. Le fait de prononcer, d'articuler. Au seul prononcer de ce nom, l'impératrice Élisabeth, le lecteur imaginatif (...) voit, de ses propres yeux, un confus amas d'horreurs autour d'un trône chancelant! (Barrès,Amori, 1902, p.151).
SYNT. Prononcer (qqc.) distinctement, simplement, tranquillement, avec colère, avec emphase, avec gravité, avec lenteur, avec sang-froid; prononcer (qqc.) d'un air furieux, navré, triste; prononcer (qqc.) d'un ton bourru, brusque, compatissant, froid, grave, hautain, hésitant; prononcer (qqc.) d'une voix émue, profonde, tremblante; prononcer (qqc.) avec résolution; mots, paroles prononcé(e)s gauchement, maladroitement, timidement.
2. En partic.
a) Énoncer, exprimer, proférer (un mot, une parole, une phrase):
3. Tout un mouvement de pensée religieuse a en effet voulu assigner une fonction médiatrice aux prophètes de l'Ancien Testament, à Moïse en particulier. Plusieurs textes de l'Ancien Testament même décrivent en ce sens la vocation de Moïse, sans toutefois prononcer le «médiateur»... Philos., Relig., 1957, p.36-5.
Empl. pronom. à sens passif. À sa soeur non plus on ne va pas dire: «J'ai tué mon frère». Ça ne se prononce pas, ces mots-là (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p.186).
SYNT. Prononcer un adieu, quelques mots d'adieu, d'amour; prononcer un mot d'étonnement, de regret; prononcer un blasphème, un juron; prononcer des mensonges, quelques mots à voix basse, haute, à grand'peine; prononcer une imprécation, une malédiction; prononcer des paroles confuses, imprudentes, insensées, justes, magiques, sublimes; prononcer de vaines paroles; prononcer des paroles d'encouragement, de remerciement; ne pas prononcer un seul mot; ne pas oser prononcer le nom du diable.
b) Mentionner (le nom de quelqu'un, notamment pour le recommander).
[Oralement] −(...) J'ai prononcé votre nom à l'Académie à propos des prix à distribuer à ceux qui ne les demandent pas. −Je croyais qu'il fallait toujours demander? −Non. Je dois dire, d'ailleurs, que votre nom n'a pas été accueilli d'une façon triomphale (Renard,Journal, 1901, p.644).
[Par écrit] Remerciez M. O. Connor d'avoir bien voulu prononcer sympathiquement mon nom dans une des lettres qu'il vous écrit (Mallarmé,Corresp., 1876, p.137).
c) [En raison du caractère oratoire, voire sacré de l'objet du procès prononcer] Faire entendre; débiter, réciter ou encore déclamer. Prononcer une conférence, un sermon. Dans le grand billard du père Flaubert, (...) on (...) prononçait les plus cocasses défenses d'accusés, des oraisons funèbres de personnes vivantes (Goncourt,Journal, 1860, p.729).Les maîtres de grammaire et de déclamation [apprendront] (...) à leurs élèves (...) à bien articuler, à entendre et à bien concevoir ce qu'ils diront ou prononceront, à déclamer (Enseign. mus., 1, 1950, p.5).
SYNT. Prononcer un discours (en latin), un plaidoyer, un réquisitoire, un toast; prononcer l'éloge, le panégyrique de; prononcer des psaumes; prononcer une allocution; prononcer une formule, une oraison funèbre, une profession de foi; prononcer la formule (consacrée, rituelle, sacramentelle, sacrée), la formule d'absolution; prononcer des menaces, des prières; prononcer quelques paroles édifiantes, menaçantes.
REM.
Prononçable, adj.a) [Corresp. à supra A] Qu'on peut articuler, prononcer (assez facilement). Anton. imprononçable.Ce mot est à peine, difficilement prononçable; des lettres qui ne sont pas prononçables. On a voulu que tous les noms [hébraïques] fussent prononçables, sans convention ni notation particulières (Renan, Hist. peuple Isr., t.1, 1887, p.XXII). b) [Corresp. à supra B] Le grand texte classique: «telle goutte de sang pour toi», je le transformais: «pour toi, telle étincelle du buisson ardent» (...). Naturellement, j'écartais [les mots] les plus violents, les moins prononçables du Cantique (Malègue,Augustin, t.2, 1933, p.464).
Prononc. et Orth. V. prononcer1. Étymol. et Hist. V. prononcer3. Bbg. Rey-Debove (J.). Le Métalangage. Paris, 1978, pp.195-196.

PRONONCER3, verbe trans.

A. − BEAUX-ARTS, vx. Dessiner avec fermeté, rendre sensible (un détail); rendre avec beaucoup de force, de netteté (certaines parties d'un tableau, d'une sculpture). Prononcer (trop) un bras, un muscle; prononcer le méplat, la saillie (d'un plan); prononcer un ton, une couleur. J'ai légèrement prononcé ces derniers [des clairs vifs] sur cette masse, et il a suffi de colorer avec des tons chauds et reflétés toute la partie ombrée (Delacroix,Journal, 1847, p.234).
P. méton. [Le suj. désigne une oeuvre d'art] Sa première oeuvre [d'Ingres] prononçait encore à la manière davidienne, des formes saillantes (Hourticq,Hist. art, Fr., 1914, p.346).
[Le suj. désigne le moyen] La touche employée comme il convient sert à prononcer plus convenablement les différents plans des objets (Delacroix,Journal, 1857, p.18).
Prononcé de + compl. de moyen.Les clairs ajoutés ensuite (...) et (...) tous les endroits colorés, soit dans l'ombre, soit dans les clairs plus prononcés de rouge (Delacroix,Journal, 1853, p.3).
Empl. pronom. à sens passif. C'est que ce point lumineux ne se prononce que sur les parties frappées en plein par le jour, qui ne fuient point sous le jour (Delacroix,Journal, 1857, p.13).
Empl. pronom. réfl. [Le suj. désigne l'objet du procès prononcer] [La sculpture] n'était au commencement qu'un relief timide dont les profils étaient définis au moyen d'une vive coloration; plus tard elle s'accusa par une saillie plus forte et qui se prononçait d'elle-même (Ch. Blanc, Gramm. arts dessin, 1876, p.61).
B. − P. ext.
1.
a) Accentuer, marquer. [Recommandation pour l'exercice no1] Prononcer largement le mouvement d'attaque [du poignet] (Cortot,Techn. pianist., 1928, p.78).
P. méton., rare. [Le suj. désigne une ligne, un contour] Synon. dessiner:
1. Si la robe s'arrache à la rebelle ronce, L'arc de mon brusque corps s'accuse et me prononce, Nu sous le voile enflé de vivantes couleurs Que dispute ma race aux longs liens de fleurs! Valéry,J. Parque, 1917, p.100.
b) [À propos des rides d'expression, des marques causées par l'âge; le suj. désigne ici la cause du procès prononcer] Synon. creuser.Je lui disais [à Andrieu], en retouchant la Vénus, que les natures jeunes avaient quelque chose de tremblé, de vague, de brouillé ; l'âge prononce les plans (Delacroix,Journal, 1852, p.491).Je n'ai encore que trente ans, dit Chasseboeuf, avec ce fin sourire qui, aidé du soleil d'Orient, avait déjà prononcé des rides sur les pommettes saillantes de son visage (Nerval,Fayolle, 1855, p.37).
c) Empl. pronom. réfl.
Synon. de s'accentuer, s'accuser, se marquer.Et la belle fibre tout entière de son corps [d'une danseuse] net et musculeux, de la nuque jusqu'au talon, se prononce et se tord progressivement et le tout frémit (Valéry,Eupalinos, 1923, p.24).
2. Se prononcer
a) Dans des domaines techn. Synon. de se manifester, faire son apparition*.Mais plus loin se prononce un facies schisteux (Lapparent,Abr. géol., 1886, p.240).Vers le 5èmejour se prononcent les hémorragies (Teissierds Nouv. Traité Méd.fasc. 21928, p.269).
b) [En parlant d'un phénomène] S'intensifier, s'accentuer, s'aggraver. On voit (...), vers le milieu du XIXesiècle, se prononcer dans notre littérature une volonté remarquable d'isoler définitivement la poésie, de toute autre essence qu'elle-même (Valéry,Variété[I], 1924, p.103):
2. ... se retrouvant sur le même terrain, celui de la politique à main armée et de la guerre, les différences de caractère et de vues qui avaient déjà paru entre eux [Frédéric II et le prince Henri] précédemment se prononcèrent encore. Sainte-Beuve,Caus. lundi, t.12, 1856, p.385.
Prononc. et Orth. V. prononcer1. Étymol. et Hist. A. 1. 1121-34 «dire en public, déclarer» (Philippe de Thaon, Bestiaire, 2996 ds T.-L.); 2. ca 1225 «articuler d'une certaine façon les phonèmes et les mots» (Gautier de Coincy, Mir. Vierge, II Mir 30, éd. V. F. Koenig, 4, p.407); 1546-49 le prononcer (Marguerite de Navarre, Heptameron, 26 ds Hug.); 3. 1277 «déclarer avec autorité» (A. N. S. 4947, pièce 1 ds Gdf. Compl.); 1283 prononcier le jugement (Philippe de Beaumanoir, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, t.I, 23); 1694 prononcer soi-même sa condamnation (Ac.); 4. 1667 part. passé «qui est fortement marqué» (d'un détail) (Le Brun, Conf., p.53-54 ds Brunot t.6, 2, 1, p.1384); 1668 inf. (Dufresnoy, L'art de peinture, trad. de Piles, IV vo). B. 1. 1585 verbe intrans. «prendre parti, prendre une décision» (Noël du Fail, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, 223); 2. 1587 prononcer contre qqn «formuler un arrêt contre lui» (Guillaume du Vair, Actions et traictez oratoires, éd. R. Radouant, p.129). C. 1. 1569 verbe pronom. «être articulé» (R. Estienne, Traicté de la gramm. franç., préf., p.4); 2. 1795 «manifester avec autorité ses décisions» (Snetlage, Nouv. dict. fr. ds Quem. DDL t.11); 3. 1830 «s'accentuer, s'accuser (en parlant des plis sur le front)» (Balzac, Mais. chat, p.20). Empr. au lat. pronuntiare «annoncer à haute voix, raconter», «proclamer, publier», «prononcer une sentence», «prononcer une lettre, un mot», «déclamer».
STAT.Prononcer1, 2 et 3. Fréq. abs. littér.: 5639. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 8964, b) 6826; xxes.: a) 8848, b) 7350.

Prononcer : définition du Wiktionnaire

Verbe

prononcer \pʁɔ.nɔ̃.se\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Proférer, articuler les sons, les syllabes, les mots, en exprimer les prononciations.
    • Babœuf avait, du fond d'une de ses retraites, fait parvenir au représentant Drouet, son complice, une note énergique qui devait lui servir de texte à un discours à prononcer devant le Conseil des Anciens pour la conservation des Sociétés populaires. — (Édouard Fleury, Baboeuf et le Socialisme en 1796, Pars ; chez Didier, 1851, p. 182)
    • J’eus pour toute récompense un thank you, sir, qui est prononcé d’une voix sèche, extrêmement britannique. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. III, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • Racine ne prononçait pas le français comme vous et moi. — (Salomon Reinach, Eulalie ou Le grec sans larmes, lettre première (1911))
    • Ainsi, en dépit du fait que le logogramme chinois est souvent peu informatif quant à sa prononciation, l’information phonologique contenue dans l’écriture est exploitée pour prononcer les caractères rares. — (Ronald Peereman, « La médiation phonologique dans la reconnaissance des mots écrits », dans La reconnaissance des mots dans les différentes modalités sensorielles, sous la direction de Régine Kolinsky, José Morais & Juan Segui, Presses Universitaires de France, 1991)
  2. Réciter, débiter, faire entendre.
    • Prononcer un discours, un sermon, une harangue.
  3. Déclarer avec autorité, en vertu de son autorité.
    • Un édit alla jusqu'à prononcer la peine de mort contre les trafiquants ; […]. — (Étienne Dupont, Le vieux Saint-Malo - Les Corsaires chez eux, p.119, éd. Honoré Champion, 1925)
    • L'instruction très complète, à laquelle cette affaire a donné lieu, a permis de vérifier que l'église de Grisy-Suisnes se trouvait dans le cas prévu par l'article 13 § 2, de la loi du 9 décembre 1905, d'après lequel la désaffectation d'un édifice du culte peut être prononcé par décret en Conseil d’État lorsque le culte a cessé d'y être célébré pendant plus de six mois consécutifs. — (Jean-Pierre Chantin & ‎Daniel Moulinet, La séparation de 1905: les hommes et le lieux, Éditions de l'Atelier, 2005, p. 32)
    • (Figuré)L’arrêt que le destin, que le sort a prononcé.
  4. (En particulier) Déclarer solennellement ce qui a été décidé à la pluralité des voix, en parlant de celui qui préside une juridiction ou une assemblée.
    • Le président ayant prononcé l’arrêt.
    • (Figuré) Cet homme a prononcé lui-même sa condamnation, sa sentence, Il s’est condamné par ses propres paroles, par son propre témoignage.
    • (Absolument)Le législateur a prononcé.
    • (Absolument)La loi a prononcé.
    • (Absolument)Le sort, le ciel a prononcé.
  5. (Absolument) Déclarer son sentiment sur quelque chose, décider, ordonner.
    • J’attends que vous ayez prononcé.
    • Vous n’avez qu’à prononcer.
    • Dès que vous aurez prononcé, on obéira.
    • Je n’ose prononcer entre vous et lui.
  6. (Peinture) (Sculpture) Bien marquer, rendre très sensible quelque partie d’une figure.
    • Prononcer un bras, une main, une jambe, un pied, etc.
    • Ce peintre a le défaut de trop prononcer les muscles de ses figures. Il vieillit.
    • Des traits prononcés, Des traits fortement marqués.
    • Un goût prononcé, Un goût très net.
    • Ce fruit a un goût prononcé. Il s’emploie aussi figurément.
    • Il a un goût prononcé pour les arts.

se prononcer transitif

  1. Faire voir, manifester son intention, son opinion, son caractère en quelque affaire, en quelque occasion.
    • Il s’est nettement prononcé dans cette occasion.
    • L’opinion publique s’est prononcée sur cette affaire.
    • Prononcez-vous.
    • Il n’ose pas se prononcer.
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Prononcer : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PRONONCER. v. tr.
Proférer, articuler les lettres, les syllabes, les mots, en exprimer les sons. Il prononce mal les R. Il y a beaucoup de mots qu'on prononce autrement qu'on ne les écrit. Les Anglais, les Italiens, etc., prononcent le latin autrement que nous. Dans cette acception, il s'emploie absolument. Pour l'orthographe de ce nom, vous n'avez qu'à écrire comme on prononce. Prononcer lentement, distinctement. Il signifie aussi Réciter, débiter, faire entendre. Prononcer un discours, un sermon, un harangue. Il signifie encore Déclarer avec autorité, en vertu de son autorité. Le concile prononça anathème contre Arius. Prononcer une décision, un arrêt, une sentence, un jugement. Fig., L'arrêt que le destin, que le sort a prononcé. Il se dit particulièrement lorsque celui qui préside une juridiction, une assemblée, déclare ce qui a été décidé à la pluralité des voix. Le président ayant prononcé l'arrêt. Fig., Cet homme a prononcé lui-même sa condamnation, sa sentence, Il s'est condamné par ses propres paroles, par son propre témoignage.

PRONONCER s'emploie aussi absolument dans les deux sens qui précèdent. L'Église a prononcé. Le législateur a prononcé. La loi a prononcé. Le sort, le ciel a prononcé. Il s'emploie aussi absolument dans le langage ordinaire et signifie Déclarer son sentiment sur quelque chose, décider, ordonner. J'attends que vous ayez prononcé. Vous n'avez qu'à prononcer. Dès que vous aurez prononcé, on obéira. Je n'ose prononcer entre vous et lui. En termes de Peinture et de Sculpture, il signifie Bien marquer, rendre très sensible quelque partie d'une figure. Prononcer un bras, une main, une jambe, un pied, etc. Ce peintre a le défaut de trop prononcer les muscles de ses figures. Il vieillit. Des traits prononcés, Des traits fortement marqués. Un goût prononcé, Un goût très net. Ce fruit a un goût prononcé. Il s'emploie aussi figurément. Il a un goût prononcé pour les arts. Fig., Un caractère prononcé, Un caractère qui n'a rien d'indécis. Cet enfant a déjà un caractère très prononcé.

SE PRONONCER signifie Faire voir, manifester son intention, son caractère en quelque affaire, en quelque occasion. Il s'est nettement prononcé dans cette occasion. L'opinion publique s'est prononcée sur cette affaire. Prononcez-vous. Il n'ose pas se prononcer. Il signifie aussi Être prononcé. Dans le mot Succès, l'S finale ne se prononce pas. Le participe passé

PRONONCÉ s'emploie comme nom masculin. Le prononcé de l'arrêt, de la sentence, du jugement, La décision du tribunal prononcée à l'audience.

Prononcer : définition du Littré (1872-1877)

PRONONCER (pro-non-sé. Le c prend une cédille devant a et o prononçant, prononçons) v. a.
  • 1Déclarer avec autorité, en vertu de son autorité (ce qui est le sens latin). Achab crut éluder la rigueur de cette juste sentence [mort violente], en faisant une querelle particulière à Élie, qui avait eu ordre de la lui prononcer, Bossuet, Polit. VIII, II, 3. Pourquoi chercher des preuves d'une vérité que le Saint-Esprit a prononcée par une sentence manifeste ? Dieu même menace les peuples qui altèrent sa religion…, Bossuet, Reine d'Anglet. Et ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils [les sultans] l'ont prononcé, Racine, Baj. I, 1. Le public, qui sait si bien faire entendre son jugement sans le prononcer en forme, ne souscrivit pas à celui des commissaires impériaux, Fontenelle, Marsigli. Frédéric gouvernait l'Église aussi despotiquement que l'État ; c'était lui qui prononçait les divorces, quand un mari et une femme voulaient se marier ailleurs, Voltaire, Comment. hist. Prononcez votre arrêt et ne redoutez rien, Voltaire, Olymp. V, 6.

    Fig. Le destin, le sort a prononcé l'arrêt.

    Particulièrement. Déclarer, en parlant de celui qui préside une juridiction, une assemblée, ce qui a été décidé à la pluralité des voix.

    Absolument. Ce président prononce bien, il fait entendre avec ordre et netteté les différents chefs d'un jugement.

    Le greffier a prononcé au criminel son arrêt, sa sentence, il lui a lu le jugement rendu contre lui.

    Fig. Prononcer sa propre condamnation, prononcer sa sentence, se condamner par ses propres aveux, par ses propres paroles. Je veux encore vous faire prononcer cet arrêt à vous-mêmes contre vous-mêmes, Pascal, Prov. XVI.

  • 2Réciter, débiter. Vous donc qu'elle assistait avec tant de joie… quel admirable panégyrique prononceriez-vous par vos gémissements à la gloire de cette princesse, s'il m'était permis de vous introduire dans cette auguste assemblée ! Bossuet, Mar.-Thér. Quel supplice que celui d'entendre déclamer pompeusement un froid discours, ou prononcer de médiocres vers avec toute l'emphase d'un mauvais poëte ! La Bruyère, I. La cour a chargé ce prélat éloquent de faire l'éloge funèbre d'une princesse, et il doit le prononcer dans deux jours, Lesage, Diable boit. ch. 16. Là [près de mon tombeau] quelquefois encore daignez vous rassembler ; Là prononcez l'adieu, Chénier M. J. la Promen.

    Absolument. Prononcer lentement, distinctement.

    Fig. Déjà même je crois entendre la réponse Qu'en secret contre moi votre haine prononce, Racine, Andr. II, 2.

  • 3Articuler les lettres, les syllabes, les mots, en exprimer les sons. Vous ne leur prononcez mon nom qu'avec horreur, Racine, Athal. II, 7. Il passait des heures entières sans prononcer aucune parole, Fénelon, Tél. XX. Il y a des peuples qui ne sauraient prononcer certaines lettres ; les Chinois ne connaissent ni le b, ni le d, ni l'r, Dumarsais, Œuv. t. IV, p. 378. La rivière que nous appelons Veronise [en Russie], nom très doux à prononcer, est appelée dans les mémoires Woronestch ; et dans les observations on me dit que vous prononcez Voronège, Voltaire, Lett. Schouvalof, 11 juin 1761. Ces mœurs sont vos devoirs… Sachez que le premier est… de n'oser jamais Me prononcer le nom d'un rival que je hais, Voltaire, Alz. IV, 2.

    Absolument. Une chose assez singulière et qui peut-être ne se trouve que dans notre langue, c'est que nous avons deux manières de prononcer : l'une pour la conversation, l'autre pour la déclamation ; celle-ci donne la force et du poids aux paroles, et laisse à chaque syllabe l'étendue qu'elle peut comporter ; au lieu que celle-là, pour être coulante et légère, adoucit certaines diphthongues, et supprime des lettres finales, D'Olivet, Rem. Racine, § X. La première règle, et la seule raisonnable, est d'écrire comme on prononce : les Italiens nous en donnent l'exemple, et nous devrions le suivre, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 26 oct. 1770.

  • 4Il se dit des articulations d'une langue. Il ne prononce pas bien l'anglais. La manière dont les Romains prononçaient le latin était, en plusieurs choses, très différente de celle dont nous le prononçons aujourd'hui, Rollin, Traité des Ét. I, 3.
  • 5 Terme de peinture. Bien indiquer les parties d'une figure, par comparaison avec l'articulation de la voix. Prononcer un bras, les muscles. Le nu que la sculpture est plus jalouse encore de prononcer que la peinture, Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 323, dans POUGENS.
  • 6 V. n. Déclarer ce qui a été décidé, jugé. L'Église a prononcé. Le ciel prononcera. Les empereurs qui avaient osé prononcer sur les questions de la foi, Bossuet, Hist. I, 11. Du sénat la volonté suprême Est que sur votre fils vous prononciez vous-même, Voltaire, Brutus, V, 5.
  • 7Dans le langage ordinaire. Déclarer son sentiment, décider. Que je hais ta vaine science et ta mauvaise subtilité, âme téméraire, qui prononces si hardiment : Ce péché que je commets sans crainte est véniel ! Bossuet, Mar.-Thér. Hé bien donc, prononcez ; que voulez-vous qu'on fasse ? Racine, Brit. IV, 2. Gardez-vous de réduire un peuple furieux, Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux, Racine, Iphig. I, 3. Si… il prononce d'un mets qu'il est friand, le maître et les conviés, qui en mangeaient sans réflexion, le trouvent friand, La Bruyère, V. Il reste à savoir s'il est permis d'amener une grande beauté par de grands défauts ; et c'est sur quoi je n'ose prononcer, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Rodog. III, 4. Leibnitz n'a pas hésité à prononcer que le globe terrestre devait sa forme à l'élément du feu, Buffon, Théor. terr. Part. hyp. Œuv. t. IX, p. 320. J'ai prononcé là-dessus autrefois un peu légèrement, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 316. C'est aux hommes de juger les femmes, et aux femmes de prononcer sur les hommes, Al. Duval, Jeun. de Richelieu, III, 8.
  • 8Se prononcer, v. réfl. Être prononcé. La consonne d se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus des dents d'en haut, Molière, Bourg. gent. II, 6.
  • 9Faire voir, manifester son intention, sa pensée. Je ne crois pas encor devoir me prononcer, Delavigne, la Popularité, IV, 2.

HISTORIQUE

XIIe s. Purnuncera ma langue le tuen parlement, Liber psalm. p. 197. Je espant en l'esguardement de lui la meie oreisun, e la meie tribulaciun devant lui medesme [lui-même] purnunz, ib. p. 220.

XIIIe s. Il [un malade] avoit esté jusques à cele heure par un jour et demi que il n'avoit parlé ne n'avoit prononcié nule parole, Miracles St Loys, p. 174. Li baillis n'est pas tenus d'estre au jugement fere, ne au prononcier le jugement, Beaumanoir, I, 13.

XVe s. Sire, g'i vois [j'y vais] sans remanoir Vostre naissance anuncier : Auls pastoreaux vas prononcier, Comment estes nez de Marie, la Nativ. de N. S. J. C.

XVIe s. D'autre costé, j'oy la bise arriver, Qui en soufflant me prononce l'hyver, Marot, I, 223. [Prendre pour modèle le langage] des plus savants en nostre langue, qui ont tout le temps de leur vie hanté es cours de France tant du roi que de son parlement à Paris, aussi sa chancellerie et chambre des comptes ; esquels lieux le langage s'escrit et se prononce en plus grande pureté qu'en tous autres, R. Estienne, Préf. de la Gramm. fr.

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Prononcer : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PRONONCER, v. act. & n. (Gramm.) c’est articuler distinctement avec la voix & ses organes tous les sons de la langue. Il y a peu de gens qui prononcent bien. Il n’y a de bonne prononciation que dans la capitale. Les provinciaux se reconnoissent presque tous à quelque accent vicieux. Voyez les articles Prononciation. Ce verbe a encore d’autres acceptions. On dit, il faut que le prêtre prononce les paroles sacramentales. Il y a en toute langue des mots qu’on écrit d’une façon, & qu’on prononce d’une autre. Il a prononcé, il n’y a plus à en revenir. L’Eglise a prononcé. La sorbonne a prononcé. Le président a prononcé cette sentence. Je n’ose prononcer sur une affaire aussi délicate. Ce discours a été prononcé devant le roi, &c.

Prononcer, (Peint.) ce terme, en peinture, se dit des parties du corps rendues très-sensibles. Ainsi prononcer une main, un bras, un pié, ou toute autre partie dans un tableau, c’est la bien marquer, la bien spécifier, la faire connoître clairement : comme prononcer une parole, c’est l’articuler & la faire entendre distinctement, on dit dans les ouvrages de peinture & de sculpture, que les contours sont bien prononcés lorsque les membres des figures sont dessinés avec science & avec art pour représenter un beau naturel. (D. J.)

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Étymologie de « prononcer »

Étymologie de prononcer - Littré

Prov. et espagn. pronunciar ; ital. pronunziare : du lat. pronunciare, de pro, et nunciare, annoncer (voy. NONCE).

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Étymologie de prononcer - Wiktionnaire

(Date à préciser) Du latin pronuntiare (« proclamer »).
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Phonétique du mot « prononcer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
prononcer prɔnɔ̃se play_arrow

Conjugaison du verbe « prononcer »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe prononcer

Citations contenant le mot « prononcer »

  • Déjà douloureuse, l’histoire aurait pu s’arrêter là si la procédure de divorce n’avait pas été interminable. Car huit ans après, la séparation du couple n’a toujours pas été actée par la justice. La raison ? L’absence de pièces justificatives de revenus que son mari refuse de fournir. Sans ces documents justifiant des ressources de l’homme, le notaire ne peut prononcer la liquidation de la communauté. L’argent de la vente de leur maison reste ainsi bloqué depuis des années. « Mon mari vit très bien. Je le sais parce que c’est moi qui me suis battue pour lui obtenir une indemnité de 500.000 euros. Il a reçu l’héritage de ses parents, il s’est acheté une maison. Moi, je n’ai plus rien ». , Bretagne : « Mes cicatrices ne se voient pas »… L’impossible divorce d’une femme et de son mari handicapé
  • Selon nos informations Bédié se prononcera sur l’éventualité de la candidature du président sortant Alassane Outtara, les réformes annoncées de la Commission électorale et du code électoral, son alliance avec Laurent Gbagbo et ses aptitudes physiques à plus de 86 ans à conduire un pays dont plus de la moitié de la population a 15 ans ou moins. Connectionivoirienne.net, Côte-d’Ivoire: Bédié va-t-il se prononcer sur la candidature de Outtara ? (interview avec média français) - Connectionivoirienne.net
  • LinkedIn vient d’annoncer l'ajout d'une nouvelle fonctionnalité qui permettra aux utilisateurs d'enregistrer un clip audio de 10 secondes pour apprendre à leurs interlocuteurs comment prononcer leur nom de famille. « Il vous déjà arrivé de voir le nom de quelqu'un par écrit et de ne pas savoir exactement comment le prononcer correctement », explique Joseph Akoni, chef de produit chez LinkedIn. « Une prononciation correcte n'est pas seulement une affaire de courtoisie, c'est un élément important pour faire une bonne première impression et créer un lieu de travail inclusif ». CNET France, LinkedIn ajoute une fonction audio pour bien prononcer les noms de famille - CNET France
  • On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort, ne point se prononcer, dire oui et non, tant qu'on n'a pas vu de ses yeux une guillotine. De Victor Hugo / Les Misérables
  • Aujourd'hui le seul fait qu'un Auschwitz ait pu exister devrait interdire à quiconque, de nos jours, de prononcer le mot de Providence. De Primo Levi / Si c'est un homme
  • Rien ne sert de se hâter, attendons notre heure, disons le mot qu'il nous appartient de prononcer, puis taisons-nous pour l'éternité. De René Carbonneau / Le Destin de frère Thomas
  • L'amour est un mot qu'il faut se garder de prononcer. Ce qui compte, c'est la réalité. De Monique Larue / Copies conformes
  • C'est sûrement parce que le naïf est, par nature, près de Dieu, qu'il n'éprouve pas le besoin de prononcer son nom. De Daniel Pons / Aux sources de la présence
  • Impossible de parler de Dieu sans prononcer aussitôt une quantité invraisemblable de bêtises. On ne peut rien dire de Dieu, seulement parler avec lui, en lui. De Christian Bobin / Autoportrait au radiateur
  • Le regard chez une jeune femme est un interprète toujours charmant qui se charge de dire avec complaisance ce que la bouche n'ose prononcer. De Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux
  • Il savait prononcer le mot "succulent" de telle manière qu'en l'entendant on avait l'impression de mordre dans une pêche mûre. De Georg Christoph Lichtenberg / Aphorismes
  • Oui et non sont les mots les plus courts et les plus faciles à prononcer, et ceux qui demandent le plus d'examen. De Talleyrand
  • En donnant le nom à un enfant, il faut penser à la femme qui aura un jour à le prononcer. De Jules Barbey d’Aurevilly / Les diaboliques
  • Echafaud - S'arranger quand on y monte pour prononcer quelques mots éloquents avant de mourir. De Gustave Flaubert / Dictionnaire des idées reçues
  • Presque tous les hommes sont esclaves faute de savoir prononcer la syllabe : non. De Chamfort / Maximes et pensées, caractères et anecdotes
  • Surtout ne pas prononcer de mots ridicules quand on marche sur la pointe des sentiments. De Gilles Martin-Chauffier / Une vraie Parisienne
  • Tout homme s'offre le luxe inestimable de prononcer son premier et son dernier mot. De Théodore Koenig

Traductions du mot « prononcer »

Langue Traduction
Corse pronuncia
Basque hobetu
Japonais 発音する
Russe произносят
Portugais pronunciar
Arabe نطق
Chinois 发音
Allemand aussprechen
Italien pronunciare
Espagnol pronunciar
Anglais pronounce
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Synonymes de « prononcer »

Source : synonymes de prononcer sur lebonsynonyme.fr

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