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Promesse

Sommaire

  • Définitions du mot promesse
  • Étymologie de « promesse »
  • Phonétique de « promesse »
  • Citations contenant le mot « promesse »
  • Images d'illustration du mot « promesse »
  • Traductions du mot « promesse »
  • Synonymes de « promesse »
  • Antonymes de « promesse »

Définitions du mot promesse

Trésor de la Langue Française informatisé

PROMESSE, subst. fém.

A. −
1. Assurance, le plus souvent verbale, de faire ou de dire quelque chose. Synon. engagement, parole, serment.Il tint parole, chose rare. Sans lui, sans ses encouragements, sans ses promesses, rien n'était possible (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p.191).N'oubliez pas que je considère votre promesse comme ferme et que je vous attends à Prague entre le 20 juillet et le 15 septembre (Claudel, Corresp.[avec Gide], 1911, p.181):
1. Là le duc de Bourgogne offrit ses services au dauphin, jura de servir lui et le roi son père contre tous leurs adversaires. Le dauphin reçut cette promesse et jura de son côté d'aider et défendre de tout son pouvoir le duc... Barante, Hist. ducs Bourg., t.4, 1821-24, p.109.
SYNT. Promesse écrite, formelle, mutuelle, orale, sacrée, solennelle, verbale; promesse d'alliance, d'argent, de discrétion, d'obéissance, de paix, de pardon, d'une prime, de renoncement; téméraire promesse; accomplir, donner, enfreindre, garder, oublier, ratifier, remplir, renouveler, signer, violer sa/ses promesse(s); être fidèle, manquer à sa/ses promesse(s); être lié par une promesse; compter sur la promesse de qqn; revenir sur sa promesse; malgré, selon, suivant sa/ses promesse(s).
Promesse à temps. Promesse temporaire. L'adhésion à la révolution ne doit pas être une promesse à temps sur laquelle il soit un jour licite de revenir (Nizan, Conspir., 1938, p.64).
Promesse de + inf.Quoi qu'il en soit, reçois ici mon inviolable promesse de n'avoir jamais d'autre femme que toi et de devenir ton mari sitôt que cela sera en mon pouvoir (Hugo, Lettres fiancée, 1820, p.24).En retour de leur promesse de ne s'évader point et d'observer les lois du Reich, ils se trouvaient affranchis des barbelés et goûtaient toutes les ivresses du chien à l'attache (Ambrière, Gdes vac., 1946, p.275).
Promesse que.L'amitié n'est plus possible entre nous sans un pacte, une promesse solennelle qu'elle sera un jour autre chose (Montherl., J. filles, 1936, p.1051):
2. Le surlendemain arriva à la hâte un officier supérieur, aide de camp du maréchal, tout exprès envoyé pour apporter ses très humbles excuses, ses plus humbles respects et la promesse qu'il ne le ferait plus. Vigny, Mém. inéd., 1863, p.86.
Faire une promesse. S'engager moralement. Oui, j'aime qu'on rapporte sa paie et qu'on soit de parole, quand on a fait une promesse (Zola, Assommoir, 1877, p.704).SCOUTISME. Promesse (scoute). ,,Engagement personnel du jeune au projet commun du groupe auquel il adhère`` (Éduc. 1979). Faire sa promesse.
Mentir à sa/ses promesse(s). Ne pas tenir sa/ses promesses. On verrait un peu si l'oncle oserait mentir une fois encore à ses promesses, en face d'un mourant, dans une chambre si triste, qu'une lampe fumeuse éclairait mal (Zola, Pot-Bouille, 1882, p.345).
Rendre sa/ses promesse(s). Délier quelqu'un de sa parole. Dites-lui que je lui rends ses promesses, que moi-même je la prie de se donner au ciel (Cottin, Mathilde, t.2, 1805, p.304).
Tenir sa/ses promesse(s). Accomplir ce qui a été promis. Il est revenu, heureux de la revoir et heureux aussi d'avoir tenu ses promesses, d'avoir vécu toute une année en garçon sage, sans sacrer ni boire (Hémon, M.Chapdelaine, 1916, p.102).
Expr. et loc.
Promesse de Gascon. V. gascon B 2.
Promesse de marin. Promesse qu'il ne faut pas croire. Protée: Mais il a déjà dû te promettre quelque chose? Brindosier: Promesse de marin! Il jure trop facilement (Claudel, Protée, 1927, i, 5, p.376).
Promesse des grands n'est pas héritage (vx). ,,Il ne faut pas se fier aux promesses des grands`` (Rey-Chantr. Expr. 1979).
DR. CIVIL. ,,Engagement de contracter une obligation ou d'accomplir un acte`` (Cap. 1936). Promesse d'achat, de bail.
Promesse de mariage. ,,Engagement pris envers une personne de contracter mariage avec elle`` (Cap. 1936). Après le prône, le curé annonça du haut de la chaire qu'il y avait promesse de mariage entre Victoire-Adélaïde Martin et Joséphin-Isidore Vallin (Maupass., Contes et nouv., t.1, Martine, 1883, p.113).
Promesse de vente. ,,Contrat unilatéral, par lequel une personne s'engage à vendre une chose à l'autre partie, sans que celle-ci consente immédiatement à l'acheter`` (Lemeunier 1969). Les actes d'acquisition se font par promesses de vente sous seing privé jusqu'à ce que nous soyons maîtres de tous les terrains (Balzac, C. Birotteau, 1837, p.16).
Sur la promesse de.Une saisie faite chez une jeune personne qui avait meublé un appartement à crédit, sur la promesse d'un lieutenant de chasseurs (Jouy, Hermite, t.5, 1814, p.162).
RELIG. Enfants, peuple de la promesse. Les élus. Jadis les Hébreux, héritiers de la promesse faite par Dieu à Abraham et ses descendants (...); depuis: les élus appelés à l'héritage du ciel (Marcel1938).
2. Au plur. Paroles prodiguées sans intention ou sans possibilité de les mettre à exécution. Promesses mensongères, mirobolantes, ronflantes, trompeuses; promesses électorales; promesses en l'air; bercer qqn de promesses; faire des promesses, de belles promesses; payer qqn de promesses/en belles promesses. Ah! ils ne sont pas chiches de bonnes paroles. Veux-tu des promesses, en voilà! Et ils vous nourrissent de vieilles semelles, et ils vous flanquent à la porte comme des chiens! (Zola, Bonh. dames, 1883, p.546).Plus ils accumulaient de belles promesses, plus les gens sérieux soupçonnaient des pièges (...) car les utopistes eussent mené le monde à des désastres, à la tyrannie et à la bêtise, si on les avait écoutés (Sorel, Réflex. violence, 1908, p.201):
3. Nous le gagnerons par des flatteries, par des présents, et surtout par des promesses. Les promesses coûtent moins que les présents et valent beaucoup plus. Jamais on ne donne autant que lorsqu'on donne des espérances. A. France, Île ping., 1908, p.215.
Fam. Se ruiner en promesses. ,,Faire beaucoup de promesses qu'on ne tient pas`` (Ac. 1835-1935).
B. −
1. [À propos de qqn] Espérance que l'on conçoit des qualités ou des talents d'une personne. Être riche de promesses. Ce caractère si pur, si noble, si sensible, qui a tenu toutes les promesses de l'enfance (Krüdener, Valérie, 1803, p.262).Près de lui [le chanteur], l'autre [sa femme] ne semblait guère qu'une élève, admirablement douée, la promesse d'un génie futur (A. Daudet, Femmes d'artistes, 1874, p.84).On a dit que la beauté est une promesse de bonheur (Proust, Prisonn., 1922, p.140):
4. Tu passais dans le soleil, avec ta chevelure d'or; tu étais une promesse m'annonçant que tu me ferais connaître, un jour, la nécessité de cette création, de cette terre, de ces arbres, de ces eaux, de ce ciel, dont le mot suprême m'échappe encore... Zola, Faute Abbé Mouret, 1875, p.1407.
2. [À propos de qqc.] Assurance ou espérance que semblent donner certaines choses, certains événements. Promesse de beau temps. Ce soir-là, le crépuscule apportait, dans sa pâleur sereine, la promesse d'une splendide matinée (Zola, Faute Abbé Mouret, 1875, p.1472).En avril, quand on s'est mariés, les pêchers étaient en fleurs. Ils recommencent à fleurir, c'est une promesse (Ramuz, Derborence, 1934, p.58):
5. ... l'étrange appel que je ne cesserais plus jamais d'entendre comme la promesse qu'il existait autre chose, réalisable par l'art sans doute, que le néant que j'avais trouvé dans tous les plaisirs et dans l'amour même... Proust, Prisonn., 1922, p.263.
Plein de promesses. Une terre pleine de promesses. Le nom de la Grèce, plus encore que celui de l'Espagne ou de l'Italie, est plein de promesses (About, Grèce, 1854, p.2).Le cinéma, art plein de promesses, allait faire profiter de ses techniques toutes neuves le roman (Sarraute, Ère soupçon, 1956, p.12).
En partic. Promesse de.Annonce, signe de. Promesse de pluie, de vent. Toute rougeur mal placée, toute altération de la peau lui semblaient promesses de chancre (Arnoux, Double chance, 1958, p.168).
Prononc. et Orth.: [pʀ ɔmεs]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist.1. Ca 1150 «action de promettre quelque chose» (Conte de Flore et de Blancheflor, éd. J.-L. Leclanche, 1405); 2. 1607 [éd.] «assurance ou espérance que semblent donner certaines choses, certains événements» (Malherbe, Prière pour le roy allant en Limozin ds Le Parnasse des plus excellens poetes de ce temps, t.1, fo32 vo). Empr. au b. lat. promissa, fém. «action de promettre quelque chose» (fin du ves. ds Blaise, Lat. chrét.), issu du plur. du subst. neutre promissum «id.», lui-même issu par subst., du part. passé de promittere, v. promettre. Fréq. abs. littér.: 3243. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5003, b) 3858; xxes.: a) 4212, b) 4922.

Wiktionnaire

Nom commun

promesse \pʁɔ.mes\ féminin

  1. (Sens propre) Action de promettre ; ou résultat de cette action.
    • Mettez-vous en garde contre ces belles promesses, elles cachent souvent la plus infame des tromperies. — (Gabriel Maury, Des ruses employées dans le commerce des solipèdes, Jules Pailhès, 1877)
    • Et il réfléchissait. Ce qui est inintelligible, se dit-il, c’est la disproportion qui existe entre les promesses que Jésus lui fit et les résultats qu’elles obtinrent. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Si Dimitri ne voulait pas épouser Phoebe, il aurait au moins dû avoir le courage de l’avouer et de rompre formellement sa promesse. Au lieu de cela, il avait opté pour le silence et l'hypocrisie, […]. — (Lucy Monroe , Pour l'honneur des Pétronides, traduit de l'anglais, dans le volume Séducteurs, éd. Harlequin, coll. Coup de Cœur, 2012)
  2. (Figuré) Ce que l'on espère obtenir.
    • Le talent, chez les hommes est donc à peu près, quant au moral, ce qu’est la beauté chez les femmes, une promesse. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Le curé de Melotte […] n’était plus craint. Ses foudres de carton, ses tonnerres lointains, l’évocation des bûchers infernaux, la promesse des félicités paradisiaques dans un éden, somme toute, passablement morne et fort problématique, ne faisaient plus guère frémir que quelques vieilles dévotes et les gosses de neuf à onze ans […]. — (Louis Pergaud, Le Sermon difficile, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Parmi les fléaux qui s'abattent sur la vigne, le plus terrible, dans ses effets, est évidemment la grêle. Le vignoble est beau, et plein de promesses, et cinq minutes plus tard il n'en reste rien ; […]. — (Sachez soigner vos vignes grêlées, dans Almanach de l'Agriculteur français - 1932, p. 59, éditions La Terre nationale)
  3. (Droit) Engagement à terme.
    • Il faudrait, en premier lieu, répandre parmi nous, par le perfectionnement des institutions de crédit, l'usage des billets, des promesses, des reconnaissances. C'est dire que nos banques devraient cesser de vivre sous l'empire d'un monopole aussi absolu qu'injuste et funeste. — (Michel Gustave Partounau du Puynode, De la monnaie, du crédit et de l'impôt, page V, 1853)

Forme d’adjectif

promesse \pro.ˈmes.se\

  1. Féminin pluriel de promesso.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PROMESSE. n. f.
Action de promettre ou Résultat de cette action. Promesse verbale. Promesse par écrit. Faire de grandes promesses, de magnifiques promesses. Fausser sa promesse. Manquer, contrevenir à sa promesse. N'ajoutez nulle loi à ses promesses. Ce sont des promesses vaines, trompeuses, illusoires. C'est un homme prodigue de promesses, libéral en promesses. Sur la foi de vos promesses, j'ai tenté cette entreprise. Tenir sa promesse. Je me suis fié à votre promesse. Satisfaire à sa promesse. Remplir sa promesse, ses promesses. Être réservé dans ses promesses. Fidèle à sa promesse, en ses promesses. Violer sa promesse. S'acquitter de sa promesse, acquitter sa promesse. Me voilà quitte de ma promesse. Accomplir sa promesse. Revenir sur ses promesses. Rétracter une promesse. Il nous a quittés avec promesse de nous rejoindre bientôt. J'ai votre promesse. Je compte sur votre promesse. Il lui a donné une reconnaissance portant promesse. J'ai promesse de lui, j'ai obtenu de lui promesse qu'il s'occupera de votre affaire. Promesse de vente. C'est un homme à qui les promesses ne coûtent rien. Fig. et fam., Se ruiner en promesses, Faire beaucoup de promesses qu'on ne tient pas. Promesse de mariage, Engagement pris d'épouser une personne.

Littré (1872-1877)

PROMESSE (pro-mè-s') s. f.
  • 1Action de promettre. Dites-moi seulement s'il a sauvé mon frère, S'il m'a tenu promesse, Corneille, Pomp. v, 3. Ceux qui font ces promesses les tiennent, Pascal, Prov. X. Leurs discours [des prophètes] expriment très clairement la promesse de biens temporels, et ils disent néanmoins que leurs discours sont obscurs, Pascal, Pens. XVI, 5, éd. HAVET. Saint Thomas, traitant de la nature du vœu, établit cette différence entre le commandement et la promesse, que le commandement règle et détermine ce que les autres doivent faire à notre égard ; et la promesse, au contraire, ce que nous devons faire à l'égard des autres, Bossuet, Sermons, Soumission à la parole, 3. On ne m'abuse point par des promesses vaines, Racine, Iphig. IV, 6. Enfin, prince, je viens dégager ma promesse, Racine, Bérén. v, 3. Aux promesses du ciel pourquoi renoncez-vous ? Racine, Ath. I, 1. Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses, Racine, ib. II, 7. Il a violé toutes ses promesses à l'égard de ses voisins, Fénelon, Tél. X. Borgia ne partit de Rome qu'après être assuré du duché de Valentinois… et d'une pension de vingt mille livres que lui donnait Louis XII, avec promesse de faire épouser à cet archevêque la sœur du roi de Navarre, Voltaire, Mœurs, 110. Ta promesse suffit, et je la crois plus pure Que les autels des dieux entourés du parjure, Voltaire, Mort de César, I, 1.

    Avoir promesse, se dit de celui à qui une promesse a été faite. Ils étaient toujours flattés, et ils avaient promesse que les Rochelois ne traiteraient pas sans eux, Anquetil, Ligue, II, 84.

    Donner promesse que, promettre que. S'il osait y manquer, je te donne promesse Qu'il pourrait bien ailleurs chercher une maîtresse, Corneille, Gal. du Pal. I, 11.

    Promesses du baptême, celles que l'Église exige des catéchumènes avant de leur conférer le baptême, et que font les parrains et les marraines.

    Fig. N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde, Malherbe, I, 3. La moisson de nos champs lassera les faucilles ; Et les fruits passeront la promesse des fleurs, Malherbe, II, 1.

    Fig. Se ruiner en promesses, promettre beaucoup, et ne rien tenir.

  • 2Promesse de mariage, écrit par lequel on s'engage à épouser une personne. Apprenez, monsieur, que, pour mon malheur, j'aime ce perfide, que j'ai de lui une promesse de mariage, Hauteroche, le Cocher, se. 23.
  • 3Billet sous seing privé par lequel on s'engage à payer une somme d'argent. Signer, déchirer une promesse. Je le priai de me prêter quatre cents pistoles, dont je lui fis ma promesse, et que je lui ai rendues depuis, Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 479, dans POUGENS.
  • 4Les enfants de la promesse, les élus. Dieu ne doit que suivant ses promesses ; il a promis d'accorder la justice aux prières ; jamais il n'a promis les prières qu'aux enfants de la promesse, Pascal, Pens. XXV, 55, bis.

HISTORIQUE

XIIIe s. Promesse sans don ne vaut gaires, la Rose, 4108. Et se m'amor vous prometoie, Jà voir promesse n'en tendroie, ib. 7252. Et Jehan n'a pas assés por paier les detes et les promesses c'on li demande, Beaumanoir, VI, 24.

XIVe s. Ne pensés pas à tel folie… La proumesse fallir ne poet, Jean de Condé, t. II, p. 236. Promesse est vent ; honneur n'a gloire, Et amours dort, c'est chose voire, Machaut, p. 53.

XVe s. Ceux de dedans durement oppressés et requis par plusieurs fois par le connestable qu'ils se rendissent, ou tous seroient morts, s'ils estoient prins par force ; c'estoient les promesses que le connestable promettoit par coustume, Froissart, liv. I, p. 458.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PROMESSE, s. s. (Morale.) La promesse est un engagement que nous contractons de faire à un autre quelqu’avantage dont nous lui donnons l’espérance. C’est par-là une sorte de bien que nous faisons en promettant, puisque l’espérance en est un des plus doux ; mais l’espérance trompée devient une affliction & une peine, & par-là nous nous rendons odieux en manquant à nos promesses.

C’étoit donc un mauvais raisonnement joint à une plus mauvaise raillerie, que celui du roi de Syracuse, Denis, à un joueur de luth. Il l’avoit entendu jouer avec un si grand plaisir, qu’il lui avoit promis une récompense considérable pour la fin du concert. Le musicien animé par la promesse, touche le luth avec une joie qui ranime en même tems son talent & son succès. Le prince, au lieu de lui donner ce qu’il avoit promis, lui dit qu’il devoit être content du plaisir d’avoir espéré la récompense, & que cela seul étoit au-dessus de ce qu’il lui pourroit donner. La plaisanterie, pour être supportable, auroit dû au-moins être suivie de la libéralité, ou plûtôt de la justice qu’attendoit le musicien.

Toute promesse, quand elle est sérieuse, attire un devoir d’équité. Il est de la justice de ne tromper personne ; & la tromperie dans le manque de parole est d’autant plus injuste, qu’on étoit plus libre de ne rien promettre. Ce qui souleva davantage l’esprit des Athéniens contre Démétrius Poliocertes, est l’offre qu’il leur fit d’accorder à chacun des citoyens la grace particuliere que le pouvoir souverain lui permettroit de faire. Il fut investi de placets, & bientôt surchargé. Comme il passoit sur un pont, il prit le parti, pour se soulager tout-à-coup, de jetter tous les placets dans la riviere, donnant à entendre qu’il n’y pouvoit suffire. La promesse effectivement ne pouvoit guere s’accomplir ; mais pourquoi avoit-il promis ?

Si avant que de donner sa parole on y pensoit, on ne seroit pas dans la suite embarrassé à la tenir ; il ne faut s’engager qu’avec circonspection, quand on veut se dégager avec facilité.

Au reste, quel est le principe des promesses vaines ou fausses ? ce n’est pas un bon cœur, comme on le suppose quelquefois, c’est la présomption d’en avoir l’apparence, & de s’en donner le relief ; c’est un air de libéralité qui n’est d’aucune dépense ; souvent c’est l’envie de gagner les esprits, sans penser à le mériter : mais la crainte de déplaire aux autres, en leur manquant de parole, empêcheroit de la donner quand on n’est pas sûr de la pouvoir tenir ; & détermineroit à la tenir infailliblement quand on en a le pouvoir. C’est une chose indispensable, non-seulement dans les choses importantes, mais encore dans les plus légeres ; ce qui de soi n’intéressoit pas, intéresse par l’attente qu’on en a fait naître.

Cependant pour ne pas pousser l’obligation au-delà des bornes, il est à-propos d’observer certaines circonstances. Il est certain d’abord que dans les choses de la vie on ne veut point en promettant s’engager à des difficultés plus grandes que celles qui sont communément attachées à la chose promise ; quand ces difficultés augmentent, ou qu’il en survient de particulieres, on n’a pas prétendu s’engager à les surmonter, comme on n’a pu raisonnablement ne les pas prévoir. Ce doit être néanmoins un motif de circonspection, pour ne pas aisément promettre : mais ce doit être une raison pour dispenser de l’exécution

D’ailleurs ce qu’on appelle communément promesse, n’est souvent qu’un desir, une disposition, un projet actuel de celui qui parle, & qui semble promettre. Il a la pensée, la volonté même d’effectuer ce qu’il dit, mais il n’a ni la pensée, ni la volonté de s’y engager. Le terme de promettre dont il se sert, équivaut à celui de prendre la résolution ou le dessein : on ne laisse pas d’être blâmable d’y manquer ; mais c’est moins à un autre qu’à soi-même qu’on en est responsable, puisque c’est plutôt inconsidération ou nonchalance que l’on doit se reprocher, qu’une infidélité ou une injustice. Ainsi au même tems que les autres doivent nous passer ces fautes, comme n’étant point soumises à leurs droits particuliers, nous ne devons pas nous les pardonner à nous-mêmes, étant contraires à notre devoir & aux regles d’une exacte sagesse.

La réflexion auroit lieu sur-tout si la faute devenoit habituelle ; quand elle est fortuite, elle est excusable. Ce seroit être peu sociable de trouver étrange que d’autres à notre égard se laissassent échapper quelqu’inattention.

Nous avons déja observé que des regles sont pour une promesse sérieuse. S’il s’agissoit, comme il arrive souvent, de ce qu’on promet en plaisantant, ou en donnant à entendre qu’on le fait seulement pour se tirer d’embarras, ce qui n’est pas sérieux n’étant pas un engagement, ne sauroit être aussi une véritable promesse ; & ceux qui la prendroient pour telle, manqueroient d’usage dans les choses de la vie.

Pour réduire en deux mots ce que nous avons dit sur le sujet des promesses, évitons deux défauts ou inconvéniens ; trop de liberté à exiger des promesses, & trop de facilité à les faire : l’un & l’autre vient de foiblesse dans l’esprit. Les personnes qui aiment à se faire promettre, sont les mêmes qui sont accoutumés à demander, à souhaiter, à sentir des besoins, & en avoir de toutes les sortes. Rien n’est plus opposé à la vraie sagesse & à notre propre repos. Tous les besoins sont des desirs, & par conséquent des miseres : retranchons-les, nous n’aurons presque jamais rien à attendre des autres pour nous le faire promettre ; nous en serons beaucoup plus indépendans, & eux moins importunés.

D’un autre côté, ceux qui promettent si aisément, sont disposés à donner sans trop savoir pourquoi. Si c’étoit en eux une vraie libéralité, elle seroit attentive ; car donner pour donner, sans regle, sans mesure, sans motif, ce n’est pas vertu, c’est fantaisie, ou envie de se faire valoir par la promesse. L’expérience fait voir que les gens si prompts à donner ou à faire des promesses à quoi ils ne sont point obligés, sont les moins exacts à rendre ou à payer ce qu’ils doivent par une obligation étroite.

Promesse, (Jurisp.) Il y a des promesses verbales, & d’autres par écrit.

Chez les Romains les promesses verbales n’étoient obligatoires que quand elles étoient revêtues de la solemnité de certaines paroles ; mais parmi nous toutes promesses verbales en quelques termes qu’elles soient contractées, sont valables, pourvu qu’elles soient avouées, & que l’on en ait la preuve par témoins, & que ce soit pour sommes qui n’excedent pas 100 livres, sauf néanmoins les cas où la preuve par témoins est admissible au-dessus de 100 livres, suivant l’ordonnance.

Les promesses par écrit peuvent être sous seing privé, ou devant notaire ; mais les promesses proprement dites ne s’entendent que de celles qui sont sous seing privé ; on les appelle aussi billets : au lieu que quand elles sont passées devant notaire, on les appelle obligations ou contrats, selon la forme & les clauses de l’acte.

La promesse de payer ne peut être éludée.

Il en est de même de la promesse de donner ou d’instituer faite par contrat de mariage : une telle promesse vaut donation ou institution, même en pays coutumier, où toute institution d’héritier faite par testament est nulle quant à l’effet de faire un héritier. La raison pour laquelle ces sortes de promesses sont valables, est que les contrats de mariage sont susceptibles de toutes sortes de clauses qui ne sont pas contraires au droit public ni aux bonnes mœurs. Voyez Donation & Institution contractuelle, Contrat de mariage.

Mais il n’en est pas de la promesse de faire quelque chose, comme de la promesse de payer. La promesse de faire quelque chose se résout en dommages & intérêts, lorsque celui qui l’a faite ne veut pas la tenir.

Ainsi la promesse de vendre ou de louer, lorsqu’elle est indéterminée, n’est point une vente ni une location, & se résout en dommages & intérêts.

Pour que la promesse de vendre vaille une vente, il faut que quatre circonstances concourent ; qu’elle soit rédigée par écrit, & qu’il y ait res, pretium & consensus ; car en ce cas la vente est parfaite, & la promesse de passer contrat n’a d’autre objet que de procurer l’hypotheque & l’exécution parée.

Les promesses causées pour valeur en argent, sont nulles. à moins que le corps du billet ne soit écrit de la main de celui qui l’a signé, ou du-moins que la somme portée au billet ne soit reconnue par une approbation écrite en toutes lettres aussi de sa main. La déclaration du 22 Septembre 1733, qui l’a ainsi ordonné, excepte néanmoins les promesses faites par des banquiers, négocians, marchands, manufacturiers, artisans, fermiers, laboureurs, vignerons, manouvriers, & autres de pareille qualité.

Une promesse de passer contrat de constitution, & cependant de payer l’intérêt du principal, est valable. Elle ne differe du contrat même qu’en ce qu’elle ne produit pas hypotheque, & n’est point exécutoire jusqu’à ce qu’elle soit reconnue en justice ou par-devant notaire. Si celui qui a promis de passer contrat refuse de le faire, on peut obtenir contre lui sentence, laquelle vaut contrat.

Les auteurs qui ont traité de l’effet des diverses sortes de promesses, sont Dumolin sur Paris, article 78 ; Henrys, tome I. liv. IV. ch. vj. quest. 40 ; Bardet, tome I. liv. II. ch. xxxj. & c ; Boniface, tome II. liv. IV. titre I. ch. j ; Basset, tome I. liv. IV. titre XII. ch. j ; Brillon, verbo bail.

Par rapport aux promesses de mariage, & singulierement pour les promesses par paroles de présent, il faut voir ce qui en a été dit aux mots Empêchement, Mariage, Official, Paroles de présent.

Sur les promesses de passer une lettre-de-change, de faire ratifier quelqu’un, de fournir & faire valoir, voyez Change, Lettres de change, Ratification, Fournir & Faire valoir. Voyez aussi les mots Billet, Contrat, Engagement, Obligation. (A)

Promesse, (Critiq. sacrée.) ἐπαγγελία ; ce mot dans le vieux Testament se dit quelquefois pour vœu. Si une femme fait un vœu, & que son mari n’y consente pas, elle ne sera pas tenue à sa promesse ; c’est-à-dire à son vœu, Nomb. xxx. 13. Promesse dans le nouveau Testament désigne en général la vie éternelle, qui est l’objet de l’espérance du chrétien, Hébreux, x. 36.

Les enfans de la promesse, sont les Israélites descendus d’Isaac, les juifs convertis, & les chrétiens : Galat. iv. 28.

L’Esprit saint de la promesse, c’est Dieu lui-même, qui a promis le salut à tous ceux qui croiront en lui, & qui suivront ses commandemens ; Ephes. j. 13. (D. J.)

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Étymologie de « promesse »

Prov. promessa ; espagn. promesa ; ital. promessa ; du lat. promissus, promis (voy. PROMETTRE).

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Du latin promissa (« promesse »).
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Phonétique du mot « promesse »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
promesse promesse

Citations contenant le mot « promesse »

  • Le rite a pour objet de rappeler à Dieu sa promesse. De Jean Daniélou / Dieu et nous
  • Je mettais entre les excès toutes les promesses par lesquelles on retranche quelque chose de sa liberté. René Descartes, Discours de la méthode
  • Il faut tenir les promesses que l'on n'a pas faites. Georges Duhamel, Défense des lettres, Mercure de France
  • Malhabiles nous sommes à nous atteindre, les hommes, malgré la promesse entrevue dans l'eau du regard. André Frénaud, Il n'y a pas de paradis, Gallimard
  • La moisson de nos champs lassera les faucilles, Et les fruits passeront la promesse des fleurs. François de Malherbe, Stances
  • N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde, Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde […]. François de Malherbe, Stances
  • La femme est une promesse non tenue. Claude Mauriac, Ici, maintenant, Grasset
  • Il est injuste et absurde de rendre les êtres comptables de leurs promesses. André Maurois, Climats, Grasset
  • Quand on peut accomplir sa promesse sans manquer à la justice, il faut tenir sa parole. Confucius en chinois Kongzi ou Kongfuzi [maître Kong], Entretiens, I, 1 (traduction S. Couvreur)
  • Le sage seigneur ne peut garder sa foi, ni ne le doit, si cette observance se tourne contre lui, et que les causes qui l'ont induit à promettre soient éteintes. Machiavel en italien Niccolo Machiavelli, Le Prince, XVIII Il Principe, XVIII
  • Une promesse c'est une dette. De Proverbe guadeloupéen
  • En faisant une promesse on contracte une dette. De Robert William Service / La Crémation de Sam Mcgee
  • Mieux vaut mille refus qu'une promesse non tenue. De Proverbe chinois
  • Les compromis, c’est la promesse de devenir con. De Patrick Alessandrin / 15 Août
  • La beauté n’est que la promesse du bonheur. De Stendhal / De l’amour
  • Mieux vaut une certitude qu'une promesse en l'air. De Proverbe français
  • Une promesse de femme, c'est comme une corde tendue ; ça ne tient pas longtemps. De Adrien Therio / Le Mors aux flancs
  • Examine si ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette. De Confucius
  • La promesse a des jambes ; seul le don a des mains. De Proverbe allemand
  • Une promesse donnée est une entrave à celui qui l'a faite. De Elizabeth Gaskell / Les amoureux de Sylvia
  • Demain, il sera possible de sortir de chez soi pour grimper à l’arrière d’un véhicule sans chauffeur. Sans même faire quoi que ce soit, ce véhicule autonome prendra la route jusqu’à notre bureau ou le centre commercial de notre désir. Complètement synchronisé avec notre agenda numérique mais aussi l’ensemble des véhicules actifs sur le réseau, le voyage sera fluide et l’intelligence artificielle aura géré le flux routier pour éviter la création d’un bouchon. D’ailleurs, un débat s’ouvrira pour savoir s’il ne faut pas supprimer du dictionnaire ce genre de mot qui n’a plus aucune utilité. Voilà la promesse de la voiture autonome. Mais pour cela, la technologie 5G est nécessaire. Le Quotidien, Entre promesse et peur | Le Quotidien
  • En 1992, lors du lancement du premier loto américain, Thomas Cook et Joseph Feeney, deux amis se sont fait la promesse de partager la somme si l'un des deux venait à gagner le pactole. Depuis juin 2020, c'est chose faite, Thomas Cook a remporté 22 millions de dollars auprès de la Wisconsin Lottery.  lindependant.fr, Il gagne 22 millions de dollars et tient une promesse vieille de 28 ans - lindependant.fr
  • Il aime à dire que « la Nièvre est son Mississipi » et sa « promesse faite à la liberté?! » Benoît Minville a 42 ans. Libraire et écrivain, il vit à Sartrouville. www.lejdc.fr, Pour l'écrivain Benoît Minville, la Nièvre est une promesse faite à la liberté - Tamnay-en-Bazois (58110)
  • Le nouveau maire de Montpellier résume ainsi ses intentions : « Nous regardons loin pour agir juste. Nous agissons juste parce que nous voulons agir ensemble. Et même avec des gens avec qui nous n’avons pas toujours eu les mêmes appréciations. Mais nous pouvons parler. C’est un aspect important d’une gouvernance apaisée qui était une promesse de campagne et que nous mettons à l’œuvre avec toute la temporalité qu’il faut ». , Montpellier : Michaël Delafosse, après les promesses de campagne place aux engagements | Métropolitain

Images d'illustration du mot « promesse »

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Traductions du mot « promesse »

Langue Traduction
Anglais promise
Espagnol promesa
Italien promettere
Allemand versprechen
Chinois 诺言
Arabe وعد
Portugais promessa
Russe обещание
Japonais 約束する
Basque promesa
Corse prumetti
Source : Google Translate API

Synonymes de « promesse »

Source : synonymes de promesse sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « promesse »

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