Portée : définition de portée


Portée : définition du Wiktionnaire

Adjectif

portée \pɔ.ʁte\

  1. (Héraldique) (Rare) Se dit d’une croix chrétienne posée en bande plutôt qu’en pal comme à l’ordinaire pour rappeler la position de la croix portée par le Christ dans la tradition chrétienne.
    • Coupé d’azur et d’argent à la croix portée haussée d’or brochant sur la partition, qui est d’Aimargues → voir illustration « croix portée »

Nom commun

portée \pɔ.ʁte\ féminin

  1. (Zoologie) Totalité des petits que les femelles des vivipares portent et mettent bas en une fois.
    • Derrière, auprès des étables à porcs, entourée d’une portée grouillante, une truie noire fouillait la terre. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 382 de l’éd. de 1921)
    • Une étude portant sur plusieurs générations de rats a montré que le phosphamidon, administré à des doses toxiques pour la mère, influait sur la taille de la portée et sur la viabilité des jeunes rats. — (Résidus de pesticides dans les produits alimentaires, FAO, 1986)
  2. Distance à laquelle quelque chose peut porter, peut atteindre. Il se dit spécialement en parlant des armes de tir.
    • Rapportez-vous-en à moi, j’ai découvert par hasard à deux portées de fusil de l’endroit où nous sommes une espèce de citadelle […] — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, 1858)
    • Avec une vigueur remarquable, ils se mirent à improviser un blockhaus autour du canon à pivot et à longue portée qu’on avait placé là. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 235 de l’éd. de 1921)
    • À pas feutrés, comme un seul homme, la harka suit son lieutenant. La mechta est maintenant à portée du F.M., puis sous celle des fusils. — (Bachaga Boualam, Les Harkis au service de la France, France-Empire, 1963, p. 107)
    • L’archéologie et l’anthropologie locales sont coutumières, on le sait, d’une grande sérénité dans l’affirmation. Ledit Poignant ne s’en est pas tenu là : à une portée de fusil du tombeau de Merlin, l’« archidruide », il a retrouvé le tombeau de « son épouse » Viviane ! — (Charles Le Goffic, Brocéliande, avec la collaboration de Auguste Dupouy, La Renaissance du Livre, 1932, page 95)
  3. Se dit également en parlant de la voix, de la vue, de l’ouïe. On dit plutôt aujourd’hui : à portée de.
    • […] j’appris dans la suite à mieux connaître le militaire qui est à portée du bruit et non à portée des coups. Il admire plus qu’on ne croirait ceux qui vont plus loin ; il les prend aisément pour des héros ; peut-être il les envie. — (Alain, Souvenirs de guerre, Hartmann, 1937, page 14)
    • Mettez-vous à la portée de ma voix. — Cela n’est pas à portée de vue.
  4. (Figuré) Ce que peut faire, ce que peut concevoir, produire, exécuter l’esprit d’une personne.
    • […] mais son talent c’est précisément de mettre les problèmes les plus ardus à la portée des cerveaux les plus frustes. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • Il ne saurait venir à bout de cette entreprise, elle est hors de portée.
  5. Ce que peut faire une personne par rapport à sa naissance, à sa fortune, à sa position.
    • Il aspire à un emploi qui est au-dessus de sa portée.
    • Cette place est à sa portée.
    • Il fait une dépense fort au-dessus de sa portée.
  6. Force, valeur, ou importance d’un raisonnement, d’une expression, etc.
    • Et Jacques, ignorant des idées frustes et primitives que se fait de l’islam le peuple illettré, ne se rendait point compte de la portée de ce qu’il venait de faire. — (Isabelle Eberhardt, Yasmina, 1902)
    • Les religions constituent un scandale particulièrement grave pour l’intellec­tualiste, car il ne saurait ni les regarder comme étant sans portée historique, ni les expliquer […] — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, 1908, p. 30)
  7. (Chasse) Partie d’un taillis la plus haute où le bois du cerf laisse des traces, en faisant plier des branches.
    • Le Loup a les sens très bons, l'œil, l'oreille, et surtout l'odorat, il sent souvent de plus loin qu'il ne voit ; l'odeur du carnage l'attire de plus d'une lieue ; il sent aussi de loin les animaux vivans, il les chasse même assez longtemps en les suivant aux portées. — (Georges-Louis Leclerc de Buffon, Histoire naturelle des animaux, « Le Loup », in Œuvres, Bibliothèque de la Pléiade, 2007, page 773.)
  8. (Architecture) Longueur libre d’une pierre, d’une pièce de bois, etc., placée horizontalement dans une construction, et soutenue par un ou plusieurs points d’appui.
    • Les colonnes étant fort espacées, la pierre de l’architrave a une grande portée.
    • Ce plancher a une grande portée.
    • Cette poutre a cinq mètres de portée.
    • Cette poutre plie dans le milieu, parce qu’elle a trop de portée.
  9. (Architecture) Partie d’une pierre ou d’une pièce de charpente ainsi placée, qui porte sur le mur, sur un pilier, etc.
    • Ce portail n’a pas la portée suffisante pour le poids du mur.
    • Cette poutre n’a pas assez de portée dans le mur.
    • Les portées de cette poutre sont pourries.
  10. (Musique) Les cinq lignes parallèles sur lesquelles ou entre lesquelles s’inscrivent les notes.
    Un système de portées (10)
    • Il faut régler ce papier à douze portées par page.
  11. (Programmation informatique) Étendue d’une variable : publique, privée ou protégée.
    • La portée d’une énumération suit les mêmes règles que celle des variables (utilisation des mots clés public, private, protected). — (Thierry Groussard, Java 6 : Les fondamentaux du langage Java, 2009)
  12. (Sport) À la pétanque, envoi très haut de la boule pour qu’elle retombe presque à la verticale, à moins de deux mètres de l’emplacement idéal pour marquer un point.
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Portée : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PORTÉE. n. f.
Totalité des petits que les femelles des animaux quadrupèdes portent et mettent bas en une fois. Première, seconde portée. Ces deux chiens sont de la même portée.

PORTÉE se dit aussi de la Distance à laquelle quelque chose peut porter, peut atteindre. Il se dit spécialement en parlant des Armes de trait et des armes à feu. À une portée d'arbalète. Se tenir hors de la portée du canon. S'avancer à une portée de fusil, à une portée de pistolet. Tirer une perdrix hors de portée. Être à la portée de la main se dit d'une Chose qui est assez près de quelqu'un pour qu'il y puisse atteindre avec la main. Cela est, cela n'est pas à la portée de ma main. On dit dans le même sens : Cela est à ma portée, n'est pas à ma portée. Fig., Être à portée de quelque chose, Être dans une situation convenable pour demander, pour obtenir quelque chose. Il est bien à la cour, il est à portée de demander, d'obtenir des grâces.

PORTÉE se dit également en parlant de la Voix, de la vue, de l'ouïe. Mettez-vous à la portée de ma voix. Cela n'est pas à la portée de ma vue. Je n'ai pu entendre ce qu'ils disaient, ils n'étaient pas à la portée de mon oreille. On dit plutôt aujourd'hui à portée de. Il s'emploie aussi figurément et désigne l'Étendue, la capacité de l'esprit, ce que peut faire, ce que peut concevoir, produire, exécuter l'esprit d'une personne. La portée de l'esprit de cet homme est bien bornée. On ne doit rien entreprendre au-delà de sa portée, au-delà de la portée de son esprit, de son intelligence. Cela passe, excède ma portée. Se mettre à la portée des auditeurs. Il ne saurait venir à bout de son entreprise, elle est au-dessus de sa portée, au-dessus de la portée de ses forces. Cela est hors de sa portée. Esprit d'une grande, d'une haute portée. Il signifie aussi Ce que peut faire une personne par rapport à sa naissance, à sa fortune, à sa position. Il aspire à un emploi qui est au-dessus de sa portée. Cette place est à sa portée. Il fait une dépense fort au-dessus de sa portée. Il se dit encore de la Force, de la valeur, de l'importance d'un raisonnement, d'une expression, etc. La portée d'un raisonnement. La portée d'une expression. Il n'a pas senti la portée de ce qu'il disait. En termes de Chasse, il désigne la Partie d'un taillis la plus haute où le bois du cerf laisse des traces, en faisant plier des branches. Les portées nous ont donné connaissance du cerf. En termes d'Architecture, il désigne l'Étendue libre d'une pierre, d'une pièce de bois, etc., placée horizontalement dans une construction, et soutenue par un ou plusieurs points d'appui. Les colonnes étant fort espacées, la pierre de l'architrave a une grande portée. Ce plancher a une grande portée. Cette poutre a cinq mètres de portée. Cette poutre plie dans le milieu, parce qu'elle a trop de portée. Il se dit aussi de la Partie d'une pierre ou d'une pièce de charpente ainsi placée, qui porte sur le mur, sur un pilier, etc. Ce portail n'a pas la portée suffisante pour le poids du mur. Cette poutre n'a pas assez de portée dans le mur. Les portées de cette poutre sont pourries. En termes de Musique, il désigne les Cinq lignes parallèles sur lesquelles ou entre lesquelles s'inscrivent les notes. Il faut régler ce papier à douze portées par page.

Portée : définition du Littré (1872-1877)

PORTÉE (por-tée) s. f.
  • 1Ancien terme de marine. Port d'un navire. Le maître qui aura déclaré son vaisseau d'un plus grand port qu'il n'est… sera tenu des dommages-intérêts du marchand… sera réputé y avoir erreur en la déclaration de la portée du vaisseau, si elle n'est au-dessus du 40e, Ordonn. août 1681.
  • 2Totalité des petits que les animaux quadrupèdes portent et mettent bas en une fois. La tigresse qui voit enlever sa portée, Est moins à redouter qu'une femme irritée, Tristan, Mariane, II, 6. Dans tous les animaux, les premières et les dernières portées sont moins nombreuses que les portées intermédiaires, Buffon, Quadrupèdes, t. III, p. 116. Regardez, m'a-t-il dit, ces deux chiens qui sont dans la cour : ils sont de la même portée ; ils ont été nourris et traités de même, Rousseau, Hél. V, 3.

    Durée de la gestation des animaux.

  • 3 Terme d'arpenteur. Mesure qui est de la longueur de la chaîne que l'arpenteur porte d'un piquet à l'autre.
  • 4 Terme de lapidaire. Place dans laquelle doit être logée la pierre que l'on veut sertir.

    Terme d'horlogerie. Petite assiette sur laquelle portent les tiges verticales.

    Terme de plombier. Pièce de cuivre qui sert à boucher l'extrémité inférieure du moule à tuyaux.

  • 5Portée d'eau, le volume que débite un cours d'eau dans un temps donné.
  • 6 Terme d'architecture. L'étendue laissée libre sous une pierre, une pièce de bois, etc. placée horizontalement, et soutenue en l'air par un ou plusieurs points d'appui. Comment ces galeries, contribuant à rétrécir la cella [dans les temples anciens], contribuaient aussi à diminuer la portée des plafonds, Quatr. de Quincy, Instit. Mém. Hist. et litt. anc. t. III, p. 249.

    La partie d'une pierre ou d'une pièce de charpente ainsi placée qui porte sur le mur, sur un pilier, etc. Cette poutre n'a pas assez de portée dans le mur.

    Saillie au delà d'un mur de face, comme celle d'une gouttière, d'un auvent.

    Terme de charpente. Se dit du bout d'une pièce qui est scellée dans un mur, ou qui porte sur une sablière, ou bien d'un bout d'une solive sur une poutre.

  • 7 Terme de tisserand. Allée et venue du cordon ou du ruban de fil qui parcourt toute la longueur que doit avoir la chaîne d'une étoffe. La portée est un certain nombre de fils qui font partie de la chaîne ; les chaînes s'ourdissent ordinairement par demi-portée, Dict. des arts et mét. Drapier.

    Dans une corderie, une portée de fils est le faisceau de fils que les cordiers peuvent étendre, par une opération unique, dans toute la longueur de l'atelier, pour former l'ourdissage d'un cordage.

  • 8 Terme de chasse. Branches que le cerf a pliées ou rompues avec sa tête, et qui sont autant de traces de son passage.
  • 9La distance à laquelle un canon, un fusil, un pistolet, un arc peut lancer un projectile. Mon fils a été spectateur des deux armées rangées si longtemps en bataille ; voilà la seconde fois qu'il n'y manque rien que la petite circonstance de se battre ; mais comme deux procédés [préliminaires de duel] valent un combat, deux fois à la portée du mousquet valent une bataille, Sévigné, 280. Cette méthode [la mesure de la force des projectiles par un pendule qu'ils viennent frapper] est préférable à celle où l'on voudrait juger des forces par les portées, Condorcet, d'Arci. La grandeur des portées dépend de la manière plus ou moins exacte avec laquelle la bombe est attachée à la bouche du canon, Andréossy, Inst. Mém. scienc. t. VII, p. 181. On s'aperçut [à la Moscowa] que, dans l'obscurité, les batteries avaient été placées hors de portée de l'ennemi ; il fallut les pousser plus avant ; l'ennemi laissa faire : il semblait hésiter à rompre le premier ce terrible silence, Ségur, Hist. de Nap. VII, 9.

    Une portée de fusil, une distance peu considérable. La ville est à quelques portées de fusil.

    On a dit, dans le même sens, portée d'escopette. Un petit gentilhomme qui avait sa chaumière à deux portées d'escopette de Cinquello, Lesage, Diabl. boit. ch. 19.

    Par extension, à portée, à la distance convenable pour faire quelque chose. Mettez-vous à portée, afin de pouvoir entendre. Ne lâchez pas encore votre coup de fusil ; vous n'êtes pas à portée. Les canons n'étaient pas à portée. Quand il fut à portée de se faire entendre…, Fénelon, Tél. X.

    À la distance où l'on peut être atteint. Jamais auprès des fous ne te mets à portée ; Je ne te puis donner un plus sage conseil, La Fontaine, Fabl. IX, 8.

    À portée, à distance convenable. Un asile éloigné, mais à portée, Rousseau, Ém. v.

    Être à la portée de la main, être assez près pour qu'on puisse atteindre avec la main. C'est sur les objets qui sont à la portée de sa main, que la statue commence à faire des expériences ; en conséquence il lui semble d'abord, à chaque bruit qui frappe son oreille, qu'elle n'a qu'à étendre les bras pour saisir le corps qui le rend, Condillac, Traité des sens, III, 2.

    Fig. À la portée de, facilement accessible. J'aimerais fort à vous parler sur certains chapitres ; mais ce plaisir n'est pas à portée d'être espéré, Sévigné, 11 mai 1680. Ayez une vue du Canada comme d'un bien qui n'est plus à portée [M. de Grignan avait ambitionné d'être gouverneur du Canada], Sévigné, 6 avr. 1672. Tous les vrais plaisirs de l'homme sont à sa portée, Rousseau, Hél. v, 2.

    Fig. Être à portée de, être dans une situation convenable pour faire quelque chose. On dit qu'il [Turenne] est à portée de se battre avec ce Montecuculli, Sévigné, 191. D'abord… on n'espère point de pouvoir être de vos amis ; mais, quand on vous connaît et qu'on est à portée d'être de ce nombre… on vous adore, Sévigné, à Mme de Grignan, 22 sept. 1680. Je ne suis pas encore à portée de recevoir cette joie, Sévigné, 13 oct. 1675.

    Être à portée de quelque chose, pouvoir recevoir ou faire quelque chose. Vous perdez bien de n'être pas à portée de cette confidence, ma chère enfant, Sévigné, 371. Il me semble que je ne suis plus à portée de rien, Sévigné, 427.

    Hors de la portée, à une trop grande distance pour. Je crains bien qu'étant hors de la portée de toutes les postes, je ne reçoive point de vos lettres dimanche, Sévigné, 27 mai 1672.

    Être hors de portée de, ne pouvoir faire. Dans une conversation, nous aurions fait des réflexions que l'éloignement nous met hors de portée de faire, Sévigné, à Bussy, 13 août 1690. Quand il se crut hors de portée de rencontrer Milord, Hamilton, Gramm. 9. Je ne saurais m'en charger, parce que, vraisemblablement, je ne serai pas à Paris dans un mois, et, par conséquent, hors de portée d'avoir sa réponse, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 12 août 1770.

  • 10Étendue de la voix, de la vue, de l'ouïe, etc. Être à portée de la voix de quelqu'un. Cela n'est pas à la portée de ma vue, de mon oreille. Tout naïre ou raispoute peut nous tuer, si nous l'approchons seulement à portée de notre haleine, Bernardin de Saint-Pierre, Chaum. indienne.

    Terme de marine. La portée d'un phare, la distance à laquelle ce phare peut être aperçu, en général, par un observateur élevé de 4 ou 5 mètres au-dessus de la mer.

  • 11 Terme de musique. La réunion des lignes qui servent à écrire la musique, et sur et entre lesquelles on commença, dès le XIe siècle, à échafauder les neumes ; le nombre des lignes composant la portée a varié ; il est aujourd'hui de quatre pour le plain-chant et de cinq pour la musique.

    Musique sur portée, nom donné à la musique écrite en notation ordinaire, pour la distinguer de la musique en chiffres et de la musique en tablature (voy. TABLATURE). Il y avait longtemps que j'avais pensé à noter l'échelle par chiffres pour éviter d'avoir toujours à tracer des lignes et portées, lorsqu'il fallait noter le moindre petit air, Rousseau, Confess. VI.

  • 12 Fig. Ce que peut faire une personne par rapport à sa fortune, à sa position, etc. Cette place est à sa portée. Il a fait une dépense fort au-dessus de sa portée. Ne parlons point ici du Tage ni du Gange, Je connais ma portée et ne prends point le change, Corneille, Pomp. Il, 3.
  • 13 Fig. L'étendue d'esprit, la capacité, l'aptitude à comprendre. Je sonde ma portée et me tâte le pouls, Régnier, Sat. I. Après la grâce qu'ils m'ont faite de ne point dédaigner ce qu'ils ont vu, je pense avoir quelque droit d'espérer qu'ils ne me refuseront pas celle de se contenter de ce que je puis, et de n'exiger rien de moi par delà ma portée, Corneille, Imit. Préf. de 1652. Connaissons donc notre portée, Pascal, Pens. I, 1, éd. HAVET. Qu'on accorde donc aux pyrrhoniens ce qu'ils ont tant crié : que la vérité n'est pas de notre portée, Pascal, ib. t. I, p. 115, note, éd. HAVET. Je trouve Pauline bien suffisante de savoir les échecs ; si elle savait combien ce jeu est au-dessus de ma portée, je craindrais son mépris, Sévigné, 614. Son esprit était de la portée de tous les esprits qu'il voulait, Hamilton, Gramm. 10. On sait à quel âge un enfant doit apprendre à lire… ce n'est qu'en matière de religion qu'on ne consulte point sa portée, Diderot, Pens. phil. 25. Moi qui voyais si bien la portée. de ce pauvre homme [Voltaire] dans les matières politiques dont il se mêlait de parler, Rousseau, Conf. X.

    À portée de, à la portée de, susceptible d'être compris. Je vous manderai si ce livre est à portée de mon intelligence, Sévigné, 434. Nous voyons les nourrices et les mères s'abaisser pour se mettre à la portée de leurs petits enfants, Bossuet, 2e sermon, Visitation, 2. Reconnaissez-vous là dedans le père commun que nous pleurons ? nécessaire à tous, ne fut-il pas toujours à la portée de tous ? Massillon, Or. fun. Villeroy. Lui [Fontenelle] qui traitait les matières philosophiques avec tant de lumière, qui connaissait mieux que personne l'art de les mettre à la portée du commun des lecteurs, Condillac, Art d'écr. II, 11.

    Hors de la portée, qui n'est pas susceptible d'être compris. Ces philosophes, qui ne pensent pas qu'il y ait rien hors de la portée de leur esprit, Condillac, Traité des syst. ch. 7.

  • 14 Fig. La force, l'importance d'un sentiment, d'une passion, etc. J'accepte votre haine, et l'ai bien méritée, J'en ai prévu la suite, et j'en sais la portée, Corneille, Sertor. v, 4. Je connaissais la portée de sa faiblesse, et j'étais convaincu qu'elle n'irait pas jusques-là, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 235, dans POUGENS.

    Il se dit dans un sens analogue, d'un raisonnement, d'une expression, etc. La portée d'un argument. Une enfant qui ne sent pas la portée de ce qu'elle dit, Picard, Filles à marier, III, 12.

HISTORIQUE

XIIIe s. Que cele [la Vierge] qui de vous [Jésus] fit la sainte portée…, Berte, CXXVI.

XVIe s. Il les laissa, parce qu'elles estoyent quelque peu trop poisantes à la pourtée, Rabelais, Garg. I, 17. Il est vray, monseigneur, qu'il luy est impossible de porter plus la despense, car vous savez sa portée [ses ressources], Marguerite de Navarre, Lett. XCV. Sy Dieu au bout des vingt et quatre heures n'eust diminué la fievre, son petit corps en avoit plus que sa portée, Marguerite de Navarre, ib. CII. Voyant deux telles torces si près l'une de l'aultre, ung roy et ung empereur à une portée de canon près…, Marguerite de Navarre, ib. CXXXIV. Selon la portée de l'ame qu'il [le précepteur] a en main, Montaigne, I, 160. Ils receurent M. de Vieilleville selon leur portée, Carloix, VIII, 19. Ils nous ont enseigné des preuves pour cognoistre la portée [qualité] des terroirs, De Serres, 4. Au temps passé les veneurs appeloient ce que maintenant l'on dit portées, frayées ; à present nous usons de l'un et de l'autre, parce que, un cerf entrant dedans le bois, il le fraye et emporte avec sa teste, Charles IX, Chasse roy. XXIII.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PORTÉE. Ajoutez :
15 Terme de jeux de cartes. Cartes disposées par des escrocs de manière à être abattues au moment voulu et à faire gagner. On a saisi les enjeux, les jetons, les cartes, et l'on a trouvé dans un des recoins de la salle une portée contenant une série… on jouait le baccarat, Extrait de la Liberté, dans les Jeux en France, I, p. 21. Le nommé M… usait de la manœuvre qui a reçu dans le jargon des joueurs le nom de portée ; il passait subrepticement au banquier des cartes préparées d'avance dans un certain ordre, Gaz. des Trib. 11 déc. 1875, p. 1192, 4e col. M. le président : Vous auriez ajouté des portées…, on prépare ainsi des coups et on les a tout faits ; on joue de la sorte à coup sûr ? ib. p. 1193, 1re col.
16Portée d'une balance, le poids qu'une balance peut porter. Balance-bascule (portée au-dessus de 100 kil.), romaine de toute portée jusqu'à 40 kil. Journ. offic. 1er mars 1873, p. 1437, 3e col.
17Portée d'arrêt, ou, simplement, portée, disposition qui permet de limiter un mouvement. Ciseaux de tailleur à ressorts et à portée d'arrêt ; sécateurs à portée d'arrêt, Enquête, Traité de comm. avec l'Anglet. t. I, p. 722. Il est arrivé parfois que des presse-étoupes, des portées, etc. ont apporté des empêchements à des essais de cette nature [essais de machines à toute vapeur], Journ. offic. 3 fév. 1873, p. 789, 3e col.

REMARQUE

Il est dit au n° 1 que la portée d'un navire, pour signifier ce qu'un navire peut porter, est un terme ancien. Le voici employé dans un texte récent : Le vapeur Singapour, de la portée de 2000 tonnes, Journ. offic. 2 sept. 1873, p. 5688, 3e col.

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Portée : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PORTEE, s. f. (Gram.) étendue en longueur considérée relativement à l’action de quelque instrument. La portée d’un fusil. La portée de son esprit.

Portée, en Artillerie, est la ligne que décrit un boulet de canon depuis l’embouchure de la piece jusqu’à l’endroit où il va frapper. Voyez Canon, Boulet, &c.

Si la piece est pointée parallelement à l’horison, on l’appelle coup droit ou de niveau. Voyez Horisontal.

S’il est pointé à 45 degrés, le boulet a sa plus grande portée, & on dit que la piece est tirée à toute volée. A proportion toutes les autres portées qui sont depuis 0 degrés jusqu’à 45 degrés, sont appellées portées intermédiaires. Voyez Projectile, Coup, &c. Chambers.

Le boulet, en sortant du canon, ne décrit point une ligne droite dans toute l’étendue de sa portée, parce que sa pesanteur l’approche de la terre pendant toute la durée de son mouvement. Mais comme en sortant du canon il se meut avec une très-grande rapidité, la pesanteur ne paroît pas agir bien sensiblement sur lui dans les premiers instans : c’est pourquoi on peut considérer la ligne qu’il décrit alors comme sensiblement droite ; l’étendue de cette ligne se nomme la portée de but en blanc de la piece ; ainsi l’on peut définir cette portée l’étendue de la ligne sensiblement droite que décrit le boulet en sortant du canon.

La portée de but en blanc est bien moindre que la portée totale du boulet ; mais on ne peut aligner le canon ou le pointer vers un objet déterminé, que cet objet ne soit dans l’étendue de la portée de but en blanc ; hors cette portée les coups de canon sont trop incertains.

On a fait différentes expériences pour examiner la portée du canon de but en blanc, & il en résulte que cette portée est de 300 toises.

M. de Saint-Remi rapporte dans ses mémoires des expériences faites par M. Dumetz, lieutenant-général des armées du roi, & lieutenant de l’artillerie en Flandre, par lesquels il fut trouvé, les pieces étant tirées à toute volée, & chargées aux deux tiers de la pesanteur du boulet,

Que la piece de 24 portoit à 2250 toises.
Celle de 16 à 2020.
Celle de 12 à 1870.
Celle de 8 à 1660.
Et celle de 4 à 1520.

Quelque soin que l’on se donne pour faire ces expériences, il y a tant de choses différentes qui concourent à augmenter ou diminuer la portée du boulet, que l’on n’y compte pas absolument ; on les regarde seulement comme donnant à-peu-près l’étendue des portées.

A l’égard de la portée du fusil, voyez Feu militaire. (Q)

Portée, en Musique, est la collection des cinq lignes paralleles dont nous nous servons pour noter la musique, plaçant chaque note sur une ligne, ou dans l’espace qui est entre deux lignes, selon le degré qui convient à cette note. La portée de musique est composée de cinq lignes ; mais celle du plainchant n’en a que quatre. Je ne crois pas cependant que dans l’institution, Guy d’Arezze ait pu borner ses lignes à un si petit nombre ; car s’il est vrai, comme on le prétend, qu’il ne s’avisa pas d’abord de placer des notes dans les espaces, il lui fallut nécessairement autant de lignes que de différentes notes ; or personne n’imaginera que la musique de ce célebre auteur fut bornée à quatre ou cinq notes seulement.

A ce nombre de lignes fixes dans la musique & dans le plein-chant, on en ajoute d’accidentelles, quand cela est nécessaire, & que les notes passent en-haut ou en-bas l’étendue de la portée. Cette étendue, dans une portée de musique, est en tout d’onze différentes notes, faisant dix degrés diatoniques, & dans celle du plein-chant, de neuf notes formant seulement huit degrés. Voyez Clé, Notes, Lignes. (S)

Portée, en terme de commerce de mer, signifie une certaine quantité de marchandises qu’on permet aux gens d’équipage d’un vaisseau marchand de porter & d’embarquer pour leur compte, sans payer de fret : c’est ce que l’on nomme aussi pacotille : lorsqu’il n’y a que leurs coffres & leurs hardes, on l’appelle ordinaire ; & c’est ce qui doit être chargé le premier. Voyez Ordinaire & Pacotille.

Portée est encore un terme de Marine relatif au commerce, qui signifie la capacité d’un vaisseau. Désigner la portée d’un navire, c’est en exprimer la grandeur & le port. Voyez Port, Dictionn. de commerce.

Portée, (Econ. rustiq.) se dit des animaux à quatre piés ; la portée d’une lapine, c’est le nombre de petits qu’elle met bas. Portée se dit aussi du tems que la femelle porte ses petits.

Portée, s. f. (Archit.) c’est ce qui reste d’une plate-bande entre deux colonnes ou deux pié-droits. C’est aussi la longueur d’un poitrail entre ses jambages, d’une poutre entre deux murs, & d’une travée entre deux poutres. Les corbeaux soulagent la portée des poutres. Les solives n’ont pas cet avantage ; aussi doit-on les proportionner à leurs portées dans les travées.

On entend aussi par portée, le sommier d’une plate-bande, d’un arrachement de retombée, ou du bout d’une piece de bois qui entre dans un mur, ou qui porte sur une sabliere. C’est pourquoi une poutre doit avoir sa portée dans un mur mitoyen, jusqu’à deux pouces près de son parpain.

Portée signifie aussi une saillie au-delà du mur de face ; comme la saillie d’une gouttiere, d’un auvent, d’une cage de croisée, &c. (D. J.)

Portée, s. f. terme d’Arpenteur, c’est une mesure qui est de la longueur de la chaîne de l’Arpenteur, laquelle mesure il porte d’un piquet à l’autre. (D. J.)

Portée, en terme d’Epinglier, c’est une plaque plus forte que les autres, qui, dans la chaudiere du blanchissage, sépare ou la quantité, ou l’espece des épingles. Voyez les fig. dans nos Planches de l’Epinglier. La premiere représente la portée unie par-dessus, & la seconde, la portée unie par-dessous.

Portée, terme d’Horlogerie, c’est la petite assiette où un pivot prend naissance, & sur laquelle les arbres ou tiges portent, quand ils sont dans la verticale. Pour éviter un trop grand frottement sur les portées, elles doivent être bien plates, bien polies, & n’avoir qu’une largeur raisonnable.

Portée, (Metteur en œuvre.) Ce terme désigne la place dans laquelle doit être logée la pierre que l’on veut sertir. Quand on dispose un chaton pour y recevoir une pierre, on forme sur le bord du chaton un biseau à la lime ; c’est sur ce biseau que l’on creuse avec une échope ronde la portée. La facilité & la beauté du serti dépendent de l’ajustage de la portée. Il faut que le feuilleti de la pierre repose bien également, que la pierre ne soit pas trop enfoncée, & que l’ajustage ne soit pas trop lâche : sans ces conditions il peut résulter nombre d’inconvénient au serti, tel que celui de courir risque de casser la pierre losqu’elle porte à faux en quelqu’endroit de la portée, de n’avoir pas assez de matiere pour remplir les entre-deux des pierres lorsque l’ajustage est trop lâche, &c.

Portées, s. f. pl. terme de Plombier. Les Plombiers nomment les portées d’un moule à fondre les tuyaux sans soudure, deux petits tuyaux de cuivre de deux pouces de long ou environ, & de l’épaisseur que l’on veut donner aux tuyaux de plomb qui traversent les rondelles qui sont aux deux bouts du moule. (D. J.)

Portée, s. f. (Manufact. de lainage.) C’est un certain nombre de fils qui font partie de la chaîne d’étoffe.

La chaîne d’une étoffe de laine doit être composée d’une certaine quantité de portées, & chaque portée d’un certain nombre de fils. Le nombre des portées que chaque étoffe doit avoir, est fixé par les réglemens du lieu où elle se fabrique, suivant la largeur, son espece & sa qualité. Ainsi lorsque l’on dit que la chaîne d’une étoffe aura soixante-sept portées de quarante fils chacune, cela doit s’entendre que cette chaîne doit contenir en tout deux mille six cens quatre-vingt fils.

Les chaînes des étoffes de laine s’ourdissent ordinairement par demi-portées, c’est-à-dire, que chaque portée est partagée en deux, & cela pour avoir plus de facilité à les mettre sur le métier. Il y a des lieux de manufactures où les demi-portées sont appellées cuissette. Savary.

Portée, s. f. (Manufact. de soirie.) Ce mot signifie, comme dans la manufacture de lainages, un certain nombre de fils de soies, qui font une portion de la chaîne d’une étoffe ; ensorte que lorsque l’on dit qu’un taffetas de onze vingt-quatriemes d’aune de largeur entre les lisieres, aura vingt-quatre portées de vingt-quatre fils chacun, cela doit s’entendre que toute la chaîne qui est employée à faire ce taffetas, doit être composée de dix-neuf cens vingt fils.

En fait de velours, les portées se distinguent en portées de poil, & en portées de chaîne. Un velours à trois poils doit avoir soixante portées de chaîne, & chacune de ces portées doit être de quatre-vingt fils.

Les portées que doivent avoir toutes sortes de velours, taffetas, & tabis, suivant leurs différentes largeurs, especes & qualités, sont réglées par les statuts des ouvriers en draps d’or, d’argent & de soie, des villes de Paris, Lyon & Tours, faits en 1667 ; on y devroit changer bien des choses. (D. J.)

Portée, (Ruban.) s’entend dans l’ourdissage du ruban, de la descente & de la remontée du blin. Pour entendre ceci, il faut savoir que l’on ourdit ordinairement à 16 rochets, ce qui produit la demi-portée. Cette demi-portée est en croisée en haut. en commençant par deux fils de soie à la fois, voyez Encroiser. L’on descend ainsi, & lorsqu’on est arrivé à l’encroisure d’en-bas, on encroise seulement tous les 16 brins à la-fois, c’est-à-dire, qu’on les tourne à l’entour des boutons de cette encroisure, puis l’on remonte comme l’on étoit descendu pour encroiser encore par deux fils, comme il vient d’être dit, & voilà ce qu’on appelle une portée : ainsi on dit du ruban à 16, 18 ou 20 portées, selon la largeur que l’on veut lui donner. Voyez Encroiser, & Encroisure.

Portées, s. f. pl. terme de Chasse ; action du cerf, qui passant dans un bois épais, jeune & tendre, fait plier & tourner les branches avec sa tête. Salnove dit que le cerf de dix cors commence à faire des portées de la tête à la mi-mai. (D. J.)

Portée, en Fauconnerie. On dit l’oiseau a bonne portée ; il faut tirer le filet, c’est-à-dire, l’oiseau est attaché avidement à l’appât.

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Portée : définitions subjectives sur Dicopedia

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Étymologie de « portée »

Étymologie de portée - Littré

Porté.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de portée - Wiktionnaire

(fin XIIe siècle) De porter.
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Phonétique du mot « portée »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
portée pɔrte play_arrow

Images d'illustration du mot « portée »

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Traductions du mot « portée »

Langue Traduction
Corse ambitu
Basque esparrua
Japonais 範囲
Russe объем
Portugais escopo
Arabe مدى
Chinois 范围
Allemand umfang
Italien scopo
Espagnol alcance
Anglais scope
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Synonymes de « portée »

Source : synonymes de portée sur lebonsynonyme.fr

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