La langue française

Poétique

Sommaire

  • Définitions du mot poétique
  • Étymologie de « poétique »
  • Phonétique de « poétique »
  • Citations contenant le mot « poétique »
  • Images d'illustration du mot « poétique »
  • Traductions du mot « poétique »
  • Synonymes de « poétique »
  • Antonymes de « poétique »

Définitions du mot « poétique »

Trésor de la Langue Française informatisé

POÉTIQUE1, adj.

A. − [Corresp. à poésie]
1. Relatif à un genre littéraire soumis à des règles prosodiques particulières Ce que nous disons des idées, il faudra bien le dire et des images, et des sentiments, et jusqu'à un certain point de la musique verbale elle-même. Aucun de ces éléments, pris en soi, et séparé du courant poétique, n'est poésie (Bremond,Poés. pure, 1926, p.63).La langue poétique est rigoureusement comparable aux «formules des mathématiques»: elles forment un monde en elles-mêmes et ne jouent qu'avec elles-mêmes (H. Friedrich,Struct. de la poés. mod., Paris, Denoël-Gonthier, 1976, p.29).
Art* poétique. V. aussi poétique2.
Licence* poétique.
LING. Fonction poétique. V. fonction I B c.La fonction poétique n'est pas la seule fonction de l'art du langage, elle en est seulement la fonction dominante, déterminante, cependant que dans les autres activités verbales elle ne joue qu'un rôle subsidiaire, accessoire. Cette fonction, qui met en évidence le côté palpable des signes, approfondit par là même la dichotomie fondamentale des signes et des objets. Aussi, traitant de la fonction poétique, la linguistique ne peut se limiter au domaine de la poésie (R. Jakobson,Essais de ling. gén., trad. par Ruwet, t.1, 1963, p.218).
Empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Le fait poétique. Soyez de plus en plus sévère et pur dans vos vers, pur à l'oreille, pur dans le style; ne faites pas de mots nouveaux comme: espéreurs. Hélas! nous en avons trop fait, ç'a été notre mal. Le simple et le vrai, quand le poétique y est d'ailleurs, voilà ce qui triomphe (Sainte-Beuve,Corresp., t.3, 1840, p.335):
1. Nul acte de foi, si momentané soit-il, n'est requis de nous pour adhérer à un poème de Hardy: que malgré cela, ses poèmes soient vraiment de la poésie −non pas de la «poésie pure», et c'est ce qui explique qu'un Valéry se refuse à les reconnaître, −mais de la poésie, au même titre qu'un arc-boutant gothique est de l'art, −une poésie qui rejoint le poétique par la vigueur de poussée de sa masse, −c'est là son mérite propre. Du Bos,Journal, 1925, p.259.
SYNT. Art, courant, domaine, genre, jeu, langage, livre(s), mètre, miracle, mot, mouvement, mythe(s), sujet, style, symbolisme, thème, terme(s), verbe, vocabulaire poétique(s); beauté, cadence, création, expression(s), fantaisie, floraison, forme, matière, métamorphose, nuance, réalité, renaissance, signification, structure, valeur poétique(s).
2. Qui est riche de ce qui définit essentiellement la poésie. Traduction poétique (d'une oeuvre de Valéry). Quel est celui d'entre nous qui n'a pas (...) rêvé le miracle d'une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime (...)? (Baudel.,Poèmes prose, 1867, p.7).Les silences de la prose sont poétiques parce qu'ils marquent ses limites (Sartre,Sit.II, 1948, p.87):
2. ... entre la forme et le fond, entre le son et le sens, entre le poème et l'état de poésie, se manifeste une symétrie, une égalité d'importance, de valeur et de pouvoir, qui n'est pas dans la prose; qui s'oppose à la loi de la prose −laquelle décrète l'inégalité des deux constituants du langage. Le principe essentiel de la mécanique poétique −c'est-à-dire des conditions de production de l'état poétique par la parole −est à mes yeux cet échange harmonique entre l'expression et l'impression. Valéry,Variété V, 1944, p.152.
3. P. anal.
a) Qui est empreint de poésie, dans l'expression artistique, dans un domaine autre que littéraire. Paysage, tableau poétique; (peindre dans des) colorations (suaves et) poétiques; timbre, dons poétique(s) (de la flûte...); la poétique musique de Debussy. Sa conversation n'est pas sans charme. Il lui arrive assez souvent de ne pas achever ses phrases, ce qui donne à sa pensée une sorte de flou poétique. Elle fait de l'infini avec l'imprécis et l'inachevé (Gide,Faux-monn., 1925, p.1123):
3. C'est le xixesiècle, et tout particulièrement Delacroix, qui ont pris conscience de ces pouvoirs irrationnels de la couleur. En témoigne le passage célèbre du grand peintre romantique: «Qui dit un art dit une poésie. Il n'y a pas d'art sans un but poétique...» Huyghe,Dialog. avec visible, 1955, p.206.
P. méton. La poétique viole personnifia donc à la fois au cours de son existence, la musique terrestre et la musique céleste (Grillet,Ancêtres violon, t.2, 1901, p.272).
b) [Dans une accept. souvent métaph., d'une manière parfois hypocor. ou péj.] Je possédais, gamin, un poétique objet de bazar. C'était, captive dans une boule de verre bleu: Moscou (Cocteau,Potomak, 1919, p.268).Je ne veux plus entendre parler de derrière poétique, ni de rut poétique, ni de sexe poétique (Aymé,Confort, 1949, p.180).
4. IMPR., vx. Caractère poétique. Caractère romain plus étroit et allongé que le caractère ordinaire, dont on se servait pour imprimer des ouvrages en vers alexandrins. (Dict. xixeet xxes.).
B. − [Corresp. à poète]
1. Qui est propre au poète. Comment faire de bons vers sans ivresse poétique? (Lasserre,Philos. goût mus., 1922, p.146):
4. Selon Jakob (...) Le rêve n'est rien autre que poésie involontaire. Cette formule si nouvelle se retrouve presque mot pour mot, sept ans plus tard, chez Jean-Paul, dans son traité de 1798, et ce rapprochement entre le songe et la création poétique sera l'un des thèmes constants du romantisme. Béguin,Âme romant., 1939, p.8.
SYNT. Don, enthousiasme, fureur, instinct, monde, talent poétique; tour(s) poétique(s); conception, création, exaltation, fiction, imagination, inspiration, intuition, production, puissance, recherche, sensibilité, tendance, vision poétique.
2. Qui est capable de sentir, d'exprimer, la beauté des choses; qui a des affinités, des dispositions pour la poésie. Il y avait en 1800 un grand rôle à prendre d'avocat poétique du Christianisme; l'auteur [du Génie du Christianisme] se sentit la force, le saisit et s'y précipita (Sainte-Beuve,Chateaubr., t.1, 1860, p.285):
5. Cherchez dans l'écriture elle-même. Vous trouverez des poètes poètes, et des poètes poétiques. Ils forment deux races distinctes. Villon, Baudelaire, Rimbaud poètes poètes. Ronsard, Musset, Verlaine, poètes poétiques. Cocteau,Crit. indir., 1932, p.103.
[P. méton. En parlant d'un attribut, d'une disposition naturelle de la pers.] Émotion, nature, sensibilité poétique:
6. Nul poète n'a pensé mieux choisir et régler sa langue que Mallarmé; un poème, disait-il, est un «hasard vaincu mot par mot». Comprendre le poème, c'est pour le lecteur vaincre à son tour l'apparence du fortuit et retrouver, non pas nécessairement par entendement, mais par accueil poétique «l'air du chant sous le texte conduisant la divination d'ici là»... Ricoeur,Philos. volonté,1949,p.380.
3. [En parlant d'une pers.; p.méton., de sa manière de voir, de réfléchir et p.réf. au monde du poète côtoyant le rêve, l'idéal, l'imaginaire...] Éloigné du réel, des événements, des choses terre-à-terre. Anton. réaliste.Réflexion poétique sur (qqc.). Avec ma soeur et moi, il changeait un peu de caractère (...). Il se faisait moins réel et, j'ose dire, plus poétique (A. France,, Putois1904, p.74).
REM. 1.
Poétisme, subst. masc.a) Rare. Aspect, caractère particulièrement poétique. Pareillement, le bel optimisme de George Sand nous fait lui pardonner le poétisme souvent irréel de ses idylles (Bourget,Physiol. amour mod., 1890, p.387).b) Hist. littér. Mouvement littéraire et artistique tchèque, inspiré du dadaïsme et originaire de Prague (troisième décennie du xxes.). Bien que son manifeste soit paru quelque temps avant celui d'André Breton, il est évident que le poétisme est la forme tchèque du surréalisme, mais forme très originale, comme l'a bien montré Nezval, qui prétend «cultiver la rime pour en faire jaillir des éclairs nouveaux, tâcher d'obtenir des étincelles des assonances, essayer des rythmes insoupçonnés, subordonner l'image au jeu du vers et de la rime alors que les surréalistes travaillent avec l'image sans autre accessoire technique» (Arts et litt., 1936, p.50-6).
2.
Poético-, élém. de compos.,entrant dans la constr. d'adj. au sens de «qui est à la fois poétique et (cet autre adj.)». a)
Poético-féminin, -ine. Je crains que ce mélange d'amour sacré et d'amour profane ne soit mal compris. On y verra l'équivalent de certains transports poético-féminins que je déteste, et cependant c'est tout le contraire: l'un tire l'âme à la chair, l'autre ne se sert de la chair qu'en façon de figure et de symbole à demi ironique d'une réalité bien autrement forte (Claudel,Corresp.[avec Gide], 1911, p.176).
b)
Poético-musical, -ale, -aux. Le 19 février, elle [Annie Girardot] créera «Revue et corrigée», au Casino de Paris. Le jeu de mots du titre traduit assez bien l'astuce du projet: un divertissement comico-sentimental-poético-musical qui raconte la renaissance d'un théâtre abandonné grâce à une vedette acharnée autant que populaire, Annie (L'Express, 12 févr. 1982, p.13, col. 1).
c)
Poético-philosophique. Telle est l'interprétation poético-philosophique en laquelle se complaisait Wagner (Prod'homme,Symph. Beethoven, 1921, p.335).
d)
Poético-réaliste. Sorti au début de l'occupation nazie, ce film poético-réaliste [«Nous les gosses», de Louis Daquin], conçu par des militants du Front populaire, apporta une grosse bouffée d'air pur (Elle, 10 nov. 1980, p.153, col. 1).
Prononc. et Orth.: [pɔetik]. Littré: ,,Dans la prononciation ordinaire, de deux syllabes``: [pwetik]. V. poème. Ac. v. poésie. Étymol. et Hist.1. a) 1372-74 art poëtique (N. Oresme, Politiques, éd. A. D. Menut, VIII, 12, p.355a); b) 1377 «relatif ou propre à la poésie» (Id., Ciel et monde, éd. A. D. Menut, I, 36, p.256: moz impropres et ainsi comme poëtiques); c) 1480 licence poetique (Regnaud Le Queux, Barâtre infernal, ms. BN 450 ds Le Jardin de Plaisance, éd. E. Droz et A. Piaget, t.2, p.80: le sixieme cercle [de l'enfer], lieu perpetuel des dampnetz selon la licence poetique); 1676 fig. licence poétique (Mmede Sévigné, Corresp., 1erjanv., éd. R. Duchêne, t.2, p.207); d) 1486 [date de l'éd.] «propre aux fictions cosmogoniques des poètes» (Raoul de Presles, Cité de Dieu, VI, 1, éd. 1486 ds Gdf. Compl. [cf. Z. Rom. Philol. t.72, p.360]); 2. 1549 «porté à la poésie, doué pour la poésie» (Du Bellay, Deffence et Ill. de la Lang. fr., éd. H. Chamard, p.170: les espris poëtiques); 3. 1552 fureur poétique «puissance créatrice qui anime le poète» (Pontus de Tyard, Solitaire premier, ou Prose des Muses, et de la fureur poetique, Lyon ds OEuvres, éd. S. F. Baridon, p.VIII); 4. 1572 typogr. Italicque Poëticque (Typographica Plantiniana II, 33 ds Wolf Buchdruck 1979, p.93); 1581 Cursiue Poeticque (op. cit., 70, ibid.); 1764 caractères poétiques (Fournier, Manuel typogr., p.167); 5. 1588 «apte à émouvoir, à inspirer, à éveiller le sentiment de la poésie» (Montaigne, Essais, III, 9, éd. Villey-Saulnier, p.994: l'alleure poetique); 6. 1963 ling. la fonction poétique du langage (R. Jakobson, loc. cit.). Empr. au lat. poeticus «poétique», et celui-ci au gr. π ο ι η τ ι κ ο ́ ς «capable de créer; inventif, poétique». Bbg. Cohen (J.). Struct. du lang. poétique. Paris, 1966, pp.7-51. _Dufrenne (M.). Le Poétique. Paris, 1963, pp.5-6. _ Jung (M.-R.). Poetria. Vox rom. 1971, t.30, p.44-64. _ Kristeva (J.). La Révolution du lang. poétique. Paris, 1974, 646 p._ Quem. DDL t.15 (s.v. poético-); 26 (s.v. poétisme). _ Wagner (R.-L.). Lang. poétique. In: [Mél. Lerch (E.)]. Stuttgart, 1955, pp.416-430.

POÉTIQUE2, subst. fém.

A. − Ouvrage didactique réunissant un ensemble de règles pratiques concernant la versification et la composition des divers genres de poésies. Écrire une poétique; la poétique de Boileau. Vous blâmez les poétiques, parce que, dites-vous, elles enchaînent le génie (Stendhal,Racine et Shakspeare, t.1, 1823, p.11).
[P. anal., notamment d'autres domaines artist.] Poétique de la musique de Stravinski. Code de la Cuisine. Nos chansonniers peuvent faire sur cet art des couplets succulents (...) mais que diront-ils qui vaille les règles précises que traça un adepte, et qui sont vraiment la poétique de l'art culinaire (Viard,Cuisin. roy., 1831, préf., p.3).On ne doit pas s'étonner de voir refleurir les poétiques, les dramaturgies, les arts du roman, à la suite des morphologies du cinéma ou des syntaxes de la langue publicitaire (Guiraudds Langage, 1968, p.448):
1. Croce, peu sensible manifestement aux arts plastiques, dont il parle rarement et toujours du dehors, sans jamais proposer d'analyses concrètes d'une oeuvre ou d'une situation, a élaboré plutôt une poétique qu'une esthétique. Traité sociol., 1968, p.282.
B. − En partic.
1.
a) [P. réf. à tel poète, aux poètes de telle école ou de telle période littér.] Ensemble des conceptions relatives à la poésie propre à tel poète, à telle époque ou école donné(e). La poétique de Mallarmé, de Valéry; la poétique classique, moderne, romantique, surréaliste. Le siècle où nous vivons surpasse seul tous les précédents (...) Voilà en peu de mots le secret et le résultat de la poétique de Madame de Staël (Fontanes,OEuvres, t.2, Litt. et crit., 1821, p.197).
b) [P. anal., p.réf. à tel artiste, à tel musicien] La poétique instrumentale de Gluck (...) assigne aux trombones l'expression du pathétique terrible (Gevaert,Instrument., 1885, p.249).
2. En partic.
a) [Chez Valéry, théorie de la littér. érigée en discipline et qu'il enseigna dans la chaire de poétique créée en son honneur] En 1936, il [Valéry] est nommé président de la Coopération intellectuelle de la S.D.N. [Société des Nations] et professeur de poétique au Collège France (Laffont-Bompiani,Dict. biogr. des aut., t.4, 1980, p.564, s.v. Valéry):
2. Le nom de poétique nous paraît lui convenir [à une théorie de la Littérature], en entendant ce mot selon son étymologie, c'est-à-dire comme nom de tout ce qui a trait à la création ou à la composition d'ouvrages dont le langage est à la fois la substance et le moyen... Valéry,Variété V, 1944, p.291.
b) [P. réf. à la théorie générative en ling.] Poétique générative. Courant de recherche tendant à appliquer la théorie générative à la poésie. Les recherches de «poétique générative» n'ont pas résolu de problèmes. Elles ont servi à montrer que certains problèmes étaient sans intérêt et ne devaient leur existence qu'à un manque de réflexion théorique préalable. Ce qui en un sens justifie les réticences liminaires de N. Chomsky quant à l'applicabilité de sa théorie à des systèmes plus complexes (Langages. Paris. 1978 no51, p.5).
C. − P. ext.
1. La poétique de (qqc.). Ensemble de principes qui font la poésie d'une oeuvre, d'un genre, d'une philosophie. La poétique du roman sentimental est simple, on la déduit aisément de la Nouvelle Héloïse, de Delphine, de Werther, Adolphe et René (Sainte-Beuve,Prem. lundis, t.1, 1826, p.72).
[Titre des 2eet 3epart. du Génie du Christianisme de Chateaubriand] Dans le Génie du Christianisme (...) il se trouve une section entière consacrée à la poétique du Christianisme (Sainte-Beuve,Chateaubr., t.1, 1860, p.190).
2. [Dans des domaines artist., autres que celui de la litt.] Synon. de esthétique, théorie.Le (...) Paysage [de Salvator Rose] contient toute la poétique du genre (...) roches aux déchirures convulsives, figures sinistres, qui semblent apostées pour un guet-apens (Gautier,Guide Louvre, 1872, p.112).
Prononc. et Orth.: [pɔetik]. V. poème et poétique1. Ac. v. poésie. Étymol. et Hist. 1. a) 1599 sens incertain (La Popelinière, Histoire des histoires, I, 137 ds Fonds Barbier: la poëtique cy dessus deduite); b) 1637 «traité de poésie» (G. de Scudery, Observations sur le Cid ds Corneille, OEuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t.12, p.447: Aristote [...] en sa Poétique); c) 2emoitié xviiies. «système d'expression poétique propre à un poète, une école, une époque, un pays...» (Grimm ds Lar. 19eet Lar. Lang. fr.); 2. 1767-68 p.ext. «l'esthétique, la théorie d'un art ou d'un genre artistique particulier (ici, la peinture des ruines)» (Diderot, Salon de 1767, éd. J. Seznec et J. Adhémar, pp.227 et 233: la poétique des ruines); 1835 la poétique des beaux-arts (Ac.). Empr. au lat. poetica «poésie, travail, art du poète», et celui-ci au gr. η ̔ π ο ι η τ ι κ η ́ (s.-ent. τ ε ́ χ ν η) «la faculté poétique, l'art de la poésie», fém. subst. de l'adj. π ο ι η τ ι κ ο ́ ς (poétique1*).
STAT.Poétique1 et 2. Fréq. abs. littér.: 3048. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 4898, b) 3381; xxes.: a) 2742, b) 5322.
BBG.Delas (D.), Filliolet (J.). Ling. et poétique. Paris, 1973, p.14, 15, 44, 158. _ Delas (D.), Thomas (J.-J.). Poétique générative. Langages. Paris. 1978, t.12, no51, 117 p._ Denat (A.). Les Deux Poétiques. Australian journal of Fr. studies. 1968, t.5, no1, pp.3-17. _Garelli (J.). L'Ambiguïté du mot poétique. Australian journal of Fr. studies. 1968, t.5, no1, pp.18-20. _ Meschonnic (H.). Pour la poétique. Paris, 1970, 179 p._ Nicolas (A.). L'Esthétique impossible: les Poétiques fr. du xixes. Lang. fr. 1981, no49, pp.5-13.

Wiktionnaire

Adjectif

poétique \pɔ.e.tik\ masculin et féminin identiques

  1. Qui concerne la poésie.
    • Style poétique.
    • Génie Poétique.
    • Imagination poétique.
    • Enthousiasme poétique.
    • Licence poétique se dit de certaines libertés que les poètes se donnent dans leurs vers, contre les règles ordinaires de la langue ou de la versification, et qui ne seraient pas reçues dans la prose.
    1. (Figuré) (Familier) Il se dit, par ironie, d’une altération de la vérité.
      • Il y a dans ce récit des licences poétiques.
  2. Ce qui est relatif aux qualités de la poésie, de ce qui en offre les caractères d’élévation, d’inspiration, d’images, etc.
    • Le sentiment poétique.
    • Prose poétique.
    • C’est une nature poétique.
    • Ce paysage a quelque chose de poétique.

Nom commun

poétique \pɔ.e.tik\ féminin

  1. Traité de l’art de la poésie.
    • La poétique d’Horace est le modèle des poèmes didactiques, et jamais on n’a renfermé tant de sens en si peu de vers. — (Marmontel)
    • Les quatre Poétiques, se dit du traité d’Aristote et des poèmes d’Horace, de Boileau et de Vida, qui ont été réunis en un volume classique.
    • La Poétique d’Aristote.
  2. Ensemble de conceptions de la poésie propre à un poète, à une école…
  3. Ensemble cohérent de principes esthétiques.
    • La Poétique de l’espace Gaston Bachelard.
  4. (Depuis Paul Valéry) Théorie de la littérature.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

POÉTIQUE. adj. des deux genres
. Qui concerne la poésie. Ouvrage poétique. Style poétique. Langage poétique. Terme poétique. Figure poétique. Art poétique. Tour poétique. Fiction poétique. Invention poétique. Génie. poétique. Imagination poétique. Enthousiasme poétique. Licence poétique se dit de Certaines libertés que les poètes se donnent dans leurs vers, contre les règles ordinaires de la langue ou de la versification, et qui ne seraient pas reçues dans la prose. Fig. et fam., Il se dit, par ironie, d'une Altération de la vérité. Il y a dans ce récit des licences poétiques.

POÉTIQUE se dit aussi de Ce qui est relatif aux qualités de la poésie, de ce qui en offre les caractères d'élévation, d'inspiration, d'images, etc. Le sentiment poétique. Prose poétique. C'est une nature poétique. Ce paysage a quelque chose de poétique.

Littré (1872-1877)

POÉTIQUE (po-é-ti-k' ; dans la prononciation ordinaire, de deux syllabes, poé-ti-k') adj.
  • 1Qui concerne la poésie, qui lui est propre. Je sus, prenant l'essor par des routes nouvelles, Élever assez haut mes poétiques ailes, Boileau, Épît. x. Nous avons fort peu de mots poétiques, et le langage des poëtes français n'est pas, comme celui des autres poëtes, fort différent du commun langage, Bouhours, Entret. d'Ariste et d'Eug. 2. Une idée poétique, c'est, comme le sait Votre Altesse royale, une image brillante substituée à l'idée naturelle de la chose dont on veut parler… un tour poétique, c'est une inversion que la prose n'admet point, Voltaire, Lett. Prince royal de Prusse, 20 déc. 1737. Le Tasse fut d'abord élevé à Naples ; son génie poétique, la seule richesse qu'il avait reçue de son père, se manifesta dès son enfance ; il faisait des vers à l'âge de sept ans, Voltaire, Ess. sur la poés. ép. VII.

    Art poétique, titre d'un poëme de Boileau où il expose les règles de la composition en vers. L'Art poétique français fait tout ce qu'on peut attendre d'un poëme : il donne une idée précise et lumineuse de tous les genres ; mais il n'en approfondit aucun, Marmontel, Œuv. t. IX, p. 436.

    Licences poétiques, libertés que les poëtes se donnent dans leurs vers contre les règles ordinaires de la langue.

    Fig. Licence poétique, altération de la vérité, ou tout autre manquement contre quelque devoir, quelque obligation. Gardez-vous bien de lâcher le moindre mot qui puisse faire connaître au bon d'Hacqueville que je vous ai envoyé sa lettre : vous le connaissez ; la rigueur de son exactitude ne comprendrait point cette licence poétique, Sévigné, 242.

  • 2Qui se prête à la poésie. Achille était poétique ; Mais morbleu ! nous l'effaçons ; S'il inspire une œuvre épique, Nous inspirons des chansons, Béranger, Myrmid.
  • 3 Terme de peinture. Qui procède de la poésie.

    Composition poétique, partie de la composition qui a pour objet l'invention du sujet, des épisodes, des accessoires, indépendamment de l'ordonnance pittoresque et des procédés techniques.

  • 4 Terme d'imprimerie. Caractère poétique, espèce de caractère romain, plus étroit et plus allongé que le caractère ordinaire, et qui est particulièrement employé à l'impression des ouvrages en grands vers.
  • 5 S. f. Une poétique, un traité de l'art de la poésie. M. de Pompone m'a priée de dîner demain avec lui et Despréaux, qui doit lire sa poétique, Sévigné, 12 janv. 1674. Rien n'est plus aisé que de parler d'un ton de maître des choses qu'on ne peut exécuter ; il y a cent poétiques contre un poëme, Voltaire, Ess. poét. ép. I. C'est à lui [Aristote] que nous devons les meilleures règles de la poétique et de la rhétorique, Voltaire, Dial. XXIX, 6. La poétique d'Horace est le modèle des poëmes didactiques, et jamais on n'a renfermé tant de sens en si peu de vers, Marmontel, Œuv. t. IX, p. 435.

    Les quatre Poétiques, se dit du traité d'Aristote et des poëmes d'Horace, de Boileau et de Vida, qui ont été réunis en un volume classique.

  • 6 Par extension. La poétique des beaux-arts, l'explication de ce qu'il y a d'élevé, d'idéal dans les beaux-arts.
  • 7 Fig. L'explication de ce qu'il y a d'élevé dans la nature vivante ou morte. Tous ces groupes insignifiants prouvent évidemment que la poétique des ruines est encore à faire, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 414, dans POUGENS. Consacrons quelques pages à cette poétique des morts [les ruines], Chateaubriand, Génie, III, V, 3.

HISTORIQUE

XVIe s. Les larmes des amants, leurs soupirs et leurs cris, Soutien trop rebattu des poetiques esprits, Desportes, la Mort de Rodomont.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

POÉTIQUE, ART, (Poésie.) L’art poétique peut être défini un recueil de préceptes pour imiter la nature d’une maniere qui plaise à ceux pour qui on fait cette imitation.

Or pour plaire dans les ouvrages d’imitation, il faut 1°. faire un certain choix des objets qu’on veut imiter ; 2°. les imiter parfaitement ; 3° donner à l’expression par laquelle on fait l’imitation, toute la perfection qu’elle peut recevoir. Cette expression se fait par les mots dans la poésie ; donc les mots doivent y avoir toute la perfection possible. C’est à ces trois objets que se rapportent toutes les regles de la poétique d’Horace.

De ces trois points, les deux premiers sont communs à tous les arts imitateurs : par conséquent tout ce qu’Horace en dira, peut convenir exactement à la Musique, à la Danse, à la Peinture. Et même comme l’Éloquence & l’Architecture empruntent quelque chose des beaux arts, il peut aussi leur convenir jusqu’à un certain point. Quant au troisieme article, si l’on en considere les regles détaillées, elles conviennent à la poésie seule, de même que les regles du coloris ne conviennent qu’à la Peinture, celle de l’intonation qu’à la Musique, celle du geste qu’à la Danse. Cependant les regles générales, les principes fondamentaux de l’expression sont encore les mêmes. Il faut que tous les arts, quelque moyen qu’ils emploient pour l’exprimer, l’expriment avec justesse, clarté, aisance, décence. Ainsi les préceptes généraux de l’élocution poétique sont les mêmes pour la Musique, pour la Peinture & pour la Danse. Il n’y a de différence que dans ce qui tient essentiellement aux mots, aux tons, aux gestes, aux couleurs. Voilà quelle est l’étendue de l’art poétique, & surtout de celui d’Horace ; parce que l’auteur s’éleve souvent jusqu’aux principes, pour donner à ses lecteurs une lumiere plus vive, plus sûre, & leur montrer plus de choses à-la-fois, s’ils ont assez d’esprit pour les bien comprendre.

Cependant, quoique l’ouvrage d’Horace ait pour titre l’art poétique, il ne faut pas croire pour cela qu’il contient les regles détaillées de tous les genres. L’auteur a traité sa matiere en homme supérieur. S’élevant par des vues philosophiques au-dessus des menues analyses, il s’est porté tout d’un coup aux principes, & a laissé au lecteur intelligent à tirer les conséquences. Il ne parle ni de l’apologue, ni de l’églogue, ni de l’épopée, ni même de la comédie ;ou s’il en parle, ce n’est que par occasion, & relativement à la tragédie, qu’il a choisie pour en faire l’objet de ses regles. Ayant étudié sa matiere à fond, il avoit compris qu’un seul genre renfermoit à-peu-près tous les autres ; que le vraissemblable seul contenoit l’univers poétique, & toutes les loix qui le reglent ; & qu’ainsi en traitant bien cet objet, quoique sur un seul genre, il expliqueroit assez les autres, sur-tout si ce genre étoit de nature à les renfermer presque tous : c’est ce qu’il a trouvé dans la tragédie. Héroïque comme l’épopée, dramatique comme la comédie, en vers comme tous les autres poëmes, formant tous ses caracteres d’après nature, & prenant un style décent selon les caracteres ; elle a toutes les parties qui font l’objet de la poétique ; par conséquent elle suffiroit pour en porter toutes les regles.

Il nous reste à parler de l’art poétique de Vida & de Despréaux.

Marc-Jerôme Vida naquit à Crémone, ville d’Italie l’an de J. C. 1507. Il fut évêque d’Albe, & mourut en 1566. Il vivoit dans le beau siecle de Léon X. qui avoit pour les lettres tous les sentimens qui étoient héréditaires dans la maison des Médicis. Et ce fut à la sollicitation de ce pontife & de Clément VII. qu’il entreprit d’écrire un art poétique. Il a fait aussi des hymnes sacrées, un poëme sur la passion de Notre Seigneur, & un autre sur les vers-à-soie & sur les échecs.

On reconnoît dans ses ouvrages un esprit aisé, une imagination riante, une élocution légere, facile, mais quelquefois trop nourrie de la lecture de Virgile : ce qui donne à quelques endroits de ses pieces une apparence de centons.

Son art poétique est agréable par sa versification ; mais il semble fait pour les maîtres moins que pour les commençans. Il prend au berceau l’éleve des muses ; il lui forme l’oreille, lui montre des modeles, & l’abandonne ensuite à son propre génie. Horace a fait beaucoup mieux ; il remonte jusqu’aux principes, & se place dans un point si haut, qu’il peut donner la loi à tous les artistes, quelque grands qu’ils soient : il prescrit même les regles de l’art, au lieu que Vida n’offre que la pratique des artistes. Cependant on ne laisse pas de trouver chez ce dernier des préceptes & conseils qui sont très-utiles. Ce qu’il dit sur l’élocution est d’une netteté charmante ; & la poésie latine est aussi bonne qu’un moderne en peut faire dans cette langue.

S’il est un poëme françois qui ait droit d’entrer dans l’étude des belles-lettres, c’est l’art poétique de Despréaux. Horace n’a traité que la tragédie ; Vida, à proprement parler, ne traite que le style de l’épopée ; mais Despréaux fait connoître en peu de mots tous les genres séparément, & donne les regles générales qui leur sont communes. Non-seulement les jeunes gens doivent le lire, mais l’apprendre par cœur comme la regle & le modele du bon goût. Le comte d’Ericeyra, le digne héritier du Tite-Live de sa patrie, a traduit ce bel ouvrage en vers portugais. (D. J.)

Poetique harmonie, (Poésie.) il y a trois sortes d’harmonie dans la poésie : la premiere est celle du style, qui doit s’accorder avec le sujet qu’on traite, qui met une juste proportion entre l’un & l’autre. Les arts forment une espece de république, où chacun doit figurer selon son état. Quelle différence entre le ton de la tragédie & celui de la comédie, de la poésie lyrique, de la pastorale ! &c.

Si cette harmonie manque à quelque poëme que ce soit, il devient une mascarade : c’est une sorte de grotesque qui tient de la parodie : & si quelquefois la tragédie s’abaisse où la comédie s’éleve, c’est pour se mettre au niveau de leur matiere, qui varie de tems en tems ; & l’objection même se retourne en preuve du principe.

Cette harmonie poétique est essentielle ; mais on ne peut que la sentir, & malheureusement les auteurs ne la sentent pas toujours assez. Souvent les genres sont confondus. On trouve dans le même ouvrage des vers tragiques, lyriques, comiques, qui ne sont nullement autorisés par la pensée qu’ils renferment.

Une oreille délicate reconnoît presque par le caractere seul du vers, le genre de la piece dont il est tiré. Citez-lui Corneille, Moliere, la Fontaine, Ségrais, Rousseau, elle ne s’y méprend pas. Un vers d’Ovide se distingue entre mille de Virgile. Il n’est pas nécessaire de nommer les auteurs : on les reconnoît à leur style, comme les héros d’Homere à leurs actions.

La seconde sorte d’harmonie poétique consiste dans le rapport des sons & des mots avec l’objet de la pensée. Les écrivains en prose même doivent s’en faire une regle ; à plus forte raison les Poëtes doivent-ils l’observer. Aussi ne les voit-on pas exprimer par des mots rudes, ce qui est doux ; ni par des mots gracieux, ce qui est désagréable & dur. Rarement chez eux l’oreille est en contradiction avec l’esprit.

La troisieme espece d’harmonie dans la poésie peut être appellée artificielle, par opposition aux deux autres especes ; parce que quoique fondée dans la nature, aussi-bien que les deux autres, elle ne se montre bien sensiblement que dans la poésie. Elle consiste dans un certain art, qui, outre le choix des expressions & des sons par rapport à leurs sens, les assortit entr’eux de maniere que toutes les syllabes d’un vers, prises ensemble, produisent par leur son, leur nombre, leur quantité, une autre sorte d’expression qui ajoute encore à la signification naturelle des mots.

La poésie a des marches de différentes especes pour imiter les différens mouvemens, & peindre à l’oreille par une sorte de mélodie, ce qu’elle peint à l’esprit par les mots. C’est une sorte de chant musical, qui porte le caractere non-seulement du sujet en général, mais de chaque objet en particulier. Cette harmonie n’appartient principalement qu’à la poésie ; & c’est le point exquis de la versification.

Qu’on ouvre Homere & Virgile, on y trouvera presque par-tout une expression musicale de la plûpart des objets. Virgile ne l’a jamais manquée : on la sent chez lui, lors même qu’on ne peut dire en quoi elle consiste. Souvent elle est si sensible, qu’elle frappe les oreilles les moins attentives :

Continuo ventis surgentibus, aut freta ponti
Incipiunt agitata tumescere, & aridus altis
Montibus audiri fragor, aut resonantia longè
Littora misceri, & nemorum increbescere murmur.


Et dans l’Enéide, en parlant du trait foible que lance le vieux Priam :

Sic fatus senior : telumque imbelle sine ictu
Conjecit, rauco quod protinus ære repulsum,
Et summo clypei nequiequam umbone pependit.


Nous n’omettrons point cet exemple tiré d’Horace :

Qua pinus ingens, albaque populus
Umbram hospitalem consociare amant
Ramis, & obliquo laborat
Lympha fugax trepidare rivo.

S’agit-il de décrire un athlete dans le combat ; les vers s’élevent, se courbent, se dressent, se brisent, se hâtent, se roidissent, s’alongent à l’imitation de celui dont ils représentent les mouvemens.

S’agit-il de baillemens, d’hiatus, de peindre quelque monstre à cinquante gueules béantes :

Quinquaginta atris immanis hiatibus hydra,
Intus habet sedem.

Faut-il peindre les cris de douleurs qui se perdent dans les airs, les cliquetis des chaînes :

Hinc exaudiri gemitus, & sæva sonare
Verbera : tum stridor ferri, tractæque catenæ.

Citerai-je ces vers de Despréaux :

Les chanoines vermeils & brillans de santé,
S’engraissoient d’une longue & sainte oisiveté.


Le premier de ces deux vers est riant ; l’autre est lent & paresseux.

Citerai-je les vers de la mollesse :

Soupire, étend les bras, ferme l’œil & s’endort.


Mais j’en appelle à ceux qui ont de l’oreille ; & s’il y a des gens à qui la nature a refusé le plaisir de cette sensation, ce n’est point pour eux qu’on a cité ces exemples d’harmonie poétique entre tant d’autres.

Quant à ce qui regarde l’harmonie du vers, en tant que composé de syllabes reglées par des mesures, & soumises à des regles fixes & positives, voyez Vers (D. J.)

Poétique, style, (Poésie.) il consiste dans des images ou des figures hardies, par lesquelles le poëte imitateur parfait peint tout ce qu’il décrit ; & donnant du sentiment à tout, rend son image vivante & animée. Ce style poétique, qu’on appelle autrement style de fiction, inséparable de la Poésie, & qui la distingue essentiellement de la prose, est le style & le langage de la passion ; c’est-à-dire, de cet enthousiasme dont les Poëtes se disent remplis.

Le style poétique doit non-seulement frapper, enlever, peindre, toucher, mais même ennoblir des choses qui n’en paroissent pas susceptibles. Rien de plus simple que de dire que le vers iambe ne conviendroit pas à la tragédie, s’il n’étoit mêlé de spondées ; c’est ainsi qu’on parleroit en prose ; mais Horace, en qualité de poëte, personnifie l’iambe, qui, pour arriver aux oreilles d’un pas plus lent & plus majestueux, fait un traité avec le grave spondée, qu’il associe à l’héritage paternel ; à condition qu’il n’usurpera ni la seconde, ni la quatrieme place.

Tardior, ut paulo, graviorque veniret ad aures
Spondæos stabiles, in jura paterna recepit,
Commodus & patiens, non ut de sede secundâ
Cederet, aut quartâ socialiter.


De même lorsque Boileau veut nous apprendre qu’il a 58 ans, il se plaint que la vieillesse

Sous ces faux cheveux blonds, déja toute chenue
A jetté sur sa tête avec ses doigts pesans
Onze lustres complets surchargés de trois ans.

Le style poétique abandonne les termes naturels pour en emprunter d’étrangers : il parle le langage des dieux dans l’olympe ; & quand il chante les combats, on croit voir Mars ou Bellone. Enfin dans le style poétique qui est fait pour nous enchanter,

Tout prend un corps, une ame, un esprit, un visage.
Chaque vertu devient une divinité :
Minerve est la prudence, & Vénus la beauté :
Ce n’est plus la vapeur qui produit le tonnerre :
C’est Jupiter armé pour effrayer la terre.
Un orage terrible aux yeux des matelots,
C’est Neptune en courroux qui gourmande les flots.
Echo n’est plus un son qui dans l’air retentisse :
C’est une nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse.
Ainsi dans cet amas de nobles fictions,
Le poëte s’égaie en mille inventions,
Orne, éleve, embellit, agrandit toutes choses ;
Et trouve sous sa main des fleurs toujours écloses.


(D. J.)

Poétique, composition, (Peint.) la composition poétique d’un tableau est un arrangement ingénieux de figures, inventé pour rendre l’action qu’il représente plus touchante & plus vraissemblable. Elle demande que tous les personnages soient lies par une action principale ; car un tableau peut contenir plusieurs incidens, à condition que toutes ces actions particulieres se réunissent en une action principale, & qu’elles ne fassent toutes qu’un seul & même sujet. Les regles de la Peinture sont autant ennemies de la duplicité d’action que celles de la poésie dramatique. Si la Peinture peut avoir des épisodes comme la Poésie, il faut dans les tableaux, comme dans les tragédies, qu’ils soient liés avec le sujet, & que l’unité d’action soit conservée dans l’ouvrage du peintre comme dans le poëme.

Il faut encore que les personnages soient placés avec discernement & vétus avec décence, par rapport à leur dignité, comme à l’importance dont ils sont. Le pere d’Iphigénie, par exemple, ne doit pas être caché derriere d’autres figures au sacrifice ou l’on doit immoler cette princesse. Il doit y tenir la place la plus remarquable après celle de la victime. Rien n’est plus insupportable que des figures indifférentes placées dans le milieu d’un tableau. Un soldat ne doit pas être vétu aussi richement que son général, à moins qu’une circonstance particuliere ne demande que cela soit ainsi. En un mot, tous les personnages doivent faire les démonstrations qui leur conviennent ; & l’expression de chacun d’eux doit être conforme au caractere qu’on lui fait soutenir. Surtout il ne faut pas qu’il se trouve dans le tableau des figures oiseuses, & qui ne prennent point de part à l’action principale. Elles ne servent qu’à distraire l’attention du spectateur. Il ne faut pas enfin que l’artiste choque la décence ni la vraissemblance pour favoriser son dessein ou son coloris, & qu’il sacrifie la poésie à la méchanique de son art. Du Bos. (D. J.)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « poétique »

Du latin poeticus.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Lat. poeticus, de ποιητιϰὸς, et, substantivement, ἡ ποιητιϰὴ, de ποιητὴς, poëte.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « poétique »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
poétique pɔetik

Citations contenant le mot « poétique »

  • La connaissance poétique est celle où l'homme éclabousse l'objet de toutes ses richesses mobilisées. Aimé Césaire, Sur la poésie, Seghers
  • Une fleur est un être entièrement poétique. De Novalis / Oeuvres
  • La démarche poétique est une démarche de naturation qui s'opère sous l'impulsion démentielle de l'imagination. De Aimé Césaire / L'Art poétique
  • La vérité scientifique a pour signe la cohérence et l'efficacité. La vérité poétique a pour signe la beauté. De Aimé Césaire / L'art poétique
  • Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes. De Lautréamont / Paris
  • Jeu des nuages - jeu de la nature, essentiellement poétique. De Novalis / Fragments
  • Rien, quand on vit dedans, n'est jamais poétique. De Malcolm Lowry / Quand le passé fleurit
  • L'inspiration poétique est la forme occidentale de la voyance. De Roger Gilbert-Lecomte
  • Je suis imprégné de la poétique chrétienne. De Michel Bouquet / Le Figaro, 17 décembre 2015
  • La mélancolie est le plus légitime de tous les tons poétiques. De Edgar Allan Poe / Genèse d'un poème
  • A notre époque où on parle tant de communication, la vraie communication est poétique. De Robert Sabatier / Entretien avec Bernard Pivot - Novembre 1975
  • Je vais, dans mon ardeur poétique et divine Mettre au rang des beaux arts celui de la cuisine. De Joseph Berchoux
  • Seul le rythme provoque le court-circuit poétique et transforme le cuivre en or, la parole en verbe. De Léopold Sédar Senghor
  • L'amour commence à l'instant où une femme s'inscrit par une parole dans notre mémoire poétique. De Milan Kundera
  • C'est pas avec des idées poétiques qu'on fait une révolution. De Bertrand Bonello / Le pornographe
  • Mais peut-on méditer poétiquement ? Être à la fois dans l’observation des pensées et le choc d’une parole bouleversante ? A priori, si l’on n’y réfléchit pas, ces deux productions précieuses de l’esprit, poésie et méditation, ont peu à voir ensemble. La première, la poésie – que j’entends ici comme une « création par le langage » – se trouve le plus souvent confinée, dans notre pays, dans des manuels scolaires qui s’évertuent à en décortiquer la versification et des cercles restreints qui la défendent bec et ongles du vulgus quidam, au point qu’elle a disparu du grand public. La Vie.fr, Éloge d’une méditation poétique
  • En effet, ce mot a toujours eu beaucoup de puissance vitale, venue de Dieu voire auparavant d'Apollon, dieu grec de la médecine, et d'Artémis, déesse qui se battait contre la mort et protégeait les femmes qui accouchaient. Mais il y a aussi une très forte valeur poétique. Franceinfo, Le sens des mots. "Réanimation", puissance vitale et valeur poétique
  • Un parcours bucolique et poétique jalonné de plaques émaillées transmet les perceptions de l’auteur (réservations et renseignements : Moulins de Roupeyrac au 05 65 78 18 85). centrepresseaveyron.fr, Escapade en Réquistanais : poétique, bucolique et patrimonial - centrepresseaveyron.fr

Images d'illustration du mot « poétique »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « poétique »

Langue Traduction
Anglais poetic
Espagnol poético
Italien poetico
Allemand poetisch
Chinois 诗意的
Arabe شاعري
Portugais poético
Russe поэтичный
Japonais 詩的な
Basque poetiko
Corse poetic
Source : Google Translate API

Synonymes de « poétique »

Source : synonymes de poétique sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « poétique »

Partager