La langue française

Pierre

Définitions du mot « pierre »

Trésor de la Langue Française informatisé

PIERRE, subst. fém.

A. −
1. Toujours au sing. Matière minérale solide plus ou moins dure qu'on rencontre en masses compactes à la surface et à l'intérieur du sol. Bloc de pierre; extraire de la pierre, concasser de la pierre; dur comme la pierre. L'eau creuse la pierre et le vent la ronge (R. Bazin, Blé, 1907, p.65).Les contrastes sont visibles et persistent plus qu'on n'est porté à le croire entre les régions où la pierre abonde et celles où elle manque (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p.162):
1. ... il se mit à fouir cette terre molle. Au bout de la journée il avait creusé un trou d'un bon pied de profondeur et de la grosseur de son corps quand les griffes de ses pattes fatiguées crissèrent sur quelque chose de dur... La pierre était là. Goupil creusa plus loin... de la pierre encore; il gratta toujours, il gratta toute la nuit, espérant dans le rocher la faille libératrice... Pergaud, De Goupil, 1910, p.15.
2. Bloc parfois isolé de cette matière apparaissant à la surface de l'écorce terrestre. Avalanches de pierres, casser des pierres; être assis sur une pierre; sauter de pierre(s) en pierre(s); traverser un torrent sur des pierres. Un beau ruisseau, répandu hors de son lit de granit, courait sous nos pieds, et formait, çà et là, de petits lacs d'eau courante et limpide qui murmurait et écumait autour des énormes pierres tombées du haut des murailles (Lamart., Voy. Orient, t.2, 1835, p.166):
2. On ne pouvait même plus être deux de front; alors les garçons allaient devant, tendant la main aux filles pour les aider à passer par-dessus une grosse pierre, ou bien à franchir un de ces ressauts de roc qui font comme des marches en travers du chemin. Ramuz, Gde peur mont., 1926, p.50.
3. Fragment de taille variable de cette matière que l'on peut déplacer, porter et même lancer. Monceaux, tas de pierres; chasser, recevoir qqn à coups de pierre(s); tomber comme une pierre au fond d'un trou; être à un jet de pierres. Depuis un moment je maniais une pierre. À la fin, fortement sollicité par un malin désir, je la lançai dans la mare, tout à côté... Aussitôt les trois têtes sortirent en sursaut de dessous l'aile. C'étaient trois canards, j'oubliais de le dire (Toepffer, Nouv. genev., 1839, p.10).Je calai la poterne avec une grosse pierre pour pouvoir rentrer sans sonner et à l'insu de tous (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p.228):
3. Ayant aperçu une pierre dans l'allée, il se précipita pour la ramasser, atteignit la haie avec des prudences, des rampements de trappeur, et il lança la pierre dans notre jardin de toutes ses forces. On entendit un bruit de verre cassé. Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p.88.
Locutions
Geler* à pierre fendre, à fendre les pierres.
Loc. fig. Faire d'une pierre deux coups*; marquer (un jour, un événement) d'une pierre blanche* (synon. marquer (un jour, un événement) d'un caillou* blanc); jeter des pierres dans le jardin* de qqn; c'est une pierre dans le jardin* de qqn; être malheureux* comme une pierre, comme les pierres; nager* comme une pierre.
Être muet comme les pierres, être comme une pierre. Rester impassible, immobile, sans réaction. (Dict. xixeet xxes.).
Jeter des pierres, la (première) pierre à qqn. [P. allus. à la femme adultère de l'Évangile] Blâmer quelqu'un, porter des accusations contre quelqu'un. Ce que je réprouve dans le personnage [le malfaiteur], je le réprouve également dans tous les hommes et toutes les femmes qui lui jettent la pierre. Il faudrait avoir les mains bien pures pour jeter la pierre, mais les mains pures ont ceci de remarquable, qu'elles ne jettent point de pierres (Green, Journal, 1956, p.198).
Pierre de scandale. Objet causant du scandale. Les prescriptions juives sur le mariage étaient sans cesse une pierre de scandale entre l'irréligieuse famille des Hérodes et les Juifs sévères (Renan, Vie Jésus, 1863, p.115).
Proverbe. Pierre qui roule n'amasse pas mousse. V. amasser.
B. − [La pierre en tant que matériau de construction ou entrant dans la fabrication de certains objets]
1. PRÉHIST. Âge* de (la) pierre; âge de la pierre taillée (paléolithique), de la pierre polie (néolithique). Période de la préhistoire au cours de laquelle l'homme a fabriqué et utilisé des outils de pierre taillée puis de pierre polie. À la fin du dernier âge de glace, les néolithiques, qui venaient de découvrir la technique de la pierre polie, ont inventé l'agriculture et l'élevage, la fabrication de la poterie et celle du vêtement (P. Rousseau, Hist. transp., 1961, p.7).
2. ARCHIT., MAÇONN. Bloc de cette matière taillé et préparé de manière à être employé dans une construction. Synon. moellon.La pierre de construction par excellence est celle qui se laisse tailler par le ciseau, découper en pans réguliers, appareiller, et qui se prête ainsi aux diverses combinaisons de formes qu'imagine et crée l'art de l'architecte (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum., 1921, p.155).Voici le portail de chez nous. Il est vieux et en vraie pierre et non point en ciment comme tout ce qui se fait aujourd'hui (Duhamel, Suzanne, 1941, p.103).
En partic. Pierre de taille. Gros bloc de pierre calcaire taillé sur toutes ses faces suivant des dimensions et des formes déterminées. Les murs étaient construits avec de la pierre de taille, et, quand il choquait la paroi, je le voyais [un bâton] se recourber en lame d'acier et rebondir comme une balle élastique (Lautréam., Chants Maldoror, 1869, p.239).
SYNT. Appareiller la pierre; débiter, extraire, scier, tailler des pierres; tailleur de pierres; [pierre + déterm. désignant le type] pierre calcaire, meulière; [pierre + déterm. désignant la qualité] pierre dure, tendre; pierre blanche; pierre plate; pierre gélive; [pierre + déterm. désignant la fonction] pierre portante; pierre à bâtir.
P. méton. Construction. Aimer les vieilles pierres; investir dans la pierre. En ce temps-là, la France avait la maladie de la pierre, partout croissaient des bâtisses, des tours, des nefs d'églises, des clochers (Arnoux, Juif Errant, 1931, p.130).
Subst. + de pierre(s), en pierre(s).Banc, escalier de pierre. [La porte septentrionale] est coupée carrément dans un mur, de pierre en bas, de brique en haut, qui ferme la cour au nord (Hugo, Misér., t.1, 1862, p.368).Ils entreprirent d'édifier une haute bâtisse en pierre de taille, avec fenêtres à meneaux (Billy, Introïbo, 1939, p.29).
En partic. De, en pierres sèches. De, en pierres plus ou moins grosses assemblées sans mortier, posées sans liaison les unes avec les autres. Nous touchâmes enfin la terre, ou plutôt un grand mur en pierres sèches surmonté d'un hangar (Sand, Hist. vie, t.2, 1855, p.216).Histoire d'agir, il renversa un mur de pierres sèches, un autre, un autre encore. Les pierres se choquaient les unes contre les autres et il pensa qu'on avait dû l'entendre (Queffélec, Recteur, 1944, p.200).
Au fig. De pierre.Dur, insensible. Coeur, visage de pierre. Je doute de toute autre entente. Car j'ai le coeur dur, ange aimé. Car je me sens de pierre du sourcil à l'orteil, ange chéri. Car dire un mot de caresse me brûlerait en ce jour de l'âme à la bouche (Giraudoux, Sodome, 1943, ii, 7, p.139).
Locutions
Pierre à pierre, pierre par pierre. Élément par élément, une pierre après l'autre:
4. −Ce baraquement, je l'ai construit de mes mains. Et avec un geste vers le donjon à créneaux qui s'enlevait au-dessus des verdures: −Le château, c'est moi aussi qui l'ai bâti, pierre à pierre. Billy, Introïbo, 1939, p.188.
Au fig. Peu à peu. Énumérer quelques dizaines d'autres noms parmi les plus célèbres n'en donnerait pas mieux la mesure et n'épuiserait pas davantage la liste de ceux qui ont édifié, pierre par pierre, la pathologie médicale (Bariéty, Coury, Hist. méd., 1963, p.621).
Ne pas laisser pierre sur pierre de. Détruire complètement. Empl. impers. Il ne reste pas pierre sur pierre de. Il ne reste absolument rien de (quelque chose qui a été anéanti). Au bord du Mouzon, ce plateau de la Mothe qui fut une ville dont il ne reste pas pierre sur pierre (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr., 1908, p.212).
Au fig. Être anéanti, détruit. Il ne reste aujourd'hui pierre sur pierre de la doctrine proprement dite (David, Cybern., 1965, p.117).
Première pierre (d'un édifice). Pierre, plaque de marbre contenant des documents, des inscriptions commémoratives qui est scellée solennellement. Cérémonie de la première pierre. Au moyen-âge, la pose de la première pierre fut entourée, comme dans l'antiquité, de la pompe des cérémonies (Lenoir, Archit. monast., 1852, p.40).Le travail commença au début de 1667; en mai l'on posa la première pierre de la première écluse, à l'embouchure sur la Garonne (P. Rousseau, Hist. transp., 1961, p.206).
Au fig. Pierre d'achoppement*, d'attente*, d'angle*, angulaire*. Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église (v. bâtir2). Ajouter, apporter* sa pierre à l'édifice.
3. Bloc de cette matière taillé selon une forme particulière, travaillé ou non, ayant une signification religieuse ou symbolique et constituant en lui-même un monument. Pierre druidique, funéraire, tombale; pierre gravée; être enseveli sous une pierre; la pierre noire de la Mecque. Partout des dolmens sur les bruyères élevées, ou des pierres préparées pour l'être (Michelet, Journal, 1831, p.93).Près d'une allée, une pierre simple sur laquelle on trouve inscrit: ci-gît Almazor. Est-ce un fou? −Est-ce un laquais? −Est-ce un chien? La pierre ne dit rien de plus (Nerval, Filles feu, Angélique, 1854, p.577).
Pierre levée. Menhir. Plévech, à moitié fou, jura qu'il en avait vu comme ça dans les grottes de son pays, près des pierres levées (Mille, Barnavaux, 1908, p.108).
Pierre d'autel. Pierre renfermant des reliques et consacrée par un évêque. (Dict. xixeet xxes.).
4. Morceau, fragment de cette matière entrant dans la fabrication d'objets ou d'outils.
Pierre ponce*; pierre lithographique*; pierre à/d'évier* (vieilli).
Pierre de feu. Pierre de l'âtre. Agenouillé sur la pierre de feu (E. Pérochon, Bernard, 1927, p.233 ds R. Ling. rom. t.42 1978, p.114).
Pierre à aiguiser, pierre à faux, pierre à affûter. Pierre dure, généralement du grès destinée à aiguiser des instruments tranchants. Tournabien passait et repassait son couteau sur son pain, comme sur une pierre à aiguiser (R. Bazin, Blé, 1907, p.108).
Pierre à huile. Variété de pierre à aiguiser. Le racloir de l'ébéniste est un morceau d'acier de 54 ou 81 millimètres de long, sans biseau, aiguisé sur la pierre à huile, de façon que sa tranche fasse des angles parfaitement droits avec les deux faces, et que les arêtes soient bien vives (Nosban, Manuel menuisier, t.2, 1857, p.174).
Arg. Pierre à affûter*.
Pierre de foudre, pierre de tonnerre. Synon. céraunie.
Vieilli
Pierre à brunir. ,,Pierre dure, transparente et polie, taillée en dent de loup ou en coude et adaptée à un manche en bois`` (Adeline, Lex. termes art, 1884). Synon. brunissoir.
Pierre à briquet, à feu, à fusil. Silex pyromaque extrait de la craie blanche produisant lorsqu'il est frappé des étincelles enflammant la poudre. Chacun essuyait froidement sa baïonnette dans le gazon et raffermissait sa pierre à feu dans la batterie (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p.200).Notre gravier étant parsemé de pierres à fusil bien pointues et dures comme fer, et qui battent des étincelles quand on les frotte (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p.116).
Mod. Pierre à briquet. V. infra D 3.
Fusil à pierre. Fusil fonctionnant avec une pierre. Et, accroché au-dessus de la cheminée, un fusil à deux coups à pierre, ce qui, pour le temps, était une chose rare et précieuse (Nerval, Fayolle, 1855, p.92).Il lui arriva même de chasser avec un fusil à pierre en compagnie de son cousin le meunier (A. France, Servien, 1882, p.62).P. anal. [En parlant d'un vin] Goût de pierre à fusil. Qui rappelle l'odeur âcre du silex frappé par l'acier. On but des vins qui avaient le goût sec de la pierre à fusil et l'odeur de la poudre (A. France, Puits ste Claire, 1895, p.291).Vins de Vouvray (...) ils sont capiteux, parfumés et ont ce qu'on appelle «un goût de pierre à fusil» (Ali-Bab, Gastr. prat., 1907, p.157).
Pierre de touche. Pierre siliceuse noire, très dure, inattaquable par les acides, utilisée pour essayer les monnaies et les bijoux d'or et d'argent afin d'en connaître le titre. L'essai des bijoux et des objets qu'on ne veut pas détériorer se fait à la pierre de touche (Wurtz, Dict. chim., t.1, vol.2, 1870, p.1268).La pierre de touche ressemble au plus beau marbre noir, avec quelque chose de plus souple à l'oeil et de plus harmonieux (Hugo, Fr. et Belg., 1885, p.121).
Au fig. Ce qui sert à faire connaître la qualité, la valeur de quelqu'un ou de quelque chose. [Fléchier, Massillon, etc.] retardaient à certains égards sur leur siècle. L'admiration pour Mllede Scudéry est une pierre de touche qui les éprouve eux-mêmes et qui les juge (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t.4, 1851, p.140).L'art culinaire, pierre de touche des nations, conduisait (...) doucement nos camarades des kommandos à professer le plus légitime et le plus pacifique des impérialismes (Ambrière, Gdes vac., 1946, p.191).
Pierre à chaux. Pierre calcaire qui à la cuisson fournit la chaux (d'apr. Chabat 1881).
C. − JOAILL., ORFÈVR., le plus souvent au plur.
Pierres (précieuses). Substances minérales très dures généralement de couleurs vives utilisées en bijouterie et en joaillerie, comprenant notamment le diamant, l'émeraude, le rubis, le saphir:
5. ... je les vis [ses doigts] étinceler de bagues, de rubis et de bracelets de diamants, et c'est un fait sur lequel je ne saurais me tromper, moi qui apprécie de l'oeil des pierres précieuses, au carat et au grain, et qui défie sur ce point le réactif du chimiste, l'émeri du lapidaire et la balance du joaillier. Nodier, Fée Miettes, 1831, p.65.
Pierres (fines). Gemmes transparentes (améthyste, grenat, topaze) et gemmes translucides ou opaques (agate, jade, opale, turquoise) utilisées en bijouterie et dans les arts décoratifs. Un collier magnifique, composé de trois rangs de divinités et d'amulettes en or et en pierres fines, entourait le col de la coquette momie (Gautier, Rom. momie, 1858, p.188).
Pierre artificielle, pierre fausse. Produit de synthèse imitant les véritables pierres fines ou précieuses. Un Juif, prêteur à la petite semaine, avec des fausses pierres, des cailloux du Rhin, de la fausse bijouterie en montre (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p.157).
Pierre d'azur*. Synon. lapis-lazuli.Pierre de lune*.
D. − P. anal.
1. PATHOL., vieilli. Concrétion formée dans certains organes du corps de l'être humain ou de l'animal. Synon. calcul, lithiase, gravelle (vx).Opération de la pierre. [L'inflammation] peut dépendre de quelque corps étranger contenu dans la vessie, qui irrite son col et ses parois, ou qui bouche le passage des urines, comme d'une pierre dans la vessie (Geoffroy, Méd. prat., 1800, p.207).Les femmes ayant des colliers où pendait La pierre prise au foie d'un vieux coq de Tanagre (Apoll., Alcools, 1913, p.92).V. intestin, -ine A 2 ex. de Chateaubriand.
Pierre biliaire*. Synon. calcul biliaire*.Pierre d'écrevisse*.
Pierre de piété. Amas calcaire localisé au genou au-dessous de la rotule (d'apr. Méd. Biol. t.3 1972).
2. Concrétion dure à l'intérieur de certains fruits tels que les poires. (Dict. xixeet xxes.).
3.
a) Pierre de, pierre à.Nom donné à certaines roches.
Pierre d'aimant*, pierre d'aigle*, synon. aétite (minér.); pierre d'alun, synon. alunite (chim.).
Pierre à briquet*. V. briquet3.
Pierre à détacher (vieilli). ,,Argile marneuse qui absorbe les corps gras et dont on fait usage pour enlever les taches`` (Chesn. t.2 1858).
Pierre à plâtre, pierre de lune (vx). Gypse. Une masse puissante et pourtant bien stratifiée de gypse ou pierre à plâtre (Lapparent, Abr. géol., 1886, p.104).Le gypse ou pierre à plâtre contient ordinairement à l'état naturel deux équivalents d'eau (Ser, Phys. industr., 1890, p.2).
b) Matière fabriquée, ressemblant à de la pierre. Pierre philosophale* (alchim.); pierre infernale* (chim., vieilli).
REM.
-pierre, élém. de compos.V. carton-pierre, casse-pierre (s.v. casse- A 1 et A 2 a), chasse-pierres (s.v. chasse- A), lance-pierres.
Prononc. et Orth.: [pjε:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Fragment de roche 1. a) servant notamment α) dans la construction fin xes. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 64: en tas maisons pedraˑ ssubr'altre non laiseront); ca 1180 piere secche (Jeu Adam, éd. W. Noomen, 850); ca 1298 pierre de taille (Livre de Marco Polo d'apr. FEW t.13, 1, p.50a); 1528 (Comptes des bâtiments du roi, éd. L. de Laborde, t.1, 26); 1306 pierres taillées (Joinville, Vie de St Louis, éd. N. L. Corbett, § 257); 1636 (Monet: Pierre d'attante, pierre auançant au front de la muraille, pour lier la suite de la maçonnerie); β) comme arme fin xes. (Passion, 496: Alquanz a'ppetdres lapider); fin xive-déb. xves. fig. geter une pierre en son jardin «faire une remarque désobligeante» (Quinze joies de mariage, éd. J. Rychner, 3e, p.26, 283); 1570 fig. mesnager d'une pierre deux coups (Mont., Lettre du chancelier de l'Hospital, 30 avril ds Littré); 1611 d'une pierre faire deux coups (Cotgr.); 1584 fig. la pierre est jetée (François d'Amboise, Neapolitaines, V, 6 ds Anc. théâtre fr., t.7, p.322); γ) de monument avec une signification religieuse . fermeture d'un tombeau fin xes. (Passion, 401: Sus en la peddre l'angel sist); . 1605 pierre levee «menhir» (P. Le Loyer, Hist. des Spectres, p.55); 1835 (Ac.); ou symbolique xiiies. [date ms.] pierre «borne servant de limite» (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, var. 9757); b) servant d'instrument en raison de leurs qualités particulières α) fin xives. perre a aguisier coutiaux (ds Roques t.2, B.N. lat. 13032, 2498); β) 1416 pierre à toucher or (Inventaire du duc de Berry, éd. J.-J. Guiffrey, t.1, p.38); 1579 fig. pierre de touche (Larivey, Vefve, IV, 6, éd. Viollet-le-Duc ds Anc. théâtre fr., t.5, p.179); γ) 1549 pierre ponce (Est.); δ) 1411 piere a laver (Arch. Nord, B 10367, fo29); 1694 pierre d'évier (Ac.); 2. a) en gén. «matière minérale de nature et d'importance variable répandue à l'intérieur et à la surface de la terre» ca 1100 piere (Roland, éd. J. Bédier, 982); 1240-80 fig. estre de piere (Baudouin de Condé, Dits et Contes, éd. A. Scheler, t. 1, p.375, 3080); 1460-66 il gelle a pierre fendant (Martial d'Auvergne, Arrêts d'Amour, 3e, éd. J. Rychner, p.20, 123); 1690 geler à pierre fendre (Fur.); 1539 pleuvoir pierres «grêler» (Est.); 1535 fig. pierre de choppement (Oliv. Rom. 9, 31 d'apr. FEW t.8, p.315b); 1662 pierre d'achoppement (Pascal, Pensées, éd. L. Brunschvicg, t.3, p.205); 1791 être malheureux comme les pierres ([Lemaire], 60elet. bougrement patriotique du véritable père Duchêne, p.2 ds Quem. DDL t. 19); 1861 âge de la pierre (A. Morlot, Leçon d'ouverture d'un cours sur la Haute Antiquité, p.5); b) spéc. variété de cette matière 1322 peres de eagle (Invent. du comte de Hereford et de sa femme ds Notice des émaux, éd. de Laborde, t.2, p.440); 1553 pierre d'aigle (Belon, ibid.); 1561 (Inventaire des meubles du château de Pau, éd. de la Sté des Bibliophiles fr., 56); 1540 pierre de marbre noir (N. Herberay des Essars, Amadis de Gaule, 1erlivre, éd. H. Vaganay, p.163, 24); 3. ca 1100 perre «minéral de valeur utilisé en bijouterie» (Roland, 1452); déb. xiies. pere preciuse (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 679-680); 1380 pierre faulce (Inventaire de Charles V ds Notice des émaux, t.2, p.442). B. P. anal. 1. a) 1remoit. xiies. piere «concrétion qui se forme parfois dans certains organes de l'homme ou des animaux» (Lapidaire Marbode, 1èreversion ds Studer-Evans, p.55, 669); b) 1690 (Fur.: Pierre, se dit aussi d'une dureté ou espèce de gravier qui se trouve dans quelques fruits); 2. substance naturelle ou artificielle ressemblant à la pierre a) 1225-30 pierre de l'aymant (Guillaume de Lorris, Rose, éd. F. Lecoy, 1157; v. aussi 1269-78 Jean de Meun, ibid., 15366: pierre d'aïmant); b) 1575 pierre philosophale (Paré, OEuvres, éd. J.-F. Malgaigne, III, 582b); c) 1765 pierre infernale «nitrate d'argent» (Encyclop. t.9, p.740b, s.v. lune). Du lat. peĭtra «roche, roc», également att. en lat. médiév. au sens de «pierre de construction» 1086 ds Latham, «pierre tombale» xiiies., ibid., «pierre précieuse» 1300 et comme terme de méd. av. 1150, ibid., empr. au gr. π ε ́ τ ρ α «roche, roc». Petra, mot de la lang. pop., a concurrencé l'a. et class. saxum «id.» et surtout à basse époque l'anc. lapis, auquel il a empr. les sens de «tout objet en pierre, ou qui rappelle la pierre» comme «borne», «monument funèbre» et «pierre précieuse», et qu'il a supplanté dans presque toutes les lang. rom. (cf. ital. pietra, esp. piedra), peut-être à cause de son empl. dans la Vulgate, en jeu de mots avec Petrus, du gr. π ε ́ τ ρ ο ς (v. Ern.-Meillet), surnom donné par Jésus à l'apôtre Σ ι ́ μ ω ν répondant prob. à l'araméen κ η φ α ̃ ς «pierre» (v. Chantraine). Pierre à aiguiser a éliminé l'anc. terme queux, v. queux2. D'apr. G. et A. De Mortillet, Le Préhist., 3eéd., Paris, 1900 [1882], p.5, le danois Christian Jürgensen Thomsen (1788-1865) publia en 1836 ds Ledetrand til Nordisk Oldkyndighed, «la classification et division des temps préhistoriques en âges [...] de la pierre, du bronze et du fer». Fréq. abs. littér.: 12145. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 15503, b) 18457; xxes.: a) 17422, b) 18055. Bbg. Archit. 1972, p.44, 47 (s.v. pierre de taille). _ Gamillscheg (E.). Wetzstein und Kumpf im Galloromanischen. Archivum Romanicum. 1922, t.6, p.10, 81-84.

Wiktionnaire

Nom commun

pierre \pjɛʁ\ féminin

  1. Roche qu’on emploie dans la construction des édifices, soit qu’on l’ait détachée des montagnes ou des rochers, soit qu’on l’ait extraite d’une carrière.
    • Or, cette surélévation est construite en pierres avec bossages, les créneaux sont plus espacés, l’appareil beaucoup plus soigné que dans la partie inférieure […]. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
    • Tirer de la pierre d’une carrière.
    • Poser une pierre sur son lit.
    • Une assise de pierres.
    • Bâtiment de pierre de taille.
    • Escalier, pont de pierre.
    • Banc de pierre.
    • Poser, mettre la première pierre à un bâtiment.
    • L’ennemi n’a pas laissé dans cette ville pierre sur pierre.
  2. (En particulier) Différentes sortes de pierres qui servent à divers usages :
    • Pierre à bâtir, de taille.
    • Pierre taillée, pierre polie, pierre éclatée : Noms donnés à différentes sortes d’armes ou d’outils primitifs, qui étaient faits en pierre.
  3. (Figuré) Symbole de la dureté.
    • Une âme, un cœur de pierre : Une personne dure, insensible, que rien ne peut émouvoir.
  4. Caillou et autres corps solides de même nature.
    • On a cru voir dans ce bas-relief une représentation de la mort de Simon de Montfort, tué devant les murs de Toulouse par la pierre d’un engin servi par des femmes, sur la place de Saint-Sernin. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
    • Jeter une pierre dans un puits.
    • Se heurter contre une pierre.
    • Se battre à coups de pierres.
  5. (En particulier) Gemme.
    • Les peuples préhistoriques ont eu des conventions monétaires, de coquillages, pierres, pépites ou lingots de métaux précieux, de valeur intrinsèque relative constante, pour acheter des objets moins portatifs dont le possesseur était titulaire. C'était des constitutions financières démocratiques de l'âge d'or. — (Géo, Démocratie Européenne, Saint-Nazaire : Imprimerie ouvrière, 1924, non paginé : 3e page)
    • Pierres gravées : Pierres fines ou compositions imitant les pierres fines, sur lesquelles on a gravé des figures en creux ou en relief.
  6. (Par ellipse) Pierre précieuse, en particulier diamant.
    • Voilà une belle pierre.
  7. (Par ellipse) Pierre tombale, dalle recouvrant la tombe d’un mort.
    • Personne ne vient prier sur sa pierre.
    • On ne mit point d’inscription sur sa pierre.
  8. (Désuet) Calcul, concrétion qui se forme dans les reins, dans la vésicule ou ailleurs dans le corps.
    • Trois mois après le malade pissa un calcul d’acide urique qu'on jugea le noyau d'une pierre plus volumineuse qui avait été usée et dissoute. — (Dr Petit, Traitement médical des calculs urinaires par les eaux de Vichy, dans Revue Médicale française & étrangère, juin 1838, en collection dans l’Encyclographie des sciences médicales, Bruxelles, 1838, p.107)
  9. Dureté ou sorte de gravier qui se trouve dans quelques fruits.
    • Ces poires ont beaucoup de pierres.
  10. (Jeu de go) Jeton utilisé au jeu de go.
    • Le jeu de go oppose deux adversaires qui placent à tour de rôle des pierres noires et blanches sur un tablier.
  11. (Curling) Objet sphérique en granite et muni d’une poignée servant à jouer au curling
    • Les équipes jouent alternativement et chaque joueur envoie à son tour 2 pierres de 19,6 kg avec style dans un ordre immuable, quelque soit la situation et les points en place.— (www.curling-lyon.fr, Curling Club Lyon, Tout savoir sur le curling, 2019)
  12. (Vieilli) Pierre à eau, ancêtre de l’évier en faïence, dans laquelle les ménagères faisaient la vaisselle et tous les lavages relatifs à la préparation de la cuisine.

Forme de verbe

pierre \pjɛʁ\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de pierrer.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de pierrer.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de pierrer.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de pierrer.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif présent de pierrer.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PIERRE. n. f.
Corps dur et solide qu'on emploie dans la construction des édifices, soit qu'on l'ait détaché des montagnes ou des rochers, soit qu'on l'ait extrait de la terre à une certaine profondeur. Pierre dure. Pierre tendre. Pierre grise. Pierre granitique. Pierre de liais. Pierre à bâtir. Pierre de taille. Un lit de pierres. Tailleur de pierres. Tirer de la pierre d'une carrière. Poser une pierre sur son lit. Une assise de pierres. Bâtiment de pierre de taille. Escalier, pont de pierre. Banc de pierre. Fossés revêtus de pierres de taille. Poser, mettre la première pierre à un bâtiment. L'ennemi n'a pas laissé dans cette ville pierre sur pierre. Fig., Une âme, un cœur de pierre, Une personne dure, insensible, que rien ne peut émouvoir. Ouvrage à pierre perdue, à pierres perdues, Construction qu'on élève dans l'eau, en y jetant de gros quartiers de pierre. Les fondations de cette digue ont été faites à pierres perdues. Pierres sèches, Pierres posées l'une sur l'autre, sans chaux, sans plâtre, sans mortier. Construire en pierres sèches. Muraille de pierres sèches. Conduit de pierre sèche. Pierres d'attente, Les pierres qu'on laisse en saillie au côté d'un bâtiment pour former liaison, dans la suite, avec quelque autre construction. Fig., Pierre d'attente, Chose qu'on ne regarde que comme un commencement et qui doit avoir une continuation. Ce n'est là qu'une pierre d'attente. Pierre angulaire, Pierre d'angle qui assure la solidité de l'édifice. Fig., Ce principe est la pierre angulaire du système. La pierre angulaire d'une institution. Figurément, il s'emploie en parlant de JÉSUS-CHRIST qui est appelé ainsi dans quelques endroits de l'Écriture. Pierre d'autel, La pierre sur laquelle le prêtre consacre, qui a été consacrée auparavant par un évêque et qui contient des reliques. Pierre milliaire, Borne placée sur les routes pour faire connaître les distances. Pierre d'évier, pierre à évier, Pierre taillée pour servir à l'écoulement des eaux d'une cuisine. Pierre à laver, Pierre plate dont le dessus est légèrement creusé, et sur laquelle on lave la vaisselle, les formes d'imprimerie, etc. Pierre levée, Monument préhistorique, formé de pierres brutes de grande dimension. On trouve des pierres levées dans diverses régions de la France et particulièrement en Bretagne. Pour les différentes sortes de Pierres levées, voyez Cromlech, Dolmen et Menhir. Pierre calcaire, Toute pierre que l'action du feu réduit en chaux. Pierre à chaux, La pierre dont on fait ordinairement la chaux. Pierre gypseuse, Toute pierre que l'action du feu réduit en plâtre. Pierre à plâtre, Celle dont on fait ordinairement le plâtre. Pierre vitrescible ou vitrifiable, Toute pierre que l'action du feu réduit en verre. Pierre de meule ou Pierre meulière, Sorte de pierre dont on fait des meules de moulin, ou qui sert de moellon pour certaines constructions. Pierre coquillière. Voyez COQUILLIER. Pierre gélive. Voyez GÉLIF.

PIERRE se dit aussi des Cailloux et des autres corps solides de même nature. Un chemin plein de pierres. Jeter une pierre dans un puits. Se heurter contre une pierre. Se battre à coups de pierres. Prov. et fig., Trouver des pierres dans son chemin, Trouver des empêchements, des obstacles à ce qu'on a dessein de faire. Prov. et fig., Jeter des pierres dans le jardin de quelqu'un, Faire devant ou derrière lui des railleries couvertes, des plaintes détournées, des reproches indirects, avec l'intention qu'il se les applique. Vous jetez des pierres dans son jardin. Ce sont là des pierres dans mon jardin. Prov. et fig., Jeter la pierre à quelqu'un, Lui adresser un reproche, élever contre lui une accusation, le condamner, se déchaîner contre lui. Pourquoi me jetez-vous la pierre? Tout le monde lui jette la pierre. Vous vous ferez jeter la pierre. JÉSUS-CHRIST a dit : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre. Fig., Faire d'une pierre deux coups, Venir à bout de deux choses par un seul moyen, profiter de la même occasion pour terminer deux affaires. Prov. et fig., Pierre qui roule n'amasse pas mousse, Celui qui change souvent de condition ou de profession n'acquiert pas de bien. Par exagération, Il gèle à pierre fendre, Il gèle extrêmement fort. Fig. et fam., Pierre d'achoppement, Toute occasion de faillir; Tout ce qui fait obstacle au succès d'une affaire. Les moindres occasions sont autant de pierres d'achoppement pour un homme faible. Fig., Pierre de scandale, Tout ce qui cause du scandale. Cette discussion est délicate et pourrait bien devenir une pierre de scandale. Fig. et fam., Être malheureux comme les pierres, Être très malheureux.

PIERRE se dit spécialement de différentes sortes de pierres qui servent à divers usages : Pierre taillée, pierre polie, pierre éclatée, Noms donnés à différentes sortes d'armes ou d'outils primitifs, qui étaient faits en pierre. On dit dans ce sens l'Âge de pierre, L'époque où les armes et les outils étaient de pierre. Pierre de touche, Sorte de pierre noire très dure, dont on se sert pour éprouver l'or. Il se dit, figurément, de Ce qui sert à faire connaître d'une manière certaine la nature, la qualité d'une chose. Le malheur est la pierre de touche de l'amitié. Pierre à fusil, Caillou qu'on frappe avec le briquet pour faire du feu et qu'on mettait aussi au chien d'une arme à feu. Pierre à aiguiser, Pierre dure dont on se sert pour rendre les instruments de fer plus tranchants ou plus pointus. Pierre à broyer, Pierre d'un grain très fin et très serré, dont on se sert pour broyer les couleurs. Pierre à brunir, Caillou taillé en coude, dont on se sert pour polir l'or. Pierre lithographique, Pierre sur laquelle on écrit ou on dessine et qui sert ensuite à l'impression. Pierre ponce, Pierre extrêmement sèche, poreuse et légère, vitrifiée par le feu des volcans. Polir à la pierre ponce. Passer à la pierre ponce. Pierre d'aimant, Pierre qui attire le fer. Voyez AIMANT. Pierre de bézoard. Voyez BÉZOARD. Pierre de mine, La pierre qu'on détache de la mine, qu'on bat, qu'on lave et dont on tire le métal. Pierre noire, Sorte de crayon noir que les maçons, les menuisiers, etc., emploient pour tracer leurs ouvrages, et dont on se sert aussi pour dessiner. Pierre infernale, Nitrate d'argent fondu, pierre factice qu'on applique sur les chairs pour les brûler. Brûler à la pierre infernale. Pierre à détacher, Sorte de composition dont la base est de la glaise et qui sert à enlever les taches des habits. Pierre philosophale. Voyez PHILOSOPHALE. Pierres précieuses, Les diamants, les rubis, les émeraudes, les saphirs, les topazes, etc. Pierres fines, Les agates, les onyx, les cornalines, etc. Pierres fausses, Celles qui contrefont les pierres précieuses. Pierres de couleur, Les rubis, les saphirs et autres pierres colorées. Pierre, absolument, se dit quelquefois du Diamant. Voilà une belle pierre. Pierre de jade. Voyez JADE. Pierre de lune, Pierre précieuse d'un blanc bleuté. Pierres gravées, Pierres fines ou compositions imitant les pierres fines, sur lesquelles on a gravé des figures en creux ou en relief.

PIERRE se dit aussi du Morceau de pierre ou de marbre qui recouvre la tombe d'un mort. Personne ne vient prier sur sa pierre. On ne mit point d'inscription sur sa pierre. On dit aussi en ce sens Pierre tombale. Il se dit encore de l'Amas de sable et de gravier qui se forme en pierre dans les reins, dans la vessie ou dans quelque autre partie du corps. Il a la pierre dans les reins. Cela engendre la pierre, donne la pierre. On lui a fait l'opération de la pierre. Il a fait, il a rendu une petite pierre. Avoir la pierre. Être malade de la pierre. Il a été opéré de la pierre. On a broyé la pierre. Il se dit aussi d'une Dureté ou sorte de gravier qui se trouve dans quelques fruits. Ces poires ont beaucoup de pierres.

Littré (1872-1877)

PIERRE (piè-r') s. f.
  • 1Corps dur et solide, de la nature des roches, qu'on emploie, entre autres, pour bâtir. Allons briser ces dieux de pierre et de métal, Corneille, Poly. II, 6. Alger [bombardé par du Quesne] … tes maisons ne sont plus qu'un amas de pierres, Bossuet, Mar.-Thér. Aux accords d'Amphion les pierres se mouvaient, Et sur les murs thébains en ordre s'élevaient, Boileau, Art p. IV. Jacob consacra la pierre qui lui avait servi de chevet pendant le songe mystérieux de l'échelle, et nomma Galaad le monceau de pierres qui fut le signe de son alliance avec Laban, Fleury, Mœurs des Israél. t. II, 1re part. La persuasion où était Tournefort que les pierres végétaient, Bonnet, Consid. corps organ. Œuvr. t. v, p. 374, dans POUGENS. On rapporte que, la 2e année de la 78e olympiade, il tomba du ciel, en plein jour, une pierre auprès du fleuve Égos, dans la Thrace, Bailly, Hist. astr. anc. p. 203. Les pierres sont des combinaisons naturelles des divers oxydes, renfermant quelquefois, mais comme principes accessoires, des acides, des combustibles et des sels, Thenard, Traité de chimie, t. IV, p. 115. dans POUGENS. Certaines pierres ont la propriété d'être sonores, presque à la manière des métaux ; cette propriété a surtout été remarquée par les Chinois, qui ont fait avec ces pierres des instruments de musique, Brongniart, Traité de min. t. I, p. 265, dans POUGENS. Le rayon qui blanchit ses vastes flancs de pierre [du Colisée], Lamartine, Méd. II, 20.

    Ouvrage à pierre perdue, voy. PERDU.

    Pierres sèches, pierres posées l'une sur l'autre sans mortier. Un mur en pierres sèches.

    Il n'y reste pas pierre sur pierre, l'édifice est détruit de fond en comble. Voyez-vous tous ces grands bâtiments ? ils seront tellement détruits qu'il n'y demeurera pas pierre sur pierre, Sacy, Bible, Évang. St Marc, XIII, 2.

    On dit dans le même sens : ne pas laisser pierre sur pierre. Le premier exploit de ce jésuite féroce et fougueux fut la destruction de Port-Royal, où l'on ne laissa pas pierre sur pierre, D'Alembert, Dest. des Jésuit. Œuvr. t. v, p. 225, dans POUGENS.

    Geler à pierre fendre ; une douleur qui fend les pierres, voy. FENDRE, n° 3.

    Être comme une pierre, demeurer muet, immobile, stupéfait. Nous demeurâmes tous comme des gens de pierre, Sévigné, 68. À tous ces beaux discours j'étais comme une pierre, Ou comme la statue est au Festin de Pierre, Boileau, Sat. III.

    Un cœur de pierre, une âme de pierre, une personne très dure. Des âmes dures comme des pierres, des âmes insensibles, et que rien ne peut émouvoir, Bourdaloue, Exhort. char. env. les pauv. t. I, p. 45.

    Fig. Remuer toutes les pierres, voy. REMUER.

  • 2Pierre en chantier, celle qui est disposée pour être taillée.

    Pierre nette, celle qui est équarrie et atteinte jusqu'au vif.

    Pierre verte, ou pierre velue, celle qui est encore telle qu'on l'a tirée de la carrière.

    Pierre retournée, celle dont les parements opposés sont d'équerre et parallèles.

    Pierre pleine, pierre qui ne renferme ni coquillages, ni trous, ni nœuds.

    Pierre parpaigne, voy. PARPAING.

    Pierre d'attente, voy. ATTENTE.

    La pierre d'attente est aussi une pierre en bossage, pour recevoir quelque ornement ou quelque inscription.

    Pierre angulaire, voy. ANGULAIRE.

    Pierre fondamentale, voy. FONDAMENTAL. n° 1.

    Pierre de taille, voy. TAILLE.

    Première pierre, gros quartier de pierre dure ou de marbre, qu'on place dans les fondements d'un grand édifice, avec quelques médailles dans une entaille, ou une inscription sur une table de bronze. Poser la première pierre d'un édifice.

    Dernière pierre, celle où l'on grave quelque inscription, ou un chronogramme, pour faire connaître le temps auquel l'édifice a été achevé.

  • 3Nom de pierres employées à divers usages.

    Pierre à aiguiser, pierre qui sert à rendre les instruments de fer plus pointus, plus tranchants.

    Pierre d'artillerie, pierre arrondie qui servait primitivement de boulet.

    Pierre d'autel, la pierre sur laquelle le prêtre consacre, et qui a été consacrée auparavant par un évêque.

    Pierre à broyer, pierre d'un grain très fin et très serré, dont on se sert pour broyer les couleurs.

    Pierre à brunir, caillou taillé en coude, dont on se sert pour polir l'or.

    Pierre d'évier, synonyme d'évier.

    Pierre à laver, pierre plate dont le dessus est légèrement creusé, et qui sert à laver la vaisselle.

    Pierre milliaire, borne placée dans les grands chemins, pour faire connaître les distances.

    Pierre à papier, morceau de marbre, qui a un bouton pour le prendre, et dont on se sert pour mettre sur les papiers.

    Terme de paveur. Pierre coupée ou biseau, pavé coupé triangulairement pour terminer une rangée posée diagonalement.

  • 4Nom donné à diverses pierres suivant leur apparence, leur usage, leur provenance, etc.

    Pierre d'aigle, voy. AÉTITE.

    Pierre d'aimant, synonyme d'aimant.

    Pierre d'Arménie. On nomme pierre d'Arménie des pierres ou quartzeuses ou calcaires, pénétrées et colorées par le cuivre azuré, Brongniart, Traité de min. t. II, p. 221, dans POUGENS.

    Pierre calcaire, toute pierre que l'action du feu réduit en chaux ; pierre à chaux, la pierre dont on fait ordinairement la chaux.

    Pierre de foudre, pierre de l'air, aérolithe.

    Pierre à fusil ou pierre à feu, caillou qu'on frappe avec le briquet, avec le fusil, pour faire du feu, nom vulgaire du silex pyromaque. Le caillou propre à faire des pierres à fusil n'est pas commun dans la nature ; beaucoup de pays en sont entièrement privés ; et peut-être même pourrait-on dire que la France possède presque seule la variété du silex exigée pour être facilement taillée en pierres à fusil, Dolomieu, Instit. Mém. sc. t. III, p. 352.

    Pierre de gallinace, obsidiane ou agate d'Islande.

    Pierre gypseuse, toute pierre que l'action du feu réduit en plâtre ; pierre à plâtre, chaux sulfatée dont on fait le plâtre.

    Pierre d'Italie, schiste argileux à grains serrés dont on se sert pour le dessin.

    Pierre de jade, synonyme de jade.

    Pierre de Labrador, espèce de feldspath.

    Pierre de lard, pierre à magots, voy. STÉATITE.

    Pierre lithographique, voy. LITHOGRAPHIQUE.

    Pierre de la lune, agate nébuleuse à reflets.

    Pierre de meule, pierre de meulière, pierre meulière, voy. MEULE 1, et MEULIÈRE.

    Pierre de mine, pierre dont on tire le métal.

    Pierre noire, nom donné par les menuisiers et les charpentiers au schiste argileux charge de carbone (nommée ampélite, s. f., par les minéralogistes modernes), et qu'ils emploient pour faire leur tracé.

    Pierre noire, nom d'une pierre qui fait partie du temple de la Mecque bien avant Mahomet, et qui est vénérée par les pèlerins ; on croit que c'est un aérolithe ; elle a été brisée par les Wahabites. Abou-taher, chef des Karmates, avait, en l'année de 317 de l'hégire, inondé la Mecque et son temple sacré du sang des pèlerins et enlevé la pierre noire, Silvestre de Sacy, Inst. Mém. hist. et litt. anc. t. IV, p. 5.

    Pierre ponce, voy. PONCE.

    Pierre rouge, sanguine.

    Pierre de tonnerre, voy. TONNERRE.

    Pierre de touche, voy. TOUCHE.

    Pierre de violette, nom donné à certaines roches qui ont cette odeur, dont la cause est inconnue ; telles sont : le gneiss de Mittelberg en Allemagne, et le granit rose des Vosges.

    Pierre vitrescible ou vitrifiable, toute pierre que l'action du feu réduit en verre.

    Pierre de Volvic, lave semi-poreuse d'un beau gris

  • 5Le morceau de pierre ou de marbre qui recouvre la fosse d'un mort. Mon âme est tombée dans la fosse, et ils ont mis sur moi une pierre, Sacy, Bible, Jérémie, Lament. III, 53. Je ne demande qu'une pierre sur ma tombe avec ces mots : Le grand Frédéric l'honora de ses bienfaits et de ses bontés, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 12 août 1770. Sous le chêne on creusa sa tombe ; Mais son amante ne vint pas Visiter la pierre isolée, Millevoye, la Chute des feuilles. Malheur à qui des morts profane la poussière ! J'ai fléchi le genou devant leur humble pierre, Lamartine, Méd. I, 22.
  • 6Pierre levée, voy. PELVAN.
  • 7 Terme mystique. Le fondement de l'Eglise. Et moi aussi je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon église, Sacy, Bible, Évang. St Matthieu XVI, 18. Il a bâti son Église sur la pierre, Bossuet, Hist. II, 9.

    La pierre de l'angle, le soutien essentiel ; locution prise de la pierre de l'angle, qui, faisant le coin des maisons et appartenant à deux murs, est nécessairement plus solide que les autres. Jésus-Christ, qui est lui-même la principale pierre de l'angle, Sacy, Bible, St Paul, Ép. aux Éphés. II, 20.

    Pierre de scandale, chose ou personne qui scandalise. Cet esprit d'infidélité qui serait pour elles une pierre de scandale et un écueil où elles iraient échouer, Bourdaloue, 15e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 452.

  • 8La pierre considérée comme un fragment, un morceau. Certain fou poursuivait à coups de pierre un sage, La Fontaine, Fabl. XII, 22.

    Les pierres du chemin, les cailloux qui sont dans le chemin

    Fig. Je suis toujours à trouver certaines choses fort mal arrangées parmi les événements de notre vie : ce sont de grosses pierres dans le chemin, trop lourdes pour les déranger, Sévigné, 30 mai 1672.

    Fig. Trouver des pierres en son chemin, voy. CHEMIN, n° 1.

    Fig. Mordre la pierre, s'en prendre dans ses maux à celui qui n'en est pas la véritable cause (comme les chiens mordent la pierre dont ils sont frappés).

    Pierre d'achoppement, voy. ACHOPPEMENT.

    Fig. La pierre en est jetée, s'est dit au lieu de : le sort en est jeté. Il n'en faut plus parler, la pierre en est jetée, Racan, Arténice, II, 3.

    Jeter des pierres, lancer des pierres avec la main.

    Fig. La première pierre qu'on jeta suffit pour renverser ce grand monument [l'Église catholique en Angleterre] dès longtemps ébranlé par la haine publique, Voltaire, Mœurs, 135. Jeter le premier la pierre, jeter la première pierre, s'est dit, au propre, dans la lapidation chez les Juifs, de celui qui jetait le premier la pierre au condamné. Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre, Sacy, Bible, Évang. St Jean, VIII, 7.

    Fig. Jeter la première pierre, être le premier à attaquer, à accuser quelqu'un. Monseigneur sera paqueté contre son fils [le duc de Bourgogne], et le premier à lui jeter la pierre, Saint-Simon, 195, 113. Quelle femme aurait le droit de jeter la première pierre à l'infortunée qui ne justifie point sa faute ? Staël, Corinne, XVII, 2.

    Fig. Jeter la pierre à quelqu'un, dire du mal, le rendre l'objet d'accusations. Tous presque lui jettent la pierre, Massillon, Carême, Médis.

    Fig. Jeter la pierre et cacher le bras, se dit d'un homme qui fait du mal si secrètement qu'on ne le soupçonne pas.

    Il a jeté des pierres dans mon jardin, voy. JARDIN, n° 1.

    Fig. Faire d'une pierre deux coups, se dit quand on fait deux affaires du même coup, ou d'une chose qui sert à deux fins. On a fait d'une pierre deux coups : on s'est ménagé des effets de lumière pour le dessous de ces arcades, et l'on a masqué l'unique défaut d'un des plus beaux morceaux d'architecture qu'il y ait au monde, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 280, dans POUGENS.

    Par exagération. Les pierres mêmes parleront, se dit de quelque fait révoltant qui soulève la conscience publique.

    Dans un sens analogue. Je vous réponds que votre commission sera bien faite, et que les pierres mêmes le sauront, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 12 janv. 1773.

    Fig. Je le mènerai par un chemin où il n'y a point de pierres, voy. CHEMIN, n° 1.

    Populairement. Être malheureux comme les pierres, être très malheureux.

  • 9Pierres précieuses ou gemmes, nom donné à des minéraux d'origine ignée, précieux à cause de leur rareté, de leur belle couleur ou de leurs formes cristallines, formés en général d'alumine et de silice, et colorés par des oxydes métalliques, tels que ceux de fer, de manganèse, de cuivre, etc. Mille pierres de prix sur ses bords étalées, D'un mélange divin éblouissant les yeux, Corneille, Médée, II, 5. Son fait, dit-on, consiste en des pierres de prix : Un grand coffre en est plein, fermé de dix serrures, La Fontaine, Fabl. X, 10. Le diamant, le rubis, la vermeille, la topaze, le saphir et le girasol sont les seules pierres précieuses du premier rang, Buffon, Min. t. VII, p. 408.

    Fig. Notre âme est un trésor caché, c'est un or très fin dans de la boue ; c'est une pierre précieuse parmi les ordures, Bossuet, 2e sermon, Passion, 2.

    Pierres fines, les agates, les onyx, les cornalines, etc.

    Pierres fausses, celles qui imitent les pierres précieuses.

    Pierres de couleur, les rubis, les saphirs et autres pierres colorées.

    Pierre, absolument, se dit quelquefois du diamant. Voilà une belle pierre.

    Pierre sur cire, se disait des pierres fines, non montées, que l'on fixait, comme on le fait de nos jours, dans de la cire appliquée sur des feuilles de carton, De Laborde, Émaux, p. 441.

    Terme de lapidaire. Pierres taillées en table, ou pierres faibles, se dit de diamants qui ont de la superficie sans être épais, et dont on se contente de dresser les deux principales faces.

  • 10Pierres gravées, pierres fines ou compositions imitant les pierres fines sur lesquelles on a gravé des figures. Quelques pierres gravées de Gai, qui étonneront les antiquaires à venir, Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 27, dans POUGENS.

    Pierres d'affection, nom donné aux pierres curieuses, et, particulièrement, aux diamants de couleurs vives et riches.

    Pierre figurée, toute pierre qui représente les traits de différents corps organisés.

    Pierre de Florence, marbre jaune ou verdâtre chargé de dessins en forme de ruines. Il a expliqué la formation des pierres de Florence, qui sont des tableaux naturels de plantes, de buissons, quelquefois de clochers et de châteaux, Fontenelle, Lafaye.

  • 11Nom donné vulgairement aux concrétions qui se forment dans les reins, dans la vessie et dans quelques autres organes du corps. Pierre rénale. Pierre vésicale. Pierre biliaire.

    Absolument. La pierre, se dit de la pierre de la vessie. Elle est accablée de douleur et d'une néphrétique qui fait craindre qu'elle n'ait la pierre, Sévigné, 524. Sous prétexte de le faire tailler de la pierre, Bossuet, Hist. I, 9. Le fameux remède de la pierre, connu sous le nom de mademoiselle Stéphens, Mairan, Éloges, Bremond.

    Fig. et familièrement. Il a une mauvaise pierre dans son sac, c'est-à-dire il est en danger, il est en proie à quelque mal, locution que disent non rarement ceux qui sont affectés de la pierre, et qui provient probablement de cette maladie.

  • 12Pierres d'écrevisse, voy. ÉCREVISSE.

    Pierre de bézoard, synonyme de bézoard.

    Terme de pêche. Nom d'os durs, plats, qu'on trouve dans le cerveau des merlans.

  • 13Espèce de concrétion qui se trouve dans quelques fruits. Les poires de Saint-Germain ont souvent des pierres.

    S'est dit pour noyau. Là, la pomme et la poire, et la guigne et la prune, D'une bonté de goût en ce lieu peu commune, Font peine à bien juger quel est de meilleure eau Ou bien le fruit à pierre, ou le fruit au couteau, Corneille, Poés. div. Presbyt. d'Hénonv.

  • 14Nom donné à divers composés artificiels.

    Pierre de Bologne, synonyme de phosphore de Bologne. À Bologne, il travailla sur la pierre qui porte le nom de cette ville, et lui rendit toute sa lumière, car le secret en avait été presque perdu, Fontenelle, Homberg.

    Pierre à cautère, composé d'hydrate et de carbonate de potasse, de protoxyde et de chlorure de potassium qui sert à faire des cautères.

    Pierre à détacher, sorte de composition dont la base est de la glaise, et qui sert à enlever les taches des habits.

    Pierre divine, composé de sulfate de cuivre, d'azotate de potasse et de sulfate d'alumine, à parties égales, qu'on fait fondre dans un creuset en ajoutant du camphre à la masse fondue, et qu'on emploie en collyre.

    Pierre infernale, azotate d'argent, qui sert à cautériser.

    Pierre de lait, substance argileuse qui sert à dégraisser.

  • 15Pierre philosophale, voy. PHILOSOPHAL.
  • 16Pierre artificielle, se dit des briques.

    Pierre pourrie, argile qui a perdu son liant et dont on se sert pour polir les métaux.

    Terme de verrerie. Pierres de sable, concrétions qui se trouvent dans les matières en fusion, au moment de la coulée.

    Terme d'ardoisier. Pierre rude, veine d'ardoise contenant une telle proportion de pyrite que la fabrication devient difficile et onéreuse.

    Terme de peinture. Pierre de fiel, couleur jaune qui tire un peu sur le brun.

    Pierre bleue, poudre de pastel, formée en très petites briques, dont on se sert quelquefois au lieu d'indigo pour donner au linge une légère teinte bleue.

    PROVERBE

    Pierre qui roule n'amasse pas de mousse, c'est-à-dire celui qui change souvent de métier, de profession, ne fait pas fortune.

HISTORIQUE

XIe s. Pierre n'i a qui toute ne seit neire, Ch. de Rol. LXXVI.

XIIe s. Que eve seut [a coutume de] percer la piere bise, Couci, X. E Deus [Dieu] dist à saint Piere e as clers, bien le sai : Tu ies Pieres, e sur ceste piere ferai M'iglise, e ma meisun i edifierai, Th. le mart. 79.

XIIIe s. Tybers, ce dist Morans, dur cuer as comme pierre, Berte, X. Une pierre precieuse qui estoit aussi grosse comme un oef, Chr. de Rains, p. 237. Pierre volanz ne quelt mouce [ne recueille pas de mousse], Prov. du vilain, ms. de St-Germain, f° 76, dans LACURNE. Partonopex et Melior S'entretiennent com pierre en or, Partonop. ms. de St-Germ. f° 163, dans LACURNE. Elle n'est pas com autre dame, Si com je pens, de cors et d'ame, Ains est ou de pierre ou de fier, Car tant a le cuer dur et fier, Baudouin de Condé, t. I, p. 375.

XIVe s. Pour ce loyaument faire par les sermens que j'ai faits, je n'ay ne entens porter sur moy ne sur mon cheval paroles, pierres, herbes, charmes, Ordonn. de Philippe le Bel sur les duels. Cy après s'ensuyvent plusieurs pierres entaillées, lesquelles sont appelées pierres d'Israel, selon les saiges philosophes, les aucunes sont artificielles, c'est à dire qu'elles ont esté ouvrées, De Laborde, Émaux, p. 443. Une attache, qui fut à la royne Jehanne de Bourbon, garnie de pierres faulces, c'est assavoir doublaiz rouges et voirres verds, à xv troches de perles chacune de iiij perles, De Laborde, ib. p. 442. Une petite croix d'or, à pierres de voirre, De Laborde, ib. Une petite boeste où dedans sont pendans, à une chaisnette d'or chacune, deux pieres en or, bonnes contre le venin, c'est assavoir une petite teste de serpent noire, nommée lapis albazahan, et un autre petit osselet blanc quarré, De Laborde, ib. p. 445. Les cueurs ne sont pas toujours en un estat : pierre vire et cheval chiet [tombe], Le Chev. de la Tour, Instr. à ses filles, f° 34, dans LACURNE.

XVe s. Dame, dist le chevalier, toute personne doit doubter sa perte ; car la pierre chet voulentiers sur le plus malheureux, Perceforest, t. III, f° 74. Certaine quantité de cire que l'on nomme une pierre, pesant treize livres, Du Cange, petra. Un grant tableau d'une pierre à toucher or, De Laborde, Émaux, p. 445. L'une luy dit un brocard, l'autre luy jette des pierres en son jardin, Les quinze joyes du mariage, p. 49, dans LACURNE. Plus de semblant ne fait [au commerce des femmes] que si de pierre estoit, Bouciq. IV, 7.

XVIe s. La pouldre, la pierre, le rouet d'une pistole, Montaigne, I, 362. La plus aspre de toutes [les douleurs], c'est la pierre à la vessie, Montaigne, II, 31. Ce legier present, pour mesnager d'une pierre deux coups, servira aussi, s'il vous plaist, à vous tesmoigner l'honneur et reverence que je porte à votre suffisance, Montaigne. Lettre au chancelier de l'Hospital, 30 avril 1570. Il fallut affermir le marets à force cailloux et gros quartiers que l'on jetta au fond à pierre perdue, Amyot, Cimon, 24. Ce fut à vous de vous retirer en diligence par des chemins esgarez, où il n'y avoit point de pierres, Sat. Mén. p. 144. Les bachats remuerent toutes pierres, pour que leur empereur ne receut pas affront à sa premiere besongne, D'Aubigné, Hist. III, 428. Puisque la pierre est jettée, il n'y a plus de remede, Des Accords, Bigarrures, Avant-propos, p. v, dans LACURNE. Et le feit loger en l'esvesché, où chascun jour estoit traité comme la pierre en l'or, Hist. du chev. Bayard, p. 328, dans LACURNE. Il est fort aisé à faire des expeditions et des grands miracles de guerre avec de grandes armées où rien ne manque et où il y a tout à souhait ; mais de faire de pierre pain comme on dit, ainsi que fit Dragut, c'est là où est la peine, Brantôme, Cap. estr. t. II, p. 75, dans LACURNE. Pierre en puis n'est pas pourrie, Cotgrave Il n'est pas masson qui pierres refuse, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PIERRE.
4Ajoutez :

Pierre d'évêque, l'améthyste. On sait que cette pierre précieuse [l'améthyste] est un quartz hyalin coloré par de l'oxyde de manganèse et offrant toutes les nuances du violet ; on l'appelle vulgairement pierre d'évêque, parce qu'elle sert à orner les bagues des prélats, Journ. offic. 11 avril 1876, p. 2621, 2e col.

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Étymologie de « pierre »

Bourg. piarre ; wallon, pîr ; provenç. petra, peira, peya ; catal. pedra ; espagn. piedra ; ital. pietra ; du lat. petra ; grec, πέτρα.

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(Vers 980) Du moyen français pierre, de l’ancien français pierre (1100), peddre, pedra, du latin pĕtra (« roche, rocher »), du grec ancien πέτρα, pétra, qui a supplanté lapis en latin populaire.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « pierre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pierre pjɛr

Citations contenant le mot « pierre »

  • Le chemin est assez mauvais Sans nous jeter encor des pierres. Jean-Pierre Claris de Florian, Fables, le Bonhomme et le Trésor
  • Je ne bâtis que pierres vives, ce sont hommes. François Rabelais, Le Tiers Livre, 6
  • Comme ils insistaient, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! , Évangile selon saint Jean, VIII, 7
  • Eh bien ! moi, je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle. , Évangile selon saint Matthieu, XVI, 18
  • Ne jette pas de pierre dans la source où tu t'es désaltéré. , Talmud, Baba Kamma, 92b
  • La pierre seule est innocente. De Friedrich Hegel / Phénoménologie de l'esprit
  • Un bon maçon ne rejette aucune pierre. De Proverbe néerlandais
  • Chaque pierre tombale couvre une histoire universelle. De Heinrich Heine / Marengo
  • La pierre est immortelle... l'érosion aussi. De Yann Bloyet
  • Les regrets éternels n'existent que sur la pierre. De Tristan Maya
  • Trébucher deux fois sur la même pierre est honteux. De Zénobios / Proverbes
  • Le bourreau est la pierre angulaire des sociétés. De Joseph de Maistre
  • L'oeuf ne danse pas avec la pierre. De Proverbe africain
  • Une pierre donnée par un ami est une pomme. De Proverbe marocain
  • Cet été, l’association « Suivez la flèche » offre la possibilité d’expérimenter les gestes des tailleurs de pierre et des forgerons au pied de la basilique de Saint-Denis. La Croix, Ateliers « forge et taille » de pierre à Saint-Denis
  • Alliant la pierre et la brique, l’esplanade offre désormais une vue dégagée sur la superbe église. C’était l’un des objectifs de... La Voix du Nord, L’esplanade de l’église Saint-Pierre de Bouvines est terminée, les travaux routiers reportés
  • Un père et son fils âgé de 4 ans sont morts, dimanche 26 juillet à Chauvigny (Vienne), quand le poteau de pierre qui soutenait leur hamac s’est effondré sur eux, a indiqué la gendarmerie. Journal L'Union, Un pilier de pierre s’effondre sur un hamac, un enfant de 4 ans et son père tués dans la Vienne

Images d'illustration du mot « pierre »

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Traductions du mot « pierre »

Langue Traduction
Anglais pierre
Espagnol piedra
Italien pierre
Allemand pierre
Chinois 皮埃尔
Arabe بيير
Portugais pierre
Russe пьер
Japonais ピエール
Basque pierre
Corse pierre
Source : Google Translate API

Synonymes de « pierre »

Source : synonymes de pierre sur lebonsynonyme.fr

Pierre

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