La langue française

Pavé

Sommaire

Définitions du mot pavé

Trésor de la Langue Française informatisé

PAVÉ, subst. masc.

I.
A. −
1. Revêtement d'une voie publique, d'une cour ou du sol d'un bâtiment, qui est constitué d'éléments (pavés, dalles, pierres, mosaïque) juxtaposés et mis à niveau. Un pavé de dalles (blanches, noires), de marbre; pavé en échiquier; pavé (d'une rue) sonore, glissant, gras, humide; pavé uni, disjoint; résonner, rouler sur le pavé (d'une rue). Marie de Médicis avait voulu que son coeur fût déposé sous le pavé de la cathédrale de Cologne (Hugo,Rhin,1842, p.90).J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres Le bois retentissant sur le pavé des cours (Baudel.,Fl. du Mal,1861, p.92):
1. Léningrad est la plus belle ville du monde. (...), avec (...) des rues où l'oeil se perd en largeur comme en longueur, pavées d'un carrelage en tronçons de bois, un pavé doux et luxueux comme un tapis. Triolet,Prem. accroc,1945, p.332.
Rester sur le pavé. Être laissé mort ou grièvement blessé. Synon. rester sur le carreau*.Il avait peine à achever. «Quatre-vingts têtes restèrent sur le pavé. Nous incendiâmes le bourg (...)» (Gozlan,Notaire,1836, p.63).Au fig. Échouer. Synon. être collé, étendu (arg. scol.).Bruhl passait septième; Paulin Zeller onzième; Christiani restait sur le pavé, tête de liste des refusés (Malègue,Augustin, t.1, 1933, p.186).
2. P. méton.
a) Chaussée (pavée) d'une rue. La voiture tenait le milieu du pavé, et on entendait dans la rue les cris de terreur de ceux qui la voyaient venir (Dumas père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.696).Quelques échoppes plus basses que le pavé entre-bâillent leur trou et l'on y voit s'agiter des ombres (Taine,Voy. Ital., t.1, 1866, p.10):
2. De ces avenues de grands tombeaux de famille, on passait à des carrefours dont le pavé était couvert de malades et de mourants étendus sur des matelas et abandonnés sans secours. Chateaubr.,Mém., t.4, 1848, p.61.
Le pavé du roi (vx). Voie, endroit public. Aurez-vous bientôt débarrassé la porte (...) −Tais-toi, vilain marlou (...) d'ailleurs nous sommes sur le pavé du roi (Vidocq,Mém., t.4, 1828-29, p.156).
b) Locutions
Brûler le pavé (vieilli). [En parlant de voiture à cheval] Rouler très vite. J'arrive ici à la porte en deux temps; 3 fr. la course; le fiacre brûlait le pavé, un cocher de choix (Reybaud,J. Paturot,1842, p.435).
Disputer (à qqn), céder (à qqn), tenir (ou un verbe appartenant aux mêmes paradigmes) le haut du pavé. Disputer, céder, occuper une place dans un groupe ou une position très en vue. Les Misérables tiennent le haut du pavé (...). Le succès des Misérables a sévi et continué de sévir au delà de tout ce qu'on pouvait craindre (Sainte-Beuve,Poisons,1869, p.53).Les romanciers tiennent à cette heure le haut du pavé littéraire (Zola,Doc. littér., Gautier, 1881, p.129):
3. Et après dix ans de cette vie agréable, qu'aurai-je fait? disait Fabrice; que serai-je? Un jeune homme mûr qui doit céder le haut du pavé au premier bel adolescent qui débute dans le monde, lui aussi sur un cheval anglais. Stendhal,Chartreuse,1839, p.115.
Prendre le haut du pavé. L'emporter sur quelqu'un. Les experts dans l'art de tuer savent que, de deux adversaires, le plus habile peut prendre le haut du pavé, pour employer une expression qui rende par une image l'effet de la garde haute (Balzac,Rabouill.,1842, p.540).Il ne songeait plus comme autrefois: «Sa belle loyauté», mais: «On me brave. On veut prendre le haut du pavé» (Montherl.,Lépreuses,1939, p.1407).
3. P. méton. et/ou p.métaph.
a) La rue en tant qu'elle symbolise la déchéance sociale ou morale. Synon. rue, trottoir.C'était pour Sainte-Beuve quitter le pavé parisien, les blanchisseuses, les petites filles (Goncourt,Journal,1863, p.1284).Des chômeurs minables, des Algériens, des Polonais, des chemineaux (...) que Gomar allait ramasser sur le pavé de Lille (Van der Meersch,Empreinte dieu,1936, p.39):
4. ... c'est alors que je l'ai ramassé presque sur le pavé. Vous m'entendez: sur le pavé! et il est d'une bonne famille: son père, qui est mort, avait rang de ministre plénipotentiaire ou même d'ambassadeur. Duhamel,Passion J. Pasquier,1945, p.19.
Locutions
Enfant (ou un subst. équivalent) du pavé. Une verve gouailleuse d'enfant du pavé parisien, étonnant de son bruit le mauvais lieu de la petite ville (E. de Goncourt, Élisa,1877, p.55).Cette sottise (...) l'avait plus tard jetée aux bras du patron millionnaire, en fille intelligente du pavé parisien, désireuse à son tour de monter d'un échelon (Zola,Fécondité,1899, p.163).
Être (ou un verbe équivalent) sur le pavé. Être sans domicile, p.ext., sans ressources et sans travail. Synon. être à la rue*.On nous a chassés; nous nous sommes trouvés de nouveau à midi, sur le pavé, M. Vingtras, son épouse et son rejeton (Vallès,J. Vingtras, Enf.,1879, p.240).Elle était sur le pavé, sans la moindre relation, ayant rompu avec son mari (Drieu La Roch.,Rêv. bourg.,1937, p.307).
Jeter, mettre sur le pavé. Expulser de son domicile, de son travail. Synon. mettre, jeter à la porte*, à la rue (v. rue1).On jette sur le pavé tous ces équipages! Les hommes à grand'peine se replacent dans le commerce (Michelet,Journal,1845, p.616).Elle le rencontra devant sa maison, jetée elle aussi sur le pavé par son propriétaire, qui venait de faire poser un cadenas à sa porte (Zola,Nana,1880, p.1319).
b) Vieilli. La rue en tant qu'elle symbolise le peuple qui s'insurge ou qui peut s'insurger. Synon. la rue.Le lendemain des Barricades (...) que va faire le Coadjuteur, tribun du peuple, maître du pavé (Sainte-Beuve,Caus. lundi, t.5, 1851, p.258):
5. La faveur du détaillant parisien est un thermomètre politique infaillible; il y a peu de chances de succès pour les causes qu'il n'adopte pas, et celles qu'il abandonne sont bien compromises. Le niveau du pavé lui appartient, et le pavé, à Paris, c'est l'empire. Reybaud,J. Paturot,1842, p.159.
c) Vieilli. Le pavé de (+ subst. désignant une ville).L'ensemble des rues d'une ville; cette ville.
Sur le pavé (d'une ville). Synon. de sur la place de.C'est un beau titre à acquérir que celui de propriétaire sur le pavé de Paris (Jouy,Chaussée, t.2, 1812, p.133).À la guerre il avait été d'une bravoure admirable (...). Sur le pavé de Nancy il avait peur de tout (Stendhal,L. Leuwen, t.1, 1836, p.43).
Battre le pavé (d'une ville). Errer (oisivement) dans les rues; parcourir tous les lieux d'une ville (à la recherche de quelque chose, en particulier d'un travail). Il bat le pavé de la ville, le nez au vent tel qu'un chien qui lève, flairant l'odeur des cuisines et des rôtisseries (Murger,Scènes vie boh.,1851, p.2).J'employai une quinzaine de jours à battre le pavé de Naples dans l'espérance de le rencontrer ou de reconnaître, pour tout le monde, le chemin de sa demeure (Milosz,Amour. initiation,1910, p.248).
Batteur de pavé. Un batteur de pavé, D'origine quelconque et de sang peu prouvé (Hugo,Légende, t.2, 1859, p.487).
P. anal., littér. Bien connu sur le pavé de la littérature (Renard,Journal,1897, p.439).Ils étaient dans les champs et avaient quitté le pavé des hommes (Guéhenno,Jean-Jacques,1952, p.316).
B. − P. méton.
1.
a) Bloc (de pierre, de bois...) de forme régulière, plus ou moins cubique, dont on se sert pour faire un pavage. Ils font des barricades avec les pavés, montent dans les maisons et tirent sur les troupes (Vigny,Journal poète,1830, p.913).Les pavés de grès qui formaient le parquet gardaient et rendaient tour à tour l'humidité (Balzac,Pts bourgeois,1850, p.132):
6. L'échantillon d'un pavé est l'expression de ses dimensions dans les trois sens. Les pavés de gros échantillon offrent plus de résistance à la rupture et présentent plus de stabilité... Bourde,Trav. publ.,1929, p.68.
Dessous (sous) les pavés, (il y a, c'est) la plage. [Slogan de Mai 1968] V. Journal mural, mai 68, Paris, Tchou, 1968, p.30.
SYNT. Pavé de bois, de granit; tas de pavés; poser, tailler des pavés, arracher des pavés (dans une émeute); pavés, briques, carreaux et dalles.
b) Locutions
(Jeter, lancer) un pavé dans la mare (aux canards, aux grenouilles). (Prendre) une position, (faire) une révélation qui fait scandale, qui dérange les habitudes et jette le trouble. Le coup d'état artistique de ce rêveur silencieux, car la mesure venait uniquement de lui; et l'effarement, le tapage de tous, à la suite de ce pavé tombé dans la mare aux grenouilles (Zola,L'OEuvre,1886, p.128).Le célèbre mathématicien s'est fait à sa réputation de M. Scandale. À ses côtés cette fois, pour un nouveau pavé dans la mare, plusieurs scientifiques de renom (Libération,25 janv. 1983, no524, p.16).V. grenouille A 2 e ex. de De Gaulle.
Pavé (de l'ours). [P. allus. à la fable de La Fontaine L'Ours et l'Amateur de jardin] Action (notamment un éloge) accomplie avec bonne intention mais qui, par sa maladresse, se retourne contre celui que l'on voulait aider. Ah non! Pas votre pitié! Assez de pavés de l'ours! N'en jetez plus! (Montherl.,Pitié femmes,1936, p.1144).Ce roman politique [Deux mille ans de bonheur de Macciocchi] appartient autant à l'Italie qu'à la France, comme d'autres oeuvres dont le rappel risquerait d'opérer comme le pavé de l'ours (Le Monde,15-16 mai 1983, p.9).
(S')attacher, (se) mettre un pavé au cou. Puis-je vous attacher au cou un pareil pavé? Au lieu de vous laisser une bonne affaire, je vous laisserais une faillite peut-être (Zola,Bonh. dames,1883, p.603).
Avoir un pavé sur l'estomac, sur la langue. Elle dit que c't escogriffe de Rodin a un pavé dans l'estomac (Poulot,Sublime,1872, p.36).Quelque chose pesait sur sa langue, un pavé qui la paralysait (Genevoix,Raboliot,1925, p.14).
Avoir un pavé dans la poitrine. Nous nous entendrions très bien ensemble, j'en suis sûr (...). Vous verriez peut-être qu'après tout je n'ai pas un pavé dans la poitrine (Zola,Renée,1887, iv, 6, p.381).
c) P. méton. et/ou p.métaph., vieilli. [P. allus. aux pavés utilisés comme arme de jet dans les insurrections populaires] (Jeter) un pavé (à qqn). (Lancer) un argument très percutant. Ils ont su faire d'une théorie toute scientifique un pavé que les partis se jettent à la tête (Gobineau,Corresp. [avec Tocqueville], 1856, p.261).
2. P. anal.
a) Un pavé de qqc.Bloc compact (de quelque chose). Des cubes de dattes pressées, pareils à d'énormes pavés d'ambre, se débitent au couteau (Morand,Route Indes,1936, p.115).Des pavés de pierreries jetèrent au soleil leurs feux ingrats (Colette,Chambre d'hôtel,1940, p.13).
Au fig., littér. Les femmes grecques ont presque toutes au fond du coeur un bon pavé d'indifférence (About,Roi mont.,1857, p.38).Mais il [Georges Hugo] se disait qu'il ne soulèverait jamais le lourd pavé de gloire posé par son grand-père sur son berceau (L. Daudet, Entre-deux-guerres,1915, p.37).
b) Spécialement
ART CULIN. ,,Apprêt en forme de pavé`` (Ac. Gastr. 1962); p.méton., le mets, l'aliment ainsi apprêté (pâtisserie, fromage, viande). Pavé de rumsteak, pavé au poivre. Et les pavés au café, et les caustiques croissants à l'orange (Colette,op.cit.,p.137).Il existe toute une gamme de pains d'épices, encore accrue par sa présentation en une infinité de figurines ou de découpages: pavés ou barres (Brunerie,Industr. alim.,1949, p.20).
TYPOGR. Alignement caractérisé par l'absence de renfoncé en début et en fin d'alinéa (d'apr. Impr. 1977); composition massive, sans alinéa. Le «pavé» est souvent limité à la composition de textes ne comportant qu'un seul alinéa et aux titres qui s'y prêtent (Impr.1977).
P. méton. Texte, en particulier annonce publicitaire, ainsi composé (d'apr. Voyenne 1967 et Presse 1981).
INFORMAT. Pavé optique. ,,Zone rectangulaire dense, exposée sur le film [un microfilm] sous chaque image, permettant un accès à l'information par comptage d'images`` (Microgr. 1980).
c) Fam., dépréc. Article, livre que sa longueur, sa présentation compacte, son contenu ardu ou son style lourd rendent ennuyeux. Elle (...) rapporta (...) les tomes haillonneux, le gros pavé mal relié (Colette,Gigi,1944, p.130).Quel prodige de réussir à faire lire «le fait féminin», ce «pavé» passionnant mais pas très digeste, par des cadres débordés (Le Monde,4 juin 1978ds Gilb. 1980).
II. − MATHÉMATIQUES
A. − Élément d'un pavage (v. ce mot II A). Synon. tuile (dans le plan).
B. − Ensemble de points d'un espace topologique, dont chacune des coordonnées est élément respectivement d'intervalles de l'ensemble des nombres réels. Voir J. Lelong-Ferrand, J.-M. Arnaudies, Cours de Math., t.2, 1977, p.95.
REM.
Paveton, subst. masc.,arg., synon. (supra I B).La rue où le néon des boîtes de nuit plaquait de l'arc-en-ciel sur les pavetons gras (Le Breton,Rififi,1953, p.35).
Prononc. et Orth.: [pave]. Att. ds Ac. dep.1694. Étymol. et Hist.1. 1312 «assemblage de pavés» (Olim, éd. Beugnot, t.2, p.570); 1559 fig. demeurer sur le pavé «rester inconscient après une rixe» (J. Grévin, Trésorière, éd. L. Pinvert, IV, 2, p.101); 1606 (Nicot, s.v. batre: Batre le paué, pour se promener par la ville oisifuement); 1637 estre sur le pavé «être à la rue» (Cl. de Saumaise, Let. in Les Correspondants de Peiresc, I, 390 [360] ds Quem. DDL t.19); 1868 pavé de l'ours (Littré); 2. 1589 «chacun des blocs servant à faire le revêtement des sols» (Adieu fait à la ville de Bloys ds Anc. poés. fr., éd. A. de Montaiglon, t.6, p.219); p.anal. 1868 (Littré: Pavé. Grosse pièce de pain d'épice); 1880 «article critique lourd et indigeste» (Flaub., Corresp., p.381); 1963 math. (Lar. encyclop.: Pavé. Produit de plusieurs intervalles au sens de la théorie des ensembles). Part. passé subst. de paver*. Fréq. abs. littér.: 2503. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 3109, b) 6319; xxes.: a) 3908, b) 2254. Bbg. Chautard Vie étrange Argot 1931, p.337. _Quem. DDL t.19. _Sain. Sources t.3 1972 [1930], p.225, 229.

Wiktionnaire

Nom commun

pavé \pa.ve\ masculin

  1. Bloc, généralement cubique et fait de pierre dure (basalte, granit, grès, porphyre…), spécialement taillé pour confectionner une chaussée de route, de rue, ou d’un sol quelconque.
    • Le grès de Fontainebleau fait de bons pavés.
    • Les rues de Paris étaient couvertes de pavés autrefois et lors des manifestations de 1968 le slogan des protestataires était : « sous les pavés, la plage ! »
    • Pavé refendu, pavé qui n’a que la moitié de l’épaisseur du pavé ordinaire et dont on se sert pour les lieux où les voitures ne circulent pas.
  2. (Par extension) L’ensemble des blocs de pierre qui couvrent une surface, une rue, une route ; la rue ou la chaussée elle-même.
    • Une centaine d’hommes gisent sur le pavé ; les uns sont tués roides, d’autres atteints mortellement. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
    • Le bruit sourd de la chute, les flots de sang qui jaillirent du corps et diaprèrent au loin le pavé, frappèrent d’épouvante jusqu’au duc lui-même ; […]. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre VIII)
    • On entendait, sur le pavé, le craquement des roues des hautes charrettes chargées de choux, de navets, de poireaux, de carottes […]. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Le pavé d’une cour, d’une cuisine, d’une écurie, d’une salle à manger, d’une salle de bains.
  3. (Par extension) La rue.
    • Deux mouvements spontanés, horizontaux et nés sur Facebook, qui tenteront de partager le pavé. — (Audrey Garric, La mobilisation citoyenne pour le climat prend racine, Le Monde. Mis en ligne le 7 décembre 2018)
  4. (Géométrie) Synonyme de parallélépipède.
    • Un pavé droit, aussi appelé parallélépipède rectangle, possède six faces qui sont tous des rectangles.
  5. Gros morceau de viande ou de poisson.
    • Pavé au poivre.
    • Un pavé de lotte.
  6. Pâtisserie (gâteau, pain d’épice, quatre-quarts…) en forme de bloc ou de barre.
    • Un pavé marbé au chocolat.
  7. (Cuisine) Fromage de chèvre en forme de cube ou de pyramide.
    • Un pavé de chèvre.
  8. (Figuré) (Familier) Texte, écrits ou livre qui est trop long, trop lourd, maladroitement rédigé ce qui rend le tout ennuyeux et difficile à lire.
    • … je veux porter mon fardeau sacré, mon sacré pavé chez Émile, enfin mon poids considérable… trois œuvres au moins, quatre sanfrusquins… — (Louis-Ferdinand Céline, Version B’ de “Féérie pour une autre fois”, Gallimard, Paris, 1993)
    • On parcourt le sommaire, on soupèse le pavé et on se demande combien l’éditeur a bien pu facturer ce pensum à l’ambassade. — (Vincent Hervouët, « Václav Klaus, le Président en auteur maudit » dans Ainsi va le monde… : 100 chefs d’État à la question, éditions Albin Michel, 2014)
  9. (Figuré) (Par extension) (Familier) Livre contenant de nombreuses pages.
  10. (Familier) Annonce publicitaire insérée dans une page de journal de façon à ce qu’elle soit nettement visible.
    • Un pavé publicitaire n’est pas toujours nécessaire pour promouvoir un produit.

Forme de verbe

pavé \pa.ve\

  1. Participe passé masculin singulier du verbe paver.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PAVÉ. n. m.
Morceau de grès, de pierre dure, de bois, etc., dont on se sert pour paver. Le grès de Fontainebleau fait de bons pavés. Soulever un pavé. Un cent de pavés. Un tas de pavés de bois. Gros pavé, Celui dont on se sert pour les rues et les routes. Petit pavé, Celui que l'on emploie pour paver les cours, les cuisines, etc. Pavé refendu, Pavé qui n'a que la moitié de l'épaisseur du pavé ordinaire et dont on se sert pour les lieux où les voitures ne circulent pas.

PAVÉ se dit aussi de l'Ensemble des pavés qui couvrent une surface, une rue, une route. On a refait le pavé de cette rue. Pavé à compartiments de diverses couleurs. Pavé de mosaïque. Pavé uni, raboteux. Le pavé de l'église est tout de marbre. Le pavé d'une cour, d'une cuisine, d'une écurie, d'une antichambre, d'une salle à manger, d'une salle de bains. Il se dit particulièrement en parlant d'un Chemin, d'une rue, etc. Ne quittez pas le pavé. Suivez le pavé. Entretenir le pavé. Le pavé est mauvais, est glissant. Sur le pavé de Paris, Dans Paris, en tout Paris. Vous ne trouverez pas la pareille sur le pavé de Paris. Fig. et fam., Être sur le pavé se dit d'une Personne qui n'a point de domicile, qui ne trouve pas où loger. Il signifie aussi Être sans place, sans condition, sans emploi. On l'a mis sur le pavé, On l'a fait sortir de son logement, sans qu'il sache où en trouver un autre. Il signifie encore : On lui a ôté sa place, ses moyens d'existence. On a mis ses meubles sur le pavé, On les a mis dans la rue. Fam., Battre le pavé, Aller par les rues, courir par la ville pour se dépenser en démarches qui restent sans résultat. Depuis qu'il a perdu son emploi, il ne fait que battre le pavé. Le haut du pavé, La partie du pavé qui est du côté des maisons, et qui était considérée comme la meilleure, à l'époque où le milieu de la rue était occupé par le ruisseau. Prendre, céder, disputer le haut du pavé. Fig. et fam., Tenir le haut du pavé, Être au premier rang, jouir d'une grande considération dans une ville, dans une compagnie. On dit de même figurément Disputer le haut du pavé. Fig. et fam., Brûler le pavé, Aller très vite à cheval ou en voiture. Fig. et fam., Le pavé de l'ours, Acte, geste bien intentionné, mais lourd et maladroit, par allusion à la fable de La Fontaine. C'est le pavé de l'ours.

PAVÉ se dit encore, par analogie, d'un Bloc carré qui a l'apparence d'un pavé. Un pavé de pain d'épices.

Littré (1872-1877)

PAVÉ (pa-vé, vée) part. passé de paver
  • 1Garni de pavés. Il n'y a point de ville pavée comme Paris, Voltaire, Louis XIV, 29.

    Fig. Gosier pavé, gosier supportant des boissons très fortes ou très chaudes.

  • 2 Fig. Garni comme de pavés. Quoi, s'écria Babouc, ces peuples enterrent leurs morts dans les mêmes lieux où ils adorent la divinité ? quoi, leurs temples sont pavés de cadavres ? Voltaire, Babouc.

    Les rues en sont pavées, se dit en parlant de certaines gens qui affluent dans une ville.

    PROVERBE

    L'enfer est pavé de bonnes intentions (voy. INTENTION).
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

PAVÉ, s. m. (Archit. rom.) pavimentum, terme qui chez les Latins, signifie le sol d’une place de quelque matiere qu’il soit fait ; plâtre, terre, sable, gravois, cailloux, brique, carreaux de terre cuite, marbre, & autre nature de pierres, pourvû que ledit sol ait été affermi, battu & frappé, & consolidé sur la superficie de la terre ou d’un plancher, pour en produire une croûte & un plan ferme, servant à porter ce qui doit reposer ou passer par-dessus : pavimentum enim, dit Vitruve, est solidamentum sive incrustatio quam gradiendo caleamus.

Selon Isidore, les Carthaginois voisins de Barbarie, ont été les premiers qui ont pavé leur ville de pierres ; ensuite à leur imitation, Appius-Claudius Cæcus fit paver la ville de Rome 188 ans après l’expulsion des rois ; c’est ce qu’on nomma la voie Appienne. Enfin, les Romains entreprirent les premiers de paver les grands chemins hors de leur ville, & insensiblement ils ont poussé cet ouvrage presque par tout le monde : per omnem pene orbem vias disposuerunt, comme parle le même Isidore.

Les Romains eurent deux manieres différentes de paver leurs grands chemins ; les uns se pavoient de pierres, & les autres étoient cimentés de sable & de terre-glaise. Les premiers étoient à trois rangs, à ce que l’on a observé dans les vestiges qui en sont restes ; celui du milieu qui servoit aux gens de pié étoit un peu plus élevé que les deux autres, de façon que les eaux ne s’y pouvoient arrêter. On le pavoit à la rustique, c’est-à-dire de gros carreaux de pierre à joints incertains, au lieu que nos pavés sont équarris ; les deux autres rangs étoient couverts de sable lié avec des terres grasses, sur quoi les chevaux marchoient fort à l’aise. D’un intervalle à l’autre, on trouvoit sur les bordages de grosses pierres dressées à une hauteur commode, quand on vouloit monter à cheval ; parce que les anciens n’avoient pas l’usage des étriers. On trouvoit encore les colonnes miliaires sur lesquelles on voyoit écrites les distances de tous les lieux, & le côté du chemin qui menoit d’un lieu à un autre ; ce fut une invention de C. Graccnus.

Les chemins pavés de la seconde maniere, c’est-à-dire seulement de sable & de terre-glaise, étoient en dos d’âne, tellement que l’eau ne s’y pouvoit arrêter, & le fond étant aride & prompt à sécher, ils demeuroient toujours nets de fange, & sans poussiere. On en voit un dans le Frioul que les habitans nomment le posthume, lequel va dans la Hongrie, & un autre sur le territoire de Padoue, qui partant de la ville même aboutit aux Alpes.

Aurelius Cotta eut la gloire de faire paver la voie Aurélienne l’an 512 de la fondation de Rome. Flaminius fut l’auteur de la voie Flaminienne, & la voie Emilienne fut exécutée par les ordres d’Emilius. Les censeurs ayant été établis firent des ordonnances pour multiplier les pavés des grands chemins, en déterminer les lieux, l’ordre & la maniere. Passons à la construction des pavés intérieurs des édifices de Rome.

Les pavés qu’ils formoient sur des étages de charpente, s’appelloient comignata pavimenta, & les étages contignationes. Le premier soin des ouvriers étoit de faire ensorte que nulle partie de leur pavé ne s’avançât pas sur les murs ; mais que l’ouvrage entier fût assis sur la charpente, de peur que le bois venant à se retirer par la sécheresse, ou à s’affermir par le poids de la mâçonnerie, ne produisît des fentes au pavé tout le long de ladite mâçonnerie ; c’est ce que Vitruve a détaillé clairement, consultez-le.

Les pavés de planchers, qu’ils appelloient coaxationes ou coassationes, se faisoient de planches de l’espece de chêne nommé esculus, à cause qu’elle est moins sujette à se cambrer ; & même pour les défendre contre la vapeur de la chaux qui se mêle aux matieres que l’on jette dessus, ils les couvroient d’un lit de fougere ou de paille, comme les laboureurs en mettent sur leurs tas de blé, pour empêcher le grain de souffrir l’humidité de la terre.

C’étoit sur ce premier lit de fougere ou de paille, que les ouvriers posoient & asseyoient leur mâçonnerie par quatre différentes couches. La premiere étoit composée de pierres ou cailloux, liés ensemble avec chaux & ciment. Cette premiere couché de mâçonnerie qui faisoit la fondation de l’ouvrage, se nommoit statumen.

La seconde couche de mâçonnerie se faisoit de plusieurs moilons ou pierrailles, cassées & mêlées avec de la chaux ; c’étoit-là ce qu’ils appelloient rudus ; & si cette matiere étoit de pierres brisées qui n’eussent jamais servi, ils appelloient cette matiere rudus novum, & la mêloient en parties égales avec de la chaux vive ; si cette matiere provenoit de décombres qui avoient déja été mises en œuvre, elle se nommoit rudus redivivum. On ne mêloit que deux parties de chaux à cinq de telle matiere ; & l’application qu’on en faisoit à coup de hie & de battoir pour l’affermir, applanir & égaliser, s’appelloit ruderatio : il falloit que tout ce terrassement, tant de cailloux que de décombres, eût au moins neuf pouces d’épaisseur, après avoir été suffisamment battu & massivé.

Sur ce terrassement, on faisoit pour troisieme couche un ciment, composé d’une partie de chaux, contre trois de brique ou de pots cassés, ou de tuiles battues. On étendoit ce ciment sur la rudération, comme une couche molle, pour y asseoir la quatrieme couche de pavé qui servoit de derniere couverture à l’ouvrage entier, & qu’on nommoit par cette raison, summa crusta.

Les Architectes donnoient à la troisieme couche de leur mâçonnerie le nom de nucleus, qui signifie ce qui est de plus tendre & bon à manger dans les noix, les amandes & les autres fruits à noyaux ; cette comparaison se trouve assez conforme à ce vers de Plaute.

Qui è nuce nucleum esse vule, frangat nucem.

Ainsi la couche de ciment appellée par les Architectes nucleus, est la plus tendre & la plus molle partie du pavé, qui se trouve entre les deux parties plus dures, qui sont la rudération par-dessous, & les carreaux de la derniere couche par-dessus.

Enfin, les Romains enrichis des dépouilles des nations, paverent les cours de leurs palais, leurs salles, leurs chambres, & lambrisserent même leurs murailles de mosaïque ou de marqueterie. La mode en vint à Rome sous Sylla, qui en fit usage dans le temple de la Fortune de Préneste. Ces pavés étoient faits de petites pierres de diverses couleurs, jointes & comme enchâssées dans le ciment, représentant différentes figures, par leur arrangement & par la variété de leurs couleurs. On donna à ces sortes de pavés le beau nom de musæa, musia ou musiva, parce qu’on attribuoit aux Muses l’invention de ces ouvrages ingénieux, & qu’ils représentoient quelquefois ces aimables déesses. (D. J.)

Pavé, s. m. (Architect. mod.) Ce mot a deux significations : d’abord c’est l’aire pavée sur laquelle on marche, & en second lieu la matiere qui l’affermit, comme le caillou, le gravois, avec mortier de chaux & de sable, le grès & la pierre dure, comme on va l’expliquer.

Pavé de briques, pavé qui est fait de briques posées de champ & en épi, semblable au point d’Hongrie, tel est le pavé de la ville de Venise ; ou de carreau barlong à six pans figures, comme les bornes de verre adossées : c’est ainsi qu’étoit pavé l’ancien Tibur à Rome.

Pavé de grès, c’est un pavé qu’on fait de quartiers de grès de huit à neuf pouces, presque de figure cubique, dont on se sert en France pour paver les grands chemins, rues, cours, &c.

On appelle pavé refendu le pavé qui est de la demi-épaisseur du précédent, & dont on pave les petites cours, les cuisines, écuries, &c. Et pavé d’échantillon, celui qui est de grandeur ordinaire, selon la coutume de Paris.

Le pavé de grès est le meilleur : l’usage en a été introduit à Paris & aux environs par le roi Philippe Auguste, l’an 1184.

Pavé de marbre, pavé qui est fait de grands carreaux de marbre en compartimens, qui répondent aux corps d’architecture & aux voûtes des bâtimens ; tel est le pavé des belles églises nouvelles.

Il y a aussi du pavé de cette espece qui est fait de petites pieces de rapport de marbre précieux, en maniere de mosaïque. On voit de ce pavé dans l’église de S. Marc de Venise.

Pavé de moilon, pavé fait de moilons de meuliere posés de champ, pour affermir le fond de quelque grand bassin ou piece d’eau.

Pavé de pierre, pavé qui est fait de dales de pierre dure à joints quarrés, posés d’équerre ou en losanges, à carreaux égaux avec platebandes, comme le pavé de l’église des Invalides ; ou de quartiers tracés à la sauterelle, & posés à joints incertains, ainsi qu’étoient les pavés des voies Flaminienne, Emilienne, &c. à Rome.

Pavé de terrasse, pavé qui sert de couverture en plateforme, soit sur une voûte ou sur un plancher de bois. Les pavés qui sont sur les voûtes sont ordinairement de dales de pierre à joints quarrés, qui doivent être coulés en plomb ; & ceux qui sont sur le bois sont de grès avec couchis pour les ponts, de carreaux pour les planches, & enfin d’aires ou couchis de mortier, fait de ciment & de chaux, avec cailloux & briques posés de plat, comme les Orientaux & les Méridionaux le pratiquent sur leurs maisons.

Pavé poli ; nom général qu’on donne à tout pavé bien assis, bien dressé de niveau, cimenté, mastiqué, & poli avec le grès. Daviler. (D. J.)

Pavé, s. m. (Terme générique.) Ce mot se dit des marbres, pierres de liais, pierres communes, ardoises, carreaux de fayance & de terre ; enfin de toutes les matieres semblables propres à cet usage qu’on emploie avec le plâtre & le ciment, pour couvrir & rendre unis & solides les planchers du bâtiment, soit du rez-de-chaussée, soit des étages d’en haut, ou sur les toîts plats & les terrasses.

Pavé des géans, (Hist. nat. Minér.) en anglois giants causeway, en latin basaltes, vel basanos maximus hibernicus. C’est ainsi qu’on nomme un amas prodigieux de pierres noires très-dures qui toutes affectent la forme de colonnes ou de prismes à plusieurs côtés. Ces colonnes sont formées par l’assemblage de plusieurs pierres jointes les unes aux autres par des especes d’articulations, qui font que les différens morceaux dont une colonne est composée s’emboîtent les uns dans les autres.

Ces pierres ainsi formées par la nature, présentent aux Naturalistes un phénomene des plus curieux : on peut en juger par la description que nous allons donner d’après les auteurs anglois & irlandois qui en ont parlé ; & pour la rendre plus sensible, on a cru devoir mettre sous les yeux du lecteur une planche dans laquelle on peut voir l’aspect général que présente l’amas singulier de ces pierres, & les détails de chaque colonne. Voyez la suite des Pl. d’Hist. nat.

Le pavé des géants, ou l’assemblage de ces colonnes prismatiques dont nous parlons, se voit en Irlande, dans le comté d’Antrim, au nord de ce royaume, à environ huit milles au nord-est de la ville de Coleraine ; il y forme une espece de triangle irrégulier, dont un des côtés a environ 120 yards ou aunes d’Angleterre de longueur ; le second peut avoir 220 aunes ; le troisieme côté de ce triangle a près de 300 aunes. Cette espece de pavé va se perdre en pente douce dans la mer, sans qu’on sache jusqu’où il s’étend. Dans le tems des hautes marées cet amas de colonnes est couvert d’eau à la hauteur de 60 piés ; les eaux en se retirant forment une espece de cascade très-agréable à la vûe, & laissent voir à découvert les sommets des colonnes, qui étant à-peu-près de niveau, présentent le coup-d’œil d’un pavé.

Les côtes de la mer dans ces environs sont fort escarpées ; jusqu’à une très-grande distance elles paroissent composées d’un assemblage de colonnes pareilles à celles qui forment le pavé des géans : on en trouve aussi à plusieurs milles en avant dans les terres en différens endroits, & en général les rochers qu’on y trouve, ainsi que sur le bord de la mer, paroissent avoir de la disposition à prendre une forme prismatique ou de colonne ; mais ces roches grossieres n’ont point la perfection & le poli des colonnes qui composent le pavé des géants, cependant elles offrent un coup-d’œil semblable à celui de vieux portiques, ou d’un assemblage de pilastres gothiques.

On rencontre en plusieurs endroits des amas ou des grouppes de ces colonnes, placées à côté les unes des autres perpendiculairement à l’horison ; l’amas le plus remarquable est celui que les gens du pays nomment les orgues : ce nom lui a été donné à cause du coup-d’œil qu’il présente. C’est une rangée de 60 colonnes sur une file ; quelques-unes sont tombées, & en laissent voir d’autres derriere elles. La plus élevée de ces colonnes a environ 40 piés de hauteur ; ce sont des prismes héxagones dont les côtés sont inégaux, & dont le diametre est d’environ deux piés. Les jointures ou articulations dont chaque colonne est composée, sont à environ 9 pouces les unes des autres, & chaque colonne avoit 40 à 50 de ces jointures.

La partie de cet endroit singulier à qui l’on donne proprement le nom de pavé des géans, est un amas de plusieurs milliers de prismes ou de colonnes de différentes grandeurs : on y en compte jusqu’à 30 mille ; la plûpart sont perpendiculaires à l’horison. Toutes ces colonnes sont anguleuses, mais elles n’ont point le même nombre de côtés, & les côtés d’une même colonne n’ont point les mêmes dimensions. Toutes les colonnes sont jointes exactement les unes aux autres, & se touchent par leurs côtés, sans laisser d’intervalles vuides entr’elles. La distance qui est entre les grandes est entierement remplie par de plus petites, dont les côtés sont plus étroits. Quelques-unes de ces colonnes sont plus élevées que les autres, d’autres sont plus courtes & comme rompues ; cependant il y a des endroits où toutes les colonnes étant égales, forment, lorsqu’on les regarde, un aspect uni comme celui d’un pavé. En creusant on a trouvé qu’elles sont en terre précisément de même que hors de la terre.

Ces colonnes sont entierement unies, lisses, & comme polies à leur surface extérieure ; elles sont de différentes hauteurs : leurs diametres ont depuis 15 jusqu’à 26 pouces, & mesure commune, environ 20 pouces ; cependant chaque colonne conserve le même diametre & les mêmes angles dans toute sa longueur. Toutes les colonnes sont prismatiques, mais ces prismes n’ont point les mêmes figures ; il y en a de triangulaires, de quadrangulaires, de pentagones, d’exagones, d’éptagones, d’octogones, & de neuf côtés. Les prismes de trois, de quatre, de huit & neuf côtés sont rares ; mais ceux de sept côtés sont les moins communs de tous : les pentagones sont les plus ordinaires. Les côtés par lesquels les colonnes ou prismes se touchent ou se joignent les uns aux autres, sont égaux, c’est-à-dire, ces côtes ont la même largeur ; & chaque prisme est environné d’autant de prismes qu’il a lui-même de côtés, excepté pourtant ceux qui sont sur les bords, qui ont plusieurs côtés à nud Jamais deux colonnes n’ont tous leurs côtés égaux ; les unes auront un côté de 8 pouces, un autre de 17, un autre de 13, de 18, de 14, &c.

Ce qu’il y a de plus merveilleux dans ces pierres, dont l’assemblage forme le pavé des géans, & ce qui leur donne un caractere unique, c’est que, comme nous l’avons déja fait remarquer, ces colonnes sont composées de plusieurs jointures ou especes d’articulations qui s’emboitent les unes dans les autres ; pour cet effet, chaque morceau ou jointure a dans son milieu une partie convexe ou une éminence qui s’adapte parfaitement à une partie concave d’une autre articulation, & ainsi de suite : de cette maniere chaque articulation a une convexité d’un côté, & une concavité de l’autre ; cette convexité & cette concavité sont garnies d’un rebord qui a autant d’angles que la colonne a de côtés, & qui s’engrainent exactement sur la concavité & sur les angles de l’articulation suivante. On peut voir dans la Planche, fig. A, que ces articulations forment comme une couronne antique. La fig. B est une autre articulation sur laquelle la premiere s’adapte. Les convexités & les concavités ne sont point égales dans les articulations d’une même colonne ; elles varient pour le diametre, & sont plus ou moins sphériques : il y en a qui forment presque un quart de sphere d’autres sont beaucoup moins prominentes, & paroissent presque plates ; mais les articulations qui sont les unes sur les autres, ne laissent pas de se joindre toujours très-exactement.

Il y a des colonnes dont toutes les articulations ont leur parties convexes à la partie supérieure, c’est-à-dire tournées vers le ciel, d’autres ont leurs parties concaves tournées vers ce même côté : quelques articulations, en petit nombre, ont deux convexités à la partie supérieure & à la partie inférieure. Voyez la figure C. Alors les articulations qui la reçoivent en-dessus & en dessous sont concaves.

Ces différentes articulations dont les colonnes sont composées, se séparent avec assez de facilité les unes des autres ; cependant elles s’emboîtent assez exactement pour que l’on puisse en enlever deux à-la-fois sans qu’elles se détachent. La séparation des colonnes dans l’endroit où les articulations se joignent, n’a pas plus que l’épaisseur d’un fil ; il y a des colonnes sur lesquelles dans l’espace de trois piés on ne remarque point de séparation, la colonne paroît continuer dans cet espace ; parmi les colonnes qui composent le pavé des géans, on en a même trouvé une de douze piés qui n’avoit aucune articulation. On a observé que les divisions des colonnes sont plus éloignées les unes des autres à mesure que la colonne est plus proche de la terre, où elle prend pour ainsi dire racine.

On a déja fait remarquer que l’on trouvoit en Irlande des amas de colonnes semblables, non-seulement sur le bord de la mer, mais encore dans l’intérieur du pays. Le docteur Molyneux a observé, 1°. que plusieurs de ces colonnes sont plus grandes que celles qui se trouvent dans le pavé des géans sur le bord de la mer ; il y en a qui ont jusqu’à deux piés & demi de diametre. 2°. Les colonnes que l’on trouve dans l’intérieur du pays sont ou triangulaires ou quadrangulaires, ou pentagones ou exagones ; mais on n’y en voit point d’eptagones ni d’octogones comme dans le pavé des géans. 3°. Les articulations qui forment les colonnes de l’intérieur du pays, n’ont point de convexités ni de concavités comme les autres, elles se joignent simplement par des surfaces planes, un peu inclinées à l’horison ; elles ne sont jointes que par leur pesanteur, & peuvent se séparer très-facilement.

La pierre dont toutes ces colonnes sont composées, est d’une très-grande dureté ; elle donne des étincelles lorsqu’on la frappe avec le briquet. Sa couleur est d’un beau noir, luisant & comme poli ; le tissu en est très-serré, & la pierre est assez brillante dans la fracture ; elle est fort pesante ; elle ne se calcine point au feu ordinaire, qui lui fait prendre une couleur ferrugineuse. A un feu violent cette pierre se vitrifie ; & lorsqu’on la mêle avec de la soude, elle donne un verre noir comme le verre de bouteilles.

Cette pierre, par sa couleur & par sa dureté, est très-propre à faire des pierres de touche pour essayer les métaux. On ne peut point l’employer dans les bâtimens, parce qu’elle résiste aux outils des tailleurs de pierres. Le comté d’Antrim est le seul endroit connu où cette pierre si singuliere se trouve. Voyez Emmanuel Mendez Dacosta, natural history of fossils, pag. 252, & 55.

Telle est la description qu’on nous donne du fameux pavé des géans : elle mérite toute l’attention des Naturalistes, & rien n’est plus propre à nous donner une idée de la crystallisation. Il paroît que les colonnes ou prismes qui composent ce pavé sont de la même nature que la pierre prismatique qui se trouve en Misnie, & qui est connue sous le nom de pierre de stolpe ; & il est à présumer que la pierre d’Irlande a les mêmes propriétés. Mais ce qui distingue cette derniere de toutes les autres, ce sont les articulations qui la composent. Voyez Stolpen, pierre de, & Voyez Touche, pierre de.

Pavé, revers de, terme de Paveur ; ils appellent revers de pavé, le côté du pavé dont la pente aboutit au ruisseau ou égoût des rues.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « pavé »

Apparaît en 1312 ; participe passé substantivé de paver.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « pavé »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pavé pave

Citations contenant le mot « pavé »

  • Il n'y a qu'en Italie, qu'à Rome, que j'ai vu des pavés d'église qui avaient un sens. Charles Albert Cingria, Bois sec, bois vert, Gallimard
  • La dernière raison des rois, le boulet. La dernière raison des peuples, le pavé. Victor Hugo, Littérature et philosophie mêlées
  • Encor sur le pavé sonne mon pas nocturne. Ioánnis Papadhiamandopoúlos, dit Jean Moréas, Stances, Mercure de France
  • En argot, lire se dit ligoter. En langage figuré un gros livre est un pavé. Relâchez ces liens-là, le pavé devient un nuage.
  • L'enfer est pavé de bonnes intentions. De Samuel Johnson
  • Sous les pavés, les congés payés ! De Anonyme
  • Sous les pavés, la plage. De Anonyme / Mai 1968
  • Quand les hirondelles volent bas, les pavés se prennent pour des nuages. De Proverbe français
  • Ne parlez pas dans la rue : il y a des oreilles sous les pavés. De Proverbe chinois
  • Tout fout le camp, les pavés de 68 servent de presse-papiers dans les multinationales. De Régis Hauser / Les murs se marrent
  • Etre progressiste consiste à lancer des pavés. Etre anarchiste consiste à les envoyer le plus loin possible. De Anonyme / Affiche de mai 1968
  • Certains lisent parce qu'ils sont trop paresseux pour réfléchir. Le chemin de l'ignorance est pavé de bonnes éditions. De George Bernard Shaw
  • Y’en a qui tiennent le haut du pavé, moi je tiens le bas du fossé... De Fernand Raynaud / Heureux !
  • Certaines actrices tiennent le haut du pavé : elles n'ont eu qu'à descendre du trottoir. De Pierre Veber / Maximes et aphorismes d'un directeur de théatre
  • Le plus excellent symbole du peuple, c'est le pavé. On marche dessus jusqu'à ce qu'il vous tombe sur la tête. De Victor Hugo / Choses vues
  • Qui jette son soulier sur ses bienfaiteurs va balancer dans la soupe distinguée de l'intelligence un gros pavé prosaïque : le Goulag et l'esclavage qu'il désigne. De André Glucksmann / Une rage d’enfant
  • Entre Dieu et le Diable, autant choisir le haut du pavé, encore que, à ce qu’on dit, la compagnie soit plus distrayante en bas. De Ronald Wright / Chronique des jours à venir
  • Dans la nuit de dimanche 26 à lundi 27 juillet, un homme a jeté un pavé dans la vitrine d’un commerce de la rue Croix-d’Or à Chambéry. Grâce au signalement donné par des riverains, les policiers ont pu l’interpeller. Âgé de 37 ans et en état d’ébriété au moment des faits, le sans-domicile fixe a été placé en garde à vue. Son geste était purement gratuit. Il a été remis en liberté lundi soir avec une convocation en justice. , Faits-divers - Justice | Ivre, il fracasse une vitrine avec un pavé
  • Souvent disponible au moment des fêtes de fin d’année, on trouve des pavés d’autruche frais ou surgelés. On peut aussi les acheter dans les quelques fermes d’élevage qu’on trouve désormais en France, dans un certain nombre de régions. Femme Actuelle, Pavé d'autruche : nos conseils et recettes pour le réussir : Femme Actuelle Le MAG
  • Bien pensé avec son pavé numérique tactile sur le touchpad (NumPad), l'Asus Vivobook S413DA-EK070T est un compagnon mobile astucieux pour tous les amateurs de bureautique. S'il séduit d'abord par son design soigné avec écran borderless, ses capacités ne sont pas en reste avec son Ryzen 5 Quad Core / Vega 8 qui vont répondre à la majorité des utilisateurs à la recherche d'un ultrabook multimédia. Le système est rapide grâce à la RAM en bonne quantité et au stockage SSD rapide et généreux (512 Go) et son design bleuté ne manque pas de charme. Par contre, l'autonomie ne dépasse pas les 6 heures et il faudra user de prudence pour le transport. , Asus Vivobook S413DA-EK070T, ultrabook 14 pouces multimédia avec pavé numérique | LaptopSpirit
  • Un homme de 51 ans était jugé ce lundi en comparution immédiate, accusé par un policier d’avoir jeté un pavé sur son collègue, lors d’une manifestation samedi, place de la République. Son avocate a démontré qu’il n’y avait pas de preuves de sa culpabilité. La Voix du Nord, À Lille, jugé pour avoir jeté un pavé sur un policier et relaxé faute de preuves
  • On vous rassure, personne n’a eu la mauvaise idée d’imprimer ce pavé de bonnes intentions. Comme quoi l’écologie gagne du terrain… à moins que ça ne soit le bon sens. Ou les deux. , Insolite | Pavé de bonnes intentions
  • Le saumon est l'un des poissons préférés des français. Riche en oméga 3 et en vitamines, sa chair rosée est très parfumée et facile à préparer. Voici nos conseils pour cuisiner le pavé de saumon, à la poêle, au four ou en grillade, suivis de nos meilleures recettes pour vous régaler ! Femme Actuelle, Comment réussir le pavé de saumon : nos meilleures recettes : Femme Actuelle Le MAG

Images d'illustration du mot « pavé »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « pavé »

Langue Traduction
Anglais cobblestone
Espagnol guijarro
Italien ciottolo
Allemand kopfsteinpflaster
Chinois 鹅卵石
Arabe حصاة
Portugais calçada portuguesa
Russe булыжник
Japonais 玉石
Basque harrizko
Corse cobblestone
Source : Google Translate API

Synonymes de « pavé »

Source : synonymes de pavé sur lebonsynonyme.fr
Partager