La langue française

Sommaire

  • Définitions du mot où
  • Étymologie de « où »
  • Phonétique de « où »
  • Citations contenant le mot « où »
  • Images d'illustration du mot « où »
  • Traductions du mot « où »
  • Synonymes de « où »

Définitions du mot « où »

Trésor de la Langue Française informatisé

OU, conj.

Conjonction de coordination disjonctive, indiquant une alternative qui a valeur de distinction pouvant aller jusqu'à l'exclusion, et reliant des termes, groupes de mots ou propositions de même fonction grammaticale, logiquement associables, voisins ou opposés de sens.
I. − [Avec valeur de disjonction non exclusive]
A. − [Pour marquer une équivalence plus ou moins exacte, une synon., un choix terminologique entre deux dénominations d'une même réalité] Synon. c'est-à-dire, en d'autres termes, autrement dit.Chou* vert ou vert chou, bonnet* blanc ou blanc bonnet, jus* vert ou verjus. L'ordre des Servites ou Serfs de Marie (Montalembert, Ste Élisabeth,1836, p.lix).La libellule ou demoiselle, la brillante meurtrière qui tue mille insectes en un jour (Michelet, Insecte,1857, p.145):
1. Le lys et spécialement le lys aquatique, que l'on appelle également lotus ou nénuphar, a toujours tenu une grande place dans l'imagerie symbolique de toutes les religions. Claudel, Poète regarde Croix,1938, p.11.
En partic. [Pour introduire une précision, une explication, parfois restrictive; renforcé dans ce cas] Ou plutôt, ou même, ou pour mieux dire, ou encore, ou plus exactement, ou simplement, ou si vous préférez... L'inattention du père Grandet, ou, pour mieux dire, la préoccupation dans laquelle le plongeait la lecture de sa lettre (Balzac, E. Grandet,1834, p.62).Après la dernière récréation de la journée, ou, comme nous disions, après le dernier «quart-d'heure» (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p.17).
[Dans un titre d'ouvrage ou de chapitre introduisant un sous-titre explicatif] Tartuffe ou l'Imposteur (de Molière). Le roman de Coelina, ou l'Enfant du mystère, cette oeuvre dont la fortune fut grande sous le Directoire et le Consulat (Reybaud, J. Paturot,1842, p.70):
2. ... un livre que j'entrevois et qui déjà prend forme: Geneviève ou La Nouvelle école des femmes −où j'aborderais de front toute la question du féminisme. Gide, Journal,1930, p.972.
B. − [Pour indiquer une évaluation (chiffrée ou datée) approximative, notamment par deux numéraux] En juillet ou en août, ce soir ou demain, dans cinq ou six jours; quatorze ou quinze ans. Entre Mure et Vizille, à cinq ou six lieues de Grenoble (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t.2, 1823, p.88).On a beaucoup écrit de poèmes en prose depuis trente ou quarante ans (Jacob, Cornet dés,1923, p.15):
3. À cheval, donc, ils allaient à la gare la plus voisine, et, en vingt-cinq ou trente minutes, les deux compagnons étaient à Paris. Larbaud, F. Marquez,1911, p.30.
Rem. 1. L'évaluation porte sur un choix possible entre deux numéraux consécutifs ou sur leur égale éventualité. 2. De... à est plus souvent accolé à des numéraux non consécutifs (ex. de trente à quarante personnes). Voir Grev. 1975, § 916, no30.
C. −
1. [Pour marquer une alternative, un choix possible (ou imposé) mais sans conséquence entre deux termes de nature identique, en particulier l'indifférence entre deux éventualités opposées] Cela lui est égal, lui importe peu de... ou de..., peu importe que..., ici ou là, ici ou ailleurs, l'un ou l'autre, tel ou tel, un jour ou l'autre, plus ou moins, tour à tour... ou..., tôt ou tard, ou inversement, ou réciproquement, ou vice versa, d'une manière ou d'une autre, de près ou de loin, totalement ou en partie, par force ou par ruse, avec ou sans..., qu'on le veuille ou non, à tort ou à raison, en bien ou en mal, etc. Il n'importait guère d'être ou non reconnus (Farrère, Homme qui assass.,1907, p.222).Ça te serait-il égal que Bernard fût à Argelouse ou à Paris? (Mauriac, Th. Desqueyroux,1927, p.209):
4. Ses cheveux aplatis, son costume du dimanche ruissellent, et tout trempé, il attend qu'on le change ou que le soleil le sèche, au choix: ça lui est égal. Renard, Poil Carotte,1894, p. 69.
Que + verbe au subj. ... ou (que)...Toutes les autres femmes, qu'elles aient vingt ou cinquante ans, ont pour lui le même âge (Goncourt, Journal,1864, p.12):
5. Que le tour du soleil ou commence ou s'achève, D'un oeil indifférent je le suis dans son cours; En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève, Qu'importe le soleil? Je n'attends rien des jours. Lamart., Médit.,1820, p.14.
... ou..., ... ou... (disjonctions par couples, doubles ou multiples).Beau ou laid, jeunes ou vieux, à Paris ou à Londres, de jour ou de nuit, etc. Jeune ou vieux, riche ou pauvre, un Français, quelles que soient son origine, sa province, sa condition, est nécessairement un voltairien (Quinet, All. Ital.,1836, p.94):
6. ... nous sommes ce que nous font les circonstances; qu'un enfant soit gai ou triste, silencieux ou bruyant, qu'il montre ou ne montre pas des aptitudes au travail, nul augure à en tirer. Chateaubr., Mém.,t.2, 1848, p.303.
2. [Pour indiquer une alternance ou une succession dans le temps, avec des verbes d'action conjugués ou bien à l'inf., au part. prés. ou passé] Synon. tantôt... tantôt, parfois... parfois, ici... là..., soit... soit.Passer son temps à lire ou à dormir. Il s'asseyait sur un banc et regardait les enfants jouer ou bien les cygnes glisser sur l'eau (Flaub., 1reÉduc. sent.,1845, p.17).À partir de ce jour, elle fut capricieuse, prenant ou ne prenant pas les remèdes, selon son humeur du moment (Zola, Page amour,1878, p.945):
7. Quand j'étais seul dans une ville, je passais mes jours dans les musées, ou bien je lisais dans ma chambre des livres sur Venise, sur Rome. Maurois, Climats,1928, p.35.
II. − [Avec valeur d'alternative exclusive]
A. − [Pour marquer une alternative exclusive et opposer deux réalités, indiquant qu'une des possibilités exclut l'autre, en particulier dans un dilemme] Il faut vaincre ou mourir; c'est l'un ou l'autre, il faut choisir; la bourse ou la vie, oui ou non, tout ou rien, mort ou vif, pair ou impair, pile ou face, quitte ou double, la liberté ou la mort, c'est pour aujourd'hui ou pour demain?, c'est le moment ou jamais, vrai ou faux?, c'est à prendre ou à laisser, peu ou prou, vivre ou mourir, de gré ou de force, pour ou contre, la guerre ou la paix; de près ou de loin, c'est une question de vie ou de mort; Dieu ou l'argent, lui ou moi, etc. Moi qui ne rêvais que d'être prêtre. Être prêtre ou mourir! (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p.1043).Aucun de nous ne peut se sauver seul; il faut que nous nous perdions ensemble ou que nous nous tirions d'affaire ensemble. Choisissez (Sartre, Huis-clos,1944, 5, p.148):
8. ... je me couchai avec le torticolis, avec mal dans le dos, mal dans les reins, mal dans les jambes. Le matin, au réveil, chaque mouvement m'arrachait un cri. Mais quoi! il fallait marcher ou renoncer à mon emploi. Frapié, Maternelle,1904, p.33.
Rem. En log. ou en philos. notamment, l'alternative est l'énoncé de deux propositions contradictoires entre lesquelles on est mis en demeure de choisir (il n'est que deux partis possibles et l'obligation est d'en choisir un; en log., des deux propositions, l'une seulement est vraie), soit qu'il n'y ait pas de solution intermédiaire, soit que le sujet doive trancher entre deux extrêmes. Même au second échelon, l'énoncé d'un fait ne peut être que vrai ou faux (Poincaré, Valeur sc., 1905, p.225).
LOG. (exclusion bipolaire). Symbole (V) de la somme* logique. Étant donné une proposition composée quelconque, sa valeur de vérité pour chacune des valeurs de vérité de ses composantes est entièrement déterminée. Considérons par exemple la proposition «Il ne pleut pas ou je prends mon parapluie». Abrégeons-la par «~p V q». Elle comporte deux composantes(...), donc quatre combinaisons possibles de vrai et de faux (Log. et connaissance sc.,1967, p.180 [Encyclop. de la Pléiade]).
Empl. subst. masc. [Pour désigner chacun des deux types d'opérateurs logiques] Le ou exclusif (symb. w). Synon. alternative.Le ou inclusif ou non exclusif (symb. v). Synon. disjonction (inclusive) (ds Ging.-Lauret 1973).
B. −
1. [Alternative de sub.]
[En remplacement de soit devant le dernier terme d'une alternative] Soit... ou... (pour soit... soit...). V. être1IreSection III B 2.
Ou que,conj. de subordination fonctionnant comme substitut d'une autre, pour introduire une seconde proposition subordonnée (de temps, but, cause, conséquence, concession, condition, supposition, etc.).
Soit que... ou (que)...Rose, toujours rosissant, soit qu'il commence ou finisse de rougir (Martin du G., Devenir,1909, p.29):
9. Mais, soit qu'il n'eût pas remarqué cette manoeuvre ou qu'il n'eût osé s'y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. Flaub., MmeBovary,t.1, 1857, p.2.
Quand... ou (que)...Je fuyais dans les blés, ainsi qu'une fauvette Quand on l'appelle, ou qu'elle a peur (Desb.-Valm., Idylles,1833, p.10).Je suis jaloux, quoi que je fasse ou que je veuille (Géraldy, Toi et Moi,1913, p.49).
Que... ou (que) + subj.(sert à exprimer l'équivalence entre deux ou plusieurs suppositions différentes et/ou opposées, mais ayant la même conséquence exprimée par la proposition principale). Qu'il pleuve ou (qu'il) fasse beau. Que vous me croyiez ou que vous ne me croyiez pas, je n'en suis pas moins décidée (Meilhac, Halévy, Froufrou,1869, iii, 1, p.91).
(Que)... ou non (fam. ou pas).Selon que, suivant que, soit que... ou (que) (ou non). Que le chancelier Bacon fût ou non prévenu d'une éclipse de lune, il tombait en faiblesse au moment où elle s'opérait (Balzac, L. Lambert,1832, p.95).
[Interr. double] Viendra-t-il ou ne viendra-t-il pas? Viendra-t-il ou non? Quel destin mon imagination lui réserve-t-elle? Le tuerai-je ou le laisserai-je vivre? (Tharaud, Dingley,1906, p.28).Qui soignera Paul, est-ce vous ou moi? (Cocteau, Enfants,1929, p.30).
[Interr. indir.] Il ne sait pas, il ignore s'il viendra ou non, elle n'est pas sûre qu'il vienne ou non. − [indir. double] Maman m'a priée de vous demander si c'est l'omnibus ou le breack que vous voulez qu'on attèle? (Pailleron, Âge ingrat,1879, i, 2, p.4).
2. Littér. [Dans une alternative ou interr. double, ou si introd. le second terme de l'interr.] V. aussi si = ou bien, ou alors est-ce que...? (qui introd. une sorte d'interr. indir., coordonnée à une interr. dir.).Est-ce que vous viendrez, ou si c'est lui? (Ac.).Tu dis que tu as demandé des chevaux; est-ce que c'est vrai? ou si tu te moques de moi? (Musset, Il ne faut jurer,1840, ii, 1, p.129).Dites-moi, je vous en prie, et bien vite −est-ce cela que vous désirez −dites? ou si c'est autre chose? (Gide, Corresp.[avec Valéry], 1891, p.43):
10. père ubu: Elle est bonne, celle-là! On me fait payer douze sous par jour pour cette rosse et elle ne me peut porter. Vous vous fichez, corne d'Ubu, ou bien si vous me volez? Jarry, Ubu,1895, III, 8, p.66.
3. [Ou en corrélation parfois avec un compar. ou un superl., le compl. partitif étant introd. par de, dans une interr. avec qui, lequel, qu'est-ce que...?] Lequel, de toi ou de lui, a menti? Du souci matériel certain ou de la froideur morale possible, lequel choisir? (Amiel, Journal,1866, p.451).C'était un pari... à qui, de Monsieur de Valréas ou de moi, arriverait ici le premier (Meilhac, Halévy, Froufrou,1869, i, 3, p.9):
11. Bien malin celui qui saurait, d'elle ou de vous, qui est le menteur, car peut-être étiez-vous d'accord pour me tuer et me voler, hein?... Bernanos, Nuit,1928, p.29.
4. [Après une forme verbale (impér., subj., fut. simple ou périphrastique) ou une expression traduisant une injonction, un ordre, une défense, une menace, ou sert à introduire la conséquence, le résultat de l'action, l'action nouvelle choisie par le lecteur si l'ordre n'est pas exécuté] Synon. sinon, sans cela, sans ça (fam.), sans quoi, autrement.Haut les mains ou je tire! Taisez-vous ou vous serez puni. Entrez dans cette chambre, ou vous êtes perdu (Musset, À quoi rêvent j. filles,1832, ii, 2, p.372).Il faudra changer ça, ma fille, il faudra changer ça. Ou ça finira mal (Péguy, Myst. charité,1910, p.19):
12. le marquis, emmenant Edgard. Nous allons parler de tout ça, je te dis... et tu vas tâcher de te tenir, ou bien je te flanque des calottes moi, à la fin!... Meilhac, Halévy, Cigale,1877, II, 2, p.62.
Rem. 1. Renforcé par sinon, autrement, bien, alors: ou alors, ou autrement, ou bien, ou sinon... Dites-vous les uns aux autres le mal que vous avez fait et celui que vous avez médité, ou sinon le poison du péché vous étouffera et vous mènera en enfer (Camus, État de siège, 1948, 1repart., p.209). 2. Ou sinon, ou autrement sont rejetés par certains puristes qui considèrent que sinon, autrement expriment la supposition interne (v. Littré, Mauger, Gramm. pratique du fr. d'auj., 1968, p.349 et G. Dupré 1972).
5. Ou (bien)... ou (bien)...[Pour insister sur l'exclusion de l'un des deux termes de l'alternative] Ou vous obéirez, ou vous serez puni; ou je me trompe fort/ou je ne m'y connais pas, ou...; ou c'est vrai, ou c'est faux; de deux choses l'une, ou... ou... (v. chose1ex. 28). À travers ces écueils, qu'ils regardaient blanchir, Il fallait ou passer, ou tourner la montagne (Lamart., Chute,1838, p.915).Il me faut, ou la parfaite solitude, ou la parfaite sympathie (Maurois, Disraëli,1927, p.256):
13. Voulez-vous que je vous dise? cria Grange. Ou c'est un brave homme; et il se laisserait rouler. Ou c'est une canaille; et il nous roulerait de mèche avec les autres. Pourrat, Gaspard,1925, p.32.
Ou... ou... ou...[Dans une alternative multiple] :
14. Il me tend la carte: j'ai droit à un hors-d'oeuvre au choix: cinq rondelles de saucisson ou des radis ou des crevettes grises ou un ravier de céleri rémoulade. Les escargots de Bourgogne sont supplémentés. Sartre, Nausée,1938, p.136.
Rem. 1. Accord du verbe dont les suj. sont coordonnés par ou. a) Si l'idée d'exclusion de l'un des deux suj. domine, le verbe reste au sing. Le père ou la mère doit signer le carnet scolaire (l'un des deux seulement) (v. Grev. 1975, § 818). Ce n'est point que le vrai saisisse son esprit; c'est que Bayle ou Voltaire ou Jean-Jacques l'a dit (Chénier, Épîtres, 1794, p.196). b) Si l'idée de conj. des deux suj. domine (les deux suj. pouvant concourir à l'action), le verbe peut se mettre au plur. Son père ou sa mère viendront (l'un ou l'autre, au choix, ou même les deux). L'un ou l'autre se dit ou se disent. La peur ou la misère ont fait commettre bien des crimes (Ac.). Beethoven ou Mozart furent souvent mes discrets confidents (Balzac, Peau chagr., 1831, p.84). c) Lorsque les suj. ne sont pas à la même pers. ou que l'un des deux est un pron. pers., le verbe s'accorde en genre, en nombre et en pers. avec le suj. qui a la priorité (v. Grev. 1975, § 818). Vous ou moi, nous ferons telle chose (Ac.). C'est Louise de Trailles, ou moi −je ne sais plus −qui versais le poison (Bernanos, MmeDargent, 1922, p.10). d) Avec tel ou tel, le verbe reste au sing. (v. Grev. 1975 § 460 A 2 rem.). 2. Répétition de ou. a) Seulement avant le dernier terme. Blond, brun ou roux; si ... si ... ou si... Qu'importe que ma vie soit féconde ou stérile, heureuse ou tourmentée? (J.-J. Ampère, Corresp., 1823, p.240). b) Devant chaque terme sauf le premier. Aujourd'hui, ou demain, ou après-demain. Ou tu travailleras, ou tu te passeras de pain (Giraudoux, Simon, 1926, p.7). c) [Dans une interr. double avec un partitif, de se répète: qui, de vous ou de lui...?] V. supra II B 3. d) [Dans une coordination de numéraux (évaluation approximative), la prép. ne se répète pas: ex. dans une heure ou deux, dans deux ou trois jours; de même dans une coordination de deux termes très voisins de sens: par ignorance ou imprudence] Le retouchage d'un vêtement acquis par don gracieux ou échange (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p.35).
Prononc. et Orth.: [u]. Homon. août, hou1, hou2, houe, houx, où. Pas de liaison entre subst. et ou: François ou René; médecins ou pharmaciens; ni entre les numéraux un, deux, trois, vingt, cent (ainsi que composés) et ou: cent ou davantage, vingt ou plus (Fouché Prononc. 1959, pp.441-451). Étymol. et Hist. A. Marque une alternative dont l'un des termes entraîne l'exclusion de l'autre 1. 1remoitié xes. (Jonas, éd. G. de Poerck, 139: Se Ninive destruite astreiet u ne fereiet); ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 204: Il me prendrunt [mi parent] par pri ou par poëste; 597: Dusur[e] terre nel pourent mais tenir: Voilent o non, sil laissent enfodir [St Alexis]); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 102: En la citet nen a remés paien Ne seit ocis u devient crestien; 2663: Ne finerai en trestut mun vivant Josqu'il seit mort u tut vif recreant); 2. ca 1100 u... u (ibid., 1730: U pris u mort i fust li reis Marsilie); ca 1170 (Marie de France, Lais, éd. J. Rychner, Guigemar, 497-498: U il avrat hastif sucurs, u li esteot vivre a reburs); 2. 1130-40 o (+ subj.) ... o (+ subj.) «soit que... soit que» (Wace, Conception N.-D., éd. W. R. Ashford, 767-768: O il volsist o ne deignast, o bel li fust o li pesast, Li estuet la dame esposer); 3. a) ca 1150 ou... ou en corrélation avec un compar. dépendant de qui ou de lequel interr. (ici, interr. indirecte) (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 98: Or verrons qui porra plus ou Apollo ou Laus); 1176-81 (Chrétien de Troyes, Charrette, éd. M. Roques, 4331); b) 1160 introduit le 2eterme d'une interr. indir. double se... o se «si... ou si» (Eneas, 67 ds T.-L.: Demande a toz comunalment S'il se voldront o lui tenir... O s'en voldront retorner enz...); c) 1160-74 introduit une interr. indir. double u... u «si... ou si» (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 599: Ele l'enpeinst de tel aïr, Ne sai u od piez u od meins; III, 5616-17); 4. 1229 après un impér., introduit la conséquence qui s'ensuivra si l'ordre donné n'est pas observé (Gerbert de Montreuil, Violette, éd. D. L. Buffum, 142: Aprendés a valoir maris, Ou vous m'avés perdue). B. Marque une alternative sans opposition radicale entre deux éventualités 1. ca 1100 (Roland, 3670: S'or i ad cel qui Carle cuntredie, Il le fait pendre o ardeir ou ocire); 1160-74 (Wace, Rou, III, 83: Des tresturnees de ces nuns..., Poi u nïent seüssum dire Si...); ca 1170 (Marie de France, Lais, Guigemar, 16: Nel voil mie pur ceo lessier, si gangleür u losengier Le me volent a mal turner); ca 1190 (Floovant, 8 ds T.-L.: ...nul home...Qu'il ne vosist ocire et les mambres tolir, Ou pandre an autes forches ou detraire a roncins); ca 1200 (Chanson de Guillaume, éd. D. McMillan, 578: S'il erent pors u vers u sengler, De hui a un meis nes avrium tuez); 2. ca 1160 o bien... o «ou... ou; soit... soit» (Eneas, 7152 ds T.-L.); 3. a) 1176 ou... ou (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 5830: ...ceste dame n'est pas morte..., Se je vive ne te la rant Ou tu m'oci ou tu me pant!); b) 1176-81 ou soit... ou (Id., Chevalier au lion, éd. M. Roques, 4050: Lors liofre a doner del suen Li sire, s'il an vialt avoir, Ou soit de terre ou d'autre avoir...); c) 1269-78 ou que... ou que «soit que... soit que» (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 15399-400); d) xiiies. o se... o se «id.» (Ysopet de Lyon, 940 ds T.-L.). C. Marque le choix entre deux numéraux ca 1100 u... u; u... u... u (Roland, 41: S'en volt ostages, e vos l'en enveiez, U dis u vint...; 148). D. Marque une équivalence entre deux termes de même signification, d'appellation différente 1546 (Hypnerotomachie ou discours du songe de Poliphile...traduit de langage italien en françois par J. Martin et J. Gohory ds Cioranescu 16e, no14715). Du lat. aut conj. disjonctive «ou, ou bien» (liant deux mots, deux prop.) pouvant être renforcé par diverses particules: aut certe, etiam, sane, potius...; avec redoublement: aut... aut «ou bien... ou bien; soit... soit», servant à marquer que chacune des deux alternatives exclut l'autre. Ou a assumé également les empl. de vel, employé pour marquer que la distinction qu'on a pu établir n'avait pas d'importance [proprement «si vous voulez»], aussi employé pour corriger un terme, une expression dont on vient de se servir: vel dicam, vel potius. Fréq. abs. littér.: 169693. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 282791, b) 206981; xxes.: a) 181994, b) 260041. Bbg. Antoine (G.) La Coordination en fr. Paris, 1962, pp.1012-1060; 1063-1066; 1090-1092. _ Blumenthal (P.). La Synt. du message. Tübingen, 1980, pp.110-113. _ Dauzat (A.). En mon nom et au sien. In: [Mél. Bruneau (Ch.)]. Paris, 1954, pp.1-9. _Ducrot (O.). La Preuve et le dire. Paris, 1973, pp.85-109. _ Mériz (D.). O. F. Imp(erative) + et/ou + imp. Two problems. In: [Mél. Solano (L.-F.)]. Chapel Hill, 1970, p.141. _ Michon (J. P.), Potdevin (M.). Rech. d'assoc. paradigm. et théorie des graphes. In: Colloque «Stat. et Ling.» 1973. 2-3 mars. Metz. Paris, 1974, pp.148-150. _ Rey-Debove (J.). Le Métalangage ... Paris, 1978, p.50, 51, 53, 284, 285. _ Van Hout (G.). La Coordination. Cah. Ling. théor. appl. 1972, t.9, p.258.

OÙ, pron. ou adv. rel., adv. interr.

Pronom relatif, adverbe relatif ou adverbe interrogatif de lieu, secondairement de temps.
I. − [Avec antécédent subst. ou adv.] Pronom, adverbe relatif désignant le lieu au propre ou au figuré et secondairement le temps.
A. − Sens locatif
1.
a) [L'antécédent désigne un lieu, au propre ou au fig.] Le pays où il est né. Nous passons près d'un arbre où chante un oiseau (Lemaitre,Contemp.,1885, p.167).Il ne faut pas qu'une petite fille attende trop longtemps dans un jardin nocturne, où, sûrement, rôdent des fantômes (Farrère,Homme qui assass.,1907, p.252):
1. Oh! ne quittez jamais, c'est moi qui vous le dis, Le devant de la porte l'on jouait jadis, L'église , tout enfant, et d'une voix légère, Vous chantiez à la messe auprès de votre mère; Et la petite école , traînant chaque pas, Vous alliez le matin, oh! ne la quittez pas! Brizeux,Marie,1840, p.14.
+ inf.[Pour exprimer un but virtuel] Une maison où passer nos vacances. Trouver la solitude, un coin où se reposer et se refaire (Cendrars,Bourlinguer,1948, p.98).
b) [Précédé de ici, là, voici, voilà, partout...] Ici faut au moins un million pour faire figure. −Voilà où je t'attendais, ma femme (Balzac,C. Birotteau,1837, p.14).V. I B 3 b α.
Rem. C'est là où pour c'est là que. V. I B 3 a rem. 1. C'est ici où, arch. pour c'est ici que. C'est le seul endroit au monde où je me sente compris, et accepté. C'est ici où je cherchais refuge en silence (Claudel, Soulier, 1944, 1repart., 1rejournée, 2, p.947).
c) [L'antécédent exprime un état, une circonstance, une situation]
Dans l'état où je suis; le trouble où il était. Malgré l'épargne où vivait Bovary, il était loin de pouvoir amortir ses anciennes dettes (Flaub.,MmeBovary, t.2, 1857, p.204):
2. Ma mère vint me prendre dans ses bras pour me porter à table, et je me rappellerai toujours l'étonnement je fus en voyant les lumières, la table et les objets réels qui m'environnaient. Sand,Hist. vie, t.2, 1855, p.169.
Dans l'ignorance où, dans l'impasse où; dans l'impossibilité, l'incertitude, l'intention, la nécessité, l'obligation (où il était) de + inf.:
3. knock: (...) MmeRémy, dans la surprise d'une nouvelle d'ailleurs inexacte, et dans la crainte elle était de laisser tomber ses assiettes, n'a pu garder le contrôle de son langage. Romains,Knock,1923, III, 8, p.19.
2. [Remplaçant un pron. rel. précédé d'une prép. autre que dans ou sur (pour les accept. a) et b) ci-après), comme compl. d'obj. indir. d'un verbe ou comme compl. d'adj.] Synon. auquel, à laquelle, vers lequel.
a) Arch. ou littér. Les sonnets et les ballades où sa jeune verve s'était d'abord essayée (Ozanam,Philos. Dante,1838, p.74):
4. Cet autre sens se forme par le déplacement de l'attention au moyen d'un apprentissage l'âme tout entière et le corps participent. S. Weil,Pesanteur,1943, p.33.
Au fig. Le bien où j'aspire; une réponse où il n'y a rien à redire; dans l'hypothèse où..., dans le sens où... Un collectivisme capitaliste (...) qui est l'ébauche bourgeoise du communisme où nous tendons (Jaurès,Ét. soc.,1901, p.269).
b) Lang. usuelle dans des loc. Au prix où est le beurre*; au/du train* où vont les choses; au point* où nous en sommes. Ce n'est même plus de la science, au train où vont les choses (Duhamel,Cécile,1938, p.22).
c) [L'antécédent est un subst. plur. ou coll.] Synon. chez qui, parmi lesquels, dans lesquels:
5. J'ai souvent remarqué que dans les familles il y avait un frère et plusieurs soeurs, celui-ci était sans contredit plus dou., plus honnête et plus poli que les enfants des familles il n'y avait que des garçons... Bern. de St-P., Harm. nature,1814, p.319.
3. Vx ou littér. [Représentant un nom de pers.] Synon. chez qui, en qui.Ces contrôles furent remis au ministre de la guerre, où ils sont restés ensevelis (Chateaubr.,Mél. hist.,1827, p.373).
B. − Sens temporel
1. [L'antécédent marque le temps] Il fut un temps où...; le temps n'est plus où...; en un temps où...; pendant le temps où...; le(s) jour(s) où...; les soirs où...; ces matins-là où...; l'heure où..., à l'âge où..., à l'instant où...; il y a des moments où, des jours où... Il y a des heures où il faut chercher tous ses mots dans le dictionnaire (Renard,Journal,1900, p.597):
6. Comme au temps lointain ses parents lui avaient choisi un époux, elle avait les traits délicatement tracés par la pureté et la soumission, les joues brillantes d'une chaste espérance, d'un rêve de bonheur, même d'une innocente gaieté... Proust,Guermantes 2,1921, p.345.
Au moment où (v. moment I E 3 a); dès* le moment où; jusqu'au moment où (v. jusque(s) II A 2).
2. Au fig. Les limites où; dans le cas où; au cas où; dans les conditions où; dans la mesure où; les occasions où... Votre conscience et la voix du coeur vous diront la limite où commence la lâcheté des flatteries, où finit la grâce de la conversation (Balzac,Lys,1836, p.162).
Rem. Après une indication temp., lorsque l'antécédent est déterminé par un adj. numéral ordinal ou les adj. dernier, seul, la lang. usuelle emploie gén. que à la place de où. On relève cependant les premiers jours où. Dans les premiers jours où elle était à l'asile, elle pleurait souvent (Camus, Étranger, 1942, p.1126).
C. − Rel. prép. [L'antécédent indique le lieu au propre ou au fig.]
D'où
[Provenance, origine, point de départ] Synon. littér. dont (v. ce mot 1resection II A).Voilà le balcon d'où Charles IX a tiré sur le peuple (Zola,Assommoir,1877, p.445).La mare d'où, comme des pétillements cristallins, jaillissait le chant des crapauds (Pergaud,De Goupil,1910, p.35).
Au fig. [Point de départ d'une situation] Il est la rencontre de l'homme avec Dieu, la rencontre unique d'où a jailli l'étincelle de la charité (Psichari,Voy. centur.,1914, p.219).
Par où
[Passage, lieu par où l'on passe] Un grand rayon tombait de la baie supérieure, par où, comme d'un balcon, des grappes d'enfants se penchaient (Gide,Journal,1895-96, p.84):
7. ... j'examinai avec l'attention d'une sentinelle ou d'un chasseur d'hommes la profondeur de ce bois par Augustin était venu jadis et par il avait fui l'hiver précédent. Alain-Fournier,Meaulnes,1913, p.321.
Au fig. [Instrument, moyen; cause] 1813, à leurs yeux, c'est une souffrance nécessaire, par où ils devaient évoluer pour prendre connaissance d'eux-mêmes (Barrès,Cahiers, t.11, 1918, p.342).La vue du prince de Guermantes suffisait à le mettre en fuite. Par où M. de Charlus fut protégé d'une infidélité qui le désespérait (Proust,Sodome,1922, p.1082).
Jusqu'où.V. jusque(s) I A 1 d et C 13.
Pour où, vers où (rare, littér.).Fongueusemare, vers où revolait sans cesse ma pensée (Gide,Porte étroite,1909, p.33 ds Grev. 1975).Là-bas flottent des drapeaux sur les toits rouges de la gare, vers où court la foule (Colette,Cl. école,1900, p.291).
II. − Adv. rel.
A. − [seul, sans prép. ou conj.]
1. [Indiquant le lieu proprement dit]
a) [Introduisant une sub. de lieu] À l'endroit où, là où. Elle opina (...) qu'une femme doit prendre son bonheur où elle le trouve. La jolie parole! (About,Roi mont.,1857, p.188).Encore quelques secondes de courage et ils aboutiront où les chairs se dissolvent, où les âmes s'épousent, où l'insecte ne rôde plus (Cocteau,Enfants,1929, p.188):
8. la prieure: (...) ce que Dieu demande à ses filles, ce n'est pas de donner chaque jour la comédie à Sa Majesté, mais de le servir. Une bonne servante est toujours elle doit être et ne se fait jamais remarquer. Bernanos,Dialog. Carm.,1948, 2etabl., 1, p.1583.
b) [Dans une prop. indépendante, en tête de phrase, pour indiquer le suj. d'un chap.] Où on lira deux vers qui sont peut-être du diable (Hugo,Misér., t.1, 1862, p.437).
c) [Dans une sub. gén. en tête de phrase, le style étant celui de la sentence, du proverbe] Synon. là où.Où (il) y a de la gêne*, (il n') y a pas de plaisir. Où prendre la nation? Où elle est; dans les quarante mille paroisses qui embrassent tout le territoire (Sieyès,Tiers état,1789, p.72).Où on le voit [le gave], c'est un gros serpent bleuâtre qui tord ses anneaux (Michelet,Journal,1835, p.190).Il ne faut pas mettre de l'étrange où il n'y a rien (Sartre, Nausée,1938, p.13).
Où..., là...V. I B 3 b α.
2. [Indiquant le temps, une circonstance ou un lieu au fig.] Synon. là où, alors que, tandis que.La reconnoissance finit où l'injustice commence (Chateaubr.,Ét. ou Disc. hist., t.2, 1831, p.166).Elle fut cruellement désabusée en voyant des ennemis où elle espérait des sauveurs (About,op.cit.,p.154):
9. ... je suis convaincu que l'émotion artistique cesse l'analyse et la pensée interviennent: c'est autre chose de faire réfléchir et de donner l'émotion du beau. Jacob,Cornet dés,1923, p.16.
Rem. C'est où (littér.). C'est là que. J'étais très-mouillé; il prétendit qu'on eût pu arriver jusqu'à l'endroit même de la chute sans cet inconvénient-là. C'est où je l'attendais (Senancour, Obermann, t.2, 1840, p.191). Chacun des jugements que l'on a vus semble comprendre une part exprimée, mais vague: c'est où il s'agit d'idée, d'image, de réalité, de roman (Paulhan, Fleurs Tarbes, 1941, p.196). Par où. On est puni par où l'on a péché*.
B. − [entrant dans des loc. conj.]
1. Où que (loc. conj. concessive indéf., suivie du subj.). En quelque lieu que, quel que soit le lieu où. Où qu'il aille. Le beau, où qu'il se trouve et si mal accompagné qu'il soit, est toujours le beau (Lemaitre,Contemp.,1885, p.245):
10. Elle sait qu'elle attire toujours les enfants: qu'elle soit, ils ont tendance à se grouper autour d'elle, à venir lui sourire. Breton,Nadja,1928, p.86.
2. D'où que + subj. De quelque lieu que. D'où qu'il soit. Elle s'est mise à accepter tous les sacrifices, d'où qu'ils viennent (Céline,Voyage,1932, p.84):
11. −D'que vienne le vent, Il rapporte de ses voyages, À travers l'infini des champs et des villages, On ne sait quoi de sain, de clair et de fervent. Verhaeren,Mult. splendeur,1906, p.82.
C. − D'où (conclusif marquant la conséquence).Synon. dont.
1. D'où il s'ensuit que, d'où il résulte que. Il avait vu dans l'écurie deux animaux, d'où je conclus que le métier roule (Flaub.,MmeBovary, t.2, 1857, p.8).
2. D'où + subst.En conséquence, en conclusion. Synon. de là.La plupart de ses coups ne traversent que des feux follets. D'où, à la longue, une sorte d'exaspération chez ceux qui le lisent (Bremond,Hist. sent. relig., t.4, 1920, p.499):
12. À Dufort, dans le Gard, on a découvert les restes d'un Elephas meridionalis qui semblerait, au sentiment de certains savants, beaucoup plus ancien que le mammouth classique. D'où crise de patriotisme anatomique en préparation. Fargue,Piéton Paris,1939, p.129.
III. − Adv. interr.
A. − [Dans l'interr. dir.]
1. [seul, non renforcé]
a) Adv. de lieu. [Interrogeant sur]
[le lieu où l'on est, avec un verbe d'état] En quel lieu? Où est-tu? Où se cache-t-il? Vite, vite, allons!... Où est-ce? Où êtes-vous certain d'avoir vu Honoré? (Zola,Débâcle,1892, p.422):
13. ... finit le quai Malaquais, commence le quai de Conti? se trouve le quai de Gesvres? D'après la réponse, je classe les gens. À ce petit jeu, on s'aperçoit qu'il n'y a pas beaucoup de vrais Parisiens... Fargue,op.cit.,p.75.
[le lieu où l'on va, la direction, le terme d'un mouvement] Où courez-vous? Où vas-tu? Deux heures de pouvoir... et reconduit par un laquais! Et pour aller où, où? (Sardou,Rabagas,1872, iv, 7, p.182).
[Avec ell. du verbe] Où? Dans quelle ville:
14. −Mais cache-la, nom d'un tonnerre! mongicourt: (Affolé lui-même). Oui, oui! la môme: ? ? Feydeau,Dame Maxim's,1914, I, 6, p.11.
+ inf.[Pour exprimer une virtualité] Où aller? Où trouver cet argent? Auprès de qui s'instruire? Où puiser quelques informations, où? (Cladel,Ompdrailles,1879, p.50).
[En prop. exclam. affective] Au fig. À quel point! Où sommes-nous tombés! Où la vertu va-t-elle se nicher! Tu te rends compte! (...) Où ils en sont tombés pour applaudir ça! (Beauvoir,Mandarins,1954, p.462).
b) Au fig. Où en suis-je? Où en sommes-nous? Mais, enfin, où voulez-vous en venir? J'attends (Dumas père, Reine Margot, t.2, 1845, i, 4, p.32).
c) [Précédé d'une prép.]
D'où? [Point de départ au propre et au fig.]D'où vient ce bruit? D'où tenez-vous ce renseignement? D'où vient tout le mal? D'où vient que? De quoi vit-il? D'où lui vient sa fortune? (Balzac,Splend. et mis.,1844, p.92):
15. −Pourquoi m'as-tu trompée? Tu es allé chez Prudence. −Qui te l'a dit? −Nanine. −Et d' le sait-elle? Dumas fils, Dame Cam.,1848, p.204.
Jusqu'où?V. jusque(s) I C 13.
Par où?Par où est-il passé?:
16. ... Simone donne la réplique: «Voilà les invités qui arrivent», et j'entre... Par dois-je entrer? −Par la porte, bien sûr, déclara Fauchery agacé. Zola,Nana,1880, p.1322.
Au fig. J'ai tant d'affaires en tête! Quand il faut penser à tout, par où commencer? (Scribe,Bertrand,1833, iv, 10, p.209).
Pour où? Vers où? (plus rare, littér.).Il s'en allait maintenant, vers où? (S. Groussard, La Ville de joie, ii, 3 ds Grev.1975).
2. [renforcé, pour insister sur l'interr.]
a) Fam. Où donc? Où diable? Où diantre? (vieilli). Où ça? Où est-ce que (avec suppression de l'inversion du suj.). D'où est-ce que...? Où campait-il? Où gisait-il? Où donc, où donc? (Cladel,Ompdrailles,1879, p.347).
b) Pop. Où c'est? Où (qu') c'est que? Où que? Où c'est-y que? Ousque? Bottes d'asperges! (...) Ousqu'elles sont, vos asperges? (A. France,Crainquebille,1905, 3).Où qu'il est le régiment, mon commandant? (Céline,Voyage,1932, p.30).Seigneur! tu pars? C'est pour de bon? Et où c'est que tu vas? (Claudel,Annonce,1948, i, 1, p.149).
B. − [Dans l'interr. indir.]
1. [Après un verbe déclaratif, interr., dubitatif à la forme positive] Dis-moi où tu vas; se demander où; chercher où; voir jusqu'où... Où est Florence? (...) je vous demande où est Florence? (Sartre,Huis clos,1944, 3, p.122).Je cherche à me rappeler où j'ai mangé du si bon bouilli (Guèvremont,Survenant,1945, p.46):
17. Michel retrouve ses chaussettes sous Madeleine. michel: Regarde je trouve mes chaussettes. Pourtant, je suis sûr de les avoir retirées dans la salle de bains. Cocteau,Parents,1938, II, 1, p.229.
Au fig. Il démêle, avec une sagacité qui n'est jamais en défaut, pourquoi et par où ces phrases sont belles, expressives, éloquentes (Lemaitre,Contemp.,1885, p.184).
2. [À la forme négative ou de sens négatif] Ne pas savoir où..., ignorer où...; ne plus savoir où l'on en est, où donner de la tête*, ne plus savoir où mettre le cap* (mar.). Chacun ne sait pas bien où va le jeu ni où cela finit d'être ordinaire (Mallarmé,Dern. mode,1874, p.751).On ne sait quels vents les ont réunis, ni d'où, ni à quelle époque (Vidal de La Bl.,Princ. géogr. hum.,1921, p.12).
3. Loc. adv. indéf. [Indiquant un lieu indéfini ou péj. peu adéquat, louche]
Je ne sais où, on ne sait où, d'on ne sait où/on ne sait d'où. Ils prenaient secrètement le même chemin. D'autres allaient on ne sait où (A. France,Révolte anges,1914, p.56).Il y a eu un petit moment de calme, venu on ne sait d'où (Giono,Gd troupeau,1931, p.24).
Dieu sait où. Le train roulait, s'en allait Dieu sait où (Van der Meersch,Invas. 14,1935, p.232).Leur besogne faite, le barbouillé court toujours, Dieu sait où! (Bernanos,Crime,1935, p.817).
Le diable sait où. Elle a dû rouler, par ci, par là, le diable sait où!... Elle est peut-être en maison (Mirbeau,Journal femme ch.,1900, p.95).
N'importe où. V. importer1II C.
Prononc. et Orth.: [u]. Homon.: août, hou1, hou2, houe, houx, ou. Att. ds Ac. dep.1694. L'accent grave déjà dans Est. 1539 pour faire la différence avec ou. Étymol. et Hist. Adv. I. De lieu A. Empl. avec valeur relative 1. l'antécédent désigne un lieu a) 2emoitié xes. (St Léger, éd. J. Linskill, 99: Cio fud Lusos [Luxeuil] ut il intrat [Lethgiers]); fin xes. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 24: De lor mantelz, de lor vestit Ben li aprestunt ss'assis [Jésus entrant à Jérusalem]; 352: Dunc lo pausen el monument O corps non jag anc a cel temps); ca 1120 sans antécédent exprimé (St Brendan, éd. E.G.R. Waters, 1801: O or venis si carnalment Tost revendras spiritalment); b) fin xes. l'antécédent est un adv. de lieu lai...o (Passion, 278: Lai dei venir o eu laisai); ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 80); 1160-74 iloc u (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 393); c) 1176-81 régi par une prép. par ou (Chrétien de Troyes, Chevalier au lion, éd. M. Roques, 163); 2. p.ext. de la notion de lieu, l'antécédent désigne une personne, une chose, et correspond à «à, en, par qui; à quoi, auquel, par lequel...» a) ca 1160 l'antécédent désigne une personne (Eneas, 9307 ds T.-L.: ... Et les idres ò il crëeient); 1174-76 (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 4148: ...E nis li reis de France, u il ot greignur fei); 1174-77 (Renart, éd. M. Roques, 4262: Pinte respont, ou mout se fie); b) ca 1170 l'antécédent désigne une chose (Marie de France, Lais, éd. J. Rychner, Yonec, 60: La vielle portot sun psautier U ele voleit verseiller); 1174-76 (Guernes de Pont-Ste-Maxence, op.cit., 5666: E le chalice d'or, u li sainz out chanté); les emplois a et b sont encore en usage aux xvieet xviies., Hug., Littré. B. adv. sert à former la loc. conj. ou que à valeur d'indéf. 2emoitié xes. (St Léger, 40: Sempre fist bien o que el pod [parfait 3]); ca 1050 (St Alexis, 85: Ou que il seit [subj. prés. 3], de Deu servir ne cesset); 1155 (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 478). C. Adv. interr. de lieu 1. a) ca 1100 interr. dir. (Roland, éd. J. Bédier, 2402: Carles escriet: «U estes vos, bels niés? U est l'arcevesque?»...); mil. xiiies. régi par une prép. (Du sacristain moine ds E. Faral, Reprod. ms. Bibl. nat. fr. 19152, fol. 37d: Par ou vint il de l'abaie [?]); b) interr. indir. 1160-74 (Wace, Rou, III, 49:... ne saivent ou fuïr); ca 1285 régi par une prép. (Adam de la Halle, Robin et Marion, éd. E. Langlois, 612: ...Marote or taste Par ou li leus l'avoit aierse); 2. p.ext. de la notion de lieu, peut signifier «à quoi, en quoi, par quoi?» ca 1160 (Eneas, 1677 ds T.-L.: Dites, vasals, o forfis onc, Que m'ocïez?); ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 2841: Biau sire, ou pansez vos?). II. Empl. temp. A. Après un verbe exprimant la découverte subite (veöir, esgarder, venir a, trover...), après les particules de présentation qui en sont issues et indiquent une apparition subite (vez ci, vez la, voici*, voilà*) ou sont de sens apparenté (ez [ < lat. ecce] voz), où peut être considéré comme marquant les mêmes effets de sens que le rel. qui, le plus souvent en rapport avec un nom de personne, ou comme temporel «tandis que» (P. Imbs, Prop. temp. en a. fr., pp.178-180; G. Moignet, Gramm. de l'a. fr., p.164) 1. après un verbe de découverte ca 1050 (St Alexis, 345: Vint a sun filz ou gist suz lu degrét); ca 1160 (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 1887: Suer, veiz les nes o els s'en vont); ca 1180 (Marie de France, Fables, 41, 3 ds T.-L.: si esguarda Ù dui serf ensemble parlöent); ca 1240 (St François, 2780, ibid.: ...vit Saint Franchois, parloit...); av. 1278 (Marques de Rome, 35 a 1, ibid.: il les trova toz ...asemblez, il l'atendoient); 2. ca 1135 (Couronnement de Louis, éd. Y. A. Lepage, 1667, réd. AB: A tant e vos Gautier, un clerc, ou vint); ca 1225 (Perlesvaus, éd. W. A. Nitze et T. A. Jenkins, 893); 3. après les adv. ci, la, vez ci, vez la ca 1200 (Jean Bodel, Saisnes, éd. F. Menzel et E. Stengel, 2562: Là trueve Guit ou gist en son devant); id. (Id., St Nicolas, éd. A. Henry, 1201: Ve le la ou il gist a terre); ca 1210 (Robert de Clari, Constantinople, éd. Ph. Lauer, XXXIV, 27: Veschi le roi ou il vient). B. 1. Empl. avec valeur de conj. a) ca 1100 «alors que, tandis que» [sens causal qui ne peut s'expliquer qu'à partir du sens temp., v. gloss. de l'éd. citée infra, s.v. u, Commentaires p.199, vers 239 et P. Imbs, op.cit., p.173] (Roland, 241: U par ostage vos en voelt faire soürs, Ceste grant guerre ne deit munter a plus); b) introduisant une prop. temp. dont le verbe est veöir «quand, dès que» ca 1130 (Gormont et Isembart, éd. A. Bayot, 69: Eis vus puinant li quens de Flandres...; o vit Gorm[un]d, celui d'Oriente, sur sun escu li dona grande); ca 1135 (Couronnement de Louis, 1100, réd. AB: Ou voit Guillelme, si l'a contralïé); ca 1150 (Charroi de Nîmes, éd. D. McMillan, 680); c) introduisant une prop. temp. dont le verbe est autre que veöir ca 1170 (Béroul, Tristan, éd. E. Muret-L. M. Defourques, 4418: Brengain i vint, la damoisele, Ou out pignié Yseut la bele; Le pieigne avoit encor o soi), v. P. Imbs, op. cit., pp.174-176; 2. formant des loc. conj. introduisant des prop. temp. a) ca 1100 la u «lorsque» (Roland, 2046: Unkes nen oi poür, la u tu fus; trad.: quand tu étais là); ca 1135 (Couronnement de Louis, 1318, réd. AB: la ou il gietent les chetis de lor barges); ca 1140 (Pèlerinage de Charlemagne, éd. P. Aebischer, 853); b) ca 1140 ou que «dès que» (ibid., 824: Hu que veit [la princesse] Oliver, volenters i parol[e]t); ca 1150 (Charroi de Nîmes, 938: Ou qu'il les voit, ses a aresonnez); 3. p.ext. la ou introduisant une prop. concessive ca 1220 «tandis que» (Mort Artu, éd. J. Frappier, 78, 10); 4. p.ext. introduisant une prop. hypothétique ca 1280 «si» (Girart d'Amiens, Escanor, 14738 ds T.-L.), emploi encore att. au xvies., Hug. C. 1174-76 en emploi rel., en référence à un antécédent (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, 5425: Qu'il murreit en cel an...; Or n'i out mais de l'an que dous jurs a passer: Li tierz ert pres alez, u il deveit finer). Du lat. ubi adv. de lieu rel. «où [sans mouvement]» (l'antécédent désigne un lieu [subst., adv.: ibi ... ubi «là où»], une chose, une personne: ubi équivaut alors à in quo, quibus; apud quem, quos); interr. (interr. dir., indir.); empl. comme conj. temp. «quand, lorsque; dès que» et conj. causale «puisque». Sur l'origine de l'emploi de après un verbe de découverte ou une particule présentative, v. P. Imbs, op. cit., pp.180-181. Fréq. abs. littér.: 161381. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 221201, b) 223485; xxes.: a) 242312, b) 236362. Bbg. Chervel (A.). Et il fallut apprendre à écrire... Paris, 1977, p.86, 235, 236, 240-241, 249, 253. _Kalepky (Th.). ... Z. fr. Spr. Lit. 1930, t.53, pp.481-484.

glucomètre (ou, vieilli, glycomètre). « Aréomètre pour moût de raisin » (Duval 1959). Synon. pèse-moût

Wiktionnaire

Adverbe interrogatif

\u\ invariable

  1. À quel endroit, dans quel endroit (avec ou sans mouvement).
    • es-tu ? vas-tu ?
    • Un grondement errait dans les sapins, des mésanges chantaient, on ne savait pas  ; […]. — (Alphonse de Châteaubriant, Monsieur des Lourdines, chap.2, 1910)
    • Il avait pris un soir son baluchon pour aller habiter chez une copine. précisément ? Peut-être du côté d’Élan ou de Villers-le-Tilleul. Il n'en savait fichtre rien. — (Bernard Totot , Le mystère du troisième pied, Editions Le Manuscrit, 2012, page 109)
  2. (Figuré) Dans quelle situation.
    • en sommes-nous ?
    • ce raisonnement nous mènera-t-il ?

Adverbe relatif

\u\ invariable

  1. Auquel ; dans lequel. — Note : Utilisé pour les compléments circonstanciels de lieu ; à l’inverse de nombreuses langues, il décrit autant le lieu où on est que le lieu où on va.
    • On cultive la gesse comme les pois, soit au champ, soit au jardin. Son produit est en raison de la qualité de la terre on la sème ; mais pour qu'elle devienne d'un grand rapport , il faut la placer dans un bon fonds. — (Cours complet d'agriculture théorique, pratique, économique, et de médecine rurale et vétérinaire, […], ou Dictionnaire universel d'agriculture, par l'Abbé Rozier, tome 3, Paris chez Buisson, chez Léopold Collin & chez D. Colas, 1809, p. 580)
    • J’ai retrouvé ma sacoche là je l’avais laissée.
    • Je ne me rappelle plus je dois aller.
  2. Avec la même signification ; il s’emploie par analogie en parlant du temps.
    • Il s’est réveillé au moment l’accident a eu lieu.
    • À l’heure je vous parle, nous n’avons toujours aucune nouvelle.
  3. Indique une circonstance.
    • Ces travaux urgeaient spécialement dans l'Auvergne montagneuse le réseau routier déjà insuffisant fut gravement endommagé par les pluies diluviennes de l'automne 1787. — (Daniel Martin, La Révolution en Auvergne, Bourbonnais et Velay, Éditions Bouhdiba,, 1993, page 68)
    • […], néanmoins l'émergence des premières sociétés à caractère compagnonnique se situe bien dans ce champ de l'histoire le triptyque corporations-cathédrales-croisades contribue fondamentalement à forger la première identité compagnonnale. — (François Icher, Les compagnons ou l'amour de la belle ouvrage, 1995, Découvertes Gallimard n°255, 2005, page 29)
    • Ainsi la culture badarienne, installée principalement en Moyenne-Égypte, pratiquait un mode de subsistance mixte, l'économie de prédation jouait encore un rôle important. — (Sophie Desplancques, « Que sais-je ? » n° 24 : L'Égypte ancienne, 2016, chap. 2, §. 2)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

. adv.
qui désigne le Lieu où l'on est, où l'on va. La maison où je demeure. Le pays où il va. Il s'emploie par analogie en parlant du Temps et signifie Dans lequel, auquel. Le temps où nous sommes. À l'heure où je vous parle. Il s'emploie aussi figurément et signifie Dans lequel, à quoi. Le but où il tend. Les affaires où je suis intéressé. Où que, En quelque lieu que, en quelque endroit que. Où que vous alliez, conformez-vous aux mœurs du pays. Où qu'il soit, puisse-t-il y être heureux! Il est aussi interrogatif et signifie En quel lieu, en quel endroit? Où allez-vous? Où demeurez-vous? Où suis-je? Où serez-vous tantôt? Où a-t-il pris cela? Figurément, Où me réduisez-vous? Où tend ce discours? Où cela vous mènera-t-il? Où en sommes-nous? Il se construit avec la préposition De et sert à marquer le Lieu d'où l'on vient et, figurément, l'Origine, la cause. Je vais vous dire d'où je viens. Voilà d'où cet usage tire son origine. Interrogativement, D'où venez-vous? D'où est-il parti? Savez-vous d'où il arrive? D'où a-t-il pris cela? D'où tirez-vous cette conséquence? D'où lui vient cet orgueil? D'où vient que vous faites cela? Il se construit aussi avec la préposition Par et signifie Par quel endroit ou Par quel moyen. C'est le chemin par où l'on doit passer. On ne sait par où en venir à bout. Interrogativement, Par où avez-vous passé?

Littré (1872-1877)

(ou) adv.
  • 1Où, pris absolument et sans nom exprimé, signifie le lieu. Avec interrogation, en quel lieu, en quel endroit ? Où menez-vous ces enfants et ces femmes ? Racine, Athal. III, 7. Je regrette jusqu'au fond du cœur le président Hénault : je le rejoindrai bientôt ; mais où ? et comment ? on chantait à Rome sur le théâtre public devant quarante mille auditeurs : où va-t-on après la mort ? où l'on était avant de naître, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 5 déc. 1770.

    Fig. Où Jésus avait-il pris chez les siens cette morale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et l'exemple ? Rousseau, Émile, IV. Monseigneur, où sont je ne dis pas l'équité, la charité chrétienne, mais le bon sens et l'humanité ? Rousseau, Lett. à l'archev. de Par.

    Il se construit avec l'infinitif, sous-entendu le verbe pouvoir. Où le trouver ?

    Où… que ? dans quel endroit… si ce n'est… ? (locution elliptique où ailleurs est sous-entendu : où… ailleurs que). On aspire naturellement à s'acquérir l'immortalité ; et où peut-on plus sûrement l'acquérir que dans une compagnie [l'Académie française] où toutes les belles connaissances se trouvent ramassées… ? Th. Corneille, Disc. de réception. Où naissent les passions, que dans les palais des grands ? Massillon, Carême, Prosp.

    Terme de marine. Où est le cap ? c'est-à-dire quelle est la direction de la quille ou du cap par rapport à la ligne nord-sud de la boussole ; quelle est la route ou l'aire de vent que suit le navire ?

    Sans interrogation. Dites-moi où il est. Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où Le héron au long bec emmanché d'un long cou, La Fontaine, Fabl. VII, 4. Le plaisir d'aller sans savoir où, Rousseau, Conf. II.

    Fig. Le peu qui lui restait a passé sou par sou, En linge, en aliments, ici, là, Dieu sait où, Lamartine, Joc. I.

    Il peut se construire avec l'infinitif après les verbes savoir, ignorer, etc. Que serait-ce si tous les monuments des anciens subsistaient ? les modernes ne sauraient pas où placer les leurs, Fontenelle, Morts anc. II, 1.

    Où que, en quelque lieu que, avec le subjonctif. Où que tes bannières aillent, Quoi que tes armes assaillent, Il n'est…, Malherbe, II, 2. Où que soit Rosidor, il le suivra de près, Corneille, Clit. IV, 8. Où qu'il [le chrétien] soit, quoi qu'il fasse, il redoute, il chérit Cet être universel à qui rien ne périt, Corneille, Imit. I, chapitre dernier. Où qu'il porte les yeux, il y porte la mort, Brébeuf, Pharsale, VI. Tourville eut ordre de combattre, fort ou faible, où que ce fût, Saint-Simon, 11, 36. Où qu'elle [la Choin, femme qui vivait avec Monseigneur, fils de Louis XIV] logeât, elle ne sortait jamais de son appartement que le matin, Saint-Simon, 195, 31. J'ai donné ordre à mon coureur de vous chercher où que vous soyez, Rousseau, Hél. III, 23.

  • 2 Fig. Où, toujours pris absolument et sans nom, passe au sens de à quoi, en quoi ? Ah ! pauvre malheureuse, hélas ! où pensais-tu Alors que tu faisais ce tort à la vertu ? Racan, Berg. IV, 5. Que vois-je ! quelle épée ! ah ! qui l'aurait pu croire ?… Mon fils, ah ! mon cher fils, où nous exposais-tu ? Quinault, Thés. V, 4.

    Sans interrogation. Il [l'esprit] se ramène en soi, n'ayant plus où se prendre, Corneille, Cinna, II, 1. Et, puisqu'il faut que je le die, Rien où l'on soit moins préparé, La Fontaine, Fabl. VIII, 1. Orgon : Vous devez n'avoir soin que de me contenter. - Mariane : C'est où je mets aussi ma gloire la plus haute, Molière, Tart. II, 1. Mais pensez un peu plus où vous vous engagez, Pascal, Prov. XI. Cette petite précipitation me coûte plus de deux cents pistoles ; je ne m'en soucie point du tout ; voilà où la Providence triomphe ; quand il n'y a point de ma faute ni de remède, je me console tout aussitôt, Sévigné, 21 août 1677. Voilà où souvent l'on se trompe, Sévigné, 30 juin 1680. Où, à quel point, à quel terme ? Ah ! destins ennemis, où me réduisez-vous ? Racine, Bajaz. V, 11. Hé bien, mes enfants, où en sommes-nous ? tout cela se passera-t-il comme il faut ? Dancourt, Prix de l'arquebuse, sc. 3.

    Sans interrogation. Je ne sais qui me tient, infâme, Que je ne t'arrache les yeux, Et ne t'apprenne où va le courroux d'une femme, Molière, Amph. II, 3. Nous ne savions tous où nous en étions, Sévigné, 5. Dans le temps où il est tombé malade, je sais qu'il travaillait sur les prophéties de Daniel, mais j'ignore où il en était, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 16 août 1778.

    C'est où, c'est à quoi, c'est là que. Il est vrai qu'on peut s'informer, et que c'est où la franchise et la naïveté trouvent leur compte, Sévigné, 21 juill. 1677. La mort nous égale tous ; c'est où nous attendons les gens heureux, Sévigné, 13 nov. 1690. C'est où il n'y a point de remède, Sévigné, 3 juill. 1680.

  • 3Où, avec un nom pour antécédent, remplace le pronom relatif lequel complément d'une préposition et la préposition elle-même qui le gouvernerait, quand il s'agit de temps ou de lieu. La maison où je demeure. Et l'herbe du rivage où ses larmes touchèrent, Perdit toutes ses fleurs, Malherbe, V, 21. La mort ne surprend point le sage ; Il est toujours prêt à partir, S'étant su lui-même avertir Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage, La Fontaine, Fabl. VIII, 1. Et le premier instant où les enfants des rois Ouvrent les yeux à la lumière, La Fontaine, ib. Et la nature A mis dans chaque créature Quelque grain d'une masse où puisent les esprits : J'entends les esprits corps et pétris de matière, La Fontaine, ib. X, 15. Hélas ! qu'est devenu ce temps, cet heureux temps Où les rois s'honoraient du nom de fainéants ? Boileau, Lutr. II. Cette mer où tu cours est célèbre en naufrages, Boileau, Ép. I. L'instant où nous naissons est un pas vers la mort, Voltaire, Fête de Bellebat.
  • 4 Par extension, il se dit en tous les cas possibles, en parlant des choses, pour auquel, dans lequel, duquel, chez lequel, dont, etc. N'est-ce pas ce grand soin où s'occupe sans cesse Notre sage princesse à nourrir ses enfants pour l'appui de tes lois ? Racan, Ode à la reine. Aucun vœu ne m'échappe où j'ose consentir, Corneille, Cid, V, 5. L'attente où j'ai vécu n'a point été trompée, Corneille, Ment. I, 1. L'objet où vont mes vœux serait digne d'un dieu, Corneille, Théod. I, 2. L'hymen où je m'apprête est pour vous une gêne, Corneille, Sertor. IV, 2. Et c'est je ne sais quoi d'abaissement secret Où quiconque a du cœur ne descend qu'à regret, Corneille, Ép. à Ariste. Je n'invite point à cette lecture ceux qui ne cherchent dans la poésie que la pompe des vers ; ce n'est ici qu'une traduction fidèle où j'ai tâché de conserver le caractère et la simplicité de l'auteur, Corneille, Imit. préf. éd. de 1670. Chacun a son défaut où toujours il revient, La Fontaine, Fabl. III, 7. Favorisez les jeux où mon esprit s'amuse, La Fontaine, ib. VII, Dédicace. Nous avons eu querelle Sur l'hymen d'Hippolyte, où je le vois rebelle, Molière, l'Ét. I, 9. C'est elle [la contrainte]… qui me fait passer sur des formalités où la bienséance du sexe oblige, Molière, Éc. des mar. II, 8. Les noces où j'ai dit qu'il faut vous préparer, Molière, Éc. des fem. III, 1. Eh ! sans sortir de la cour n'a-t-il pas [Molière] vingt caractères de gens où il n'a point touché ? Molière, Impromptu, 3. Laissons-là la médecine où vous ne croyez point, Molière, D. Juan, I, 2. C'est une chose où je suis déterminé, Molière, le Méd. malgré lui, III, 6. De vos regards divins l'ineffable douceur Força la résistance où s'obstinait mon cœur, Molière, Tart. III, 3. Et l'hymen d'Henriette est le bien où j'aspire, Molière, Femm. sav. I, 4. C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaye d'opprimer la vérité, Pascal, Prov. XI. Puisqu'il faut que le nom de simonie demeure, et qu'il ait un sujet où il soit attaché, Pascal, ib. Cette vue intérieure ne lui fait plus trouver cette douceur accoutumée parmi les choses où elle s'abandonnait avec une pleine effusion de cœur, Pascal, Sur la conv. du pécheur. La chose du monde où il a le plus d'attention, Sévigné, 31 janv. 1680. Je ne comprends pas qu'on puisse avoir un moment de repos en ce monde, si l'on ne regarde Dieu et sa volonté, et où par nécessité il se faut soumettre, Sévigné, 6 janv. 1689. Vous vous êtes souvent moquée de moi, en me voyant émue de la beauté de certains sentiments où je ne prenais nul intérêt, Sévigné, 11 sept. 1680. Ce changement [de nom] où le public s'oppose toujours, Sévigné, 11 juin 1690. C'est une humiliation où je ne puis m'accoutumer, Sévigné, 11 mars 1676. Raison où il n'y a pas un mot à répondre, raison qui ferme la bouche, Sévigné, 14 oct. 1694. Les périls où il était exposé, Sévigné, 1er janv. 1690. Ils [M. de Chaulnes et sa femme] savaient fort bien prendre sur eux-mêmes pour soutenir les grandes places où Dieu les a destinés, Sévigné, 3 févr. 1695. Cette loi universelle [la mort] où nous sommes condamnés, Sévigné, 30 nov. 1689. Il [M. de Grignan] est chargé d'une vie où tient absolument la mienne, Sévigné, 8 juin 1677. Ce sera pour moi une loi et une décision où je me réduirai avec plaisir, Sévigné, 17 juill. 1693. Il y a des choses où mon esprit ne prend pas, Sévigné, 12 juill. 1690. Pour la communion… je dis bien sincèrement : domine, non sum dignus, et, dans cette vérité où je suis abîmée, je fais comme les autres, Sévigné, juill. 1690. La tristesse où tout le monde se trouve est une chose qu'on ne saurait imaginer au point qu'elle est, Sévigné, 27 avr. 1672. Je suis trop émue de tout ce qui vient de vous, pour souffrir tranquillement les divers états où j'ai passé depuis quelque temps, Sévigné, 18 avr. 1676. David fit une faute considérable où le jeta son bon naturel, Bossuet, Polit. IX, III, 5. L'entrée aux pensions où je ne prétends pas, Boileau, Sat. IX. C'est là l'unique étude où je veux m'attacher, Boileau, Ép. V. Surtout je redoutais cette mélancolie Où j'ai vu si longtemps votre âme ensevelie, Racine, Andr. I, 1. Fais-lui valoir l'hymen où je me suis rangée, Racine, ib. IV, 1. Ils n'ont pour avancer cette mort où je cours…, Racine, ib. II, 2. Heureux qui satisfait de son humble fortune, Libre du joug superbe où je suis attaché, Vit dans l'état obscur où les dieux l'ont caché ! Racine, Iphig. I, 1. Ils semblent être faits pour l'usage où elles les mettent, La Bruyère, I. Pour prévenir les suites d'un engagement où il n'est pas propre, La Bruyère, II. Il y a des maux effroyables où on n'ose penser, La Bruyère, XI. Faites qu'en ce moment je lui puisse annoncer Un bonheur où peut-être il n'ose plus penser : j'avoue que les poëtes n'oseraient dire auquel, et que ce pronom est ordinairement remplacé avec élégance par l'adverbe où ; mais pourtant il me semble qu'un bonheur où je pense ne se dit point ; vous le demanderez à l'usage, D'Olivet, Rem. Rac. § 83. Votre amour où vos soins veulent m'intéresser, Regnard, Démocr. III, 4. C'est un mal où mes amis ne peuvent porter remède, Montesquieu, Lett. pers. 6. Dès que j'aurai fini le petit-lait où je me suis mis, j'irai chez elle, Voltaire, Lett. Thiriot, 26 sept. 1724. L'oubli profond où sont tombés ces traits méprisables, lancés contre un grand homme…, D'Alembert, Éloges, Boss. Songe, ingrat ! songe aux maux où ta fuite me laisse ! Delille, Én. IV.
  • 5Où se dit aussi des personnes, pour à qui, en qui, chez qui. …Que vous cherchiez de ces sages coquettes Où peuvent tous venants débiter leurs fleurettes, Corneille, Ment. I, 1. Et je n'en veux l'éclat que pour avoir la joie D'en couronner l'objet où le ciel me renvoie, Molière, D. Garc. V, 5. Le véritable Amphitryon Est l'Amphitryon où l'on dîne, Molière, Amph. III, 5. Les esprits où il n'y a point de remède, Sévigné, 42. Quand j'ai vu que ce commissaire où il nous renvoyait était ce cher ami que nous aimons et que nous estimons si parfaitement, Sévigné, 13 juin 1684. Il [le fils de Bussy] était bien dans le nombre de mes jeunes garçons où je prends intérêt, Sévigné, 12 juil. 1690. L'hôtesse où vous avez logé, qui vous aime tant…, Sévigné, 21 août 1677. Mes pauvres filles de Sainte-Marie, où je passe une partie de mes après-dînées, Sévigné, 25 mai 1680. Les Égyptiens sont les premiers où l'on ait su les règles du gouvernement, Bossuet, Hist. III, 3. Le premier de tous les peuples où on voie des bibliothèques est celui d'Égypte, Bossuet, ib. Ces âmes où domine l'ambition, Bossuet, le Tellier. Cette sage compagnie où sa réputation vit encore, Bossuet, ib. Il ne reste que moi Où l'on découvre encor les vestiges d'un roi, Racine, Alex. II, 2.
  • 6D'où, loc. adv. De quel lieu ? D'où venez-vous ?

    Fig. D'où tirez-vous cette conséquence ? D'où vous est-il connu, demanda Bélisaire attendri ? Marmontel, Bélis. ch. 2.

    Il marque la cause. D'où vient que vous faites cela ? D'où lui vient, cher ami, cette impudente audace ? Racine, Esth. II, 1. D'où vient qu'on n'y remarque plus cette magnificence qui éclatait partout avant mon départ ? Fénelon, Tél. XXII.

    L'usage permet de dire par ellipse : D'où vient faites-vous cela ?

    D'où, sans interrogation, de quel lieu. Ne regarde pas d'où tu viens ; vois où tu vas : cela seul importe à chacun, Beaumarchais, Mar. de Figaro, III, 16.

    Il se dit aussi pour dont. Des secrets d'où dépend le destin des humains, Racine, Brit. V, 3.

    D'où signifie aussi du lieu où. Bélisaire en superbe appareil, De retour d'où le peuple adore le soleil, Rotrou, Bélis. I, 4. Vous voyez, d'où vous êtes, tout ce qui se dit, et la joie qu'on témoigne, Sévigné, 166.

    D'où signifie encore raison, cause pour laquelle. D'où il suit. D'où suit que… D'où je conclus que… Un ange contre qui il [Jacob] eut un combat plein de mystères, lui donna le nom d'Israël, d'où ses enfants sont appelés les Israélites, Bossuet, Hist. I, 3.

  • 7Par où, loc. adv. Par quel lieu ? Par où irez-vous ?

    Avec l'infinitif. Par où passer pour sortir ?

    Sans interrogation. Voilà par où j'ai passé. Contre ceux qu'on pressait de vous faire périr, Je n'avais que les airs par où vous secourir, Corneille, Tois. d'or, III, 7.

    Avec interrogation, comment, par quel moyen, par quelle raison ? Par où sera jamais ma douleur apaisée, Si je ne puis haïr la main qui l'a causée ? Corneille, Cid, III, 3. Par où prétendez-vous mériter une reine ? Corneille, Sertor. II, 4. J'admire l'aigreur de M. le coadjuteur : par où méritez-vous ces duretés ? Sévigné, 27 déc. 1688. Ah ! madame, par où puis-je assez reconnaître… ? Th. Corneille, Ariane, IV, 2. Sans l'offre de ton cœur, par où peux-tu me plaire ? Racine, Bajaz. V, 4. Par où cette philosophie avait-elle pu déplaire au courtisan misanthrope ? c'est ce qu'il est difficile de deviner, et très peu important de savoir, D'Alembert, Éloges, Huet.

    Sans interrogation, par lequel, par laquelle, par lesquels, par lesquelles. Les olympiades par où les Grecs comptaient les années. Je viens tout à l'heure de recevoir des lettres par où j'apprends que mon oncle est mort, Molière, Méd. m. lui, III, 11. Voit-on dans les horreurs d'une telle pensée, Par où jamais se consoler Du coup dont on est menacée ? Molière, Amph. I, 3. Vous louez Revel par où je l'ai loué, ma chère fille, en disant que je l'avais trouvé vrai et loin de toute vanité, Sévigné, 21 sept. 1689. Le pape a mis sur pied une ancienne bulle par où il ôte toutes les immunités…, Sévigné, 31 mai 1683. Nous ne savons plus par où excuser cette prudence présomptueuse qui se croyait…, Bossuet, Reine d'Anglet. On a trouvé de lui après sa mort quantité d'écrits sur l'antiquité, sur l'histoire, sur la théologie même, si éloignée des sciences par où il est connu, Fontenelle, Newton. Je ne parle pas des voies illicites par où on les acquiert [les biens], Massillon, Prof. rel. 2. Dans tout discours il y a une idée par où l'on doit commencer, une par où l'on doit finir, et d'autres par où l'on doit passer ; la ligne est tracée ; tout ce qui s'en écarte est superflu, Condillac, Art d'écr. III, 4.

    Par où signifie aussi par l'endroit où. Ah ! tu sais me frapper par où je suis sensible, Corneille, Cinna, I, 2. Puis-je vous cacher tout à fait l'inquiétude que me donne votre santé ? c'est un endroit par où je n'avais pas encore été blessée, Sévigné, 8 juin 1677. Il ne s'attendait pas que ses projets dussent être traversés par où ils le furent, Fontenelle, Hartsoeker.

  • 8Ici où, là où, dans l'endroit où. Ici où vous êtes. Je l'ai laissé là où vous l'avez rencontré. Là où pour au lieu que n'est pas du beau langage, quoiqu'on le die communément, et qu'Amyot s'en serve toujours ; mais M. Coëffeteau ne s'en sert jamais, ni après lui aucun de nos excellents écrivains, Vaugelas, t. I, p. 74, dans POUGENS. (Il vaut mieux suivre en ceci Amyot et l'usage que Coëffeteau et Vaugelas.)

    Où peut se mettre avant là. Où je crois vivre plus tranquille, Là je m'estime plus heureux, Bernis, Quatre sais. Hiv.

    Là peut se supprimer. Quelquefois l'un se brise où l'autre s'est sauvé ; Et par où l'un périt, un autre est conservé, Corneille, Cinna, II, 1. Vous n'êtes pas, Sabine, encore où vous pensez, Corneille, Horace, III, 2. Mais que sert la colère où manque le pouvoir ? Corneille, Sert. I, 2. Tu parles de supplice où je dois récompense, Th. Corneille, Stil. Il, 5. Il n'y a plus d'avarice, où chacun apporte ses biens au pied des apôtres ; il n'y a plus de divisions ni de jalousie, où il n'y a qu'un cœur et qu'une âme, Bossuet, Méd. sur l'Év. 2e partie, 21e jour. L'amour a peu de part où doit régner l'honneur, Voltaire, Adél. du Guesclin. III, 3. Je compte sur vous en cette occasion ; et j'y compterais même quand vous m'aimeriez moins ; car je connais votre âme ; je sais qu'elle n'a pas besoin du zèle de l'amour où parle celui de l'humanité, Rousseau, Hél. I, 64. Je ne vous crains qu'où vous n'êtes pas, Rousseau, ib. VI, 7. Son empire [de l'imagination] finit où celui de l'analyse commence, Condillac, Conn. hum. II, 10.

  • 9Vers où, vers le lieu où. Le bien vers où vous alliez, Scudéry, Cyrus, IXe partie, liv. II, p. 268.

REMARQUE

Dans le XVIIe siècle, rien n'était plus fréquent que de faire de où un emploi pléonastique. C'est dans cette allée où devrait être Orphise, Molière, Fâch. I, 1. C'est ici où je veux vous faire sentir la nécessité de nos casuistes, Pascal, Prov. VII. C'est là où vous verrez la dernière bénignité de la conduite de nos pères, Pascal, ib. IX. Ce fut là [la tente de Turenne mort] où M. de Lorges, M. de Roye et beaucoup d'autres pensèrent mourir de douleur, Sévigné, 28 août 1675. C'est dans cette occasion où je pourrais dire…, Sévigné, juill. 1690. C'est ici où Dieu manifeste ses merveilles, et où il descend du ciel, Massillon, Carême, Temples. Les grammairiens ont condamné ce pléonasme ; et aujourd'hui l'on prescrit de mettre dans tous ces exemples que à la place de où.

HISTORIQUE

XIe s. Hom qui plaide en curt, à qui curt que ço seit [à la cour de qui que ce soit], fors là où li cors le rei est…, Lois de Guil. 18. Là ù cist furent, des autres i ot bien, Ch. de Rol. VIII. Charles escrie : ù estes-vous, bels niés [beau neveu] ! ù l'archevesque et li quens [le comte] Oliviers ? ib. CLXXIII.

XIIe s. En une grant valée Où Sarazin atendent l'ajornée, Ronc. p. 33. Où il le voit, sore lui est couru, ib. p. 103. De pasmoison où ot tant esteü, ib. p. 104. [Elle] Ot [eut] un anel où durement se fie, ib. p. 162. Novele amor où j'ai mis mon penser, Couci, II. Mieus ne puet-ele [l'amour] trahir Celui où ele se prent, ib. IV. Benoit soit le hardemens Où j'ai pris si bon espoir ! ib. XI. Et du douz lieu où mes cuers [mon cœur] tent et bée, ib. XVII. Où que il voit le duc, si lui a pris à dire, Sax. X. Si servez vo [votre] seigneur, où qu'il voist [aille] ne quel part, ib. XI. À tuz ces chevals truverent furre e provende, ù ke fust li reis, Rois, p. 240.

XIIIe s. Li cent de fileit de cavene [chanvre], d'où que li filès soit…, Tailliar, Recueil, p. 21. Que le livre as histoires me montra, où je vi…, Berte, I. En Hongrie [elle] revint là où li rois l'atant, ib. IX. Fors seulement Bertain, où tant [ils] ont d'amisté, ib. LXVII. Fille, ce dist la vieille, savez où je m'avise ? ib. LXXVI. Adonc commença à aler Entor le fossé por savoir Se des meures porroit avoir ; Mes il ne voit mie par out Il en puisse avoir, si en grout [gronde], Ren. 24675. Cil qui le [la] coze li loua, le pot porsivir, où que le [la] coze soit alée, Beaumanoir, XXXI, 16. Où pensez-vous, frere Symon ? Je pens, fait-il, à un sermon, Le meilleur où je pensasse oncques, Rutebeuf, dans GÉNIN, Lexique de Mol.

XVe s. Respondirent qu'ils se tenoient bien pour absous et pour quittes de tout ce où obligés estoient, Froissart, I, I, 106. Son trespas où j'estoye present, Commines, Prol. Que jamais j'aye congneu nul prince où il y eust moins de vice, Commines, ib. Arriverent les ambassadeurs du roy où estoit le conte d'Eu, le chancelier de France…, Commines, I, 1. Et s'en retourna à Paris là où il fist long sejour, Commines, v, 7.

XVIe s. Ces biens icy, où tous sont si taschans, Viennent sans reigle aux bons et aux meschans, Saint-Gelais, 216. Dieu, d'où les vrais biens procedent, Saint-Gelais, ib. Pour au pays venir D'où [duquel] je n'ai sceu perdre le souvenir, Marot, II, 186. D'où vient cela, belle, je vous supply, Que plus à moy ne vous recommandez ? Marot, II, 338. Maudit soit l'or où elle ha sa liesse ! Marot, II, 343. J'ay receu vostre lettre, par où j'ay sceu de vostre santé, Marguerite de Navarre, Lett. 4. J'ay eu affaire à gens où il se treuve aussy peu d'honneur qu'il est possible, Marguerite de Navarre, ib. 47. Ceste usance, aux nations où elle est observée, Montaigne, I, 12. Pour avoir où se venger de la perte de son argent, Montaigne, I, 22. Les inconvenients où il n'y a point de remede, Montaigne, I, 48. Le pouvoir et le nom où il aspiroit, Montaigne, I, 68. Où que vostre vie finisse, elle y est toute, Montaigne, I, 88. C'est là où gist son vray honneur, Montaigne, I, 242. Les mauvais moyens par où on se poulse aux charges, Montaigne, I, 273. Où qu'il attende, d'où qu'il vienne…, Montaigne, II, 25. Les maisons particulieres s'augmentent, où la concorde regne, Lanoue, 45. Et prirent la route de Lusignan, près d'où il y a un petit quartier de païs bon en perfection, Lanoue, 648. Ces biens me sont tournez en griefves douleurs et calamitez, où je ne puis remedier, Amyot, Solon, 59. Comme si c'eust esté le but principal où il eust pretendu, Amyot, Caton. 2. N'es-tu pas cause de ceste guerre et de tous ces maux et travaux où nous nous voyons maintenant ? Amyot, Artax. 7. Non d'où tu es, mais d'où tu pais, Cotgrave

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Étymologie de « où »

(Xe siècle) U. Du latin ubi, même sens.
Remarque : est le seul mot de la langue française qui contient un u avec accent grave (ù). Cet accent permet de ne pas le confondre avec ou, conjonction de coordination.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Wallon, wiss ; Berry, voù, évou ; prov. o ; anc. espagn. o ; anc. portug. ou ; ital. ove ; du lat. ubi. Ubi est pour cubi par chute de l'initiale, comme le prouvent ali-cubi, et l'ombrien pufe, osque puf, qui est ubi (on sait qu'en ombrien et en osque p égale c, q) ; c'est donc la racine du pronom relatif qui, cu-jus, un datif comme ti-bi ; ce datif bi, ombrien fe, est le sanscrit bhyam de tu-bhyam.

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Phonétique du mot « où »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
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Citations contenant le mot « où »

  • « Quand on arrive, il faut entrer sur la pointe des pieds. Puis c'est un long parcours. On ne peut pas arriver dans un club qui gagne depuis huit ans et vouloir tout changer. Ce ne serait pas intelligent », a insisté Sarri, qui se projette désormais sur la Ligue des champions, la Juve rencontrera l'OL, le 7 août, en huitièmes de finale retour (0-1 à l'aller, le 26 février). L'Équipe, Ligue des champions : « Une année où peut tout arriver » pour Maurizio Sarri (Juventus Turin) - Foot - C1 - Juve - L'Équipe
  • Qui aurait prédit il y a encore quelques années que des Parisiens prêts à quitter la capitale jetteraient leur dévolu non plus sur Lyon, Bordeaux ou Marseille, mais sur Angers, Albi ou Arras. On croyait ces villes de moins de 100.000 habitants ringardisées par les métropoles, assommées par la désindustrialisation et la fermeture des services publics? Eh bien, elles tiennent leur revanche. Et l’expérience du confinement devrait encore renforcer leur cote. «Dans notre enquête de juin, 36% des cadres se disent prêts à déménager dans une petite ville si leur entreprise leur autorise plusieurs jours de télétravail par semaine», note Julien Breuilh, directeur des études chez Cadremploi. Et ce désamour des métropoles ne concerne pas que Paris. Dans le classement des «villes il fait bon vivre», basé sur 182 critères (sécurité, transports, environnement, commerces, santé, loisirs, éducation…) et publié en janvier dernier par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), «Saint-Etienne arrive bien avant Lyon, Lorient devance Nantes et Bayonne supplante Bordeaux», remarque Thierry Saussez, président de l’association à l’origine de l’étude. Capital.fr, Emploi et qualité de vie : ces villes moyennes où déménager - Capital.fr
  • Le plus grand inconvénient de Google Drive repose dans les environnements les utilisateurs ont standardisé les applications de bureau de Microsoft Office. Un panneau d'alerte du flux de fichiers du lecteur dans Word et d'autres applications Office vous permet de savoir quand il est sûr de modifier des fichiers et quand les fichiers ont des modifications qui doivent être synchronisées, mais l'expérience est loin d'être aussi élégante que celle que vous obtenez avec les applications Google natives ou avec les applications Office connectées à OneDrive. ZDNet France, Google Drive ou OneDrive : quel est le meilleur service cloud ? - ZDNet
  • Après son classement général des communes françaises il fait bon vivre, Le Journal du Dimanche a dévoilé le 12 juillet 2020 la crème des villes et villages du littoral selon l’association "Villes et villages il fait bon vivre". Un classement idéal pour vous donner des idées vacances cet été. Geo.fr, Eté 2020 : découvrez le classement des communes où il fait bon vivre sur le littoral français - Geo.fr
  • En outre, il ajoute que l’événement offre des perspectives, dans la mesure il a été sollicité pour organiser d’autres tournois dans d’autres quartiers populaires de Strasbourg. Le prochain aura d’ailleurs lieu au Neuhof d’ici quelques semaines et dans l’avenir il envisage de créer un tournoi interquartier. , Culture - Loisirs | À Koenigshoffen, on tire ou on pointe ?

Images d'illustration du mot « où »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « où »

Langue Traduction
Anglais or
Espagnol o
Italien o
Allemand oder
Chinois 要么
Arabe أو
Portugais ou
Russe или
Japonais または
Basque edo
Corse o
Source : Google Translate API

Synonymes de « où »

Source : synonymes de où sur lebonsynonyme.fr
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