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Nuée

Sommaire

  • Définitions du mot nuée
  • Étymologie de « nuée »
  • Phonétique de « nuée »
  • Citations contenant le mot « nuée »
  • Images d'illustration du mot « nuée »
  • Traductions du mot « nuée »
  • Synonymes de « nuée »

Définitions du mot nuée

Trésor de la Langue Française informatisé

NUÉE, subst. fém.

A. −
1. Vieilli ou littér. Nuage de grande étendue, généralement épais et sombre, annonciateur de pluie ou d'orage. Synon. intensif de nuage, nue.Nuée grise, noire, obscure; nuée énorme, épaisse, grande, grosse, immense, longue; nuée pluvieuse, nuée d'orage; nuée d'encre; ciel chargé de nuées; crever la nuée. Il nous reste à peine le temps, avant que la nuée crève, de regagner notre demeure (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p.49).Là-dessus pesait un grand nuage, amassé sur tout le bout de Paris qu'il couvrait, une nuée lourde, d'un violet sombre (Goncourt, Man. Salomon, 1867, p.3):
1. ... il leva les yeux... De tout l'horizon, sous la poussée d'un vent annonciateur de neige, se pressaient de lourdes légions de nuées sombres, masses fumeuses qui, lentement, sur le fond blanc des trouées, se désagrégeaient, se tordaient en de noirs remous. Et tout le ciel en était envahi... Châteaubriant, Lourdines, 1911, p.242.
P. méton. Ce qui peut tomber des nuages, précipitation atmosphérique (pluie, neige, grêle). La neige emplit le noir sillon. La lumière est diminuée... Ferme ta porte à l'aquilon! Ferme ta vitre à la nuée! (Hugo, Contempl., t.2, 1856, p.70).
En partic. Petit nuage. Nuée bleue, laiteuse, rose; nuée légère, lumineuse. Il faisait un beau temps d'hiver, de petites nuées blanches couraient dans le grand ciel bleu (Du Camp, Mém. suic., 1853, p.89).Ciel sans une nuée (Fromentin, Voy. Égypte, 1869, p.78).
RELIG. Symbole de la présence de Dieu dans la Bible (p.ex. la colonne de nuée: Exode 13, 21; la nuée lumineuse [la Transfiguration]: Matth. 17 I-8, 24-30 et Actes I, 9 [l'Ascension]). Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles...! «Et alors on verra le Fils de l'homme venir sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté...» (Guèvremont, Survenant, 1945, p.93).Voir Chateaubr., Martyrs, t.3, 1810, p.202 et Sand, Lélia, 1833, p.8 et 1839, p.393.
2. P. anal. Vapeur (fumée, brouillard) plus ou moins dense, obscurcissant l'atmosphère à la manière d'un nuage. La masse noire de la gare se dressait, encapuchonnée dans des nuées de fumée stagnante (Estaunié, Simple, 1891, p.25).Testevel, au sortir de sa tiède petite bauge où devaient flotter encore les nuées d'un tabac amical, allait, dans les bureaux d'une gazette, tenir son emploi de correcteur (Duhamel, Désert Bièvres, 1937, p.54).
En nuée. La fumée de l'échappement flotte en nuée bleue derrière la voiture (Genevoix, Rroû, 1931, p.221).
Nuée d'étoffe. Tissu chatoyant et vaporeux (v. nuage B 2 b). Les vastes et chatoyantes nuées d'étoffes dont elle s'enveloppe (Baudel., Curios. esthét., 1867, p.353).
Spécialement
ASTRON. Nuée(s) de Magellan. Synon. de nuage de Magellan (v. nuage B 1 b).Les nuées de Magellan, deux vastes nébuleuses, dont la plus étendue couvre un espace deux cents fois grand comme la surface apparente de la lune (Verne, Enf. cap.Grant, t.1, 1868, p.237).
VOLCANOL. Nuée ardente. Ensemble des gaz, vapeurs d'eau, cendre et pierres s'échappant d'un volcan en éruption. La catastrophe de Saint-Pierre à la Martinique en 1902, détruite en un instant (...) par l'élévation de température intense provoquée par la nuée ardente de la montagne Pelée (...) ressemble étrangement à l'annihilation d'une ville par une explosion atomique (Goldschmidt, Avent.atom., 1962, p.57).
3. Au fig. et p.métaph. (dans des emplois très proches du sens de nue, v. ce mot B 2).
a) Gén. au plur. Idées obscures; domaine hypothétique des abstractions et des chimères. Jaurès était un esprit faux, rempli de nuées, incapable d'amendement et de perfectionnement (L. Daudet, Temps Judas, 1920, p.218).Loin de s'élever sur les nuées fumeuses qui obscurcissent tant de cerveaux, ils [Villon, Baudelaire, Verlaine] ont pour base le sol où nous sommes nés (Carco, Nostalgie Paris, 1941, p.144).
Se perdre en (dans les) nuées. Il ne se perdait pas dans les nuées, lui, il forgerait son destin et dominerait sur les hommes (Arnoux, Crimes innoc., 1952, p.93).
b) Chose de peu d'importance, inconsistante comme les vapeurs d'un nuage. Propos de table et propos d'amour; les uns sont aussi insaisissables que les autres; les propos d'amour sont des nuées, les propos de table sont des fumées (Hugo, Misér., t.1, 1862, p.168).
B. − [À valeur de coll. dans le tour une nuée de +subst.plur.]
1. Une nuée de + nom de pers. ou d'animal.Multitude, foule compacte de. Synon. ribambelle, flopée (fam.).Une nuée de corbeaux, d'insectes, de moineaux, de moucherons, de moustiques, de sauterelles. Une nuée, une multitude, une avalanche, une plaie d'oiseaux blancs, et la solitude (Baudel., Curios. esthét., 1867, p.258).Une nuée d'enfants dépenaillés jouaient sur les trottoirs au milieu de paquets de débris (Roy, Bonheur occas., 1945, p.119):
2. ... nous avions toujours à nos trousses une nuée de polissons qui faisait la roue sur nos derrières, appelaient Bamban par son nom, le montraient du doigt, lui jetaient des peaux de châtaignes, et mille autres bonnes singeries. A. Daudet, Pt Chose, 1868, p.73-74.
2. Une nuée de + inanimé.Grand nombre de, multitude de.
a) concr. Une nuée de balles gicle autour de moi, multipliant les arrêts subits (Barbusse, Feu, 1916, p.274).
b) abstr. Un soir, sur ce canapé, j'ai été assailli d'une nuée de pensées violentes (A. France, Lys rouge, 1894, p.216).
C. − En/par nuée(s). En grand nombre. Des guêpes, et par nuées, se livraient hardiment au pillage, dépeçant à belles dents nos meilleures pêches (Michelet, Insecte, 1857, p.7).Arrivant en nuée, de toutes parts, les projectiles criblaient cet alignement de morts! (Barbusse, Feu, 1916, p.240).
Prononc. et Orth.: [nɥe], [nye]. Homon. nuer. Att.ds Ac. dep.1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1180-90 «gros nuage» (Alexandre de Paris, Alexandre, branche II, 5046 in Elliot Monographs, no37, p.256); b) α) 1538 «traînée de vapeurs aux contours imprécis» (Est. d'apr. FEW t.7, p.219a); β) 1902 géol. nuée ardente (Lacroix, Lettre du 10 déc. ds C. r. de l'Ac. des sc., t.135, p.1305); 2. α) 1564 «multitude d'hommes ou de choses» (Indice et recueil universel de tous les mots principaux de la Bible d'apr. FEW, loc. cit.); β) 1688 [éd.] «grande quantité d'objets ou d'animaux se mouvant dans l'air» (Saci, Tobie, Judith et Esther, p.12: nuées de sauterelles). Dér. de nue*; suff. -ée, v. -é. Fréq. abs. littér.: 1323. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1345, b) 3159; xxes.: a) 2304, b) 1399.

Wiktionnaire

Nom commun

nuée \nɥe\ féminin

  1. (Vieilli) Nuage étendu, épais, sombre. — Note : on l’utilise surtout au pluriel, pour désigner les nuages qui s’accumulent dans le ciel avant un orage.
    • La lumière rasante faisait paraître d'un noir intense les nuées qui furent déchirées bientôt par cent autres lumières, lorsque les éclairs les parcoururent. — (André Dhôtel, Le Pays où l'on n'arrive jamais, 1955)
  2. (Vieilli) (Figuré) Une entreprise, un complot, une conspiration, une punition, une vengeance, etc., qui se prépare et qui est près d’éclater.
    • La nuée se forme.
    • On ne sait où la nuée crèvera.
    • L’ennemi menaçait plusieurs provinces, la nuée a crevé sur le point où l’on était le moins en défense.
  3. (Figuré) Une multitude de personnes, d’oiseaux, d’animaux venus par troupes.
    • Au moment de repartir, notre attention est attirée par une nuée de corbeaux s'agitant au-dessus d'un groupe d’êtres humains. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, p. 54)
    • Après deux jours d'absence, nous revenions à Rockall ramenant une nuée de mouettes qui avaient quitté leur îlot pour nous accompagner ; […]. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • En 1223, première alerte. Du Caucase dévale une nuée de cavaliers. Ce n'est plus une horde : c'est une armée structurée, disciplinée d'un immense empire […]. — (René Cagnat & Michel Jan, Le milieu des empires, Robert Laffont, 1981, page 115)
    • Comment ose-t-il, ce bouffi plein de courants d'air, aussi malodorant qu'un pet de bouc, ce... cet insupportable merdailleur, plus nuisible que nuée de pigeons ? M'empêcher de quitter Cahors ! À moi ! — (Jean-Louis Marteil, La chair de la Salamandre: boires et déboires d'un usurier cahorsin au XIIIe siècle, L'Hydre éditions, 2002, p. 205)
  4. (Figuré) Nuage formé d’un très grand nombre d’éléments.
    • Des nuées de sauterelles s'abattirent sur le pays.
  5. (Figuré) Une grande quantité de choses.
    • Il parut alors une nuée de pamphlets contre la reine.
  6. Abstractions vagues et d’idées chimériques.
    • Assembleur de nuées.

Forme de verbe

nuée \nɥe\

  1. Participe passé féminin singulier de nuer.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

NUÉE. n. f.
Nuage étendu, épais, sombre. Il a vieilli, on dit plutôt Nuage, excepté quand on veut désigner les nuages qui s'accumulent dans le ciel avant un orage. Il faut laisser passer la nuée. Il se dit, figurément, d'une Entreprise, d'un complot, d'une conspiration, d'une punition, d'une vengeance, etc., qui se prépare et qui est près d'éclater. La nuée se forme. On ne sait où la nuée crèvera. L'ennemi menaçait plusieurs provinces, la nuée a crevé sur le point où l'on était le moins en défense. Il s'emploie surtout figurément et se dit d'une Multitude de personnes, d'oiseaux, d'animaux venus par troupes. Il vint une nuée de barbares qui désolèrent tout le pays. On vit une nuée de corbeaux, de cailles, de sauterelles, etc. On dit par exagération : Il est tombé chez lui une nuée de solliciteurs. Avoir affaire à une nuée d'ennemis. Il se dit encore figurément des Choses et signifie Une grande quantité. Il parut alors une nuée de pamphlets contre la reine. Il se dit aussi d'Abstractions vagues et d'idées chimériques. Assembleur de nuées.

Littré (1872-1877)

NUÉE (nu-ée) s. f.
  • 1Grosse nue. Le soleil se couchait dans une nuée d'or et d'azur, Voiture, Lett. 10. La nuée du Seigneur se reposait sur le tabernacle pendant le jour, et une flamme y paraissait pendant la nuit, Sacy, Bible, Exode, XL, 36. Nous devons regarder la nuée qui porte le tonnerre comme un grand corps électrisé, Brisson, Traité de phys. t. III, p. 490, dans POUGENS. Ce ciel menaçant, cette terre [la Russie au delà du Niémen] sans abri nous attrista ; quelques-uns même, naguère enthousiastes, en furent effrayés comme d'un funeste présage ; ils crurent que ces nuées enflammées s'amoncelaient sur nos têtes et s'abaissaient sur cette terre pour nous en défendre l'entrée, Ségur, Hist. de Nap. IV, 2. Rois, peuples, couvrez-vous d'un sac souillé de cendre ; Bientôt sur la nuée un juge doit descendre, Hugo, Odes, III, 1.

    Les Nuées, titre d'une comédie d'Aristophane, dans laquelle Socrate est tourné en ridicule. On vit par le public un poëte avoué [Aristophane] S'enrichir aux dépens du mérite joué, Et Socrate par lui, dans un chœur de nuées, D'un vil amas de peuple attirer les huées, Boileau, Art p. III.

  • 2 Par extension, nuage formé d'une vapeur quelconque. Du fond de notre sacristie Une épaisse nuée à longs flots est sortie, Qui, s'ouvrant à mes yeux dans son bleuâtre éclat, M'a fait voir un serpent conduit par le prélat, Boileau, Lutr. IV.
  • 3 Fig. Multitude de personnes, d'oiseaux, d'animaux venus en troupe. Et il [Holopherne] partit lui et toutes ses troupes avec ses chariots, sa cavalerie et ses archers, qui couvrirent toute la face de la terre comme des nuées de sauterelles, Sacy, Bible, Judith, II, 11. Une nuée de traits obscurcit l'air et couvrit tous les combattants, Fénelon, Tél. XIX. Il n'est pas rare de voir, dans les mers d'Amérique, des nuées d'oiseaux attirés par des nuées de papillons si considérables que l'air en est obscurci, Buffon, Ois. t. XII, p. 314. Des nuées d'Arabes furent appelées en Égypte pour remplacer les habitants que la misère avait détruits, Silvestre de Sacy, Instit. Mém. inscr. et belles-lett. t. V, p. 40.

    Par exagération. Un grand nombre. Ici quelle nuée de témoins ! Massillon, Carême, Vérité de la religion. Les nuées de commis et d'employés si odieux au peuple, si incommodes au public, Rousseau, Gouv. de Pologne, 11. C'est le discours qui précède que les Dion Cassius, les Xiphilin, et la nuée des détracteurs de Sénèque depuis son siècle jusqu'au nôtre, ont successivement paraphrasé, Diderot, Claude et Nér. I, 59. À ce bruit répandu avec l'affectation d'une malveillance marquée, je m'aperçus que j'avais des ennemis ; je fus même averti que j'en avais une nuée, Marmontel, Mém. IV.

    Il se dit aussi des choses. Léon X publia la bulle de condamnation du 18 juin 1520… dès lors il [Luther] n'eut plus que de la fureur ; on vit voler des nuées d'écrits contre la bulle, Bossuet, Variat. I.

  • 4 Fig. Menace, orage qui se prépare. L'ennemi menaçait plusieurs provinces ; la nuée a crevé sur celle-ci. Il se forme de cela une armée de vingt-cinq mille chevaux, de quinze mille hommes de pied, et de quarante canons ; cette nuée grosse de foudres et d'éclairs vient fondre sur la Picardie, Voiture, Lett. 74.
  • 5 Terme d'astronomie. Nuées de Magellan, se dit de deux blancheurs remarquables que l'on observe dans le ciel austral.
  • 6 Terme de lapidaire. Nom donné aux parties sombres qui se trouvent quelquefois dans les pierres précieuses, et qui en diminuent beaucoup la valeur.
  • 7Nuée d'or, nuage, nom marchand d'une coquille univalve.
  • 8 Terme d'alchimie. La nuée dont Jupiter couvrit Io, la petite peau qui paraissait au commencement de la congélation de l'élixir.

HISTORIQUE

XVe s. Se Dieu plaist, briefment la nuée De ma tristesse passera, Orléans, p. 55. À celle heure le herault cria au chevalier à la nuée [vapeur qui sortait du cheval en sueur]… tout a vaincu le chevalier à la fumée, Perceforest, t. VI, f° 40.

XVIe s. Le ciel estoit clair sans nuée quelconque, Amyot, Arat. 24.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

NUÉE, s. f. (Physiq.) n’est autre chose qu’un brouillard qui s’éleve fort haut dans l’athmosphere.

Les nuées s’élevent dans notre athmosphere à différentes hauteurs. On en voit quelquefois qui sont suspendues les unes au-dessus des autres, & qui paroissent fort distinctes, ce qui dépend sur-tout de la différence de leur pesanteur spécifique, qui les tient en équilibre avec un air plus ou moins dense. On connoît qu’elles sont suspendues les unes au-dessus des autres par les différentes routes qu’elles prennent, étant portées les unes plus haut, les autres plus bas, sans se mêler ensemble. Il paroît que les plus hautes nuées s’élevent rarement au-dessus de la hauteur du sommet des plus hautes montagnes ; car on voit ordinairement de loin, que ces sommets s’élevent au-dessus des nuées. 2°. Nous apprenons de divers observateurs qui ont été sur les plus hautes montagnes, qu’ils ont toujours vu les nuées floter au-dessous d’eux, sans avoir jamais remarqué qu’elles se trouvassent au-dessus de leurs têtes. Riccioli a calculé que les plus hautes nuées ne s’élevent jamais à la hauteur de 5000 pas. Peut-être y a t-il cependant quelques exhalaisons subtiles qui montent beaucoup plus haut.

Les nuées changent continuellement de grandeur & de figure, car l’air dans lequel elles sont suspendues, n’est presque jamais calme. Elles different beaucoup en grandeur, car les unes sont petites, les autres. fort grosses ; & on peut hardiment établir avec M. Mariotte, qu’il y en a qui ont un mille de longueur, & même un mille en quarré. Il s’en trouve qui ont beaucoup d’épaisseur, ou beaucoup de diametre en hauteur, comme on peut le conclure de la pluie qui en tombe. Il me souvient, dit M. Musschenbroch, d’avoir observé que dans un tems d’orage, il tomba en pluie d’une nuée, un pouce d’eau en hauteur dans l’espace d’une demi-heure, d’où l’on peut conclure que cette nuée avoit du moins 100 piés d’épaisseur ; cependant toute la nuée ne tomba pas, mais il parut qu’il en étoit resté bien autant qu’il en étoit tombé en pluie.

Le vent fait quelquefois avancer les nuées avec une si grande rapidité, qu’elles font 2 à 3 lieues en une heure. Il arrive assez souvent qu’elles se mettent en pieces, & se dispersent de telle maniere qu’elles diparoissent entierement : de-là vient que le ciel est quelquefois serein & clair, lors même qu’il fait une violente tempête.

Les nuées se dissipent aussi, lorsque l’air dans lequel elles sont suspendues, devient plus pesant, car elles sont alors obligées de s’élever plus haut, pour être en équilibre avec un air plus raréfié, & alors à mesure qu’elles montent à-travers un air plus pur, qui en dissout quelques parties avec lesquelles il se mêle, elles diminuent & se dissipent insensiblement.

Les nuées paroissent de diverses couleurs, mais elles sont ordinairement blanches, lorsqu’elles refléchissent la lumiere telle qu’elle vient du soleil sans la séparer en ses couleurs. On voit aussi lorsqu’il tonne, des nuées brunes & obscures, qui absorbent la lumiere qu’elles reçoivent & n’en refléchissent presque rien. Les nuées paroissent rouges le matin lorsque le soleil se leve, & le soir lorsqu’il se couche ; & celles qui se trouvent plus proches de l’horison, paroissent violettes, & deviennent bientôt après de couleur bleue. Ces couleurs dépendent de la lumiere, qui pénetre dans les globules de vapeur transparentes, & qui venant à se refléchir, sort par un autre côté, & se sépare en ses couleurs, dont la rouge vient d’abord frapper notre vûe, ensuite la violette, puis la bleue, suivant la différente hauteur du soleil. Ces couleurs se forment à-peu-près de la même maniere que celles de l’arc en-ciel.

L’usage des nuées est fort considérable.

1°. Elles soutiennent & contiennent la matiere dont la pluie est formée. En effet, comme elles se forment le plus au-dessus de la mer, & qu’elles sont ensuite emportées par les vents en différentes contrées, elles peuvent alors servir à humecter la terre, à l’aide de la pluie qui en tombe, & dont elles fournissent elles-mêmes la matiere. Ce qui nous fait connoître la sagesse infinie du Créateur, qui a remedié par-là à un grand inconvénient ; car si les rivieres & les lacs ne se débordoient pas, la terre ne manqueroit pas de se dessécher & de devenir stérile, sans le secours des nuées & de la pluie, qui rendent par-tout la terre fertile.

2°. Les nuées couvrent la terre en différens endroits, & la défendent contre la trop grande ardeur du soleil, qui pourroit la dessécher & la brûler. Par-là toutes les plantes ont le tems de préparer les sucs dont elles se nourrissent ; au-lieu qu’autrement elles se seroient developpées beaucoup trop tôt par la chaleur du soleil, & plusieurs de leurs vaisseaux se seroient trop dilatés, ce qui les auroit mis hors d’état de pouvoir recevoir leur nourriture.

3°. Les nuées semblent être une des principales causes des vents libres qui souflent de toutes parts, & qui sont d’une très-grande utilité.

Cet article est tiré en entier de l’essai de Physique de M. Musschenbroch, pag. 749. & suiv.

Nuée, colonne de, (Critiq. sacrée) les Israëlites en sortant d’Egypte, furent toujours conduits dans le désert par une colonne de nuée pendant le jour, laquelle devenoit colonne de feu pendant la nuit. Cette colonne étoit d’ordinaire à la tête de l’armée des Israëlites ; mais quand ils furent arrivés sur le bord de la mer Rouge, elle vint se placer entre le camp des Israëlites & celui des Egyptiens, qui les poursuivoient. Cette nuée continua toujours depuis à suivre le peuple dans le désert : l’ange du Seigneur gouvernoit les mouvemens de cette nuée ; & elle servoit de signal pour camper & décamper, ensorte que le peuple s’arrêtoit dans l’endroit où elle se fixoit, & ne partoit que lorsqu’elle se levoit. Ce récit de la colonne de nuée & de feu, se trouve dans l’Éxode, ch. xiij. v. 20 & 21. ch. 40. v. 34 & 35. & plus au long dans les nombres, ch. ix. 15. 22.

Un critique moderne a fait un savant mémoire pour prouver que cette colonne de nuée & de feu ne doit pas être interprétée miraculeusement, & qu’elle ne désigne qu’un signal pour diriger la marche des Israëlites dans le désert. Comme la dissertation de ce critique est très-rare, & écrite dans une langue étrangere, on sera peut-être bien-aise d’en trouver ici l’analyse.

Le critique anglois dont je parle, commence par observer que le style de l’ancien Testament est extrèmement hyperbolique, non-seulement dans les livres poétiques, mais aussi dans ceux qui sont écrits en prose. Tout ce qui est beau en son genre, est attribué à Dieu. Un puissant prince ou un patriarche, comme Abraham, est nommé un patriarche de Dieu ; Ninive est appellée une ville grande à Dieu ; une armée nombreuse, l’armée de Dieu ; de hautes montagnes, les montagnes de Dieu ; un profond sommeil, un sommeil du Seigneur ; une vive crainte, la crainte du Seigneur, &c. Ces préliminaires suffisent pour l’intelligence de quelques expressions qui se rencontrent dans le récit de Moïse sur la colonne de nuée & de feu, qui conduisit l’armée des Israëlites dans le désert.

Dans les pays peuplés, la route des armées est dirigée par des colomnes militaires, par des portes, des rivieres, collines, villes, villages, châteaux, &c. Mais dans des déserts, il est nécessaire qu’un guide général précéde le gros d’une armée pour qu’elle ne s’égare pas, & qu’elle puisse savoir quand il faut camper, décamper, ou faire halte. Le feu est un signal qui peut servir à indiquer ces choses en tout tems. Par le moyen de ce signal, l’armée des Israëlites pouvoit savoir parfaitement, s’il falloit qu’elle s’arrêtât ou non ; & c’est ce signal qu’il faut entendre par la colomne de nuée & de feu, qui guidoit le peuple juif dans le désert.

Comme la flamme & la fumée montent en haut, on leur a donné le nom de colonne, non-seulement dans l’Ecriture, mais dans les auteurs profanes ; il y en a de bonnes preuves dans Quinte Curce, lib. V. ch. xiij. Pline, lib. II. ch. xlx. Lucrèce, lib. VI. v. 425. & 432. Le prophete Ezéchiel, ch. viij. xj. ch. x. iv. parle d’une nuée de parfum ; & pour citer encore un passage plus formel, on lit dans les Juges, ch. xx. xl. que la fumée commença à monter comme une colomne.

Lorsque les Israëlites sortirent d’Egypte, ils formoient une armée & marchoient en ordre de bataille, dit l’Exode en plusieurs endroits, ainsi que les nombr. ch. xxxiij. v. i. Leur premiere station fut à Ramefès ; la seconde à Succoth, la troisieme à Etham : le pays ayant été jusques-là pratiquable, ils n’eurent besoin d’aucun signal pour diriger leurs marches. Mais le désert de la mer Rouge commençoit à Etham, comme le dit l’Exode, 13. 18. & de l’autre côté étoit encore un désert affreux ; ainsi les Israëlites avoient alors un besoin indispensable d’un feu pour signal & pour guide. Ce feu étoit dans une machine élevée au haut d’une perche ; un officier le portoit devant la premiere ligne de l’armée. Ce signal dirigeoit d’autres signaux semblables qu’on multiplioit, suivant les besoins & le nombre de troupes. Quand le tabernacle fut fait, on plaça le principal signal de feu au haut de cette tente où Dieu étoit présent, par ses symboles & ses ministres.

Pendant que ce feu étoit au haut du tabernacle, les Israëlites continuoient de sejourner dans leur camp. Toutes les fois qu’on l’otoit, soit de nuit, soit de jour, ils décampoient & le suivoient. Ce signal étoit en usage parmi d’autres nations, particulierement chez les Perses. Aléxandre emprunta d’eux cette coutume : il y a un passage de Quinte-Curce, l. V. ch. ij. tout-à-fait semblable à celui de Moïse. Ce passage est trop curieux pour ne le pas rapporter ici. Tubacum castra movere vellet Alexander, signum dabat, cujus sonus pluriumque tu nultuantium fremitu, haud satis exaudiebatur, Ergo perticam (une perche) quæ undique conspici posset, supra prætorium statuit, ex quâ signum eminebat pariter, omnibus conspicuum ; observabatur ignis noctu, sumus interdiu. Quinte-Curce, l. III. c. iij. décrit la marche de Darius contre Aléxandre ; l’on y peut voir que la marche des Israëlites & des Perses étoit fort semblable.

Clément d’Aléxandrie rapporte de Trasibule, que rappellant de Philas les exilés à Athènes, & ne voulant pas être découvert dans la marche, prit des chemins qui n’étoient pas battus. Comme il marchoit la nuit, & que le ciel étoit souvent couvert de nuages, une colomne de feu lui servoit de guide. Ce fut à la faveur de ce phénomene, qu’il conduisit sa troupe jusqu’à Munychia, où cette colonne cessa de paroître, & où l’on voit encore, dit Clément, l’autel du phosphore.

Ce pere de l’église allégue ce fait, pour rendre probable aux Grecs incrédules, ce que l’Ecriture dit de la colonne qui conduisit les Israëlites. Voilà donc Clément d’Aléxandrie qui ne faisoit point un miracle de la colomne de nuée & de feu qui conduisoit les Israëlites dans le désert.

« Elle vint, dit l’Ecriture, entre le camp des Egyptiens & celui des Israëlites. Aux uns, elle étoit obscurité ; & aux autres, elle éclairoit de nuit » ; c’étoit un stratagème de marche pour tromper les Egyptiens ; & ce stratagème a été mis en usage par d’autres peuples, ainsi qu’on peut le prouver par un exemple tout-à-fait semblable, tiré du 3e. l. de la Cyropédie de Xénophon. D’ailleurs, comme les Egyptiens ne furent point étonnés de cette nuée, il s’ensuit qu’ils ne la regarderent pas pour être un phénomene extraordinaire & miraculeux.

Il est vrai que l’Ecriture dit, Exod. xiij. 20. & le Seigneur marchoit devant eux ; mais ces paroles signifient seulement, que Dieu marchoit devant les Israëlites par ses ministres. Les ordres de Moïse, d’Aaron, de Josué & autres, sont toujours attribués à Dieu, suprème monarque des Israëlites. Il est dit aux nomb. 10. 12. que les Israëlites partirent, suivant le commandement du Seigneur, déclaré par Moïse : ces paroles montrent bien que Moïse disposoit de la nuée.

Enfin, l’ange du Seigneur, dont il est ici parlé, étoit le guide de l’armée ; il se nommoit Hobab beau-frere de Moïse, étoit né, avoit vécu dans le désert, & par conséquent en connoissoit toutes les routes. Aussi ses actions très-naturelles jussisient que ce n’étoit point un vrai ange. Le mot hébreu traduit par ange, n’a pas une signification moins étendue, que celle du mot grec ἀγγέλοι. Il est dit, par exemple, dans le second livre des Juges, 1. 5. qu’un ange du Seigneur monta de guilgal en bokim, &c. tous les interprétes conviennent que cet ange du Seigneur qui monta de guilgal en bokim, n’étoit qu’un homme, un prophete ; mais il n’est pas besoin de nous étendre davantage sur ce sujet. Le chevalier.

Nuée, (Terme de Lapidaire.) il se dit des parties sombres qui se trouvent assez souvent dans les pierres précieuses, qui en diminuent la beauté & le prix.

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Étymologie de « nuée »

Du latin populaire nuba, du latin classique nubes.
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Nue. Le wallon noûlêie, nûlêie, le namurois nulée supposent un thème latin fictif nubilata.

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Phonétique du mot « nuée »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
nuée nye

Citations contenant le mot « nuée »

  • Car toute nuée n'engendre pas la tempête. William Shakespeare, Henry VI, V, 3, Clarence

Images d'illustration du mot « nuée »

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Traductions du mot « nuée »

Langue Traduction
Anglais cloud
Espagnol nube
Italien nube
Allemand wolke
Chinois
Arabe غيم
Portugais nuvem
Russe облако
Japonais
Basque hodei
Corse nuvola
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Synonymes de « nuée »

Source : synonymes de nuée sur lebonsynonyme.fr
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