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Légion

Sommaire

  • Définitions du mot légion
  • Étymologie de « légion »
  • Phonétique de « légion »
  • Citations contenant le mot « légion »
  • Images d'illustration du mot « légion »
  • Traductions du mot « légion »
  • Synonymes de « légion »

Définitions du mot « légion »

Trésor de la Langue Française informatisé

LÉGION, subst. fém.

I. − TECHN. MILIT.
A. − ANTIQ. ROMAINE. Grande unité de l'armée romaine comprenant des fantassins et des cavaliers. Centurie, cohorte, manipule d'une légion; légion en marche; commander, lever une légion. Un Macédonien mettoit la phalange bien au-dessus de la légion, et ne pouvoit souffrir que l'on comparât César à Alexandre (Chateaubr., Martyrs, t. 1, 1810, p. 279).À l'aqueduc de Mayence, chaque brique ou pierre porte le numéro de la légion (Michelet, Journal,1842, p. 465).V. aussi aigle ex. 46 et alouette B :
1. ... le Sénat ayant envoyé contre lui [Spartacus] les légions de Crassus et de Pompée, forcé d'accepter la bataille, il tua son cheval... France, Vie Fleur,1922, p. 310.
[P. allus. hist. à la plainte d'Auguste à Varus, dont les légions furent massacrées par les Germains dans la forêt de Teutoburg] Ô mort! épargne ce qui reste! Varus, rends-nous nos légions! (Delavigne, Messéniennes,1824, p. 22).
B. − P. anal.
1. [À propos d'une unité milit.]
a) HIST. (du xvies. au xixes.)
Corps de troupes, souvent d'infanterie, de l'armée française. Légion corse; légions provinciales (jusqu'à Charles IX); légions nationales (de François 1er). Bonaparte avait rendu à ses légions leurs surnoms d'invincible, de terrible, d'incomparable (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 602):
2. Les légions de François Ier, les régiments de Louis XIV, furent des écoles, où, sans qu'on lui enseignât rien, il [l'État] se formait lui-même, prenait des idées communes, et s'élevait peu à peu au sentiment de la patrie. Michelet, Peuple,1846, p. 340.
En partic. [Au début de la Restauration] Régiment surtout d'infanterie, équivalant à un régiment actuel, constitué à raison d'un par département et portant le nom de ce département. Mon neveu Prosper, officier dans la légion de la Dordogne (Maine de Biran, Journal,1816, p. 133).L'oncle Augustin (...) venait d'être promu général commandant la légion de la Meurthe (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 317):
3. En 1817, (...) l'armée française était vêtue de blanc, à l'autrichienne; les régiments s'appelaient légions; au lieu de chiffres ils portaient les noms des départements. Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 144.
Régiment de la garde nationale, formé de quatre bataillons et divisé par arrondissement. J'ai organisé la deuxième compagnie du quatrième bataillon de la première légion de la Garde nationale (Vigny, Journ. poète,1830, p. 918).Combeferre [avait] un fusil de garde national portant un numéro de légion (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 303).Eh bien, voilà votre M. Crevel nommé chef de bataillon de sa légion (Balzac, Cous. Bette,1846, p. 106).
b) Unité de gendarmerie de plusieurs escadrons ou compagnies, équivalant à un régiment, commandée par un colonel et affectée à une région militaire (d'apr. Leloir 1961). Colonel d'une légion; légion de gendarmerie (départementale ou mobile). Le sieur Verrières, que la reconnaissance des nouveaux gendarmes a porté au commandement d'une de leurs légions (Marat, Pamphlets, À ces concitoyens, 1792, p. 307).Le capitaine Dautancourt, le chef d'escadron Jacquin, de la légion d'élite, deux gendarmes à pied du même corps (Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 143).
Rem.,,Remplacée en 1967 par un commandement de circonscription régionale de gendarmerie formant corps`` (Lar. encyclop. Suppl. 1968).
2. [À propos d'une unité milit. ou corps composé de volontaires]
a) HIST. Régiment de volontaires principalement étrangers engagés au service d'un pays. La Légion étrangère espagnole. En juillet, une « légion » formée de jeunes Français était engagée en Russie sous les ordres et l'uniforme allemands (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 36).Le 4, un statut nouveau de la « Légion des Combattants » était décrété à Alger (De Gaulle, Mém. guerre,1956p. 93) :
4. Trois ans plus tard, Carrel se battait en Espagne, contre l'armée de la Foi, dans la Légion libérale étrangère, composée de Français et d'Italiens. France, Vie littér.,1888, p. 203.
b) Légion étrangère et p. ell. la Légion. Formation particulière de l'armée française comprenant plusieurs régiments d'engagés volontaires le plus souvent étrangers, servant sous le commandement d'officiers français et étrangers. S'engager, s'enrôler, servir dans la Légion. Les statistiques de la Légion étrangère montrent qu'ils [les Rhénans] ne répugnent pas à servir la France (Barrès, Cahiers, t. 12, 1919, p. 156).Vous n'ignorez pas que je sers au régiment étranger? − Au régiment?... − À la Légion, quoi! (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1215):
5. Il raconte (...) le transfert à Sidi-bel-Abbès d'un drapeau de la Légion portant d'un côté de la rosette des initiales L.É. (Légion étrangère) et de l'autre L.N. (Louis-Napoléon) ayant fait les guerres de Crimée et du Mexique, conservé jusqu'alors au Musée des Invalides. Gide, Journal,1931, p. 1073.
C. − Littér., au plur. Armées. Ce fut avec l'esprit public de la Prusse, autant qu'avec ses légions, que le grand Frédéric repoussa l'Europe coalisée (Constant, Esprit conquête,1813, p. 230).Ils faisaient sortir de leurs tombeaux l'Empereur et ses légions (Rolland, J.-Chr., Foire, 1908, p. 714).
II. − P. anal.
A. − Lang. biblique.
1. Le plus souvent au plur. [P. allus. à Matthieu, 26, 54] Armée immense, innombrable (d'anges ou de démons). Célestes légions; légions de Satan; légions infernales; légion démoniaque. Méphistophélès, resté près du cadavre, appelle à son aide les sombres légions (Nerval, Sec. Faust,1840, épil., p. 283).Il ne savait plus de quelle généalogie de pensées était née la dernière qui l'animait : de la bonne ou de la mauvaise légion d'anges? (Jouhandeau, M. Godeau,1926, p. 263).Cf. glavataire, rem. sous glaive :
6. Je sais que vous gardez une place au Poëte Dans les rangs bienheureux des saintes Légions, Et que vous l'invitez à l'éternelle fête Des Trônes, des Vertus, des Dominations. Baudel., Fl. du Mal,1857, p. 13.
P. anal. Ces murs (...) semblaient habités par des légions de damnés (Sand, Lélia,1833, p. 185).Apportez-nous des saints groupés en légion (Hugo, Religions et religion,1880, p. 184).
2. Au sing., littér. [P. allus. à Luc, 8, 30] S'appeler légion; être légion. Être très nombreux de la même espèce. Le Diable : Je suis plusieurs, je m'appelle légion (Flaub., Tentation,1849, III, p. 489).Si nombreux que l'on soit, et s'appelât-on légion, il se faut accommoder de cette unique chambre (About, Grèce,1854, p. 407).Je suis le geste simple et la complexe limaille. Je suis un divers, je suis légion (Ricœur, Philos. volonté,1949, p. 423).
B. −
1. Grande quantité (d'êtres vivants formant groupe). Synon. armée, essaim, horde, meute, nuée.Légions de fourmis, de poissons, d'insectes, de rats. Les sangliers se rassemblent d'eux-mêmes par troupes, les chiens par meutes, les poissons vivipares par couples, les ovipares par légions (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 304).Les maringouins arrivaient en légions si nombreuses que leur bourdonnement formait une clameur (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 81).
2. Fam. Nombre trop grand ou très grand (d'êtres vivants). Synon. flopée (pop.), foule, kyrielle (fam.), masse (fam.), multitude, nuée, régiment (fam.), ribambelle, tas.Une légion de cousins, de solliciteurs. Elle avait une légion de maîtres et travaillait comme un écolier (Stendhal, Lamiel,1842, p. 194).Des quantités de bureaux et des légions d'employés penchés sur des pupitres (Goncourt, Journal,1860, p. 836):
7. ... l'un de ces grands musées (...) où (au prix d'efforts dont l'héroïsme et la valeur spirituelle finiront par être compris un jour) une légion de voyageurs est parvenue à resserrer, en quelques salles, le spectre entier de la vie. Teilhard de Ch., Phénom. hum.,1955, p. 144.
Être légion. Être en grand nombre. Les livres bien faits sont légion; où sont ceux qui font « prendre conscience de quelque chose »? (Alain-Fournier, Corresp. [avec Rivière], 1907, p. 177).Vous me dites qu'il ne manque pas de bourgeois très profondément pénétrés de l'importance professionnelle et qu'ils sont légion (Aymé, Confort,1949, p. 148).
III. − [À propos d'institutions, d'associations]
A. − Légion d'honneur
1. Ordre national français honorifique, hiérarchisé, institué par Bonaparte en 1802, et destiné à récompenser des services civils et militaires éminents. Ils sont anarchistes, mais ils veulent bien être, tant qu'ils peuvent, dans la Légion d'honneur. Et aussi haut qu'ils y peuvent monter (Péguy, Argent,1913, p. 1210).[Cérémonie] au cours de laquelle je fis dignitaires de la Légion d'honneur les généraux Marshall, Arnold, Somerwell, les amiraux King et Leahy (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 209).V. aussi fêter A 2 b, Rolland, J.-Chr., Foire, 1908, p. 762 :
8. ... le lieutenant Noirot, d'une bravoure extraordinaire, (...) avait reçu du prince Eugène la croix de la Légion d'honneur en 1813 pour un fait d'armes accompli dans une des redoutes de Caldiera. Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 598.
SYNT. Être nommé (au grade de) chevalier, être promu (au grade d') officier, (vx commandant) commandeur, être élevé à la dignité de grand officier, de grand aigle (vx), de grand-croix de la Légion d'honneur; grand maître de la Légion d'honneur; grand chancelier, conseil (de l'Ordre) de la Légion d'honneur; ruban, rosette, grand-collier, grand cordon (vx), plaque de la Légion d'honneur; nomination, avancement, promotion dans l'ordre de la Légion d'honneur; obtenir, recevoir, remettre (à qqn) les insignes de (chevalier, etc.) de la Légion d'honneur.
P. ell., fam. La Légion. Cailleux, (...) nommé officier de la Légion (Hugo, Corresp.,1825, p. 419).César (...) mit alors machinalement le ruban de la Légion à sa boutonnière (Balzac, C. Birotteau,1837, p. 411).
P. méton.
a) Distinction, titre, dignité de cet ordre, accordé(e) à une personne physique ou morale, et principalement grade de chevalier. Espérer, mériter, obtenir, recevoir la Légion d'honneur à titre civil, militaire; attribuer, procurer, décerner, faire octroyer à qqn la Légion d'honneur, avoir la Légion d'honneur; être proposé pour la Légion d'honneur. Naturellement, vous serez récompensé : la Légion d'honneur ou la médaille militaire (Bordeaux, Fort de Vaux,1916, p. 259).Il pouvait obtenir d'eux [les chefs de cabinet et les ministres] ce qu'il voulait et devinait sa Légion d'Honneur proche (Druon, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 180):
9. J'eus même la chance de me voir offrir deux ou trois fois la Légion d'honneur que je pus refuser avec une dignité discrète où je trouvais ma vraie récompense. Camus, Chute,1956, p. 1483.
b) Fam. Décoration, insigne de cet ordre (principalement la croix de chevalier). Être décoré de la Légion d'honneur; porter la Légion d'honneur. Il piqua le bijou sur le revers de sa redingote, au-dessous de la Légion d'honneur, comme autre croix d'ordre inférieur (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Hérit., 1884, p. 528).Il revint, habillé, (...) un ruban neuf à sa Légion d'honneur (Vercel, Cap. Conan,1934, p. 143).
c) Palais, hôtel de la Légion d'honneur et p. ell. (fam.) la Légion d'honneur. Siège parisien de cet ordre. Nous passâmes sur le quai de la Cour des Comptes et de la Légion d'honneur (Goncourt, Journal,1851, p. 40).Nous allons déjeuner boulevard Saint-Germain, dans un petit restaurant près de la Légion d'Honneur (Green, Journal,1938, p. 130).
2. Maison(s) d'éducation de la Légion d'honneur et p. ell. la Légion d'honneur. Maison(s) d'éducation destinée(s) aux filles (ou petites-filles, sœurs, nièces) de membres de la Légion d'honneur. Une jeune personne qui a été élevée à Saint-Denis, à la Maison de la Légion d'honneur (Frapié, Maternelle,1904, p. 63):
10. Sa Majesté était logée dans les bâtiments de l'abbaye : on avait toutes les peines du monde à empêcher les petites filles de la Légion d'honneur de crier : Vive Napoléon! Chateaubr., Mém., t. 2, 1848, p. 628.
B. − Légion (de Marie). Mouvement d'apostolat international de laïcs catholiques. Franck Duff voulait [comme saint Louis de Montfort] que les membres de la Légion de Marie travaillent à l'évangélisation du monde en se mettant spécialement au service de Marie, pour l'aider dans sa mission de Mère de l'Église (La Croix,16-17 nov. 1980, p. 7, col. 3-4).
Prononc. et Orth. : [leʒjɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1155 legïun « corps d'armée romaine » (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 3179); b) 1534 légion « corps de l'armée française (créé par François Ier) » (Édit., 24 juillet ds Isambert, Recueil gén. des anc. lois fr. t. 12, p. 391); c) 1792 légion franche étrangère (26 juillet ds Brunot, t. 9, p. 942); 1831 légion étrangère (Ordonnance royale du 10 Mars, Art. 1erds E. Fieffé, Hist. des troupes étrangères, 1854, p. 383); 2. ca 1170 legïon « grand nombre de personnes formant une sorte de troupe » (Guillaume de St-Pair, Mont-Saint-Michel, éd. P. Redlich, 3274); 3. 1802 Légion-d'Honneur (Loi du 29 floréal an X ds J.-B. Duvergier, Collection complète des lois, décrets t. 13, p. 199). Empr. au lat.legio, -onis « corps de troupe » et « bande, troupe », dér. de legere « recueillir, choisir». Fréq. abs. littér. : 1 352. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 337, b) 1 992; xxes. : a) 2 198, b) 1 365.

Wiktionnaire

Nom commun

légion \le.ʒjɔ̃\ féminin

  1. (Antiquité) (Militaire) Corps d’infanterie romaine ayant varié de quatre mille soldats sous la République romaine à six mille sous le Haut-Empire et environ mille au Bas-Empire, commandé par un légat de rang sénatorial.
    • Il semble donc que la création du port ello-rhénan soit le fait de l'armée romaine. C'est plus particulièrement la VIIIe légion qui avait pris en charge son aménagement. — (Jean-Jacques Hatt, Argentorate - Strasbourg, Presses Universitaires Lyon, 1993, page 86)
    • Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche, - Hannibal écoutait, pensif et triomphant, - Le piétinement sourd des légions en marche.— (José Maria de Heredia, Les Trophées - La Trebbia, 1893.)
  2. (Militaire) Par ellipse, armée ou formation militaire, au sens large.
    • Certains gouvernements, quand ils envoient leurs légions d’un pôle à l’autre, parlent encore de la défense de leurs foyers; on dirait qu’ils appellent leurs foyers tous les endroits où ils ont mis le feu.— (Benjamin Constant, De l’esprit de conquête et de l’usurpation, 1814)
    • La légion italienne que Garibaldi commande endosse la chemise rouge, vêtement à l’origine destiné aux ouvriers des abattoirs argentins. — (Garibaldi, article Wikipédia.)
  3. (Militaire) En France, corps militaire, régiment composés principalement d’étrangers qui s’engagent ou se sont engagés au service de la France.
    • Il a brillamment servi à la légion étrangère.
    • La légion polonaise de la Grande Guerre.
    • La légion étrangère avait tourné l’ennemi et terrible, impétueuse comme un ouragan, culbutait tout sur son passage. — (Antoine Camus, La légion étrangère, 1864.)
  4. (Militaire) Corps de garde nationale divisés par arrondissements.
    • La première, la seconde, la troisième légion.
    • Le colonel d’une légion. Il se dit encore aujourd’hui des régiments de gendarmerie.
  5. (Militaire) Légion d’honneur, Ordre militaire et civil institué en France par Bonaparte pour récompenser les services et les talents distingués.
    • Grand chancelier, grand-croix, grand officier, commandeur, officier, chevalier de la légion d’honneur.
    • Il a obtenu, il a reçu, il porte la décoration de la légion d’honneur.
    • Nomination, promotion dans la légion d’honneur.
    • Être rayé des cadres de la légion d’honneur.
  6. (Figuré) (Familier) Un grand nombre de personnes ou de choses.
    • Urbanistes et architectes le savent : autour de ces sujets, le terrain est miné, et les malentendus sont légion. — (Jessica Gourdon, La place des femmes dans la ville, nouveau sujet des écoles d’architecture, Le Monde. Mis en ligne le 16 octobre 2018)
    • Au plafond de ma chambre pendait un attrape-mouches. Elles étaient légion, les mouches ! Des milliers à vibrionner dans la tringle du store. — (Christian Cogné, Requiem pour un émeutier: La naissance d'un tiers monde de l'éducation, Actes Sud Littérature, 2013, chap. 5)
    • Les distributeurs automatiques de billets sont légion au Japon mais la plupart refusent les cartes étrangères. — (Japon - Nord de Honshu (Tohoku), Lonely Planet, 2016)
    • Chose qui n’arrange rien, le monde du jeu vidéo fait rêver, et cette attractivité est le premier ennemi des salariés en place, régulièrement mis en concurrence avec des légions de jeunes diplômés prêts à de nombreux sacrifices. — (William Audureau, La difficile question de la charge de travail dans l’industrie du jeu vidéo, Le Monde. Mis en ligne le 18 octobre 2018)
  7. (Écriture sainte) Définition manquante ou à compléter. (Ajouter)
    • Des légions d’anges.
    • Des légions de démons.
    • S’appeler légion, Expression figurée, empruntée de l’évangile, par laquelle on indique qu’un individu en représente un grand nombre d’autres.
    • Dans l’évangile, Jésus demande au démon quel est son nom, le démon répond : Je m’appelle légion.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

LÉGION. n. f.
T. d'Antiquité romaine. Corps d'infanterie composé d'un nombre variable de soldats romains, auquel était rattaché quelquefois un corps de cavalerie formé d'étrangers, de gens de guerre composé d'infanterie et de cavalerie. La légion était la base de l'organisation militaire des Romains. Chaque légion était divisée en dix cohortes. Il s'est dit autrefois, en France, de Certains corps d'infanterie et se dit encore aujourd'hui des Régiments composés principalement d'étrangers qui s'engagent ou se sont engagés au service de la France. Il a brillamment servi à la légion étrangère. La Légion polonaise de la Grande Guerre. Il s'est dit aussi des Corps de garde nationale divisés par arrondissements. La première, la seconde, la troisième légion. Le colonel d'une légion. Il se dit encore aujourd'hui des Régiments de gendarmerie. Légion d'honneur, Ordre militaire et civil institué en France par Bonaparte pour récompenser les services et les talents distingués. Grand chancelier, grand-croix, grand officier, commandeur, officier, chevalier de la Légion d'honneur. Il a obtenu, il a reçu, il porte la décoration de la Légion d'honneur. Nomination, promotion dans la Légion d'honneur. Être rayé des cadres de la Légion d'honneur. Il signifie figurément et familièrement Un grand nombre de personnes. Une légion de parents, de cousins l'attendaient à la gare. Mes neveux sont légion. En termes d'Écriture sainte, Des légions d'anges. Des légions de démons. S'appeler légion, Expression figurée, empruntée de l'Évangile, par laquelle on indique qu'un individu en représente un grand nombre d'autres. Dans l'Évangile, Jésus demande au démon quel est son nom, le démon répond : Je m'appelle légion.

Littré (1872-1877)

LÉGION (lé-ji-on) s. f.
  • 1 Terme d'antiquité romaine. Corps de gens de guerre, composé d'infanterie et de cavalerie. Tu sais que, quand l'aigle romaine Vit choir ses légions aux bords du Trasimène, Corneille, Nicom. I, 5. Vous dont j'ai pu laisser vieillir l'ambition Dans les honneurs obscurs de quelque légion, Racine, Brit. I, 2. Les Romains ne levaient jamais que quatre légions dont chacune était environ de quatre mille hommes et de trois cents chevaux, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 431, dans POUGENS. La légion se divisait en trois corps, qui étaient hastati, les hastaires ; principes, les princes ; triarii, les triaires, Rollin, ib. 1re part. p. 333. Polybe, avec son bon sens ordinaire, compare l'ordonnance des Romains avec celle des Macédoniens… il fait voir les avantages et les inconvénients de la phalange et de la légion ; il donne la préférence à l'ordonnance romaine ; et il y a apparence qu'il a raison, si l'on en juge par tous les événenents de ces temps-là, Montesquieu, Rom. 5. Les officiers [de l'armée républicaine anglaise] voulaient l'égalité et la liberté, avec la fortune, les honneurs et le pouvoir absolu ; c'est ainsi que sous la tente, depuis les légions romaines jusqu'aux mamelouks, on a toujours compris la république, Chateaubriand, Stuarts, la République.
  • 2En France, sous François 1er, nom de certains corps d'infanterie.
  • 3Dans les premiers temps de la Restauration, nom des régiments de ligne. Chaque légion portait le nom d'un des départements de la France.
  • 4Il se dit des régiments de la garde nationale et de ceux de la gendarmerie. La première, la seconde, la troisième légion.
  • 5 Au plur. Légions se dit, dans le style relevé et poétique, des armées. Déjà ses légions traversaient les Alpes. [M. de Termes, du haut du ciel] … Voit comme fourmis marcher nos légions Dans ce petit amas de poussière et de boue, Dont notre vanité fait tant de régions, Racan, Consolation.
  • 6Légion d'honneur, ordre institué par Napoléon 1er pour récompenser les services, les vertus, les talents distingués, les actions d'éclat de toute nature. Chevalier, membre de la Légion d'honneur. La décoration de la Légion d'honneur.
  • 7 Fig. et familièrement. Un grand nombre de personnes. Ils étaient une légion. Tant qu'une légion de pédants novateurs Imprimera l'ennui pour le vendre aux lecteurs, Gilbert, Mon apologie.
  • 8Dans le style de l'Écriture. Des légions d'anges, des légions de démons, des multitudes d'anges, de démons. Jésus lui demanda : quel est ton nom ? il lui dit : je m'appelle Légion, parce que plusieurs démons étaient entrés dans cet homme, Sacy, Bible, Évang. St Luc, VIII, 30. Un solitaire paresseux et sans emploi se trouvait souvent, comme ce misérable de l'Évangile, possédé d'une légion entière, Bourdaloue, Dim. de la Septuag. dominic. t. I, p. 369.

    S'appeler légion, expression figurée par laquelle on indique qu'un individu en représente un grand nombre.

    Fig. C'est une légion de diables enfermés dans un seul pourpoint, Beaumarchais, Mère coup. II, 21.

HISTORIQUE

XIIe s. Li permanables jugieres [le juge éternel] aparrat paürosement, et les legions des angeles seront presens à cest spectacle, Job, p. 491. Dont [il] prist une aultre legion De nobles hommes, de vassaulx, Heaumes laciés, à bons chevaulx, Brut, f° 94, dans LACURNE.

XIIIe s. Gent [il] apparaille an grant estour, Ki jà sunt assemblé mult tost ; Si en font il mult plentif ost ; Set legiuns i sunt numbrées, Ben de cumbatre aparaillées, Édouard le confesseur, V. 4220.

XVIe s. Ces trouppes furent appellées legions, pour autant qu'elles estoient composées d'hommes esleuz et choisis entre les autres pour combattre, Amyot, Rom. 19. Le grand roy François, desirant fortiffier et asseurer son royaume par tous moyens praticables, s'avisa d'establir des legions pour avoir toujours des gens prests, quand le besoin surviendroit, sans estre contraint d'aller mendier l'aide des estrangers, Lanoue, 325.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

LÉGION, s. f. (Art milit. des Romains.) on formoit chez les Romains avec des soldats qui n’avoient que leurs bras pour tout bien, selon l’expression de Valere-Maxime, les corps de troupes appellés légions, du mot latin legere, choisir ; parce que quand on levoit des légions, on faisoit un choix, dit Végece, de la jeunesse la plus propre à porter les armes ; ce qui s’appelloit delectum facere, au rapport de Varron.

Dans les commencemens de la république, les seuls citoyens romains inscrits au rôle des tributs, soit qu’ils habitassent Rome, ou qu’ils demeurassent à la campagne, formerent ces légions invincibles, qui rendirent ce peuple les maîtres du monde.

Les légions étoient composées d’infanterie & de cavalerie, dont le nombre a varié sans cesse ; de sorte qu’on ne doit pas être surpris, si les auteurs qui en ont parlé, paroissent se contredire, puisque leurs contradictions ne viennent que de la différence des tems.

D’abord, sous Romulus instituteur de ce corps, la légion n’étoit que de trois mille hommes d’infanterie, & de trois cens chevaux. Sous les consuls, elle fut long-tems de quatre mille, ou de quatre mille deux cens fantassins, & de trois cens chevaux. Vers l’an de Rome 412, elle étoit de cinq mille hommes d’infanterie. Pendant la guerre que Jules-César fit dans les Gaules, ses légions se trouverent encore à-peu-près composées du même nombre d’hommes. Sous Auguste, les légions avoient six mille cent fantassins, & sept cens vingt-six chevaux. A la mort de ce prince, elles n’étoient plus que de cinq mille hommes d’infanterie, & de six cens chevaux. Sous Tibere, elles revinrent à six mille hommes de pié, & six cens cavaliers. Comme Septime Severe imagina de former, à l’imitation des Macédoniens, une phalange ou bataillon quarré de trente mille hommes, composé de six légions, nous apprenons de ce trait d’histoire, que la légion étoit alors de cinq mille hommes. Sous les empereurs suivans, elle reprit l’ancien état qu’elle avoit sous Auguste.

Il résulte évidemment de ce détail, que pour connoître la force des armées romaines dans les différens tems, il faut être au fait du nombre des légions que Rome levoit, & du nombre d’hommes qui composoient chaque légion. Les variations ont été fort fréquentes sur ce dernier point ; elles l’ont été de même par rapport au premier, du-moins sous les empereurs ; car du tems de la république, le nombre des légions fut long-tems limité à quatre légions romaines, dont chaque consul commandoit deux, avec autant des alliés.

Quand Annibal se fut emparé de la citadelle de Cannes, on fit à Rome, dit Polybe, ce qui ne s’étoit pas encore fait ; on composa l’armée de huit légions chacune de cinq mille hommes, sans les alliés. C’étoient alors des légions soumises à l’état ; mais quand le luxe eut fait des progrès immenses dans Rome, & qu’il eut consumé le bien des particuliers, le magistrat comme le simple citoyen, l’officier, & le soldat, porterent leur servitude où ils crurent trouver leur intérêt.

Les légions de la république non-seulement augmenterent en nombre, mais devinrent les légions des grands & des chefs de parti ; & pour attacher le soldat à leur fortune, ils dissimulerent ses brigandages, & négligerent la discipline militaire, à laquelle leurs ancêtres devoient leurs conquêtes & la gloire de Rome.

Ajoutons que les légions ne furent composées de citoyens de la ville de Rome, que jusqu’à la destruction de Carthage ; car après la guerre des alliés, le droit de bourgeoisie romaine ayant été accordé à soutes les villes d’Italie, on rejetta sur elles la levée des troupes légionaires, & très-peu sur Rome.

Ces troupes néanmoins s’appellerent romaines, parce que les alliés participant aux mêmes priviléges que les citoyens de Rome, étoient incorporés dans la république.

Mais l’empire s’étant aggrandi de toutes parts, les villes d’Italie ne purent fournir le nombre d’hommes nécessaire à la multiplicité des légions que les empereurs établirent. Ils les formerent alors des troupes de toutes les provinces, & les distribuerent sur les frontieres, où on leur assigna des camps, castra, dont quelques-uns sont devenus des villes par succession de tems ; de-là tant de noms géographiques, où le mot castra se trouve inséré.

Il nous faut présentement indiquer les différentes parties & les différentes sortes de soldats, dont la légion romaine étoit composée.

Romulus à qui Rome doit cet établissement, la divisa en dix corps, qu’on nommoit manipules, du nom de l’enseigne qui étoit à la tête de ces corps, & qui consistoit en une botte d’herbes, attachée au bout d’une gaule. Ces corps devinrent plus forts, à mesure que la légion le devint ; & toutefois lorsqu’on eut pris d’autres enseignes, ils ne laisserent pas de retenir ce premier nom de manipule.

On fit avec le tems une nouvelle division de la légion qui néanmoins fut toujours de dix parties, mais qu’on appella cohortes, dont chacune étoit commandée par un tribun : chaque cohorte étoit composée de trois manipules, forts à proportion de la légion.

On attribue cette nouvelle division à Marius. Elle continua depuis d’être toujours la même, tant sous la république, que sous les empereurs. La légion étoit donc composée de trente manipules & de dix cohortes ou régimens, pour parler suivant nos usages, plus ou moins nombreuses, selon que la légion l’étoit.

Mais il faut remarquer que la premiere cohorte étoit plus forte du double, & qu’on y plaçoit les plus grands hommes ; les neuf autres cohortes étoient égales en nombre de soldats. Ces dix cohortes formoient dix bataillons, qui se rangeoient sur trois lignes. Si la légion étoit de six mille hommes, la manipule étoit de deux cens hommes ou deux centuries.

Une légion étoit composée indépendamment des cavaliers, de quatre sortes de soldats, qui tous quatre avoient différent âge, différentes armes, & différens noms. On les appelloit vélites, hastaires, princes & triaires ; voyez Velites, Hastaires, Princes & Triaires, car ils méritent des articles séparés.

Les légions sous la république, étoient commandées par un des consuls & par leurs lieutenans. Sous les empereurs, elles étoient commandées par un officier général qu’on nommoit préfet, præfectus exercituum. Les tribuns militaires commandoient chacun deux cohortes, & portoient par distinction l’anneau d’or comme les chevaliers. Chaque manipule avoit pour capitaine un officier, qu’on appelloit ducentaire, quand la légion fut parvenue à six mille hommes d’infanterie : de même qu’on nommoit centurion, celui qui commandoit une centurie. Les tribuns militaires élisoient les centurions, & ceux-ci élisoient leur lieutenant, qu’on nommoit succenturion, & qu’on appella dans la suite option. Voyez Option.

Quant aux légions que les alliés fournissoient, ceux qui les commandoient étoient appellés préfets du tems de la république, mais ils étoient à la nomination des consuls ou des généraux d’armées.

Chaque légion avoit pour enseigne générale une aigle les aîles déployées, tenant un foudre dans ses serres. Elle étoit postée sur un petit pié-destal de même métal, au haut d’une pique ; cette figure étoit d’or ou d’argent, de la grosseur d’un pigeon. Celui qui la portoit, s’appelloit le porte-aigle, & sa garde ainsi que sa défense, étoit commise au premier centurion de la légion.

Ce fut Marius, selon Pline, liv. X. c. iv. qui choisit l’aigle seule pour l’enseigne générale des légions romaines ; car outre l’aigle, chaque cohorte avoit ses propres enseignes faites en forme de petites bannieres, d’une étoffe de pourpre, où il y avoit des dragons peints. Chaque manipule & chaque centurie avoit aussi ses enseignes particulieres de même couleur, sur lesquelles étoient des lettres pour désigner la légion, la cohorte & la centurie.

On distinguoit les légions par l’ordre de leur levée, comme premiere, deuxieme, troisieme, ou par les noms des empereurs auteurs de leur fondation ; comme legio Augusta, Claudia, Flavia, Trajana, Ulpia, Gordiana, &c. Elles furent encore distinguées dans la suite par des épithetes qu’elles avoient méritées pour quelque belle action, comme celle qui fit surnommer une légion la foudroyante, une autre la victorieuse ; ou même pour quelque défaut qui lui étoit propre, comme la paillarde. Enfin elles retinrent quelquefois le nom des provinces où elles servoient, comme l’illyrienne, la macédonienne, la parthique, la gauloise, &c.

Il nous reste à parler de la cavalerie qui composoit chaque légion. On lui donnoit le nom d’aîle, parce qu’on la plaçoit ordinairement de maniere, qu’en couvrant les flancs elle en formoit les aîles. On la divisoit en dix parties ou brigades, autant qu’il y avoit de cohortes ; & chaque brigade étoit forte, à proportion du total de la cavalerie de la légion. Si elle passoit six cens chevaux, chaque aîle ou brigade étoit de deux turmes ou compagnies de trente-trois chevaux chacune. La turme se subdivisoit en trois décuries ou dixaines, qui avoient chacune un décurion à leur tête, dont le premier commandoit à toute la turme, & en son absence le second. On prenoit toujours un de ces premiers décurions, pour commander chaque aîle ou brigade, & en cette qualité il étoit appellé préfet de cavalerie ; il avoit rang au-dessus du petit tribun, ou comme nous dirions du colonel d’infanterie.

Toute la cavalerie romaine qu’établit Romulus dans les légions qu’il institua, ne consistoit qu’en trois cens jeunes hommes, qu’il choisit parmi les meilleures familles, & qu’on nommoit celeres ; c’est là l’origine des chevaliers romains. Servius Tullius porta ce nombre à dix-huit cens cavaliers, & en forma dix-huit centuries. Ils avoient un cheval fourni & entretenu aux dépens de l’état. Cependant cette cavalerie n’étant pas suffisante, on l’augmenta en faisant les levées pour les légions ; mais on observa de la tirer d’entre les plébéïens aisés, parce qu’on les obligea de se fournir de monture à leurs dépens. Ils n’avoient encore point d’autres armes défensives qu’un mauvais bouclier de cuir de bœuf, & pour armes offensives, qu’un foible javelot.

Mais comme on éprouva les desavantages de cette armure, on les arma à la grecque, c’est-à-dire de toutes pieces ; leurs chevaux même étoient bardés au poitrail & aux flancs. Le cavalier avoit un casque ouvert, sur lequel étoit un grand panache de plumes, ou un ornement relevé qui en tenoit lieu. Une cotte de mailles ou à écailles le couvroit jusqu’au coude & descendoit jusqu’aux genoux, avec des gantelets ou un épais bouclier.

Les armes offensives étoient une grosse javeline ferrée par les deux bouts, & une épée beaucoup plus longue que celle de l’infanterie ; c’est ainsi que Polybe, l. VI. c. jv. nous décrit l’armure de la cavalerie des légions romaines.

Elle ne se servoit point d’étriers, & n’avoit que des selles rases. Les cavaliers pour monter à cheval étoient obligés de se lancer dessus tout armés, & ils apprenoient à faire cet exercice à droite comme à gauche ; il n’étoit pas non plus d’usage de ferrer leurs chevaux, quoiqu’on le pratiquât pour les mules.

Parmi les légionaires romains il n’y avoit point de cavalerie légere, elle n’étoit connue que dans leurs troupes auxiliaires ; mais les empereurs en établirent sous le nom d’archers, lesquels pour être plus agiles, ne portoient aucune armure, & n’avoient que le carquois plein de fleches, l’arc & l’épée. Quant aux étendarts & cornettes de la cavalerie, on les distinguoit de celles de l’infanterie, par la couleur qui étoit bleue, & parce qu’elles étoient taillées en banderolles.

On mettoit sous la garde du premier capitaine les étendarts & cornettes de la cavalerie dans un asyle assuré, ainsi que les aigles ou drapeaux de l’infanterie étoient sous la garde du porte-aigle. Les cavaliers & les soldats des légions portoient leur argent en dépôt dans ces deux endroits. Végece, c. xx. l. II. nous apprend qu’on y déposoit encore la moitié des gratifications qu’on faisoit aux troupes, de peur qu’elles ne dissipassent tout en débauches & en folles dépenses.

Ce furent les empereurs qui imaginerent l’usage de faire aux légions des donatifs, pour me servir des mêmes termes des auteurs. On partageoit ces donatifs en dix portions, une pour chaque cohorte, sur quoi toute la légion mettoit quelque chose à part dans un onzieme sac, pour la sépulture commune ; quand un soldat mouroit, on tiroit de ce sac dequoi faire ses funérailles.

Enfin, lorsque les légions avoient remporté quelque victoire, on ornoit de lauriers les aigles romaines, les étendarts de la cavalerie, les enseignes où étoit le portrait de l’empereur, & on faisoit brûler des parfums devant elles.

Voilà les particularités les plus importantes sur cette matiere ; je les ai receuillies avec quelque soin de Tite-Live, de Denys d’Halicarnasse, de César, de Polybe, de Végece, de Frontin, & d’autres auteurs ; en y mettant de l’ordre, j’ai pris pour guide des gens du métier. (D. J.)

Légion fulminante, (Hist. rom.) étoit une légion de l’armée romaine, & composée de soldats chrétiens qui, dans l’expédition de l’empereur Marc-Aurele contre les Sarmates, Quades & Marcomans, sauverent toute l’armée prête à périr de soif, & qui obtinrent par leurs prieres une pluie abondante pour l’armée romaine, tandis que l’ennemi essuyoit de l’autre côté une grêle furieuse, accompagnée de foudres & d’éclairs épouvantables.

C’est ainsi que les historiens ecclésiastiques rapportent ordinairement ce fait, & toute cette histoire est sculptée en bas-relief sur la colonne Antonine. C’est de-là qu’est venu le nom de fulminant, quoiqu’il y en ait qui prétendent que la légion composée de ces chrétiens, s’appelloit déja auparavant la légion fulminante. Voyez Légion.

Légion Thébéenne, (Hist. eccl.) nom donné par quelques auteurs à une légion des armées romaines, qui résolue de ne point sacrifier aux idoles, souffrit le martyre sous les empereurs Dioclétien & Maximilien, vers l’an de J. C. 297.

Maximilien, disent ces auteurs, se trouvant à Octodurum, bourg des Alpes cottiennes dans le bas Vallais, aujourd’hui nommé Martinach, voulut obliger son armée de sacrifier aux fausses divinités. Les soldats de la légion thébéenne pour s’en dispenser, s’en allerent à huit milles de là à Agaunum, qu’on appelle à présent Saint-Maurice, du nom du chef de cette légion. L’empereur leur envoya dire de venir sacrifier, ils le refuserent nettement, & l’on les décima sans qu’ils fissent aucune résistance. Ensuite Maximien répéta le même ordre aux soldats qui restoient ; même refus de leur part. On les massacra ; & tout armés qu’ils étoient & en état de résister, ils se présenterent à leurs persécuteurs la gorge nue, sans se prévaloir de leur nombre, & de la facilité qu’ils avoient de défendre leur vie à la pointe de leur épée. Comme leur ame n’étoit occupée que de la gloire de confesser le nom de celui qui avoit été mené à la boucherie sans ouvrir la bouche non plus qu’un agneau, ils se laisserent déchirer à des loups furieux.

Cependant toute la relation attendrissante du martyre de la légion thébéenne n’est qu’une pure fable. Le plaisir de grossir le nombre des martyrs, dit l’auteur moderne de l’Histoire universelle, a fait ajoûter des persécutions fausses & incroyables à celles qui n’ont été que trop réelles. Quand même il y auroit eû une légion thébéenne ou thébaine, ce qui est fort douteux, puisqu’elle n’est nommée dans aucun historien, comment Maximien Hercule auroit-il détruit une légion qu’il faisoit venir d’Orient dans les Gaules, pour y appaiser une sédition ? Pourquoi se seroit-il privé par un massacre horrible de six mille six cens soixante & six braves soldats dont il avoit besoin pour réprimer une grande révolte ? Comment cette légion se trouva-t-elle toute composée de chrétiens martyrs, sans qu’il y en ait eu un seul, qui pour sauver sa vie, n’ait fait l’acte extérieur du sacrifice qu’on exigeoit ? A quel propos cette boucherie dans un tems où l’on ne persécutoit aucun chrétien, dans l’époque de la plus grande tranquilité de l’Eglise ? La profonde paix, & la liberté dont nous jouissions, dit Eusebe, nous jetta dans le relâchement. Cette profonde paix, cette entiere liberté s’accorde-t-elle avec le massacre de six mille six cens soixante-six soldats ? Si ce récit incroyable pouvoit être vrai, Eusebe l’eût-il passé sous silence ? Tant de martyrs ont scellé l’Evangile de leur sang, qu’on ne doit point faire partager leur gloire à ceux qui n’ont pas partagé leurs souffrances.

Il est certain que Dioclétien, dans les dernieres années de son empire, & Galerius ensuite, persécuterent violemment les chrétiens de l’Asie mineure & des contrées voisines ; mais dans les Gaules, dans les Espagnes & dans l’Angleterre, qui étoient alors le partage ou de Severe, ou de Constance Chlore, loin d’être poursuivis, ils virent leur religion dominante.

J’ajoûte à ces réflexions, que la premiere relation du martyre de la légion thébéenne, attribuée à saint Eucher évêque de Lyon, est une piece supposée. Pour prouver que ce petit livre qu’on donne à ce bon évêque, n’est point de lui, il suffit d’observer que saint Eucher finit ses jours en 454 ; & que dans son prétendu livre il y est fait mention de Sigismond roi de Bourgogne, comme mort depuis plusieurs années : or l’on sait que ce prince fut jetté dans un puits près d’Orléans, où il périt misérablement vers l’an 523.

On a démontré que les actes du concile d’Agaunum que Pierre François Chifflet a publié dans son édition de Paulin, sont aussi fictifs que ceux qu’ont suivi Surius & Baronius.

Les premiers écrivains qui ont parlé du martyre de la légion Thébéenne, sont Grégoire de Tours & Vénance Fortunat, qui liés d’une étroite amitié, vivoient tous deux sur la fin du vj. siecle. Mais, comme le cardinal Baronius en convient lui-même, il faut donner ces choses & plusieurs autres, d’une part à la crédulité de l’auteur des miracles de la vie des saints, & de l’autre à la simplicité de l’auteur du poëme de la vie de saint Martin.

S’il est encore quelqu’un qui desire une réfutation plus complette du roman de la legion thébéenne, nous le renverrons pour se convaincre à la fameuse dissertation de Dod well, de paucitate martyrum, qui est la onzieme des dissertationes cyprianicæ, imprimées à part ; & à la fin de l’édition de saint Cyprien, publiée par Jean Fell évêque d’Oxford. Que si ce quelqu’un crédule & amateur du merveilleux, n’entend pas le latin, nous pouvons pour lever ses doutes, lui recommander la lecture du savant petit ouvrage de M. du Bourdieu sur le martyre de la légion thébéenne. Cet écrit vit d’abord le jour en anglois en 1696, & a paru depuis traduit en françois en 1705. (D. J.)

Légion, (Art numismat.) nom de certaines médailles.

Une légion, en terme de médaillistes, est une médaille qui a au revers deux signes ou étendarts militaires, une aigle romaine au milieu, & pour inscription le nom de la légion, LEGIO I. II. X. XV. &c. Par exemple, ANT. AVG. III. VIR RPC, un navire ; au revers deux signes appellés pila, & une aigle romaine au milieu, LEG. II. ou XV, &c. & une autre LEG. XVII CLASSICÆ. Antoine est le premier, & Carausius le dernier, sur les médailles desquelles on trouve des légions. Il y a jusqu’à la xxive. légion sur les médailles que nous possédons, mais pas au-delà. Voyez les recueils de Mezzabarba & du P. Banduri. Trévoux, Chambers.

Légion, (Géog. anc.) ville de la Palestine, au pié du mont-Carmel, à 15 milles de Nazareth. Elle est célebre dans les écrits d’Eusebe & de S. Jérôme : c’est apparemment le même lieu qui est encore aujourd’hui nommé Légune. Les Romains y entretenoient une légion de soldats, pour garder le passage de Ptolomaïde à Césarée de Palestine ; c’étoit pour ainsi dire la clé du pays de ce côté-là. Il s’est donné plusieurs combats aux environs de cet endroit. (D. J.)

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Étymologie de « légion »

Du latin legio (« troupe »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. legio ; espagn. legion ; ital. legione ; du lat. legionem, de legere, choisir, lever (voy. LIRE). Legio veut dire primitivement levée militaire.

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Phonétique du mot « légion »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
légion leʒjɔ̃

Citations contenant le mot « légion »

  • Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche, Hannibal écoutait, pensif et triomphant, Le piétinement sourd des légions en marche. José Maria de Heredia, Les Trophées, La Trebbia , Lemerre
  • Vous dont j'ai pu laisser vieillir l'ambition Dans les honneurs obscurs de quelque légion […]. Jean Racine, Britannicus, I, 2, Agrippine
  • Les grands hommes qui n’ont pas leur statue sont légion. De Guillaume Apollinaire / L’arbre à soie
  • Dans la légion, les hommes sont des hommes. Les chèvres en savent quelque chose. De Régis Hauser / Les murs se marrent
  • La légion d'honneur est comme une maladie contagieuse : seuls ceux qui l'ont déjà peuvent vous la conférer. De Gilbert Cesbron
  • La légion d'honneur pour un humoriste est une faute professionnelle. De Guy Bedos / Ardennais Dimanche - 1995
  • Quand je regarde mon écriture, il me semble qu'une légion de fourmis est sortie de l'encrier et a traversé la feuille sans s'essuyer les pieds. De Sydney Smith
  • Qu'est-ce que l'humour ? C'est la faculté de rire des nigauds dans un pays où le nigaud est légion. De François Hertel / Jérémie et Barrabas
  • La légion d'honneur ? A partir d'un certain âge, il faut disposer d'un sacré piston pour ne pas l'avoir. De Frédéric Dard
  • Certains gouvernements, quand ils envoient leurs légions d'un pôle à l'autre, parlent encore de la défense de leurs foyers ; on dirait qu'ils appellent leurs foyers tous les endroits où ils ont mis le feu. De Benjamin Constant / De l'esprit de conquête
  • Un ancien légionnaire a déposé plainte en décembre 2019 contre son supérieur pour agressions sexuelles. La Légion assure avoir pris des « sanctions lourdes », mais ce ne sont que des sanctions de premier groupe, les plus faibles dans le Code de la défense. Mediapart, Violences sexuelles: un ex-légionnaire dénonce l’impunité dans l’armée | Mediapart
  • J'avais repéré un Lenovo légion avec la même config, la seule différence était que ce dernier avait un I7 au dessus ( I7-9750H) qui est juste 6% plus puissant. Mais pas de HDD en plus du SSD mais il y avait un slot en SATA pour mettre ce que l'on veut. Jeuxvideo.com, Promo Cdiscount : Lenovo Legion RTX 2060 à prix attractif - Actualités - jeuxvideo.com
  • Au mois d’octobre 2019 nous étions allés à la rencontre du sergent-chef Frédéric Henry légionnaire à la 13e DBLE chargé dans sa fonction d’adjoint de la gérance du restaurant militaire. Frédéric en effet depuis très jeune est passionné de peinture, Il exposait ses tableaux à l’espace Les Noisetiers à la Cavalerie en octobre 2019 et nous avions fait écho de son exposition dans nos colonnes. midilibre.fr, L’art et la Légion font bonne compagnie - midilibre.fr

Images d'illustration du mot « légion »

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Traductions du mot « légion »

Langue Traduction
Anglais legion
Espagnol legión
Italien legione
Allemand legion
Chinois 军团
Arabe الفيلق
Portugais legião
Russe легион
Japonais 軍団
Basque legioa
Corse legione
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Synonymes de « légion »

Source : synonymes de légion sur lebonsynonyme.fr
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