La langue française

Nécessité

Définitions du mot « nécessité »

Trésor de la Langue Française informatisé

NÉCESSITÉ, subst. fém.

I. − La nécessité de qqc.; une, des nécessités
A. − [Correspond à nécessaire I A]
1. Caractère nécessaire, indispensable de quelque chose; action, fait, état, condition qui doivent obligatoirement être réalisés (pour atteindre une fin, répondre à un besoin, à une situation). Nécessité absolue, indispensable; nécessité pratique, morale; faire qqc. par nécessité, sans nécessité; en cas de nécessité.
Constructions
a) [Suivi d'un compl.]
[Le compl. introduit par de est un subst.] La nécessité du travail, de l'effort, d'un choix, d'un changement. Le rocailleux Mélis releva des négligences de style, et disserta, en assez mauvais français, sur les avantages et la nécessité de la correction (Jouy,Hermite, t.3, 1813, p.47).Mais lui, si l'émotion de la voir bonne et aimante rendait plus atroce la nécessité du départ, comprenait que cette nécessité s'imposait davantage chaque jour (Zola,Dr Pascal,1893, p.255).Cette nécessité absolue d'un tissu vivant [pour la reproduction du virus] explique la progression plus lente de nos connaissances sur les maladies virales (Quillet Méd.1965, p.189).
[Le compl. introduit par de est un inf.] Je lui montrais la double nécessité impérieuse de recompléter toutes les divisions britanniques et d'exclure toute distinction définitive entre elles (Foch,Mém., t.2, 1929, p.77).La première nécessité qu'imposait cet impératif était de trouver à remplacer le sucre de canne (P.Rousseau, Hist. techn. et invent.,1967, p.213).
[Le compl. est une prop. au subj. introduite par que] À présent elle voyait moins que jadis la nécessité que Gilbert travaillât (Arland,Ordre,1929, p.330).Il y a nécessité qu'il retourne chez lui pour que ses parents n'aillent pas penser qu'il est mort (Camus,Chev. Olmedo,1957, 3ejournée, 6, p.790).
b) [En fonction d'attribut] Il nous apparaît (...) que lire Claudel fut pour M. Lasserre une nécessité, et une nécessité ingrate (Massis,Jugements,1924, p.259).De nos jours, le travail n'est plus un passe-temps agréable pour les oisifs; il est devenu une nécessité (Anouilh,Sauv.,1938, iii, p.227).
c) Dans des loc. adj. (Chose, action) de nécessité, de toute nécessité, de nécessité absolue. Qui est (absolument) nécessaire, indispensable. Richard III réunit à ces vices, qui sont de nécessité dans son rôle, beaucoup de choses qui ne peuvent appartenir qu'à lui seul (Constant,Wallstein,1809, p.xl).Un seul imbécile leur suffit, mais l'imbécile est de toute nécessité (Goncourt,Journal,1888, p.807).Pour les loc. adv. v. infra II B 1.
De première nécessité. Qui est indispensable, de la plus grande importance. Artiste, denrée, objet de première nécessité. De seconde nécessité. Qui est utile mais dont on pourrait éventuellement se passer. Les mémoires des fournisseurs ne portent que ces dépenses banales que le mari appelle «de première nécessité»; ces choses là se paient au grand jour; mais à certaines époques convenues, certains autres mémoires secrets font mention de quelques bagatelles que la femme appelle à son tour «de seconde nécessité», qui est la vraie, et que les esprits mal faits pourraient nommer du superflu (Musset,Chandelier,1840, i, 2, p.38).
THÉOL. Nécessité de moyen. Caractère de ce dont la pratique est indispensable pour le salut. Nécessité de précepte. Caractère de ce dont la pratique est nécessaire pour le salut dans la mesure où le commandement peut être observé. La nécessité de précepte est celle qui provient uniquement d'une obligation morale imposée par le législateur (...). La nécessité de précepte ne peut donc s'appliquer qu'à ceux qui sont capables d'obligation morale, c'est-à-dire aux adultes de raison. De plus toute excuse sérieuse (...) supprime l'obligation et par conséquent la nécessité de précepte. La nécessité de moyen est celle qui provient de la connexion intime entre le moyen à employer et la fin à obtenir (...). En matière de salut, une telle nécessité s'impose à tous, adultes ou enfants, et l'ignorance, même non coupable, n'en excuse pas (Théol. cath. 14, 1 1938, p.634).
2. État qui rend quelque chose nécessaire.
a) [Suivi d'un compl. à l'inf.] État d'une personne contrainte de faire quelque chose en vertu d'un impératif d'ordre pratique ou moral. Étre dans la nécessité de faire qqc.; mettre qqn dans la nécessité, le réduire à la nécessité de faire qqc. Ce commandant se crut dans la triste nécessité de déguiser sur tous les points la vérité (Voy. La Pérouse,t.2, 1797, p.26).Il se lamentait seulement, par des propos allusifs, sur la nécessité fâcheuse où peuvent se trouver parfois les serviteurs de l'intelligence d'avoir à gagner leur vie comme les autres mortels (Duhamel,Cécile,1938, p.127).
b) DR. État de nécessité. ,,État d'une personne qui, pour sauvegarder ses intérêts ou ceux d'autrui, en est réduite à commettre un acte incriminé par la loi pénale et pour lequel, vu les circonstances, lui est accordé le bénéfice de l'impunité`` (Cap. 1936). L'état de nécessité, qui n'apparaît que si le danger est imminent, inévitable et si les intérêts en conflit sont justifiés, est un cas particulier de la contrainte morale et a pour effet d'écarter toute responsabilité de l'auteur de l'acte délictueux (Quillet1965).
c) Vieilli ou région. État de privation, de manque des biens nécessaires. Extrême nécessité; être réduit à la dernière nécessité. Il est tombé dans la nécessité (Ac.1798-1935).Jamais Mercédès n'avait véritablement connu la misère; elle avait souvent, dans sa jeunesse, parlé elle-même de pauvreté; mais ce n'est point la même chose: besoin et nécessité sont deux synonymes entre lesquels il y a tout un monde d'intervalle (Dumas père, Monte-Cristo, t.2, 1846, p.632).Il ne pouvait l'entendre ainsi lui parler encore de loyer, de misère, de nécessité (Roy,Bonheur occas.,1945, p.288).
3. Souvent au plur. Ce que requiert une situation, un état; besoin(s), exigence(s), impératif(s). Nécessités essentielles, impérieuses; nécessités matérielles, pratiques, techniques, vitales; pourvoir, répondre, satisfaire, subvenir à des nécessités. Le bananier aurait pu suffire seul à toutes les nécessités du premier homme (Bern. de St-P.,Harm. nat.,1814, p.51).Cette phrase triviale et prophétique n'était point née parmi nous d'un sursaut d'orgueil national ou de quelque désir de revanche cocardière. Elle répondait à une nécessité intérieure si pressante que nous ne la raisonnions pas (Ambrière,Gdes vac.,1946, p.137).
[Suivi d'un compl. ou d'un adj. déterminatif indiquant la chose ou le domaine intéressé(e)] Les principaux chefs de l'armée (...) plus ou moins sincères dans leur premier élan, mais bientôt dominés et conduits par des vues personnelles et les nécessités de leur situation (Guizot,Hist. civilis., leçon 13, 1828, p.21).J'ajoute, qu'à mon avis, le vers qui seul convient au théâtre, est un vers souple, fondé sur le rythme, le sujet, le souffle et pouvant s'adapter à toutes les nécessités théâtrales (Apoll.,Tirésias,1918, p.869):
1. ... elles étaient toutes remplies, exubérantes de cette jeunesse qu'on a si grand besoin de dépenser que, même quand on est triste ou souffrant, obéissant plus aux nécessités de l'âge qu'à l'humeur de la journée, on ne laisse jamais passer une occasion de saut ou de glissade sans s'y livrer consciencieusement... Proust,J. filles en fleurs,1918, p.791.
SYNT. Les nécessités de la cause; les nécessités du service, du travail, de la tâche; les nécessités de l'organisme, des sens; les nécessités de la production; les nécessités de l'armée, de la défense, de la guerre; les nécessités de l'État; nécessités économiques, commerciales, financières, publiques.
[Suivi d'un compl. ou d'un adj. déterminatif indiquant l'objet de la nécessité] Des nécessités d'argent. Ce n'était chez lui ni désir de contredire, ni penchant au paradoxe; c'était une nécessité impérieuse de justice et de bon sens (Rolland,J.-Chr., Maison, 1909, p.1009).
En partic. Les besoins de la vie corporelle ou matérielle. Les nécessités de l'existence, de la vie, de la nature; nécessités naturelles. Si je l'avais vue manger seulement, si je l'avais vue soumise aux mêmes besoins et aux mêmes nécessités que les autres femmes, mon amour eût été froissé (Karr,Sous tilleuls,1832, p.263).
Vx. Besoin(s) naturel(s). Aller à ses nécessités. Un moutard (...) qui voudrait m'empêcher d'aller aux cabinets et de faire mes nécessités! (Courteline,Ronds-de-cuir,1893, 2etabl., ii, p.66).Chalet de nécessité. V. chalet A.
P.méton. Ce qui répond aux besoins essentiels; objet, denrée de première nécessité. Dans le monde moderne, il [un prince fugitif] trouve du moins d'autres princes qui lui procurent les nécessités de la vie (Chateaubr.,Essai Révol., t.2, 1797, p.151).C'était, pour tout le monde, un manque de confort qui nous surprend. Riches et pauvres se passaient de superfluités que nous tenons pour des nécessités (Bergson,Deux sources,1932, p.318).
B. − [Correspond à nécessaire I B]
1. Au sing.
a) Caractère nécessaire, inévitable, inéluctable de quelque chose. La nécessité de la mort, la nécessité de mourir; la nécessité d'une conséquence. Si le renouvellement de la forme sociale est nécessaire ou inévitable, s'il est dans la raison des choses ou même seulement dans la nécessité des faits, comment ce renouvellement ne peut-il pas s'opérer? (Lamart.,Corresp.,1831, p.112).Les capitalistes ont en main tous les outils de l'abondance: ils les utilisent à faire la guerre; parlera-t-on alors de l'inéluctable nécessité de la guerre? (Vailland,Drôle de jeu,1945, p.171):
2. J'emploie le mot de cruauté dans le sens d'appétit de vie, de rigueur cosmique et de nécessité implacable, dans le sens gnostique de tourbillon de vie qui dévore les ténèbres, dans le sens de cette douleur hors de la nécessité inéluctable de laquelle la vie ne saurait s'exercer... Artaud,Théâtre et son double,1938, p.122.
b) PHILOS., LOG. Caractère de ce qui ne peut pas ne pas être ou ne peut pas être autrement. La nécessité d'un principe; la nécessité d'un être, de Dieu; la nécessité divine. Le caractère d'un fait nécessaire est de ne pas s'arrêter, d'être aujourd'hui et demain encore, d'être sans cesse et d'être partout. La nécessité d'une idée, d'une loi implique la domination de cette idée, de cette loi dans toute l'étendue de la durée, tant que l'esprit humain subsiste (Cousin,Hist. philos. XVIIIes., t.1, 1829, p.242).V. aussi apriorique ex. 1.
[P.oppos. à nécessité hypothétique et à nécessité morale] Nécessité absolue, catégorique, logique, métaphysique. Caractère de ce qui est posé par l'esprit comme valable en tout état de cause et dont la contradictoire est reconnue comme impossible en soi. Appliquant à ces hautes recherches les règles des proportions générales ou mathématiques, (...) nous en avons conclu la nécessité métaphysique de cet être ineffable, dont la religion nous enseigne l'existence (Bonald,Législ. primit., t.2, 1802, p.52).La nécessité relative du contingent nous révèle la nécessité absolue du nécessaire (Blondel,Action,1893, p.344).Ce n'est pas une nécessité d'ordre physique, c'est une nécessité logique qui s'attache à la proposition suivante: deux corps ne sauraient occuper en même temps le même lieu. L'affirmation contraire renferme une absurdité qu'aucune expérience concevable ne réussirait à dissiper (Bergson,Essai donn. imm.,1889, p.76).V. aussi infra ex. de Théol. cath.
Nécessité hypothétique, relative. Nécessité ,,subordonnée à certaines présuppositions qui pourraient elles-mêmes ne pas être faites`` (Lal. 1960, s.v. nécessité). On objecte que, hors de toute expérience, l'esprit juge nécessairement qu'il est impossible que rien n'existe. On répond: l'observation est exacte, si l'on pense en même temps que quelque chose existe maintenant, ou que quelque chose a existé avant, ou existera plus tard; mais dans ce cas on n'a qu'une nécessité hypothétique et non absolue (Théol. cath.t.4, 11920, p.905).V. aussi supra ex. de Blondel.
Nécessité morale. Caractère de ce qui est posé par l'esprit en vertu d'un principe de certitude morale. La nécessité morale d'affirmer des principes qui, malgré le nom d'évidents qu'on leur donne, ont plutôt pour caractère le penchant que nous avons universellement à les poser (Renouvier,Essais crit. gén., 3eessai, 1864, p.xl).Le semi-rationalisme (...) n'admettait la nécessité, soit morale, soit absolue, de la révélation que pour remédier à une impuissance accidentelle provenant de la chute originelle (Théol. cath.t.4, 11920, p.831).
2. Au sing. et au plur. Fait, événement, phénomène se produisant d'une manière inéluctable et exerçant une action contraignante sur un être, une collectivité, un système. Nécessités biologiques, historiques; une nécessité cruelle, inévitable. Ses instincts [de l'animal] sont le produit des nécessités que lui imposent les milieux où il se développe. De là ses variétés (Balzac,Lambert,1832, p.205).Cela me faisait horreur, pitié, je l'acceptais quand même, comme on accepte la maladie, la mort, beaucoup d'autres nécessités répugnantes auxquelles il faut bien se résigner (Bernanos,Journal curé camp.,1936, p.1136).V. aussi assujettissement ex. 3:
3. Dans une oeuvre d'art, le spécialiste ou l'historien pourra tout expliquer de ses caractères, montrer de quelles influences elle est la conséquence, à quelles nécessités elle a obéi, comment elle a été déterminée. Voilà le mot: ce déterminisme écrasant, dont l'homme est parfois accablé. On ne peut lui échapper que par une évasion et une seule: elle est offerte par la qualité, la perception de la qualité, le jugement de la qualité. Huyghe,Dialog. avec visible,1955, p.392.
En partic., au plur., vx. Événements malheureux de caractère fatal; vicissitudes. Aussi fermes qu'eux [des sectaires] dans les nécessités, nous leur en voulons de ce manque d'imagination qui les empêche de supposer un cas où ils pourraient ne plus se suffire (Barrès,Homme libre,1889, p.86).
II. − (La) nécessité
A. − Ensemble des contraintes s'exerçant sur un être ou sur un système et qui détermine son état, oriente son action. Qu'importe que la loi rende un hommage hypocrite à l'égalité des droits, si la plus impérieuse de toutes les loix, la nécessité, force la partie la plus saine et la plus nombreuse du peuple à y renoncer (Robesp.,Discours, Constit., t.9, 1793, p.506).Elle allait à confesse d'un coeur assez léger et n'avait point de remords d'une action où la nécessité l'avait obligée (Aymé,Jument,1933, p.72):
4. Ces terribles répressions mêmes, ils ne les donnent point comme justes; ils invoquent la nécessité. Ils ne disent pas: «Je n'ai pas pu me tromper»; bien loin de là, ils considèrent l'erreur comme possible; ils invoquent la nécessité, la terrible pression de la guerre, la hâte inévitable, le désordre toujours menaçant, les effets trop connus de la faiblesse ou de l'hésitation. Alain,Propos,1930, p.935.
En partic.
[Essentiellement p.oppos. à liberté et à volonté] Force qui fixe le cours des événements sans intervention possible de la volonté humaine. Synon. fatalité, destin.L'aveugle, l'implacable, l'inflexible, l'invincible, l'irrésistible nécessité. Abandonne une résistance, et si fatigante et si vaine; plus sage et plus heureux, livre-toi doucement à l'irrévocable nécessité. Tes voeux n'arrêteront pas tes destins; laisse donc tes destins entraîner ta volonté paisible (Senancour,Rêveries,1799, p.19).La grâce a délivré l'homme du destin. Cette nécessité qui pesait sur la nuque des grands anciens, elle l'a vaincue et nous a rendus libres, −mais libres aussi de nous courber à nouveau sous le joug (Mauriac,Journal 2,1937, p.142).V. aussi antirationnel ex. 2:
5. En exécutant cet homme, j'ai obéi à la nécessité; mais la nécessité est un monstre du vieux monde; la nécessité s'appelle Fatalité. Or, la loi du progrès, c'est que les monstres disparaissent devant les anges, et que la Fatalité s'évanouisse devant la fraternité. Hugo,Misér., t.2, 1862, p.347.
MYTHOL. ANTIQUE. Déesse de la Fatalité, fille de la Fortune, représentée avec des mains de bronze tenant des chevilles et des coins de fer. La Nécessité est souvent prise chez les poètes, pour le Destin à qui tout obéit. C'est en ce sens qu'ils font les Parques ses filles (Besch.1845-46).Le dieu des anciens dieux fut toujours le Destin ou la Nécessité, ce qui revient à dire le Monde en son inexplicable existence, puissant par là absolument (Alain,Propos,1924, p.576).
PHILOS., LOG. [Essentiellement p.oppos. à hasard ou à contingence] Enchaînement nécessaire des causes et des effets, des principes et des conséquences, déterminisme (v. déterminisme B). Philosophie de la nécessité. La contingence elle-même est donc ramenée au déterminisme et à la nécessité mathématique, sans rien perdre de son caractère (Blondel,Action,1893, p.59).La négation de la nécessité objective, du déterminisme, ferme la voie à la connaissance scientifique, aboutit inévitablement à des représentations erronées selon lesquelles la nature et la société sont le règne du chaos et des contingences (Ros.-Ioud.1955):
6. Mais une fois inscrit dans la structure de l'ADN, l'accident singulier et comme tel essentiellement imprévisible va être mécaniquement et fidèlement répliqué et traduit, c'est-à-dire à la fois multiplié et transposé à des millions ou des milliards d'exemplaires. Tiré du règne du pur hasard, il entre dans celui de la nécessité, des certitudes les plus implacables. J. Monod, Le Hasard et la nécessité, Paris, éd. du Seuil, 1970, p.135.
B. − Loc., expr., proverbes
1. De toute nécessité, ou vx, de nécessité, loc. adv. Nécessairement (v. ce mot A et B); obligatoirement, immanquablement. Si l'on convient qu'un grand seigneur peut être un fripon, qu'un royaliste peut être un malhonnête homme, cela ne suffit pas actuellement: un ci-devant gentilhomme est de nécessité un scélérat (Chateaubr.,Essai Révol., t.2, 1797, p.118).Si je meurs, me voici bien avancé. Je dois vivre. Pour devenir un saint, il me faut, de toute nécessité, vivre (Duhamel,Journ. Salav.,1927, p.62).
2. Nécessité fait loi; nécessité n'a point de loi. V. loi I C 3.
3. Faire de nécessité vertu. Faire de bonne grâce ce que l'on est obligé de faire; endurer avec patience ce à quoi l'on ne peut se soustraire. Pour être calme et heureux, il vaudrait mieux rompre tout à fait avec le monde; mais cette rupture, ma volonté n'est pas assez forte pour l'opérer, il faut que les circonstances et la nécessité m'y obligent... Alors, faisant de cette nécessité une vertu, je serais heureux de me sentir libre et dégagé de mille liens artificiels qui compliquent et embarrassent ma vie (Maine de Biran,Journal,1816, p.198).J'ai idée que les auteurs de mes jours ne m'attendaient pas. Ils m'eussent volontiers laissé dans l'autre monde. Mais ils firent de nécessité vertu (Guéhenno,Journal homme 40 ans,1934, p.19).
4. Vieilli. Nécessité l'ingénieuse, l'industrieuse; nécessité (est) mère d'industrie. Enfin nécessité, mère de l'industrie, nous suggéra l'idée de retrancher de la chemise tout ce qui refusait de loger dans mon pantalon (Courier,Lettres Fr. et Ital.,1806, p.722).Pauvreté l'audacieuse, nécessité l'ingénieuse, le dur travail intérieur de la faim et du désir, les stimulent [des insectes] et développent les organes énergiques qui vont leur venir en aide (Michelet,Insecte,1857, p.53).
Prononc. et Orth.: [nesesite]. Martinet-Walter 1973 [-se-] (15/17). Ac. 1694, 1718: necessité; dep. 1740: né-. Étymol. et Hist. 1. 1remoitié xiies. «misère, pauvreté» (Psautier Oxford, 106, 13 ds T.-L.); 1540 être en necessité (Rec. des anc. cout. de Belgique, VII, 3, 475 ds FEW t.7, p.78a); 1776 de première nécessité (Condillac, Comm. gouv., I, 2 ds Littré); 2. ca 1155 «caractère de ce dont on ne peut se passer, besoin impérieux» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 8027); 1370-72 de necessité «obligatoirement, nécessairement» (Oresme, Ethiques, éd. A. D. Menut, p.196, n. 5); 1694 de toute necessité (Ac.); 3. a) 1269-78 «besoins naturels comme manger, dormir, etc.» (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 11307); ca 1300 aller à des nécessités «aller à la chaise percée» (Guillaume de St-Pathus, Mir. St Louis, éd. P.B. Fay, XII, 42); b) ca 1333 subst. fém. plur. «besoin d'argent qu'éprouve un gouvernement, une corporation» (Ord., mai, XII, 21 ds Gdf. Compl.); 1358 «ensemble de choses nécessaires pour vivre» (Tutelle des enfants de Nicolas de la Foy, 17 oct., A. Tournai, ibid.); 4. a) 1269-78 faire de necessite vertu (Jean de Meun, op. cit., 13985); b) ca 1360 avoir necessite de «être dans l'obligation de» (H. Capet, 241 ds T.-L.); c) ca 1480 Nécessité n'a point de loy (Myst. du viel Testament, éd. J. de Rothschild, 39647); d) 1740 necessité d'industrie est la mère (Gresset, Le Lutrin vivant, p.60); 5. ca 1480 «fatalité, événement inéluctable» (Myst. du viel Testament, id., 36225); 6. 1656-57 «état de contrainte qui restreint ou annule le libre choix» (Pascal, Provinciales, éd. Brunschvicg, XVIII, VII, p.30); id. mettre (qqn) dans la nécessité de (Pascal, Provinciales, éd. Brunschvicg, XVIII, VII, p.25); 1657-62 log. «enchaînement nécessaire des causes et des effets» (Pascal, Pensées, II, 19). Empr. au lat. necessitas «nécessité; l'inéluctable, l'inévitable; besoin impérieux, prenant; obligation impérieuse de faire une chose; caractère nécessaire, nécessité (au sens logique)». Fréq. abs. littér.: 6135. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 9368, b) 5445; xxes.: a)7407, b) 10720. Bbg. Gohin 1903, p.338.

Wiktionnaire

Nom commun

nécessité \ne.se.si.te\ féminin

  1. Caractère de ce qui est absolument obligatoire, indispensable, de ce dont on ne peut se passer.
    • Nécessité absolue, dure, fatale.
    • Faire une chose par nécessité.
    • Multiplier les démarches sans nécessité.
  2. Ce qu’on ne peut éviter, ce qui s’impose d’une façon plus ou moins stricte.
    • L'individualisme libertaire, l'insoumission aux nécessités fondamentales d'une société la dissolvent. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • C’est une nécessité de mourir, La mort est inévitable.
    • Je ne vois pas la nécessité de cette conséquence, Je ne vois pas que cette conséquence soit une suite logique du principe dont on la tire.
    • Si vous voulez qu’on vous pardonne, c’est une nécessité que vous pardonniez, C’est une condition nécessaire.
    • La nécessité d’aimer Dieu, L’obligation indispensable d’aimer Dieu.
  3. Dans un sens général et absolu, Tout ce à quoi il est impossible de se soustraire, de résister.
    • Il faut se soumettre à la nécessité, plier sous le joug de la nécessité.
    • Les dures lois de la nécessité.
  4. Ce qui contraint dans quelque circonstance déterminée.
    • Ce caractère de nécessité historique donne au mouvement antipatriotique actuel une force qu’on chercherait vainement à dissimuler au moyen de sophismes. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, 1908, p.153)
    • Ne me réduisez pas à la nécessité de vous dire des choses pénibles.
  5. Besoin pressant.
    • C’est une nécessité que j’y mette ordre le plus tôt possible.
    • Quelle nécessité y avait-il de faire ce qu’il a fait ?
    • Quelle nécessité si pressante de lui en parler ?
    • Une urgente nécessité.
    • Une chose de première nécessité, Une chose dont il est impossible ou très difficile de se passer pour vivre.
    • Le pain est une chose de première nécessité.
    • Une denrée de première nécessité.
  6. (Surtout au pluriel) Impératif ; exigence ; obligation.
    • La tentation d’être un chef juste et humain est naturelle dans un homme instruit ; mais il faut savoir que le pouvoir change profondément celui qui l’exerce ; et cela ne tient pas seulement à une contagion de société ; la raison en est dans les nécessités du commandement, qui sont inflexibles. — (Alain, Souvenirs de guerre, page 235, Hartmann, 1937)
    • Mateo était un être instinctif, peu bavard et mû par une nécessité impérieuse. Il devait faire certaines choses, sans toujours bien savoir expliquer pourquoi." — (Antoine Bello, Mateo, 2013 ; collection Blanche, p. 52)
  7. Les besoins d’argent qu’éprouve un pays, un gouvernement, une corporation.
    • […]; qu’on se rappelle les nécessités terribles, les terribles échéances où chaque fin de mois l’accule ; l’huissier à ses trousses, sa mère qui le harcèle, l’avenir engagé, […]. — (Octave Mirbeau La Mort de Balzac, 1907)
    • Quoi qu’il en soit, on peut imaginer que le désastre phylloxérique mit subitement en présence des plus dures nécessités toute une population vigneronne qui avait jusque-là vécu insouciante sur ses coteaux. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Pourvoir par une nouvelle contribution aux urgentes nécessités de l’état.
    • (Par extension)Cette petite somme lui permettra de parer aux premières nécessités.
    • Les nécessités de la vie, Les besoins urgents, les obligations de la vie.
    • Les nécessités de la vie l’ont forcé à accepter cet emploi.
  8. Besoin auquel la nature de l’homme est assujettie, comme boire, manger, dormir, etc.
    • Les nécessités de la nature.
    • Aller à ses nécessités, Aller à la selle.
    • Chalet de nécessité. Voyez « chalet ».
  9. Indigence, dénuement.
    • Grande, extrême nécessité.
    • Être réduit à la dernière nécessité.
    • Il est tombé dans la nécessité.
  10. (Militaire) (Droit) Principe de nécessité militaire selon laquelle les parties au conflit ne peuvent utiliser que les moyens et méthodes nécessaire pour atteindre un objectif militaire légitime et déterminé. En droit international des conflits armés, le principe de nécessité s'évalue avant le principe de proportionnalité.

Forme de verbe

nécessité \ne.se.si.te\

  1. Participe passé masculin singulier de nécessiter.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

NÉCESSITÉ. n. f.
Caractère de ce qui est absolument obligatoire, indispensable, de ce dont on ne peut se passer. Nécessité absolue, dure, fatale. Une heureuse nécessité. Faire une chose par nécessité. Multiplier les démarches sans nécessité. Il se dit aussi de Ce qu'on ne peut éviter, de ce qui s'impose d'une façon plus ou moins stricte. C'est une nécessité de mourir, La mort est inévitable. Je ne vois pas la nécessité de cette conséquence, Je ne vois pas que cette conséquence soit une suite logique du principe dont on la tire. Si vous voulez qu'on vous pardonne, c'est une nécessité que vous pardonniez, C'est une condition nécessaire. La nécessité d'aimer Dieu, L'obligation indispensable d'aimer Dieu. Prov., Faire de nécessité vertu, Faire de bonne grâce une chose qui déplaît, mais qu'on est obligé de faire.

NÉCESSITÉ signifie, dans un sens général et absolu, Tout ce à quoi il est impossible de se soustraire, de résister. Il faut se soumettre à la nécessité, plier sous le joug de la nécessité. Les dures lois de la nécessité.

NÉCESSITÉ signifie, dans un sens restreint et particulier, Ce qui contraint dans quelque circonstance déterminée. Ne me réduisez pas à la nécessité de vous dire des choses pénibles. Il signifie aussi Besoin pressant. C'est une nécessité que j'y mette ordre le plus tôt possible. Quelle nécessité y avait-il de faire ce qu'il a fait? Quelle nécessité si pressante de lui en parler? Une urgente nécessité. Une chose de première nécessité, Une chose dont il est impossible ou très difficile de se passer pour vivre. Le pain est une chose de première nécessité. Une denrée de première nécessité. Prov., Nécessité n'a point de loi, Un extrême péril, un extrême besoin peuvent rendre excusables des actions blâmables en elles-mêmes. On dit de même Nécessité fait loi.

NÉCESSITÉ se dit des Besoins d'argent qu'éprouve un pays, un gouvernement, une corporation. Pourvoir par une nouvelle contribution aux urgentes nécessités de l'État. D'abondantes collectes ont pourvu aux nécessités pressantes de cette église. Par extension, Cette petite somme lui permettra de parer aux premières nécessités. Les nécessités de la vie, Les besoins urgents, les obligations de la vie. Les nécessités de la vie l'ont forcé à accepter cet emploi. Les nécessités de la nature, Les besoins auxquels la nature de l'homme est assujettie, comme boire, manger, dormir, etc. Aller à ses nécessités, Aller à la selle. Chalet de nécessité. Voyez CHALET. Il signifie encore Indigence, dénuement. Grande, extrême nécessité. Être réduit à la dernière nécessité. Il est tombé dans la nécessité.

DE NÉCESSSITÉ et, plus souvent, DE TOUTE NÉCESSITÉ, loc. adv. Nécessairement. Il faut de toute nécessité que cela soit. Il est de toute nécessité que je reste ici encore quelque temps.

PAR NÉCESSITÉ, loc. adv. À cause d'un besoin pressent. Il vend ses livres par nécessité.

Littré (1872-1877)

NÉCESSITÉ (né-sè-si-té) s. f.
  • 1Ce qui est absolument nécessaire ; condition nécessaire. Une dure nécessité. Faire une chose par nécessité. Afin que les hommes, édifiés de votre conduite et accoutumés à vous suivre, se trouvent réduits à l'heureuse nécessité de fuir le mal, et à la nécessité encore plus heureuse de faire le bien, Bourdaloue, Sur le scandale, 1er avent, p. 136. Il mourut le 6 août 1706 d'une mort douce et paisible et par la seule nécessité de mourir, Fontenelle, Duhamel.
  • 2Dans un sens abstrait et général, le caractère de ce qui s'impose irrémissiblement. Plier sous le joug de la nécessité. Les dures lois de la nécessité. Le mieux serait peut-être de n'avoir point reçu cette vie dont on se plaint si souvent et qu'on aime toujours ; mais rien n'a dépendu de nous ; nous sommes attachés, comme dit Horace, avec les gros clous de la nécessité, Voltaire, Lett. M***, 4 mai 1772. Et la nécessité, souveraine des lois, Voltaire, Mérope, II, 1. Les délégués de la nation ont pour eux la souveraine des événements, la nécessité, Mirabeau, Collection, t. I, p. 266. Cédez au maître des maîtres, à la nécessité, Mirabeau, ib. t. III, p. 287.
  • 3 Terme de philosophie. Ce qui fait qu'une chose ne peut pas ne pas être. Il ne faut point souffrir en Dieu une nécessité qui soit hors de lui, qui lui soit supérieure, qui le domine… il est lui-même sa propre nécessité, Bossuet, 6e avert. 34.

    Nécessité métaphysique, celle qui fait qu'une chose est telle que le contraire en est impossible ; exemple : deux et deux font quatre.

    Nécessité morale, celle qui oblige les êtres moraux. La distinction de perfection et de conseil, et du bien de nécessité et d'obligation, Bossuet, 5e avert. 13. Cette nécessité de faire toujours le meilleur ne peut jamais être qu'une nécessité morale ; or une nécessité morale n'est pas une nécessité absolue, Voltaire, Lett. Prince royal de Prusse sur la liberté, 1737.

    Terme de théologie. Nécessité de moyen, se dit pour nécessité absolue, par opposition à nécessité de précepte. Le baptême est nécessaire d'une nécessité de moyen ; l'eucharistie n'est, à la rigueur, que d'une nécessité de précepte.

  • 4Ce qui est logiquement nécessaire. Je ne vois pas la nécessité de cette conséquence. Si vous voulez qu'on vous pardonne, c'est une nécessité que vous pardonniez. Vous ne trouvez point que tout cela soit ni bon ni vrai ; je cède à la nécessité et à la force de vos raisons, Sévigné, 28 déc. 1673.
  • 5Ce qui contraint, oblige, en une circonstance donnée. La nécessité était venue de s'expliquer. S'assure-t-on sur l'alliance Qu'a faite la nécessité ? La Fontaine, Fabl. VIII, 22. Nécessité l'ingénieuse Leur fournit une invention, La Fontaine, ib. X, 1. Cette recherche marque en lui une furieuse nécessité à vous aimer, Bussy-Rabutin, Hist. amour. t. I, p. 73. Ne serait-ce pas une tyrannie de les mettre dans cette nécessité ou de… ou de…, Pascal, Prov. XVII. Mettre les peuples dans l'affreuse nécessité ou de ne pouvoir respirer librement, ou de secouer le joug de votre tyrannique domination, est-ce là le vrai moyen de régner sans trouble ? Fénelon, Tél. XI. On est souvent dans la nécessité de s'en servir [des méchants], Fénelon, ib. XXIV. Il est d'une nécessité indispensable que M. le duc de Duras, M. de Chauvelin… crient de toutes leurs forces à l'imposture, Voltaire, Lett. d'Argental, 4 mai 1772. Nécessité tire parti de tout, Nécessité d'industrie est la mère, Gresset, Lutrin vivant. Nécessité l'ingénieuse me conseilla de me ménager cette occasion d'être connu des Sulpiciens et de mon évêque, Marmontel, Mém. II. Ô nécessité dure, ô pesant esclavage ! Chénier, Élég. XXXVI.

    Faire de nécessité vertu, faire de bonne grâce une chose qui déplaît, mais qu'on est obligé de faire. D'une nécessité faites une vertu, Mairet, Sophon. V, 2. Afin qu'après… il fasse de nécessité vertu de meilleure grâce, Corneille, Examen du Menteur.

    Une chose de première nécessité, une chose dont il est impossible ou très difficile qu'on se passe pour exister. Les fruits tels que la terre les produit par sa seule fécondité, sont de première nécessité pour un sauvage, Condillac, Comm. gouv. I, 7.

    Par analogie, les choses de seconde nécessité, les choses qui sont fort utiles, mais dont à la rigueur on pourrait se passer. Les arts multiplient les choses de seconde nécessité, ils les perfectionnent, Condillac, Comm. gouv. I, 2.

  • 6Besoin pressant. Quelle nécessité y avait-il de faire ce que vous avez fait ? Dans une nécessité de toutes choses, Vaugelas, Q. C. 240. Pourquoi le perdons-nous dans la nécessité la plus pressante, au milieu de ses grands exploits… ? Fléchier, Turenne. S'il se trouvait dans une pressante nécessité, Fénelon, Tél. VIII. Elle [Antiope] ne parle que pour la nécessité, et, si elle ouvre la bouche, la douce persuasion et les grâces naïves coulent de ses lèvres, Fénelon, ib. XXII. Il me semble que nous avons un besoin extrême de vous et de M. de Condorcet ; il ne faut pas que vous abandonniez vos amis dans leurs nécessités urgentes, Voltaire, Lett. Morellet, 23 févr. 1776.
  • 7Besoin d'argent, indigence. Il est tombé dans la nécessité. Revenons aux personnes incommodées, pour le soulagement desquelles nos Pères assurent qu'il est permis de dérober non-seulement dans une extrême nécessité, mais encore dans une nécessité grave quoique non extrême, Pascal, Prov. VIII. Mon fils s'en va… on ne voit à Paris que des équipages qui partent ; les cris sur la nécessité sont encore plus grands qu'à l'ordinaire ; mais il n'en demeurera aucun, non plus que les années passées, Sévigné, 10 avr. 1776. Il n'est pas possible que, dans un si grand nombre de branches de commerce, il n'y en ait toujours quelqu'une qui souffre, et dont par conséquent les ouvriers ne soient dans une nécessité momentanée, Montesquieu, Esp. XXIII, 29.
  • 8 Au plur. Tout ce qui est exigé par des besoins physiques ou moraux. De s'offenser pour avoir reçu un soufflet, ou de tant désirer la gloire ; mais cela est très souhaitable à cause des autres biens essentiels qui y sont joints ; et un homme qui a reçu un soufflet sans s'en ressentir est accablé d'injures et de nécessités, Pascal, Pens. V, 14. C'est lui [un ministre] qui reçoit les vœux, qui écoute les plaintes, qui examine les nécessités, qui pèse les services…, Fléchier, Mme d'Aiguillon. S'il m'était libre d'alléguer ici ces expressions vives et nobles dont il s'est servi pour exprimer les nécessités des peuples, vous verriez combien il était sensible à toutes leurs peines, Fléchier, Lamoignon. Les besoins et les nécessités de l'Église, Fléchier, I, 235. Dans les plus grandes nécessités de son peuple, il se contenta d'envoyer un de ses disciples, Fléchier, Panégyr. I, 352. La vue des nécessités humaines que tu peux soulager par tes aumônes, Fléchier, ib. I, 379. La Providence suscita, pour subvenir à ces nécessités pressantes, Ignace comme un autre Esdras, pour rétablir la loi, Fléchier, ib. II, 214. Plût au ciel que, dans cet aveuglement où nous vivons aujourd'hui, chacun de nous eût son prophète qui l'avertît des nécessités de son âme, Fléchier, ib. Franç. de Paule.
  • 9En un sens plus restreint. Les nécessités, les besoins de la vie, les choses nécessaires à la vie. Alexandre fit savoir les nécessités de ses troupes aux gouverneurs des autres provinces, Vaugelas, Q. C. 520. Ceux qui le plaignaient [l'homme qui criait malheur à Jérusalem], ceux qui le maudissaient, ceux qui lui donnaient ses nécessités, n'entendirent jamais de lui que cette terrible parole, Bossuet, Hist. II, 8. Nous parlons pour l'intérêt des pauvres, nous exposons leurs pressantes nécessités, Bourdaloue, Exhort. char. env. les pauvr. t. I, p. 52. Il prenait sur les nécessités absolues de la vie de quoi acheter des livres de cette espèce, ou plutôt il les mettait au nombre des nécessités absolues, Fontenelle, Varignon. À l'égard de l'or et de l'argent du Pérou et du Mexique, le public n'y gagna rien, puisqu'il est égal de se procurer les mêmes nécessités avec cent marcs, ou avec un marc, Voltaire, Polit. et législ. Fragm. hist. Inde, I.

    Menues nécessités des tribunaux, s'est dit des buvettes, du chauffage, etc.

    Par plaisanterie. Les exigences d'un amant auprès de sa maîtresse. Il y a apparence que, si Roquebrune fut habile homme, il profita de l'occasion et représenta ses nécessités à l'agréable Inezilla, Scarron, Roman com. I, 23.

  • 10Besoins d'argent qu'éprouve un pays, un gouvernement, une corporation, une grande maison. Le premier argent qu'il reçut d'Espagne, malgré les nécessités de sa maison, fut donné à ses amis, Bossuet, Louis de Bourbon. L'argent destiné pour les frais du théâtre d'Athènes était un argent sacré : il n'était pas même permis d'y toucher dans les plus grandes nécessités et dans les plus grands dangers de la guerre, Voltaire, Lett. Mlle Clairon, 1765.
  • 11Les nécessités de la nature, les besoins auxquels la nature de l'homme est assujettie, comme boire, manger, etc. Assujettis aux mêmes nécessités naturelles, exposés aux mêmes périls, livrés en proie aux mêmes maladies, Bossuet, Gornay. C'est en effet la vraie grâce de l'aumône, en soulageant les besoins des pauvres, de diminuer en nous d'autres besoins, c'est-à-dire ces besoins honteux qu'y fait la délicatesse, comme si la nature n'était pas assez accablée de nécessités, Bossuet, Anne de Gonz.

    Aller à ses nécessités, faire ses nécessités, satisfaire les besoins d'évacuation.

    Il se dit au singulier. Il se trouva là une caverne, où il entra pour une nécessité naturelle, Sacy, Bible, Rois, I, XXIV, 4.

  • 12De nécessité, loc. adv. Nécessairement. Quand il faut de nécessité finir la pièce, Corneille, Examen de Don Sanche. Il faut de nécessité que tout ce que nous avons dit arrive en lui, Boileau, Du subl. XXX. Il fallait de nécessité qu'elle y fît de grands frais, Hamilton, Gramm. 8.
  • 13Par nécessité, loc. adv. À cause d'un besoin pressant. Il vend sa bibliothèque par nécessité.

    PROVERBE

    Nécessité n'a point de loi, c'est-à-dire un extrême péril, un extrême besoin, peuvent rendre excusables des actions blâmables en elles-mêmes.

HISTORIQUE

XIIe s. De lur necessitet delivra els [eux] Psautier, Raynouard, Lexique roman.

XIIIe s. Neceé, Poésies du Vatican, n° 1490, f° 120, dans LACURNE. Et chemina tant qu'il vint à Lions, où il trouva le pape, et li montra sa necessité, Chr. de Rains, 224. S'il ne fait de necessité Vertu, par grant humilité, la Rose, 14217.

XIVe s. La conclusion s'ensuit de necessité, Oresme, Eth. 198. Et quant amis ont necessité ou indigence, il appetent recevoir utilité l'un de l'autre, Oresme, ib. 238. Il se fasoient vertu de leur necessité, Et tout prenoient en gré par vraie humilité, Girart de Ross. v. 2327.

XVe s. Necessité n'a loy, Boucic. I, 27. Il avoit esté de necessité que…, Commines, II, 4. Et que en sa necessité il n'avoit jamais trouvé si bon amy, Commines, IV, 10. Necessité faict gens mesprendre, Ét faim saillir le loup des boys, Villon, Grand testament.

XVIe s. Jean d'Austrie promettant à Sarbellon lui envoier plusieurs necessitez, que ce capitaine avisé prevoioit cause de sa perte par leur manquement, D'Aubigné, Hist. II, 85. Ils se firent prendre dans le gros du mareschal de Biron, qu'ils trouverent venant de faire sa necessité [de faire ses besoins], comme il faisoit presque en tous les combats, D'Aubigné, ib. II, 181. Ils furent contraincts de demander publiquement l'aumosne par necessité, Amyot, Arist. et Caton, 7. Et feut un crapaud vendu six escus en une necessité de vivres, Montaigne, I, 106. Je pensois faire honneur à un seigneur aussi esloigné de ces debordements [l'ivrognerie] qu'il en soit en France, de m'enquerir à luy combien de fois il s'estoit enyvré pour la necessité des affaires du roy, en Allemaigne, Montaigne, I, 185. Ils en acquirent à suffisance pour s'en servir à la necessité, Montaigne, I, 194. Tous avoient de necessité à y demourer, Montaigne, I, 242. La meilleure reigle est de bien s'employer au beau temps, et au fascheux prendre un peu de repos, n'estoit qu'une forte necessité contraignist au contraire, Lanoue, 698. Necessité est la moitié de raison, Cotgrave Tel a necessité, qui ne s'en vante pas, Cotgrave Necessité abaisse gentillesse, necessité n'a loy, foy ne roy, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 355. Necessité apprend les gens, Leroux de Lincy, ib. De cette façon magnifique, En la necessité publique, Ô rigueur estrange du sort, Vostre asne, ma commere, est mort, Sat. Mén. l'Asne ligueur.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

NÉCESSITÉ, s. f. (Métaphysiq.) Nécessité, c’est en général ce qui rend le contraire d’une chose impossible, quelle que soit la cause de cette impossibilité. Or, comme l’impossibilité ne vient pas toûjours de la même source, la nécessité n’est pas non plus partout la même. On peut considérer les choses, ou absolument en elles-mêmes, & en ne faisant attention qu’à leur essence ; ou bien on peut les envisager sous quelque condition donnée qui, outre l’essence, suppose d’autres déterminations qui ne sont pas un résultat inséparable de l’essence, mais aussi qui ne lui répugnent point. De ce double point de vûe résulte une double nécessité ; l’une absolue, dont le contraire implique contradiction en vertu de l’essence même du sujet ; l’autre hypothétique, qui ne fonde l’impossibilité que sur une certaine condition. Il est absolument nécessaire que le parallélograme ait quatre côtés, & qu’il soit divisible par la diagonale en deux parties égales : le contraire implique en tout tems, aucune condition ne sauroit le rendre possible. Mais si ce parallélograme est-tracé sur du papier, il est hypothétiquement nécessaire qu’il soit tracé, la condition requise pour cet effet ayant eu lieu : cependant il n’impliqueroit pas qu’il eût été tracé sur du parchemin, ou même qu’il ne l’eût point été du-tout. La certitude, l’infaillibilité de l’événement suivent de la nécessité hypothétique, tout comme de la nécessité absolue.

On confond d’ordinaire la nécessité avec la contrainte : néanmoins la nécessité d’être homme n’est point en Dieu une contrainte, mais une perfection. En effet la nécessité, selon M. de la Rochefoucault, differe de la contrainte, en ce que la premiere est accompagnée du plaisir & du penchant de la volonté, & que la contrainte leur est opposée. On distingue encore dans l’école, nécessité physique & nécessité morale, nécessité simple & nécessité relative.

La nécessité physique est le défaut de principes ou de moyens naturels nécessaires à un acte, on l’appelle autrement impuissance physique ou naturelle.

Nécessité morale signifie seulement une grande difficulté, comme celle de se défaire d’une longue habitude. Ainsi on nomme moralement nécessaire ce dont le contraire est moralement impossible, c’est-à-dire, sauf la rectitude de l’action ; au lieu que la nécessité physique est fondée sur les facultés & sur les forces du corps. Un enfant, par exemple, ne sauroit lever un poids de deux cens livres, cela est physiquement impossible ; au lieu que la nécessité morale n’empêche point qu’on ne puisse agir physiquement d’une maniere contraire. Elle n’est déterminée que par les idées de la rectitude des actions. Un homme à son aise entend les gémissemens d’un pauvre qui implore son assistance. Si le riche a l’idée de la bonne action qu’il fera, en lui donnant l’aumône, je dis qu’il est moralement impossible qu’il la lui refuse, ou moralement nécessaire qu’il la lui donne.

Nécessité simple est celle qui ne dépend point d’un certain état, d’une conjoncture, ou d’une situation particuliere des choses, mais qui a lieu par-tout & dans toutes les circonstances dans lesquelles un agent peut se trouver. Ainsi c’est une nécessité pour un aveugle de ne pouvoir distinguer les couleurs.

Nécessité relative est celle qui met un homme dans l’incapacité d’agir ou de ne pas agir en certaines circonstances ou situations dans lesquelles il se trouve, quoiqu’il fût capable d’agir ou de ne pas agir dans une situation différente.

Telle est, dans le système des Jansénistes, la nécessité où se trouve un homme de faire le mal lorsqu’il n’a qu’une foible grace pour y résister, ou la nécessité de faire le bien dans un homme qui, ayant sept ou huit degrés de grace, n’en a que deux ou trois de concupiscence.

Nécessité, (Mythol.) divinité allégorique qui tenoit tout l’univers, les dieux, & Jupiter même asservis sous son empire. De-là vient qu’elle est souvent prise chez les poëtes pour le destin à qui tout obéit ; c’est en ce sens qu’ils ont dit que les Parques étoient les filles de la fatale Nécessité. Pausanias rapporte qu’il y avoit dans la citadelle de Corinthe un petit temple dédié à la Nécessité & à la Violence, dans lequel il n’étoit permis à personne d’entrer qu’aux. prêtres de ces déesses. On représentoit la Nécessité accompagnée de la fortune, ayant des mains de bronze dans lesquelles elle tenoit des chevilles & des coins. (D. J.)

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Étymologie de « nécessité »

Du latin necessitas.
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Provenç. necessitat ; esp. necesidad ; ital. necessità ; du lat. necessitatem, de necessus, nécessaire. D'après Corssen, Nachträge, p. 272, necessus, qui est fait comme nefarius, nefastus, se composerait du préfixe négatif ne et de cessus, participe de cedere, pris activement, comme dans circumspectus, qui est pour circumspiciens ; les inscriptions donnent de même successus pour successor ; necessus serait non cedens, ne cédant pas. On remarquera la forme neceé, qui est la formation la plus régulière, et parallèle à chasteé, chasteté.

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Phonétique du mot « nécessité »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
nécessité nesɛsite

Citations contenant le mot « nécessité »

  • La nécessité est une seconde captivité. De Proverbe persan
  • La nécessité est la mère de l’invention. De Platon / La République
  • Jamais les hommes ne font le bien que par nécessité. De Nicolas Machiavel
  • Trois tyrans : la loi, l'usage et la nécessité. De Ménandre
  • La nécessité est la meilleure des vertus. De William Shakespeare / Richard II
  • La raison est vaine là où la nécessité presse. De François de Bois-Robert
  • Tenir le langage est, pour le gouvernement, nécessité. De André Glucksmann
  • La nécessité est maîtresse et tutrice de la nature. De Léonard de Vinci
  • Le devoir est la nécessité volontaire. Henri Frédéric Amiel, Journal intime, 5 mai 1848
  • En faisant des œuvres de surabondance, gardez-vous bien d'oublier celles qui sont de nécessité. Jacques Bénigne Bossuet, Sermon sur la Conception de la Sainte Vierge
  • L'histoire de l'humanité est un mouvement constant du règne de la nécessité vers le règne de la liberté. Mao ZedongMao Tsö-tongMao Tsé-toung, Citations du président Mao Tsé-Toung, XXII
  • La nécessité, telle est la raison que l'on invoque pour toute atteinte à la liberté humaine. C'est l'argument des tyrans ; c'est le credo des esclaves. William Pitt dit le Second Pitt, Discours à la Chambre des communes, 18 novembre 1783
  • La nécessité est un mal, il n'y a aucune nécessité de vivre sous l'empire de la nécessité. De Epicure / Doctrines et maximes
  • Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. De Jean Monnet / Mémoires
  • La liberté consiste à comprendre la nécessité. La nécessité n'est aveugle qu'autant qu'elle n'est pas comprise. De Arnold Toynbee / L'histoire
  • Dis-moi, quelle nécessité y a-t-il à l'existence de Dieu, du monde et de tout ? Pourquoi doit-il y avoir quelque chose ? Ne crois-tu pas que cette idée de nécessité n'est que la forme suprême que prend le hasard dans nos esprits ? De Miguel de Unamuno / Brouillard
  • Tout arrive par nécessité. De Al-Kindi
  • « Pourquoi 11 ? Interroge-t-il au moment du vote. 10 suffiraient car je ne vois pas la nécessité de séparer tourisme patrimoine de la culture ! C’est pour faire plaisir ? Enchaînant sur les regroupements des nouvelles communes : Les réunions actuellement comme elles se font vont nous ramener aux 4 anciennes communautés de communes que nous avons connues et plus de communes comme actuellement. Je ne serai candidat à aucun poste, j’ai des différents. L’importance de ces structures est contraire à la démocratie. » , Mayenne. 3C : Claude Garnier ne voit pas la nécessité de 11 vice-présidents | Les Alpes Mancelles
  • L’événement a nécessité l’intervention d’un hélicoptère afin d’évacuer le blessé. , Sarthe : sur l'A11, un accident nécessite l'intervention d'un hélicoptère | L'Écho Sarthois

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Traductions du mot « nécessité »

Langue Traduction
Anglais need
Espagnol necesitar
Italien bisogno
Allemand brauchen
Chinois 需要
Arabe بحاجة إلى
Portugais necessidade
Russe необходимость
Japonais 必要
Basque beharra
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Synonymes de « nécessité »

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Antonymes de « nécessité »

Nécessité

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