Narcotique : définition de narcotique


Narcotique : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

NARCOTIQUE, adj. et subst. masc.

I. − Adj. Qui provoque l'assoupissement, le sommeil; qui diminue la sensibilité. Synon. soporifique.Vapeur narcotique; plantes, substances narcotiques. Un alchimiste habile me fournit (...) une liqueur narcotique dont la vertu assoupissante possède un effet rapide et profond (Dumas père, C. Howard,1844, ii, tabl. 3, 5, p.248).C'est la faute du mangeur d'opium, s'il ne règle pas sa médication de manière à faire tomber sur son sommeil naturel tout le poids de l'influence narcotique (Baudel.,Paradis artif.,1860, p.412).Les pavots blanc rosé du papier de l'alcôve grandissaient autour du miroir, avec des palpitations d'ailes de mouettes sur la mer. Ils répandaient comme une senteur narcotique (Jouhandeau,M. Godeau,1926, p.293).
Au fig., vieilli. Qui est ennuyeux, endormant. Synon. soporifique.Allés ensemble au Français. Assez de monde, par conséquent une chaleur tuante. − Écouté cinq narcotiques actes dont j'ai à rendre compte demain (Barb. d'Aurev.,Memor. 2,1838, p.267).Rien de plus triste et de plus narcotique qu'un groupe d'arbres de la même teinte: c'est un plat d'épinards (Gressent,Créat. parcs et jardins,1891, p.56):
1. Un rêveur ressemble à une toupie, son activité même revient à dormir, car tourner sur soi-même est une espèce d'immobilité. La rêverie est donc un état narcotique; c'est la mort ayant l'illusion de la vie, c'est le songe de l'être qui se prend pour sa réalité... Amiel,Journal,1866, p.72.
II. − Subst. masc. Substance qui produit la narcose. Influence d'un narcotique; usage des narcotiques; avoir recours aux narcotiques. Je me rappelai subitement que la mandragore était un narcotique puissant (Nodier,Fée Miettes,1831, p.64).N'y a-t-il pas des procédés [pour déchaîner l'enthousiasme]? Il y a la danse, l'autosuggestion, les narcotiques, comme l'opium et le haschich, la boisson (Barrès, Cahiers,t.14, 1922, p.13):
2. L'action des narcotiques est également complexe. Leur application produit deux effets distincts très-remarquables: l'un de diminuer la sensibilité; l'autre d'augmenter la force (...) des organes moteurs. C'est uniquement à raison de ce dernier effet, que les narcotiques doivent être considérés comme stimulans. Cabanis,Rapp. phys. et mor.,t.2, 1808, p.66.
Bureau des narcotiques (calque de l'angl. Narcotic Bureau). Équivalent américain de la Brigade des Stupéfiants. Il [Elvis Presley] (...) va demander une audience au président Nixon, pour se faire nommer agent du Bureau des narcotiques (L'Express,9-15juill. 1982, p.31, col.3).
Au fig. Ce qui a un effet apaisant ou endormant. Nous savons que l'amour est un refuge étroit: Alentour, les climats, les parfums, les musiques S'effacent, assoupis par le fort narcotique Du sensuel bonheur et du subit effroi (Noailles,Forces étern.,1920, p.398).Deux petits orchestres (...) répandaient le narcotique de la valse (Jouve,Paulina,1925, p.59):
3. La nature n'aime que la jeunesse (...) elle la choie et lui prodigue, pêle-mêle, tous les dons (...) mais à la première ride, elle devient impitoyable et reprend, peu à peu, tout ce qu'elle a donné. Parfois il arrive qu'elle nous administre un peu de ce précieux narcotique: l'oubli. Ah! profitons-en! Green,Journal,1945, p.222.
Prononc. et Orth.: [naʀkɔtik]. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1314 (H. de Mondeville, Chirurgie, éd. A. Bos, 2095, t.2, p.185); 1833 au fig. (Sand, Lélia, p.95: l'oubli narcotique). Empr. au gr. ν α ρ κ ω τ ι κ ο ́ ς «qui a la propriété d'engourdir, narcotique». Fréq. abs. littér.: 134. Bbg. Gohin 1903, p.365.

Narcotique : définition du Wiktionnaire

Adjectif

narcotique \naʁ.kɔ.tik\ masculin et féminin identiques

  1. (Médecine) Qui assoupit.
    • La boisson que Ruben lui présenta possédait des propriétés sédatives et narcotiques : elle procura au malade un sommeil profond et calme. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)

Nom commun

narcotique \naʁ.kɔ.tik\ masculin

  1. (Médecine) Substance narcotique.
    • L’abus des narcotiques est dangereux pour la santé.
    • L’amour de la sultane de Valence pour l’amant d’Isabel, Juan-Diego-Martinez Garcès de Marsilla, qu’elle fait apporter dans le harem, endormi par un narcotique, la vengeance de cette même sultane lorsqu’elle se voit méprisée, les lettres coupables de la mère d’Isabel trouvées par Rodrigue d’Azagra, qui s’en fait un moyen pour épouser la fille et menace de les montrer au mari trompé, sont des ressorts un peu forcés, mais qui amènent des scènes touchantes et dramatiques. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, 1840, édition Charpentier, 1859)
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Narcotique : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

NARCOTIQUE. adj. des deux genres
. T. de Médecine. Qui assoupit. Remède narcotique. Substantivement, Un narcotique. L'abus des narcotiques.

Narcotique : définition du Littré (1872-1877)

NARCOTIQUE (nar-ko-ti-k') adj.
  • 1 Terme de médecine. Qui a la propriété d'assoupir, comme font l'opium, la jusquiame, la belladone, etc. La volupté naît à côté de la vertu, comme le pavot au pied de l'épi ; mais ce n'est point pour la fleur narcotique qu'on a labouré, Diderot, Claude et Nér. II, 69.

    S. m. Un narcotique. Les narcotiques. Et nous ordonne la raison, Comme il ferait un narcotique, Desmahis, Poésies, p. 122, dans POUGENS.

  • 2 Fig. et familièrement. Qui endort, qui ennuie. Style narcotique. On ne peut soupçonner personne en France d'avoir lu cette histoire narcotique, Grimm, Corresp. t. I, p. 125, dans POUGENS.

    Substantivement. Ce livre est un vrai narcotique.

HISTORIQUE

XIVe s. Narcctiques si comme opion, H. de Mondeville, f° 97.

XVIe s. Si la douleur persevere, faut avoir recours aux plus forts mitigatifs, et mesmes jusques aux narcotiques, Paré, V, 9.

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Narcotique : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

NARCOTIQUE, adj. (Méd. thérap.) ναρκοτικὸς, narcoticus, soporiferus, obstupefaciens. Ce mot tiré du grec ναρκοσις, sopor, stupor, que l’on trouve fréquemment employé dans Hippocrate, pour signifier la diminution du sentiment & du mouvement, par l’effet de celle de la distribution du fluide nerveux, d’où s’ensuit le relachement des nerfs.

Ainsi, on a appellé narcotiques les médicamens que l’on emploie pour diminuer le ton des solides trop augmenté par l’influence du cerveau ; par conséquent, pour relâcher le système nerveux : ensorte que ces médicamens sont absolument opposés aux stimulans, qui servent à relever, à augmenter le ton de ces mêmes solides.

Le ton est trop augmenté, ou il péche par excès ; lorsqu’il y a trop de sensibilité, ou de contractilité, ou de mouvement dans tout le corps, ou dans quelques-unes de ses parties : le trop de mouvement suit ordinairement le trop de sensibilité.

Tous les secours de l’art que l’on emploie pour faire cesser cet état violent, sont regardés comme relâchans : les anciens distinguoient trois sortes de relâchans ; & voici sur quoi ils se fondoient.

Le ton peut être généralement augmenté dans tous les solides du corps humain par des causes internes ; ou bien il peut être augmenté seulement dans une partie déterminée, & de-là, par communication, dans toute sa machine. Par exemple, supposé qu’une épine soit fichée dans une partie tendineuse ; le ton des solides des nerfs de cette partie paroît évidemment augmenté ; puisqu’il y survient des mouvemens convulsifs : souvent même les convulsions s’étendent à tout le corps : dans ce cas-là, par conséquent, le ton est augmenté dans toute les parties du corps ; mais seulement par une suite de l’augmentation du ton dans la partie affectée.

Cela posé, les anciens considéroient les médicamens qui agissoient immédiatement, & diminuoient l’éréthisme dans la partie affectée, dont le vice se communiquoit à toutes les autres parties : ils appelloient anodins, ceux qui diminuoient le ton excessif en diminuant la sensibilité.

Il peut aussi se faire, que ce ton soit diminué en faisant cesser la cause qui l’avoit augmenté : comme lorsque dans la supposition qui a été faite, on parvient à ôter, à tirer l’épine qui étoit fichée dans une partie bien sensible ; car ce corps étranger étant emporté, le ton, & par conséquent la sensibilité, diminuent dans cette partie presque sur le champ, & par conséquent dans toutes les autres où ils n’étoient augmentés que conséquemment à la partie affectée.

Les médicamens qui diminuent ainsi le ton, en servant à ôter la cause qui l’avoit trop augmentée, sont ceux que les anciens appelloient parégoriques ; c’est-à-dire, consolans ; parce que la cause du mal étant ôtée, les malades se sentent promptement soulagés, & comme consolés d’en être délivrés.

Les anciens consideroient encore une autre sorte de médicamens relâchans, en tant qu’ils concevoient des moyens qui n’opéroient le relâchement qu’en diminuant la faculté de sentir, & l’irritabilité, sans agir immédiatement & spécialement sur la partie affectée ; mais en portant leur effet sur tout le système nerveux, sur l’origine même des nerfs : ce sont les médicamens qu’ils appelloient narcotiques. Les médicamens qui, en relâchant de cette maniere, procurent en même tems le sommeil, sont ceux qu’ils appelloient hypnotiques.

Ce qui vient d’être dit n’empêche pas qu’en général, par le mot anodin, on n’entende tout médicament qui calme la douleur par le relâchement ; mais le même mot pris à la rigueur, signifie un médicament qui calme la douleur, en agissant immédiatement & spécialement sur la partie affectée, dont il diminue le ton : & de même on entend en général par narcotique, les médicamens qui font dormir, en agissant sur l’origine des nerfs, sur tout le système nerveux ; quoique les médicamens qui produisent cet effet soient appellés proprement hypnotiques. Voyez Relachant, Anodin, Hypnotique, Parégorique, Calmant, Sédatif, Nerf, Sensibilité, Irritabilité, Douleur, Sommeil .

Comme les anodins proprement dits appartiennent à la matiere médicale externe, il ne sera question ici que des médicamens de la troisieme classe, c’est-à-dire, des narcotiques, qui sont presque tous tirés du pavot & de ses préparations.

Les effets sensibles des narcotiques sont généraux ou particuliers : on entend par effets généraux des narcotiques, ceux qu’ils produisent le plus constamment. Les effets particuliers sont ceux qu’ils produisent par rapport à certaines circonstances.

Voici l’exposition des effets généraux : quelque tems après qu’on a donné un narcotique à une personne qui en a besoin, l’exercice des sens diminue peu-à-peu ; elle se sent appesantie : les organes du mouvement se refusent de plus en plus à leurs actions ordinaires ; l’assoupissement vient ; la chaleur animale augmente ; le pouls devient plus élevé, plus plein, plus souple, ou plus mou, sans augmenter cependant en fréquence ; la peau paroît moette, & se couvre ensuite de sueur, pendant que toutes les autres sécrétions & excrétions diminuent. Le sommeil est plus ou moins long, plus ou moins profond, suivant l’activité des narcotiques & la disposition du sujet. La personne en s’éveillant sent sa tête appesantie, se trouve comme engourdie, & se plaint d’une espece de langueur d’estomac : ce qui arrive toujours, si le reméde n’a pas été donné avec une certaine précaution.

Les effets particuliers des narcotiques dépendent 1°. de l’idiosyncrasie ; 2°. de l’habitude ; 3°. de certaines causes particulieres.

A l’égard de l’idiosyncrasie, l’expérience fait voir que les narcotiques, bien loin de produire les effets ci-devant, procurent, au contraire, des insomnies, des veilles opiniâtres, des agitations d’estomac, des nausées, des vomissemens, des mouvemens convulsifs, des délires maniaques, furieux, dans les tempéramens vifs, bilieux, dans ces personnes dont la tête se prend aisément, comme dans les femmes hystériques.

L’habitude ou la coutume met aussi de grandes différences dans les effets des narcotiques ; car on observe tous les jours que les personnes qui se sont habituées peu-à-peu aux narcotiques, ont besoin quelquefois d’une grande dose d’opium pour faire leurs fonctions dans la veille avec une certaine aisance ; autrement ils sont pesans, engourdis pour l’esprit comme pour le corps. C’est ainsi que les Turcs habitués à l’opium, au lieu de prendre de l’eau-de-vie, comme nos soldats, pour s’animer au combat, prennent, au contraire, une forte dose d’opium ; par où l’on voit que les effets particuliers sont bien différens des généraux, tant à cause du tempérament, qu’à cause de la coutume.

Il arrive assez souvent que les excrétions, comme celles de l’urine, de l’expectoration, &c. sont supprimées, à cause du spasme, de l’éréthisme des parties, surtout des sphincters : c’est ainsi que les lochies peuvent être supprimées, à cause du spasme, de l’éréthisme dominant, comme cela arrive aux femmes hystériques : en ce cas-là, les narcotiques, qui diminuent naturellement les excrétions, étant administrés convenablement, bien loin de diminuer ou de supprimer ces excrétions, les rétablissent en faisant cesser la cause, qui occasionnoit cette suppression. Ainsi, il est des causes singulieres qui font que les narcotiques produisent, en apparence, des effets opposés à ceux qu’ils produisent généralement.

Les narcotiques sont indiqués 1°. dans les maladies aiguës, dolorifiques : la douleur dépend de la distraction des fibres nerveuses, qui sont en disposition de se rompre, si le tiraillement dure ; ainsi une partie affectée de douleur est une partie dont la tension, la sensibilité, le ton sont trop augmentés, par conséquent tout ce qui diminuera la sensibilité, relâchera aussi le ton : les narcotiques produisent cet effet, comme il a été dit ci-devant ; ils sont donc indiqués dans les maladies dolorifiques : car, s’il y a des douleurs vives, aiguës, c’est principalement alors que les narcotiques conviennent : si les douleurs sont sourdes, gravatiques, on ne doit employer ce reméde qu’avec beaucoup de circonspection.

2°. Dans les insomnies fatigantes, dans les veilles opiniâtres, qu’elles soient essentielles ou symptomatiques : elles sont essentielles, lorsqu’elles proviennent d’une trop grande contention, d’un trop grand travail d’esprit, de quelque forte passion de l’ame : elles sont symptomatiques, comme dans la plupart des maladies aiguës, fiévreuses, le sommeil est nécessaire pour rétablir les forces ; ainsi, on doit tâcher de les procurer par les secours de l’art.

3°. Dans les maladies spasmodiques, convulsives ; mais seulement dans celles qui dépendent d’une tension dolorifique, comme il arrive dans une attaque de passion hystérique, ou à l’occasion d’une piquûre, d’une blessure : dans l’épilepsie essentielle, l’usage des narcotiques seroit très-dangereux.

4°. Dans les maladies évacuatoires ; lorsqu’elles affoiblissent trop les malades : les narcotiques conviennent, en tant qu’ils sont propres, à suspendre & à arrêter les évacuations ; soit que les évacuations soient séreuses, comme dans les cours de ventre séreux, dans le vomissement de même nature, dans le cholera morbus ; soit qu’elles soient sanguines, comme dans le vomissement de sang, dans la dissenterie, l’hæmophthysie produite par un sang âcre, qui a rongé les vaisseaux capillaires des poumons ; lorsque les malades toussent presque continuellement & expectorent peu : en un mot, dans toutes les maladies évacuatoires qui affoiblissent notablement, excepté cependant le cas de grande sueur ; parce que, comme il a été dit, le narcotique, bien loin de diminuer cette excrétion, l’augmentent ou la procurent.

5°. Dans les cas où les excrétions naturelles, où les évacuations périodiques ou critiques sont difficiles, laborieuses, suspendues ou supprimées, à cause de l’éréthisme, de la convulsion de quelque partie, sur-tout de quelque sphincter, comme dans le cas d’une espece d’ischurie, d’une entiere suppression d’urine, qui dépend de l’éréthisme du sphincter de la vessie : dans le cas d’un accouchement difficile & laborieux ; lorsqu’il dépend du spasme de l’uterus ; dans le cas des menstrues, des lochies, du flux hémorrhoïdal, supprimés par une cause de cette nature ; dans le cas d’expectoration difficile : lorsqu’elle est occasionnée par l’irritation, l’éréthisme des vésicules pulmonaires, ou des vaisseaux aëriens.

En faisant attention aux effets que les narcotiques produisent, on sent aisément les cas où ils sont contr’indiqués. On a observé, & l’expérience journaliere fait voir que les narcotiques relâchent & diminuent le ton, la sensibilité, la contractilité, le mouvement des parties. Ils peuvent donc affoiblir, sur-tout lorsqu’ils ne sont pas donnés avec toute la précaution requise, laissant des lassitudes, des pesanteurs de tête, & dérangeant souvent l’estomac : souvent aussi en diminuant la sensibilité, ils peuvent produire l’effet, quelquefois nuisible, de pallier ou de masquer la maladie & de la rendre méconnoissable au médecin, sur tout dans les maladies évacuatoires, où les douleurs peuvent disparoître par l’usage de ces remedes, & par-là on ne pourra plus distinguer les maladies dont les évacuations peuvent être une suite avantageuse, ou fournir des indications essentielles. De là on peut aisément déduire les cas où les narcotiques sont contr’indiqués. En général, puisque les narcotiques affoiblissent, il s’ensuit qu’on doit souvent s’en abstenir, ou ne les donner qu’avec beaucoup de précautions dans les cas de foiblesse.

A l’égard des phthisiques, par exemple, il est très-important de calmer la toux, de diminuer autant qu’il est possible, l’agitation des poumons, pour prévenir de plus grandes irritations, d’où pourroit s’ensuivre des déchirures de vaisseaux plus considérables, un renouvellement d’hémophthysie, qu’il faut empêcher autant qu’on le peut : d’ailleurs le sommeil rétablit les forces, ou au moins empêche qu’elles ne continuent à s’épuiser. Ces différentes raisons paroissent donc indiquer les narcotiques dans le cas dont il s’agit ; aussi les y emploie-t-on beaucoup à Montpellier, & en suivant la pratique des médecins de cette ville, on ne doit cependant le faire qu’avec beaucoup de circonspection ; car d’abord, quoique le sommeil rétablisse les forces, cela ne paroît bien décidé que par rapport au sommeil naturel, parce que celui qui est procuré par les narcotiques est ordinairement agité par des réves ; & bien que les malades paroissent refaits par le sommeil qu’ils procurent, il arrive souvent qu’ils se plaignent d’être plus foibles, après avoir bien dormi par ce moyen. De plus les narcotiques excitent la sueur à laquelle sont disposés la plûpart des phthisiques : ce qui forme une raison de plus pour que les narcotiques ne puissent pas servir à rétablir leurs forces ; mais au contraire, pour qu’ils contribuent à les diminuer.

Outre cela les narcotiques dérangent l’estomac dans ses fonctions, à quoi l’on doit encore faire beaucoup d’attention, par rapport aux phthisiques, parce que cet effet rend très-difficile l’usage du lait, qui est si nécessaire dans ce cas, & souvent même le rend impraticable.

Mais comme il reste toujours très-certain que les narcotiques calment la toux des phthisiques, ce qui est un grand avantage à leur procurer, on doit faire une espece de comparaison des différens symptômes, & se déterminer pour le parti qui souffre le moins d’inconvéniens. Si la toux n’est pas trop violente, trop fréquente, il faut s’abstenir des narcotiques, & n’y avoir recours que lorsque l’irritation devient si considérable, qu’elle surpasse les inconvéniens qui résultent de l’usage des narcotiques, attendu que pendant le sommeil les matieres s’accumulent dans les voies aériennes, & peuvent occasionner ensuite une plus grande irritation, & quelque nouvelle rupture ou dilatation forcée de vaisseau, qui cause l’hémophthisie.

Quant aux évacuations, il est des cas où les narcotiques sont bien indiqués ; mais il en est bien d’autres où ils sont très-fort contr’indiqués, comme il a déja été dit, & où il faut user de beaucoup de prudence pour ne pas faire de faute à cet égard.

Quoique les évacuations soient très-considérables, & qu’elles soient accompagnées de mouvemens convulsifs, il ne faut pas se presser d’employer les narcotiques : par exemple, dans le commencement du cholera morbus, le laudanum seroit très-préjudiciable ; il pourroit causer des symptômes fâcheux, en faisant cesser trop tôt l’évacuation de la matiere morbifique ; en la retenant dans les premieres voies, où elle peut produire des météorismes, des irritations inflammatoires, en tant que, comme l’on dit, le loup se trouve alors renfermé dans la bergerie : ainsi dans ce cas, il ne faut d’abord que laisser agir la nature, dont les efforts ne tendent qu’à épuiser l’ennemi ; il ne faut que l’aider par les délayans & les adoucissans, qui peuvent faciliter l’évacuation & corriger la qualité irritante des matieres. Les narcotiques ne doivent être employés que pour faire cesser les impressions douloureuses qui restent après l’évacuation, ou lorsqu’il ne se fait plus que des efforts inutiles.

On doit en user de même à l’égard des superpurgations : les narcotiques ne doivent être placés que lorsqu’on a adouci, corrigé l’acrimonie irritante des drogues trop actives qui ont été employées : on a vû quelquefois des effets très-funestes des inflammations gangreneuses, & la mort s’ensuivre de l’administration trop prompte des narcotiques, dans ce cas, qui exige le même traitement que l’effet des poisons irritans dans les premieres voies dont il faut les délivrer par l’évacuation, & non pas par les remedes palliatifs.

Il faut être aussi très-circonspect dans l’usage des narcotiques, lorsqu’il s’agit de quelque évacuation naturelle trop considérable, comme d’un flux menstruel excessif. Voyez Hémorrhagie. Il est aussi très-important à l’égard des femmes qui peuvent être actuellement dans l’état critique ordinaire, de ne pas se presser d’employer les narcotiques pour les cas qui les indiquent, sans avoir pris des informations sur cela, parce que ces remedes pouvant aisément causer une suppression, leur effet seroit plus nuisible qu’il ne pourroit être utile d’ailleurs : ainsi on doit s’en abstenir dans cette circonstance, à moins qu’il n’y ait des douleurs très-puissantes, ou tout autre symptôme très-dangereux à calmer, alors urgentiori succurrendum.

En général on doit s’abstenir de l’usage des narcotiques dans les commencemens de toutes les maladies dont le caractere n’est pas encore bien connu, pour ne pas le masquer davantage, & pour éviter d’embarrasser, de gêner la nature dans ses opérations, en ne faisant que pallier ce qu’elle tend à corriger.

Enfin les précautions que l’on doit prendre dans l’usage des narcotiques doivent être déterminées par les cas où ils sont indiqués, comparés avec ceux où ils sont contr’indiqués ; il faut aussi avoir égard au tempérament, à l’habitude, interroger les malades sur l’effet qu’ils ont éprouvé de ces remedes, s’ils en ont déja usé ; sur l’espece de narcotique dont ils ont usé ; sur la dose à laquelle ils en ont usé.

Les narcotiques que l’on emploie le plus communément dans la pratique de la Médecine, sont les pavots & leurs différentes préparations. Voyez pavot, opium, laudanum. Extrait des leçons sur la matiere médicale, de M. de la Mure, professeur en Médecine à Montpellier.

La Pharmacologie rationnelle n’apprend rien jusqu’à présent de bien satisfaisant sur la maniere dont les narcotiques operent leurs effets. On fait mention dans les écoles d’un grand nombre d’opinions à cet égard, tant anciennes que modernes, dont l’exposition doit se trouver aux articles Opium, Sommeil. Il suffira de dire ici que ce qui paroît de plus vraissemblable à cet égard, c’est qu’il n’y a que les connoissances que l’on a acquises de nos jours sur la propriété inhérente aux fibres du corps animal, qui produit ce qu’on entend par l’irritabilité & la sensibilité, qui puissent fixer l’idée que l’on peut se faire de l’action des narcotiques. Voyez Irritabilité, Sensibilité, Sommeil, Opium.

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Étymologie de « narcotique »

Étymologie de narcotique - Littré

Ναρϰωτιϰὸς, de νάρϰη, assoupissement.

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Étymologie de narcotique - Wiktionnaire

Du grec ancien ναρκωτικός, narkôtikós (« narcotique »).
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Phonétique du mot « narcotique »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
narcotique narkɔtik play_arrow

Citations contenant le mot « narcotique »

  • L’infirmière Georgia Vlachos prétendait utiliser des narcotiques pour soigner ses patients pendant la nuit, mais ne consignait pas ces médicaments dans un dossier pourtant obligatoire. La Presse, Vol de narcotiques: 11 ans de procédure pour condamner une infirmière 
  • Les anciens ne sont plus très nombreux et, pour beaucoup, se retrouvent en maison de retraite. Mais il subsiste encore, dans certaines mémoires, les histoires que l’on aimait raconter au coin du feu. Comme celle de la chaise du diable, qui se trouve dans ces bois, juste sur un suchassoux (petite cheminée volcanique). La mousse a recouvert tout le lieu. C’est un endroit très particulier. Juste sous le siège se trouve une ancienne clairière. On dit que le diable devait présider au sabbat des sorcières et, une fois celui-ci achevé, il se reposait sur une large pierre, sur le côté, avant de repartir en enfer. Les bois abritent toute une variété de plantes rares. Il y a la Lutine, la Parisette. À forte dose c’est un poison violent, mais en infime quantité c’est un remède antispasmodique et un narcotique. On dit que « c’est une fée coquine qui remet sur le bon chemin le promeneur égaré par la tourmentine, méchante herbe d’oubli, son éternelle ennemie ».La Fachineira. Dessin Patrice Rey Il y a aussi une grande diversité de vie animale, mais, dans ses parties les plus sombres, une fée noire se cache : la Fachineira. Elle jette des mauvais sorts aux humains pour se venger d’avoir été délaissée, il y a très longtemps. Elle inspire la crainte et annonce les malheurs. Pour partir à la découverte de tous ces personnages et de leurs lieux de vie, il faut prendre la direction du village d’Alleyrac. Il y a beaucoup de croisements. À un moment, le marcheur doit prendre la direction de le ferme des Breyssous sur la gauche. En arrivant vers la ferme, il emprunte un petit chemin sur la gauche jusqu’à un petit parking après le château d’eau.Photo Vincent Jolfre www.leveil.fr, A la rencontre des brigands, des fées et du diable dans les bois de Breysse, à Alleyrac - Alleyrac (43150)
  • Dans une décision rendue à la fin avril, le conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ) impose neuf mois de radiation temporaire à Marie-Christine Brière pour avoir contrevenu à son code de déontologie en s’appropriant des narcotiques appartenant à ses employeurs, entre 2017 et 2019. Le Droit, Vol de narcotiques: une infirmière auxiliaire radiée pour neuf mois | Justice et faits divers | Actualités | Le Droit - Gatineau, Ottawa
  • «On sait que le ou les voleurs sont entrés par une fenêtre située au sous-sol avant d’atteindre la pharmacie. Des narcotiques ont été volés, mais on ignore encore la quantité et la sorte de médicaments. Il y avait des caméras de surveillance, mais les fils ont été sectionnés. Nous allons les analyser afin de savoir s’ils ont été coupés avant ou pendant et voir s’il y a quelques images», a expliqué le porte-parole du Service de police de Saguenay, Bruno Cormier. Le Quotidien, Vol de narcotiques dans une pharmacie de Jonquière | Justice et faits divers | Actualités | Le Quotidien - Chicoutimi
  • Il ne faut pas craindre de laisser notre esprit paître un peu, chaque jour, des herbes narcotiques dans les champs illimités du rêve. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898

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Traductions du mot « narcotique »

Langue Traduction
Corse narcotico
Basque narkotikoa
Japonais 麻薬
Russe наркотический
Portugais narcótico
Arabe مخدر
Chinois 麻醉的
Allemand betäubungsmittel
Italien narcotico
Espagnol narcótico
Anglais narcotic
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Synonymes de « narcotique »

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Antonymes de « narcotique »



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